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" Le nombre de jeunes employés semble anormalement faible en France ( 21,5% contre 51% en Allemagne ou 57% aux Etats-Unis )... le nombre d'emplois occupés par des jeunes continue à baisser chaque année en France depuis 1975 ..." selon B.Majnoni d'Intignano , professeur à Paris XII , dans " L'usine à chômeurs" . Elle pose la question : " souffririons-nous d'un racisme antijeune?...l'écart des salaires entre les 25-30 ans et les 50-55 ans est passé de -25% à -50% depuis 1970." Selon François Dalle , ancien Président de l'Oréal , et Jean Bounine dans "L'éducation en entreprise contre le chômage des jeunes " , éditions Odile Jacob , 1993 : " En mars 1991 , le nombre des Français âgés de 16 à 25 ans était de 8 460 000 . Si l'on fait abstraction des jeunes scolarisés ( 3 600 000 ) , des apprentis ( 220 000 ) , des jeunes en service national ( 270 000 ) et des inactifs ( 460 000 ) , la population active de 16 à 25 ans pouvait donc être estimée à 3 910 000 . Sur cet effectif , 2 720 000 , soit 70% , bénéficiaient d'un emploi normal . 30% des jeunes de 16 à 25 ans se trouvaient donc en chômage déclaré ( 660 000 ) ou bénéficiaient de stages ( 140 000 ) ou d'emplois aidés (360 000) au titre des "mesures jeunes".

Socialement nécessaires , ces mesures sont nombreuses , d'une application compliquée et se révèlent , pour la plupart , d'une faible efficacité , à l'exception des contrats de qualification ( qui sont , en fait , des contrats d'apprentissage à retardement ) . Leur mise en oeuvre , qui représente un budget de l'ordre de 15 milliards par an - dont une partie est alimentée par le fonds social européen - , n'apporte que des palliatifs au chômage des jeunes dans notre pays ." Selon François de Closets dans " Le compte à rebours " , citant Jérôme Fenoglio : " En décembre 1995 , sur un total de 850 000 demandeurs d'emploi de 18 à 25 ans , ils étaient environ 550 000 à ne disposer d'aucune allocation ."

Pour Anne-Marie Grozelier dans “Pour en finir avec la fin du travail”, éditions de l'Atelier , collection Enjeux de société , 1998 : " Alors que les effectifs salariés du privé ont augmenté d'environ 600 000 emplois en sept ans , la part des jeunes de 15 à 26 ans dans l'emploi a , sur la même période , diminué dans tous les secteurs ( à l'exception de la recherche-développement dans le privé ) , passant de plus de 20% à seulement 14% début 1997 ."

Selon N.Baverez dans " Les trentes piteuses " : " L'importance du chômage de longue durée en France apporte la preuve de sa nature structurelle . Les plus de 50 ans mais surtout les jeunes en sont les premières victimes : 600 000 moins de 25 ans sont actuellement sans emploi et la moitié des 60000 personnes qui sortent du système éducatif sans qualification ou diplôme ont la quasi certitude de ne jamais trouver du travail ...

l'âge moyen d'obtention d'un contrat à durée indéterminée s'établit désormais à 32 ans ,

après une longue transition faite de stages , de contrats aidés par l'Etat, de travail intérimaire ou à temps partiel ...Un salarié sur cinq travaille dans le cadre de formes particulières d'emploi ( durée déterminée , temps partiel , intérim , apprentissage , stages divers ...) qui tendent à devenir la norme puisqu'elles concernent 75% des embauches ..." Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger complètent dans " L'insertion des jeunes en France " ( Que sais-je,1995 , PUF): "... c'est près de la moitié des jeunes actifs qui affrontent mobilité et précarité: sur le marché du travail ... Dans les associations intermédiaires ... un tiers (des salariés) ont moins de 25 ans.” Selon Jacques Freyssinet dans " Le chômage ", collection Repères, éditions La Découverte: " A titre d'illustration , l'enquête sur l'emploi de mars 1997 indiquait que 40% des salariés à temps partiel ( soit 1,5 million ) souhaitaient travailler d'avantage . On dénombrait à la même date , 330 000 intérimaires et 849 000 titulaires de contrats à durée déterminée ."

Pour François de Closets dans " Le compte à rebours " : " Les emplois précaires sont passés de 500000 à 1 500 000 en quinze ans . Ils représentent aujourd'hui 10% des contrats de travail en vigueur et 80% des contrats d'embauche ... Une tension qu'ignorent les fonctionnaires et salariés statutaires qui vivent toujours sous l'" ancien régime " et que l'on met en avant pour vanter notre modèle social ."

Selon le rapport du Commissariat au Plan à Alain Juppé la " rotation de la main-d'oeuvre est de 7 millions de mouvements par an dans le secteur marchand . Ces mouvements de main-d'oeuvre s'accompagnent de la création et de la suppression d'environ 3,5 millions d'emplois . Tous les ans 40% des établissements crèent des emplois et 40% en suppriment. L'économie française n'est pas figée mais le marché du travail y est cloisonné .

Les gains et les pertes d'emplois en France sont comparables et parfois même supérieurs à ceux des autres grands pays développés réputés plus flexibles " (en particulier les USA), surtout si l'on rapporte ces chiffres aux seuls actifs non protégés !

“Environ un tiers des Français a été au chômage au cours des 10 dernières années ... Sur deux ans , 25% des ménages font au moins une fois l'expérience du chômage ... Près de 7 millions de personnes sont touchées plus ou moins fortement par les difficultés de l'emploi ..."

Il y a " dualisation du marché du travail entre le groupe de ceux qui sont très mobiles et le groupe de ceux qui le sont très peu ... une population jeune , de moins de 35 ans , très mobile , et une population âgée de plus de 46 ans quasiment fixe ..."

Selon Catherine André et Dominique Sicot , dans " Le chômage dans les pays industrialisés " (Syros.Alternatives économiques ) : " En France , en Irlande , aux Pays-Bas ou au Portugal , la croissance de l'emploi temporaire a atteint le double de celle de l'emploi permanent . En Espagne , il est devenu la principale forme d'emploi pour les nouveaux recrutés , touchant plus de 30% de la population active ...ce qui représente la proportion la plus élevée de l'OCDE ... l'emploi temporaire est dans la majorité des cas - et même en Espagne - un non choix ... Les pouvoirs publics néerlandais ont créé en 1977 , en liaison avec les organismes d'employeurs et les syndicats, une agence de travail temporaire pour les chômeurs / Start ... La moitié des 100 000 placements réalisés chaque année par Start concerne des chômeurs de longue durée et 30% environ des chômeurs appartenant à des minorités ethniques"

Cependant selon une étude de Manpower , citée par le Figaro économique du 1er mars 1999, “27% des intérimaires choisissent délibérément ce mode de travail :… “Les bons intérimaires sont très demandés …Tout le monde se les arrache , aussi bien les entreprises de travail temporaire que nos entreprises clientes qui voudraient bien les engager en CDI”... La multiplication des expériences joue en faveur des salariés qui peuvent se prévaloir à la fois d’une grande capacité d’adaptation et d’une expérience nourrie par plusieurs entreprises et donc par des pratiques professionnelles différentes ...”

Selon Colette Jourdain de la DARES ( Ministère du Travail ) dans “Données sociales . La société française”, INSEE, 1999 : commerce et services représentent 26,6% des équivalents temps plein de l’interim, soit 95400, la construction 18,7% du volume et l’industrie 54,3%.“De plus en plus le travail à réaliser est manuel et peu qualifié ( 50,3% des missions). Particulièrement nombreuses sont les missions de manutention, de tri, d’emballage, de magasinage et celles destinées aux ouvriers non qualifiés du béton et du génie civil… Conducteurs de chariots-élévateurs, caristes, maçons, mais aussi chauffeurs-routiers – l’intérim se développe fortement dans les transports - sont les qualifications requises pour de très nombreuses missions”. La population intérimaire est très masculine… Employée à des tâches requérant une qualification réduite, c’est aussi une population très jeune à la recherche d’une insertion professionnelle : 42% des intérimaires ont moins de 25 ans …

Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger paraissent justifier le système : “La précarité des jeunes gens : un moratoire vers la maturité ... une certaine "errance" semble nécessaire ... dans une dynamique générale de "mise à l'épreuve de soi” . Ce moratoire , ce temps à soi pour se construire sont les véritables enjeux de cette période ... la plupart des jeunes rencontrés s'en sortent en se stabilisant professionnellement vers la trentaine . La précarité d'emploi offre donc à ces jeunes gens le temps du décryptage social dont ils ont besoin . Elle sert d'outil de report des grands choix de vie . La précarité d'insertion des jeunes gens et des jeunes filles est donc très semblable sur le fond."

Ce point de vue , qui justifie la pratique dominante dans les Missions Locales , est erroné , comme le montre Denis Fougère dans " L'exclusion . L'état des savoirs " sous la direction de Serge Paugam , éditions La Découverte , collection Textes à l'appui , 1996 :

" ... l'étude conduite par Bonnal , Fougère et Lollivier ( 1995 ) est une des rares analyses économétriques complètes où est mesuré l'impact de la trajectoire professionnelle antérieure sur le processus de sortie du chômage ...

les employeurs classent et sélectionnent les chômeurs candidats en fonction de toute leur trajectoire antérieure de chômage et d'emploi ...

L'étude débouche sur deux conclusions robustes : ... les taux de transition du chômage vers les différentes formes d'emploi ... sont significativement affectés par les variables résumant la qualité de la trajectoire antérieure ; par ailleurs , cet impact de la trajectoire passée s'accompagne d'un degré élevé de récurrence... Il est donc probable que les années écoulées , caractérisées par des difficultés d'insertion accrues , aient vu se développer ce que l'on peut appeler une " sur-stigmatisation " des jeunes chômeurs passés par des emplois précaires ...Cette sur-stigmatisation a eu pour conséquence l'accroissement du chômage récurrent et de la segmentation du marché du travail , qui ont pu à leur tour provoquer des allongements des périodes ultérieures de chômage ...le passage par un contrat en alternance (de qualification ou d'adaptation) accroît la possibilité d'accéder à un emploi en CDI , mais aussi à des salaires plus élevés ..."

Selon Simon Wuhl , dans le même ouvrage : " ... lorsqu'un jeune non qualifié accède à un contrat de qualification , il a deux fois plus de chance environ ( 62% ) d'intégrer l'emploi ordinaire que s'il ne bénéficie pas d'une telle mesure (Bouquillard , 1990)." Pour Alain Jazé de l’ENESAD de Dijon , dans “ Les jeunes , l’insertion , l’emploi.”, PUF,1998: “L’alternance , c’est-à-dire le passage par un contrat d’apprentissage ou de qualification , s’affirme comme le mode d’appui à l’insertion le plus puissant . Le simple fait d’avoir eu un contrat d’alternance (même interrompu précocément) accroît les chances de près de 25% . C’est l’expérience de cette situation qui compte , plus que sa durée : on constate peu de différence entre des jeunes qui ont passé trois mois ou deux ans dans un dispositif de ce type . Le fait d’avoir eu une expérience de l’emploi , même courte , joue également puissamment comme facilitateur d’insertion … On constate au contraire ( hélas ) que les actions de formation post-scolaires n’ont aucune corrélation à l’insertion à venir …les CES (Contrats emploi solidarité ) ne débouchent pas …

Pour la quasi-totalité de ces jeunes , qui ont connu diverses difficultés de formation depuis très longtemps, le pas à franchir n’est probablement pas la qualification , mais l’insertion dans des emplois peu ou pas qualifiés dans lesquels ils développeront leurs capacités .”

Selon Colette Jourdain de la DARES ( Ministère du Travail ) dans “Données sociales . La société française”, INSEE, 1999 : l’intérim est une voie vers l’insertion ou l’acquisition d’une expérience professionnelle : 34% de premier emploi , 62% d’inscrits à l’ANPE, 21% d’étudiants . Un quart des intérimaires de janvier 95 étaient un an plus tard en contrat direct avec une entreprise .

Selon Premières Informations et Premières Synthèses de la DARES, 98.12-N°52.1 : “Ainsi, les jeunes en phase d’insertion détiennent 30% des postes d’intérimaires et 27% des contrats à durée déterminée du secteur privé…Au total, avec 1,7 millions d’emplois occupés par les jeunes en phase d’insertion, soit environ 170 000 de plus qu’en mars 1997, le plus haut niveau de la décennie est observé en mars 1998 .”Nous sommes dans l’effet d’accordéon décrit par Louis Chauvel dans “Destins de générations”.

Denis Clerc, dans “Condamnés au chômage ?”, cite le Rapport sur les comptes de la Nation de 93 : “Les emplois précaires bénéficient d’une mobilité ascendante non négligeable, en particulier pour les hommes.”

Patrick Werquin mentionne, dans le bref CERQ n° 147 de novembre 1998, un différentiel de longueur d’emploi de 4 mois au profit des “mesures” relevant du secteur marchand par rapport aux “mesures” relevant du secteur non marchand .

