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circle13_gray.gif DESTRUCTION DU PYLONE DE ROC'H TREDUDON

 

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circle13_gray.gif 1974 -1994, Roc'h-Tredudon, 20 ans après, le FLB parle

Le jeudi 14 février 1974,à 1 h 10 du matin, le pylône de l'O.R.T.F., du Roc’h Trédudon était abattu par le F.L.B. Cet "attentat" n'a jamais été jugé, ses auteurs n'ayant pas été trouvés. Il a de ce fait gardé une part de mystère, laissé place à pas mal d'affabulations et délires malgré l'enquête rapide de la police mili­taire mettant l'armée hors de cause.

Hervé Person et Yann Puillandre ont retrouvé, 20 ans après, le principal res­ponsable de cette opération. Ils ont recueilli, en exclusivité pour "Combat Breton", son témoignage dans une longue interview que nous publions inté­gralement.

 

Question: Les enfants de l'hiver 1974 ont à présent 20 ans. Pouvez-vous leur expliquer dans quel contexte politique social et culturel a été préparée et exécu­tée cette action?

Réponse: Vous m'obligez à faire un grand effort de mémoire... De surcroît je ne suis pas bon archiviste et c'est bien loin... Il Y aura sans doute quelques imprécisions que les lecteurs de "Combat Breton" rectifieront. L’année 1973, Pompidou était président de la République, Poniatowski ministre de l'intérieur, René Pléven devait être président du Conseil Régional, Giscard allait être élu en mai 1974. Il régnait en Bretagne un formidable climat de contestation: guerre du lait, emprisonnement d'Edouard Morvan, de grandes manifs pour l'emploi et le pouvoir d'achat à Brest, Kemper, lorient, Rennes, des grèves dans des entreprises (Donval et Doux, qui sera plastiqué en soutien aux grévistes). Les luttes contre les remembrements arbi­traires avec batailles rangées avec les C.R.S. …le nucléaire qui pointait son nez et la naissance des premiers comités Anti. Le C.D.C.A. (artisans et commerçants) faisait aussi ses coups de mains chez les huissiers, les paysans amenés par les syndicats "Paysans Travailleurs" et F.D.S.E.A. qui barraient les routes, etc.

Début 1974 voit les premières arresta­tions d'une dizaine de jeunes du F.L.B. (L.N.S.), l'emprisonnement à Paris de 4 ou 5 d'entre eux, la création spontanée de comités de soutien dans toutes les villes de Bretagne. la dissolution en conseil des ministres du F.L.B.-l.N.S. (libération Natio­nale et Socialiste) du F.L.B.-A.R.B. (Armée Révolutionnaire Bretonne), de même que de l'A.N.C. corse et je crois d'Enbatta en Euskadi Nord. Et toujours des plastiquages dont cer­tains spectaculaires, tels la stèle de De Gaulle sur la place de la préfecture de Kem­per, de la nouvelle gendarmerie, du garage de l'arsenal de Brest, des impôts de St ­Brieuc, Guingamp...

Les mouvements politiques actifs étaient l'U.D.B. (qui nous fusillait d'ailleurs dans tous ses communiqués), SAV. (Strol­lad Ar Vro) en plein essor, avec lui, une atti­tude de soutien aux revendications natio­nales tout en se démarquant de la "violen­ce". Il y avait aussi le P.C.B. (Parti Com. Breton) embryonnaire, le P.S.U. toujours actif et critique, et un P.S. plutôt jeune et entraîné dans le tourbillon de la contestation avec ses leaders bretons populaires, le Pensec, Josselin... (Sans pour cela approu­ver nos actions). Plus tard toute cette gauche "Bretonne" viendra témoigner au cours de nombreux procès en cour de sûre­té de l'Etat (sauf l'U.D.B.), ce qui peut éton­ner à ce jour. Il y avait bien sûr la C.F.D.T., de toutes les luttes, grèves et manifs et en deça la C.G.T. Si cela peut sembler curieux aujourd'hui, tout ce monde était représenté dans les premiers comités de soutien aux inculpés bretons.

Question: Et quelle était l'ambiance sur le terrain culturel breton?

