La guerre de la Conquête représentait en fait la quatrième
et dernière guerre intercoloniale. Elle débuta avant la guerre
de Sept Ans en Europe. En effet, en 1754, les colonies anglaises décidèrent
de s'unir pour en finir avec la Nouvelle-France.
En 1753, George Washington fut envoyé avec 120 miliciens par Robert
Dinwiddie (gouverneur de la Virginie) pour porter une mise en demeure de
quitter ce territoire au commandant du fort Leboeuf (dans la vallée
de l'Ohio), Jacques Legardeur de Saint-Pierre. Les Français répliquèrent
en envoyant Joseph Coulon de Villiers de Jumonville pour sommer les Anglais
qu'ils étaient en territoire français et qu'ils devaient
quitter ce territoire. Sans avertissement, Washington fit ouvrir le feu
sur les Français : 10 Canadiens et Jumonville furent tués,
les autres furent faits prisonniers. Les Français, les Canadiens
et les Indiens répliquèrent et obligèrent Washington
à capituler. Cet épisode déclencheur de la guerre
de la Conquête s'appelle «l'affaire Jumonville».
Par la suite, en 1755, un événement tragique de la guerre
de la Conquête débuta : la déportation des Acadiens
(aussi appelée «grand déménagement»).
L'Acadie, anglaise depuis 1713 (traité
d'Utrecht), avait une population majoritairement francophone et catholique
qui refusait de prêter le serment de fidélité à
la couronne britannique. Le gouverneur Charles Lawrence craignait que les
Acadiens se révoltent
contre la minorité anglaise qui vivait en Acadie pour appuyer les
Français. Les Acadiens
optèrent plutôt pour la neutralité. Pourtant, Lawrence
était inquiet et il prépara secrètement la déportation
des Acadiens. On les
entassa dans des navires et les dispersa par groupes dans les colonies
américaines, où ils furent très mal accueillis. Au
cours de cette déportation, on sépara des couples, des familles
et, même, des parents de leurs enfants. Le nombre d'Acadiens
déportés s'élève entre 12 000 et 16 000.
Le 17 mai 1756, George II (roi d'Angleterre) déclara la guerre à
Louis XV (roi de France). Ainsi, la guerre de Sept Ans débuta. Peu
après, le nouveau lieutenant-général, le marquis Louis-Joseph
de Montcalm, arriva dans la colonie et fut nommé maréchal
de l'armée française.
Les Français remportèrent plusieurs victoires consécutives
de 1756 à 1758. En premier lieu, le 14 août 1756, le fort
Oswego tomba aux mains de Montcalm et de Louis-Antoine de Bougainville.
En second lieu, vers la fin de l'année, de Villiers prit aussi le
fort Granville (Pennsylvanie). Puis, en troisième lieu, Montcalm
dirigea 6 000 soldats et 2 000 Indiens contre le fort William-Henry (Lac
St-Sacrement) en juin 1757. Après un siège de plusieurs semaines,
le fort tomba. On promit la vie sauve aux militaires anglais et à
leurs familles mais les Indiens massacrèrent des centaines de prisonniers,
en particulier les femmes et les enfants. Ce massacre amplifia l'agressivité
des Anglais envers le Canada. D'ailleurs, en juillet 1758, 15 000 Anglais
dirigés par James Abercromby tentèrent de prendre le fort
Carillon (lac Champlain). Montcalm et ses 3500 hommes repoussèrent
les Anglais et cette victoire représenta la dernière importante
pour les Français en Amérique.
Toujours en 1758, quelques jours après la victoire de Montcalm à
Carillon, Louisbourg
et l'Île Saint-Jean (maintenant appelée Île-du-Prince-Édouard)
tombèrent aux mains de Jeffery Anherst. De plus, James Wolfe incendia
et ravagea tous les établissements acadiens de la région
de la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). Par la suite, John
Bradstreet prit le fort Frontenac (lac Ontario) en août et, trois
mois plus tard , John Forbes s'empara le fort Duquesne (vallée de
l'Ohio) qu'il rebaptisa Pittsburgh.
Au début de l'été 1759, les Français détruisirent
les forts Carillon et St-Frédéric avant qu'ils ne tombent
aux mains des Anglais. Toutefois, Amherst les fit reconstruire : il les
baptisa Ticonderoga et Crown Point. Puis, William Johnson s'empara du fort
Niagara (à l'Ouest).
Par contre, l'année 1759 fut célèbre pour la bataille
qui eut lieu à Québec.
Au début du mois de juin, les Anglais se mirent en route vers Québec
pour finalement installer leur base sur l'île d'Orléans et
à Lévis, face à Québec,
vers la fin du mois. Puis, pendant deux mois, on bombarda la ville de Québec
quotidiennement. Puis, à la fin du mois d'août, Wolfe décida
qu'il était temps d'agir et qu'il le ferait en amont de Québec.
(Montcalm l'attendait alors à Beauport.) Wolfe débarqua le
13 septembre à l'Anse-au-Foulon avec environ 4 800 hommes. Lorsque
les Anglais furent découverts, ils avaient déjà escaladé
la falaise et étaient sur les Plaines d'Abraham (à l'Est
de Québec). Arrivés
sur les Plaines, les Français et les Canadiens y restèrent
à peine quinze minutes, car ils prirent la fuite. Le 18 septembre,
soit 5 jours après la courte bataille des Plaines d'Abraham, Jean-Baptiste
Claude-Roch de Ramezay (commandant de Québec)
capitula.
Dès le mois de décembre 1759, Lévis et Vaudreuil préparèrent
un plan de reconquête de Québec.
Pourtant, la France envoya seulement 400 soldats et un navire. En avril
1760, Lévis se mit tout de même en route pour Québec
avec 4000 soldats et 3000 miliciens. La bataille eut de nouveau lieu sur
les Plaines d'Abraham, à Sainte-Foy. Les Anglais s'enfuirent et
Lévis assiégea Québec.
Toutefois, ce fut la flotte britannique qui arriva la première.
La résistance des Canadiens et des Français devint donc inutile.
En juillet, plus de 18 000 hommes se lancèrent à l'assaut
de Montréal, selon
la stratégie du trident. Attaquée de tous les côtés
(Jeffery Amherst à l'Ouest, James
Murray à l'Est et Haviland au Sud), Montréal
capitula. La Nouvelle-France capitula, par le fait même. Le dernier
espoir des Canadiens et des Français consistait dans la victoire
de la France en Europe. Finalement, l'Angleterre fut victorieuse lors de
la guerre de Sept Ans et le traité
de Paris fut signé en 1763.