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Chapitre 1 : FACTEURS GENERAUX DE LA COMMUNICATION.
 

1°) DEFINITION DE LA COMMUNICATION.

La communication est l’ensemble des processus par lesquels s’effectuent les échanges d’information et de signification entre les personnes dans une situation sociale donnée. Elle est donc fondamentalement un processus social. Toute communication est une interaction et donc, toute communication va s’inscrire dans des processus d’influence qui vont générer des phénomènes dynamiques, des transformations.

On ne peut pas analyser la communication comme un simple processus de transmission puisqu’il y a échange et donc pas à proprement parler un émetteur et un récepteur. Tout acteur de la communication est à la fois émetteur et  récepteur.
Elle est un des fondements des liens sociaux. Elle est un acte social délibéré ou involontaire, conscient ou non conscient.

A partir du moment où il y a relation sociale, il y a obligatoirement communication. On ne peut pas ne pas communiquer car l’absence même de communication est déjà une communication, cela véhicule une signification.
On ne peut pas limiter la communication au simple message verbal (transmission de messages verbaux ou écrits), elle peut s’opérer à travers des supports ou des canons différents étant l’ensemble des processus paraverbaux et non verbaux.
 

2°) LES DIFFERENTS FACTEURS.

Les facteurs influençant les acteurs de la communication (émetteur et récepteur).

Ils sont déterminés par 3 facteurs :
variables psychologiques,
variables sociales,
variables cognitives.

(1) Les variables psychologiques :

Dans toute communication, différents acteurs sont directement impliqués, c’est-à-dire que tout acteur d’une communication est engagé dans la situation de communication en fonction de sa personnalité et de ses motivations.

Cette motivation peut être explicite ou implicite, consciente ou non consciente.

Le modèle de LEWIN :

Un individu doit être considéré comme un organisme sur lequel s’exerce différents types de forces.

Ces forces ont 2 origines :
- internes (qui résultent de l’individu lui-même, c’est-à-dire de son histoire personnelle),
- externes (issues de l’environnement immédiat et lointain de l’individu, i.e. sa culture).

Ces 2 forces ont 2 valences :
- positive,
- négative.

Dès lors, l’existence de ce système va déterminer ce que Lewin appelle un certain nombre de tensions. Tout individu ou groupe est un organisme sous tension. Ce système de tensions définit les besoins de l’individu dans la situation.
Ce sont ces tensions qui vont générer les comportements.

Le comportement d’un individu ou d’un groupe est déterminé par le système de forces qui s’exerce sur lui.

FORCES ->   TENSIONS ->  BESOINS ->   COMPORTEMENTS.

Les besoins vont générer des comportements visant à réduire la tension créée par les forces.
Les forces positives créent des tensions positives qui vont générer un comportement d’approche.
Les forces négatives créent des tensions négatives qui vont générer un comportement d’évitement ( développés pour éviter des conséquences négatives pour le moi).

Tout comportement d’un individu aura toujours 2 dimensions ou facettes :
- associée à un objectif en général explicite,
- associée à des mécanismes défensifs non verbalisés dans la situation.

L’analyse d’un individu ou d’un groupe en situation de communication nécessite le repérage des différents types de tensions et donc de besoins qui s’exercent sur les individus.

Le comportement d’un individu ou d’un groupe est déterminé par le jeu subtil des désirs ou approches et des défenses ou évitements.

Selon les situations et les contextes, le comportement d’un individu par exemple en situation de communication peut être déterminé par des besoins ou des motivations non explicites mais qui néanmoins sont des motivations réelles de la communication.

Le comportement des individus sera déterminé en fonction des tensions.

On peut repérer 2 mécanismes essentiels :
- un mécanisme projectif,
- un mécanisme défensif.

Mécanisme projectif, 2 formes :
- prêter à l’autre ses propres sentiments, c’est-à-dire fonctionner dans la communication comme si l’autre était équivalent à soi (l’autre fonctionne comme moi et je peux donc construire une communication comme moi je la recevrais…) C’est un obstacle important à la communication car il s’agit d’une communication centrée sur l’émetteur et non pas sur le récepteur.
- Processus qui consiste à attribuer à l’autre des sentiments susceptibles de justifier mes réactions à son égard (ex. : j’attribue à l’autre mon agressivité expliquant ainsi mon agressivité à son égard).

Mécanisme de défense, 4 formes :
- Interprétation défensive : consiste à expliquer les événements intervenant dans la communication de telle manière qu’ils correspondent à ma propre vision de la situation.
- Scotomisation : processus psychologique inconscient qui a pour conséquence l’impossibilité pour l’acteur de percevoir ou d’entendre certains éléments susceptibles de mettre en cause son équilibre interne. Il s’agit du phénomène majeur de perturbation. Cette sélection repose sur la défense du moi intime.
- Mémorisation sélective : éléments perçus mais oubliés instantanément (lorsqu’on mémorise un message, on le mémorise selon notre idéologie).
- Contestation de l’autorité de la source : c’est-à-dire le fait de mettre en cause soit la compétence soit la bonne foi de celui qui émet l’information.
 

(2) Les variables sociales :

a) Le statut social des acteurs :

Il s’agit de la position qu’un individu occupe dans un système social donné à un moment donné.

Le statut est donc déterminé par le contexte social (il évolue selon le contexte).
L’un des problèmes de la communication c’est le fait de maintenir dans des situations différentes le statut d’une autre situation.

A chaque statut correspond un certain nombre de comportements, c’est-à-dire de rôles spécifiques.
Dans une situation d’interaction, l’individu va se comporter en fonction de son statut mais plus précisément en adoptant des rôles lui semblant pertinents par rapport à son statut ( il s’agit de la représentation du statut).

- Obstacle : la rigidité des rôles, c’est-à-dire adopter dans un contexte des comportements, rôles liés et associés à un autre contexte.
- Avantage : flexibilité des rôles, c’est-à-dire adaptation au contexte social.

b) Les préjugés et les stéréotypes :

C’est l’existence de points de vue préalables à la situation qui vont constituer autant de filtres interprétatifs à la communication.

Préjugé : positionnement de l’individu avant même que l’interaction se soit développer.

Expérience de RAZRAN (1950).

1) On convoque des sujets dans un laboratoire en les prévenant qu’on travaille sur la formation des impressions.
On leur présente un ensemble de photographies d’identité et on leur demande de d’émettre un certain nombre de jugements pour chacune d’entre elles (gai, triste, généreux, avare, intelligent, bête…)

Résultats :
- la quasi totalité des sujets répond. Cela ne pose aucun problème aux individus d’émettre des jugements uniquement à partir d’une photographie.

2) On fait revenir les mêmes sujets 3 jours après et on leur présente les mêmes photographies afin qu’ils fassent la même tâche.

Résultats :
- il y a une consistance systématique entre les réponses données au temps 1) et celles données au temps 2).
- les jugements émis au temps 1), ne sont pas des jugements aléatoires.

Mais, on pourrait penser que les sujets se souvenaient de leurs réponses.

3) On contacte à nouveau les mêmes sujets mais cette fois-ci 3 mois après (la mémoire immédiate ne durant qu’un mois et demi).

Résultats :
- les résultats obtenus sont les mêmes que ceux émis aux temps 1) et 2).
- Les gens émettent des jugements stables et consistants face aux photographies.

4) 3 jours après l’entrevue 3), on recontacte les sujets et on les soumet à nouveau à la même tâche face aux mêmes photographie avec une variante : on affecte un nom et un prénom à chacune d’origine différente.

Résultats :
- les jugements sont identiques quand l’origine des noms et prénoms est typiquement américaine, mais sur toutes les autres photographies, on obtient des différences significatives entre le jugement en temps 1) et ce dernier (les italiens sont jugés comme plus gais, plus sympathiques, moins intelligents ; les juifs comme moins sympathiques, plus intelligents et moins généreux…)
- le fait d’affecter un nom a activé de manière inconsciente des préjugés raciaux ou ethniques.
- Ainsi, les jugements ne sont jamais objectifs ou neutres.

(3) Les variables cognitives :

a) Le système cognitif :

Il détermine directement les interactions (de chaque acteur). Il est directement déterminé par le type des organisations mentales et intellectuelles des acteurs (types d’informations émises, organisation des messages, types d’informations reçues directement déterminés par le type de formation intellectuelle et par le fonctionnement intellectuel des acteurs).

b) Les représentations sociales :

Ensemble organisé des informations, des opinions, des attitudes et des croyances qu’un individu ou un groupe élaborent à propos d’un objet donné, c’est-à-dire à partir du moment où un individu est confronté à une situation, il va élaborer une certaine représentation de cette situation. Il n’existe pas de réalité objective, toute réalité étant appropriée par les individus du groupe et reconstruite en fonction de leur système cognitif et de leur système de valeur.

Pour les individus ce qui constitue la réalité n’est pas la réalité objective mais leur représentation. Si on veut intervenir, il faut connaître le système des représentations des acteurs car cela va déterminer leurs comportements.

Comment ces représentations interviennent dans la communication ?

Composantes majeures :
- individu en interaction avec
- un ou plusieurs individus par rapport à
- une tâche dans
- un contexte.

Facteurs symboliques :
- représentation de soi (a),
- représentation de l’autre (b),
- représentation de la tâche (c),
- représentation du contexte (d).

La nature d’une interaction va résulter de l’influence réciproque de ces 4 éléments.

(a) La représentation de soi :

Elle comprend 2 types de constituants différents correspondant aux 2 composantes du soi :
- moi intime : image que tout individu élabore dans son for intérieur à propos de lui-même.
- moi public : image de soi que l’individu veut donner aux autres.

Dans une interaction, tout individu va se comporter en fonction de ce qu’il pense être (moi intime) et de ce qu’il veut paraître (moi public).

(b) La représentation de l’autre :

Chacun développe à propos de l’autre une représentation. On va se comporter en fonction de l’image que l’on se fait de l’autre (image qui est déterminée par des facteurs sociaux et idéologiques).

Cette image va déterminer le type de relation, de langage, de raisonnement et en partie la finalité de la situation.

Caractéristiques importantes :
- L’image de l’autre se constitue dès les premières secondes…
- A partir du moment où une représentation est, elle résiste à tous les changements.
- Conséquences : les processus de communication se déterminent et se jouent très souvent dans les premiers instants de la situation.

A partir du moment où l’individu a une certaine représentation de l’autre, 2 processus y sont associés :
- un système de catégorisation,
- un système d’anticipation et d’attente, c’est-à-dire qu’en fonction de la représentation que l’individu se fait de l’autre, il s’attend à ce qu’il se comporte d’une certaine manière.

(c) La représentation de la tâche :

C’est l’idée qu’un individu se fait de la nature de la communication par rapport au contenu de la communication.
Cela va déterminer :
- la nature de la relation entretenue,
- la démarche cognitive utilisée et développée dans la situation.
 

(d) La représentation du contexte :

2 types de contextes :

- immédiat (lieu et moment),
L’organisation et la nature du contexte immédiat déterminent la représentation de la finalité de la situation. L’organisation du contexte immédiat véhicule et induit une signification.

- Idéologique ou culturel.
Une communication ne s’inscrit jamais dans un environnement social et idéologique neutre. Selon le système idéologique auquel l’individu se réfère, il va privilégier tel ou tel type de message.

Il y a donc un rôle essentiel des représentations dès le début : on aborde toujours une situation avec un ensemble de filtres interprétatifs.

L’existence et l’importance des représentations dans l’interaction  font que la plupart du temps, toute interaction et communication sont prédéterminées.
 

3°) ROLES DES CODES DANS LA COMMUNICATION.

Le code est déterminé par un certain nombre de variables. La qualité de la communication va dépendre en grande partie de la qualité et de la pertinence du code utilisé. Il sera d’autant plus efficace qu’il est adapté à la nature de la cible, à la nature de l’information transmise et à la finalité de la situation.

On peut donc considérer que pour toute communication, il existe un code optimum, i.e. celui qui permet la meilleure compréhension du message.  Il ne doit pas être élaboré en fonction de l’émetteur mais plutôt en fonction du récepteur.
Le code sera d’autant plus performant qu’il sera univoque ou non ambigu, la polysémie étant un obstacle à la compréhension.
Cette adaptation du code au récepteur est d’ailleurs un processus psychologique spontané. En effet, lorsqu’on observe des communications entre de jeunes enfants, on constate que les enfants plus âgés modifient et adaptent leur mode d’expression face à des partenaires plus jeunes.

Les activités de codage ou de décodage sont affectés par des facteurs psychologiques ou facteurs psychosémantiques :
- effet de halo : résonance symbolique qui peut résulter de l’utilisation de tel ou tel mot dans la conversation par l’acteur. Certains mots peuvent éveiller chez le récepteur toute une chaîne d’associations individuelles ou personnelles qui peuvent dans certains cas bloquer complètement la conversation (existence de mots chocs pouvant résulter de l’histoire personnelle mais aussi de facteurs idéologiques ou sociaux). Le choix de tel ou tel mot dans un message peut témoigner des positions idéologiques de l’émetteur.
- effet de pondération différentielle des mots : tous les mots d’un message n’ont pas le même poids. Qu’elle que soit la communication, il existe une hiérarchie entre les mots utilisés, certains jouant un rôle central dans la compréhension et dans l’interprétation d’une communication.
 

* ASCH, 1946.

Etude sur les processus constitutifs de la formation des impressions.

On présente aux sujets une liste d’adjectifs associée à un personnage. Ils doivent définir et qualifier le personnage.