Réponse: le même bouillonnement: Glenmor, Servat, Stivel, Kerguiduff... des groupes qui éclos aient chaque semaine, des centaines de festoù-noz endiablés, de concerts, de galas de soutien à toutes les luttes. Et les grandes associations bre­tonnes: Kendalc'h et BAS. qui recrutaient à tour de bras, tandis que d'autres pétition­naient allègrement.

 Question: Et sur les ondes quelle était la situation de la langue bretonne?

Réponse: En radio, rien ou peut-être quelques minutes sur Radio Armorique, dif­ficile à capter. En télé 1 minute 30 secondes, deux fois par semaine et un peu le dimanche. C'était la grande misère.

 Question: Charlez Ar Gall assurait les informations en langue bretonne. Il avait été censuré une semaine aupara­vant, parce qu'il Annonçait la création de comité de soutien aux militants bretons détenus dans plusieurs vil/es de Bre­tagne. On a dit que ce fut le motif du plasticage?

Réponse: Cette censure était la goutte de trop. Ce n'était plus acceptable et nous avons décidé d'agir sur un objectif étudié à l'avance.

 Question: Vous pouvez expliciter un peu...

Réponse: J'étais alors le responsable technique des opérations en Bretagne Sud. Soit que j'étudiais les objectifs que je choi­sissais, soit que je vérifiais ceux étudiés par d'autres. Nous avions ainsi un "stock d'avance" en attente d'opportunité. Le Roc'h était de ceux-là. Il avait fait l'objet de repéra­ge longs et minutieux. On pouvait passer à exécution, sous certaines conditions.

- Il fallait tailler les câbles des ancrages Nord-Ouest et Sud-Ouest. Le vent devait souffler de l'Ouest-N-O pour entraîner le pylône à l'Est. Il fallait une nuit sans lune pour opérer (pour éviter les ombres sur les câbles et s'approcher en sécurité). Le pylône devait éviter les lieux occu­pés (gardiens, personnel...) et si possible écraser une aile du bâtiment technique. Dès connaissance de la provocation du directeur de l'O.R.T.F. censurant Charlez ar Gall, la décision fut prise. L'alerte était déclenchée, le matériel sorti des caches. Ce serait dans la nuit du 13 au 14 février si le vent ne changeait pas de direc­tion. Un dernier repérage (et une nuit de plus dans les bruyères) et rendez-vous est pris avec mes deux compagnons volon­taires pour l'action. Ils n'étaient pas du F.L.B., simplement sympathisants. J'avais pensé à eux pour leur sang froid et leur condition physique. Ils avaient entière confiance en moi et moi en eux. L'un m'accompagnerait et m'aiderait à placer les charges, l'autre circulerait en voi­ture dans l'attente du recueil.

 Question: La presse a pourtant parlé de "vrais spécialistes" !

Réponse: Oui, ça nous a fait sourire. Nous étions de "bons artisans" avec un bon sens pratique de l'observation. C'est tout. Un de nos sympathisants m'avait procuré un bouquin du génie, subtilisé durant son armée. C'était parfois un complément utile.

 Question: Et les manœuvres de l'armée ? Vrai ou faux?

    Réponse: Vrai, hélas, pour nous ce soir-là. En approchant de la montagne nous avons croisé plusieurs groupes et des véhi­cules. Cela nous contrariait beaucoup, car ils semblaient nombreux.Notre chauffeur aussi eut des sueurs froides dans sa longue attente.

 Question: Etiez-vous cependant cer­tain que le pylône tomberait, et du bon côté?

Réponse: Oui. Le vent soufflait bien, et du bon côté, et j'avais confiance dans le matériel que j'avais préparé.

 Question: C'est-à-dire?

Réponse: Quatre charges de gomme F.15 de trois kilos, deux par socle, reliées par détonateurs électriques, en double allu­mage et liaison supplémentaire par cordeau détonant. Le tout commandé par double minuteur. La sécurité de départ complète et assurée. Les deux câbles de chaque socle étaient fixés sur deux gros axes, traversant deux grosses plaques de fer plat parallèles, figés dans le béton. Les charges, bien calées entre les plaques les déformeraient à l'explosion et libéreraient l'axe et les câbles. C'était simple. Il suffisait d'observer la conception.Le poids des câbles et la traction de ceux opposés casserait le pylône à coup sûr.

