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IMAGES

Des rires. C’étaient des rires qu’on pouvait entendre. Des rires tantôt aigus, tantôt graves, des rires sifflants et essoufflés, résonnants, sonnant, souvent exténués, des rires profonds, véritables, répercutants. A en rire soi-même. Rires abandonnés, provocateurs voire choquants, agresseurs, insupportables, attendrissants. Rires légers et doux, reflets du bien-être, rires cyniques, conscience d’une absurdité. Rires diaboliques, rires de maître, rires dégénérés. Puis vient le silence, lourd silence, trop lourd silence. Encore ! oui, rire encore, encore et toujours, encore plus. Il faut combler ce silence, combler ce vide. Trouver autre chose, d’autres sensations : des compensations. Alors on se met au sourire : le délicieux sourire, le précieux sourire détourneur d’attention, mais si bref le sourire, si brève la contemplation, si pâle en fin de compte, si blanche. Câlin ou complice le sourire, caressant ou communicant, mais lassant, d’un ennui ! Pas d’adrénaline. Oh oui ! l’adrénaline, l’extase, l’extrême : être hors de soi ; encore, toujours, tout le temps, à perpétuité, à l’infini. Pas soi. Au delà des limites, au-delà des possibilités et c’est la création d’un cercle vicieux : toujours créer plus de possibilités pour dépasser les possibilités. Oh oui ! de l’adrénaline ! sur commande, quand on veut comme on veut, jeu sans règle où on est toujours gagnant, adrénaline intemporelle, tout le temps, ou jamais ou un instant, sans fin, sans début, tout le temps, arrêt d’un instant. De l’adrénaline. Fantasme. Des sensations : de l’émerveillement, de l’étonnement, de l’événement, de l’horreur, de la peur, de la supériorité, de l’excitation, sur demande, d’un claquement de doigt, d’un cliquement d’index, comme on veut quand on veut, sans peine, sans ennui, sans difficulté. De l’image. Oui ! Des images, images inspiratrices et faciles. De l’image : voir. Voyeurs, exhibitionnistes. Voir, regarder, observer, admirer, espionner, laisser les yeux effectuer leur tâche devant l’image qui leur est imposée. De l’image partout, n’importe où, n’importe quand ; images rapides, diverses, variées, colorées, nuancées, partageant, donnant, cédant volontairement sensations, émotions, impressions, envies, sans ennui, car le changement est perpétuel. Des sensations pour éviter l’ennui, pour tenter de l’oublier, des sensations pour se sentir vivre. Click ! Image. Vite changer, sinon elle devient ennuyeuse. Click ! Vite ! Une autre ! Sinon l’ennui va oser apparaître. C’est alors une succession rapide d’images – et de sons, pourquoi pas ? – qui s’offre à ses yeux, succession rapide d’émotions et de sensations qui animent les neurones et l’organisme, chassant le concept des méchantes ondes négatives perturbatrices provocatrices de toutes sortes de maux ; enfin, chassant le mal-être, chassant son mal-être, son souci de ne pas être ce qu’il voudrait être, ou de ne pas être ce qu’on lui a dit qu’il fallait être.

L’homme est assis, ingurgitant les images défilantes, riant, s’esclaffant, s’agitant sur sa chaise, l’immobilité déclenchant l’alerte : bip ! saturation ; bip ! Seul défaut, source de futures investigations. Reste le sommeil et les rêves : d’autres images, cependant non ou alors moins contrôlées. Mais il avale toujours plus d’images écrasantes, cependant sans indigestion, car il y a la suprême présence de l’évolution. Le cervelet est en exercice, il chauffe, surchauffe, il travail, sans conscience – heureusement- , c’est un athlète de haut niveau, en croissance fantastique, hyperbolique. C’est l’adaptation automatique, mécanique ; croissance grandiose et géniale, immense et incroyable. Mais jamais absolue l’évolution ! Elle se laisse guider, on peut lui forcer la main, dans un bon sens ou dans un moins bon, jamais parfaite, ô le grand drame, elle n’a jamais été vue parfaite, jamais sans dérive, jamais à l’abri. La tête de l’homme évolue, grossit, gonfle : elle est lourde, très lourde, trop lourde. Sa nuque lui fait mal, mais il ne sent plus la douleur, les idées étant occupées ailleurs. Sa tête penche en arrière et bip ! on entend un craquement. La gravité, encore si peu niée, met en œuvre son effet : la tête est trop lourde par rapport au corps trop frêle, et alors c’est un son qui est transmis : crack. La tête roule par terre : encore une image. Avec le sang bien sûr (il faut une sensation), le sang qui coule, et la froideur du corps qui ne va pas tarder, la puanteur également, les yeux vides et vidés dans une vie et un endroit vides. Et le sourire aux lèvres et l’expression de bonheur sur son visage.

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