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Rocks (1976)
Aerosmith
Columbia CK 57363
 

Cet album extraordinaire est tout à fait à l’image de sa pochette : incroyablement noir et d’une dureté à toute épreuve. Après les trois albums précédents qu’Aerosmith nous avaient offerts, il ne fallait définitivement pas s’attendre à ce qu’ils se mettent soudainement à donner dans la dentelle.  Toutefois, la puissance de Rocks  secouait l’auditeur par sa brutalité.

Déjà immensément populaires à cause de leur album précédent, Toys In The Attic qui comprenait les succès Walk This Way  et Sweet Emotion, le groupe de Boston récidivait avec leur meilleur galette à vie.  Le disque tombait pile parce que jamais auparavant les goûts du public américain pour la musique agressive n’avaient été aussi exacerbés.  Les jeunes, désillusionnés par l’échec de la contre-culture et par la disparition des valeurs des années 60, par l’incompréhension de la société envers eux et par la politique en général (lire ici le Watergate) avaient besoin de défoulement comme jamais.  Le film Dazed And Confused  (1993) de Richard Linklater rappelle d’ailleurs fort bien cette période qui fût loin d’être paisible.

Des titres comme Rats In The Cellar, Combination, Last Child, Sick As A Dog, Lick And A Promise et Back In The Saddle parlent par eux-mêmes.  Les chansons de Rocks  apportaient à la jeunesse américaine cette dose de hard rock excessif qui faisait un peu défaut en 76.  Parce que, curieusement, les groupes de hard rock n’étaient pas légion en Amérique au milieu des années 70.  Seuls Aerosmith, Kiss, ZZ Top et Ted Nugent représentaient ce courant musical.  Et Aerosmith était le plus heavy  de tous.  Pas surprenant que pour les années 76 et 77 Aerosmith furent le groupe américain le plus populaire aux côtés de Kiss.  Avec ce disque, les membres d’Aerosmith étaient considérés par la jeunesse comme de véritables héros.
Malheureusement, Rocks  sera le dernier grand album de la décennie pour le groupe.  Non pas que Draw The Line  ou Night In The Ruts  soient des navets.  Non, pas du tout.  Simplement qu’Aerosmith ne sont jamais arrivés à faire un album aussi fort par la suite, quoique le disque Pump  de 1989 n’était pas si mal.  Les problèmes de drogues du groupe ont eu à peu près raison de la formation qui n’a réussi à se rétablir complètement qu’au milieu des années 80.
 
 
 
 


#11

Alive! (1975)
Kiss
Casablanca NBLP 7020
 

Un des deux albums qui ont eu le plus d’influence sur la génération des guitaristes des années 80.  Est-il besoin de le rappeler?  Les années 80, au grand désarroi des critiques furent dominés en Amérique du nord par le hard rock et le heavy metal.  Cette assertion ne plaît évidemment pas à tout le monde mais il faudrait être de bien mauvaise foi pour prétendre le contraire.  Des groupes comme Iron Maiden, Metallica et Def Leppard ont fait la pluie et le beau temps tout le long de la décennie.

Combien de guitaristes, de bassistes ou de batteurs ont commencé à faire de la musique après avoir entendu Kiss Alive?  Probablement des millions.  Pour tous ces jeunes, cet album fut leur premier contact avec la musique.  Ils se mettaient soudainement tous à délaisser leurs comic books  pour s’intéresser à ce groupe qui avait des allures de superhéros dans le genre Batman joue maintenant de la guitare.  L’allure stupéfiante du groupe est responsable de leur succès à 100 %. Toutefois, s’il n’y avait eu que cela et si le groupe avait joué une musique merdique et dénuée d’intérêt ils n’aurait pas fait long feu.  C’est ce qui explique la longévité de Kiss contrairement à celle de groupes comme Wasp qui reprirent la même recette au milieu des années 80 (c’est ce qui explique aussi que ces derniers se firent littéralement bombarder de canettes de bière tout le long de leur spectacle avec Metallica en janvier 1985 au Spectrum de Montréal, spectacle qu’ils furent d’ailleurs contraints d’écourter après quinze longues minutes de platitudes sonores).