1ère condition : intelligent, compétent, travailleur, chaleureux, décidé, pratique et prudent.

2ème condition : on échange juste le terme « chaleureux » par le terme « froid. »

Résultats : On constate que le changement de ce seul terme entraîne la production de jugements radicalement différents. Pour la 1ère condition, les sujets estiment que le personnage est généreux, plein d’humour, sociable et populaire. Pour la seconde ils le trouvent arriviste, calculateur, snob et antipathique.
Les différences ne sont obtenues que lorsqu’on change le terme « chaleureux ». Ce terme est donc un terme central, i.e. que par rapport aux autres éléments du message, il joue un rôle essentiel dans la formation de l’impression.

La centralité d’un élément dépend des contextes et de la finalité de la situation.
Si dans un message j’utilise en même temps un élément central et son contraire, c’est toujours l’aspect négatif qui l’emporte sur l’aspect positif dans la construction de l’impression.
Par ailleurs, la centralité d’un mot est également déterminée par la nature et l’importance de l’information qu’il véhicule. C’est ainsi que dans un message, tous les mots qui témoignent d’un écart à une norme sociale sont systématiquement surévalués dans la formation de l’impression.

L’ordre des mots d’un message peut également jouer un rôle décisif dans la signification attribuée au message.
Deux types de mots vont être survalorisés :
- les premiers mots d’un message ou effet de primauté : les premiers mots induisent des anticipations et des attentes par rapport à la suite.
- Les derniers mots ou effet de récence : les derniers mots étant plus facilement mémorisés.
 

4°) LE CANAL DE LA COMMUNICATION.

Le canal ne se limite pas au support. Les canaux de la communication comprennent également les conditions physiques, la position dans l’espace, le lieu où le canal est utilisé…

Exemple : le positionnement des individus dans l’espace (face à face ou côte à côte) entraîne une différenciation importante dans le type de communication qui apparaît et sa structuration.

Par ailleurs, le type de canal utilisé est susceptible d’induire un certain type de langage. En effet, quand le canal de communication est peu familier, le langage oral va avoir tendance à se rapprocher des caractéristiques du langage écrit. Le contenu du message sera plus structuré, le jugement plus consistant et l’attention portée à l’autre plus grande.

Le choix du canal va être déterminé par la nature de l’information transmise mais par ailleurs, le choix d’un canal particulier à un moment donné est susceptible de déterminer une interprétation de la finalité, il véhicule une intentionnalité.
Le choix du canal est aussi susceptible de déclencher une représentation chez le récepteur, de même que le choix du moment et du lieu. Ces éléments peuvent favoriser ou perturber la communication, i.e. cette situation de communication n’est pas simplement un échange mais est également structurante socialement, création ou renforcement d’un certain type de relation, de hiérarchie, de pouvoir.
 

5°) LE CONTEXTE.

Il existe deux types de contexte :
- spatio-temporel immédiat,
- idéologique et culturel.

La nature et la performance de la communication va varier selon les contextes idéologiques et culturels comprenant la culture générale mais aussi les micro- cultures. La micro- culture va jouer directement sur la représentation et donc sur les performances de la communication.

Les facteurs non verbaux sont les éléments les plus sensibles au contexte socioculturel (ex. : la signification du sourire).

Ainsi, la réussite d’une communication nécessite un contrôle et une maîtrise importante d’un très grand nombre de facteurs différents.
 

6°) PROCESSUS DE REGULATION OU FEED-BACK.

Vu la complexité des phénomènes de communication et vu le fait que la communication est une interaction et qu’elle s’inscrit dans les processus d’influence, la qualité d’une communication va nécessiter la mise en œuvre d’un processus fondamental : PROCESSUS DE REGULATION.

Ce processus va se concrétiser directement dans toute situation par l’utilisation du FEED-BACK.

Une communication pour être optimale doit être une communication bilatérale. Il s’agit d’une communication qui rééquilibre les fonctions de chaque acteur, i.e. qu’une communication sera d’autant plus efficace qu’elle repose sur la flexibilité des rôles des différents acteurs au sein de la communication. L’émetteur doit devenir récepteur et vice et versa.
Cette souplesse permet l’adaptation du message au récepteur et une transformation en cours de communication pour la performance.

TOUTE COMMUNICATION POUR ETRE EFFICACE SUPPOSE UN FEED-BACK.

Fonctions du feed-back :
- fonction de contrôle de la compréhension,
- fonction d’adaptation du message aux caractéristiques des acteurs et aux différences rencontrées dans l’interaction, le feed-back permettant alors de les prendre en compte et de changer les termes de la communication.
- fonction de régulation sociale résulte de la flexibilité du rôle des acteurs : rééquilibration des statuts dans la communication.
- fonction socio-affective : l’existence du feed-back augmente la sécurité interne des acteurs car l’existence du feed-back permet de réduire l’appréhension par rapport à la communication et de déterminer une augmentation de la satisfaction des acteurs.

Les processus positifs générés par le feed-back sont directement déterminés également par sa nature. Le feed-back doit être un processus de régulation et pour être performant doit s’inscrire dans une volonté d’écoute et de compréhension.


Chapitre 2 : LA COMMUNICATION INTERINDIVIDUELLE.
 

 L’étude de la communication interindividuelle concerne tous les processus qui se développent dans une situation où deux individus sont en interaction par rapport à des objectifs explicites ou implicites.

Dans cette interaction, les attitudes vont jouer un rôle essentiel.
 

1°) ATTITUDES.
 

a) Définitions et fonctions des attitudes.

2 définitions :

ALLPORT : «  L’attitude, c’est l’état mental et physiologique constitué par l’expérience et qui détermine une influence dynamique sur l’individu en le préparant à réagir d’une manière spécifique à des situations. »

Ainsi, les attitudes sont acquises et sont censées être derrière nos comportements.

Les attitudes sont le type de réactions qu’un individu développe dans une situation donnée.
 

Fonctions :

Les attitudes répondent à un certain nombre de fonctions :

Une fonction cognitive qui correspond au fait que les attitudes déterminent et organisent les perceptions. La perception est un phénomène social. Les processus perceptifs ne sont pas seulement déterminés par les caractéristiques objectives des objets mais également par la manière dont les individus abordent la situation.

Ex. : dans une tâche de mémorisation de mots, les individus ne retiennent pas forcément les mots les plus fréquents dans la langue, mais ceux qui font partie de leur système de normes et de valeurs.

Une fonction énergétique: les attitudes déterminent directement le niveau d’implication et donc le niveau de motivation des individus dans la situation. Elles déterminent ainsi la part d’énergie investie dans la situation.

Une fonction régulatrice : c’est le système d’attitudes d’un individu qui explique et détermine l’unité des opinions et des comportements, c’est-à-dire que les attitudes sont un des éléments essentiels de la cohérence et de la consistance des comportements.
 

b) Attitudes et communication : typologie de Porter.

PORTER définit 5 types d’attitudes possibles dans une situation d’interaction entre deux individus.

Nous verrons pour chacune sa définition, quels sont les types de relations que l’attitude génère ou renforce dans cette situation et leurs conséquences par rapport à une situation de communication particulière permettant l’expression la plus authentique de celui qui s’exprime. Enfin, nous en déduirons une règle d’interaction toujours par rapport à cette situation idéale.

1) Attitude d’évaluation :
Attitude qui consiste par rapport à ce que l’autre a exprimé à verbaliser un jugement positif ou négatif par rapport à autrui.

Types de relations créées :

- différence de statut juge/jugé privilégiant ainsi le juge.
- une relation de dépendance du jugé par rapport au jugeur.

Conséquences possibles :

Pour une évaluation négative :
- le blocage.
- la contre-dépendance ou agressivité donc détérioration du climat relationnel.

Pour une évaluation positive :
En première analyse, on pourrait penser que cette situation favorise l’expression authentique de l’autre. Mais, un jugement positif équivaut à une gratification narcissique.
Tout individu recevant une gratification va avoir tendance consciemment ou inconsciemment à rester dans une situation qui lui permettra de continuer à recevoir d’autres gratifications et à ne plus verbaliser que les éléments lui permettant de les obtenir. Il sélectionne ce qu’il va dire à l’autre.
Donc, le jugement positif hypothèque l’expression authentique de l’autre.
 

Première règle :
NON EVALUATION.

Plus je juge quelqu’un moins je lui permet de s’exprimer authentiquement.

2) Attitude d’interprétation  :
Attitude qui consiste par rapport à ce que l’autre a dit à verbaliser les raisons cachées de ses dires ou de ses comportements.

Types de relations créées :

- différence de statut interprétant/celui qui parle privilégiant l’interprétant.
- une relation de dépendance de celui qui parle.

Conséquences possibles :

- blocage.
- agressivité.
- canalisation (sélection de l’information).

Si l’interprétation est fausse, cela génère alors blocage et agressivité causée par l’incompréhension, mais aussi canalisation à travers les justifications.

Si l’interprétation est correcte, on pourrait croire que cela favorise l’expression, mais plus une interprétation est juste et plus elle va enclencher des mécanismes de défense.

Deuxième règle :
NON INTERPRETATION.

Plus j’interprète quelqu’un et moins je lui permet de s’exprimer authentiquement.

L’interprétation ne peut pas être le fondement de la communication. Elle en est l’aboutissement. Elle est plus pertinente lorsque l’autre peut s’exprimer authentiquement. De même, les interprétations de celui qui s’exprime sont les meilleures…

3) Attitude de conseil ou d’aide :
Attitude qui consiste à proposer à l’autre des éléments de solution par rapport à son problème, cela peut être aussi une attitude rassurante.

Types de relations créées :

- différence de statut conseiller/conseillé privilégiant le conseiller.
- une relation de dépendance du conseillé (plus je conseille quelqu’un et plus je le rends dépendant).

Conséquences possibles :

- superficialité de l’expression de l’autre. Plus je conseille quelqu’un plus je prends en charge sa situation. Celui-ci n’a plus la possibilité de la prendre en charge lui-même. Il s’agit d’une DYNAMIQUE de DEMOBILISATION COGNITIVE de l’autre.
- canalisation. Le fait de proposer des solutions va amener l’autre à s’exprimer par rapport aux solutions proposées. On oriente le sujet, on manipule l’expression de l’autre.

Troisième règle :
NON CONSEIL.

Plus je conseille quelqu’un, moins je lui permet de s’exprimer authentiquement.
 

L’attitude de conseil ne peut être en aucun cas le fondement de la communication mais doit en être l’aboutissement. Il faut une méthodologie de conseil : le conseiller efficace est celui qui est d’abord capable de permettre à l’autre de s’exprimer : écoute.

4) Attitude d’enquête ou questionnement :
Attitude qui consiste à poser des questions à l’autre pour lui permettre de s’exprimer.

Types de relations créées :

- différence de statut questionneur/questionné privilégiant le questionneur.
- une relation de dépendance du questionné.

Conséquences possibles :

- superficialité de l’expression. Plus je pose des questions, plus le discours que je recueille est superficiel. Il s’agit d’une DYNAMIQUE de DEMOBILISATION COGNITIVE du questionné.
- canalisation, manipulation. Qui dit questionnement dit sélection des questions. Cette sélection peut être consciente ou inconsciente (afin de permettre à l’autre de s’exprimer).

Il existe de toute façon des processus inconscients de sélection des questions : toute question qui est susceptible de remettre en cause le système de valeurs du questionneur vont être bannies.

- canalisation par la formulation de la question. Une même question posée à une population qui répond de manière libre peut entraîner des différences de l’ordre de 30% liée à la formulation.

Ex. : lors d’une enquête d’opinion faite dans les années 40 aux Etats-Unis à propos de la guerre en Europe.

2 formulations différentes :

- Etes-vous favorable à l’entrée en guerre des Etats-Unis contre l’Allemagne ? 71% sont d’accord.
- Etes-vous d’accord pour que les Etats-Unis déclarent la guerre à l’Allemagne ? 46% sont d’accord.

« Déclarent » est un mot choc déclenchant un mécanisme de défense.

Si on prend une population identique et qu’on lui pose des questions identiques (même formulation) mais qu’on en change l’ordre, alors le taux de différence possible est d’environ 30% (taux de l’influence sociale minimale). La logique du questionnement peut être une logique de manipulation.

Dans notre système socioculturel, il existe une règle de cohérence cognitive. En effet, quand on répond spontanément à la première question, la réponse à la deuxième question sera cohérente par rapport à la première. Ainsi, on peut être amené à dire « oui » lorsqu’on pense «  non ».On se retrouve alors enfermé dans une logique discursive (manipulation sans pression).
 

Quatrième règle :
NON QUESTIONNEMENT.

Plus je pose des questions à quelqu’un et moins il s’exprime authentiquement.
 

Mais, sans questionnement, la discussion se dégrade. Donc, on entend non questionnement systématique et si questionnement il y a il faut que les questions soient le plus larges possible.
 

5) Attitude de compréhension-reformulation :
Attitude qui consiste dans la perspective de montrer à l’autre qu’on essaie de le comprendre à lui renvoyer les points essentiels qu’il a exprimés.

Types de relations créées :

- différence de statut reformulateur/celui qui parle privilégiant celui qui parle.
- inversement de la relation de dépendance : le reformulateur dépend de celui qui parle.

C’est la seule attitude qui donne le pouvoir complet à celui qui parle.

Conséquences possibles :

- risque d’interprétation.

