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LES TECHNIQUES DU VOL D'ESSENCE ET LA RÉPONSE DU SECTEUR PRIVÉ

Écrit par : CRiMiNaL, Bsc. Criminologie
Date de parution : juin-juillet 2004


Le coût de l’essence a augmenté de façon faramineuse depuis quelques années et encore plus dramatiquement récemment, allant jusqu’à frôler la barre psychologique du un dollars. Ceci en choque plus d’un, car les raisons pour lesquelles il augmente autant nous sont obscures et plus d’un a l’impression que les grosses multinationales du pétrole ne font que jouer avec nos nerfs, nous narguer et profiter de nous de plus en plus en nous montrant qu’ils peuvent le faire parce qu’ils nous tiennent par les … 

C’est ainsi que les tenanciers de station-service, qui ne font qu’un minable profit sur la vente d’essence, s’il en font, car parfois ils n’en font pas du tout, commencent à avoir peur de voir apparaître une hausse du nombre de vols d’essence.

Voyons d’abord comment les criminels dérobent aux station-services les maigres profits qu’ils font sur la vente d’essence. Puis, nous verrons ensuite quelle est la réponse du secteur privé face à ces voleurs d’essence.

LES TECHNIQUES DU VOL D'ESSENCE 

Ces résultats sont le fruit d’une recherche effectuée auprès des commis et gérants d’une cinquantaine de magasins qui vendent de l’essence et qui sont établis sur le territoire québécois. Les magasins interviewés s’affichaient sous différentes bannières et étaient choisis autant en centre urbain que dans des banlieues ou même dans les secteurs ruraux. Bien que nous ne pouvons prétendre que ces techniques sont exhaustives, nous croyons avoir recensé la plupart des techniques utilisées par les voleurs d’essence. 

Nous avons classifié les techniques de vol d’essence selon cinq catégories. D’abord, nous retrouvons les fuites simples, qui sont aussi, selon les gérants et employés interviewés, les plus fréquentes. Accompagné des fuites simples, nous pouvons retrouver différentes techniques de camouflage qui viennent perfectionner les fuites simples. Nous retrouvons aussi les voleurs d’essence utilisant des techniques de diversions, ceux s’appuyant sur la possibilité d’obtenir une entente avec le magasin et pour finir, nous retrouvons les différents types de vol d’essence dans lesquels le commis a son rôle à jouer.

Les fuites simples

D’abord, nous retrouvons les fuites simples, qui sont aussi, selon les gérants et employés interviewés, les plus fréquentes.

-Le « gas ‘n go » typique :

L’individu va tout bonnement faire le plein, puis quitte avec sa voiture, sans payer et sans même se soucier d’être vu ou non. 
Ø      L’opportunité de la distraction du commis :

- L’individu profite du fait que le commis soit occupé autre part pour quitter le poste d’essence sans payer. Ceci est une légère variante du « gas ‘n go » typique.

- Certains individus semblent, selon les gérants interviewés, remarquer la présence de nouveaux commis inexpérimentés et inattentifs et en profiter pour faire des « gas ‘n go », ceci car ils dénotent plus de vols d’essence lorsqu’un nouveau commis est engagé (d’autres facteurs pourraient expliquer que plus de vols d’essence soient enregistré par un nouveau commis : il fraude carrément son nouveau patron en laissant ses amis faire le plein, il a fait des erreurs et ne balance pas etc...

L’individu dépose le pistolet par terre une fois qu’il a terminé de faire le plein, car en raccrochant le pistolet, dans certains magasins, trois « beeps » sonores se font entendre du commis à l’intérieur, et attire donc son attention. Comme le commis n’entend pas ces « beeps », le voleur peut profiter que le commis ne le regarde pas pour quitter sans se faire voir.

Ø      Les motos et le « gas ‘n go » :
La moto permet une fuite rapide et a une plaque d’immatriculation plus petite et donc moins facilement visible. De plus, le casque permet à l’individu de cacher son visage. Ainsi, les motos facilitent le « gas ‘n go » et sont donc à surveiller particulièrement, quoique les pertes qu’ils font encourir soient probablement minimes.

