INTRODUCTION
Dans les milieux chrétiens évangéliques un débat est resurgi depuis plusieurs années, celui du "Lordship Salvation" versus le "Free Grace".
Qu'est-ce que le Lordship Salvation:
Le Lordship Salvation est une doctrine qui stipule que le salut
d'un individu dépend de ses engagements face au Seigneur.
Cet individu doit, non-seulement, croire que Jésus-Christ est
son Sauveur, mais il doit s'engager à, où au moins désirer,
abandonner toutes parcelles de péchés dans sa vie pour prétendre
être chrétien.
La vie toute entière de l'individu doit être soumise au
Christ pour qu'il puisse prétendre être un "vrai croyant".
Il est donc impossible d'avoir une assurance à 100% d'être sauvé puisqu'il faut évaluer constamment le fruit dans nos vies et puisque personne d'entre nous ne pouvons prétendre être à 100% sans péché à 100% du temps. Nous serons constamment incertains de notre position avec le Seigneur.
Selon cette position, lorsque nous lisons dans Actes 16.31 «...crois
au Seigneur Jésus et tu seras sauvé...» cela impliquerait
des considérations théologiques et des engagements qui auraient
été cachés, mal interprétés, ou tordus
dans plusieurs présentations de l'évangile que nous entendons
aujourd'hui par des prédicateurs modernes.
C'est ce que prétendent John F. MacArthur, Walter Chantry et
A.W.Tozer. Dans certains de leurs écrits sur le sujet, ils tentent
de clarifier les conditions bibliques pour être sauvé.
Les tenants du "Lordship Salvation" et du "Free Grace" sont d'accord pour insister sur le fait que cette question est d'une importance capitale puisque la destinée éternelle de multitudes est en jeu.
La façon dont on va présenter l'évangile sera affectée par notre compréhension de ce qu'est le message de l'évangile.
Les tenants du "Lordship Salvation" insistent sur le fait que nous devons mettre les pécheurs en face de cette vérité (Que le Seigneur devra être le Seigneur de tout ou bien il ne sera pas le Seigneur du tout) avant de les encourager à répondre au message du pardon gratuit.
Le "Lordship Salvation" se traduit par "Le Salut par l'engagement", "Le salut par le renoncement" ou encore "Le salut par la soumission".
Selon cette position le mot "croire" c'est l'équivalent de s'engager, de renoncer (reddition) ou de se soumettre.
Croire en Christ = se soumettre au Christ.
Croire en Christ = obéir aux commandements.
Croire en Christ = s'engager comme disciple.
Croire en Christ = abandonner tout pour Lui.
"Free Grace" se traduit par "Le Salut par la grâce gratuite".
Cette position oppose celle du "Lordship Salvation" et enseigne la
simplicité de la foi comme une confiance non encombrée ou
l'acceptation du cadeau du salut de la part de Dieu.
HISTOIRE
Historiquement, la position du Lordship Salvation a ses racines dans les expressions de foi du type piétisme anglais après la réforme protestante.
Si on y trouve quelque chose, c'est plutôt des éléments qui viennent contredire les arguments du Lordship Salvation.
Aujourd'hui, certains réformés, mais non pas tous, enseignent le Lordship Salvation.
La controverse au sujet du Lordship Salvation est enflammée par des questions d'ordres pratique, théologique et sociale.
Pratique: Le fait qu'il semble y avoir tant de faux-professants et de croyants non-engagés dans les églises.
On recherche, avec raison, les causes d'une si grande disparité entre la profession et la pratique des chrétiens. On tend à mettre cela au pied d'une prédication défectueuse et d'un évangile facile.
Ils ont donc proposé un évangile qui demande à l'avance à ceux à qui l'on prêche, un engagement exclusif à un style de vie obéissant dans l'espoir de minimiser ces problèmes.
Théologique: Ce qui motive principalement les tenants
du Lordship Salvation au point de vue théologique, c'est de préserver
ce qu'ils considèrent être le vrai évangile.