Mais, en reformulant je renvoie  l’autre à lui-même sans apporter quelque chose.
C’est la DYNAMIQUE d’APPROFONDISSEMENT.

Cette situation crée un certain type de climat relationnel dont les caractéristiques essentielles sont la réduction des dangers ou des menaces qui reposent sur l’autre. C’est un climat centré sur l’autre : un climat de liberté.
 

Cinquième règle :
COMPREHENSION-REFORMULATION.
 

C’est la situation dite d’écoute active : situation idéale d’expression authentique d’autrui.
 

2°) APPROCHE NON DIRECTIVE.

Ceci nous amène à l’ORIENTATION THEORIQUE ROGERIENNE de Carl Rogers ou orientation non directive en psychologie sociale.

Cette orientation correspond aux deux outils sociaux :
- entretien non directif.
- animation non directive des groupes.
 

Ecoute active : commentaires.

Une réelle attitude active suppose un certain nombre de comportements et d’interventions. De fait, cette orientation théorique rogérienne repose sur deux bases :

- une théorie de la personnalité.

- Tout individu est capable d’exprimer et de résoudre par lui-même ses propres problèmes à condition de lui offrir les possibilités en créant un contexte particulier : l’écoute active.

On a défini cette situation exclusivement à partir des attitudes.

Il y a prééminence de la nature du climat relationnel sur l’outil.

Cette ambiance a deux caractéristiques :
- une acceptation inconditionnelle de l’autre (de ce qu’il dit et de la manière dont il le dit).
- une neutralité  bienveillante (non prise de position)
 

L’ENTRETIEN NON DIRECTIF.

Cet outil serait dû à Rogers ( «  Psychothérapie et relations humaines ») mais également à Elton Mayo qui l’employa dans l’environnement industriel ( premiers entretiens non directifs réalisés dans les ateliers d’une entreprise américaine : la Western Electric).

L’entretien non directif a pour objectif de recueillir des informations et de permettre une expression de sentiments que l’on n’obtient pas dans toute autre situation de recueil d’informations.

Même si l’on ne doit en aucun cas canaliser la communication, il faut néanmoins un thème à l’entretien dans la plupart des situations.

ÿ Première difficulté : NON CANALISATION.
Pour mener à bien l’entretien non directif, une première règle doit être posée : la formulation du thème doit ainsi répondre à 3 impératifs. Il faut :
- Formuler le thème de la manière la plus large possible.
- Formuler ce thème de la manière la plus générale possible.
- Formuler ce thème de la manière la plus vague possible.

Ex. : Etude sur la motivation concernant le fait de fumer des Gauloises.
- Est-ce que vous pouvez me parler des cigarettes brunes ?
- Est-ce que vous pouvez me parler des cigarettes ?
- Est-ce que vous pouvez me parler du tabac ?

Seconde difficulté : NON AIDE.
Dans la quasi totalité des cas, l’interviewé va demander de préciser la question, demander de l’aide auprès de l’interviewer.
Solution : reformulation. On va renvoyer à l’autre la difficulté qu’il ressent à aborder ce thème.

Il faut savoir que l’équilibre d’une interaction en général se joue dans les premières secondes voire minutes. Ainsi, il va falloir respecter les règles dès le début de l’entretien mais il va falloir en même temps maintenir un climat relationnel positif.

La reformulation signifie : ce qui m’intéresse c’est que vous abordiez le thème comme vous le désirez.

TYPES D’INTERVENTIONS POSSIBLES AU COURS DE L’ENTRETIEN NON DIRECTIF.

1. Intervention de reflet simple ou INTERVENTION DE REITERATION.
Cela consiste à répéter ce que l’autre vient de dire. Mais, cette intervention ne peut pas être dominante ou systématique. Elle manifeste cependant la présence et l’écoute de l’interviewer.

2. INTERVENTION DE REFORMULATION DU SENTIMENT.
Cela consiste à verbaliser la totalité de ce qui est exprimé par l’interviewé, c’est-à-dire que quiconque s’exprime le fait en deux dimensions :
- explicitement (phrases et mots)
- implicitement (car ce qu’il dit est soutenu).

Il faut donc une compréhension qui va au-delà des mots, une compréhension du vécu par rapport à cette situation.

Ceci est difficile car :
- cela suppose et nécessite une disponibilité très importante de l’interviewer qui est l’empathie : « capacité et volonté de comprendre l’autre de l’intérieur, i.e. mettre ses yeux à la place des yeux de l’autre, i.e. essayer de s’immerger dans le monde subjectif de l’autre. » (Rogers). Mais, il ne faut surtout pas confondre empathie et projection, il s’agit de comprendre l’autre indépendamment du moi.
- il faut éviter le risque majeur de l’interprétation.

La reformulation du sentiment est l’outil le plus important de l’entretien non directif et surtout le plus puissant pour atteindre les motivations.

Un entretien est une succession d’expressions explicites de l’interviewé, mais cet explicite est sous-tendu par de l’implicite et éventuellement de l’inconscient.
- La réitération est l’explicite.
- La reformulation est l’explicite plus l’implicite de la situation.
Ainsi, progressivement, l’utilisation systématique de la reformulation du sentiment va faire émerger un part de plus en plus importante de l’implicite voire de l’inconscient. C’est une dynamique de l’approfondissement et de l’expression authentique.
 

3. INTERVENTION DE SYNTHESES.
Il s’agit de la reformulation portant sur l’explicite, sur tout ce qui a été dit. C’est une intervention essentielle dans toute situation d’interaction visant l’expression.

Ces synthèses correspondent et permettent la mise en œuvre de 3 types de fonctions :
- Contrôle : a pour objectif de vérifier que l’interviewer a bien suivi et compris ce que l’autre a dit.
- Retour : cela peut permettre à l’interviewé de revenir sur un thème déjà abordé afin de le développer un peu plus.
- Relance : fonction d’ordre cognitif agissant sur les processus cognitifs. Elle permet à un individu de prendre conscience d’oublis ou de thèmes non abordés. Ainsi, on peut redémarrer l’entretien sur des thèmes nouveaux.

Risques de la synthèse : celle-ci peut être perçue comme étant la fin de l’entretien et générer ainsi une démobilisation de l’autre. Il faut donc formuler une synthèse très tôt dans l’entretien qui sera alors ponctué de synthèses partielles successives.

4. INTERVENTION dite DE SOUTIEN EMPATHIQUE.
Il s’agit de toute intervention verbale, paraverbale ou non verbale manifestant la présence ou l’écoute c’est-à-dire l’intérêt de l’interviewer pour l’interviewé. Ces interventions sont spontanées lorsqu’on écoute quelqu’un (acquiescements, mimiques, mots, …)

Toute attitude de compréhension effective se transmet par le regard, le sourire (« le rire est expression, le sourire est communication », acceptation de l’autre), gestes, etc. L’attitude d’écoute se traduit consciemment ou non par des postures spécifiques aux cultures (dans notre culture : avancée vers l’autre, gestes ronds et ouverts), elle peut être perçue consciemment ou non par l’autre et interprétée consciemment ou non par celui-ci.

5. QUESTION DES SILENCES.
On peut distinguer deux grands types de silences :
® VRAI SILENCE ou SILENCE VIDE qui est composé d’un arrêt de l’expression mais aussi d’un arrêt de la réflexion de l’interviewé. Le maintien de ce silence signifie la non compréhension de l’interviewer et cela génère un minima de gêne . Pour remédier à cette gêne, on va imposer une règle : l’INTERVENTION.
® FAUX SILENCE ou SILENCE PLEIN. Il s’agit à nouveau d’un arrêt de l’expression, mais cette fois, il y a réflexion interne de la part de l’interviewé.  La règle est donc la NON INTERVENTION. En effet, si l’interviewer intervient, ceci sera perçu comme une coupure de « parole » interdisant la réflexion.

Comment interpréter un silence ?
Si on est en condition réelle d’observation, il est facile de reconnaître un silence vide d’un silence plein. C’est le non verbal qui va nous permettre de les distinguer, les mimiques, les regards. Le plus difficile pour l’interviewer est de contrôler ses propres réactions face aux silences pleins. IL FAUT OBSERVER ET ECOUTER LE SILENCE.
 

LES GRANDS SECTEURS D’UTILISATION :

1) Psychologie commerciale : étude de motivation concernant les sentiments, les besoins associés à certains produit au sein de la publicité.
2) Recrutement ou sélection ou orientation : situation confrontée à une contradiction à savoir que l’entretien est centré sur l’autre au bénéfice de l’interviewer. Grâce à l’entretien non directif, on va repérer les relations du candidat au poste et à ces différentes dimensions.
3) Thérapie : courant de thérapie rogérienne reposant sur la mise en œuvre d’une découverte de l’individu de ses propres problèmes (seul ou en groupe).
4) Formation : l’entretien non directif constitue alors l’outil pédagogique approprié pour la sensibilisation et la formation à l’écoute.
5) Enquête et sondages : enquêtes visant la création des outils de sondage.

Remarques : la formation à l’entretien non directif suppose non seulement la connaissance et la maîtrise de l’outil mais nécessite surtout une importante formation de type personnel reposant sur 2 dimensions :
- Contrôle socio-émotionnel.
- Développement de la capacité d’écoute.
 

LIMITES DE L’ENTRETIEN NON DIRECTIF : il nécessite des gens formés et compétents mais aussi un temps important (environ une à cinq heure pour l’entretien seulement). Il nécessite aussi l’acceptation de l’autre et donc l’acceptation qu’il n’aborde pas les thèmes qu’il ne veut pas aborder. On a donc créer un variante…
 

L’ENTRETIEN SEMI-DIRECTIF OU ENTRETIEN GUIDE.

Principale différence entre l’entretien non directif et guidé : l’entretien non directif ne se prépare pas contrairement à l’entretien guidé où il faut élaborer un schéma ou guide de l’entretien. Il s’agit d’une liste de l’ensemble des thèmes sur lesquels on souhaite avoir des information (6 à 7 thèmes).
Lorsque l’entretien débute, l’interviewer connaît les thèmes qu’il va aborder.

2 phases (3 avec la préparation du guide) :
- Première phase : entretien non directif, i.e. formulation la plus large possible du premier thème du guide. L’interviewé est alors susceptible d’aborder d’autres thèmes du guide.
- Deuxième phase : introduction directive du premier thème du guide non abordé par l’interviewé. Il y a donc à nouveau une exploration du thème avec une technique non directive. Et ainsi de suite…

2 objectifs :
- Capitalisation des informations importantes grâce à la non directivité.
- Eviter que des thèmes choisis ne soient pas abordés.

Cette méthode de l’entretien guidé est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre :
- risque de déclencher des réactions sélectives,
- en cas de difficulté technique, l’interviewer risque utiliser le guide au détriment d’une écoute réelle.
 

L’ENTRETIEN DIRECTIF.

Correspond à la technique du questionnaire, I.E. que la liberté laissée au sujet est minimale. : pas de choix de thème, thèmes imposés, formulation et ordres imposés.
La seule maîtrise de l’interviewé est la liberté de réponse pouvant être limitée à l’aide de réponses et de choix fermés.

L’entretien directif contrairement à l’entretien non directif ne demande pas beaucoup de temps, ni un personnel compétent. Ainsi, il y a une possibilité extensive, c’est-à-dire que l’on peut faire passer un questionnaire à plusieurs personnes à la fois, on peut grâce à cela en tirer des conclusions statistiques (analyses formelles).

PROBLEMES :

- Superficialité pouvant ou non être gênante. Elle ne l’est pas si on s’intéresse qu’à des questions factuelles. On utilisera les questionnaires dans l’objectif de mesurer des faits, des comportements ou des opinions.
L’entretien directif est donc un outil fondamental à la connaissance de l’opinion publique, pour connaître et décrire les caractéristiques d’une population.
- Canalisation, manipulation (cf. supra). Pour qu’un entretien directif soit valable, il est indispensable que sa construction repose sur une méthodologie stricte, sa qualité est en effet directement examinée par la méthodologie utilisée. La construction du questionnaire est le point essentiel.

Cette construction repose tout de même sur une pré-enquête se réalisant à partir d’un entretien non directif. On va faire une analyse de contenu thématique afin de connaître les thèmes abordés par la population, une analyse sémantique afin de créer la formulation des questions avec le langage de la population concernée et une analyse structurale afin de créer la logique interne du questionnaire.
 

Conclusion générale :

IL existe une relation directe entre la structure d’une situation d’interaction et le type d’information que l’on recueille.
 

Questionnaires                            Entretien non directif
(entretien le plus guidé)                 (le moins guidé)

Etude des comportements           Etude des motivations

Approche descriptive                  Approche explicative
 

Ces deux types d’approches doivent être complémentaires (outil adapté à chaque type de situation).



 

Chapitre 3 : PROCESSUS ET DYNAMIQUE DE GROUPE.
 

Définition du groupe : un groupe est un ensemble de personnes interdépendantes, c’est-à-dire que le groupe constitue un organisme spécifique.

Le fonctionnement du groupe est déterminé par les caractéristiques du champ psychologique du groupe : ensemble des forces qui à un moment donné s’exerce sur le groupe.
 

1°) APPORT DE K. LEWIN.

Un groupe est un organisme sous tension qui va être déterminé par des forces internes au groupe mais également par des forces externes au groupe c’est-à-dire issues du contexte.
Ces tensions vont déclencher la dynamique de groupe (comportement collectif du groupe).