§   Les techniques de camouflage

Ø      La visibilité de la plaque d’immatriculation

L’individu volant de l’essence camoufle sa plaque d’immatriculation afin d’éviter de pouvoir être facilement identifiable. Il le fait en :

§         La pliant
§         La posant à l’envers
§        
Mettant de la boue dessus
§        
Mettant un sac de plastique dessus
§        
N’ayant pas de plaque (ou ayant un Transit difficilement visible)
§        
Partant de reculons

Ø  
  Le voleur qui cache son visage
L’individu profite d’une pompe positionnée de façon à ce que le commis ne puisse le voir s’il se trouve derrière elle pour cacher son visage. Il peut aussi profiter des affiches apposées sur le dessus des pompes ou des pompes trop hautes, ce qui lui permet aussi de cacher son visage au commis.
-    
L’individu qui veut voler de l’essence profite de la présence d’un véhicule plus imposant qui cache la vue pour se poster derrière lui, faire le plein et quitter les lieux sans qu’on ait pu le voir lui et/ou voir sa plaque d’immatriculation.

 Les techniques de diversion

Ø           
Le déplacement :
Dans un moment d’achalandage, l’individu ayant fait le plein déplace son véhicule, puis vient à l’intérieur acheter un produit quelconque. Alors qu’il s’est perdu dans la mêlée due à l’achalandage, il devient anonyme face au commis qui va alors lui demander : « Avez-vous de l’essence? », laissant par le fait même la chance à l’individu de répondre par la négative, puis de rejoindre son véhicule qui n’est plus sur la section d’approvisionnement d’essence et donc hors de tous soupçons.

Ø  
   Le passager complice :
-   Lors d’une période d’achalandage, pendant que l’un fait le plein, l’autre va à l’intérieur acheter un produit quelconque. Le commis lui demande alors : « Avez-vous de l’essence? » Celui-ci répond par la négative, laissant planer le doute que celui qui a fait le plein va probablement venir payer (alibi au cas où ils se feraient interroger). Puis, cet individu va rejoindre celui qui a fait le plein dans la voiture. Les deux quittent sans avoir payé l’essence, pouvant se défendre l’un autre qu’ils croyaient que l’autre avait payé.

 
Les ententes 

Ø     
L’entente simple :
L’individu dit avoir oublié son argent et tente d’obtenir une entente avec le magasin, puis une fois cette entente obtenue, il ne revient jamais.
-   
L’objet ayant soi-disant de la valeur :
L’individu dit avoir oublié son argent et laisse son porte-feuille ou un objet quelconque (carte d’identité, montre…) en gage et ensuite, ne revient jamais. Souvent, le porte-feuille ou la carte d’identité ne lui appartenait pas, c’était volé ou trouvé et ça ne servait qu’à convaincre le commis qu’il allait revenir.

  Ø      Le billet de 100$ :
Bien des magasins n’acceptent pas les coupures de 100$. L’individu va donc faire le plein, puis vient payer avec son billet de 100$. Comme celui-ci est refusé, il essaie d’obtenir une entente afin de pouvoir aller chercher de la monnaie, mais ne revient jamais.

 Les vols du commis ou le commis comme complice 
Ø     
Le commis intimidé :
- Un employé victime d’intimidation laissera faire le plein aux gens qui l’intimident en déclarant ces extorsions comme des vols d’essence. Ceci concerne généralement des employés adolescents, victimes de gangs, si l’on se base sur les dire des gérants.
Ø      Les amis :
-
Le commis laisse faire le plein gratuitement à ses amis, sa famille, et souvent même pour son véhicule, déclarant ces vols comme des vols d’essence anonymes.
Ø     
L’opportunité du vol dans la caisse :
- Un client fait le plein d’essence, il vient à l’intérieur pour payer son essence, le commis prend l’argent et la détourne pour lui-même puis fait sortir un reçu de vol d’essence pour justifier la disparition de l’argent.

L’analyse des techniques et les solutions : 

Les fuites simples 

En analysant les fuites simples, on se rend compte que la clé du succès de ces techniques tient à deux choses. D’abord, une facilité de fuite qui permet de quitter rapidement la section d’approvisionnement en essence. Ensuite, la plupart des techniques de fuites simples nécessitent aussi l’inattention du commis. 