L'aspect théologique touche les questions du sens et de la nature
de la foi, la repentance, la Seigneurie de Christ, être disciple,
la justification, la sanctification, la sécurité du croyant,
la persévérance et l'assurance du croyant.
Sociale: L'influence du chrétien dans l'arène sociale.
Tous ceux qui sont sauvés, doivent nécessairement influencer
la société en y apportant la Seigneurie de Christ. Donc un
chrétien doit être impliqué dans les luttes sociales
sinon il n'a pas le droit de prétendre qu'il est chrétien.
L'étendue du débat est donc très importante et plus qu'une histoire de couper les cheveux en quatre.
LA FOI
La preuve lexicale et les passages bibliques ne sauraient supporter
la définition de la foi des Lordship Salvationistes comme étant
la même chose que l'obéissance, la volonté d'obéir,
ou la soumission.
Il ne peut être démontré non plus que la foi serait
une "dynamique divine" qui serait un don de Dieu ou qu'elle garantisse
un certaine mesure d'oeuvres même si elle implique qu'il y aura des
oeuvres.
De plus, il n'y a pas d'argument fort qui démontre que la bible
nous dépeint des exemples de fausse foi.
Dans la bible la foi est toujours la vraie foi.
Ce qui différencie la foi salvifique de toute autre sorte de
foi, c'est son objet (Christ).
Ainsi, la foi qui sauve est définie comme étant la confiance
dans le Seigneur Jésus-Christ comme Sauveur pour nous délivrer
de nos péchés.
C'est une acceptation personnelle de l'oeuvre du Seigneur Jésus-Christ
sur la croix pour le pécheur. Nous nous associons à Jean
Calvin lorsqu'il dit:
En somme, il n'y a nul vraiment fidèle,
sinon celui qui, étant assuré
de persuasion certaine que Dieu lui est Père propice et bienveillant,
attend
toutes choses de sa bénignité; sinon celui qui étant
appuyé sur les promesses
de la bonne volonté de Dieu,
conçoit une attente indubitable de
son
salut, comme l'Apôtre le démontre par ces paroles:
Si nous tenons jusqu'à la
fin la confiance et le glorifiement
de notre espérance (Héb. 3 :
14).
Car en disant cela, il témoigne que nul n'espère droitement
en Dieu, sinon
qu'il s'ose hardiment glorifier d'être héritier du
royaume céleste. Il n'y a
dis-je derechef, nul fidèle, sinon celui qui étant
appuyé sur l'assurance
de son salut, ose insulter sans doute au diable et à
la mort, comme l'Apôtre
enseigne en la conclusion qu'il fait aux Romains : Je suis assuré,
dit-il,
que ni la mort, ni la vie, ni les Anges, ni les principautés,
ni les puissances,
ni les choses présentes, ni les choses futures ne nous pourront
retirer
la dilection que nous porte Dieu
en Jésus-Christ (Rom. 8 : 38). Ainsi
l'apôtre n'estime pas que les
yeux de notre entendement soient bien
illuminés, si ce n'est que
nous contemplions quelle est l'espérance
de
l'héritage éternel, auquel nous sommes appelés
(Eph. 1 : 18). Et telle est
sa doctrine partout, que nous ne comprenons pas bien la bonté
de Dieu,
sinon qu'en elle nous ayons une grande assurance.» (Institution
3.II.16)
LA REPENTANCE
Généralement, la position des tenants du Free Grace concernant la repentance, est que la repentance est nécessaire au salut.
Le principe de base des Lordship Salvationistes qui dit que la repentance implique toujours le péché et que la repentance est de se détourner des péchés ou la résolution de se détourner des péchés n'est pas soutenable à partir de preuves lexicales ni de passages bibliques.
Une étude approfondie démontre que les arguments lexicaux
de la position du Lordship Salvation n'a pas réussi à démontrer
que (metanoia) incluait les sens de (metamelomai) et de
(epistrepho). En fait, des usages différents ainsi que des définitions
différentes furent observées. Ni que metanoeo/metanoia
ont la signification essentielle de se détourner des péchés.