Bob Aubrey, président de Metizo, entreprise d’éducation spécialisée dans le développement personnel, la mobilité internationale et l’évolution des compétences, et Bruno Tilliette, rédacteur en chef de la revue du Centre des Jeunes Dirigeants, coauteur de « La Crise de l’intelligence » avec Michel Crozier, mettent en valeur la notion de juste moment pour les jeunes dans « L’après-mammouth. Vivre pour apprendre dans la société post-éducative. », Village Mondial, 1999, et définissent un point nodal capital :

« LA NOTION DE JUSTE MOMENT EST UN PARAMETRE CLE POUR LES ECONOMISTES QUI TRAITENT DU CAPITAL HUMAIN. IL EXISTE UN CHEMIN CRITIQUE POUR VALORISER CELUI-CI AU MIEUX. LA TRANSITION ENTRE L’ECOLE ET LE TRAVAIL EST UN DE CES POINTS CRUCIAUX. SI, DURANT CETTE PERIODE, ON NE TROUVE PAS DE TRAVAIL, ON NE PEUT PAS TRANSFORMER SON SAVOIR EN SAVOIR-FAIRE NI PROFITER DE LA VALORISATION QU’APPORTE L’EXPERIENCE. C’EST POUR CELA QUE LE CHOMAGE DES JEUNES EST LE PLUS GRAVE DE TOUS : IL LES EMPECHE DE SE BATIR LE SOCLE SUR LEQUEL ILS DEVRONT S’APPUYER DURANT LEUR VIE ACTIVE. AUJOURD’HUI CE SONT DES PAYS EUROPEENS COMME L’ESPAGNE, L’ITALIE, LA FRANCE ET L’IRLANDE QUI SACRIFIENT LA CONSTITUTION DU CAPITAL HUMAIN DE LEURS JEUNES DANS DES PROPORTIONS INACCEPTABLES. »

En ce sens l’interdiction faite, par la loi Giraud ou d’Orientation professionnelle, aux Missions Locales d’intervenir durant un an après la sortie du système éducatif, et le monopole donné aux Dijen, qui n’arrivent pas à suivre, est dramatique.

L’accompagnement rapide à l’emploi correspond à la demande des jeunes. Recitons l’enquête CSA, publiée par l’Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire en mai 1999:
- le malaise des jeunes est notamment déterminé par la durée de la recherche d’emploi,
- les jeunes peu ou pas diplômés en recherche d’emploi rejettent une société qui exclut,
- les jeunes peu ou pas diplômés attendent un changement immédiat et concrêt.

José Rose, dans “Les jeunes face à l’emploi” dresse un tableau synthétique de l’impact des différents secteurs professionnels :
“les mobilités de début de vie active des jeunes de niveau V sont très significatives, puisqu’elles vont “des petits aux grands établissements”, les premiers assurant le coût de l’acquisition de l’expérience .

Il y aurait donc ( Freyssinet, 1996 ) “deux logiques dominantes de recrutement des jeunes” . Une préoccupation de gestion prévisionnelle à moyen terme de l’emploi” et “d’équilibrage de la pyramide des âges et de renouvellement des qualifications” dans les grandes entreprises; et une logique de “flexibilité quantitative de court terme dans la gestion de l’emploi” dans les entreprises moyennes et petites . A quoi s’ajoute l’influence primordiale du secteur d’activité…

Un premier groupe connaît une évolution positive de l’emploi et d’importantes mobilités volontaires, ce qui contraint au renouvellement : il s’agit exclusivement de secteurs tertiaires avec, d’un côté, les services marchands aux entreprises faisant appel au marché interne et, de l’autre, les services aux particuliers et la restauration faisant plutôt appel au marché externe. Le second groupe est marqué par un recours préférentiel au marché externe et une stabilité des structures de qualification, mais dans un contexte de baisse des effectifs et de non renouvellement : ce sont des secteurs industriels comme la mécanique, les industries agro-alimentaires ou le textile. Le dernier groupe connaît à la fois de fortes recompositions structurelles, de fortes contractions de l’emploi et souvent d’importants flux promotionnels contribuant à un véritable renouvellement sans embauches importantes : on y retrouve à la fois des industries, comme l’automobile ou les matières plastiques, et des activités tertiaires comme les assurances.

De son côté, Galtié ( 1955 ) a mis en évidence quatre “logiques temporelles de gestion de la main-d’œuvre”. La première a un horizon de “moyen terme rénové” et recherche une flexibilité à la fois interne et externe dans le cadre d’un horizon technologique long : on la retrouve surtout dans l’industrie, par exemple dans la plasturgie et l’électronique. La seconde a “un horizon de long terme traditionnel” et est marquée par un positionnement sur les segments stables de grands marchés et un mouvement de modernisation : en font partie l’automobile, la chimie, les services aux ménages. Les deux autres logiques ont plutôt un “horizon de court terme”. L’une est caractérisée par une gestion plutôt passive du déclin dominée par une logique de demande et se retrouve dans les transports routiers, le travail des métaux et le bâtiment. L’autre est plutôt marquée par une logique “marchande” et la gestion par les prix d’une position globalement défavorable : c’est le cas du textile, des équipementiers automobiles, de la réparation automobile, du commerce de détail et de la restauration… Les secteurs de sur-représentation des jeunes sont les suivants : hôtels-restaurants ( 15,8% ), services opérationnels ( 15,2% ), commerce et réparation automobile (12,9% ), commerce de détail et réparations (11,6% ), industries agro-alimentaires ( 10,9% ), services personnels et domestiques ( 9,8% ). Inversement les jeunes sont très peu présents dans la plupart des secteurs industriels (particulièrement l’automobile, les biens d’équipement, l’énergie) et plusieurs secteurs tertiaires, notamment les activités financières et immobilières …

Au total, “ce sont les secteurs tertiaires qui représentent l’essentiel des débouchés pour les jeunes sortant de l’appareil de formation, car ils conjuguent à la fois de forts taux d’entrée, des recrutements en volume conséquents, et un appel plus favorable à ces jeunes” : ces taux ont même progressé, passant, en dix ans, de 85% à 89% pour les filles et de 61% à 72% pour les garçons…

Finalement les jeunes se concentrent sur un certain nombre de métiers . Selon Jeger ( 1995 ), “les deux tiers de embauches de jeunes accédant au marché du travail sont concentrés sur une vingtaine de familles professionnelles . Ainsi, sur les 500 000 postes offerts aux jeunes, 50000 concernent des ouvriers non qualifiés ( du BTP, de la mécanique, des industries alimentaires et de la manutention), 45 000 des secrétaires, comptables ou employés administratifs dans ces mêmes secteurs en déclin, 40 000 caissiers, vendeurs et représentants, 36000 dans l’hôtellerie et les métiers de bouche . “Les ouvertures de postes aux débutants ne sont donc pas concentrées sur les métiers en essor”, et leur recrutement se fait plutôt sur des emplois du “bas de l’échelle” et souvent “déclassés” ( Audier , 1993 ) . Mais, en même temps, “ce sont les professions les plus qualifiées qui ont le plus souvent recours aux jeunes sortants du système éducatif” ( Fournié,1994 ) .”

Nathalie Mancel , attachée au Groupe de recherche sur l’Education et l’emploi (GREE-CNRS), prépare une thèse sur les modalités d’usage de la main d’œuvre juvénile en France : dans le numéro 60 de Formation Emploi , elle décrit les conséquences pour l’emploi des jeunes des profils de gestion de la main-d’œuvre au niveau des secteurs d’activité . « D’après la synthèse des travaux du Céreq faite à l’occasion de la préparation du IXème plan … les résultats soulignent le rôle spécifique tenu par certains secteurs d’activité pour l’accès des débutants à l’emploi … les secteurs d’insertion privilégiée tendent à se polariser sur des secteurs à main-d’œuvre particulièrement instable … »

Nathalie Mancel distingue :
- Des secteurs à main-d’œuvre stable et qualifiée , de type industriel et plutôt fermés aux jeunes .
- Des secteurs à professions qualifiées de type tertiaire , ouverts aux jeunes diplômés du supérieur et développant du temps partiel ( services marchands aux entreprises , assurances …) …segments de stabilisation pour les jeunes femmes diplômées .
- Des secteurs des services à forte proportion de postes d’employés , de femmes et de formes particulières d’emploi ...Ce pôle est bien représenté par des secteurs comme ceux du commerce de détail, de l’hôtellerie-restauration , des services marchands aux particuliers .
- Des secteurs à main-d’œuvre ouvrières accueillant des jeunes diplômés du secondaire ( BEP- CAP).

Selon Premières Informations et Premières Synthèses de la DARES, 99.05 – N° 18.1 : “ Si en quinze ans l’emploi n’a cru au total que de 4%…deux métiers sur trois, soit 57% de l’emploi total, augmentent leurs effectifs de plus de 25%…seulement sept métiers d’ouvriers créent des emplois…souvent soit hors de l’industrie ( cuisiniers, ouvriers qualifiés de la manutention, conducteurs de véhicule ), ou à la périphérie de la production industrielle stricto sensu (ouvriers qualifiés de la maintenance) . La seule famille d’ouvriers non qualifiés qui est en croissance relève de la logistique : les ouvriers non qualifiés de la manutention .”

Denis Fougère complète dans “L’exclusion. L’état des savoirs” :
“parmi les individus observés à chaque enquête dans l’état de chômage, d’emploi temporaire ou dans l’alternance des deux états, la proportion des individus réellement “confinés” dans ces situations de précarité est relativement faible.”
Patrick Werquin le confirme, dans le bref CERQ n° 147 de novembre 1998, en soulignant que le turn over sur CDD et chômage est rapide.

Ce point de vue est confirmé également dans “Les jeunes aujourd’hui”, Institut National de la Jeunesse et de l’Education Populaire, Bayard Editions-La Croix, 1999 :
“ Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie( Crédoc ) vient de publier les résultats d’une enquête réalisée en 1997 auprès de 155 jeunes de 20 à 29 ans habitant les quartiers difficiles des communes de Valentigney dans le Doubs, Meaux en Seine-et-Marne et Garges-lès-Gonesse dans le Val-d’Oise . L’objectif était de “comprendre comment, tout en continuant à vivre dans leur quartier, certains jeunes s’en sortent”. Ces jeunes évoquent d’abord l’environnement familial .

Les parents ont souvent un emploi et le travail est une valeur importante qu’ils ont cherché à transmettre à leurs enfants qui ont très tôt effectué des “petits boulots” . Ces jeunes attribuent ensuite leur parcours à leur volonté personnelle puisqu’ils font peu état des organismes d’insertion .”

Pour Olivier Galland : “Une étude menéé par Temple, Barker et Sloane pour le compte du Commissariat général du Plan ( 1993 ), a eu le mérite de tenter de combiner une dimension d’insertion et une dimension de passivité/réactivité, établie à partir de questions portant sur l’image de soi et la prise en charge des problèmes, pour construire des profils d’adolescents de 13 à 21 ans en difficulté, et établir une estimation chiffrée . La combinaison de ces critères a permis aux auteurs de l’étude menée à Oullins et Sarcelles, de construire six groupes allant de l’insertion à l’exclusion . D’après ces résultats, 60% (Sarcelles ) et 63% ( Oullins ) des jeunes interrogés peuvent être considérés comme “insérés” tout en pouvant connaître une crise adolescente passagère; 22% à 24% seraient en voie d’insertion ; 4% à 8% en situation de révolte ( combinant échec scolaire ou non insertion professionnelle et “réactivité” ) ; et 9% à 10% en “danger d’exclusion”.

Ces constats rejoignent celui de Bruno Maresca ( 1995 ) selon lequel “malgré le fort sentiment d’incertitude qu’entraîne la difficulté d’accéder à l’emploi, les jeunes sont peu nombreux à se sentir marginalisés, et se définissent en majorité comme plutôt bien intégrés à la société”.

Ce sentiment d’intégration est lié étroitement au fait d’avoir sa place dans un réseau de proches qui entretient la confiance en soi et la capacité à entrer en contact avec l’extérieur.”

Le Monde des initiatives du 23/9/98 qui consacre une page aux travaux de Laurence Roulleau-Berger souligne que : “ C’est toutefois à l’égard du travail et du sens du travail , que le trajet de ces jeunes en situation précaire a le plus d’importance . Ils s’y investissent , ne manifestent pas de rejet , sauf pour ce qui disqualifie , mais y vivent des tensions fortes . La réalisation et l’estime de soi , qui n’y sont pas possibles , les conduisent à privilégier une forte implication dans des activités où ils vont , par compensation , retrouver un rapport d’adhésion sans compter leurs efforts .”

Pour Christian Bachmann , Université Paris-Nord , dans “ Les jeunes , l’insertion , l’emploi.”, PUF , 1998 : “ Un tel modèle ( celui de Nicole-Drancourt et Roulleau-Berger ) ne semble plus rendre compte des évolutions les plus récentes des populations précaires , et tout particulièrement des populations migrantes … Si les tendances actuelles se confirment , dans une perspective d’évolution à l’anglaise , il est à craindre que l’”espace intermédiaire” , pour une partie des jeunes, n’en soit pas un, et ne devienne intermédiaire entre l’école et rien . Ce n’est pas la même chose que d’attendre le retour imminent du printemps ou de prendre ses quartiers d’hiver .”

"La construction sociale de l'emploi en France . Les années soixante à aujourd'hui", sous la direction de Bernard Friot , José Rose , éditions L'Harmattan , collection Forum de l'IFRAS, 1996, décrit: "…le public dit "noyau dur" des Missions Locales du bassin d'emploi de Nancy (244 jeunes, soit 17% des inscrits en 1988) : ces jeunes ... ont en commun de transiter depuis quatre années (1988-1992) dans les réseaux d'aide à l'insertion (Missions Locales)... un peu plus du tiers (38%) des jeunes du noyau dur ne s'est inscrit qu'épisodiquement dans un statut d'emploi ou de formation sans jamais accéder à l'emploi salarié (hormis le CES)...