Sachant cela, il faudrait donc s’attaquer à ces deux choses pour réduire les risques de vol d’essence utilisant ces techniques de fuites simples. D’abord, il faut rendre la fuite rapide plus difficile. Ainsi, de mettre des dos d’âne à l’entrée et à la sortie du magasin forcerait les clients et ainsi donc, les voleurs, à marquer une pose d’arrêt pour éviter d’endommager leur véhicule, ce qui donnerait à un témoin, le temps nécessaire afin de prendre en note la plaque d’immatriculation et d’autres détails. Ceci serait utile, car bien des corps policiers ont décidé de ne plus s’occuper des vols d’essence à moins que le plaignant ait des informations valables telle une description du véhicule et un numéro d’immatriculation. De plus, un tel obstacle pourrait décourager bien des voleurs d’essence en augmentant le risque qu’ils se fassent identifier, ce qui pourrait, on peut le présumer, leur donner envie d’aller ailleurs pour voler de l’essence (Cusson; 1993). Cependant, les analyses faites dans notre échantillon de magasins nous ont démontré que les voleurs d’essence semblent peu se soucier de pouvoir quitter rapidement ou pas la section d’approvisionnement en essence. D’ailleurs, les résultats semblent démontrer qu’ils portent peu attention à la facilité de fuite et aux mesures de sécurité prises par les établissements. De plus, dans la typologie des techniques de vol d’essence, nous avons vu que certains voleurs utilisent des moyens de camoufler leur plaque d’immatriculation pour nous la rendre illisible. Ainsi, cette solution ne pourrait servir qu’à réduire le nombre de vols d’essence perpétrés par des gens ne prenant aucune précaution pour camoufler leur plaque d’immatriculation et faisant leurs vols d’essence au vu et au su des commis, alors qu’il n’y a pas d’achalandage. Le problème ici est que nous ne sommes pas en mesure d’évaluer la rentabilité d’une telle solution, puisque nous ne disposons pas, dans l’état actuel des choses, de données quantitatives sur la prévalence d’utilisation des différentes techniques de vol d’essence et sur le contexte des infractions. Il faudrait donc, avant d’implanter une telle solution, savoir si elle vaut la peine et pour cela, faire passer des questionnaire visant à amasser des données contextuelles sur les vols d’essence, dans un échantillon représentatif de magasins. Si, après cette nouvelle analyse on constate que la plupart des vols d’essence semblent être des vols non-prémédités, faits par des individus agissant sur l’opportunité du moment, alors une telle mesure pourrait s’avérer efficace.

Maintenant, si on s’attaque à l’inattention du commis, ce qui est beaucoup moins évident, une solution aurait pu être de le libérer de ses autres tâches et qu’il se concentre sur la caisse et la surveillance de la section d’approvisionnement en essence. Cependant, il peut devenir moins rentable d’engager un second commis pour s’occuper de ces autres tâches, que de laisser les vols d’essence se produire.

 
Les techniques de camouflage


Les techniques camouflage viennent perfectionner les fuites simples. La technique du camouflage de la plaque devient en elle-même une technique pour les voleurs qui, contrairement à d’autres, vont préméditer leur geste, plutôt qu’agir sur l’opportunité du moment. La clé du succès de cette technique pour le voleur est la possibilité de cacher son identité. 

Bien qu’on ne puisse rien faire contre le fait que l’individu ait pu camoufler sa plaque d’immatriculation, on peut à tout le moins éviter de favoriser des contextes lui permettant de se cacher facilement le visage. Ainsi, il faut éviter de mettre des pancartes qui cachent la vue du commis ou qui permettent au voleur de se terrer derrière pour masquer son visage. Ensuite, il faudrait éviter de construire des magasins dont les pompes sont disposées de façon à ce qu’on ne puisse pas voir les clients facilement. Puis, il faudrait éviter d’acheter des pompes qui sont plus hautes sur pied que les clients eux-mêmes, car elles risquent de favoriser un sentiment d’anonymat chez l’infracteur potentiel qui n’a pas besoin de faire l’effort de se cacher, puisque la pompe lui offre naturellement ce contexte. D’ailleurs, lors des rencontres avec les gérants, il est ressorti que les pompes qui étaient difficilement visibles étaient selon eux les pompes qui servaient le plus souvent dans les vols d’essence. 

Les techniques de diversion 

Au sujet des techniques de diversion, deux éléments clés sont à retenir. D’abord, ces techniques nécessitent un contexte d’achalandage, puis un commis inattentif.

En effet, ici ainsi que dans plusieurs autres cas de vol d’essence, l’achalandage devient la clé qui permet le vol d’essence en le facilitant. De plus, sur la totalité des gérants interrogés, l’achalandage était le moment où il y avait le plus de vols d’essence selon eux. Ainsi, d’identifier les périodes d’achalandage, et de réquisitionner un commis qui aura comme seule tâche de s’occuper de superviser les ventes d’essence pourrait s’avérer une solution favorable et peu coûteuse. Il offrira ainsi sa surveillance formelle et informelle. Son travail sera de bien noter mentalement qui a de l’essence et qui n’en a pas, puisque le commis à la caisse, occupé par l’achalandage à l’intérieur, ne peut arriver seul à s’occuper aussi de l’achalandage extérieur efficacement. Un vol d’essence semble coûter à lui seul facilement 20$ si l’on se fie sur les dires des gérants interrogés. Ainsi, il pourrait facilement devenir avantageux et rentable de poster un commis destiné à cette seule tâche durant les périodes d’achalandage.