Idées essentielles de la théorie de Lewin :

* Ce ne sont pas les individus qui constituent le groupe qui déterminent la dynamique du groupe mais la situation de groupe qui détermine les individus.
Ainsi, la dynamique d’un groupe est toujours spécifique.

* Le comportement d’un groupe est prévisible à condition d’être à même d’analyser et de connaître le champ psychologique dans lequel fonctionne ce groupe.

* Si on développe cette idée de dynamique de groupe dès lors, on peut introduire une nouvelle notion :
la notion d’ENERGIE GROUPALE qui correspond au potentiel d’investissement dont le groupe dispose.
Lewin dit que l’une des caractéristiques de cette énergie c’est qu’elle est finie (limitée).
Le comportement d’un groupe va résulter du type d’investissement énergétique utilisé pour l’approche ou pour l’évitement.

* La dynamique d’un groupe va se concrétiser par la réalisation de deux formes différentes de fonctionnements :
- Fonction production : fonction centrée sur la tâche, elle vise la réalisation des objectifs (correspond au comportement d’approche).

- Fonction entretien : fonction centrée sur le groupe, elle vise à maintenir les tensions négatives telles qu’elles permettent la réalisation de la fonction production (correspond aux comportements d’évitement).

Elle va se concrétiser sous deux formes :
- Une fonction facilitation qui a pour objectif de permettre à l’ensemble du groupe de s’affirmer et de participer à la dynamique. Elle est centrée sur les communications dans le groupe.
- Une fonction régulation qui vise la réduction des éventuels conflits ou difficultés relationnelles à l’intérieur du groupe. Elle est centrée sur les dysfonctionnements relationnels.

Ainsi, pour qu’un groupe soit performant, il faudra intervenir sur la fonction entretien et ses deux sous-fonctions. Plus l’énergie sera investie dans une fonction et moins elle le sera dans les autres… Un animateur va permettre l’investissement optimal du groupe sur chacune de ces trois fonctions.

Cette approche de Lewin va permettre d’analyser de manière différente les processus de leadership dans le groupe.
 

2°) LE LEADERSHIP DANS LES GROUPES.

Le leader et les phénomènes de leadership de seraient pas déterminés par les caractéristiques individuelles de la personne selon Kurt Lewin. Le leader est une production du groupe.

Le leader est un individu qui, à un moment donné, permet au groupe de satisfaire ses besoins dominants.

* Il n’existe pas de leader né, il existe des situations qui permettent à un individu de devenir le leader.
* Les phénomènes de leadership vont donc évoluer et se transformer selon la nature et l’évolution des besoins du groupe.

Il ne faut pas confondre un chef et un leader. Un chef est un individu dont la position est déterminée par son statut, son pouvoir est institutionnel, tant que l’institution ne le conteste pas, il reste un chef. Le leader, quant à lui, tient son pouvoir du groupe, son pouvoir ne correspond donc pas un statut mais à une fonction. Ainsi, pour qu’un chef soit un véritable chef, il doit cumuler son statut avec une fonction de leader, son autorité doit être fondée sur un pouvoir émanant du groupe et reconnu par celui-ci. Le pouvoir du leader correspond en fait à l’écoute.
 

* LIPITT & WHITE.

Objectif : étudier les relations entre le style d’animation d’un groupe et l’ensemble des processus de dynamique de groupe, en particulier les relations entre style d’animation et performances des groupes.
 

3 styles d’animation :

- animation autocratique,
- animation démocratique,
- animation laisser-faire.

Cette étude a été réalisée en milieu naturel, c’est-à-dire sur des groupes réels d’adolescents en colonies de vacances.

On constitue 3 types de groupes qui sont égaux du point de vue cognitif et du point de vue des caractéristiques socio-économiques.
Chacun de ces groupes va donc être mené par un moniteur animateur qui de fait est un des chercheurs. Ce moniteur va devoir gérer, mener, animer le groupe à partir du principe de management tout à fait différent des deux autres.

* Animation autocratique :
Les décisions concernant l’ensemble des décisions pour le  groupe sont prises par le moniteur seul.

* Animation démocratique :
Il s’agit d’un système de management participatif car les décisions résultent des discussions et prennent donc en compte l’avis du groupe.
 
 
 

* Animation laisser-faire :
Le groupe est totalement responsable de sa gestion et de ses décisions. Le moniteur est observateur et contrôleur minimal du respect des règles de la colonie.
 

Premiers types de résultats :

La situation la plus négative est la situation de laisser-faire. En effet, les performances sont stables dans la médiocrité.

Par contre, la performance brute des groupes est la meilleure dans la situation autocratique. Les performances des groupes démocratiques sont élevées, mais moins que dans l’animation autocratique.

Mais attention, si la performance brute est supérieure dans les groupes menés de manière autocratique, l’analyse du type de performance révèle des résultats inverses. Cela signifie que si on prend en compte non plus la performance quantitative (brute) des groupes mais qu’on s’intéresse à la performance qualitative, les groupes animés de manières démocratique sont les plus performants.

Il existe une relation entre le type de tâche effectué par le groupe et le style d’animation qui permet la performance optimale.

Pour les tâches de résolution de problème, il existe une structure de groupe optimale : la structure centralisée ou groupe autocratique.
 

Structure centralisée :

Tout passe par un seul Individu.
 

Pour les tâches de créativité, la structure optimale est la structure où tous les individus communiquent, i.e. la structure homogène ou les groupes animés de manière démocratique ou participative.
 

Structure homogène :   voir livre

Il existe une relation directe entre la nature de la tâche et le style de management optimum : plus une tâche est complexe, plus elle va nécessiter l’utilisation du potentiel du groupe, plus elle va nécessiter la prise en compte et l’utilisation du potentiel de chacun des membres du groupe.
 

Deuxième type de résultats :

Dans les groupes animés de manière autocratique, il y a une condition incontournable pour que la performance s’établisse : LA PRESENCE DE L’ANIMATEUR.

L’énergie de l’investissement du groupe est directement déterminée par le type d’animation.

Le type participatif permet l’AUTONOMIE du groupe en tant que tel (diffusion des responsabilités à l’ensemble du groupe).
 

Troisième type de résultats :

On constate une effet du style de management sur l’apparition et la gestion des conflits intragroupes.

* Dans les groupes animés de manière autocratique : les conflits internes au groupe ne peuvent pas être verbalisés et on observe donc une augmentation considérable des tensions internes qui a pour résultat l’apparition de sous-groupes et une cohésion intragroupe faible.
* Dans les groupes animés de manière démocratique : les conflits internes peuvent être verbalisés. L’expression de ces conflits génère une réduction des tensions internes au groupe qui peuvent donc être régulées. On constate très peu ou pas d’apparition de sous-groupes.
Remarque :
* Dans les groupes laisser-faire : les performances sont plus faibles quelle que soit la nature de la tâche. La présence ou l’absence du responsable n’a aucun effet sur les performances et ce type d’animation génère l’expression directe des conflits dans le groupe sans que cette expression n’entraîne de régulation, i.e. les conflits qui émergent dans le groupe restent très importants et très violents durant toute la durée de l’expérience.
 

Quatrième type de résultats :

En ce qui concerne le climat relationnel et l’un de ses indicateurs : la satisfaction, on note :

* C’est dans les groupes animés de manière participative que le climat relationnel est le meilleur, que la satisfaction est la plus élevée et que le niveau de satisfaction est le plus homogène.
* Pour les groupes animés de manière directive, le climat relationnel est moyen, le niveau de satisfaction aussi et on observe de très grandes différences entre les groupes (non homogénéité).
* Pour les groupes laisser-faire, le climat est très mauvais, la satisfaction très faible et elle varie selon les membres du groupe.
 

Cinquième type de résultats :

Si on met les groupe dans un contexte compétitif, autrement dit, si on s’intéresse aux relations du groupe avec l’extérieur, on observe dans 2/3 situations un phénomène psychosociologique très important : L’APPARITION DE BOUCS EMISSAIRES. La compétition entraîne la stigmatisation d’individus d’autres groupes ou même un autre groupe entier.

On remarque ce phénomène chez les groupes de type laisser-faire et autocratique.

Explications : l’instauration de boucs émissaires résulte des tensions internes du groupe et de son absence de cohésion. Dès lors, le bouc émissaire va être crée avec comme fonction la restauration d’une certaine cohésion du groupe d’une part et d’autre part, le déplacement des conflits et des tensions internes du groupe vers l’extérieur.
3°) LES METHODOLOGIES ET LES TECHNIQUES DE GROUPES.

Il y a 3 fonctions de groupes :
- progression,
- facilitation,
- régulation.

* Animateur de groupe : celui qui permet au groupe d’investir son énergie d’une manière optimale. Il doit veiller à ce que l’investissement de l’énergie du groupe corresponde aux nécessités, aux objectifs et aux problèmes du groupe au moment donné.
L’animateur d’un groupe ne peut être défini par son statut, mais il doit l’être par sa fonction. Sa présence doit garantir que la fonction animation sera exercée mais pas forcément par l’animateur lui-même (et chacune des fonctions nécessaires à la pérennité et à l’objectif du groupe).

ÿ Dans une situation centrée sur la tâche, la finalité est la performance.
Dans cette situation, la fonction dominante de l’animateur sera la fonction PROGRESSION, excepté à certains moments particuliers de la vie du groupe si des conflits internes apparaissent. L’animateur devra alors privilégier pendant un temps la fonction REGULATION qui est au service de la fonction PRODUCTION (ou progression). Cette fonction régulation maintient les tensions négatives ou les conflits internes à un niveau suffisamment faible pour éviter le blocage du groupe et lui permettre de progresser.

ÿ Dans une situation centrée sur le groupe, la finalité est l’analyse et la réflexion sur le groupe et son comportement. L’objectif est la REGULATION. Ces situations ont été conçues et élaborée par Kurt Lewin.
 

Le groupe de diagnostic.

Cette élaboration repose sur l’idée suivante :
Si on veut permettre aux membres d’un groupe de maîtriser leur propre comportement en groupe, de comprendre les interactions qui se développent dans un groupe, il faut créer une situation qui leur permette de vivre directement une expérience particulière de groupe.

Il s’agit du T GROUPE (training group) ou GROUPE DE DIAGNOSTIC (de base, groupe marathon, etc.)

* Groupe de diagnostic : situation expérientielle (situation où on va faire vivre une expérience) qui a pour but de former à la dynamique de groupe en groupe, au groupe et par le groupe. Cela consiste à faire vivre une expérience concrète de dynamique de groupe dans un contexte qui permet la prise de conscience, l’analyse et la maîtrise des phénomènes de groupe.

Déroulement ou technique d’un groupe de diagnostic :
- Groupe restreint (14 à 15 personnes max.)
- Participants volontaires.
- Personnes qui ne se connaissent pas.

Les personnes sont convoquées, accueillies puis introduites dans une salle de réunion avec seulement des sièges. Avec ses personnes, il y a en général 2 animateurs.

On découpe cet entretien en 5 phases :

* Phase 1 : Phase de l’incertitude initiale.

- Incertitude par rapport à soi,
- Incertitude par rapport aux autres,
- Incertitude par rapport au pouvoir,
- Incertitude par rapport à la tâche.

Toutes ces incertitudes génèrent des tensions, de la gène ou une certaine anxiété. S’il y a des tensions, alors on va voir apparaître un certain type de comportement tendant vers la réduction de l’incertitude.

Ainsi, au bout d’un certain temps, un individu va parler, chacun va se présenter et les animateurs vont se présenter en tant que tels. L’incertitude par rapport aux autres va diminuer.
 

* Phase 2 : Phase de dépendance aux moniteurs.

La structure va se centraliser vers les animateurs à cause de l’incertitude par rapport à la tâche. Les moniteurs vont garder une seule et même attitude : la reformulation.
Ils ne vont pas répondre ce qui signifie que le problème de l’incertitude concernant la tâche ne sera pas résolu et les membres vont comprendre que ce ne sont pas les moniteurs qui vont régler cette question.
Cette attitude des animateurs, i.e. le refus de s’engager dans la relation de dépendance va entraîner des relations de contre-dépendance i.e. de l’agressivité. La finalité de cette agressivité est d’inciter les moniteurs à prendre le pouvoir. Ces comportements vont essentiellement remettre en cause les animateurs qui vont reformuler ces agressions verbales…

Le groupe va comprendre que la tentative de déstabilisation ne marche pas. La question du pouvoir reste toujours en suspend.
 

* Phase 3 : Phase du pouvoir interne.

Cette phase résulte du processus de la vacance du pouvoir et du fait que l’incertitude sur le pouvoir doit être résolue.

- Apparition d’un processus de lutte pour le leadership dans le groupe, i.e. que des personnes vont proposer des sujets de discussions ou des activités.

L’objectif en est qu’une personne ou plusieurs doivent occuper le pouvoir. Dans cette phase les moniteurs se retrouvent exclus, mais ils vont tout de même reformuler les processus.

- Aboutissement à une certaine organisation du groupe qui va générer l’apparition de règles et de normes.

- Emergence d’un langage groupal spécifique : des mots vont prendre un sens spécifique dans le groupe.
 

* Phase 4 : Phase de conduite réfléchie.

Cette phase est très largement déterminée par les rôles qu’ont cessés de jouer les moniteurs.
Le groupe arrive à ce qui était l’objectif du groupe de diagnostic : il arrive à faire des choses, tout en se regardant les faire et en les analysant.

Il s’agit donc d’une formation à la compréhension des phénomènes de groupes.

