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#4
Are
You Experienced? (1967)
Jimi
Hendrix
Reprise
CD 6261
Quand on regarde les titres qui composent ce premier effort studio de Jimi Hendrix, on pourrait facilement croire qu’il s’agit d’un album compilation du genre Best Of ou Greatest Hits, tant le disque regorge de succès et de classiques. La sortie de ce disque allait révolutionner la musique et l’approche de la guitare pour des générations à venir.
Pour
son premier album, Hendrix en met plein la vue. Jimi s’amuse beaucoup et
ça paraît. Ses prouesses techniques vont en ébahir
plus d’un et même, en décourager certains. Ce fut le
cas de Pete Townshend des Who et d’Eric Clapton qui se voyaient déjà
au chômage tellement les talents de Hendrix étaient éblouissants
par rapport aux leurs. Non pas que ces derniers étaient des
deux de pique. Seulement que des musiciens comme Hendrix on en voit
apparaître à peu près un à tous les siècles.
Are
You Experienced? restera à jamais l’album de Hendrix le plus
spectaculaire, bien que les trois autres qu’il sortit de son vivant sont
tous considérés comme des chefs-d’oeuvre.
Des titres? Hey Joe, Foxey Lady, Fire, The Wind Cries Mary et Manic Depression...
Dès les premières notes de Purple Haze (qui ouvre l’album), l’auditeur est accroché. Hendrix nous convie à un véritable feu d’artifice sonore. Hendrix réinvente le rock et nous avons le choix ou non de prendre le train en marche.
Malgré toutes ses prouesses pyrotechniques, il est à peu près impossible de passer à côté de son incroyable talent de parolier. Hendrix est aussi doué que Bob Dylan de ce côté-là. De plus, son sens de l’humour est assez exceptionnel. Des pièces comme Third Stone From The Sun ou Fire captivent l’auditeur par leur côté joyeusement absurde et cynique. Jimi ne se prend pas au sérieux contrairement au reste du monde qui est obnubilé par ce qu’il peut faire.
La seule chanson sérieuse de l’album est May This Be Love. Même aujourd’hui cette chanson sonne très contemporaine. C’est là où on peut apprécier le côté intemporel de cet artiste. La mélodie y est extraordinaire et très touchante.
La pièce qui donne son titre à l’album, Are You Experienced?, impressionne par ses innovations. L’utilisation de bandes passées à l’envers donne un côté irréel à l’ensemble. L’idée avait été lancée quelques mois auparavant par les Beatles mais Hendrix a poussé le tout plus loin en s’en servant comme base rythmique. Le débit lent de la voix de Hendrix rehausse le côté psychédélique de ce chef-d’oeuvre. Cette pièce vient clore le premier album de l’artiste le plus spectaculaire du siècle.
En trois ans, Hendrix a plus fait pour la musique qu’aucun autre de ses contemporains l’ont fait en une vie entière. On peut facilement comparer et sans aucune gêne Hendrix à des génies comme Mozart ou Beethoven. Sans les Beatles ou Hendrix, la musique ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui.
Thick
As a Brick (1971)
Jethro
Tull
Chrysalis
CHM-41003
En 1971, cet album atteignit la première position du palmarès Billboard. Pas si mal pour un album qui ne contenait qu’une seule pièce qui durait près de 45 minutes! Ian Anderson nous présentait là son projet le plus grandiose. Il s’agissait du cinquième album de Jethro Tull. Le disque précédent, Aqualung, avait remporté un succès monstrueux et était déjà considéré comme un classique du rock. Il aurait été facile pour Anderson de s’asseoir et de préparer un Aqualung II. Au lieu de cela, le chanteur de Jethro Tull prend un énorme risque et nous offre l’album Thick As A Brick.
Présenté comme étant l’oeuvre d’un enfant de huit ans (ce qui n’était qu’une blague de la part d’Anderson), l’album va faire longtemps les délices des amateurs de rock progressif. La pochette magnifique nous présentait l’album sous la forme d’un journal d’une petite municipalité anglaise. La pièce, conçue d’après un poème scabreux, comporte plusieurs parties, tout comme s’il s’agissait d’une douzaine de chansons différentes les unes des autres, ayant en commun le même thème.