 Question: Et en pratique, pas de surprise?

Réponse: Non ou si peu... Nous avons commencé par le socle N.O. côté route de Plounéour-Ménez où le "chauffeur" nous déposa. Nous avons placé sans problème nos charges dans une grande obscurité et nous avons fait route vers le socle S.O. à travers landes et bruyères. Nous avons failli disparaître dans un ancien trou de carrière d'ardoise, ce qui nous rendit prudent et retarda notre achemi­nement. Nous progressions, main dans la main, solidement fermées. Le pylône S.O. était à découvert, en bordure de la route du centre technique. Il fallait faire plus vite. Le temps de finir, nous avons entendu passer notre véhicule pour un premier pas­sage. Il fera un second 30 mn plus tard. Nous avions une marge confortable aux minuteurs.

 Question: Cela s'est passé sans autres problèmes?

    Réponse: Pas tout à fait et il a failli nous arriver un tour de c. Notre chauffeur devait nous prendre à un lieu convenu en bordure de route. Il devait rouler en code, à 20-30 km /h. Un véhicule vint dans notre direction, en code et à cette allure à l'heure convenue. Le vent soufflait assez fort, on entendait mal. Nous sortîmes de notre talus... pour y replonger aussitôt: c'était une jeep de l'armée avec deux militaires à bord ! Ils ont dû nous croire en manœuvre comme eux, "bleus" ou "rouges" suivant le camp. Ils ont continué leur chemin après un ralentissement. Notre voiture arriva cinq minutes plus tard et nous avons bien ri du gag.

 Question: Quelle signification vouliez-vous donner à cette action?

    Réponse: Plusieurs:

    1. Donner une réponse sympathique au gouvernement qui venait de "dissoudre" notre mouvement et d'emprisonner de jeunes compatriotes.

2. Répondre par l'action à cette répression suivant le cycle connu "action-répres­sion-action" .

    3. Saluer à notre manière la venue de Poniatowski à Kemper.

4. Et surtout, faire comprendre à l'O.R.T.F. et à son directeur breton que leur dédain pour la langue bretonne (1mn 30 s. deux fois par semaine et la censu­re en plus) n'était plus supportable, et que l'O.R.T.F. en payerait les consé­quences.

5. Donner aux bretons qui luttaient sur tous les fronts un sentiment de fierté, de combativité supplémentaire, de refus du système que la droite française nous imposait.

    6. Donner un écho international à notre revendication nationale bretonne.

Question: Vous voulez parler de l'im­pact médiatique? Il ne vous a pas tou­jours été favorable?

     Réponse: Non, c'est vrai. Nous en avions déjà un peu l'habitude. Une certaine presse parisienne de droite s'est surtout déchaînée. Nos journaux bretons (OF, Télégramme) ont donné leurs sentiments. Les commentaires ne nous desservaient pas forcément. Quelques loups bretons ont hurlé avec le pouvoir, condamnant ici ce qu'ils approuvaient hors de Bretagne... mais dans l'ensemble les critiques manquaient de conviction. Par contre, tous les gens de bonne foi en Bretagne, et ils étaient des milliers, avaient le profond sentiment que justice avait été faite, que l'honneur des Bretons bretonnants, encore une fois "bafoué" était sauf, l'injure lavée comme il se devait. Et l'action eut un tel retentissement international qu'il mit mal à l'aise les représentants de la France dans les instances internationales, Bruxelles et Strasbourg notamment. Cet "Etat de droit" passait pour le plus rétrograde en matière de reconnaissance de ses "minorités nationales" (comme on le disait alors) et le plus répressif avec l'Espagne franquiste. La leçon avait porté. Il ne fut plus ques­tion de réduire ou de supprimer, de censu­rer les émissions en langue bretonne. Giscard arriva peu de temps après avec une charte culturelle toute chaude, concoctée sur les conseils de la D.S.T., de Pleven, dans les ministères parisiens. Ce fut la grande ruée vers la subvention, terme jusque là presque inconnu des milieux culturels bretons, un savant saupou­drage et les miettes données aux enflam­més calma le jeu et minora fortement les revendications.