Les moniteurs réapparaissent et sont réintégrés dans la dynamique du groupe avec comme fonction la fonction régulation.

Mais, ce groupe doit disparaître (en effet, ce genre d’expérience ne dure que 3 jours) d’où l’apparition de la cinquième et dernière phase :
 

* Phase 5 : Phase de gestion du deuil.

Situation où les tensions dominantes dans le groupe sont liées à l’angoisse de séparation.
On va alors voir apparaître des comportements visant le fait de pouvoir assumer la mort du groupe, des comportements d’ordre symboliques visant à nier la mort de ce groupe au bénéfice de sa pérennité : promesses. Ceci permet des séparations à moindre frais.
 

Il faut savoir que cette technique suppose un certain nombre de règles méthodologiques et déontologiques qui doivent être strictement appliquées car la dynamique de groupe est extrêmement puissante et est susceptible de générer des troubles importants chez certains membres du groupe.

Règles :
- VOLONTARIAT.
- FORMATION SPECIFIQUE (moniteur formé et compétent car le contrôle ne doit jamais être perdu, il doit pouvoir intervenir quand il y a menace de l’intégrité d’un des membres).

On utilise cet outil comme outil pédagogique, pour la recherche sur les groupes, comme support à une démarche thérapeutique.
 

LA THEORIE DE LA HORDE PRIMITIVE SELON FREUD (in Totem et Tabou).

Freud s’est penché sur la genèse des groupes humains et a formulé une théorie visant à expliciter et à analyser la naissance des groupes humains à l’origine de l’humanité.

Les hordes primitives ou hordes de grands anthropoïdes étaient régies par un système de règles extrêmement fortes et intransgressibles. Ces hordes primitives étaient placées sous l’autorité exclusive d’un seul individu : le Père de la horde. Ce Père exerce un pouvoir absolu sur l’ensemble du groupe. Une caractéristique de ce pouvoir est que le père a le possession exclusive des femelles du groupe, il s’agit d’un système de pouvoir autocratique.
Cette situation initiale (dépendance de la horde à un individu unique) génère à l’intérieur de la horde des tensions négatives extrêmement fortes, l’origine de ces tensions étant essentiellement d’ordre sexuel.
Etant donné les tensions internes, des comportements visant à les réduire vont apparaître selon Lewin.

Evénement fondateur : REVOLTE DES FILS CONTRE LE PERE dont la conséquence est le meurtre du père par les fils et sa dévoration.

Le groupe se retrouve alors confronté à une situation particulière : LA VANCANCE DU POUVOIR qui va générer une lutte importante entre les fils de la horde pour s’approprier le pouvoir détenu auparavant par le Père. Un autre problème est le problème de la PERENNITE du groupe… Dès lors, pour éviter le retour des conflits et donc le retour au système de tensions antérieur, le groupe va se doter d’une règle intransgressible : LE TABOU DE L’INCESTE. Cette règle est fondamentalement issue d’un processus psychosocial visant l’instauration d’un pouvoir dont le fonctionnement n’hypothèque pas le maintien de la cohésion du groupe.

Dès lors que cette règle est instaurée, si les membres du groupe veulent qu’elle soit respectée, il faut qu’elle puisse reposer sur une instance supra-groupe qui en garantisse la validité : CREATION DU TOTEM. C’est la réapparition dans le groupe du Père fondateur de la horde sous une forme symbolique. Le totem devient l’autorité légitime constituant le fondement des règles du groupe(la dévoration était en fait l’appropriation et l’identification symboliques du Père).

Ainsi, après la révolte et la création de règles et totem, apparaissent les premiers groupes humains. Ces groupes reposent sur des règles intransgressibles issues de la répartition et de l’exercice du pouvoir dans le groupe. Le groupe peut fonctionner car tous les membres du groupe se reconnaissent dans l’instance supra-groupe, i.e. le totem qui garantit le respect des règles minimales pour que le groupe puisse se perpétuer en tant que tel.


Chapitre 4 : INFORMATION, COMMUNICATION ET INFLUENCE.
 

1°) L’INFLUENCE INFORMATIVE.

On va étudier si le fait de donner une information à un groupe peut avoir une influence spécifique sur ses opinions.

* MOORE, 1921.

On demande à un ensemble d’individus d’émettre des jugements sur différents objets dans différentes situations.

On leur propose trois types de tâches :
- jugement sur des phrases grammaticales (juger quelle est la meilleure),
- jugement sur des traits de caractères (jugement d’ordre moral),
- jugement d’ordre esthétique sur un morceau de musique interprétés par des orchestres différents.

3 situations expérimentales :
On recueille tout d’abord tous les jugements émis dans un premier temps.
Dans un deuxième temps, quelques temps plus tard, on leur demande d’effectuer le même travail.
- Le groupe contrôle refait exactement la même expérience.
- Le groupe 2) doit émettre des jugements après qu’on leur ait donner une information : les résultats obtenus majoritairement dans la première phase.
- Le groupe 3) quant à lui est informé de l’avis des experts.

L’objectif est d’étudier l’impact de ces 2 types d’informations et on recueille le pourcentage de changement d’opinion.

Résultats :

                                 Phrases grammaticales. Traits de caractère. Morceaux de musique.
Groupe contrôle.                         13%                     10%                     25%
Groupe 2).                                  62%                     50%                     48%
Groupe 3).                                  48%                     48%                     46%

Pour la condition 2), le fait de donner l’information à un groupe d’un choix majoritaire de son groupe entraîne de manière non consciente un processus de conformisme.

Pour la condition 3), on constate qu’en ce qui concerne le trait de caractère et les morceaux de musique, les effets sont les mêmes que la condition 2) mais ce n’est pas valable pour les phrases grammaticales.

Résultats :

Premier résultat : une information donnée à partir d’une source d’expertise ou sociale entraîne d’importants changements d’opinions.

Deuxième résultat : La nature de la source d’information est susceptible de générer d’importantes différences. L’influence des experts n’est JAMAIS SUPERIEURE à l’influence de la majorité ; par contre, dans certaines situations, la majorité a un pouvoir d’influence beaucoup plus important que la compétence de la source.
Cette situation où l’influence de la majorité est plus importante correspond à la situation des jugements d’ordre. La grammaire se réfère à des règles sociales strictes qui ne sont pas discutables.

Il faut savoir que l’influence de la communication des résultats obtenus majoritairement sera d’autant plus forte que les règles sociales sont plus fortes.
 

2°) L’INFLUENCE NORMATIVE.

* SHERIF : Le mouvement auto-cinétique.

Si on place un individu quel qu’il soit dans le noir absolu et qu’on lui présente un point lumineux fixe, tous les individus vont voir ce point fixe se déplacer.

ÿ On va observer de très importantes variations interindividuelles.

- Première phase : phase individuelle.
 Au bout de  plusieurs présentations d’un point lumineux, l’illusion auto-cinétique se stabilise (3 à 4 essais). Les sujets donnent toujours la même réponse. Ils se sont très rapidement donné une norme individuelle stable dans le temps.
 

- Seconde phase : phase collective.
On place les individus dans la même situation mais par groupes de 3 et on demande à chacun d’entre eux d’émettre un jugement. On constate que pour le premier jugement, les sujets donnent leur norme individuelle (importante variation entre les sujets). Les jugements sont donnés à haute voix.

Les estimations individuelles arrivent progressivement à un point de référence commun. Ainsi, une norme collective se crée partagée par tous les membres. Cette norme n’est pas une moyenne, elle a des caractéristiques spécifiques indépendantes des positions des positionnements individuels.

Il s’agit du fondement de l’identité du groupe.

- Troisième phase : retour à une situation individuelle.
La norme collective reste la norme de référence. Les individus abandonnent leur système de référence initial au profit du point de repère collectif.

ÿ La norme collective a pour caractéristique de dépasser les normes individuelles et de résister au changement.
 

3°) L’INFLUENCE MAJORITAIRE EN SITUATION D’INTERACTION REELLE.

* ASCH, 1951.

Situation où les individus sont informés du point de vue d’autres individus constituant leur groupe.

On réunit un groupe de 7 personnes auxquels on donne une tâche perceptive. On propose un certain nombre d’épreuves perceptives au matériel simple : série de 2 cartons.

  Ligne étalon.     A B C - voir livre

Il s’agit d’une épreuve d’évidence perceptive. Lorsque les sujets passe seuls, il y a 100% de bonnes réponses.

- Dans une situation collective :
Le groupe de 7 personnes constitué ne correspond pas à un groupe d’appartenance ou de référence quelconque.
On tire au sort l’ordre de passage dans lequel les sujets vont parler.
 

* Pour les 3 premiers essais, tout le monde donne la même réponse. Cela permet de vérifier que tout le monde a compris la tâche.

* Quatrième essai : essai critique.
Le groupe expérimental est constitué d’un sujet naïf et de 6 compères. Le tirage au sort est truqué de telle manière  que le sujet naïf parle en avant dernière position.

Lorsque les 5 sujets avant le sujet naïf donnent une mauvaise réponse à l’unanimité, il s’agit d’une situation très claire de conflit socio-cognitif car le sujet connaît la bonne réponse mais il est confronté à un comportement social donnant une réponse aberrante.

On constate que le sujet donne une réponse conforme à l’opinion des autres membres du groupe dans 32% des cas.

ASCH a obtenu et mesuré un phénomène psychosocial qui est L’INFLUENCE SOCIALE MINIMALE. Ce taux de 32% est le taux d’influence minimal que peut obtenir un manipulateur de groupe, indépendamment du contexte et de la nature de la population.

Remarques :
- L’augmentation du nombre de compères n’augmente pas le taux d’influence.
- L’effet ASCH n’est pas un effet progressif, il fonctionne sur le principe du tout ou rien.
- Pour que cette influence apparaisse il faut au minimum 3 personnes en interaction (2 personnes avant le sujet naïf).
 

* LUCHINS.

- Première variante de l’expérience princeps de ASCH : l’un des compères va
donner la bonne réponse.

Le taux d’influence tombe à 4%. Le taux d’influence disparaît…

L’individu naïf est confronté à une situation où il a un allié.

ASCH montre donc l’effet de l’unanimité (consistance, cohérence et stabilité).

- Deuxième variante permettant de mieux analyser le processus d’influence : le sujet est dans une situation extrême, il est confronté à des réponses vraiment aberrantes à l’unanimité.

Le taux d’influence tombe à 2%. Mais, le taux d’influence n’a pas disparu, il a été transféré dans des ERREURS DE COMPROMIS qui est un processus psychosociologique de réduction des conflits socio-cognitifs. Les sujets vont donner une autre réponse, mais une mauvaise dans 32% des cas.
 

L’expérience de ASCH a des conséquences directes sur les outils des techniques d’animation et d’expression de groupe, par exemple sur le tour de table. En effet, dans le tour de table, on donne la parole aux sujets au moment où le stress est maximal, mais les sujets sont forcés de parler… Donc, les sujets ont 2 solutions : entériner les points de vue déjà donnés, dire n’importe quoi. Ainsi, cette méthode est un puissant outil de manipulation. Elle peut être pertinente à condition que les informations recherchées soient factuelles.
 

Critiques importantes pour ASCH :
- Les gens sont dans une situation où il n’existe aucun enjeu réel.
-  Ce taux mesuré est en fait le taux du conformisme verbal.

Que se passerait-il dans une situation avec un enjeu réel ?

* MILGRAM.

Situation de groupe :
Le sujet doit choisir de la charge à donner. Il se trouve confronté à deux compères qui donnent leur proposition, lui-même doit donner sa proposition et il doit choisir la plus faible des 3. Le sujet naïf a donc un contrôle, il maîtrise la situation, i.e. qu’il peut donner une charge moindre afin de la choisir. Les compères quant à eux augmentent toujours la charge d’un cran.
- Jusqu’à quel point les sujets naïfs sont prêts à augmenter la charge pour suivre les autres ?

Le taux d’influence devrait être réduit… Or, 62,5% se conforment et vont jusqu’au bout.
Ainsi, l’importance n’est pas réduite par l’importance de l’enjeu mais augmentée !

Le taux obtenu résulte de l’effet de groupe mais aussi de la soumission à l’autorité (autorité perçue comme légitime) permettant le transfert de la responsabilité sur cette autorité.

Par contre, si deux représentants de l’autorité légitime sont en contradiction, il y a une disparition totale de l’influence sociale.


Chapitre 5 : LA SOCIOMETRIE.
 

1°) PRESENTATION DE LA SOCIOMETRIE.

C’est à Jacob MORENO que l’on doit cette approche socio-affective, en 1936.

Objectif : mise en place d’une technique permettant de connaître et de mesurer les fondements des relations sociales.

Pour pouvoir mesurer ces relations, MORENO a introduit plusieurs notions de base nécessaires à l’approche sociométrique.

1) Notion de télé :
Une télé est la plus petite unité de sentiment transmise d’un individu à un autre.

Il existe 3 télés élémentaires :
- sympathie (télé positif),
- répulsion,
- indifférence.

2) Notion d’atome social :
L’atome social est une personne donnée avec l’ensemble des télés qu’il émet et qu’il reçoit dans une situation sociale donnée.
C’est la combinaison d’atomes sociaux qui constitue le groupe et l’organisation sociale.
Un atome social n’est pas visible à l’œil nu.
 

La sociométrie va permettre de rendre ces atomes visibles. Elle est donc une technique visant à connaître et à mesurer les relations sociales.