CE TYPE DE TRAJECTOIRES PROFESSIONNELLES INTERESSE ESSENTIELLEMENT DES JEUNES PRIS EN CHARGE DES L'ENFANCE OU A LA POST-ADOLESCENCE PAR LES INSTITUTIONS D'AIDE SOCIALE. L'EXPERIENCE PROLONGEE DES MESURES D'INSERTION NE SEMBLE PAS AVOIR INFLECHI L'IDENTITE SOCIALE DE CES JEUNES ..." LOUIS CHAUVEL DANS SCIENCES HUMAINES HORS SERIE N°26 SEPTEMBRE/OCTOBRE 1999, ESTIME QUE 25% DES HOMMES SANS DIPLOME ONT UNE SERIE DE REINSERTIONS JAMAIS ACHEVEES.

Selon Premières Synthèses n°130 du 3 avril 96 , 42% des jeunes accueillis par le réseau sont " difficilement mobilisables " ! Pour 30% (dont 50% en emploi , soit 15% du total) les structures d'accueil sont agences d'interim et centres de bilan , le reste est en stage CFI ou PAQUE , dont le faible débouché sur l'emploi a été mis en valeur dans le rapport de la DARES “Politique de l'emploi” .

Alain Degenne , Marie-Odile Lebeaux , Lise Mounier dans « Typologies d’itinéraires comme instrument d’analyse du marché du travail » lors des 3èmes journées d’étude Céreq-Cérétim-Lasmas IdL , Rennes 23 et 24 mai 1996 , posent comme un principe que « l’histoire d’un individu l’amène à se construire un marché du travail qui lui est propre parce qu’il dépend de ses propres expériences et de la connaissance qu’il en retire ... Nous faisons l’hypothèse que l’on peut reconnaître des classes de positionnement sur le marché du travail qui s’apparentent à des rôles distincts puisque ces positionnements correspondent à des systèmes relationnels … les classes d’itinéraires font sens … Nous pensons donc que les classes d’itinéraires constituent une vraie méthode d’analyse des marchés du travail . »

Les classes comportent pour 4504 jeunes femmes de niveaux VI , Vbis et V , sur 52 mois :
- inactives , chômeuses , découragées , sans débouchés , CES , chômage ou instabilité après CES , chômage et CDD après CDI , et insertion difficile après apprentissage (40%), avec présence d’enfants ( selon la note d’information 97.09 de mars 1997 du Ministère de l’Education Nationale, Direction de l’Evaluation et de la Prospective, 5 ans après la fin de la formation initiale, en l’absence d’enfants les comportements des hommes et des femmes sur le marché du travail diffèrent peu, même si les femmes sont un peu plus souvent au chômage ) .
- apprentissage suivi de contrats et CDI , CDI directs , CDI après chômage et CDD (32%).
- insertion lente et progressive après CES et formation (sanitaire et social), insertion lente après CES avec CDD ( croissants ) et apparition de CDI ou CDI croissants après contrats (17% ) .
- formation ( 3% ) .
Soit 49% d’insertion .

Pour Claude Dubar dans “L’exclusion . L’état des savoirs” :
“Ceux qui ont eu des difficultés de socialisation et qui n’ont aucune relation à faire valoir sont généralement éliminés … Au cours des années quatre-vingt, un nouveau mode de gestion de l’emploi s’est diffusé dans l’ensemble des entreprises et des administrations françaises…Le processus d’exclusion ainsi appréhendé ne résulte donc pas seulement des transformations du système productif et des politiques d’emploi, mais aussi des bouleversements de la structure familiale et des pratiques relationnelles : baisse de la nuptialité, augmentation des divorces, des familles monoparentales et des “ménages” composés d’une personne…” Il souligne la présence des isolés mise en valeur par la première étude du CREDOC sur le RMI . Pour les jeunes de niveau inférieur au bac, les trajectoires d’exclusion sont caractérisées par un chômage long, des CDD, un passage intense par les mesures.

Un deuxième point fondamental est souligné par Patrick Werquin dans le même ouvrage : “ Le cercle vicieux de la précarité se perpétue par le fait d’avoir accepté une situation précaire auparavant ( Balsan et al, 1994 ) . Prendre trop vite un emploi trop atypique rend sans doute les jeunes suspects au regard des normes plus ou moins explicites établies par les employeurs ou par le marché…le début du parcours professionnel est déterminant sur la qualité de celui-ci .” Mais il souligne aussi qu’il faut séjourner le moins possible dans le lac de l’attente . José Rose confirme dans “Les jeunes face à l’emploi” : “ Selon Paul ( 1992 ) , “les conditions d’entrée sur le marché du travail sont susceptibles de déterminer la poursuite de l’ensemble de la vie professionnelle” Pour Pottier (1992 ), “la succession des premiers évènements qui interviennent à la sortie de l’école et au cours des premières années de la vie active, modèle le développement de la trajectoire professionnelle des jeunes…”

Claude Dubar conclut de son côté : “En combinant les étapes du processus de non-accès à l’emploi (ou d’expulsion de l’emploi) et celles de la dissolution des relations sociales (ou de l’impossibilité d’en construire), on peut reconstituer le processus d’ensemble que l’on veut désigner sous le terme d’exclusion, qui n’est jamais une fatalité irréversible ( ce qui rend le terme d’exclusion peu adéquat et même dangereux), mais une série d’enchaînements biographiques liés à des mécanismes structurels et qui peut toujours avec des probabilités variables, faire place à d’autres enchaînement appuyés sur d’autres mécanismes .”
IL FAUT DONC CASSER CE PROCESSUS PAR LA MISE A L’EMPLOI SYSTEMATIQUE ET LA CONSTRUCTION D’UN PARCOURS D’EMPLOI PERENNE .

José Rose confirme implicitement ce choix à opérer de façon volontariste, dans “Les jeunes face à l’emploi” :
“Si l’on s’en tient aux 18-25 ans…l’ancienneté sur le marché du travail réduit nettement le risque de précarité : entre 0 et 3 ans, le taux de précarité est de 39% alors qu’il est de 20% entre 4 et 6 ans d’ancienneté, de 13% entre 7 et 9 ans et de 10% au-delà…Au total, il semblerait que le seuil des six ans d’ancienneté joue, statistiquement au moins, un rôle important sur le marché du travail, puisque au-delà les taux de chômage et de précarité rejoignent les valeurs moyennes.

AINSI LE CRITERE D’ANCIENNETE SUR LE MARCHE DU TRAVAIL APPARAIT PLUS DECISIF QUE CELUI DE L’AGE .”

Denis Clerc dans “Condamnés au chômage ?” mentionne une sélection par ordre de diplôme ou d’expérience décroissant.

Patrick Werquin confirme indirectement ce choix, dans le bref CERQ n° 147 de novembre 1998, en soulignant que l’attente des “mesures”, leur durée, puis le temps de recherche de travail, s’allongent, alorsque le travail trouvé se raccourcit .”

Les Missions Locales ont pour fonction systémique dominante de mettre en attente les jeunes mis à l'écart , jusqu'à 30 ans dans le cadre du modèle français du chômage.

Simon Wuhl ajoute dans " "L'exclusion : l'état des savoirs": " C'est au contraire en déplaçant l'insertion en direction de l'entreprise , pour agir sur les facteurs de rigidité de leurs organisations , que l'on peut espérer dégager des marges de manoeuvre pour l'intégration des chômeurs en situation de rupture prolongée ." Bertrand Schwartz précise: “Je dois avouer que, de mon côté, dans mon rapport de 1981 au Premier ministre, j’avais très peu développé ce qui concernait la qualification professionnelle, second volet de l’insertion. Faute de temps? Sans doute, mais aussi faute d’en avoir compris, à l’époque, toute la gravité, qui depuis s’est terriblement confirmée et accrue”.

Selon M.Freyssinet , directeur de l'Institut de recherches économiques et sociale dans “L'insertion des jeunes . Actes de la rencontre élus-chercheurs 6 et 7 septembre 1993” . Conseil national des Missions Locales :
" ... face à la crise ( qui n'existe pas avec 2500 milliards de PIB en plus depuis 73), il a été jugé possible , supportable ou inévitable , quels qu'aient été les discours et la sincérité des acteurs , de laisser se développer le chômage et la précarité pour les jeunes , moyennant un certain nombre de dispositifs d'accueil qui évitaient l'explosion sociale . Il en est résulté une période transitoire d'instabilité au cours de laquelle les jeunes sont soumis à des processus sélectifs extrêmement durs qui ne permettent qu'à une fraction d'entre eux d'accéder à ce qui était autrefois considéré comme l'emploi " normal " ... Ils préparent une seconde couche à des trajectoires de précarité où se succèdent formes d'emploi précaires , périodes de chômage , périodes récurrentes de formation . Ils aiguillent enfin vers l'exclusion sociale une troisième catégorie d'entre eux .
C'est ce que nous voyons apparaître dans des pays qui , par ailleurs , ont des logiques sociales tout à fait distinctes : au Royaume-Uni , en France et en Italie par exemple ... Dans notre pays, ( les jeunes ) ont fait l'objet d'une priorité en matière de traitement social , mais pas dans le domaine de l'insertion professionnelle . C'est ce qui nous distingue de pays comme l'Allemagne ou la Suède ..."

Selon José Rose, professeur de sociologie et docteur d’Etat en économie, directeur du Groupe de recherches sur l’éducation et l’emploi ( GREE-CNRS ) et directeur de l’école doctorale “Langages, Temps, Sociétés” de l’université de Nancy II, dans “Les jeunes face à l’emploi”, Sociologie Economique, Desclée de Brouwer, 1998 : “( Les dispositifs ) ont un effet amplificateur du mouvement de précarisation à la fois parce que les mesures elles-mêmes offrent des situations instables et parce qu’elles s’ouvrent souvent sur des trajectoires instables…Les mesures contribuent finalement plus à une gestion du marché externe, à un déplacement des populations, qu’à une modification de son niveau d’équilibre et de ses processus régulateurs.”

En matière de passage des jeunes à l'emploi la France est caractérisée par un mécanisme d'"exclusion sélective " . Alors que l'emploi global progresse très légèrement, l'emploi des moins de 25 ans et des plus de 50 ans baisse . Il y a un modèle français de la division du travail entre générations (Premières Synthèses, Ministère du Travail n° 34 1993) . Selon O.Mazel dans " L'exclusion . Le social à la dérive " : " Le modèle français de travail qui tend à fonctionner sur une seule génération , excluant les jeunes (prolongement de la scolarité ) et les plus âgés ( mécanisme des préretraites ) s'oppose au système allemand qui cherche à insérer rapidement les jeunes au monde du travail " .

Michel Godet écrit dans " Emploi: le grand mensonge " : " En Alsace et en Vendée , là où l'apprentissage est plus développé que dans le reste de l'Hexagone , le taux de chômage des jeunes est beaucoup plus faible ." Bruno Jarosson et Michel Zarka soulignent dans " De la défaite du travail à la conquête du choix " : " Pourquoi la France ne parvient-elle pas à intégrer la moitié des apprentis que l'Allemagne intègre ? Les Allemands ont intégré dans leur culture économique l'estimation du coût de transaction . Ils pratiquent le tutorat , lui consacrent du temps . En France , on croule trop sous le travail pour avoir le temps de déléguer à des stagiaires . D'ailleurs , il faudrait , pour ce faire , accorder sa confiance à l'autre . Ce qui se fait difficilement quand on croit appartenir à l'élite ."

Valérie Marange dans " Les jeunes " , Le Monde Poche , mentionne : " ( En Allemagne ) Ce système est extrêmement coûteux pour les entreprises , qui dépensent

" 70 milliards par an pour la formation professionnelle des jeunes , quand les entreprises françaises en dépensent 5 milliards” , note Yves Cannac . Christian Cambon et Patrick Butor soulignent dans " La bataille de l'apprentissage . Une réponse au chômage des jeunes.” que seulement 10% des entreprises françaises accueillent des apprentis.

Selon François Dalle , ancien Président de l'Oréal , et Jean Bounine dans " L'éducation en entreprise contre le chômage des jeunes " , éditions Odile Jacob , 1993 : " Nous avons , en tout en France , un peu moins de 300 000 candidats à une formation professionnelle de base . Ils sont cinq fois plus nombreux en Allemagne et ils y bénéficient , grâce au système dual , d'une formation beaucoup plus efficace ...

Le taux de déperdition global ( rapport entre le nombre d'élèves qui n'obtiennent pas le CAP et le nombre de ceux qui entreprennent une formation ) est en moyenne de 60% contre seulement 10% en Allemagne ."

( Maurice , Sellier et Silvestre , in Politique d'éducation et organisation industrielle en France et en Allemagne , PUF , 1982 , p65) ... ( En France ) ...les branches industrielles prennent à leur charge moins de 10 000 apprentis par an ( sur 100 000 ) , les entreprises de bâtiment et de travaux publics un peu plus de 20 000 , le reste étant pris en charge par le commerce et l'artisanat ; enfin , ce sont surtout les élèves en difficulté à l'école élémentaire ou au collège qui , dans l'impossibilité de rentrer au lycée , se trouvent orientés vers l'apprentissage , ce qui explique suffisamment que celui-ci soit , dans ce pays , socialement dévalorisé ...seules les entreprises peuvent rendre l'apprentissage plus attractif pour les jeunes , par les promesses d'épanouissement que contient l'apprentissage en entreprise . Cela revient à dire que, pour développer l'apprentissage , il ne faut pas chercher à faire la publicité de l'apprentissage .