Une nouvelle idéologie venait de naître en Bretagne: celle de la main tendue, de l'assistanat associatif, de la "concertation". Elle est toujours très présente aujourd'hui. Et c'est toujours pour cela peut-être que 20 ans après, nous sommes encore à courir après quelques minutes de breton, sur la télé française et que nous ne voyions pas poindre la chaîne bretonne demandée.

... Mais ceci est une autre histoire...

 Question: Rappelez-nous les consé­quences pour les Bretons après ce sabotage.

 Réponse: On annonça 300 000 Bretons sans télé durant deux mois. Mais ce fut moins long. C'était trop dangereux pour le pouvoir de laisser les Bretons sans la drogue parisienne. Tout ce que la France avait comme spécialistes débarqua en Bretagne. Des antennes de secours furent montées, des canaux réorientés, des tra­vaux urgents entrepris. Ce fut pour l'O.R.T.F. et l'Etat la plus grande mobilisation de son histoire pour "satisfaire" ses malheureux Bretons sans télé ! C'était vraiment très touchant.

 Question: Il y eut pas mal de monde à s'exprimer sur la suppression de la télé dans les foyers bretons. Qu'en avez-­vous pensé à l'époque?

Réponse: Je voyais ce grouillement d'un bon œil, puisque la quasi-totalité des enquêtes sérieuses faites par des socio­logues, sur le terrain ou dans les écoles, apportaient de l'eau à notre moulin, à savoir: le rôle néfaste de la télé sur les enfants, leurs études, la famille, les rela­tions amicales et affectives. On a même parlé d'un possible baby-boom après cet arrêt d'image!! Pour peu on nous aurait proposé une décoration I!!

 Question: Et la revendication "Evit ar Brezhoneg", elle a été aussi diversement interprétée?

Réponse: Elle fut vite écrite, sur place, par mon compagnon qui avait amené un morceau de contreplaqué et un crayon feutre. Le communiqué de revendication devait parvenir à la presse dans les jours suivants. La personne qui en avait la charge se crut un moment menacée (il y avait profusion de flic...). Elle se débarrassa du matériel, machine, papier, communiqués. Le temps de se réorganiser c'était trop tard.

 Question: Qu'avez-vous ressenti devant ce déferlement médiatique pla­çant le F.L.B. sur le devant de la scène nationale et internationale?

Réponse: Les premiers jours, simplement la satisfaction de l'artisan ayant bien exécuté son boulot. J'étais trop conscient du chemin qu'il nous restait à parcourir avant l'avènement d'un pouvoir breton indépendant, conscient aussi de la faiblesse de nos moyens, conscient de la situation géopolitique et stratégique de la Bretagne dans la France et dans l'Europe de l'ouest pour exulter. Enfin conscient des forces de l'ennemi à qui nous ne pouvions opposer que notre intelli­gence tactique, notre détermination et notre connaissance du terrain. C'est pour cela que le mot d'ordre fut de durer et de se multiplier.

 Question: Et aujourd'hui 20 ans après, que ressentez-vous personnellement?

Réponse: Aujourd'hui je parle pour la première fois comme témoin actif d'une tranche de l'histoire de Bretagne. Je le fais sur votre demande, et dites­-vous, de beaucoup d'autres pour laisser une trace vraie à notre jeunesse. Je ne ferai pas de pèlerinage au Roc le 14 février. Je n'ai jamais eu le sentiment d'avoir fait des choses extraordinaires. Sim­plement mon devoir, guidé par une grande conviction qu'il n'était plus possible de conti­nuer sur la voie "légale" devant tant d'injusti­ce et de mépris. J'ai été engagé à fond dans' la lutte de libération nationale du peuple breton vers le socialisme. Je croyais dur comme fer à la prise de conscience nationale de mes compatriotes. Je pensais que le moment était venu d'ac­célérer le processus. Nous n'étions qu'une poignée d'hommes et de femmes décidés, mais comme on dit, nous avions la foi qui "renverse les mon­tagnes". Et c'était formidable à vivre.