Les ententes 

Au sujet des ententes, la clé réside dans la capacité de l’individu qui désire ne pas payer pour son essence, de convaincre le commis d’avoir une entente avec lui. 

Le fait est qu’au niveau légal, lorsque le marchand contracte une entente avec un client, son seul moyen par la suite de faire pression sur l’individu pour être payé est de passer par les petites créances. Ainsi, la solution serait de ne pas contracter d’entente à aucun moment avec un client et d’appeler la police immédiatement, ne laissant aucune chance au client de pouvoir ne pas payer son essence. En effet, les démarches pour les petites créances sont coûteuses en temps et ne valent donc pas la perte d’essence, dans bien des cas. Il faudrait donc éduquer les commis et les gérants en ce sens. Dans le cas où la police ne voudrait pas se déplacer, une alternative serait à tout le moins de tenter d’obtenir l’identité de l’individu (une photocopie de son permis de conduire pourrait faire l’affaire) avec une déclaration comme quoi il doit au magasin la somme qu’il n’a pas pu payer. Il faudrait dans ce cas s’assurer d’avoir sur la même feuille, son identité, sa déclaration et sa signature, ainsi que la vôtre, avec la date et l’heure. De cette façon, le magasin aurait une preuve incontestable que l’individu lui doit tel montant et le processus des petites créances serait facilité dans le cas ou l’individu ne reviendrait pas payer. Cette solution s’avérerait avantageuse et peu dispendieuse (une photocopie et une feuille ne coûtant que quelques sous) et moins agressive pour la clientèle que de faire venir un policier. 

Le vol par l’employé  

Au sujet des vols par les employés, il faut faire une distinction. Il y a d’abord les cas où le commis est contraint par la peur, la menace ou autre et le cas où le commis est consentant. Malgré cela, la même solution s’impose. Celle-ci vient d’abord du « screening ». Il faut bien sélectionner ses commis à prime abord. Ensuite, il faut s’assurer de toujours faire un suivi sur les pertes encourues lors des quarts de chaque commis ce qui permet par la suite d’identifier les commis qui ont des pertes inhabituelles pour discuter avec eux du problème. Bien sûr, il faut tenir compte des contextes des quarts de travail du commis. En effet, s’il travaille durant les périodes d’achalandage qui sont réputées être les périodes les plus à risque de vol d’essence et que rien n’est fait pour diminuer les vols d’essence lors de l’achalandage, il peut s’avérer normal qu’il se fasse voler plus d’essence que les autres commis. Un moyen de superviser adéquatement les commis peut être de visionner les cassettes, si le magasin dispose d’une caméra, à l’heure où les évènements de vol d’essence se produisent, dans le but d’entendre, à tout le moins, s’il y avait un client aux pompes, grâce aux « beeps » sonores que la console émet lorsqu’on décroche et raccroche la pompe (advenant que la magasin ait une console émettant un beep sonore). L’attitude du commis est aussi à superviser lors du visionnement des cassettes, au moment déclaré du vol d’essence, ceci dans le but d’identifier des manœuvres suspectes de sa part. 

Un dernier problème au niveau du vol d’essence concerne l’approche du commis. En effet, celui-ci offre souvent au client la possibilité de ne pas payer son essence, en demandant « Avez-vous de l’essence? ». En effet, le client peut facilement répondre par la négative et s’en sauver. Il ne faut pas laisser l’opportunité au client de pouvoir gérer totalement la vente. Il faut entraîner les commis à savoir qui a pris de l’essence et à quelle pompe, car quelquefois, des clients vont dire qu’ils sont à une pompe qui coûtait moins chère, ou encore qu’ils n’ont pas pris d’essence. Bien sûr, le mieux serait d’installer des caméras qui prendraient automatiquement une photo du client et celle-ci s’afficherait dans un écran à côté de la caisse. Dans cette écran, il serait inscrit le numéro de la pompe et le montant. Cependant, cette solution, bien qu’utilisées par certaines pétrolières, s’avérerait plutôt onéreuse. L’autre solution serait, encore une fois, de poster un commis supplémentaire durant les heures d’achalandage, qui s’occuperait exclusivement de gérer les ventes d’essence. 

Conclusion 

Pour revenir brièvement sur les techniques de vol d’essence, il semble qu’elles soient fort diverses, mais que la plupart nécessitent un contexte d’achalandage additionné à l’inattention du commis, qui d’ailleurs est souvent causée par la confusion associée à l’achalandage. On retrouve donc les fuites simples, les techniques de camouflages, les techniques de diversions, les ententes et les vols avec le commis comme complice ou comme voleur. La technique la moins risquée pour un voleur ainsi que la plus facile à contrer se trouve à être celle des ententes. En effet, l’individu contractant une entente avec le magasin se libère de toutes possibilités de poursuites pénale, enlevant ainsi toute notion de crime à son vol. 

