Si, plein de souvenirs classiques et bibliques, le visiteur de Saida s’attend a plonger dans la splendeur pourpre de l’Antiquite, il risque d’etre un peu decu. A Saida meme, de la Sidon antique il ne reste rien. Rien, sauf qu’une colline, haute de 40m et longue de 100, accumulation de coquilles de murex, temoignant de l’ampleur de l’industrie de la pourpre, cette teinture de l’Antiquite si celebre que sa couleur symbolisait la gloire et le pouvoir supreme chez les Romains. «Six lieues plus loin, c’est Saida, l’ancienne Sidon qui presse comme un troupeau son amas de blanches maisons au pied des montagnes habitees par les Druzes. Ces bords celebres n’ont que peu de ruines a montrer comme souvenir de la riche Phenicie ; mais que peuvent laisser des villes ou a fleuri exclusivement le commerce ? Leur splendeur a passe comme l’ombre et comme la poussiere, et la malediction des livres bibliques s’est entierement realisee, comme tout ce que revent les poetes, comme tout ce que nie la sagesse des nations!» Mais c’est la chercher les morts chez les vivants.
Mais si les vestiges de la gloire phenicienne de Sidon sont enfouis sous la cite actuelle, Saida, par contre, est riche en souvenirs du Moyen Age. Son «Chateau de Mer» (Qalaat el-Bahr), construit sur un ilot relie par une digue a la terre, est une belle chose en soi. «Le Chateau de Mer» a ete construit par les Croises (1227-1228). Tel qu’il se presente aujourd’hui,«Le Chateau de Mer» a perdu sa grande tour d’origine, celle de gauche dont il ne reste que les soubassements. Ce qu’on en voit est l’oeuvre des Arabes apres l’abandon de la forteresse par les Croises en 1291. La tour de droite, rectangulaire, elle, est bien franque. C’est la que se manifeste, sans vergogne, le remploi des colonnes antiques pour donner plus de resistance au mur.
Une visite de Saida ne serait pas complete sans les ruines du temple d’Echmoun, temple phenicien dedie au Dieu guerisseur Echmoun auquel toute une dynastie de rois de Sidon semble avoir voue un culte particulier. Le visiteur actuel ne peut qu’admirer des fragments, un trone de pierres, un bas relief, une mosaique bysantine…et rever devant l’epais mur adosse a l’esplanade a l’interieur duquel etaient cachees les fameuses inscriptions pheniciennes decouvertes en 1900 et aujourd’hui dispersees dans divers musees du monde.