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Le Monde de Aan | Histoire
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Déclin

Le Monde en 1500 La fin d'une époque

Officiellement, l'esclavage était interdit au Régaltière, de même que la servitude; en principe, un fermier possédait sa terre, et pouvait en disposer comme bon lui semble. Sa seule contrainte était de verser une part de ses récoltes au Duc, en retour de sa protection contre les brigands et autres. La réalité toutefois était fort différente: les paysans n'étaient en fait aucunement protégés contre leurs 'protecteurs' ­ les Ducs et leurs subalternes les prévots. Mais surtout, le paysan se trouvait très vulnérable économiquement: dès qu'une sécheresse, une crue ou autre désastre ruinait sa récolte, il se trouvait en fâcheuse posture, et n'avait d'autres alternatives que d'emprunter à son prévot, ou soit à un autre paysan plus fortuné. Cette dette, ou "debit" se transmettait de génération en génération, et avec l'aide de nombreux subterfuges enflait avec les années. Ainsi de plus en plus de paysans n'avaient d'autre option que de se voir réduits à travailler sur les terres qu'ils avaient perdu, et sans espoir de jamais se sortir du cercle vicieux. À défaut d'être des esclaves en nom, ils l'étaient devenus de fait.

 

Les soldats étaient particulièrement vulnérables: ils possédaient en général les meilleures terres, et en plus grande superficie, ce qui aiguisait la convoitise de leurs voisins. De plus, le service les obligeait à s'absenter pendant des années pour aller combattre dans des contrées lointaines; ils devaient confier leurs terres soit à leurs fils (s'ils en avaient), soit à leurs épouses qui ne possédaient pratiquement aucun droit légal. De plus en plus de vétérans revenaient au pays pour constater que leurs terres et tous leurs biens avaient été saisies grâce à toutes sortes de stratagèmes par des propriétaires terriens qui avaient fait fortune avec l'exploitation des esclaves. Quelques uns d'entre eux devenaient des mercenaires pour ces nouveaux seigneurs, mais la plupart émigraient dans les villes à la recherche d'un gagne-pain: celà se constituait généralement d'une maigre pension distribuée par l'Empereur aux vétérans. Ces propriétaires terriens finirent par former une nouvelle caste seigneuriale à partir du 13e siècle. Au début marginale, cette classe sociale se mit à prendre de l'importance au fil des siècles, et au 17e siècle l'ordre social avait subi de profondes transformations. Ces seigneurs s'étaient dotés de forces de mercenaires, et certains acquérirent ainsi de véritables armées; éventuellement ils devinrent aussi puissants que les Ducs.

 

Tous ces bouleversements auraient dû provoquer des révisions en profondeur autant dans les lois que la politique, mais au contraire, aucun des empereurs de l'époque ne démontra quelque volonté que ce soit d'instituer le moindre mouvement de réforme. Isolés dans leur cour et coupés de la réalité, ils étaient prisonniers de leur philosophie ambrosianiste de l'ordre immuable, et ne soupçonnaient rien de la fragilité grandissante de l'équilibre social. Entourés de conseillers flatteurs, d'administrateurs corrompus et d'une nuée de bureaucrates qui se multipliait sans cesse, ils se cramponnaient à l'illusion de l'immuabilité de l'ordre social et aucun d'entre eux ne prirent quelque initiative, et se bornèrent à défendre le statu quo; et il faut bien dire que ces transformations ne se produisaient pas du jour au lendemain, mais s'opéraient progressivement au fil des siècles.

 


Le recul des frontières

La désagrégation de la puissance militaire liée à la diminution du nombre de volontaires se fit ressentir dans les prétoriats. La présence impériale s'estompait, et les garnisons devaient de plus en plus compter sur la population locale pour garnir les effectifs. En 1779, la ville de Lisle, où la présence impériale n'était plus qu'un souvenir depuis belle lurette, refusa de verser les taxes au préteur et proclama son indépendance. À la surprise de tous, Ambrosian IV n'envoya pas de troupes et ne fit aucun effort pour mater la révolte. Cet événement fit boule de neige, et au cours des décennies suivantes toutes les villes de la vallée du Tigre accédèrent l'une après l'autre à l'indépendance, quelquefois après une brève opposition, mais la plupart du temps sans qu'il se soit donné un seul coup de lance. Seul Villederyve rencontra quelque résistance, l'empereur ne pouvant se résoudre à perdre le siège du prétoriat de Novarique. La guerre d'indépendance dura un an, et se solda par une défaite cuisante pour les régaltériens et l'indépendance de Villederyve. L'empereur Ambrosian dût se résigner et en 1807, il déménagea le siège prétorial à Ville-de-Lyon. Ambrosian mourût deux ans plus tard: son successeur Magig III entreprit de freiner l'hémorrhagie avec un succès relatif, en négociant des compromis et en accordant plus d'autonomie aux colonies, et en réprimant sévèrement toute tentative de rébellion. Mais pour celà il dût faire appel à des armées de mercenaires, et il s'endetta lourdement; au bout du compte il ne réussit qu'à ralentir un processus qui était maintenant devenu irréversible.