Les traductions n'ont pas réussi à bien communiquer la signification
de base de la repentance, qui est; "de changer d'idée, d'attitude,
de disposition."
Les passages sur la repentance supportent cette définition.
Dans l'offre faite par Jean Baptiste, par Jésus, et les apôtres,
la repentance peut être distinguée du changement de conduite
qui en résulte. Lorsque des actions spécifiques de péchés
sont visées, le commandement de se repentir est presque toujours
en rapport avec des chrétiens (à l'exception d'Apocalypse
9.20-21 et 16.9,11) et indique un changement d'idée qui mène
à un changement de conduite. Les fruits de la repentance peuvent
et doivent se distinguer de la repentance en tant qu'attitude intérieure.
Le rapport entre l'attitude intérieure et son résultat extérieur
ne peut être supporté par l'idée que la repentance
est une puissance divine donnée par Dieu.
Finalement, il a été démontré pourquoi la repentance ne mérite pas l'emphase que les Lordship Salvationistes demandent.
Le point de vue du Free Grace soutient que la repentance est un changement d'idée, d'attitude, et de disposition qui implique et qui mène normalement à un changement extérieur dans la vie et la conduite même si cette dernière n'est pas essentielle à l'expression elle-même. Le focus de la repentance doit être déterminé par le contexte. En ce qui a trait au salut, la repentance est sous entendue dans l'appel à croire en Christ. Ainsi, l'emphase mise sur la repentance n'est pas la même que celle mise sur la foi dans la prédication de l'évangile.
Le point de vue du Lordship Salvation sur la question de la repentance
ne peut offrir une assurance absolue du salut (ainsi que leur définition
de la foi) car une personne ne peut jamais être absolument sure que
tous ses péchés aient été abandonnés.
Si on insiste en affirmant que la repentance signifie de se résoudre
ou de se décider d'abandonner tout péché connu, alors
l'absurde scénario émerge selon lequel il serait préférable
de garder les gens dans l'ignorance à propos de leurs péchés
lorsqu'on prêche l'évangile. Au contraire, la position du
Free Grace croit que les pécheurs doivent être avertis de
leur fâcheuse situation et exhorté de changer d'idée
à propos de leur capacité de se sauver eux-mêmes et
de croire en celui qui peut les sauver, le Seigneur Jésus-Christ.
LA SEIGNEURIE DE CHRIST ET LE SALUT
Il n'y a pas de preuves bibliques ou lexicales qui établissent qu'un pécheur doive se soumettre ou qu'il doive avoir l'intention de se soumettre à la seigneurie de Christ pour être sauvé.
On peut voir qu'il y a bon nombre de choses sur lesquelles les tenants
du Lordship Salvation et ceux du Free Grace peuvent s'entendre. Les deux
côtés sont d'accord sur le fait que Jésus est Dieu
et que parce qu'Il est Dieu, Il est aussi capable d'être Sauveur.
Les deux côtés sont d'accord que le terme kyrios dénote
la divinité et que la divinité dénote la souveraineté.
De plus, les deux côtés sont d'accord que Jésus-Christ
en tant que Seigneur a la position et l'autorité pour accorder le
salut, et que celui qui vient à Christ pour être sauvé
se soumet implicitement à cette autorité en ce qui concerne
le salut. La division survient sur le fait que la position et l'autorité
de Jésus en tant que Seigneur requiert la soumission à Christ
comme Maître du reste de sa vie de la part du pécheur comme
condition pour être sauvé.
Du côté lexical, nous voyons que kyrios dénote
la souveraineté, mais seulement parce qu'il dénote premièrement
la divinité.
En tant que divinité, kyrios dénote aussi beaucoup
d'autres fonctions de Christ.
L'argument du Lordship qui insiste sur le règne personnel comme
condition au salut à l'exclusion des autres fonctions de Christ
en tant que Dieu est inconstante avec le donné biblique qui l'appelle
aussi Juge, Fils de l'Homme, Créateur, Sauveur, Christ, etc.
