Robert Bourassa

           Robert Bourassa naquit à Montréal, en 1933. En juin 1966, lors des élections provinciales, il fut élu député de Mercier. Il était alors un critique financier du PLQ, sous l'autorité de Jean Lesage, ex-premier ministre et chef de l'opposition. Bourassa, puisqu'il intervenait souvent et pertinemment, se distingua assez rapidement des autres députés.
           Puis, pendant un certain temps, Bourassa appuya le projet de Souveraineté-Association de René Lévesque. En octobre 1967, il l'abandonna toutefois à cause de la monnaie et des institutions fédératives. De plus, à cette époque, la course pour la succession de Jean Lesage (chef du PLQ) débutait. En janvier 1970, il battit ses 2 principaux adversaires (Pierre Laporte et Claude Wagner) grâce, entre autres, au fort appui qu'il avait de la part des milieux d'affaires et Bourassa devint le chef du Parti libéral du Québec.
           Puis, à peine trois mois plus tard, soit le 29 avril 1970, il fut élu premier ministre du Québec. Par le fait même, du haut de ses 36 ans, il devint le plus jeune à occuper ce poste dans l'histoire du Québec. Il avait tout de même de grandes ambitions. Il promit d'ailleurs de créer 100 000 emplois et d'accentuer le développement économique. De plus, il souhaitait démontrer que le fédéralisme était rentable pour le Québec, lui qui en était fermement convaincu.
           Dès 1970, il dut faire face à la crise d'octobre, alors que le Front de Libération du Québec (FLQ) voulait démontrer l'insatisfaction de la population face à la détérioration de la situation économique et sociale. Au cours de celle-ci, Pierre Laporte (un des adversaires de Robert Bourassa pour prendre la tête du Parti libéral du Québec) perdit la vie. Malgré cette crise et l'opposition des médecins, Bourassa créa en 1970 l'assurance-maladie (carte-soleil). Tout au long de sa gouverne, de nombreuses autres mesures à caractère social pour les moins fortunées furent adoptées telles que l'aide juridique et les centres locaux de services communautaires (CLSC), en 1972.
           Dès l'année suivante, il mit en branle le «projet du siècle». Il l'annonça d'ailleurs le 29 avril 1971 devant un foule réunie au Colisée de Québec. Par le fait même, il donna naissance au projet de construction du plus grand complexe hydroélectrique au monde, tout en créant des emplois pour des milliers de personnes et des retombées économiques majeures pour le Québec. D'ailleurs, l'aménagement du complexe hydro-électrique de la rivière La Grande lui valut l'honneur d'être reconnu comme le "père de la Baie James".
           En juin 1971, la conférence de Victoria échoua dramatiquement. En effet, Bourassa, ayant tout d'abord fait mine d'accepter la charte concoctée par Pierre-Éliott Trudeau, recula par la suite. Il fut influencé par l'opposition des intellectuels et des autres partis, donc le Parti québécois et l'Union nationale. Trudeau ne lui pardonna jamais cette décision et lui donna les surnoms de «mangeur de hot-dogs» et de «fédéraliste douteux».
           Au mois d'octobre 1973, il fut réélu premier ministre du Québec. Il eut son deuxième mandat en obtenant le plus grand nombre de sièges, 102 sur 110, jamais obtenus par un gouvernement. Cette grande majorité nuisit toutefois considérablement aux libéraux et fut, en quelque sorte, l'artisane de leur perte.
           Pendant l'été 1974, Bourassa fit adopter la loi 22 par laquelle le français devint la langue officielle du Québec et, ainsi, l'enseignement devait se faire en français. La majorité de la population était mécontente face à cette loi. En effet, les Francophones trouvaient qu'elle ne protégeait pas réellement la langue tandis que les Anglophones y voyaient une atteinte à leurs droits. Les tensions linguistiques, particulièrement à Montréal, ne s'apaisèrent donc pas.
           Le 15 novembre 1976, les libéraux perdirent le pouvoir aux mains du Parti québécois de René Lévesque. Lors de ces élections, Bourassa fut battu dans Mercier par le journaliste-poète Gérald Godin. Suite à cette défaite, il quitta la direction du Parti libéral du Québec qu'il confia à Gérard D. Lévesque. Puis, il décida de retourner à l'étude et à l'enseignement de sa passion : l'économie. Entre autres, il partit pour deux ans en Europe où il fit des études et des conférences.
           En 1983, il revint à la politique. En effet, au mois d'octobre de cette année-là, il reprit la tête du Parti libéral du Québec, ne faisant qu'une bouchée de ses rivaux : Pierre Paradis et Daniel Johnson. Le 2 décembre 1985, il réussit à reprendre le pouvoir des mains du Parti québécois (affaibli par la démission de René Lévesque). Puis, le 25 septembre 1989, il fut réélu pour son quatrième mandat.
           En 1987, Bourassa fut l'un des investigateur de l'Accord du lac Meech par lequel il espérait que le Québec puisse réintégrer la nouvelle constitution de 1982. Cet accord fut toutefois un échec en 1990 et les efforts de Bourassa furent vains. Ne se décourageant guère et préconisant ardemment un «fédéralisme renouvelé», il tenta à nouveau en 1992 de briser l'isolation du Québec lors du rapatriement de la constitution en 1982, par l'entente de Charlottetown. Toutefois, comme l'Accord du lac Meech, cette entente échoua.
           Au cours de son quatrième mandat, Bourassa dut aussi affronter une crise économique très grave, soit la plus grave depuis celle des années 1930. De plus, pour empirer la chose, il y eut la crise amérindienne de l'été 1990. À cause de celle-ci, Bourassa retarda de se faire soigner pour un cancer de la peau. Puis, il s'absenta quelques mois, puis revint.
           Néanmoins, son cancer entraîna sa démission à l'automne 1993 et son départ au début de 1994. Il fut alors remplacé par Daniel Johnson (fils). En octobre 1996, la maladie eut finalement raison de lui et il laissa (entre autres) dans le deuil sa femme, Andrée Bourassa.