Louis-Joseph Papineau, fils aîné de Joseph Papineau et de
Marie-Rosalie Cherrier, naquit le 7 octobre 1786 à Montréal.
Dès l'âge de huit ans, ce jeune prodige se distinguait par
son intelligence précoce ainsi que par sa passion inconditionnelle
pour la lecture. Renvoyé du Séminaire des Sulpiciens de Montréal
à l'âge de douze ans, ses parents l'obligèrent à
devenir pensionnaire au Séminaire de Québec.
Il s'y ennuyait et n'y prisait guère la compagnie des élèves
de son âge qu'il surpassait largement au niveau académique
(à l'exception de Joseph-Rémi Vallières) sans effort
ardu. Il préférait s'entretenir de littérature ainsi
que jouer aux dames et aux échecs avec ses maîtres ou avec
les écoliers des classes supérieures.
Puis, lors d'un « Parlement-pour-rire » organisé par
le Séminaire de Québec,
il joua habilement le rôle du chef de l'opposition. Foudroyant ses
adversaires, il époustoufla ses professeurs grâce à
l'éloquence véhémente et argumentative de ses propos
qui rappelait celle de son père Joseph Papineau, un illustre orateur.
Suivant les traces de son paternel, Louis-Joseph Papineau fut élu
dans le comté de Kent (qui comprenait les paroisses de Boucherville,
Longueuil, Chambly et Blairfindie) le 18 juin 1808, à l'âge
de 22 ans. Deux ans plus tard, en 1810, il fut admis comme avocat (au barreau),
mais ne délaissa pas sa carrière politique pour autant. Il
continua son apprentissage et devint député de Montréal-Ouest
en 1814. À l'aube de la trentaine, il débordait déjà
de talent et d'assurance. Ces atouts lui permirent d'accéder au
poste de président de la Chambre d'Assemblée le 21 janvier
1815. Puis, en 1817, il devint le chef du Parti Canadien. Au cours de cette
même année, il acheta de son père la seigneurie de
la Petite-Nation.
L'année suivante, plus précisément le 29 avril 1818,
Louis-Joseph Papineau épousa Julie Bruneau, fille de Pierre Bruneau
(député et marchand général) et de Marie-Anne
Robitaille, à la cathédrale de Québec. Comme toute
bonne canadienne de l'époque, Julie Papineau tomba enceinte peu
de temps après son mariage. N'était-ce point là, après
tout, l'unique utilité des femmes ? Dans une société
qui contestait leur droit de vote (Louis-Joseph inclus) et ne les écoutait
point, elles devinrent responsables du peuplement de la colonie... Un rôle
que Julie assuma. En effet, elle accoucha neuf fois. Malheureusement, seulement
cinq de ses enfants (Amédée, Lactance, Ézilda, Gustave
et Azélie) vécurent plus de cinq ans. L'aîné,
Amédée, suivit d'ailleurs les traces de son père en
1837. En effet, il s'enrôla avec les «Fils de la Liberté»
dont les 700 ou 800 membres s'organisèrent en formations paramilitaires
pour répliquer au Doric Club. Julie n'était nullement étrangère
à cette passion pour la politique. D'ailleurs, à l'aube des
rébellions de
1837-1838, elle organisa chez elle des réunions avec des femmes
patriotes comme Marguerite Viger, Henriette de Lorimier, Adèle Lafontaine
et Luce Fabre.
Malgré ce mariage, Papineau demeura le président de la Chambre
d'Assemblée jusqu'en 1823. En 1823, il partit pour Londres dans
le but de contester le projet d'union de 1822. En compagnie de John Neilson,
il défendit les droits et les intérêts des Canadiens
français. Finalement, les dirigeants britanniques promirent que
le projet d'union ne serait pas réétudié à
la session de 1823. En fait, il ne fut que reporté
à plus tard...
En 1824, suite à son retour au Canada, Papineau reprit son siège
à la Chambre d'Assemblée. Par contre, il dut patienter jusqu'à
l'ouverture de la session suivante, en 1825, pour ravir la présidence
à Joseph-Rémi Vallières de Saint-Réal, son
valeureux rival depuis le collège. Papineau présida l'Assemblée
jusqu'en 1837. Ces années (de 1825 à 1837) furent d'une importance
capitale au niveau politique. En effet, la Chambre d'Assemblé se
divisa à nouveau à cause des subsides et, après 1826,
Papineau devint le chef du Parti Patriote (formé par les radicaux
du Parti Canadien). Ce parti précisa sa position au fur et à
mesure que les autorités britanniques brimaient les droits des Canadiens
français.