On passe de la balade acoustique aux influences celtiques, au hard rock puissant aux sonorités qui font très début des années 70. L’expérience auditive est à peu près indescriptible. il faut vraiment se tremper dans l’écoute de ce disque afin de se faire une bonne idée de ce chef-d’oeuvre.
Jamais ennuyant, cet album restera à jamais celui que je préfère. À l’époque où je jouais dans des groupes, cette pièce était celle que j’adorais le plus jouer en spectacle. Trois quarts d’heure de pur bonheur. Vraiment un disque à découvrir...
Quadrophenia
(1973)
The
Who
MCAD2-11463
Quadrophenia était le deuxième projet ambitieux d’opéra rock de Pete Townshend. Quatre ans auparavant, les Who avaient inventé le style avec Tommy qui s’était avéré être un des plus grands albums de rock de tous les temps. Toutefois, cette fois-ci, les Who se surpassaient.
Sur beaucoup de points, Quadrophenia est bien meilleur que Tommy. Bien que thématiquement plus compliqué que son prédécesseur, l’album recèle des trésors d’imagination musicale, particulièrement en ce qui a trait à l’utilisation des synthétiseurs qui était tout à fait révolutionnaire pour l’époque. L’orchestration de Quadrophenia n’est rien de moins que magistrale.
Sur cet album, les Who délaissent le côté surréaliste qui prévalait sur Tommy, pour aborder un thème plus social. Les Who retournent à leurs racines mod et nous racontent l’histoire d’un jeune homme qui est tout sauf sympathique. Il passe ses fins de semaine à Brighton avec les autres mods à flâner et à flanquer des raclées aux rockers sur les plages. Il n’était pas rare au milieu des années 60 de voir 2000 jeunes se battre un peu partout dans cette station balnéaire. Souvent à leurs débuts, les Who se rendaient à Brighton pour jouer pour les mods qui leur vouaient un véritable culte (à la grande stupéfaction de Townshend et les autres d’ailleurs, puisqu’ils ne se sont jamais considérés ou affichés comme des mods). Quadrophenia raconte cette époque troublée et incroyablement juvénile que personne n’a vraiment envie de revivre, sauf le jeune homme dont il est question sur l’album.
Le titre Quadrophenia fait référence à quatre traits de la personnalité de chacun des membre des Who qu’on retrouve dans celle du jeune homme révolté contre tout ce qui existe (et même plus). The Real Me qui ouvre l’album est une des plus grandes pièces jamais écrite par Townshend. John Entwistle y est tout à fait brillant. Cette pièce n’est que l’indication de ce qu’on retrouve sur les 90 prochaines minutes : jamais de temps faibles, seulement de l’émerveillement à tout moment tout le long du disque. 5:15, Doctor Jimmy, The Punk And The Godfather, Drowned et Bell Boy sont les pièces les plus marquantes de cet incontournable du rock.
Il faut toutefois attendre la dernière chanson pour apprécier le chef-d’oeuvre de l’album : Love Reign O’er Me. Cette pièce est sans contredit la plus touchante que les Who aient jamais enregistré. La partie de synthétiseur y est extraordinaire et brillante, mais c’est l’interprétation de Roger Daltrey qui a fait de cette chanson une des plus belles de toute l’histoire. Les notes que Daltrey va chercher sont tout à fait renversantes pour l’auditeur. Il faut toutefois dire qu’il s’agissait peut-être d’un cas exceptionnel parce que jamais par la suite il n’a pu reproduire en spectacle ce tour de force incroyable. Il s’y est approché souvent (comme lors du spectacle du Centre Molson de juillet 1997) mais n’y est jamais parvenu entièrement. Néanmoins, Daltrey venait prouver à ses détracteurs qu’il possédait une voix exceptionnelle.
Quadrophenia peut paraître moins accessible que Tommy pour certaines personnes à cause de sa complexité. Toutefois, il faut prendre le temps de découvrir ce disque qui reste pour moi le plus grand représentant du concept d’opéra rock.
E-mail:
rockclassique@hotmail.com