Il faut faire la publicité de l'entreprise formatrice . C'est ce que font les Allemands...Le succès, en France des Maisons familiales rurales doit certainement beaucoup au fait qu'elles pratiquent la formation professionnelle en alternance dans le même esprit que les Allemands ...

La véritable alternance , celle des Allemands , est une démarche inductive , qui va du particulier au général , de la pratique à la théorie , de l'atelier à l'école . Elle n'a évidemment pas de sens lorsque le champs de l'expérience pratique est limité , comme c'est le cas dans une organisation taylorienne. Mais elle est un gage d'élargissement du savoir généraliste lorsqu'elle s'appuie sur des expériences diversifiées et stimulantes pour l'esprit , comme c'est le cas dans une organisation authentiquement décentralisée . Elle est , par surcroît , tellement mieux adaptée à des jeunes - et ils sont nombreux ! - qui n'ont pas comme on dit , “l'intelligence scolaire” ... Dans leurs usines les ouvriers sont plus autonomes , parce qu'ils sont formés avec plus de soin , ce qui permet de réduire les niveaux hiérarchiques et les effectifs de supervision et de distribuer des salaires plus élevés pour un coût global du travail inférieur ... le caractère irremplaçable de l'apprentissage professionnel des opérateurs en entreprise rend essentielles tout à la fois les qualités personnelles et l'accumulation d'expériences pratiques . Il rend moins importante la formation technique avant embauche . Les entreprises industrielles qui , dans notre pays , ont détaylorisé leurs structures et se sont engagées dans la formation d'opérateurs de lignes se sont avisées , en effet , qu'elles pouvaient recruter des jeunes n'ayant pas obtenu de diplôme en lycées professionnels et leur redonner une chance ...

La détaylorisation conduit...les entreprises à concevoir et mettre en oeuvre des programmes de formation professionnelle à l'attention des personnes ayant souvent exercé , pendant de longues années , des fonctions d'OS et dont l'instruction peut présenter de considérables lacunes . Or ...c'est également à un très faible niveau d'instruction que se présentent chaque année , sur le marché du travail environ 250 000 jeunes . On peut espérer que deux tiers d'entre eux ont les aptitudes psychologiques nécessaires à une insertion correcte dans la vie professionnelle . Ils devraient donc pouvoir être accueillis et formés en entreprise , à partir des programmes mis au point pour assurer l'élargissement des fonctions des OS . C'est un voeu qui a souvent été formulé. " Les premiers éliminés de l'enseignement général , ceux pour qui toute promotion semble peu probable et de toute façon lointaine , devraient bénéficier en priorité , de la part des entreprises , de garanties analogues à celles qu'offre le système d'apprentissage allemand ." (A.Prost , in Eloge des pédagogues , Le Seuil , 1985 , p109). Or , comme on a pu le voir la force des opérateurs en entreprise comporte actuellement , en France, 7,1 millions de personnes dans les 5 secteurs que nous avons étudiés .Son renouvellement à hauteur de 3% par an nécessiterait donc l'embauche de 210 000 jeunes environ . Même en faisant abstraction du secteur des banques et des assurances qui représente moins de 10% de l'effectif des opérateurs , il y a , par conséquent , une offre potentielle d'emplois suffisante pour assurer l'insertion , par apprentissage , des jeunes en difficulté scolaire .

La quasi totalité des 200 000 jeunes qui , aujourd'hui , quittent l'école avant la fin de la 3e ont un minimum de dix-sept ans ... une bonne partie de ces jeunes pourraient être formés en apprentissage court et on ne leur fait certainement rien gagner en prolongeant sur eux l'acharnement scolaire ( qui peut être un simple parking cf ci-dessus). Aussi proposons nous que l'accès à l'apprentissage soit rendu possible dès l'âge de 15 ans.

Nous estimons que la formation des jeunes opérateurs devrait s'étendre sur une période variant de six à vingt-quatre mois en fonction de la technicité de l'activité. Cela peut paraître long, mais il faut rappeler que , dans une entreprise détaylorisée, le rôle des opérateurs ne peut plus être le même que dans une entreprise taylorisée. Les gestes stéréotypés et répétitifs, d'un apprentissage facile, ne sont plus de mise. Comme nous l'avons déjà dit , les jeunes opérateurs doivent pouvoir assumer plusieurs fonctions simultanément ou successivement, ils doivent comprendre l'enchaînement des différentes opérations qui concourrent à la réalisation d'un produit ou d'un service complexe : ils doivent pouvoir s'adapter aux aléas, être à même de rechercher la cause d'une malfaçon et d'y porter rapidement remède. Pour que la formation professionnelle aboutisse à l'objectif recherché qui est, rappelons-le, l'exercice de facultés autonomes de décision par les opérateurs, il faut que ceux-ci soient soigneusement familiarisés avec tous les rouages d'une organisation complexe. Cela nécessite du temps.

Les systèmes allemand et japonais ont un autre intérêt commun . Ils visent tous les deux le renouvellement annuel, à hauteur de 3% , de la force de travail ... Quant à leurs entrepreneurs , ils n'ont pas perdu de vue que les emplois de demain resteraient , en majorité des emplois d'opérateurs, ne nécessitant ni surqualification ni diplômes prestigieux , mais exigeant, en revanche, un degré élevé de professionnalisme, qui ne peut s'acquérir qu'en entreprise. Ce souci de gestion anticipatrice et décentralisé de l'emploi n'est pas un des moindres aspects bénéfiques de la prise en charge de la formation professionnelle par des entreprises (comme d'ailleurs, dans le cas de l'Allemagne , par les administrations publiques) ... les 377 professions reconnues du système dual se répartissent dans tous les secteurs de l'économie, concernent donc aussi les professions libérales, les services publics, l'agriculture, l'économie domestique (Hauswirtschaf ) et la marine . Au total, ce sont 513 000 unités de production (secteur des services et professions libérales compris) qui participent à la formation duale, c'est-à-dire à peu près une sur cinq , le taux d'apprentissage moyen (Ausbildungsquote -- part des apprentis dans le total des salariés employés) s'y établissant à environ 6,5% ."

Christian Cambon et Patrick Butor dans "La bataille de l'apprentissage. Une réponse au chômage des jeunes , citent Kenji Okuda , professeur à l'Université de Sophia à Tokyo: " la mécatronisation s'accompagne d'une renaissance de l'ouvrier de métier " et ajoutent : « De nombreuses entreprises japonaises l'ont déjà compris et ont créé des " universités industrielles "où est pratiqué l'enseignement en alternance . »

Selon Premières Informations et Premières Synthèses, 98.12-N°52.1 : “ En France, une fraction plutôt limitée des jeunes occupe un emploi tout en poursuivant une formation : 5% des jeunes âgés de 15 à 24 ans en 1996, contre 40% au Danemark, 29% aux Pays-Bas, 18% en Allemagne, 15% en Autriche, 14% en Grande-Bretagne, et 10% en Finlande ( cf: Freysson L. ). Comme en France ces situations combinant de l’emploi et de la formation sont peu fréquentes en Irlande et en Pologne ( 4%), en Espagne (3%) et sont même rares en Suède, en Grèce, en Italie, au Luxembourg et en Belgique (2% au plus des 15-24 ans) .”

Selon Maurice Lemoine dans le n° 118 de janvier 1991 d'Autrement " Ecole et entreprise": "Prépondérant en Autriche , en Suisse et surtout en RFA , ce rôle des entreprises au cours du second cycle de formation de type professionnel ... est faible aux Etats-Unis, aux Pays-Bas, en Italie, en France, quasiment inexistant en Suède et au Japon."

Pour José Rose: “ ainsi, selon une opposition désormais classique ( Freyssinet, 1990 ), l’insertion professionnelle peut être fondée soit sur l’apprentissage ( qu’il soit en cours de “rénovation” comme en Allemagne ou de “liquidation” comme au Royaume-Uni ), soit sur le système scolaire, avec une “quasi-garantie de l’insertion professionnelle” comme en Suède ou un “éclatement de trajectoires d’insertion” comme en France . Il est alors possible de décliner “quatre modèles de transition école-emploi” ( Gaude, 1997 ) combinant les oppositions entre formation scolaire ou entreprise, formation préalable à l’emploi ou permanente . Se distinguent alors “le modèle japonais à transition directe”, “le modèle allemand à transition régulée”, “le modèle français à transition décalée” et “le modèle américain à transition dérégulée” . Et ces modèles n’auraient pas la même efficacité, les modèles japonais et allemands semblant “les plus performants en matière d’insertion”, sans doute parce qu’ils accompagnent mieux les jeunes…On peut partir de l’hésitation française mise en évidence par Verdier ( 1995 ), entre trois types de politiques de formation et d’insertion . La “voie allemande”, centrée sur la formation en alternance et la revalorisation de l’enseignement professionnel, la “voie japonaise”, privilégiant la formation générale et laissant aux entreprises le soin d’organiser le travail avec une main-d’œuvre plus adaptable et plus compétente, et la “voie britannique”, négligeant l’importance de la formation dans l’insertion au bénéfice d’une politique de réduction des coûts salariaux…a cela s’ajoute la diversité des modèles éducatifs…On peut alors distinguer les pays dans lesquels le système de formation initiale continue à constituer la référence pour l’insertion ( la Suède, l’Allemagne ), ceux où subsiste un désajustement structurel entre formation initiale et emploi ( les pays latins), et le Royaume-Uni qui connaît un problème majeur et persistant de faiblesse de formation de la main-d’œuvre ( Lefresne, 1995). Ces typologies révèlent enfin la diversité des modèles d’emploi . On peut à cet égard, se référer à la distinction établie par Soskice ( 1991 ) entre les pays à “équilibres de bas niveau de qualification” comme le Royaume-Uni, et pays à “équilibres de haut niveau de qualification” comme l’Allemagne, distinction qui aurait des conséquences directes sur la vitesse et la qualité de l’insertion des jeunes .D’autres auteurs opposent les pays selon la nature de leurs relations professionnelles, leurs structures institutionnelles et leurs modes de fonctionnement du marché du travail . ces éléments éclairent de façon déterminante les conditions d’accès à l’emploi des jeunes . La référence courante, à cet égard, est la distinction établie par Garonna et Ryan ( 1989 ) entre trois modes de régulation de l’emploi des jeunes . Le premier, observable en France et aux Etats-Unis, est “l’exclusion sélective des jeunes de certains segments de la structure des emplois”, qui les confine dans des emplois secondaires peu rémunérés ou dans le chômage d’attente d’accès à un emploi primaire .

Le deuxième, typique de l’Allemagne, l’Autriche ou la Suisse, est “l’intégration réglementée des jeunes dans les flux d’emplois” avec apprentissage sur le tas, systèmes de salaires à l’ancienneté et règles de protection de la concurrence jeunes-adultes . Le dernier est la “régulation concurrentielle”, système répandu entre les deux guerres, dominant actuellement en Grand-Bretagne et susceptible de s’étendre aujourd’hui…”

Selon Catherine André et Dominique Sicot, dans "Le chômage dans les pays industrialisés" (Syros, Alternatives économiques), en Italie : “Quant au taux de chômage des jeunes, il dépasse 30% ... Le phénomène de découragement des femmes et surtout des jeunes s'accentue ...contrepartie d'un taux de chômage des hommes adultes , les " chefs de famille”, demeuré très bas ( 3,9% pour toute l'Italie en 1993) ...En 1991, le travail au noir concernait 37% de la population active” ; en Espagne : “début 1994 , le taux de chômage des jeunes dépassait 40% ...” mais Philippe Manière précise dans “L'aveuglement français” : “Statistiquement, l'Espagne connaît un chômage plus élevé que la France et l'Allemagne. Mais on admet généralement que les données espagnoles surestiment le problème en raison en particulier d'un travail au noir très développé.”

Un jeune sur cinq est employé entre 15 et 25 ans en France, contre plus d'un sur deux en Allemagne et six sur dix au Royaume-Uni ou aux Etats -Unis et le taux d'activité des hommes de 55 ans à 65 ans est tombé de 75% en 1970 à 35% actuellement, selon B.Majnoni d'Intignano dans “L'usine à chômeurs”.

Selon Catherine André et Dominique Sicot aux Pays-Bas : “Retraite anticipée et régime d'invalidité ont contribué à une très forte baisse du taux d'activité des plus de 55 ans”. Selon Philippe Manière dans “L'aveuglement français” : “... la France détient même aujourd'hui la palme européenne du plus faible taux d'occupation des personnes âgées de cinquante-cinq ans et plus”. Charles Goldfinger, dans “Travail et hors travail. Vers une société fluide”, mentionne : “A cet égard, la France détient le record mondial : le taux d’activité est de 67,8% pour les hommes entre 55 et 59 ans et seulement de 19% pour ceux entre 60 et 64 ans . A titre de comparaison, il est de 78,2% pour les 55 à 59 ans et de 54,1% pour les 60 à 64 ans aux Etats-Unis ; de 75,7% et de 52,2% en Grande-Bretagne ; de 94,1% et de 75,6% au Japon. Cette comparaison suggère qu’un fort taux de participation des seniors dans la vie active n’est pas nécessairement un vecteur de chômage, puisque celui-ci est bien plus faible dans ces trois pays qu’en France… Le coût croissant de la retraite anticipée obère la croissance, ce qui augmente le chômage, ce qui à son tour incite les responsables à pousser les seniors vers la sortie, faisant monter les coûts de la retraite et ainsi de suite.” Pour Olivier Marchand, du Ministère du Travail, dans “Sous la crise, la croissance”, PUF, 1999 : “Entre 1975 et 1997, le taux d’activité des hommes de 55 à 64 ans a ainsi chuté de 67% à 42%, celui des femmes du même âge de 35 à 32% .”

