Il naquit en
1625 à Châlons-sur-Marne (en France). Vers l'âge de
40 ans, le 23 mars 1665, il fut nommé au titre de premier intendant
de la Nouvelle-France par le roi Louis XIV. Comme ses deux frères
Claude et Philippe, Jean Talon était alors au service de Jean-Baptiste
Colbert, ministre de la marine (adjoint du roi responsable de la Nouvelle-France),
et jouissait de l'estime de ce dernier. Talon harmonisa d'ailleurs son
administration avec Colbert tout au long de ses mandats...
Jean Talon arriva en Nouvelle-France le 12 septembre 1665, en compagnie
de Daniel Rémy de Courcelle (gouverneur et lieutenant général).
En tant qu'intendant, Jean Talon devait s'occuper de la justice, de l'administration
intérieure (police) et des finances... Il se mit rapidement au travail
et, dès le 4 octobre, il mentionna à Colbert que de laisser
une compagnie contrôler la Nouvelle-France nuisait au développement
de cette dernière. Talon conserva cette attitude tout au long de
ses mandats...
Pendant ce même mois d'octobre, Talon étala à nouveau
son opinion concernant le rôle de la Nouvelle-France : il souhaitait
que cette dernière se peuple davantage pour qu'elle puisse par la
suite se développer économiquement et, éventuellement,
pouvoir vivre en autarcie (se suffire à elle-même). Malheureusement,
l'idéologie mercantiliste du roi et de ses conseillers obligèrent
Talon à accepter que la colonie demeure au service de la métropole
(France). En effet, selon cette idéologie, on considérait
les pays puissants selon leurs richesses en or et en argent : les colonies
ne servaient qu'à augmenter celles-ci en exportant des matières
premières et en important des produits manufacturiers.
Jean Talon défendit cependant son opinion fièrement. Entre
autres, il encouragea fortement les habitants à cultiver du lin
et du chanvre. De plus, il décida de construire une brasserie convenant
aux habitants en 1668. Il établit aussi près de Québec
un chantier de construction navale...
Jean Talon effectua tout de même le premier recensement de la colonie,
au moins d'août 1666, dans le but de connaître le nombre exact
d'habitants de la colonie et leur répartition selon le sexe, l'âge
et les régions. On estimait que la population s'élevait à
3418 habitants, était relativement jeune (73% moins de 29 ans) et
se constituait surtout d'hommes (63% de sexe masculin). De plus, on dénota
seulement 257 femmes célibataires pour 791 hommes non mariés.
Ce pendant, conscient des imperfections de ce recensement, Talon en effectua
un deuxième en 1667 (il parcourut d'ailleurs plusieurs villages
lui-même) dont les résultats ressemblèrent grandement
au premier, mise à part que la population s'élevait dorénavant
à plus de 4000 habitants...
Talon décida alors de prendre sérieusement en charge le peuplement
de la colonie. Il avait cependant déjà commencé...
En effet, dès son arrivée en 1665, il avait fait venir de
France le régiment Carignan-Sallières pour protéger
la colonie des Iroquois et leur avait offert de demeurer dans la colonie
(400 s'installèrent). Puis, suite aux recensements effectués,
il préconisa aussi davantage l'établissement dans la colonie
de filles du roi. Ces jeunes filles orphelines
venaient en Nouvelle-France pour se marier et avoir des enfants aux frais
du roi, qui fournissait aussi leur dot (cadeau de mariage). Cette immigration
s'ajoutait à celles entamées précédemment concernant
les engagés (gens de métier dont la traversée était
payée par un employeur pour lequel ils travailleront pendant 3 ans,
d'où leur surnom de «36 mois») et les colons. La venue
de ces derniers visait notamment l'amélioration du régime
seigneurial.
Cependant, Talon ne se contenta pas de favoriser l'immigration : il préconisa
aussi l'augmentation des naissances et influença le roi à
adopter certaines mesures dans cet esprit. En effet, même si le premier
mandat de Talon se termina en 1668, son influence se perpétua...
Entre autres, le roi signa en 1669 un édit où il imposait
des amendes aux parents dont les fils se mariaient après l'âge
de 20 ans et dont les filles prenaient mari après 16 ans. Par contre,
ceux qui se mariaient avant ces âges recevaient un cadeau de mariage.
On accorda aussi des allocations aux familles nombreuses.
Jean Talon obtint un nouveau mandat, de 1670 à 1672. Entre autres,
il fit venir de France des chevaux qui arrivèrent le 16 juillet
1671. En 1672, sa santé étant chancelante, il demanda son
rappel en France qui lui fut accordé. Il quitta Québec
au mois de novembre en 1672... La population de la Nouvelle-France avait
alors doublé depuis 1666 mais, dès le départ de Talon,
l'immigration diminua considérablement. Le premier intendant avait
su remplir son rôle convenablement, compte tenu des ressources disponibles,
avec brio. Il décéda en France, en 1694.