 Question: avez-vous des regrets?

Réponse: Oui, bien sûr. Mais aucun ne concernant cette action, puisque c'est de cela que vous me parlez. Si c'était à refaire, devant la même situation, je le referais avec la même conviction. La conviction de rendre un servi­ce à la langue bretonne, au peuple breton, àla Bretagne toute entière. Ceci dit en toute humilité, et avec un profond respect pour tous ceux qui ont fait plus que moi... Il Y a des moments dans la vie où l'hu­miliation n'est plus supportable et où il faut se lever, se battre avec les moyens dont on dispose. Nous avons été quelques-uns à le faire. Pas assez nombreux, hélas, et pas assez longtemps pour encrer plus profondé­ment ce désir d'indépendance dans la conscience des Bretons. D'où peut-être cette "pause" dans la revendication nationa­le dans ces moments pourtant agités. Nous aurons, au moins, donné l'exemple de ce que l'on pouvait faire pour ne pas dispa­raître sans ultime résistance. Au plus, nous aurons laissé des traces indélébiles de nos actions dans la mémoire collective des Bre­tons. Nous aurons perpétué la vieille tradi­tion de révolte face à l'Etat Français. Bre­tons, et éternels insoumis, jusqu'à notre libération.

 Question: 20 ans après le Roc quelle analyse portez-vous sur la situation actuelle en Bretagne?

Réponse: Socialement, je vois un grand désarroi: chômage, fermeture d'en­treprises, crise aiguë de la pêche, difficultés du monde agricole, paupérisation de notre jeunesse, exode... Il y avait aussi tout cela en 73-74. Mais ce qui était radicalement différent, c'est le dynamisme des masses, des syndicats, des partis de gauche, à changer le cours des choses. Peu de gens acceptaient la "fatalité" du chô­ mage ou de l'exploitation. Je pense que les idées étaient plus claires, les responsabili­tés mieux cernées, les responsables connus et combattus comme tels.

Politiquement je ne peux que constater un tassement passager, je l'espère, de la revendication indépendantiste, compensée il est vrai par une nette prise de conscience des valeurs et des atouts de la Bretagne, notamment sur le plan économique et de la protection de notre patrimoine naturel. Je constate aussi une certaine confusion dans les idées, une absence de clarté, l'accepta­tion d'analyses fausses amenant à d'inévi­tables compromissions ne pouvant débou­cher que sur l'échec et la mise au rancard du nationalisme de gauche, que défend avec raison, Emgann aujourd'hui.

Mais je vois aussi monter des forces nouvelles, saines,- convaincues, porteuses d'espoir pour la Bretagne. L'histoire ne se renouvelle pas, dit-on (ou pas très souvent). Ceux-ci devront donc trouver leurs voies et mèneront à leur manière leurs luttes qui prolongeront les nôtres, dans le contexte politique, social et culturel d'aujourd'hui. Et ils ont de beaux jours devant eux, car presque tout reste encore à construire. Ils ont toutefois quelques sérieuses fondations. Les satellites tournent au-dessus de nos têtes... Vingt chaînes de télé peuvent être captées dans nos foyers... La lutte doit sans cesse s'adapter au progrès de l'enne­mi : j'ai une grande confiance dans les capacités d'imagination, de résistance et de renouveau de notre jeunesse pour pour­suivre le chemin vers la souveraineté natio­nale. Je dirais toutefois, attention! le maté­rialisme et les égoïsmes nous guettent et nous encerclent. Militer c'est vivre, pleine­ment avec quelques sacrifices matériels vite intégrés dans la vie. Et militer pour l'indé­pendance nationale de son propre pays est la suprême joie, introuvable dans tout autre engagement. Et la plus belle consé­cration d'une vie n'est-elle pas d'avoir parti­cipé activement à la construction d'un pays souverain pour les générations futures.

Notre plus belle réussite, avec le Roc et après, aura été comme le dit Glenmor de redonner aux Bretons une part de leur fier­té, de savoir dire à la France, halte! Pas plus loin sans passer sur nos corps et sans risques pour vous-mêmes. Ces acquis personne ne nous les retireront. Et un jour le vent changera. Il soufflera d'Ouest en Est comme ce soir du 13 février 1974, vent favorable, vent porteur d'espoir, vent déboulonneur d'oppression, vent de liberté et d'indépendance, pour un peuple qui le mérite tellement.