Principe de la sociométrie : consiste à construire et à utiliser un questionnaire permettant à l’ensemble des membres du groupe d’exprimer des choix et des rejets, i.e. l’opérationalisation des télés positifs (choix) et des télés négatifs (rejets).
 

* Questions posées aux individus :
- Pour une activité donnée, quels sont les membres du groupe avec qui vous souhaiteriez être associés ?
- Avec qui vous ne souhaiteriez pas effectuer cette activité ?

TAGUIRI ajoute 2 autres questions correspondant à l’idée que ce n’est pas simplement la réalité des relations socio-affectives qui est importante mais les perceptions que les membres du groupe ont de ces relations. Donc, 2 autres questions sont posées, relatives  à la perception :

- Par qui pensez-vous avoir été choisi ?
- Par qui pensez-vous avoir été rejeté ?
 

* Conditions :

- La technique sociométrique ne peut s’appliquer qu’à des groupes de taille relativement réduite (30 à 40 personnes maximum).
- Les membres du groupe répondant au questionnaire doivent être volontaires.
- Il faut que le groupe concerné ait un minimum d’histoire commune.
- Il faut que l’ensemble des membres du groupe est une garantie de confidentialité des réponses individuelles (authenticité).
- Pour que les résultats soient fiables, il faut que l’ensemble des membres du groupe sache que les réponses données vont avoir des conséquences concrètes et directes sur la vie du groupe, i.e. que le questionnaires sera toujours associé à une activité donnée : principe de la concrétisation des choix.

Si on souhaite faire une analyse des résultats sociométriques, il est indispensable de limiter le nombre de choix et de rejets (entre 3 et 5 selon la taille du groupe).
La condition de passation peut être individuelle ou collective (mais confidentialité). La formulation des questions doit être réalisée de la manière la plus facilitatrice possible.
 

2°) ANALYSE SOCIOMETRIQUE.

Elle s’effectue en 3 étapes :

- Etablissement et analyse de la matrice sociométrique.
- Repérage et analyse des sociographes individuels.
- Mise à jour et analyse du sociographe collectif.

a) La matrice sociométrique.

Il s’agit d’un tableau à double entrée croisant en ligne des émetteurs et en colonnes des récepteurs (page 104).
Il y aura autant de matrices que de questions (choix/rejets/représentations). Seuls les résultats sont indiqués.
Elle va nous offrir directement un certain nombre de structures essentielles socio-affectives du groupe.

Les principaux indices que l’on peut extraire des résultats bruts :

* Premier indice : le nombre de choix émis permet de mesurer l’expansivité positive. L’individu est d’autant plus expansif positivement qu’il aura émis un nombre de choix élevé.

* Deuxième indice : le nombre de choix reçus permet de mesurer l’indice de popularité. L’individu est d’autant plus populaire qu’il aura reçu un nombre élevé de choix positifs de son groupe.

* Troisième indice : le nombre de rejets émis permet de mesurer l’expansivité négative.

* Quatrième indice : le nombre de rejets reçus permet de mesurer l’indice d’exclusion sociométrique.

Pour les représentations, on observe deux indices complémentaires :

* Le nombre d’individus par lesquels le sujet se croit choisi.
* Le nombre d’individus par lesquels le sujet se croit rejeté.

Ces indices nous permettent de connaître et de mesurer la représentation de soi dans le groupe, l’image du positionnement socio-affectif dans le groupe.
* Le nombre d’individus qui se croient choisis par le sujet.
* Le nombre d’individus qui se croient rejetés par le sujet.

Ces mesures permettent la connaissance et la mesure de la représentation que le groupe a de chacun de ses membres.
 

Tous ces indices permettent d’avoir une idée sur les relations socio-affectives réelles et imaginaires.
 

Remarques :
- Aucun indice sociométrique ne peut être analysé de manière indépendamment des autres.
- Les indices sociométriques sont descriptifs et non explicatifs.
- Compte tenu du fait que tout questionnaire sociométrique doit s’inscrire dans une concrétisation (conséquence), les résultats ne peuvent pas être interprétés comme indicateurs de dimensions psychologiques ou sociales caractérisant les individus. Car, tout indice sociométrique se réfère à une tâche donnée et à un moment donné dans le groupe.
 

b) Le sociographe individuel.

On va pouvoir pour chaque individu constituer son sociographe, i.e. une représentation graphique de l’atome social.

Le repérage des atomes sociaux ne permet pas de faire l’étude comparative du statut sociométrique de chacun des membres du groupe.

c) Le sociographe collectif.

Il s’agit de la représentation de la structure socio-affective du groupe sur un seul graphe des atomes sociaux constituant le groupe afin d’obtenir la structure du groupe à un moment donné et pour une tâche donnée.

Le nombre de choix réciproques permet d’avoir un indice de la cohésion du groupe. Un groupe est d’autant plus cohésif qu’il y a en son sein un nombre élevé de choix positifs réciproques.

* Du point de vue des choix :

- Pour l’individu A : il est l’individu le plus populaire (4 choix). Il constitue le passage obligé d’une structure de groupe homogène. Il est au centre de la structure. Il est celui qui permet au groupe d’être un groupe.

Il est le LEADER SOCIOMETRIQUE du groupe.

Pour cela, deux conditions sont nécessaires :
L’individu doit être au centre de la structure,
Il doit avoir un score de popularité élevé.

- Configuration M-N : cette configuration correspond à deux personnes reliées par des relations positives réciproques et qui n’ont reçu aucun autre choix positif des membres du groupe.

Il s’agit d’une DYADE SOCIOMETRIQUE.
 

- Configuration J-K-L : il s’agit d’un petit groupe de personnes qui ont entre elles des relations socio-affectives fortes et réciproques. Elles se choisissent mutuellement et n’ont aucune autre relation positive.

Il s’agit d’une CLIQUE SOCIOMETRIQUE. C’est un sous-groupe isolé du point de vue des relations socio-affectives du groupe.
 

- Individus H et I : aucun choix positif émis ou reçu. Ces deux individus ne s’intègrent pas dans le groupe du point de vue socio-affectif positif.

Ceux sont des ISOLES.
 

* Du point de vue des rejets :

- Ce sociographe renforce l’idée que A est bien le leader car il ne reçoit aucun rejet et a bien un rôle structurant puisque c’est à travers lui que deux individus se rejettent mutuellement mais choisissent A (B et D).

- La dyade M-N ne reçoit aucun rejet, elle est une entité qui tourne sur elle-même. Elle est une DYADE ISOLEE.

- La clique sociométrique J-K-L est de nature différente de la dyade car elle reçoit un nombre relativement important de rejets. Cette clique n’est pas isolée mais rejetée. C’est une CLIQUE REJETEE.

- On constate différents statuts pour les individus I et H :
- I n’émet ni ne reçoit aucun choix mais ne reçoit aucun rejet. Il émet cependant un rejet mais envers l’individu H, le rejeté. I est un ISOLE VRAI.
- H reçoit un nombre important de rejets. Il n’est donc pas isolé mais EXCLU. Il est rejeté par le leader du groupe, par l’autre isolé et par le sous-groupe rejeté (clique). Ainsi, il ne peut s’inclure nulle part.

Avantages opératoires :
- Le sociographe peut permettre de repérer et de définir le type d’action à mener pour transformer la structure socio-affective du groupe.
- S’il y a bien volonté d’augmenter la cohésion du groupe, on va pouvoir repérer un certain nombre de personnes sur lesquelles il faudra s’appuyer pour atteindre cet objectif (ex. L).

On ne doit en aucun cas se contenter d’un seul sociographe pour intervenir. Il faut le recueil simultané d’un ensemble de sociographes correspondant aux activités majeures réalisées par le groupe (les sociographes sont toujours datés).

Intérêts :
- Repérage des relations.
- Interventions possibles au sein du groupe.
- Evolution du groupe.

Applications :
On peut appliquer la sociométrie dans toutes les situations où la cohésion du groupe est nécessaires aux performances.

- Domaine du groupe de classe.
- Management des équipes (expérience de VAN ZELST : quand on constitue des groupes de travail grâce à la sociométrie, on constate une baisse du « turn-over » i.e. du mouvement du personnel de près de 91% et une augmentation de plus de 5% de la productivité).
- Dans l’armée (JENKINS a fait des groupes de bombardiers grâce à la sociométrie et a montré des performances supérieures de plus de 40%).
- Autres secteurs tels que la connaissance, l’intervention et la recherche sur les groupes. La sociométrie est un instrument important dans l’intervention de diagnostic.


Chapitre 6 : LA COMMUNICATION NON VERBALE.
 

Dans une situation d’interaction réelle, la communication est plurimodale, i.e. elle dépasse largement le seul niveau verbal. Plus précisément, les processus de communication sont directement influencés par la combinaison de tous les éléments de la situation.

- éléments verbaux (langage),
- éléments d’ordre acoustiques (intonation),
- éléments d’ordre physique (organisation de l’espace par exemple),
- éléments visuels (gestes et mimiques).

Les éléments non verbaux véhiculent ou révèlent le non dit. Lorsqu’il y a discordance entre les éléments verbaux et non verbaux, ce sont toujours les éléments non verbaux qui provoquent les impressions et les réactions dominantes.

On peut distinguer un certain nombre de paramètres dans la communication non verbale :
* Le ou les territoires :
C’est l’environnement physique et humain qui va déterminer tout un ensemble de processus spécifiques de communication.
* La distance :
C’est l’écart qui sépare les différents interlocuteurs. Elle détermine la nature et la compréhension de la communication.
* L’orientation du corps :
Dans la relation avec les autres, l’axe du corps véhicule une signification.
* Les postures :
Elles reflètent ou sont censées refléter l’état affectif de chacun des acteurs.
* Les gestes.
* Les mimiques ou expressions de la face.
 
 

La signification des indices non verbaux est très fortement marquée par un environnement socioculturel. Ceci concerne aussi bien l’organisation de l’espace que l’interprétation et la réaction aux gestes et aux mimiques.
 

1°) LES TERRITOIRES.

Dans toute situation de communication, l’homme marque son territoire. On distingue 3 types de territoires :

a) Territoire tribal :
Une tribu est un groupe d’appartenance. Il existe plusieurs types de tribus. Elles peuvent être constantes ou contingentes (liées à une situation spécifique). L’appartenance à une tribu se marque par des signes de reconnaissance (ex. pour pays : drapeau). Les membres d’une tribu s’octroient des pouvoirs et se contraignent à des règles, à des normes et à des lois. Pour qu’elle soit efficace, la communication avec un individu étranger à la tribu nécessite la reconnaissance, l’acceptation et l’application des règles de la tribu et ceci d’autant plus que dans la plupart des situations, chaque tribu se définit par un langage spécifique leur permettant de faire une distinction par rapport aux autres.

b) Territoire familial :
Le territoire familial est un lieu d’intimité partagé par les membres de la famille. Il délimite l’appartenance commune  et utilise des emblèmes ou signes communs (ex. boîte aux lettres, trousseau de clés). Ce territoire n’est pas exclusivement à l’œuvre dans l’espace familial. L’apparition de l’autre est très souvent vécu e comme une intrusion ou agression.

c) Territoire personnel :
Il peut varier d’une situation, d’un contexte à un autre. Il permet à l’individu de s’octroyer l’espace lui appartenant (on va le retrouver dans l’espace familial, ex. : place à table ; dans un groupe : même place).
 

2°) LA DISTANCE.

Organisation ou gestion de l’espace. Tout individu va évoluer dans différents types d’espaces. (Proxémique : étude des rôles dans la communication).

a) L’espace intime :
Zone de complicité. Il correspond à un espace très restreint qui constitue la propriété exclusive de l’acteur en situation. L’intrusion d’un autre dans l’espace intime est source de gêne et perturbe la communication (sauf situation spécifique). L’espace intime est l’espace privilégié de l’agression. Dans cet espace, les émotions sont beaucoup mieux perçues que dans d’autres situations.
b) L’espace personnel :
Zone de collaboration. Il correspond à une zone d’implication, de complicité et de perception des réactions et des émotions de l’autre.
c) L’espace social :
Zone de coopération (distance : va d’un bras à 3 mètres). Il n’y a plus de contact direct avec le locuteur mais il y a toujours perception directe de l’autre et donc perception des réactions de l’autre permettant une adaptation réciproque.
d) L’espace publique :
Zone civique. C’est la relation sociale correspondant aux normes. Il peut être subdivisé en deux types d’espaces :
- zone publique rapprochée (jusqu’à 8 mètres) ;
- zone publique lointaine (au delà).

La nature des échanges est de nature collective et non plus d’ordre interindividuel.
Dans la zone rapprochée, un certain type d’interaction reste possible, mais dans la zone lointaine, les contacts directs et visuels sont beaucoup plus difficiles et donc, en général, l’autre est plutôt spectateur qu’acteur.
 

On peut dire qu’à chaque type d’espace correspond un message spécifique et que donc, à chaque type d’espace doit correspondre une communication adaptée. La communication sera d’autant plus efficace que l’espace dans lequel on est sera en adéquation avec le type de message que l’on veut faire passer.

Il doit y avoir concordance entre l’objectif de la communication, le type de message transmis et l’espace choisi.

