Une procédure d'alunissage insensée









A la fin de la descente motorisée, alors que le module lunaire était près de la surface lunaire, le programme P66 tournait dans l'AGC.
Contrairement aux programmes précédents, ce programme n'était pas entièrement automatique, mais seulement semi-automatique.







Le rôle du programme P66 était de continûment ajuster la poussée du moteur principal, de sorte qu'il contre exactement l'attraction lunaire, et le module lunaire reste à altitude constante alors qu'il se déplace au-dessus de la surface lunaire.
En effet, au fur et à mesure que le module lunaire brûle du propergol, il perd du poids, et donc la poussée doit être modifiée de sorte qu'elle continue de contrer l'attraction lunaire, mais sans la dépasser (autrement il monterait, car la force de la poussée dépasserait l'attraction lunaire avec un module plus léger).
Pour faire ses calculs, l'AGC utilise l'information du poids, mais aussi de l'altitude et du taux d'altitude.







Si c'était l'astronaute qui contrôlait la poussée avec la manette, il ne serait pas aussi précis que l'AGC, car il n'a pas un ordinateur dans la tête, et il appliquerait alternativement trop de poussée ou pas assez, et le module lunaire ne serait pas aussi régulier qu'avec le contrôle par l'AGC; le module lunaire suivrait une trajectoire ressemblant à des montagnes russes plutôt qu'une trajectoire stable.







Pendant cette phase, l'interrupteur de contrôle de la poussée doit être sur la position "Auto", ce qui signifie que c'est le LGC (et donc l'AGC qui commande le LGC) qui a entièrement le contrôle de la poussée, et la manette de contrôle n'a aucune action dessus.







Mais, si l'astronaute n'a pas le contrôle du moteur principal, dans cette phase, il a par contre le contrôle du RCS, ce qui signifie qu'il peut déplacer le module lunaire au-dessus de la surface lunaire en utilisant les réacteurs latéraux.







Le RCS permet de déplacer le RCS dans toutes les directions, et aussi de le tourner dans toutes les directions; en l'absence de friction sur la lune, même une force modeste peut mettre le module lunaire en mouvement, et à n'importe quelle vitesse.







Le programme P66 est donc en fait une coopération entre l'AGC, qui prend en charge le contrôle du moteur principal, et l'astronaute, qui utilise le RCS pour se déplacer au-dessus de la surface lunaire.
Le fait que l'AGC s'occupe de la poussée du moteur principal, et permet au module lunaire de rester à altitude constante au-dessus de la lune, permet à l'astronaute de se concentrer exclusivement sur le relief de la lune, et déplacer seulement le module lunaire latéralement sur la surface lunaire.







Lorsque les astronautes ont trouvé l'endroit adéquat pour poser le module lunaire, il ne peut pas rester sur le programme P66, car celui-ci empêcherait de descendre le module lunaire.
L'astronaute appelle alors le dernier programme de la descente, le programme P67.
Contrairement au programme P66, et les programmes précédents, ce dernier programme n'est pas automatique du tout, il est entièrement manuel.
En fait, il consiste juste en instructions données aux astronautes pour réaliser la descente, car ils la contrôlent manuellement eux-mêmes.







Et, lorsqu'ils appellent un programme sur l'AGC, ce n'est pas pour lui demander de les aider à contrôler la descente, mais seulement pour obtenir des informations qui sont censées les aider à contrôler manuellement la descente.
En particulier le programme P67 spécifie qu'ils doivent appeler la fonction correspondant au verbe 06 et noun 60.







Cette fonction correspond à l'affichage périodique d'informations horizontales (Z est un axe horizontal du module lunaire, l'axe vertical est appelé X).
C'est sûr, des informations horizontales sont très utiles pour contrôler verticalement la descente!







Il n'est pas possible de comparer le contrôle du module lunaire avec celui d'un hélicoptère.
Un hélicoptère contre l'attraction terrestre passivement avec la force de l'air, tandis que le module lunaire contre l'attraction lunaire activement, avec la force de son moteur, et les réactions sont très différentes.







Ensuite un hélicotpère a une vision bien meilleure du sol en-dessous de lui que le module lunaire.







Et ne pensez pas qu'il serait possible d'utiliser le système d'articulation du moteur principal pour basculer le module lunaire de sorte que les astronautes puissent avoir une meilleure vision du sol sous le module lunaire.







L'usage exclusif du système d'articulation est de refaire l'alignement de la poussée avec le centre de masse, alors que celui se décale progressivement avec la baisse du niveau dans les réservoirs, alors que le module lunaire brûle du propergol.







Si le moteur principal était pivoté avec le système d'articulation pour basculer le module lunaire, et permettre aux astronautes d'avoir une meilleure vision du sol lunaire, il y aurait un décalage conséquent entre la ligne de poussée et le centre de masse, ce qui créerait un couple de désalignement, lequel ferait tourner le module lunaire, et le ferait s'écraser sur la lune.
Et, de toute façon, le système d'articulation ne peut pas être tourné autant.







Dans cette dernière phase de l'alunissage, l'interrupteur de contrôle de la poussée doit être sur la position "Man", de manière à donner le contrôle de la poussée à la manette de contrôle au lieu du LGC.
Le problème est que, si la position courante de la manette ne correspond pas avec la poussée courante commandée par le LGC, ce qui est peu probable, le module lunaire va brutalement soit descendre, soit monter, suivant la position courante de la manette.







