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Qui a dit que le baseball était mort?


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"Le baseball est mort"

'Le baseball est mort une première fois à Montréal,en 1959.

Le soccer allait-il prendre enfin sa place comme sport estival de prédilection?Certains l'ont cru. Un court moment. Mais la passion est demeurée celle des nouveau Québécois. Le soccer profitera-t-il de la 2é mort annoncée du baseball?Dans ce livre, Jooseph Morelli raconte, affirme, accuse,politise et inspire le débat. Mais quant à moi, il m'a appris la petite histoire du soccer de chez nous.

Petite histoire qui deviendra grande'

-Pierre Trudel, Journaliste CKAC



introduction


EXTRAITS DU LIVRE: "Le problème? Intéresser les Canadiens français au soccer. Ce n'est un secret pour personne, la majorité des adeptes du soccer au Canada sont de récents ou anciens immigrants venus d'Europe. Pour la plupart, ils sont maintenant des Canadiens au sens strict du mot et leur effort pour s'acclimater, se faire un nouveau mode de vie, s'adapter à des coutumes nouvelles et même à un climat différent, leur a valu la sympathie de tous les Canadiens français. Dans plusieurs domaines d'activités, ils se sont mêlés si bien aux nôtres qu'ils en ont adopté le mode de vie, la mentalité et plusieurs d'entre eux comptent parmi nos meilleurs amis. Dans le sport, ils ont souvent été invités à devenir participants, mais lorsqu'il s'agit de soccer, c'est une histoire toute différente. L'invitation ne doit pas venir de la part des nôtres, mais des Néo-Canadiens. Ce n'est pas d'hier que les Européens ont apporté ce sport ici et qu'ils le pratiquent dans la plupart des provinces canadiennes. Mais à cause des moyens trop modestes dont ils disposent, ils ont été forcés de restreindre leurs activités sportives et ils ont recruté parmi les nouveaux venus d'Europe. Nous ne saurions les en blâmer, mais nous croyons que pour populariser ce sport au pays, il faut intéresser les Canadiens, et dans le cas qui nous occupe, ceux de langue française. Et nous croyons qu'à cause du nombre plus grand d'immigrants depuis une dizaine d'années et de groupements qui leur permettent de mettre leurs efforts en commun, ils peuvent disposer de quelques sous pour vendre leur marchandise.

L'expérience a prouvé que les Canadiens n'ont réussi à implanter solidement dans d'autres pays leur sport national, le hockey, qu'en y recrutant des joueurs de ce pays. Nous croyons que dans le cas du soccer, les dirigeants de ligues et de clubs nourrissent d'ailleurs cette ambition afin de stimuler l'intérêt de tous les Canadiens. Sur ce sujet, nous avons appris avec joie la formation d'une ligue de soccer pour écoliers, dans les écoles catholiques de Verdun, et l'organisation de nouvelles ligues, par la direction des terrains de jeux et parcs de la ville de Montréal. Certains clubs se sont déclarés très enthousiastes de ces développements.

Cela peut signifier que dans quelques années, il sera possible de former une équipe entièrement canadienne française, disons qu'on l'appellerait " le Canadien ". Nous croyons que ce serait un apport important pour la ligue, une attraction qui amènerait de plus fortes assistances aux joutes de la Ligue Montréal de soccer. Ce sont des possibilités qu'il nous est facile d'exposer, mais ne sont pas impossibles à réaliser. Avec un peu plus de publicité, nous avons vu les assistances se maintenir à un niveau assez intéressant aux joutes du Cantalia. Nous connaissons nombre de clubs de base-ball de la province qui seraient heureux de compter des assistances de 2 000 et 2 500 spectateurs à chacune de leurs parties. Avec quelques améliorations à leur stade, une meilleure réclame auprès de leur compatriotes et dans les journaux, les dirigeants du Cantalia ont prouvé qu'il est possible d'atteindre un plus haut sommet. Avec un meilleur encouragement du public, les athlètes sont forcés de fournir leurs meilleures performances et le calibre du jeu devient de plus en plus intéressant à surveiller."

Paul-Émile Prince, rédacteur sportif au journal La Presse, 1955.


Le soccer, pratiqué aux États-Unis et au Canada depuis le début du 20e siècle, n'a jamais réussi à s'enraciner dans les moeurs des Nord-Américains. Le seul fait que le soccer ait été exporté par l'empire britannique (perçu particulièrement chez les Américains comme anciens colonisateurs) a sans doute contribué à sa marginalisation comme sport majeur en Amérique du Nord. Malgré leur indépendance politique de l'Angleterre, les Américains sont encore en voie de libération de l'influence culturelle sportive de l'empire. C'est donc avec l'intention de développer leur propre culture sportive qu'ils remplaceront le cricket par le base-ball et le rugby par le football américain. Dans leur affirmation nationale, ils feront du base-ball et du football des outils de promotion de leur propre culture sportive " Made In America ", culture qui sera diffusée autant à domicile qu'à l'étranger. Néanmoins, remplacer le rugby n'aura pas été aussi facile que de remplacer le cricket. Avant qu'ils ne trouvent les règlements qui feront du football un jeu authentique, un grand nombre de jeunes joueurs y ont laissé leur vie.