La communication pour être efficace doit s’adapter et se moduler au fur et à mesure de son déroulement. Cette nécessité d’adaptation du message à l’espace va générer un comportement important dans la communication : LE DEPLACEMENT.
e) Le déplacement

ILLUSTRATION :

Dans une situation de groupe restreint où l’objectif est la communication, il existe une organisation spatiale optimale. On pourrait croire qu’il s’agit d’une organisation circulaire, mais dans cette situation, l’espace constitué par la table ne permet aucune utilisation de la gestion de l’espace par l’animateur. Ainsi, on en déduit que la structure spatiale optimale pour l’expression et l’animation d’un groupe n’est autre qu’une structure circulaire ouverte. Cela va permettre à l’animateur d’utiliser les postures et le déplacement comme outils d’animation.

Il existe une relation directe entre la production d’un groupe et la posture assise ou debout de l’animateur. En effet, lorsque l’animateur se lève, il y a une accélération de la production quantitative du groupe ; quand il s’assoit, il y a ralentissement de cette production.
Sachant cela, l’animateur va utiliser son positionnement corporel comme outil de facilitation.

En ce qui concerne la fonction facilitation, l’animateur va conserver sa position initiale mais si l’un des membres du groupe commence à s’impliquer (réactions et opinions personnelles), il va se déplacer vers cet individu et donc se rapprocher de lui afin de créer entre eux un espace personnel adéquat à la nature du message.

Pour la fonction régulation, il va y avoir utilisation du déplacement dans le contrôle et la gestion de la création de sous-groupes dans le groupe (démarre en général pas des apartés). Ainsi, si la situation était fermée, l’animateur serait obligé d’intervenir verbalement ce qui risquerait d’être perçu comme une agression et donc ferait courir un risque au climat relationnel. Dans une situation ouverte, l’animateur, grâce au déplacement, va se rapprocher des sujets et entrer dans leur espace personnel ce qui entraîne un arrêt de l’aparté et n’est pas perçu comme une agression.
 

3°) LES POSTURES.

 Elles sont en relation directe avec les attitudes, i.e. sont le reflet ou du moins perçues comme telles des attitudes par l’autre et vont générer des attitudes particulières.

Il existe 4 grands types de postures :

On ne compte pas la posture 0 qui équivaudrait à une attitude neutre mais qui n’existe pas dans une situation d’interaction.

a) Les postures dites en expansion :

Postures en extension se traduisant concrètement par le fait que la position de la tête est dirigée vers le haut de même que les geste. Elles expriment ou sont interprétées comme associées à une attitude de domination. L’objectif de l’individu qui les emploie : défendre ou marquer son statut, position de supériorité.

b) Les postures en contraction :

Se traduit par la tête vars le bas, les bras croisés, etc. Elles reflètent ou sont interprétées comme correspondant à une attitude de soumission (timidité et stress).

c) Les postures de recul :

Elles manifestent ou sont interprétées comme une attitude de refus ou de rejet par rapport aux thèmes abordés dans la communication. Elles se traduisent par un regard fuyant (pas dans l’axe de la tête).

d) Les postures d’approche :

Elles correspondent ou sont interprétées comme une attitude de participation ou d’écoute, de centration sur l’autre.
 

Ainsi, nos postures entraînent diverses représentations de soi.
Ce sont les ruptures de postures (changements) qui jouent un rôle déterminant dans la perception car elles informent sur le vécu.

L’analyse des postures peut reposer sur la formulation de deux questions :

- A quel moment y a-t-il dissonance dans la posture de mon interlocuteur (moment où je parle ou moment où il parle : déstabilisation).

- A quel moment y a-t-il congruence entre ma posture et la sienne, à quel moment n’y a-t-il pas congruence ? Ainsi, s’il y a congruence, la communication passe bien et inversement lorsque non congruence.

Le PNL (programme neurolinguistique) dit que pour une communication optimale, il y a nécessité de la congruence entre les postures.
 

4°) LES GESTES.

Ils génèrent une signification. Dans la vie courante, le geste précède la parole (contrairement aux idées reçues). Pour qu’un geste joue un rôle positif dans la communication, il doit être en accord avec le fond du message, ses objectifs et doit être adapté à la proxémie, i.e. au lieu et à l’individu auquel il s’adresse.

- Les gestes hauts sont des gestes forts auxquels on associe des moments importants ou des sanctions (ex. victoire).
- Les gestes bas sont négatifs et manifestent l’échec, la tristesse, la désimplication.
- Les gestes ouverts sont positifs et manifestent une attitude fortement centrée sur autrui.
- Les gestes fermés ou autistes (centrés vers soi) expriment le malaise ou le refus de communiquer.
- Les gestes vers soi ou gestes auto-contact sont des indicateurs extrêmement stables et pertinents de l’évidence d’un stress ou que la personne ment (augmentation de ces gestes).

* Les gestes négatifs :
Ce sont les gestes parasites perturbant la communication de même que les gestes barrière (attitude de refus ou de défense). On y ajoute les gestes répétitifs (systématiquement produit par la personne) qui, perçus, perturbent l’écoute et ridiculisent l’émetteur.

* Les gestes positifs :
Ils soulignent et renforcent le message. Ce sont les gestes ouverts, les gestes ronds, tous les gestes correspondant à l’extraversion.
 

* Importance de la main :

Importance de son positionnement, de son ouverture.

- Paume ouverte, doigts pointés vers le haut : geste pare-chocs manifestant un interdit ou un arrêt de l’expression.
- Paume ouverte, doigts vers le bas : impuissance, démotivation, échec.
- Poing fermé : menace, force, énergie et douleur.
- Main en griffes : signe d’avidité, de prise sur l’autre.
 

Les gestes favorisent la communication, mais favorisent également l’expression individuelle, i.e. le développement d’une gestuelle est à la fois pour l’autre et pour soi. Le fait de développer une gestuelle lors de sa propre expression favorise le travail cognitif.
 

5°) LES MIMIQUES.

On a constaté sur des singes rhésus n’ayant plus d’expression faciale une détérioration des relations sociales, un comportement agressif de la part des autres et une chute spectaculaire de l’individu en question dans l’échelle sociale. D’où l’importance des expressions faciales dans l’interaction.
 

MEHRABIAN a fait une étude sur ce qui fait qu’un individu est perçu comme sympa dans la communication.

- Rôle des mots : 7%.
- Rôle de la manière dont le message est dit : 35%.
- Rôle de l’expression du visage : 58%.

* Le rôle du regard.

Le regard est communicationnel.
Ex. Présentation de photographies où des individus regardent ou ne regardent pas l’objectif. Les personnes regardant sont mieux perçues, mieux mémorisées. Un regard augmente l’attention chez celui qui regarde mais seulement si la situation est non ambiguë.
On a constaté que lorsqu’une personne est à genou par terre et qu’on instaure de types de situation : une claire (elle a perdu ses lentilles), l’autre ambiguë (elle se sent mal) ; et que la personne regarde les passants ou ne les regarde pas, le pourcentage d’aide varie. Quand la situation est non ambiguë et que la personne regarde les passants, 83% d’entre eux l’aident, quand elle ne regarde pas, 58% l’aident. Quand la situation est ambiguë et que la personne regarde, 25% d’aide.
 

Il existe également une relation directe entre le regard et le statut social. L’effet du statut sur le regard dépend de la position de l’émetteur ou du récepteur. Quand l’émetteur a un statut supérieur à celui du récepteur, il aura plus tendance à regarder le récepteur. Ainsi, un sujet supérieur regardera plus le sujet récepteur s’il a un statut supérieur et moins s’il a un statut inférieur. Inversement, un sujet récepteur au statut supérieur aura moins tendance à regarder le sujet émetteur et plus tendance à regarder l’émetteur si son statut est inférieur.

D’autres variables : sourires, silences (silences de l’émetteur renforcent le message. Les silences sont la clé de voûte du savoir-vivre).


 


Précisions

Différence entre reformulation simple et de sentiment:

- reformulation simple: on reformule les idées, donc l’explicite du discours de l’autre.
- reformulation de sentiments: on reformule l’implicite, les sentiments vécus (au moment même) par l’individu. Normalement, à cette reformulation, l’individu répondra en parlant explicitement de l’implicite reformuler par l’interviewer.
 

Limite de l’entretien non directif:

Puisque sa principale caractéristique est de ne pas diriger (canaliser), il devient très difficile, pour l’interviewer de récolter les informations dont il aurait besoin. Donc, d’une certaine manière, cette méthode empéche d’appliquer une dynamique d’approfondissement. C’est pourquoi la méthode semi-directive à été mise en place.

Les fonctions prioritaires de l’animateur selon les différents types de groupes:

- Réunion discussion:
 1° Facilitation (puisque l’objectif est l’expression de chacun)
 2° Régulation
 3° Progression

- Reunion de prise de décisions sur des valeurs morales
 1° Régulation (puisqu’il risque d’avoir beaucoup de conflits de valeurs)
 2° Progression
 3° Facilitation

- Reunion de prise de décisions sur des valeurs matérielles
 1° Progression (puisque c’est la tâche qui importe)
 2° Régulation
 3° facilitation
 

Comment faire parler une personne qui ne s’exprime pas?

-> ne jamais la forcer, l’obliger à agir contre son gré.
-> essayer de la mettre à l’aise, créer une bonne ambiance et, par exemple, la valoriser à l’aide du tableau

Attention: Un animateur qui est angoissé par peur d’avoir un groupe de timide induira probablement la timidité au groupe.


TD N°1: Analyse du type “d’interprétations“

- CAS N°1 - HOMME, 35 ANS
- CAS N°2 - HOMME, 30 ANS

Tâche: identifier le type d’attitude de Porter représenté par des phrases

TD N°2 : Analyse de textes d’entrevue

- Texte A
- Texte B
- Texte C

La non directivité

Les 4 principes de Rogers
- Empathie (signe de tête, non-verbal, etc.)
- Acceptation inconditionnelle de l’autre: je n’existe qu’à travers l’autre (pour comprendre l’autre, je dois être l’autre)
- Neutralité bienveillante (différent de l’état de passivité)
- Écoute active: à aucun moment, je ne peut me relâcher

À partir de ces 4 principes, Rogers à mis en place la technique de non directivité:

1° Reformulation simple: reformulation de l’idée émise, reformulation du tout ou d’une partie du discours

2° Reformulation des sentiments: reprendre le discours (le tout ou une partie) et y ajouter le sentiment véçu au moment où il était dit. -> risque d’interprétation très important.
--> Intervention majeure dans l’entretien

3° Synthèse: résumé des idées émises pour :
- conclure l’entretien
- relancer l’entretien (développement d’un point ou ajout d’un point nouveau)
- valider notre compréhension de la situation.

4° Empathie: toute manisfestation verbale ou non verbale ou paraverbale signifiant à l’autre que je l’écoute et le comprend.

5° Silence: 2 types de silence
- vide : arrêt de l’expression et de la reflexion -> il faut intervenir immédiatement
- plein : arrêt de l’expression, mais la personne réfléchit -> ne PAS intervenir car l’intervention sera similaire à “couper la parole” et amènerait de l’aggressivité.

TD N°3 : Entretien semi-directif

Déroulement:
1 - faire un entretien non directif avec un petit échantillon
2 - analyse les entretien non directif afin de bâtir le guide semi-directif
3 - faire un entretien semi-directif

Exercice en classe:

1° Choisir un thème d’entretien

2° Écrire une consigne = entrée de l’entretien
-> se présenter (retarder la mension de psychologue le plus possible)
-> présenter le thème
-> présenter l’objectif de l’entretien

3° Déterminer 2 ou 3 axes de réflexion sur notre thème = guide de l’entretien

4° En groupe de 3 personnes:
- 1 interviewer
- 1 interviewé
- 1 observateur

Ma consigne: Bonsoir, nous sommes étudiants et nous faisons une étude sur la musique. Nous aimerions savoir ce qui vous intéresse dans le domaine de la musique.

Thèmes:
- genres musicaux écoutés
- instruments joués

Correction du prof:
Nous aimerions savoir ce qui vous intéresse dans le domaine de la musique.
-> Nous aimerions recueillir votre opinion sur ce thème.
 

TD N°4 : la conduite de réunion

Exercices en classe:

A) la réunion-discussion (récupérer des informations les plus authentiques possibles)
B) la prise de décision en groupe sur des valeurs morales (arriver à un concensus sans authorité)
C) la prise de décision en groupe sur le matériel

Définition de l’animateur

- animation = fonction et non un statut
- animateur, c’est différent d’un chef, d’un leader (cela pour des questions d’incluence)
- animateur = neutre (c’est l’idéal, mais ce n’est pas évident)

Note: les chefs se rendent compte que si ils veulent faire passer un message, il passe mieux lorsqu’ils font partie du groupe et qu’ils ne sont pas en même temps le leader.

Le rôle de l’animateur: 3 fonctions

a) facilitation : il se doit de faciliter l’expression de chaque membre de son groupe
-> il est l’intermédiaire entre chaque membre et le groupe dans sa totalité
-> il doit arriver à ce que l’ambiance soit telle que tout le monde puisse s’exprimer.
(il faut être proche des participant pour être à l’écoute des plus timides)

Note: le tour de table = manipulation (à éviter).

b) progression : c’est à l’animateur d’amener son groupe à l’objectif fixé.
-> c’est de l’animateur que va dépendre la performance du groupe et l’atteinte des objectifs.

c) régulation : c’est à l’animateur d’anticiper et de réguler les tensions et les conflits.

Les 2 grands types de conflits

1° participant(s) -> animateur  (c’est le pire)

- Gestes du participant énervé: bouge avant- arrière sur sa chaise, mouvements saccadés, muscles de la machoire, du nez et du coup contractés.