Selon Michel Godet :
"Les pratiques de recrutement et de promotion en circuit fermé des entreprises - embauche prioritaire des enfants des employés et pas de recrutement en cours de carrière - révèlent qu'il y a en France une véritable exclusion légale par l'âge . On est longtemps trop jeune et sans expérience et très vite trop vieux et trop cher ."

Philippe Bataille dans " Le racisme au travail " mentionne :
"Ainsi , sur les 1000 emplois des deux entreprises privées d'Alès que nous avons étudiées, la quasi-totalité des salariés en poste ont été présentés et appuyés par des membres du personnel ."

J.M.Albertini confirme l'importance de cette cooptation . Pour François de Closets dans " Le compte à rebours " : " ... il faut avoir une chance certaine pour trouver du travail à 20 ans , et une chance extraordinaire pour en retrouver à 50 ."

Selon N.Baverez : " La régression est particulièrement brutale pour les jeunes puisque les ménages de moins de 25 ans ont vu leurs revenus chuter de plus de 15% de 1989 à 1995 ...Les pauvres se recrutent ainsi d'abord parmi les moins de 30 ans : 18% d'entre eux vivent en dessous du seuil de pauvreté ( 39 000 francs par an ) et fournissent le quart des bénéficiaires du RMI ..." Pour François de Closets dans " Le compte à rebours " : " .. l'écart qui les sépare des plus de 50 ans qui oscillait entre 20 et 30% , est passé à 30 ou 40% ."

Michel Godet écrit dans " Emploi : le grand mensonge " : " entre 1978 et 1994 , le salaire moyen (exprimé en pouvoir d'achat ) a augmenté de 20% en France - ceux qui avaient déjà un emploi étaient dans un rapport de force favorable pour obtenir toujours plus - et le nombre d'emplois salariés n'a progressé que de 4% . Dans la même période , les Etats-Unis ont vu leur salaire moyen croître de 5% et l'emploi salarié de 37% ."" Selon Catherine André et Dominique Sicot , dans " Le chômage dans les pays industrialisés " (Syros . Alternatives économiques ) : " au Japon le coût du maintien de l'emploi pour tous ... a été jusqu'ici en grande partie assuré par les consommateurs à travers des prix très élevés ..."

Pour François de Closets dans " Le compte à rebours " :
" Si nous comparons les évolutions en Amérique , en Hollande et en France sur un quart de siècle , que voyons-nous ? Dans le premier pays , le coût du travail et le temps passé au travail n'ont pratiquement pas bougé , mais le nombre d'emplois s'est accru de 50% ; dans le deuxième , le coût du travail a augmenté de 40% , la durée du travail a été réduite de 20% , le nombre des emplois s'est accru d'un quart ; dans le troisième , le nôtre , le coût du travail a doublé , sa durée a diminué de 15% et l'on a créé que 5% d'emplois . Superbe illustration de la devise nationale : tout pour les salariés , rien pour les chômeurs ."

Mais, les résultats concrêts de la négociation des accords sur les 35 heures nous rapprochent, selon Denis Clerc, du modèle hollandais.

Selon Philippe Manière dans "L'aveuglement français":
"D'un côté , les aptes au marché , qui bénéficient doublement de la mondialisation - les prix baissent et leurs salaires augmentent - , de l'autre , les inaptes ( fût-ce temporairement ) , qui ont peu ou pas de revenu et , donc , ne peuvent pas jouir de la baisse des prix " .

Charles Goldfinger dans “ Travail et hors travail . Vers une société fluide” complète : “…ce qui caractérise des pays comme l’Allemagne, la Belgique et la France est précisément l’importance des coûts indirects dans les coûts totaux . En France, ils représentent en moyenne 41% du salaire ; en Allemagne, 30% ; en Belgique, 38% . a titre de comparaison, en Angleterre, ils ne constituent que 15% du salaire… En Europe, l’intensité capitalistique a doublé entre 1970 et 1995, alorsqu’aux Etats-Unis elle n’a augmenté que de 25% . Pour autant, cette plus forte intensité ne s’est pas traduite par un surcroît de croissance économique, bien au contraire .

Le renchérissement du coût du travail est doublement pernicieux . Dans les secteurs exposés à la concurrence internationale, il réduit la compétitivité et incite les entreprises à comprimer leurs effectifs . Dans ce domaine, contrairement aux idées reçues, les entreprises européennes ont été aussi impitoyables sinon davantage que les entreprises américaines . Ainsi lors de la décennie 1980-1990, les réductions d’emplois industriels en France ont été proportionnellement deux fois plus importantes qu’aux USA .

Dans les secteurs moins exposés à la concurrence globale et où il existe des gisements potentiels d’emploi, le coût élevé du travail décourage l’embauche… Placés dans une situation déjà précaire, les travailleurs peu ou non qualifiés ont été handicapés encore davantage par les politiques économiques visant soi-disant à les protéger, à travers des augmentations préférentielles de salaires, en particulier du salaire minimum. On ne dira jamais assez la perversité de telles politiques. C’est ici que l’expression de Louis XV : “ que Dieu me préserve de mes amis” s’applique avec force . En augmentant le coût relatif du travail non ou faiblement qualifié au moment même où la demande pour celui-ci chute, on incite directement et puissamment les employeurs à chercher des alternatives de substitution. Le résultat est accablant : en Europe, on a éliminé proportionnellement beaucoup plus d’emplois non qualifiés qu’aux Etats-Unis et on en a créé beaucoup moins. Selon une étude de McKinsey (reposant sur des données de l’OCDE ), lors de la période 1980-1990, la France et l’Allemagne ont éliminé respectivement 39 et 31 emplois pour mille personnes en âge d’activité à faible qualification dans l’industrie alors que les Etats-Unis en ont éliminé 16. Dans le secteur des services, on a éliminé 6 emplois en France, on en a créé 8 en Allemagne, et 27 aux Etats-Unis pour mille personnes en âge d’activité.

Pas plus qu’à propos de l’insuffisance de la mutation sectorielle, les responsables politiques européens ne peuvent plaider l’ignorance à propos du chômage des travailleurs peu qualifiés. Les données sont abondantes, les diagnostics précis et concordants. Les économistes les plus prestigieux et de tous bords sont unanimes à la fois sur la gravité du problème du chômage des travailleurs peu qualifiés et sur la solution : il faut abaisser le coût du travail pour l’employeur et compenser la faiblesse du revenu qui en résulte par des subventions directes.”

Pour JJ.Rosa, directeur du MBA de Sciences Po Paris , dans “L'erreur européenne” : “Certains croient encore que les cotisations sociales constituent un “avantage” pour les salariés parce que l'impôt serait en réalité payé par les employeurs. Mais il n'en est rien comme le montre les travaux économiques et en particulier ceux de l'OCDE ( Perspectives de l'emploi 1993). Ce sont les salariés qui supportent l'essentiel de la charge réelle puisque les salaires nets baissent, sur le marché du travail, à peu près en proportion des hausses des cotisations sociales... Il a été abondamment prouvé, dans tous les pays du monde, que le salaire minimum légal détruisait l'emploi des jeunes et des salariés les moins qualifiés ...l'intérêt du salaire minimum, qui explique le tabou, vient de ce qu'il garantit les salariés en place dans les entreprises contre la concurrence des plus jeunes qui cherchent à y entrer. Les “insiders” exploitent ainsi les “outsiders” qui sont condamnés à errer à l'extérieur du monde de l'emploi ...”

Bruno Jarosson et Michel Zarka complètent dans " De la défaite du travail à la conquête du choix" : " Comment le chômage fut-il économiquement programmé ? Le Smic : créé en 1970, son pouvoir d'achat devait augmenter en fonction des gains de productivité de l'industrie ...Le gain aurait dû être de 32% entre 1970 et 1992 . Il fut... de 98% ... Nier qu'il y ait un lien entre coût du travail et quantité de travail relève de la plaisanterie . Cela offense pareillement la logique et les faits ... De 1974 à 1993, les charges sociales accaparent 58% de l'augmentation du coût salarial ."

Pour François de Closets dans “Le compte à rebours” : “Les salaires nets ont fort peu augmenté en France : de l'ordre de 1,5% l'an, ce qui est bien inférieur aux gains de productivité ... En revanche, les charges ont crû au rythme de 3,1%. Entre 1970 et 1990, la part des cotisations sociales est passée de 15 à 23% du PIB. C'est-à-dire que nous avons mangé les progrès de notre appareil productif en protection sociale, en droits économiques et sociaux.”

Charles Goldfinger conclut dans “Travail et Hors-Travail. Vers une société fluide”, Odile Jacob, 1998 :
“ Selon une étude de Global McKinsey Institute, la France et l’Allemagne, dont on vante le modèle d’économie sociale, ont détruit plus de deux fois plus d’emploi non qualifiés entre 1980 et 1990 que les Etats-Unis pourtant souvent critiqués pour leur manque de considération pour les exclus.”

Selon “La politique de l'emploi” de la DARES (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques, créée en 1993 au sein du ministère de l'Emploi et de la Solidarité) : “La baisse du coût du travail (...au niveau du SMIC 12,4% du coût du travail...), en particulier du travail non qualifié, constitue une importante tentative de réorientation de l'action publique en faveur de l'emploi ... L'Etat compense le manque à gagner des régimes sociaux, soit ... 38 milliards (chiffre provisoire 1996). Dès 1993, 3,5 millions de salariés sont concernés et 5 millions en 1995 et 1996... Le Conseil supérieur de l'emploi, des revenus et des coûts... propose une fourchette de créations ou de préservations d'emplois de 50 000 à 70 000 pour 10 milliards de francs d'allègements de charges sur les emplois dont la rémunération est inférieure à 1,33 SMIC (seuil des mesures actuelles ).”

Selon Denis Clerc, dans “Condamnés au chômage ?” : “Le Conseil supérieur de l’emploi, des revenus et des coûts a, en 1996, proposé une première évaluation : de 10 000 à 50 000 emplois créés par un allégement de 10 milliards de francs, avec, en prime, une amélioration des comptes publics (puisque les indemnités de chômage diminuent) : en tenant compte de cette amélioration des comptes chaque emploi supplémentaire créé de cette façon coûterait à moyen terme 50 000 francs à la collectivité (le CSERC retenant l’hypothèse d’un financement fiscalisé).”

Selon Guy Tchibizo , maître de conférence en sciences économiques à l'université Louis Pasteur - Strasbourg 1, dans “Economie du travail” , Dunod , 1998 : “... en 1994 , Snessens a évalué à 80% l'élasticité de substitution (c'est-à-dire la variété de l'intensité capitalistique induite par une variation du coût relatif des facteurs) entre travail non qualifié et capital, contre seulement 40% entre travail qualifié et capital. Sur ces bases, Chouvel et alii par exemple ( DARES , 1996 ) évaluent à 6% la hausse de l'emploi total susceptible de découler d'une baisse de 10% du coût de l'emploi non qualifié ."

Pour André Safir et Dominique Michel, dans “Avantage France. France SA contre World Corp.”, Village Mondial, 1999 : “le récent enrichissement de la croissance française en emploi est attribué pour partie par les économistes à l’allégement du coût de travail engagé depuis 1993 sur les bas salaires (basculement d’une partie des cotisations sur la CSG pour les salaires proches du salaire minimum).”

Michel Godet, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, titulaire de la chaire de prospective industrielle , écrit dans “Emploi: le grand mensonge” : “...en raison de sa valeur symbolique pour les syndicats et l'opinion, personne n'ose dire qu'il faut supprimer le Smic. On ne cesse pourtant de le contourner : les deux tiers des jeunes entrent sur le marché du travail à des conditions de rémunérations et d'exonération de charges inférieures à celles du Smic!” Rejoignant en cela une bonne partie des conditions faites légalement aux jeunes dans d'autres pays européens selon le Que sais-je? sur " Les bas salaires". Selon José Rose, professeur de sociologie et docteur d’Etat en économie, directeur du Groupe de recherches sur l’éducation et l’emploi ( GREE-CNRS ) et directeur de l’école doctorale “Langages, Temps, Sociétés” de l’université de Nancy II, dans “Les jeunes face à l’emploi”, Sociologie Economique, Desclée de Brouwer, 1998 :
“…les mesures ont globalement contribué à réduire le coût de la main-d’œuvre juvénile et le niveau de la rémunération des jeunes.”

