
Source : Magazine 7 jours, 24 novembre 1990, vol. 2, no.2.
Photos : Pierre Dionne,
Coordonnatrice : Nathalie Coderre,
Maquillage : Johanne Piette,
Vêtements : Johnny Rocket.
Pendant qu'Ovila Pronovost fait tous les efforts pour séduire Émilie dans Les Filles de Caleb, Roy Dupuis, 27 ans, n'a rien eu à faire pour conquérir tous les coeurs du Québec. Non, c'est faux! Il avait son immense talent de comédien, tellement immense, d'ailleurs, que son rôle d'Ovila, de même que celui de Maxime Morel dans le premier téléfilm de la série Lance et Compte, lui ont valu une réputation de rebelle. Voici pourtant, à son état pur, la nouvelle star du Québec qui vient démentir cette réputation avec élégance et douceur.
"Comment je suis devenu comédien"
D'abord, Roy, j'aimerais que tu me parles de ton expérience auprès de Marina Orsini dans Les Filles de Caleb
Tout a "cliqué" dès le départ, et c'est cela qui nous a permis de créer l'intimité et d'aller chercher la sensualité que l'on retrouve dans chaque épisode. À cause de la série, nous sommes devenus de grands amis. On ne se fréquente pas assidûment, mais on s'invitera sûrement à souper à un moment donné.
Comment en es-tu venu à être comédien?
Durant mon cours secondaire, à Laval - je suis né à Amos mais ma famille a déménagé à Laval lorsque j'avais quatorze ans -, je suivais un cours de français-théâtre. À cette époque, je ne pensais même pas faire une carrière de comédien. Et puis un jour, j'ai rencontré une fille qui voulait se présenter aux auditions d'entrée à l'École de théâtre; elle m'a demandé de lui donner la réplique. Deux jours avant l'audition, un ami à elle, qui s'était aussi inscrit, s'est désisté à la dernière minute. Elle m'a alors proposé de prendre sa place et de me faire passer pour lui.
Et l'astuce a fonctionné?
Un certain moment, en tout cas, car j'ai pu passer l'audition. Lorsque je me suis présenté au bureau de la directrice, Michelle Rossignol, elle avait la photo du type qui avait abandonné! On a discuté, elle m'a finalement remis un formulaire d'inscription, et c'est ainsi qu'à 19 ans j'étais accepté à l'École nationale de théâtre, où j'ai étudié durant quatre ans. Ma vie a complètement changé depuis ce temps-là. À ma sortie, j'ai beaucoup joué au théâtre, dont le personnage de Roméo dans Roméo et Juliette au TNM. J'ai aussi tenu des rôles secondaires dans quelques films, dont Jésus de Montréal, Dans le ventre du dragon et Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.
"Je joue du violoncelle"
Ta vie doit avoir encore plus changé depuis que ton personnage dans les Filles de Caleb est devenu la coqueluche du Québec?
Je suis évidemment conscient de ma popularité, car de plus en plus de gens m'arrêtent sur la rue pour me demander des autographes ou pour me dire que je suis un bon comédien.
Aimes-tu cela?
Oui, parce que je suis moi-même content de mon travail. Je vis donc bien ma popularité, même si je ne suis pas tellement habitué à ce rythme de vie. Ce n'est pas mon genre de parler de moi; d'autant plus qu'après avoir passé un an et demi dans la peau du personnage d'Ovila, je commence à peine à me retrouver. Et puis, j'ai ma vie privée et mon entourage auxquels je tiens beaucoup.
Tu ne cherches donc pas à fuir cette popularité?
J'habite à Montréal et si je cherche une terre pour m'établir dans une maison de campagne que je me débrouillerai pour construire, c'est seulement parce que je m'ennuie du bois et de la nature dans lesquels j'ai grandi en quelque sorte. Surtout que cette nostalgie s'est amplifiée avec le tournage des Filles de Caleb.
D'ailleurs, c'est parce qu'on apprécie ton travail que les gens veulent te connaître davantage et c'est un peu la rançon de ta gloire...
Je n'ai rien de bien spécial! J'ai un frère et une soeur, mon père est voyageur de commerce et ma mère enseigne le piano. J'ai vécu une enfance très heureuse et bien remplie. Lorsque je finissais l'école, j'avais deux heures de cours de violoncelle chaque jour en plus du hockey et de la natation.
Joues-tu encore de cet instrument?
Non et ça me manque, en ce sens que je parvenais à exprimer mes émotions et mes frustrations à travers la musique. D'ailleurs, tout comme le hockey - je viens de recommencer à jouer avec l'équipe de l'Union des artistes -, mes études de violoncelle ont contribué à faire de moi un bon acteur parce qu'elles exigent beaucoup de concentration et de discipline.
"Je suis en amour"
Tu es quelqu'un de très ordonné dans la vie?
Pas du tout! J'arrive à être très discipliné quand j'aime ce que je fais. Mais pour ce qui est de m'occuper de mes choses personnelles, je ne suis pas là. Disons que je suis organisé dans le sens que j'ai trouvé du monde pour gérer mes affaires.
On te dit d'ailleurs rebelle, délinquant...
C'est faux! Je suis plutôt un bon vivant qui aime la fête et le monde. Bref, j'aime la vie. De plus, je suis un amoureux et un romantique. J'ai une compagne de vie depuis un an et demi...
Alors, d'où vient ta réputation d'homme révolté?
Je ne suis pas révolté, mais il y a des choses qui me révoltent.
Par exemple?
Les cravates! Les conventions, les gens qui sont ancrés dans leurs principes et qui refusent d'avoir l'esprit plus ouvert. Dans ces cas-là, c'est vrai que j'ai le goût de les brasser... verbalement, car je n'ai jamais sauté sur quelqu'un de toute ma vie!

Mais as-tu des principes de vie?
Ce qui m'anime, c'est l'amour de la vie, des autres et, surtout, l'amour de soi-même, parce que j'estime qu'il est primordial d'apprendre à s'aimer du mieux qu'on le peut pour mieux aimer les autres.
"Être un sex-symbol, c'est flatteur"
Es-tu un solitaire?
Lorsque je suis entouré de gens, je me sens davantage seul que lorsque je suis vraiment seul chez moi : je cherche alors mes chums. De toute façon, je ne cherche pas à comprendre cela. Je vis au jour le jour parce que je ne veux pas gaspiller d'énergie à m'inquiéter du futur. C'est le meilleur placement que je puisse faire pour mon avenir.
Ta célébrité et tout ce qui t'arrive, est-ce que ça va te changer?
C'est sûr que je dois m'adapter à cela. Mais si la planète n'a pas besoin de moi pour tourner, si certains courants circulent autour de moi et me déterminent en partie, je suis quand même libre de poser des gestes qui peuvent modifier le cours de la vie. Je ne suis pas encore soumis à la vie! Si je suis rebelle, c'est peut-être dans ce sens-là, mais pas plus.
Je reviens à ta popularité : elle repose en partie sur ton image de sex-symbol. Comment vis-tu cela?
J'admets que c'est flatteur et je m'en accommode pour l'instant. On verra jusqu'où cela ira... Mais je ne recherche pas cette image. Et puis, je n'ai pas choisi mon visage! Pour tout dire, je suis quelqu'un de très simple; je fais simplement ce que j'ai à faire.