La faille principale de l'argumentation du Lordship Salvation c'est son insistance sur le fait que l'usage du terme "Seigneur" dans les passages concernant le salut, demande à l'incroyant la soumission personnelle de tous les aspects de sa vie.
Le saut du sens objectif du terme "Seigneur" à un sens subjectif
est intenable dans l'étude des passages bibliques.
Jésus est Seigneur, que les genoux fléchissent ou non.
Nous pouvons conclure que les passages qui parlent de Jésus comme
Seigneur et Sauveur ne justifient pas la demande subjective d'une soumission
personnelle à la seigneurie de Christ .
Jésus doit être Seigneur positionnellement (en tant que
Dieu souverain) s'il est pour être le Sauveur. La proclamation évangélique
de Jésus comme Seigneur ne constitue pas une demande de soumission
de la vie. Cela peut simplement faire référence à
Son titre ou de manière polémique, à Sa divinité
ou Son autorité souveraine pour sauver.
Aussi, confesser que Jésus est Seigneur peut être une
reconnaissance de Sa divinité et de Son autorité pour sauver,
mais sans raison explicite cette confession ne demande pas la soumission
de la vie d'un individu pour être sauvé.
Lorsqu'un pécheur met sa confiance en Jésus comme Sauveur, nous pouvons affirmer qu'il se soumet implicitement à l'autorité de Jésus-Christ pour le pardon des péchés.
Ainsi on ne peut nier que les implications logiques et bibliques de
se confier dans le divin Sauveur pour être sauvé devrait mener
une personne à se soumettre à Lui comme son divin Maître.
Toutefois, le sujet demeure celui du salut et non pas le fait qu'il soit
ou qu'il devienne Maître de sa vie.
DEVENIR DISCIPLE ET LE SALUT
La signification de "disciple" est plus fluide que plusieurs l'affirment
des deux côtés de la controverse du Lordship Salvation.
Ceci rend une étude définitive difficile et des déclarations
absolues suspectes. Toutefois quelques conclusions peuvent être affirmées
avec un certain degré de certitude.
La preuve lexicale et contextuelle démontre qu'en rapport avec
Christ le mot "disciple" peut être utilisé pour faire référence
à une personne non-sauvée qui suivait Christ, un croyant
qui suivait Christ, et une personne entièrement consacrée
qui suivait Christ. Un synonyme "suivre," ne parlait pas d'une invitation
à être sauvé sauf où on l'utilise comme une
métaphore pour "croire" en deux contextes métaphoriques (Jean
8.12;10.27).
Aussi, la preuve biblique ne supporte pas l'idée
que l'appel à devenir disciple était un appel au salut. Les
conditions difficiles mises de l'avant par Jésus étaient
pour ceux qui voulaient le suivre dans une vie d'obéissance à
la volonté du Père.
Le récit du jeune homme riche, souvent utilisé pour supporter
la position du Lordship Salvation, montre simplement que Jésus tentait
de convaincre le jeune homme de sa dépravation et de son besoin
d'être sauvé et c'était donc une situation pré-évangélistique.
L'appel à devenir disciple tôt dans les récits montre
que devenir disciple est une expérience progressive dans laquelle
les croyants sont continuellement mis au défi de devenir des disciples
plus complets de Christ.
Même si l'expression "disciple" peut être utilisée
pour décrire toute personne qui suit Jésus-Christ, même
les incroyants curieux, l'usage prépondérant du terme "disciple"
par Christ réfère à ceux qui acceptent le défi
de le suivre dans un engagement plus profond à lui obéir,
d'abnégation et de soumission. Être un disciple engagé
est toujours coûteux et doit être distingué du salut,
lequel est toujours gratuit. Le concept disciple-salut avec son engagement
à être fidèle ne fait pas adéquatement face
à la réalité du péché dans la vie des
croyants. La grâce qui apporte le salut est la motivation qui mène
le croyant à payer le coût de devenir un disciple et vivre
une vie qui glorifie le Seigneur.
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