# 13 à 15
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#13
Fragile
(1971)
Yes
Atlantic
SD 7211
L’arrivée des vidéo-clips a grandement contribué à faire disparaître l’aura de mysticisme dont le rock était entouré dans les années 60 et 70. Je suis heureux d’être né au milieu des années 60 et d’avoir grandi à l’époque où les stations comme Musique plus n’existaient pas. Le rock avait ce côté mystérieux qu’il n’a plus aujourd’hui. Je n’ai jamais eu besoin d’images préfabriquées pour rêver en écoutant de la musique. Seulement un album de Yes ou d’Emerson, Lake & Palmer pouvait me permettre de rêvasser pendant des heures sans l’apport d’aucune drogue. La pochette suffisait...
De nos jours on peut zapper à n’importe quelle heure du jour et de la nuit pour tomber sur une gang de boutonneux sans talent qui déversent leur trop plein de frustrations sur une guitare en n’ayant aucune idée de ce qu’ils font. Je m’ennuie un peu de cette époque où le rock était le seul refuge mystique que les jeunes avaient. Aujourd’hui ils ne l’ont même plus. On leur a volé. Tout est question de big business. Mais, assez de nostalgie...
Yes
était un des ces groupes dont la musique permettait de rêver
et de se retrouver dans un autre monde. Évidemment, le sens
des paroles était incompréhensible (je me demande même
si Jon Anderson avait une idée de ce qu’il racontait), mais elles
contribuaient à rendre encore plus mystérieuse cette musique
complexe qui avait un côté mélodique troublant.
La musique était certes compliquée, mais il s’en dégageait
une fraîcheur et un enthousiasme qui ne laissait personne indifférent.
Ça
peut paraître incroyable aujourd’hui, mais cet album très
anti-commercial ( il contient trois chansons qui font plus de huit minutes!)
a obtenu un succès colossal à sa sortie en 1972. Le succès
du disque était surtout dû à la présence de
la pièce Roundabout, une des chansons les plus connues et les plus
appréciées des années 70. Mais ça ne
s’arrête pas là. On retrouve aussi sur le disque des
classiques comme Long Distance Runaround, Mood For A Day et Heart Of The
Sunrise. Plein de bonnes raisons pour se procurer cet album quoi!
Évidemment, la musique progressive n’est pas appréciée de tous. Les détracteurs de ce genre musical sont légion. On la trouve froide et prétentieuse. C’est possible. Par contre, il est très curieux de voir ces mêmes personnes s’ébahir sur la musique d’artistes tels Sinead O’Connor dont la musique est carrément frigorifique. La musique est question de goûts. Si vous êtes totalement hostile au rock progressif, il serait surprenant que vous appréciez Fragile.. Toutefois, si vous avez envie de vous procurer un disque de progressif afin de vous familiariser avec le genre, c’est cet album que je vous conseillerais. Yes est un des groupes les plus accessibles du genre avec Supertramp et Pink Floyd. Et puis, seulement que pour Roundabout, l’achat en vaut le coût...
#14
The
Allman Brothers Band At Fillmore East (1971)
The
Allman Brothers Band
Polydor
823 273-2
Le Allman Bros Band fut un des groupes américains les plus influents du début des années 70. Leur blues-rock assaisonné d’influences country a fait école. Ils furent à l’origine de ce qu’on a par la suite appelé le Southern rock qui a engendré une vague de groupes issus des états sudistes dont les plus illustres représentants furent sans doute Lynyrd Skynyrd.
Ce sont surtout les guitares jumelles de Duane Allman et Dicky Betts qui étaient le point fort du groupe. Les harmonies de guitares étaient, et sont encore stupéfiantes. Le jeu de guitare du duo va influencer des centaines de groupes qui vont adapter leur jeu à des genres musicaux différents. Des groupes comme Judas Priest leur doivent beaucoup.
Il faut dire que Duane Allman en partant n’était pas n’importe qui. Il fut un des guitariste de studio les plus en demande à la fin des années 60. Il a d’ailleurs enregistré l’album Layla en compagnie d’Eric Clapton en 1970. il était surtout reconnu pour son jeu extraordinaire à la slide guitar. Son frère Gregg lui, avait une voix tout à fait exceptionnelle pour le blues, en plus d’être un claviériste et un compositeur hors pair. De plus, le groupe avait une section rythmique constituée de deux batteries, ce qui était révolutionnaire à l’époque.
La
formation de Macon (Géorgie) était reconnue pour ses longues
improvisations en spectacle, ce qui rendait chaque concert unique.
C’est un peu pour cela que le groupe enregistra At Fillmore East après
deux albums studio qui étaient pourtant très réussis.
Ce fut une sage décision puisque Fillmore leur apporta la gloire
et la fortune. Le blues aux relents psychédéliques
des Allman fit merveille et l’album se retrouva au sommet des palmarès
américains. Des pièces comme Hot ‘Lanta, In Memory
Of Elizabeth Reed, Stormy Monday (de T. Bone Walker) et Whipping Post devinrent
des classiques instantanés.