"La trentaine semble aujourd'hui l'âge de la stabilisation professionnelle pour la majorité des jeunes" (L'insertion des Jeunes en France, Que sais-je n° 2977, avril 95) . Selon J.P.Fitoussi et P.Rosanvalon , professeur à Sciences Po et directeur à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales , dans " Le nouvel âge des inégalités " : " Le modèle français d'insertion des jeunes privilégiant l'insertion tardive , vers 30 ans , conduit à l'instauration dans le parcours des âges d'une période obligée , post-adolescente , marquée par la dénégation de toute identité sociale aux individus . Il produit chez ceux qui ont la possibilité de poursuivre leurs études la revendication d'un “statut de l'étudiant”, et chez les autres, confrontés à un marché du travail qui ne veut pas d'eux , une anomie se traduisant fréquemment en délinquance de transition . Celle-ci est d'autant plus forte que les “initiateurs” adultes (l'entourage familial notamment , mais aussi l'employeur qui refuse de gérer la période de passage à l'âge adulte) deviennent eux-mêmes plus "paresseux" Selon eux, la réponse apportée par ces jeunes " est de porter atteinte , par la multiplication des incivilités , à l'identité même des gens ... puisque des éléments essentiels de l'identité ( le logement, la voiture , l'école des enfants) sont dégradables ad nutum ." X.Pommereau précise dans son livre "L'adolescent suicidaire" que : " Au “débrouillez-vous , on ne veut pas vous entendre” , beaucoup de jeunes répondent “OK , on va faire n'importe quoi”.” Rappelons Biarnes : “pour sortir de cette dépression , lorsqu’on est seul (Biarnes, 1986 ) , il n’y a qu’une voie qui se décline de deux manières différentes: le suicide ou la violence destructrice aveugle , violence qui n’est pas une violence “contre l’autre” , mais l’expression de la survie contre le néant .”

S.Alynski , tacticien des minorités actives aux USA , a défini dans " Rules for radicals " dans les années 60 , des méthodes pour déstabiliser les castes dirigeantes en pratiquant la guérilla du harcèlement dans la vie quotidienne portant sur l’identité ( sit in devant le logement de propriétaires par exemple )...avec l'appui de grandes fondations ce qui montre la force de la démocratie américaine.

Selon J.P.Fitoussi et P.Rosanvalon : " Cette délinquance ... frappe " là où cela fait mal " . Elle est d'autant plus efficace que l'appareil pénal , surchargé , ne se préoccupe pas de ce qu'il qualifie de "désagréments ".

Bruno Jarosson et Michel Zarka soulignent dans " De la défaite du travail à la conquête du choix", en rejoignant l'analyse de Jean Maisonneuve psychiatre dans " La fabrique des exclus": " La société tient aujourd'hui à sa jeunesse un discours schizophrénique . Le seul moyen de s'insérer dans la société , lui dit-on , est le travail salarié . Mais par ailleurs autant vous prévenir tout de suite, du travail comme ça , il n'y en a pas pour vous . Ce n'est pas du travail que sont exclus les jeunes ( en fait beaucoup d'entre eux se débrouillent ) c'est bel et bien de la société . On observe différentes réactions d'adaptation à cette situation : révoltes spasmodiques et sporadiques (“je casse donc je suis”) , détachement goguenard ( " les adultes sont des farceurs " ) , individualisme combinard ("prend l'oseille et tire toi " ) ." José Rose, dans “Les jeunes face à l’emploi, évoque une : “difficulté à rendre compatible une logique sociale ( la logique de l’honneur ) qui leur interdit de prétendre trop peu et une logique de marché qui leur interdit de trop prétendre .”

Selon N.Baverez :" Le système scolaire français apparaît ainsi comme un long corridor conduisant les jeunes d'une adolescence prolongée au chômage ...45% des enfants entrant en sixième ne maîtrisent pas la lecture ...60000 jeunes , soit 10% d'une classe d'âge , sortent sans aucune qualification , auxquels s'ajoutent 25 à 30% qui la quittent avec un diplôme sans aucune valeur ; un étudiant sur deux abandonne l'enseignement supérieur au cours du premier cycle tandis qu'un sur trois ( 500 000 sur 1,5 million ) est orienté vers des filières littéraires aux débouchés professionnels aléatoires ...les (postes à ) basses qualifications ...ont reculé de 3% par an depuis 1975...25% des non-qualifiés sont employés hors d'un contrat à durée déterminée ..."

Valérie Marange dans " Les jeunes " , Le Monde Poche , mentionne :
" ... le poids des non-qualifiés est deux fois plus important en France ( près de 40% ) qu'en Allemagne ( près de 20% ) ."

Le système Mission Locale (cf l'expression populaire sur les "stages parkings") est un élément du fonctionnement du modèle français du chômage. La Délégation Interministérielle à l'Insertion des Jeunes a transmis le 27/5/97 lors d'une journée nationale un document de Stéphane Beaud du Laboratoire de sciences sociales de la rue d'Ulm (Travail et Emploi n° 67) “ “Stage” ou formation?Les enjeux d’un malentendu . Notes ethnographiques sur une mission locale de l’emploi” , particulièrement décapant .

“ Malaise des jeunes qui viennent à nouveau se confronter à un jugement social qui les dévalorise … l’enquête par observation participante donne à voir de façon privilégiée les mécanismes de sélection interne et de tri des populations … Les tests …authentifient leur handicap scolaire …les jeunes sont sommés de répondre à des questions ( le projet ) auxquelles , de toute évidence , ils ne peuvent pas répondre …Comme la “non réponse” est impossible dans une situation de face à face, il leur faut inventer sur le champ une réplique et, à défaut , une posture , une contenance …Les permanents opèrent dès les premiers échanges une sorte de repérage pour identifier rapidement le type de “client” auquel ils sont confrontés dans l’entretien ( analogue à celui décrit pour les agents de l’ANPE par Nabil Rifai dans “Le chômage et le chômeur de longue durée . Les médiateurs de l’emploi à l’épreuve des faits”: volonté de se battre, résignés, débrouillards)…la tension monte plus rapidement lorsque les jeunes ont des ressources ( morales , culturelles ) qui leur permettent de revendiquer et de ne pas se laisser “embobiner” …Le conseiller doit trouver le ton juste dans la gestion des attentes et des émotions des jeunes , dans la réorganisation , retraduction des aspirations sociales et professionnelles …

Ce que l’on observe donc à la mission , au premier coup d’œil pourrait-on dire, c’est le contraste saisissant entre les attentes des jeunes qui sont de l’ordre de l’immédiat (trouver au plus vite un “stage” , un “boulot” , en tout cas une occupation) et la réponse de l’institution , toujours différée , floue et indéterminée …

L’apprentissage du réalisme , passe , fondamentalement , par une tentative de modifier leur rapport au temps , marqué par l’immédiateté ou par une sorte d’urgence …

Il faut leur apprendre le “temps long” …

La manière qu’ont ces jeunes de raconter leur histoire et de se raconter -sans étonnement , sans révolte , comme quelquechose qui va de soi – est un symptôme de la dégradation de l’image de soi …Or la scolarité passée est , pour beaucoup de ces jeunes , une brûlure , une plaie qui reste vive …La mission locale , en tant qu’institution , tend à ratifier le jugement négatif que l’institution scolaire a auparavant porté sur la plupart de ces jeunes , et à redoubler le marquage scolaire…Douter ouvertement de la valeur des stages…c’est commencer à ne plus “croire” dans l’action du conseiller et donc risquer de mettre en cause la légitimité de celui-ci…Il n’est pas étonnant que beaucoup de jeunes des cités ne reviennent pas à la mission , et même fuient ce genre de lieu qui opère comme un lieu de marquage social .”

Une stagiaire de l’IUP Ingenierie Economique de Grenoble à la Mission Locale Jeunes du Bassin Annécien notait, en juin 1999, le souhait de jeunes de changer de correspondants parce qu’ils trouvaient « que les choses n’avancent pas », « que cela faisait longtemps qu’ils venaient à la Mission Locale ». Une stagiaire de maîtrise de psycho analysant 600 dossiers note de nombreux dossiers avec des successions de formations n’ayant rien à voir les unes avec les autres, comme si le jeune “comblait le temps”.

En ce qui concerne l’apprentissage du temps long, Laurence Bancel-Charensol , Jean-Claude Delaunay, Muriel Jougleux du Laboratoire GREGESE/OEP de l’université de Marne-la-Vallée mentionnent que dans les métiers de service la coproduction avec le client est la règle , “la qualité du service est une qualité en temps réel…Ce phénomène confronte depuis longtemps les entreprises de service à des productions en juste à temps…La coproduction explique que la relation entre l’entreprise et le client soit un facteur de performance” …

Isabelle Drazek , responsable d’une Commission Locale d’Insertion du Bassin d’Annecy souligne que “le moins les jeunes restent au RMI le mieux c’est . Le mieux c’est le plus rapide: à l’ANPE Françoise Labail est très efficace, en une semaine-quinze jours le parcours est balisé, ce déclic est ajusté sur le passage à l’acte du RMIste, le taux de placement croît. Le temps est primordial. La responsable du Point Emploi Formation d’Annecy-le-Vieux exprime un point de vue analogue suite à l’exposé à Annecy de Véronique Guthbrod responsable d’équipe emploi à la Mission Locale de Rennes: la rapidité est primordiale. De même la directrice de la Mission Locale de Romans lors de la réunion des directeurs de Rhône-Alpes du 6 avril 1999 souligne que “l’objectif est la rapidité du contact du jeune avec l’employeur”.

La réponse méthodologique de fond, après analyse factorielle de correspondances, est apportée par Denis Castra du Laboratoire de Psychologie, équipe “Psychologie Sociale des Insertions” de Bordeaux 2 et Francis Valls de l’ACRIP-Association de Coordination et de Recherche pour l’Insertion Professionnelle, fondateurs de l’association Transfer et de la méthode IOD-Intervention sur l’Offre et la Demande, dans “Employabilité et insertion professionnelle”: “…les résultats de placement ne sont pas… attendus de la durée et de la qualité des temps de préparation du demandeur d’emploi à affronter le marché du travail (rédaction de CV, bilan de compétences, techniques de recherche d’emploi) mais de la diversité des mises en relation provoquées avec des employeurs et du suivi de ces mises en relation. Et ceci dans une logique “d’escalade” eu égard au caractère plus ou moins coûteux de l’acte pour les deux partenaires…les demandeurs d’emploi ayant accédé à un contrat stable ont en commun:
- un délai court (inférieur à une semaine) entre le début de la recherche et le premier entretien;
- un nombre important d’entretiens (10 en moyenne) pendant la période de collaboration;
- le recours rapide à des premiers contrats de travail avant la 4ème semaine de collaboration;
- un nombre moyen de deux contrats par chercheur d’emploi;
- un suivi en cours d’emploi lors du premier contrat et des suivants.

Notons qu’en ce qui concerne l’implication des entreprises les mêmes causes semblent produire les mêmes effets: la fidélisation des entreprises (PME répondant aux sollicitations des équipes à rencontrer des demandeurs d’emploi avec une fréquence équivalente ou supérieure au-delà du 6ème mois de collaboration; tendance soutenue ou accentuée à solliciter le service de recrutement des équipes pour des besoins sur des postes non-qualifiés ou de 1ers niveaux de qualification) est fonction des interventions suivantes: amener (après avoir obtenu son accord de principe) vite et souvent l’employeur à rencontrer des demandeurs d’emploi: provoquer des dialogues réguliers entre salarié et encadrement pendant la période d’essai.

Plus l’organisation du travail des équipes d’insertion favorise des délais courts de mise en relation, plus les demandeurs d’emploi sortent en position de salarié…La réduction des temps consacrés aux phases d’entrée et aux activités pédagogiques a un effet mécanique: l’augmentation de l’effectif de chercheurs d’emploi intégrés…Tout se passe comme si , plus les demandeurs d’emploi concernés sont éloignés du marché du travail moins le temps de préparation doit être long et plus les propositions de mises en relation sur des offres d’emploi doivent être rapides et répétées…Une telle hypothèse est largement antinomique avec les pratiques dominantes dans les dispositifs d’insertion; elle traduit le fait que les méthodologies classiques (aide, conseil, soutien, remotivation, éducation au projet…,présentées comme d’autant plus nécessaires qu’on a affaire à des publics précaires) produisent probablement une contre-finalité: une adaptation interne aux dispositifs d’insertion, plus qu’une mobilisation active vers la sortie de ces dispositifs.”

En référence à Maisondieu , les parkings du système “éducatif” et du système missions locales ( dont le personnel est à forte dominante féminine ) ressemblent-ils aux mamans kangourous des “coincés” : “Ce sont ceux qui vous désolent par tous les échecs des meilleurs projets d’insertion que vous ayez montés, avec beaucoup de cœur et de difficultés, et qui finalement ne marchent jamais … L’enfant reste à la maison , la mère peut se lamenter sur sa progéniture … L’échec de la fille permet de valoriser la mère, mais la valorisation de la mère interdit à la fille de réussir …”? double lien caractérisé.

Par ailleurs les accueillants des Missions Locales , surtout ceux d’origine travail social, affichent une idéologie ( au sens de Bourdieu ) de l’autonomie du jeune qui peut (combiné éventuellement avec le syndrome de la maman kangourou) conduire à le laisser stagner dans l’absence de solution .

Cette idéologie rejoint celle de Nicole Drancourt et de Laurence Roulleau-Berger. Bien entendu , il ne peut être question de nier l’autonomie par des injonctions paradoxales au sens de Palo Alto (soit motivé)… Mais selon Denis Castra de Bordeaux 2 et Francis Vals de Transfer , créateur de la méthode IOD: dans celle-ci , “le “libre choix”, notion centrale des théories de l’engagement, est laissé aux demandeurs d’emploi et employeurs, “libres” d’accepter et de refuser les requêtes du médiateur .