 


La guerre des Rouges

Alban II accéda au pouvoir en 1854 à l'âge de 113 ans. Au départ, son règne ne se différencia en rien de ses prédécesseurs. Mais au fil des années il se remit de plus en plus à remettre en question la tradition d'immobilisme qui régissait la politique impériale. Il avait pris l'habitude de voyager à travers le pays sous un déguisement, à l'insu de tous, et ainsi il pût constater l'écart énorme entre la vision qu'il s'était fait et l'état actuel des choses. Lui qui croyait qu'il verrait un royaume ordonné, où chacun connaissait sa place, il découvrait au contraire une société plongée dans le désordre, dominée par la corruption et où la seule loi était semblait-il celle du plus fort. Mais le choc le plus brutal lui fût asséné lorsqu'il visita Ryveroyns, une cité florissante et prospère là où il ne s'attendait à découvrir que d'anciennes ruines: aussi incroyable que cela puisse paraître, pendant près de quatre siècles les empereurs avaient été maintenus dans l'ignorance de la renaissance de l'antique cité rivale.

 

Cette dernière révélation fût la goutte qui fit déborder le vase, et à partir de ce moment il n'accorda plus aucune confiance à son entourage et à ses conseillers. Il conçût un vaste programme de réformes, et entreprit notamment de mettre fin au système du debit, ce cercle vicieux d'endettement qui enchaînait la classe paysanne en abrogeant son statut héréditaire; ainsi un paysan n'hériterait plus des dettes de ses parents, et serait libre d'exploiter sa terre. Ces réformes il va sans dire ne furent pas accueillies avec enthousiasme par les ducs, et encore moins par la classe des nouveaux riches.

En 1917 Renate, duc de Argentens mena une tentative de coup d'état qui se solda par un échec. Soupçonnant le Conclave d'être derrière le complot, Alban décréta l'organisation hors-la-loi et fit arrêter ses dirigeants. Mais certains échappèrent aux rafles; ils se réunirent et formèrent une faction armée, la Société des Rouges. Ces derniers enlevèrent Martinien, duc de LaGrande, en 1938, et réclamèrent la libération de leurs confrères emprisonnés; ils essuyèrent un refus, et éxécutèrent leur otage. Dès lors le comportement de l'empereur se fit de plus en plus erratique: sa paranoïa l'amenait à ne plus accorder sa confiance à personne, et il arrêtait ou éxécutait ses proches au gré de ses caprices.


En 1961, le Conseil des Anciens réclama l'abdication de Alban II, mais en vain; cette demande fût répétée maintes fois au cours des années subséquentes, mais sans  le Conseil était impuissant à faire respecter ses décrets. En 1980 Alban perdit patience; il dissoût le Conseil et fît arrêter ses membres, défiant la loi établies par Eiren. Cette action lui aliéna le peuple, qui le considérait comme un sacrilège envers le saint fondateur; il provoqua également une scission au sein de l'Ordre du Temple, amenant la fondation de l'Ordre du Palais qui se donna la mission se protéger les lois et traditions eireniennes. La révolte se mit à germer, et les arrestations et exécutions se multiplièrent; Alban fit construire la prison de Gripierre.


En 2006, la Grande Librairie Impériale fût détruite par un incendie, et l'on accusa l'empereur; sa responsabilité ne fût jamais prouvée, mais le peuple excédé se révolta, mené par la Société des Rouges avec l'appui des chevaliers du Palais; l'insurrection se solda par la prise de Gripierre, puis du palais de Castalder et l'éxécution publique d'Alban en 2008. Un troisième Tournoi du Trône fût organisé par les survivants du Conseil en 2012, remporté par Honorat Ier, qui fonda la Dynastie de Laryver.

 

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