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NEVROSES

I

L’eau chauffe dans la casserole, siffle, tandis que je fais les cent pas dans la pièce.

Ce bruit me chatouille et me chicane l’oreille, mais j’aime la chaleur qui se dégage. Il fait froid. C’est l’enfer : le feu autour, dedans, à l’intérieur, tout le long, partout. Et il fait froid. Les douces flammes dans la cheminée, la douce flamme de la chandelle droite, fière, filiforme qui va se consumer, qui va se ramollir, qui s’éteindra, la douce flamme que j’aurais en moi, au fond de moi, dans mon cœur qui n’est pas de pierre alors qui brûle. Mais il fait froid. Me ferais-je un film ? C’est flou. Je m’en fiche, je me fâche et je m’en fiche. Est-ce que je m’en fiche ? Réellement ? Est-ce la passion ? Est-ce la foudre ? La foudre qui chamboule, qui chahute, qui chambarde tout, qui fait tout chavirer, qui fait tout s’enflammer. Alors que je m’enflamme, il fait froid. Peut-être suis-je un navire chavirant, un chacal à l’affût, le chèvrefeuille s’attachant. Que de chimères idées, chimères pensées semblant si importantes. Flash. Charabia. Je perds le fil. Un soudain goût immodéré pour le trash. Apparition de notions de péchés et de fautes, d’idées de folie consciente, et l’effroi. Effroi latent, peint en transparent, ignoré, qui nourrit la flamme, qui la fait croître, se mouvoir, se déchaîner de l’effroi enchaîné ; la flamme immense qui brûle mais il fait froid. L’enfer et il fait froid. Et cette colère, cette flamme de colère soufflant sur les métaphores si chéries et touchantes, si recherchées, si fascinantes. La limite des mots. Transparentes colères, transparentes peurs, transparentes flammes. J’ai froid.

L’eau chauffe dans la casserole, siffle, tandis que je fais les cent pas dans la pièce.

II

L’eau chauffe dans la casserole, siffle, tandis que je fais les cent pas dans la pièce.

En rentrant, en franchissant le seuil de la porte, j’avais remarqué le désordre de la pièce, de ma chambre, de mon chez-moi. J’avais alors claqué la porte, mis de la musique, allumé la plaque, geste devenu typique, posé mon sac et était entrée dans la chambre bordélique. J’avais posé le magnifique paquet et était retournée à mon eau chaude. C’était le sympathique contact avec la chaleur que je recherchais : atypique besoin, désir famélique de chaleur. C’est sans aucun tact que j’accède au liquide et m’en retourne à mon maléfique paquet auquel je m’accroche : apathique pacte, sournoise musique que l’on s’accorde et qu’on acclame et qui trompe. Sur la table de nuit, le réveil, et son tic tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.

III

Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.

On. Off. On. Off. On. Off.

No. Yes. No. Yes. No. Yes.

What’s wrong ? What’s wrong ? What’s wrong ?

No communication. No communication. No communication.

Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac.

What’s wrong ?

Say it

Die Schweige.

Die Angst.

Secret. Secret. Secret.

Mots saccadés. Mots étrangers. Mots pour dévoiler.

Mots pour cacher. Mots entremêlés. Mots insensés.

Mots pour exprimer. Mots pour tenter d’exprimer l’inexprimable.

Parle. Parle. Parle.

Tais-toi. Tais-toi. Tais-toi.

Ne pas tout dire, ne pas tout comprendre, ne pas tout faire comprendre : vide de l’âme.

Ne pas tout garder, ne pas tout contenir, ne pas tout enfermer : prison de l’âme.

Milieu.

Moyen.

Juste.

Juste milieu

Juste milieu selon ses moyens.

Je ne sais pas. Je ne sais pas. Je ne sais pas.

Mots pour exprimer l’inexprimable.

Mots pour exprimer l’exprimable.

Je ne sais pas.

Inexprimable.

Pas milieu.

Pas moyen.

Pas juste.

Confusion.

Réduction.

Juste milieu exprimable.

Inexprimable.

Injuste extrême inexprimable.

No communication. No communication. No communication.

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