Et ne fusse qu'avec une pierre, de tous temps, il a fallu que quelqu'un commence à tracer le chemin.

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 circle13_gray.gif Charles Le Gall : Une déclaration sur l'honneur

 L'opinion publique ne manquera évidemment pas de faire un rapprochement entre l'attentat. de Roc’h-Trédudon et la récente démission de l'O.R.T.F. de Charles Le Gall, pour les raisons que l'on sait. L'ancien chroniqueur en langue bretonne des actualités ré­gionales que nous avons pu joindre hier a déclaré ceci:

« Un attentat aaux conséquences extrêmement graves a été commis dans la nuit du 13 au 13 février en Bretagne. Cette action, signée A.R.B.-F.L.B. (organisation clandestine dissoute récemment par arrêté ministériel) est survenue huit jours après qu'un incident m'eut opposé au rédacteur en chef du journal télévisé régional, à propos d'une information en langue bretonne.

Une solution a aussitôt été trouvée à ce différend sans qu'aucune modification ne soit apportée aux émissions en langue bretonne. Je déclare sur mon honneur que tout événement survenu consécutivement à cette affaire ne peut qu'être étranger à ma volonté ». Cela étant, quel est le texte « censuré? » Pour autant qu'on ait pu le savoir, il avait pour titre, dans le sommaire de l’émission: « Constitution à Brest d'un comité de secours aux familles des personnes détenues pour activités autonomistes ». Quant aux propos enregistrés par Charles Le Gall, transmis à Rennes et repoussés par le rédacteur en chef, ils consistaient en ce bref communiqué: il: Au cours de la semaine écoulée, des personnes ont été arrêtées à Brest, soupçonnées d'avoir participé aux actions du F.L.B. « Plusieurs d'entre elles ont été relâchées, d'autres ne le sont pas encore. A leur intention, et à l'intention de leurs familles, les comités de soutien ont été mis en place dans les grandes villes de Bretagne, et une réunion à ce sujet se tiendra à Brest, à la Maison des Jeunes de l’harteloire ».

"Le Télégramme" 15.02.1974

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circle13_gray.gif Les réactions après l'aHentat de Roc- Trédudon. L'U.D. C.G.T. : « condamne fermement les auteurs»

 « En signant leur acte, les Indi­vidus se réclamant du Front de Libération de la Bretagne montrent bien que leur souci n'est pas de protéger et de défendre les Inté­rêts de la population bretonne.

« Dans un contexte politique et économique difficile, où le pouvoir, pour faire face aux conséquences néfastes de sa politique, renforce son autoritarisme et réduit les liber­tés, de tels actes ne peuvent que le satisfaire (...).

« Les travailleurs, eux, ne se trompent pas de cible. La lutte pour des changements ne passe pas par des actes criminels, mais par une lutte où l'ensemble des masses ouvrières et paysannes trouvent toutes leur place (…) »

 Ouest ­France

 

circle13_gray.gif "Evit ar brezhoneg"

Reste à trouver les raisons du sinistre. Mais les enquêteurs ne chercheront pas très longtemps, puis­qu'ils découvrent, enroulé dans un tissu imperméable, à proximité du plat d'ancrage Nord Ouest, une "carte de visite". En l'occurrence, une plaque de bois, portant ces inscriptions en lettres rouges : "FLB-ARB", suivies en plus petits caractères: "Evit ar Brezhoneg" ("pour le breton").Quels que soient les auteurs de cet attentat, on peut affirmer, qu'il s'agit de véritables "professionnels", à en juger par la manière dont les haubans ont été sectionnés. Les deux ancrages, Nord-Ouest et Sud-Ouest ayant libéré une face du pylône, celui-ci a été attiré par la force exercée par les deux autres haubans, diamétralement opposés, et il s'est écrasé au sol, enfonçant le toit du bâti­ment abritant les émetteurs.

"Télégramme" 15.02.74

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