- Gestes à émettre: le laisser s’exprimer, lui donner la parole
-> si on répond à ses “insultes” : on est dehors car le groupe soutiendra toujours le participant (rejet de l’animateur).
-> si on dit : “ok, c’est tou avis et le groupe, il en pense quoi?” : ça va permettre l’auto-régulation entre le groupe et ses participant (l’animateur n’est plus rejeté).
Note:
- ne jamais sortir d’un groupe car on ne pourra plus jamais y rentrer car partir amène une perte de crédibilité
- ne jamais affronter un conflit directement.

2° Entre participants

- geste à poser: les faire s’exprimer = auto-régulation du groupe = évacuation du conflit.

Attention: distinction homme - femme
- Les hommes: ils sont plus violents, ils peuvent aller jusqu’à se battre tout en allant boire un coup après (conflit évacué)
- Les femmes: elles ont beaucoup de mémoire (rancune) = arme à la moindre faille (conflit non évacué)
Donc, plus de conflits chez les femmes que chez les hommes.
À savoir: en règle générale, un animateur homme passera mieux dans un groupe de femmes (et vice versa)
 

Conclusion: Pour mener à bien ces 3 fonctions, l’animateur passera 80% de son temps à observer (observer, ça ne veut pas dire analyser)
 

Les interventions de l’animateur

* Les interventions de la non directivité:
- reformulation simple
- reformulation de sentiments (très important dans la régulation)
- attitude empathique
- respect des silences (vide: intervenir; plein: laisser réfléchir)
- interventions de synthèse (relance, conclusion et validation; toujours faire une  synthèse à la fin)
* les questions directes à un participant: c’est délicat car il faut être sûr que le participant en ait envie et qu’il soit compétent à répondre.
* Les questions d’élucidation (d’un participant retransmise au groupe)
* les questions miroir: un participant pose une question à l’animateur et ce dernier reformule et renvoi au participant

Note: comme le dit la règle posée au début, l’animateur n’intervient pas sur le contenu. Donc, on peut interpréter la plupart des questions comme des questions miroir.

Comment commencer une réunion?

1° Vérifier l’homogénéité des informations disponibles dans le groupe sur le sujet (afin que tout le monde part du même point)

2° Se donner des objectifs avec le groupe:
- Comment on définit le sujet : tout le monde à probablement le même code (la langue parlée) mais chacun à ses références -> il faut se donner une définition commune du thème.

Note: souvent, lorsque l’animateur annonce le thème, il y a un silence, il faut le respecter car chacun refléchit probablement à son opinion.

Exercice en classe:
A) la réunion-discussion: débat sur l’euthanasie.
 

TD N°5: Les outils de l’animateur

a) Le tableau papier (indispensable)

Un tableau papier permet de détacher les feuilles au fur et à mesure et de les coller au mur. Ceci permet d’avoir un suivi de la réunion.
Indispensable:
- parce qu’il représente la mémoire collective du groupe et permet aux “perdus” de se réinsérer dans le groupe.
- évite les répétitions (notamment pour les retardataires) ce qui permet de “stopper” les retardataires réguliers (cad stratégiques). Ils sont chefs ou ont beaucoup d’ambition et quand ils arrivent, s’il n’y a pas de tableau papier, l’animateur devra reprendre la réunion du début: montre la puissance de la personne retardataire ce qui provoque un retour aggressif du groupe -> le tableau permet donc d’éviter cela car sa présence oblige les retardataires à s’excuser et à retrapper leur retard avec le tableau.
- valorisation : si une idée “x” est inscrite au tableau, la personne qui l’a émise se sent revalorisée. Donc, le tableau permet aux plus génés de se sentir valorisés par le groupe.
- synthèses: toute réunion se termine par une synthèse. Le tableau facilite la tâche. Avant de faire la synthèse, on demande à chacun de valider ce qui est écrit. On part avec les feuilles pour éviter toute revendication ultérieure contraire à la synthèse.
- tableau = méthode d’enterrement : sert à arrêter celui (ceux) qui parlent trop et qui monopolise le temps:
-> noter la permière idée de Monsieur X: la renvoyer au groupe
-> noter la deuxième idée de Monsieur X: la renvoyer au groupe
si il continue, on dit: on t’a pris en compte mais on doit avancer. Mais, la plupart du temps, il sait qu’on a déjà parlé de ses idées alors il s’arrête tout seul.

b) Les zones d’interactions

C’est par ces zones que l’animateur va gérer l’ensemble des échanges de son groupe.
Il existe 4 zones.

- Publique: peu utilisée par l’animateur car c’est une zone de dons ou de recueil d’informations mais ce n’est pas un lieu d’échange.

- Sociale: permet une relation plus intime (permet de mener à bien les fonctions de facilitation et régulation. Dans cette zone, on repère les gens timides ou qui ont quelque chose de délicat à dire, ou les gens qui génèrent les tensions.

- Personnelle: réservées aux connaissances, aux proches et aux amis. L’animateur ne doit pas s’y trouver, excepté lors de la gestion des échanges dans le groupe.
ex: se mettre devant 2 personnes qui parlent entre elles pour les faire taire (comme on a horreur que les “inconnus” entrent dans cette zone, la règle de “se taire” se transmet au groupe implicitement et cela permet d’éviter l’aggressivité). L’animateur peut aussi utiliser cette zone lorsqu’il est aggressé violemment. Être dans la zone personnelle de la personne la bloque. Mais attention, c’est très manipulateur. À utiliser en cas d’urgence seulement (car si le groupe repère cette manipulation, l’animateur sera mal traité).

- Intime: réservée au conjoint, enfants et amis très proches.

c) Le temps

Une réunion devrait toujours durer maximum  de 1h30 à 2h. Elle devrait être le matin, car on est plus efficace.

Il est important de respecter l’heure de début et de fin d’une réunion.
-> Si on attend les retardataires, on ne respecte pas la règle d’être à l’heure et donc, ce sera l’anarchie dans les prochaines réunion car la règle ne sera plus crédible.
-> si on finit plus tard (après l’heure de fin prévue), les personnes ne seront plus là mentalement.

Mais, il faut porter une attention particulière au 20 dernières minutes parce que les timides et les gens avec des choses délicates à dire s’expriment (ils prennent la parole à ce moment-là car ils ne veulent pas être au centre de la réunion). Même si ce qui est dit à ce moment-là peut être important, il ne faut pas allonger la réunion, au pire, il faut en programmer une autre.

d) la configuration de la salle

Idéal: une sale en U (demi-ovale) permet à tout le monde d’intéragir et à l’animateur de bien utiliser l’espace

Exercice en classe:
B) la prise de décision en groupe sur des valeurs morales: Qui est responsable (de la mort de la femme sur le pont)?

TD N°6: Grille d’observation de Bales

CF document

Faire la différence entre les moyens et les objetifs

Au début de la réunion, on hiérarchise les objectifs à atteindre, ensuite, on les définit, cad qu’on définit les moyens pour y arriver.

Note: l’animateur doit être non-directif sur le fond et directif sur la forme car c’est lui qui définit le cadre.

Le stress et le trac de l’animateur

Le trac: 2 types
-> le bon: la montée d’adrénaline qui aide à la mobilisation (disparaître après les 5 premières minutes)
-> Le mauvais: ne disparaît pas et à même tendance à augmenter.
Dans les deux cas, on peut respirer par le ventre et cela nous relaxera.

Le stress
- Quand on rougit: il faut le dire et normalement, ça passera.
- La transpiration excessive: avaler une cuillère de sel avant l’animation (ne pas boire).
- Les mains moites: éviter le contact des mains avec la peau, prendre plutôt un tissu en main.
- la gorge sèche: se concentrer très fort pendant quelques secondes sur quelque chose d’appétisant ou qui fait saliver (ex: citron).
- les tremblements: marcher et faire des mouvements amples.
--> Le stress ne passe jamais, on apprend à le contrôler, c’est tout!
 

Exercice en classe:
C) la prise de décision en groupe sur le matériel: perdus sur une île.
 

-> Les types de commandements: cf tableau
 

TD N°7 : Les rumeurs

Allport et Postman: la distorsion de l’information (1968)

3 Processus interdépendants

1 - Réduction

2 phases:
a) équilibration (ou adaptation): phase pendant laquelle le message se transforme.
b) stabilisation: le message simplifié ne se transforme plus.

-> Les éléments centraux pur l’individu, ce qui l’intéresse le plus, ne seront pas transformés.

2 - Accentuation: ce qui reste du message après réduction va être exagéré.

4 types d’accentuations:
a) des dimensions et du nombre (ex: un soldat devient une armée)
b) temporelle (ex: on ramène au présent des événements qui ont eu lieu au passé)
c) du mouvement (la voiture à l’arrêt devient “rapide”)
d) des conclusions (pour renforcer la signification du message)

3 - L’assimilation (Processus fondamental car il génère la réduction et il détermine l’accentuation) -> Présente tout au long de la transmission

4 types d’assimilations:
a) au thème principal : des détails vont être incorporés au message pour en accroître la logique et la vraisemblance.
b) par condensation: plusieurs détails vont être fondus en un seul pour faciliter la mémorisation et la transmission .
c) par les centres d’intérêts des individus: il va y avoir ajout d’un fait ou d’un événement qui a un sens pour les individus présents.
d) par les préjugés et les stéréotypes: les détails du message seront transformés pour être conformes à la population concernée (ex: dans un groupe de personnes “blanches” françaises, s’il y a quelqu’un qui vole le sac d’un autre, il deviendra soit noir soit maghrébin.

->Tout ces processus sont en jeu, qu’il y ait enjeu ou pas.

Une solution pour qu’une information reste intacte à travers la transmission, il n’y en a pas. La seule chose qu’on peut faire, c’est répéter le message initial plusieurs fois (car plus on répète quelque chose à quelqu’un, plus il le retiendra).
 

Exercice en classe: transmission verbale d’une image et d’un texte

- L’information tabou ne peut être retransmise ou est très transformée lors de sa transmision
- Lorsqu’une information est accompagnée d’un doute, on ne la mémorisera pas.
-> Réduction et transformation de l’information.

- On ne mémorise que ce qui est extraordinaire (sort de l’ordinaire) et qui nous intéresse à condition que cela ne contredise pas un stéréotype ou un préjugé


FACTEURS GENERAUX DE LA COMMUNICATION. (Melanie)

MODELE DE LEWIN.

Différents facteurs :
- variables psychologiques,
- variables sociales,
- variables cognitives.

1°) Les variables psychologiques :

Des forces s’exercent sur l’individu mettant son organisme sous tension.

2 origines :
- internes,
- externes.

 2 valences :
 - positives,
- négatives.

FORCES Ë TENSIONS Ë BESOINS  ËCOMPORTEMENTS visant à réduire les tensions.

FORCES POSITIVES Ë TENSIONS POSITIVES Ë COMPORTEMENT D’APPROCHE.

FORCES NEGATIVES Ë TENSIONS NEGATIVES Ë COMPORTEMENT D’EVITEMENT.

Les comportements ont toujours 2 dimensions :
- associée à un objet, en général explicite,
- associée à des mécanismes défensifs, non verbalisés dans la situation.

LE COMPORTEMENT D’UN INDIVIDU OU D’UN GROUPE EST DETERMINE PAR LE JEU SUBTIL DES DESIRS OU APPROCHE ET DES DEFENSES OU EVITEMENT.

2 mécanismes essentiels :

a) Mécanisme projectif :
- prêter à l’autre ses propres sentiments,
- attribuer à l’autre des sentiments susceptibles de justifier mes réactions à son égard.

b) Mécanisme défensif :
- Interprétation défensive : explication des événements par rapport à ma vision.
- Scotomisation : processus inconscient qui est le fait qu’un individu ne perçoit pas des éléments pouvant remettre en cause son équilibre intérieur.
- Mémorisation sélective.
- Contestation de l’autorité de la source : mise en cause de la bonne foi et de la compétence de la source.

2°) Les variables sociales :

Ë Statut social des acteurs (problème de rigidité des rôles).
Ë Préjugés et stéréotypes (point de vue préalable à la situation agissant comme un filtre interprétatif).

(Cf. : expérience de RAZRAN).
 

3°) Les variables cognitives :

Ë Les représentations sociales : ensemble organisé d’informations, opinions, attitudes et croyances d’un individu ou d’un groupe à propos d’un objet donné.

La réalité objective n’existe pas, toute réalité a été reconstruite en fonction du système cognitif et du système de valeur de l’individu.

Composantes majeures :
- individu en interaction avec
- un ou plusieurs individus par rapport à
- une tâche dans
- un contexte.

Facteurs symboliques :
- représentation de soi,
- représentation de l’autre,
- représentation de la tâche,
- représentation du contexte.

a) Représentation de soi :
- du moi intime,
- du moi public.

b) Représentation de l’autre :
2 processus :
- système de catégorisation,
- système d’anticipation et d’attentes.

c) Représentation de la tâche :
Idée de la nature de la communication par rapport au contenu. Cette représentation détermine :
- la nature de la relation entretenue,
- la démarche cognitive utilisée et développée dans la situation.

d) Représentation du contexte :
2 types de contextes :
- immédiat (lieu et moment),
- idéologique ou culturel (selon le contexte, le sujet va privilégier tel ou tel type de message).
 

L’EXISTENCE ET L’IMPORTANCE DES REPRESENTATIONS DANS LES INTERACTIONS FAIT QUE LA PLUPART DU TEMPS, TOUTE INTERACTION ET COMMUNICATION SONT PREDETERMINEES.