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Les douze millions de levers de soleil du sphinx

Le grand sphinx monte la garde depuis plus de 4500 ans devant la pyramide de Chéphren, à Gizeh. Taillée dans un promontoire de calcaire, c'est la plus importante sculpture colossale de l'Antiquité qui nous soit parvenue.

Il a passé la plus grande partie de son histoire enfoui jusqu'au cou dans le sable, et les premières tentatives de l'en dégager datent de 1400 av. J-C. En effet, le jeune Touthmosis IV, alors qu'il n'était encore que prince, s'était endormi sous la tête du colosse au retour

d'une chasse éreintante dans le désert; il rêva que le sphinx lui promettait la couronne, à la condition de le délivrer de l'étouffement des sables. Touthmosis fit placer entre les énormes pattes, enfin visibles, une tablette de pierre relatant le songe et devint pharaon. 

Le sphinx fut taillé dans une butte témoin du plateau de Gizeh dont le calcaire friable était impropre à la construction de la pyramide. Si son corps semble celui d'un lion, les sculpteurs lui ont donné le visage du pharaon Chéphren ( pharaon qui régnait sur les rives du Nil à l'époque où la statue fut édifiée). Il mesure 57m de long sur 20m de haut., le calcaire ayant durement souffert de l'érosion au cours des siècles.

Les entrées des temples égyptiens sont fréquemment gardées par des statues de lions. Le sphinx devait avoir la même fonction pour le complexe pyramidal de Chéphren. Il n'est fait nulle part mention d'un culte propre du sphinx pendant l'Ancien Empire, quand les pyramides furent construites. Ce n'est que bien plus tard qu'on l'identifiera à Horemkhet ("Horus de l'horizon"), l'une des formes du dieu soleil.

Au Xve siècle, les armées musulmanes brisèrent le nez du sphinx, leur religion interdisant toute représentation divine.

 

Voici un poème de circonstance d'Arthur Rimbaud intitulé

"Le sphinx":

 

Dans la nuit claire et froide où l'air semble gelé,
Engourdi, frissonnant, sous la clarté lunaire,
Le grand sphinx de granit compte ses millénaires
Et revit solitaire les splendeurs du passé

Le sable mollement roule son étendue,
Et le scintillement des facettes polies
Brille comme mille feux d'ardentes pierreries,
Merveilleuses parures et gemmes inconnues.

La lune aux yeux bleus coule son disque jaune,
Ses reflets opalins, dans ses orbites creux,
Donne au sphinx l'attitude trompeuse
Du sommeil menaçant que simulent les fauves.

Sur l'immensité du désert sans borne,
Silencieux, figé dans sa robe hiératique,
Sur son socle rigide, la face énigmatique
S'appesantit pensive, dure, farouche et morne.

Et superbe gardien des siècles disparus,
Survivant éternel de l'antique débâcle,
Comme un cheval sauvage qui soudain renâcle,
Dans la nuit noire surgissent des êtres déjà vus,

Leurs fantômes ailés repeuplent le désert
Et leurs pas talonnant ont fait crier le sable,
Le sphinx mystérieux, pensif et vénérable
Regarde tournoyer ces monstres de l'enfer.

Resurgis du passé, ils défilent en cadence :
Grands colosses de pierre à tête de bélier,
Sphinx, griffons, ibis, pharaons et guerriers
Tous viennent une nuit pour la dernière séance...

Sous les rayons blafards de la lune nostalgique,
Déroulant lentement leur émouvant cortège,
Les colosses de granit et les fantômes de neige
Semblent les seuls survivants des hordes fantastiques

Alors quand l'aube paraît soudain à l'horizon,
Ces ombres disparaissent avec flûtes et sistres
Ayant tous achevé leur dernier tour de piste !
Seul, le Colosse de sable figé, rêve sa vision.

Voyageurs qui cherchez la clef d'anciens mystères
Dans le silence des dunes une voix vous appelle
Un pharaon de pierre interpelle les mortels
Pour leur dire que leur corps n'est que de la poussière...

Arthur Rimbaud (1854-1891)