De fait ce “sentiment de liberté” dépend du nombre et de la diversité des interactions proposées : plus il y a d’opportunités , plus l’acteur peut choisir et ainsi adhérer à des actes qu’il n’aurait pas spontanément effectués”. Selon Bruno Jarosson, dans “100 ans de management” : “…l’idée de base des théories du processus” est que “c’est la possibilité d’exercer des choix qui motive.” Bertrand Schwartz, fondateur des Missions Locales, précise lui-même dans “Moderniser sans exclure”,La Découverte, 1994: “Telle a été et est encore la tâche des missions locales: aller chercher ces jeunes et non seulement les attendre”.

C’est également ce que demande la circulaire sur l’action TRACE issue de la Loi de lutte contre les exclusions.

Une étude conduite pour la Délégation Interministérielle à l'Insertion des Jeunes en Rhône-Alpes mentionne que : "paradoxalement, le fait d'avoir bénéficié ou non d'une formation (pour les jeunes suivis par les Missions Locales et PAIO) n'est pas significativement prédictif pour l'insertion professionnelle." Les études du CEREQ montrent que non seulement les dispositifs d'insertion ne parviennent pas à corriger les handicaps de départ, mais encore qu'ils les aggravent ! selon " Les Jeunes" Le Monde (octobre 95) . D’après "La politique de l'emploi " de la DARES ( Direction de l'animation de la recherche , des études et des statistiques , créée en 1993 au sein du ministère de l'Emploi et de la Solidarité ) le taux réel de placement induit par les stages est de 20% et 36,8% des CES ont un emploi ( 14,6% de CDI ) 18 mois après leur entrée en "mesure".Valérie Marange dans " Les jeunes " , Le Monde Poche , mentionne : " Le bilan du crédit formation individualisé ( CFI ) ne vaut guère mieux : en quatre ans , 530 000 jeunes y sont passés . .. Mais seulement 10% des jeunes suivent un parcours complet, et 40% abandonnent au bout de trois mois. Six mois après la sortie du dispositif , 42% d'entre eux ont trouvé un emploi ( dont 40% stable) , le plus souvent en entreprise , 15% en ont trouvé un mais l'ont perdu et 43% n'en ont pas trouvé." Olivier Mazel dans " L'exclusion . Le social à la dérive " signale que : " à peine plus de 16% des salariés d'une association intermédiaire accèdent à un emploi (CDD ou CDI)." La Fédération Nationale des Associations d’Accueil et de Réadaptation Sociale FNARS précise dans “Le pari de l’emploi pour tous, un risque à partager, Documents, hors série n°6, Economie et Humanisme, mai 1998 : “…parmi le petit tiers de ceux qui trouvent un emploi hors de l’insertion par l’économique après l’Association Intermédiaire, seulement 9% relèvent d’un CDI.”La FNARS mentionne 56% d’inactifs après deux ans pour les Entreprises d’Insertion .Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger complètent dans "L'insertion des jeunes en France " (Que sais-je ,1995 , PUF) : "Les entreprises d'insertion et les associations intermédiaires drainent des jeunes qui ne se sentent pas concernés par les actions d'insertion sociale mais que les professionnels de l'insertion qualifient d'"inemployables" ."

Le public des Associations intermédiaires est féminin à 60%, légèrement plus âgé, plus de la moitié des salariés des associations intermédiaires vivraient en couple, et lorsqu’il s’agit de femmes, 79% des conjoints auraient une activité professionnelle . Le public des Centres d’Adaptation à la Vie active et des ateliers des CHRS est masculin à 80% avec des problèmes personnels aigus .

Dans “Le pari de l’emploi pour tous, un risque à partager”, Documents, Economie et Humanisme-FNARS, 1998, il est précisé que “l’insertion par l’économique concerne chaque année quelques 260 000 personnes et représente 40 à 50 000 équivalents temps plein ( ETP ), postes de permanents compris, dans plus de 2 500 unités. C’est le secteur des associations intermédiaires qui avec plus de 1 100 unités, touche la population la plus importante : avec 785000 contrats, il rejoint plus de 200 000 personnes chaque année, pour quelques heures ou plusieurs mois, ce qui correspondrait à 19 000 équivalents temps plein. Juste derrière, les entreprises d’insertion représenteraient 7 000 emplois ETP, en légère perte de vitesse . Viennent ensuite les centres d’hébergement et lieux de vie, qui touchent près de 500 000 personnes par an, mais dont 13 500 seulement sont intégrées dans des dispositifs de travail, pour un équivalent de 3 300 temps pleins annuels. Les régies de quartier et GEIQ approchent ensemble 3 000 ETP . Il faut ajouter à ces chiffres ceux des chantiers d’insertion, non estimés clairement . Malgré l’importance des efforts déployés, ces 50 000 postes ne représentent qu’une goutte d’eau, rapportés aux effectifs des publics visés par ces strutures .

Le public des entreprises d’insertion est masculin, plutôt jeunes, CLD et RMIste . Selon "La politique de l'emploi " de la DARES ( Direction de l'animation de la recherche , des études et des statistiques , créée en 1993 au sein du ministère de l'Emploi et de la Solidarité): " ...les stages se déroulant principalement en centre de formation : les pouvoirs publics en maîtrisent à la fois le volume et le type de public. Ces formules ont la caractéristique d'avoir été utilisées pour mener une politique contracyclique avec une hausse des places offertes en période de ralentissement économique et de progression du chômage élevée ...", ce qui en clair justifie leur dénomination de stages parkings , fonction de parking confirmée par P.Bourdieu dans " La misère du monde " : " le préfet a demandé à la mission locale de « faire de l'occupationnel »...cette formation-occupation ne débouchera sur aucun emploi véritable."

Toujours selon la DARES : " Le bilan des stages en centre de formation sur le devenir des bénéficiaires est encore plus mitigé , puisque , selon des études effectuées sur les tous premiers stages ( stages Granet ) , seulement un tiers des jeunes environ occupaient un emploi après leur passage dans ces dispositifs... les stages en centre de formation ont souvent connu des taux d'accès à un emploi subventionné ou de droit commun inférieur à ceux des autres types de mesures , et des taux de retour au chômage plus importants ... les mesures de politique de l'emploi ne permettent pas d'effacer les phénomènes de sélectivité du marché du travail ".

Selon José Rose, dans “Les jeunes face à l’emploi : “Selon Gautié ( 1994 ), les dispositifs déployés ne font que multiplier les différents statuts ( entre chômage et “emploi normal” ) au sein de la file d’attente plus qu’il ne modifient la logique de cette dernière .”

Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger complètent dans "L'insertion des jeunes en France" ( Que sais-je ,1995 , PUF) :" ...les politiques d'insertion apparaissent productrices d'effets pervers comme l'exclusion de certaines catégories de jeunes." Toujours selon José Rose : “ …elles ont un effet amplificateur du mouvement de précarisation à la fois parce que les mesures elles-même offrent des situations instables et parce qu’elles s’ouvrent souvent sur des trajectoires instables .”

Selon les Actualités Sociales Hebdomadaires ( n°1962 du 16 février 96 )" les jeunes font de moins en moins confiance aux dispositifs d'insertion... On perçoit un recentrage du soutien sur l'insertion professionnelle... Selon le rapport "Insertion professionnelle des jeunes en difficulté" de la Délégation Interministérielle à l'Insertion des Jeunes... toutes les enquêtes actuellement disponibles mettent en évidence que les jeunes sans qualification préfèrent accéder immédiatement à un emploi..."

L'ouvrage " ANPE,ASSEDIC, Missions Locales " dirigé par Martine Hassoun et Frédéric Rey dans la collection Panoramiques mentionne qu'" une partie du public jeune ne vient plus solliciter les structures d'insertion . Ils développent des conduites d'indifférence , d'évitement et de mépris à l'égard d'institutions qu'ils jugent incapables de jouer leur rôle . Une situation qu'Adil Jazouli juge beaucoup plus inquiétante que la violence car elle marque la montée des logiques de ruptures . " Ne plus solliciter une mission locale , une agence de l'ANPE , une PAIO , signifie que les services publics qui perdurent dans les quartiers apparaissent à un nombre grandissant de jeunes comme tellement inopérants et inadaptés qu'ils leur renient toute légitimité et ne les sollicitent même plus ", analyse le sociologue."

Isabelle Astier dans " Revenu minimum et souci d'insertion " , Sociologie économique , Editions Desclée de Brouwer, 1997 , met en valeur à propos des RMIstes l'irréalisme des parcours d'insertion :
" Chez nous , l'insertion professionnelle , cela se limite à un schéma très classique : tout le monde rentre en Module d'Orientation Approfondi . Après on définit un projet , et puis on va voir s'il y a un stage qualifiant . Ensuite on cherche une action d'insertion et de formation ; et enfin on espère un travail ... On recule . Et dans un an , dans deux ans quand les gens auront fait le parcours pour aller soi-disant jusqu'à l'emploi , on va bien rigoler quand on leur dira : et maintenant , mesdames et messieurs de la commission , que faites-vous ?"

Selon Philippe Manière dans " L'aveuglement français " : " De droite comme de gauche , les gouvernements qui se sont succédés depuis 1981 ont eu la même approche du chômage : ils en ont pris prétexte pour augmenter le rôle de l'Etat ... Avec les résultats que l'on sait: un chômage chaque année en hausse , une société toujours plus déboussolée ."

Pour le maire de Talloires, la Mission Locale du Bassin Annécien “promène les jeunes”. Pour le maire de Saint Erblon , avant son adhésion , la Mission Locale de Rennes c'était : "des gens qui parlent de l'emploi et qui ne font rien pour l'emploi ". Ce qui rejoint " La misère du monde" de P.Bourdieu à propos d'une Mission Locale : " Ils fourmillent d'invention , mais il s'agit surtout de création verbale” .

Les Missions Locales sont-elles représentatives des institutions décrites par M.Foucault? "Au fur et à mesure que se fait jour la vérité au sujet des mécanismes de la violence , se mettent en place des processus seconds qui les contournent et qui les redoublent . " (R.Girard.Quand ces choses commenceront).

Victor Scherrer dans " La France paresseuse " , Seuil 1987 , évoque pour l'ANPE une impression générale de démoralisation , " d'être dépassé par le phénomène " , ceci avant la reprise en main et la fixation d'objectifs quantifiés par M.Bon . Chantal Nicole-Drancourt et Laurence Roulleau-Berger parlent dans " L'insertion des jeunes en France " (Que sais-je,1995, PUF) de crise d'identité des professionnels de l'insertion et mentionnent que les qualifications professionnelles ne peuvent pas se formaliser .

C'est vrai majoritairement sur le terrain , c'est faux sur le fond . La fiche "conseiller en insertion professionnelle" du répertoire ROME des métiers de l'ANPE définit fort bien les prérequis d'ouverture nécessaire . Il en est de même , mais de façon moins ciblée , pour le référentiel métier défini pour les Missions Locales par Indica Consultants . Mais ces références de base sont ignorées ou ne font pas , sauf exception , l'objet d'un passage à l'acte . Principalement parce que , comme le mentionne l'ouvrage " ANPE, ASSEDIC , Missions Locales ...Les coulisses de l'emploi " , collection panoramiques , Arléa-Corlet , 1996 : "l'"on accède à ces postes comme çà , par hasard . Malgré soi , parce qu'un jour , après avoir éclusé l'ensemble de ses possibilités sur le marché de l'emploi , on apprend que le secteur recrute et l'on tente sa chance ..." ( des missions locales en principe de Peter? ) et que " les professionnels adoptent de plus en plus une position de repli ..."

Selon Nabil Rifai: “…plus l’individu est pris en charge dans sa totalité personnelle , plus l’agent entre dans des conflits d’identification et de puissance/impuissance , plus l’angoisse grandit , plus la défense augmente , plus la médiation par les traitements disponibles ou l’envoi à d’autres organismes augmente…” Le discours de tous les agents de l’ANPE mais aussi des autres acteurs interviewés, fait apparaître , outre les conflits et les angoisses , des difficultés et des souffrances très fortes (images négatives et agressivité , stress et mal-être , angoisse du service immédiat et de la confrontation , conflit , demande complexe, ambiguïté de deux logiques et d’identité , autocritique , contrats bidons , classement par rapport aux outils d’intervention ).

D’où une dérive sectaire, caractéristique du discours de “droit divin” dans les Missions Locales en particulier .

Recitons l’analyse de P.-P. Kaltenbach, conseiller à la Cour des Comptes et ancien président du FAS : “Par ses statuts, l’institution associative sanctifie donc ses dirigeants et ses salariés en les exonérant idéologiquement de tout péché originel . Mieux, elle leur offre ce que les théologiens protestants du XVIIe siècle fustigeaient sous le terme de théologie de la justification par les œuvres ( et non par la foi ) . En langage laïc : “Je suis juste puisque je m’occupe des pauvres ; bon puisque je m’occupe des faibles; cultivé, progressiste puisque, etc.” Autrement dit, gagner 40 000 francs par mois dans la lessive c’est sordide, mais dans le “social associatif”, c’est de l’apostolat . Ainsi sanctifié par l’institution et justifié par ses œuvres, le peuple associatif est exposé à la plus classique des perversions cléricales . C’est une sorte de “clergé social” . sachant où est le bien, disant et faisant le bien, il entretient une ralation privilégiée avec les cries valeurs…Bref, le peuple associatif réclame, exige, revendique des “privilèges ecclesiastiques”.”