En 1834, le chef, aidé de quelques membres du Parti Patriote, prépara
une énumération de griefs, nommée les 92
résolutions, que Denis-Benjamin Viger présenta à
Londres. Le contexte socio-économique difficile (crise agricole,
épidémie de choléra...) et les jugements parfois injustes
envers les Canadiens français (notamment concernant la fusillade
du 21 mai 1832) contribuèrent à convaincre le peuple d'adopter
la cause des Patriotes. Ces facteurs, ajoutés aux nombreux débats
concernant les subsides, rendirent la situation explosive en 1836. Cependant,
la goutte qui fit réellement déborder le vase fut les 10
résolutions Russell, en 1837, qui repoussaient toutes les demandes
canadiennes (92 Résolutions).
Cette réponse de Londres obligea Papineau et les siens à
choisir : la soumission ou la révolte.
Louis-Joseph Papineau, même s'il avait toujours déconseillé
le recours à la force et préconisé la révolte
passive (boycottage des produits britanniques), fut l'investigateur des
Rébellions de
1837-1838. D'ailleurs, le 15 mai 1837, lors d'une assemblée
à St-Laurent (sur l'île de Montréal),
Papineau dénonça l'attitude du gouvernement britannique :
«Le gouvernement des nobles de l'Angleterre vous hait pour toujours,
il faut le payer de retour.» Puis, l'appel aux armes fut lancé
le 24 octobre 1837 et engendra l'émission de 26 mandats d'arrestation
contre les chefs Patriotes dont celui de Louis-Joseph Papineau.
Louis-Joseph se réfugia tout d'abord à Maska (chez son frère
Augustin), puis au manoir de sa soeur. Cependant, réalisant le risque
qu'il faisait courir à sa famille suite à la défaite
de St-Charles et à l'émission de son mandat d'arrestation
(le 1er décembre), il s'enfuit aux États-Unis. En compagnie
de son fils Amédée (lui aussi recherché), il erra
entre Burlington, Saragota et Albany sous le nom de Jean-Baptiste Fournier.
Par la suite, Louis-Joseph Papineau s'exila en France pour plaider la cause
des Patriotes et il y demeura jusqu'en 1845. Julie, possédant un
esprit de famille puissant, suivit son époux lors de son exil intercontinental.
Pendant son exil, Papineau écrivit «L'histoire de l'insurrection
au Canada», un récit dont la première partie fut publiée
en mai 1839 par la «Revue du progrès» et rééditée
à l'imprimerie du «Patriote canadien». Cet ouvrage,
cependant, n'obtint point le succès escompté et son auteur
ne publia guère la deuxième partie.
En 1845, après huit ans d'absence au Canada, Louis-Joseph Papineau
revint fouler le sol de sa terre natale. Élu dans le comté
de Saint-Maurice en janvier 1848, il s'opposa, un peu plus intransigeant
chaque jour, à Louis-Hippolyte Lafontaine. Papineau, cependant,
fut incapable de reprendre son rôle de chef et il se sentit isolé
à la Chambre. Il préféra côtoyer de jeunes patriotes
qui formèrent, par la suite, le Parti Démocratique Canadien.
Malgré tous ses efforts et sa vive éloquence, Papineau ne
réussit point à rajouter plus de prestige et de gloire, lors
de son retour, au nom que lui avait fièrement légué
son père. Il se retira donc de la politique en 1854 et se réfugia
à Montebello. Sa dernière apparition publique, le 17 décembre
1867, alors qu'il donna une conférence à l'Institut canadien
de Montréal, fut considérée comme son testament politique.
Finalement, Louis-Joseph Papineau décéda le 23 septembre
1871, à l'aube de ses 85 ans, dans son manoir de Montebello. Cette
flamme passionnée, persuasive et ardente, allumée par une
étincelle provenant de Joseph Papineau, éblouit les ténèbres
environnantes, vacilla au rythme irrégulier de la brise, puis s'éteignit
pour l'éternité. Léguant son flambeau à l'énergique
jeunesse, cette flamme éteinte, par son odeur, hante encore aujourd'hui
notre existence. Les traces qu'elle a engendrées marquent l'histoire
de notre pays, de notre nation et de notre société.
Note : Ce texte fut composé par Florence Larocque dans le cadre du concours d'histoire Lionel-Groulx, organisé par la Société des professeurs d'histoire du Québec (SPHQ).