L'astronaute, avec la pauvre vision s'il a du sol lunaire, va avoir une grande difficulté à ajuster la poussée du moteur principal, et appliquera alternativement un poussée soit trop importante, soit pas assez, et la descente du module lunaire pourrait ressembler au mouvement d'un yoyo.
Et le module lunaire pourrait avoir trop de vitesse lorsqu'il est proche du sol lunaire, ce qui signifie que l'alunissage serait un peu brutal.







Et le contrôle de la poussée n'est pas le seul souci des astronautes.
Lorsque les sondes lunaires détectent le sol lunaire (à 1,7 mètre de la surface lunaire), celles-ci ne coupent pas automatiquement le moteur, elles ne font que donner une indication visuelle, et il revient aux astronautes, lorsqu'il voient cette indication visuelle, de couper le moteur en appuyant sur le bouton d'arrêt.







De plus, la manière dont ce bouton d'arrêt était conçu était absurde, car il devait faire un aller-retour complet pour effectivement arrêter le moteur.







Il n'y avait pas de garantie que les astronautes aient coupé le moteur (en pressant le bouton d'arrêt) avant que le module lunaire ne touche le sol.
Par exemple, dans Apollo 11, Armstrong a pris un peu de retard pour couper le moteur, et celui-ci fonctionnait encore lorsque le module lunaire reposait sur le sol lunaire.
Heureusement, le module lunaire a bénéficié d'un sol plat dans Apollo 11, et la jupe du moteur ne touchait pas le sol alors que le module lunaire reposait sur le sol.







Tel n'était pas le cas dans Apollo 15, dans lequel le module lunaire s'est posé sur un sol inégal, et la jupe du moteur a touché le sol.
Heureusement, dans cette mission, David Scott a coupé le moteur avant que le module lunaire ne touche le sol.







Mais, si David Scott avait été aussi lent qu'Armstrong pour couper le moteur, et que celui-ci avait encore fonctionné alors que le module lunaire touchait le sol, cela aurait eu un effet catastrophique dans Apollo 15.







Un hélicoptère n'a pas de tel problème, comme ses pales ne touchent pas le sol alors qu'il repose sur le sol, et ses pales peuvent encore tourner alors qu'il se pose.







Le problème est que les astronautes n'ont pas de signe prémoniteur que les lampes de contact vont s'éclairer, pas de feu orange, ce qui signifie que, ne sachant pas d'avance quand elles vont s'éclairer, ils doivent constamment concentrer leur attention sur le tableau de bord, ce qui pourrait les distraire de ce qu'ils peuvent voir dehors.
Et, s'ils sont distraits par ce qu'ils voient dehors, ils pourraient ne pas immédiatement remarquer les lampes de contact.







Et le problème est que, alors que ce contrôle est loin d'être évident, les astronautes n'ont même pas été formés sur terre pour le faire, c'est la première fois qu'ils le font.
En effet, l'entraînement qu'ils ont reçu sur terre était beaucoup plus basique, et pas assez sophistiqué pour les accoutumer à faire correctement ce contrôle.







A cause de la difficulté pour trouver l'ajustement correct de la poussée pour faire cette descente, le module lunaire pourrait arriver près du sol lunaire un peu trop vite, et, parce qu'il arrive trop vite, les astronautes pourraient ne pas avoir le temps de presser le bouton d'arrêt, après avoir vu s'allumer les lampes de contact, avant que le module lunaire ne touche le sol, un sol qui est inconnu et pourrait être inégal.
En d'autres termes, le programme manuel P67 est loin d'être sûr!







Rationnellement, le programme P67 n'aurait pas dû être manuel, mais entièrement automatique à la place.
L'interrupteur de contrpole de la poussée aurait dû rester sur la position "Auto", pour donner le contrôle de la poussée au LGC (et donc à l'AGC).
L'AGC aurait programmé la descente de sorte qu'elle aurait été très régulière et lente; le module lunaire serait arrivé près de la surface lunaire avec une vitesse modérée; lorsque l'AGC aurait reçu le signal des sondes lunaires, il aurait su que le module lunaire était à 1,7 mètres de la surface lunaire, et il aurait pu arrêter le moteur au bon moment.
Le module lunaire se serait posé en douceur et sûrement, avec le moteur coupé alors que le module lunaire reposait sur le sol.
L'alunissage aurait été totalement sûr, sans erreur humaine possible.







Car, si les astronautes pourvaient démarrer et arrêter manuellement le moteur (indiqué en vert), L'AGC pouvait aussi le faire automatiquement (indiqué en bleu)!







Mais les ingénieurs ont illogiquement préféré une procédure manuelle, qui était loin d'être sûre, et qui pouvait éventuellement se terminer fatalement.







Dans un film, les acteurs peuvent prendre n'importe quel risque, tout aussi insensé qu'il puisse être, car il est écrit dans le script que tout finira bien.
Mais, dans une mission réelle, rien n'est écrit dans le script, et un risque non nécessaire peut se terminer en catastrophe.







Maintenant, je sais ce que certains esprits éclairés vont me dire: Cela fonctionnait bien avec la descente manuelle, car elle a parfaitement fonctionné dans six missions de suite, rappelez-vous, ces astronautes étaient de véritables as!







Oh oui, cela a parfaitement fonctionné six fois de suite...sur le plateau de la fausse lune, cela ne peut jamais échouer!