Selon Jean-Marie Abgrall dans « La mécanique des sectes », Pocket, Documents Payot : « Pour les sectes, la population cible idéale est formée de jeunes gens dépressifs ou en rupture avec le lien sociofamilial, et chez lesquels le sentiment d’inadéquation à l’environnement habituel suscite une recherche de solution de substitution…Les jeunes dépressifs vivant avec un sentiment d’inadéquation, voire de révolte, sont des proies fréquemment désignées…Pour Galanter, la population « dépressive » représente 60% des sujets sectarisés…L’âge moyen de recrutement se situe entre 18 et 35 ans, mais la persistance dans la secte n’est la fait que des 18-25 ans…Le niveau culturel est le plus souvent bas…Le niveau social des recrutés est souvent bas : chômage, RMI… »

LA CLIENTELE CIBLE DES MISSIONS LOCALES EST DONC CELLE DES SECTES.

Selon Jean-Marie Abgrall : « La rigueur de la norme sectaire tend à créer une uniformité comportementale et psychologique qui va de pair avec la suppression de la comparaison sociale habituelle. C’est pourquoi la problématique générale du conditionnement repose sur la règle du conformisme, qui s’applique à tous les adeptes…Le groupe sectaire exerce « une pression vers l’uniformité » selon l’expression de Festinger… réalisation de véritables dossiers d’instruction avec constitution de faisceaux de preuves…diffamer les opposants en utilisant tous les relais sociaux susceptibles de nuire à l’ennemi déclaré…détruire la réputation de la personne responsable et…la discréditer de telle manière qu’elle soit mise au ban de la société…pour la secte, on est un ennemi dès lors qu’on est pas un adepte…»

Le fonctionnement en grand groupe normalisateur des salariés des Missions Locales évoque le tableau des sectes présenté par Christophe André et François Lelord psychiatres, psychothérapeures et consultants en entreprise, dans “L’estime de soi. S’aimer pour mieux vivre avec les autres”, Odile Jacob, 1999: “Les sectes apportent des réponses aux doutes sur l’identité personnelle…Les “bilans” vont confirmer les doutes sur soi, mais aussi proposer des solutions : “On commence par vous dire : vous avez des problèmes. Et juste après : la scientologie peut les résoudre.”L’intégration à un petit groupe soudé, en marge du monde extérieur, est valorisante…Les nouveaux membres des sectes réapprennent souvent le goût de l’action, mais seulement dans le groupe et grâce à son soutien actif, ce qui les rend totalement dépendants de celui-ci…”

Pour John Mc Knight, directeur du Programme de recherche sur les communautés au Center for Urban Affairs and Policy Research à la Northwestern University ( Evanston, Illinois ) dans “La société négligente”, éditions des Deux Continents, collection du Sextant,1998, les intervenants sociaux traduisent le besoin en déficience, placent la déficience perçue dans le client, traduisent toujours plus les besoins des gens “en morceaux”…Les sociétés modernes ont besoin de déterminer comment nous pouvons aider ces fournisseurs de services professionnels, tout en réduisant leur pouvoir d’invalidation de la capacité des citoyens à percevoir et traiter des problèmes en terme politiques…Récemment, la Northwestern University a réalisé une étude dans un quartier à bas revenus ou 60% des gens dépendent de l’assistance publique . Dans ce quartier, pour chaque dollar qu’une personne assistée reçoit, cinquante-sept cents partent dans un seul service – les soins médicaux …

Le fait que les systèmes de services récupèrent les richesses publiques destinées aux “désavantagés” est aussi démontré par des études sur les allocations à la pauvreté effectuées à New york et à Chicago . Ces deux études montrent que plus de 60% de tous les fonds publics destinés aux bas revenus de ces villes finissent par être alloués aux services plutôt que d’être distribués en espèces…une famille de quatre personnes aurait droit à vingt-huit mille dollars, ce qui les placerait dans la catégorie des revenus moyens…

Quand un grand nombre de programmes entourent le client, ils risquent de se combiner pour générer un environnement dans lequel aucun d’entre eux n’aura d’efficacité…La première option est d’identifier les capacités, les aptitudes ou les contributions possibles des personnes que l’on dit dans le besoin…La deuxième option est fournir de l’argent en espèces…La troisième option consiste à encourager la participation à la vie de la communauté et à des activités citoyennes…Tocqueville a observé trois caractéristiques à partir desquelles ces groupes fonctionnaient . Premièrement, il s’agissait de groupes de citoyens qui avaient décidé qu’ils avaient le pouvoir de définir le problème . Deuxièmement, ils avaient décidé qu’ils avaient le pouvoir de choisir la manière de résoudre ce problème . Troisièmement, ils avaient décidé qu’ils deviendraient eux-mêmes les acteurs principaux de la réalisation de la solution… Le Center for Urban Affairs de la North Western University a entamé une étude continue sur les initiatives de ces individus qui servent de “guides vers la communauté…Les guides efficaces ne se satisfont pas de présenter le “déficient” à d’autres personnes : ils l’amènent dans un réseau de vie associative qui peut agir comme un puissant catalyseur dans sa vie…La plupart des guides sont des êtres doués d’une sensibilité accrue pour détecter les dons, potentiels, intérêts, aptitudes et capacités de ceus que l’on dit “particulièrement dans le besoin”…Une deuxième caractéristique de nombreux guides efficaces est qu’ils disposent d’un important réseau de relations dans la communauté…ils “connaissent des gens qui en connaissent d’autres”...La troisième caractéristique des guides est qu’ils atteignent leurs buts parce qu’ils bénéficient de la confiance de leurs pairs dans la communauté et non parce qu’ils disposent d’une autorité institutionnelle…En oeuvrant dans un cadre de confiance, les guides ne s’identifient pas aux systèmes…La quatrième caractéristique de la plupart des guides est qu’ils croient fortement que la communauté est un réservoir d’hospitalité qui attend d’être offerte…Pour Alinsky et ses disciples, la ville se réduisait à deux unités de base : le quartier et les “ennemis” en dehors du quartier…La cible, définissant stratégiquement l’incarnation des causes de problème du quartier, devait être visible, locale et donc accessible, capable, c’est-à-dire possédant les ressources et l’autorité necessaire pour résoudre le problème…il est devenu presque impossible d’identifier des cibles visibles, locales et capables…L’expérience de la communauté comporte un certain nombre de caractéristiques…Les communautés dépendent des capacités…le travail en commun représente l’essence de la communauté…il existe un ordre caché dans la communauté, déterminé par les nécessités d’intégrer les capacités et les faillibilités…Dans les communautés, les gens savent grâce aux histoires…Dès qu’une communauté commence à croire que son savoir propre n’est pas légitime, elle perd son pouvoir…Dans la communauté, les associations organisent des fêtes parce qu’elles travaillent dans le consentement et se permettent le luxe d’associer la joie à leurs activités…Vivre en communauté, c’est participer à des rituels, à des lamentations et à des célébrations de notre faillibilité…Notre problème essentiel est la faiblesse de nos communautés…Si je prends soin de toi, c’est parce que je suis tien et que tu es mien”.”

Pour Patrick Bruneteaux du CNRS Paris 1-Sorbonne et Corinne Lanzarini, docteur en sociologie, auteur d’une thèse sur les sous-prolétaires de la rue, chercheuse au RESSCOM, dans “Les nouvelles figures du sous-prolétariat”, collection “Le travail du social”, L’Harmattan, 1999: “Tout se passe comme si les Etats capitalistes et démocratiques toléraient des niches de facisme ordinaire. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, ces productions de l’infra-humanité semblent masquées et refoulées par les agents du monde ordinaire…Plus que jamais, le “social” est cet espace à part, en dehors des zones de pouvoir ordinaire (économique, culturel, politique), qui maintient les sous-prolétaires dans un état de dépendance complexe et ce, avant tout, parce que le régime assistantiel constitue une niche de violences extrêmes à l’intérieur des Etats démocratiques…inutilité structurelle des intermédiaires sociaux qui passent leur temps à accuser leur population d’assistanat …””

Pour Bruno Jarosson, dans “100 ans de management”: “ Les individus en tant que possesseurs de compétences…représentent des solutions à des problèmes potentiels. Un des plus grand dangers qui les menacent est bien entendu la disparition du problème qui justifie leur existence en tant que solution. Les solutions n’agissent donc pas seulement pour résoudre les problèmes mais aussi pour les entretenir…”

Pourquoi les Missions Locales de Brétigny sur Orge et de Salon de Provence sont-elles en pointe pour ce qui concerne l'accès des jeunes à l'emploi Quel est leur fonctionnement systémique ? Avant tout la présence d’un Directeur à Brétigny , d’une Directrice à Salon de Provence, atypiques et créatifs. Il y a volonté ferme de leaders.

Les Missions Locales devraient connaître, dans l’intérêt bien compris des jeunes, la prise de pouvoir, comme Charles Goldfinger le mentionne pour l’entreprise, par ceux qui crèent et contrôlent le nouveau patrimoine intangible de savoir et d’information…au service des jeunes…

Dominique Genelot complète dans “Manager dans la complexité” : “ Dans la co-production qui caractérise les services, l’innovation nécessite l’écoute globale du client, une écoute beaucoup plus large que le champ du service qu’on lui offre . Une difficulté est que le client ne sait pas formuler ce qu’il attend, parce qu’il ne connaît pas les possibilités . Le personnel du front office doit donc être capable de remarquer les besoins du client, d’évaluer les résultats qu’il attend . Cette écoute globale du client suppose une immersion totale dans son univers cognitif : que veut-il, que ressent-il, de quoi a-t-il besoin, pourquoi réagit-il ainsi, quelles sont ses contraintes ? Autant de questions qui demandent un décentrage total de ses propres préoccupations et de ses propres points de vue. L’exercice n’est pas naturel .”

Pour Bruno Jarosson, dans “100 ans de management”: “Michel Crozier…affirme que le pouvoir, dans l’organisation, est entre les mains de ceux qui contrôlent les facteurs d’incertitude…Le client constitue pour l’organisation un facteur d’incertitude réel s’il peut changer de fournisseur…l’organisation peut dysfonctionner – du point de vue de son client – de façon raisonnable et intelligente…Dans la mesure où le client fait peser sur l’organisation l’incertitude de son acte d’achat, il possède un pouvoir que l’acteur peut contester. Pour cela deux solutions :
- Faire en sorte que le client n’ait pas le choix, qu’il soit captif…
- Mettre en péril la survie de l’entreprise pour préserver son intérêt personnel dans l’organisation. Ces deux solutions sont également vraisemblables parce qu’elles sont également bureaucratiques. Mais elles menacent la survie de l’organisation. Voici pourquoi et comment les bureaucraties finissent. Si les bureaucraties nous tourmentent et risquent de disparaître, c’est paradoxalement parce qu’elles abritent des acteurs intelligents.”

Selon M.Godet , professeur de Prospective industrielle au CNAM , dans " Emploi : le grand mensonge : " D'autres pays , comme l'Espagne , montrent malheureusement que l'on peut vivre dans une société où le chômage touche près du quart de la population et presque la moitié des jeunes ..."

Selon Philippe Manière dans "L'aveuglement français " : " Sans doute plus de 50% des Français sont-ils favorables au statu quo étatiste parce qu'ils pensent qu'étant plus allocataires que contribuables , ils auraient beaucoup plus à perdre qu'à gagner dans le retrait de l'Etat. Or 50% , c'est le chiffre magique en démocratie : l'homme politique moyen ne va pas contre la volonté de la majorité” .

Charles Goldfinger dans “ Travail et hors travail . Vers une société fluide” conclut : “Notre analyse suggère que ce chômage ne peut pas et ne doit pas être considéré comme une fatalité, imposée par des circonstances que les gouvernements et les partenaires sociaux ne contrôleraient pas . Il apparaît au contraire comme un produit d’appellation contrôlée, ancré dans un territoire donné, et comme le résultat d’une dynamique économique et politique qui est certainement discutable mais n’est ni incohérente ni illogique.”

Pour JJ.Rosa , directeur du MBA de Sciences Po Paris , dans " L'erreur européenne " : " les jeunes ...sont des " outsiders " qui pèsent peu face aux " insiders " des groupes organisés et des appareils politiques ...tous les économistes et les chefs d'entreprise le savent mais aucun homme politique ne veut l'entendre : le chômage pourrait être réduit dans des proportions considérables et dans un laps de temps assez bref ."

De 1950 à 1995 , le suicide des 20-25 ans a été multiplié par trois . L’augmentation du nombre de suicides en France a commencé après 1975 . Selon le rapport du Commissariat au Plan au Premier Ministre sur le chômage : "Depuis les années 70 on observe que le taux de chômage des jeunes et la courbe du taux global de suicide sont assez bien corrélés … Cette corrélation signifie … que le chômage des jeunes est un bon indicateur de la dégradation du climat conjoncturel et de la montée des craintes et des tensions corrélatives à l’explosion du chômage de masse , à la précarité et au risque diffus d’exclusion…"

2005. Un directeur de PLIE mentionne qu'en Italie l'intérim a explosé l'ANPE italienne... L'ANPE française distribue des bons de transport pour chômeurs en fin de droits... 1 fois par trimestre... pour lesquels la SNCF n'a pas de place... Le plus jeune franc-maçon de France spolié par son père franc-maçon au profit de sa nouvelle compagne

"Delenda est Carthago" ou Moscovici "Psychosociologie des minorités actives" : il faut larguer la Corse par référendum national http://www.angelfire.com/wizard2/solidaires/Corse.html
1905 séparation de l'église et de l'état, 2005 séparation de l'état et de la franc-maçonnerie sur le modèle italien.
http://www.angelfire.com/wizard2/solidaires/1905.html

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