Évidemment on retrouve beaucoup de clichés sur le disque, mais l’énergie et l’honnêteté avec lesquelles les chansons sont jouées nous font vite oublier ce détail.  Alive! ne renferme que des classiques du heavy metal : Deuce, Hotter Than Hell, Firehouse, Parasite, She, Watchin’ You, 100 000 Years, Black Diamond, Cold Gin et le méga succès Rock & Roll All Nite.  Une génération complète de musiciens vont apprendre par coeur toutes ces pièces afin d’essayer plus tard de se peaufiner un style personnel.

Après l’échec de leurs trois premiers albums studio (qui n’avaient connu qu’un succès médiocre), Kiss eut l’intelligence et le flair de sortir un album qui nous les montrait à leur meilleur, c’est-à-dire sur scène.  Alive!  connut un succès fou en 1975.  Le groupe était désormais au sommet avec les autres étoiles du moment.  En un peu moins d’un an la formation de New York devint une des plus grosses attractions musicales de la planète.  Aujourd’hui encore, le groupe reste un des groupes américains les plus populaires et leurs tournées continuent d’attirer des millions de fanatiques.


#12

Welcome To My Nightmare (1975)
Alice Cooper
Atlantic A2 19157
 

Après l’album Muscle Of Love et beaucoup de succès, Alice Cooper décidait de mettre définitivement fin à son association avec les musiciens qui l’accompagnait depuis les débuts.  Les musiciens de Cooper avaient pourtant grandement contribué à son succès puisqu’ils avaient écrit avec lui tout le matériel qui l’avait rendu célèbre.  Des pièces comme School’s Out , No More Mr. Nice Guy  et Elected  avaient fait d’Alice Cooper une des figures dominantes du rock du début des années 70.  C’est dire à quel point le geste de Cooper était risqué pour sa carrière.  Pourtant, il s’avéra très judicieux...

Pour son premier album solo, Alice s’entoura des musiciens de Lou Reed qui avaient participé à l’album Rock And Roll Animal : Dick Wagner et Steve Hunter à la guitare, Prakash John à la basse, Jozef Chirowski aux claviers et Johnny Badanjek à la batterie.  Le résultat fut le surprenant Welcome To My Nightmare. Pour la première fois, Cooper allait jouer à fond le rôle d’un suppôt de Satan en adoptant un concept digne des plus grands films d’horreur de série B.  Cette image va lui aller à la perfection et définir sa personnalité pendant des années.  Alice va choquer et scandaliser profondément.  Les jeunes vont adorer cette mascarade que personne ne prend au sérieux (comment peut-on prendre au sérieux une pièce avec un titre comme Devil’s Food?) sauf quelques parents et prédicateurs rétrogrades qui vont contribuer à lui faire une publicité gratuite dont il nourrit littéralement sa carrière.  Alice va même jusqu’à aller chercher l’acteur de films d’horreur mondialement connu, Vincent Price, afin de réciter un petit texte des plus morbides au milieu de la pièce The Black Widow.

Musicalement, il s’agit de l’album le plus réussi d’Alice.  Chacune des onze pièces de l’album est un classique.  De Welcome To My Nightmare à Escape, en passant par The Black Widow, Steven et Only Women Bleed, le disque défile sans jamais laisser le temps à l’auditeur de s’ennuyer.

Le moment le plus fort du disque demeure à mon humble avis les pièces Years Ago et Steven qui sont les plus marquées par la démarche macabre d’Alice.  On a quasiment affaire ici à du rock progressif.  Le climat est très théâtral et oppressant.  C’est le moment que j’ai toujours préféré sur cet album qui a fait une impression profonde sur mon adolescence à l’époque où je regardais des films d’horreur constamment.

Malheureusement pour Alice (et un peu comme pour Aerosmith), il s’agira de son dernier grand album de la décennie.  Par la suite ses problèmes avec l’alcool vont relativement venir contribuer à ralentir sa carrière qui pourtant avait pris un essor monstrueux avec le succès de School’s Out..  Alice va se perdre musicalement à la fin des années 70 en enregistrant des ballades insipides comme You And Me  et des trucs archi poches comme We’re All Clones..  Pire encore, Cooper délaisse le hard rock pour toucher à des genres musicaux éphémères comme le new wave.  Des mauvaises décisions qui vont nuire considérablement à sa carrière, au profit de groupes comme Kiss et Van Halen qui, pendant ce temps-là, continuaient à donner aux jeunes une dose de hard rock dont ils raffolaient tant.  Heureusement pour lui, Cooper va revenir au bon vieux rock pur et dur dans les années 80 et se rétablir avec une partie de son public d’antan.