Malheureusement
pour le groupe, Duane Allman périt dans un accident de moto l’année
suivante, hypothéquant de façon grave l’avenir du groupe.
Le disque suivant, Eat A Peach, était très bon et il se vendit
bien, mais la suite fut moins glorieuse pour le groupe qui connut plus
de bas que de hauts pour le reste des années 70.
Néanmoins, The Allman Bros Live At The Fillmore East demeure une des plus grandes oeuvres du rock, une oeuvre qui a exercé une influence majeure sur le blues et le rock des années 70 et 80. Un génie comme Stevie Ray Vaughan l’a sûrement beaucoup écouté...
Led
Zeppelin IV (1971)
Led
Zeppelin
Atlantic
19129
Au moment de la sortie de leur quatrième album, Led Zeppelin était arrivé à complète maturité musicale. Le groupe avait jeté les bases du heavy metal avec leur deux premiers albums et exploité leur côté acoustique et plus léger avec le troisième. Led Zeppelin IV faisait la synthèse de ces styles musicaux.
On
retrouve sur l’album des trucs très lourds comme Black Dog, Misty
Mountain Hop et When The Levee Breaks, ainsi que des pièces de folk
anglais rural de type celtique comme The Battle Of Evermore et Going To
California. Le quatuor en profite également pour faire un
clin d’oeil à leurs racines avec la chanson Rock and Roll.
Évidemment,
la pièce de résistance du disque demeure Stairway To Heaven,
une des chansons les plus connues et appréciées du siècle.
Bien sûr, la tendance actuelle consiste à vomir sur cette
chanson et à la considérer comme kétaine, réaction
humaine normale après la surexposition dont elle a été
victime à la radio (chanson la plus jouée de tous les temps).
Mais ce n’est tout de même pas de la faute des membres de Led Zeppelin si les disc-jockeys du monde entier ont exagéré en la faisant tourner à toutes les heures pendant dix ans! Non, sérieusement les programmateurs de radio ont fait beaucoup trop tourner cette chanson, ce qui a provoqué une écoeurantite aiguë chez les mélomanes. C’est malheureux car les qualités de cette pièce sont tellement exceptionnelles qu’il serait idiot de s’en priver et de la mépriser comme l’a déjà fait Elvis Costello. Le célèbre chef d’orchestre Leonard Bernstein a lui-même déclaré cette pièce musicalement parfaite. Si Bernstein, un des plus grands musiciens du siècle, porte un tel jugement c’est sûrement que cette chanson a quelque chose de remarquable.
Sans jamais être compliquée, Stairway To Heaven est construite d’une façon impeccable. Il s’agit du meilleur exemple de pièce progressive. Elle débute sur une séquence douce pour lentement se muer à la fin en rock des plus heavy avec un solo de guitare mémorable. Les paroles de Stairway, tout comme celles que l’on retrouve sur le reste de l’album sont empreintes de mysticisme et d’occultisme. Même la pochette reflète l’intérêt de Page pour la magie noire. Autre fait particulier, on ne retrouve pas le nom du groupe nulle part sur la pochette, pas plus que le titre d’ailleurs.
Toutefois, il ne faudrait pas non plus oublier que la réputation d’excellence de Led Zeppelin IV a aussi été aidée par le fait que l’album est truffé d’innovations technologiques. À l’époque où il fut enregistré, les gadgets numériques n’existaient pas. Tous les effets devaient être créés dans le studio à partir d’à peu près rien. La sonorité des studios y était pour beaucoup dans le choix des musiciens d’un site d’enregistrement par rapport à un autre. Par exemple, le studio d’Abbey Road n’avait pas la même sonorité que celui d’Electric Ladyland. Le degré de réverbération des studios y était pour beaucoup dans le résultat final des enregistrements. Pour donner une réverbération aussi particulière à la batterie de John Bonham pendant When The Levee Breaks, Page va faire installer des micros un peu partout dans le studio, allant même jusqu’à en mettre dans la cage de l’escalier et à l’étage supérieur. Aujourd’hui, pour obtenir le même résultat, on n’aurait qu’à tourner quelques boutons et le tout serait fait en cinq minutes. Mais au début des années 70 il s’agissait d’un tour de force.
Page s’amuse en studio tout le long de l’album et essaie des choses nouvelles. Au début de Black Dog il branche sa guitare sur un haut-parleur rotatif Leslie afin d’obtenir le son singulier qui introduit la chanson. Ce sont ces petits détails qui font de Led Zeppelin IV un album aussi intéressant et original.
C’est un disque que je conseille particulièrement aux néophytes qui ne connaissent pas Led Zeppelin. Vous ne serez pas seuls à en posséder une copie puisqu’on estimait en 1996 que 16 millions de personnes dans le monde en avait une en sa possession, ce qui en fait un des albums de rock les plus vendus de tous les temps...
E-mail: rockclassique@hotmail.com