Au sujet des solutions à privilégier , elles doivent évidemment être investiguées en fonction de leur rentabilité. Cependant, comme nous n’avons pas pu, dans le contexte de l’étude, savoir dans quelle mesure chacune des techniques était plus utilisée qu’une autre, nous ne pouvons proposer, dans la majorité des cas, que des pistes de solution, sans toutefois pouvoir aller plus loin. 

Passons maintenant aux recommandations visant à améliorer la situation en matière de vols d’essence : 

Ø     
Ne pas contracter d’ententes d’aucune sorte avec les clients ne pouvant pas payer pour leur essence. Trouver des solutions alternatives (appeler la police, lui permettre d’appeler quelqu’un qui pourra venir payer pour lui). Si aucune des solutions alternatives n’a donné de résultats, alors il serait bon de faire signer une reconnaissance de dette à l’infracteur qui permettrait des poursuites aux Tribunal des petites créances.

Ø      Dans les contextes d’achalandage, qui semblent être les périodes les plus coûteuses en vol d’essence, affecter un commis supplémentaire qui aura pour tâche d’imposer sa présence durant les ventes d’essence et de superviser de façon adéquate les ventes de façon à savoir qui prend de l’essence et à quelle pompe. Ce commis pourrait, à la limite, offrir ses services pour nettoyer le pare-brise ou vérifier l’huile. Ce qui lui permettrait une présence physique dissuasive sur les pompes. Un tel commis ne coûterait pas très cher et serait donc facilement rentable. De plus, la possibilité pour lui de faire des pourboires en nettoyant les pares-brise compenserait le fait qu’il ne travaillerait qu’à des heures d’achalandage.

Ø     
Travailler à éliminer les attroupements de jeunes, ou à contrôler la confusion qu’ils causent. Comme ces attroupements sont dus à la proximité d’une école secondaire en grande partie, peut-être serait-il opportun d’essayer de travailler de concert avec l’école pour qu’elle étende sa surveillance, ou alors, encore une fois, de poster un commis destiné à gérer les ventes d’essence, de façon à contrer la confusion plus grande due à la présence d’un attroupement de jeune.

Ø     
Améliorer la supervision des commis déclarant des pertes inhabituelles en faisant des suivis auprès d’eux et en se servant des caméras pour vérifier qu’il y avait bien quelqu’un au pompe à l’heure ou le commis a déclaré le vol. De plus, leur ajouter la contrainte d’avoir à remplir un long rapport sur le contexte de l’infraction et la technique utilisée par le voleur, ainsi qu’une description de celui-ci, pourrait en décourager plus d’un de faire passer leurs vols pour des vols d’essence.

Ø     
Pousser l’analyse du vol d’essence de façon à savoir dans quel contexte (heure, achalandage à l’intérieur / aux pompes, nombre de commis présents…) se produisent les vols d’essence et quelle est la technique la plus souvent utilisée. Advenant que les fuites simples soient les techniques les plus utilisées, installer des « dos d’ânes » aux entrées et sorties du terrain du magasin, de façon à ralentir la fuite des voleurs ce qui permettra leur identification plus facile par un témoin. De plus, cette mesure pourrait réduire le nombre de vols simplement parce qu’elle augmente le risque de se faire identifier. 

Finalement, comme dernière recommandation et pour conclure, il nous apparaît important de rappeler que les résultats obtenus tendent à montrer que les voleurs d’essence ne semblent pas tenir beaucoup compte des mesures de sécurité en place. Cela, probablement puisque les peines et les risques d’arrestation pour ce genre de crime sont peu dissuasifs. Ainsi, la meilleure solution à privilégier demeure toujours le combat vers un retour progressif à la politique « payez d’abord, faites le plein ensuite ». Cependant, il faudrait bien sûr que cette solution soit appliquée par tous les principaux distributeurs d’essence sur un même territoire, sinon les clients risqueraient d’aller ailleurs. Un travail de concert avec la police et les représentants des autres pétrolières pourrait parvenir à arriver à ce genre d’entente qui s’avérerait la meilleure solution. En attendant, d’instaurer une politique de vente d’essence « avec service » lors de l’achalandage pourrait venir de beaucoup réduire le problème de vol d’essence, puisqu’il ne permet pas les mêmes opportunités aux individus.

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