En 1905, devant un jeu devenu trop violent, les universités de Princeton, Rutgers, Yale, Columbia et Harvard abandonnent le football américain. Pour un court laps de temps, elles envisagent l'idée d'adopter le soccer, mais Harvard les persuade de se tourner plutôt vers le rugby traditionnel. Le docteur Floyd B. Eastwood, du Los Angeles State Collège, a mené une étude entre 1931 et 1954 dans laquelle il a constaté une moyenne de 17 décès par année, imputables à la pratique du football américain. Dans la seule année de 1949, il rapporte 26 décès. Entre 1950 et 1954, il en dénombre 93. Et si son étude avait débuté en 1905, il en aurait constaté 23 cette année-là, puis 26 uniquement en 1909!

Ce sera le prix que les Américains devront payer pour se donner un rempart contre l'omniprésence de la culture sportive de l'empire britannique. Des remparts qui seront d'une utilité inestimable face à l'immigration massive européenne du 20e siècle qui arrive sur le continent nord-américain avec un seul sport en tête : le soccer! Aujourd'hui encore, aux yeux de l'établissement sportif nationaliste américain, le soccer reste le sport des immigrants et ce sport représente une menace à l'identité sportive américaine et un danger pour le base-ball.

Pourtant, le soccer et le base-ball ont déjà tenté de faire vie commune. En 1894, un groupe de magnats du base-ball prennent pour la première fois en charge le soccer professionnel. Non pas tant pour en faire la promotion que pour rentabiliser les stades de base-ball vides pendant la saison morte. Ils mettent sur pied une ligue professionnelle et recrutent des joueurs dans l'Association américaine de soccer. L'expérience dure trois semaines. Depuis, le soccer est toujours resté dans la mire de promoteurs peu scrupuleux pour qui l'ultime objectif était de faire rapidement un coup d'argent. Le soccer a toujours eu un potentiel énorme de remplir les stades; il suffit d'importer des équipes entières de l'étranger.

En 1927 par exemple, au Polo Grounds de Brooklyn, 40 000 spectateurs assistent à une partie entre l'équipe Hakoah d'Autriche et une sélection locale. Un promoteur n'a qu'à mettre sur le terrain des joueurs de qualité, et les stades se remplissent. Le problème, pour certains, c'est qu'ils s'emplissent d'immigrants! Malgré le fait que le soccer ait été boudé par les Américains du Nord, l'arrivée de nouveaux immigrants, chez qui la pratique du soccer était bien enracinée, a toujours permis au soccer de rester en vie. Toutefois, il faut se demander si le soccer ne se serait pas mieux porté sans leur contribution. Sans les immigrants, les Américains auraient-ils moins senti le besoin de devenir une société sportivement distincte?


1-Le Baseball est Mort
" C'est arrivé! Montréal a perdu son équipe de base-ball! L'herbe sauvage va tranquillement effacer le losange du stade avec pour seul témoin, le silence immense des gradins vides. Éteinte, la clameur des masses admiratrices que le base-ball professionnel attirait à Montréal pendant la saison estivale. Quel sport prendra la relève du base-ball? Le soccer, sans être un nouveau venu, se montre le bout du nez avec audace et confiance. "

Voilà les paroles du journaliste Claude Asselin dans un article du Petit Journal en 1960 intitulé : LE SOCCER VA-T-IL REMPLACER LE BASE-BALL? Il parlait des Royaux de Montréal, de la Ligue inter-nationale de base-ball et du stade Delorimier. Aujourd'hui, un demi-siècle plus tard, on pourrait rééditer l'article pour les Expos. Toutefois, il ne faut pas se faire d'illusions. Même si Montréal perdait encore son équipe de base-ball, rien ne démontre que le soccer en bénéficierait. Ce mauvais calcul a déjà été fait en 1959. Alors, à un an de la disparition des Royaux, un fort courant d'enthousiasme s'est emparé des promoteurs de soccer. Pendant que l'herbe sauvage envahissait le stade des Royaux, les promoteurs de soccer y sont allés à grands coups de rénovations dans le nord de la ville : augmentation de la capacité du stade Faillon de quatre à huit mille spectateurs.

Le Faillon, qui était au coeur de la communauté italienne, était la Mecque du soccer québécois. Quatre équipes montréalaises de niveaux comparables à celui de l'Impact (certains diront plus forts) évoluaient dans la Ligue interprovinciale de Québec-Ontario et elles avaient toutes comme domicile le stade Faillon : le Canadian Alouettes, Hungaria, Ukraina et le Cantalia. Cette dernière était l'équipe de la communauté italienne et, en 1959, elle célébrait ses 4 ans. En cette même année, le soccer montréalais était une fois de plus à la croisée des chemins. Avec quatre grandes équipes montréalaises et deux fois plus en Ontario, le soccer ne pouvait souffrir que d'une chose : avoir trop de potentiel.

Et qui dit potentiel, dit spéculation. Un ex-magnat du base-ball, Bill Cox, expulsé de son sport pour des motifs peu louables, devient du jour au lendemain le messie qui va mettre le soccer sur la carte. Il entraîne avec lui dans une grande aventure de soccer, des promoteurs montréalais qui disposent de jolies sommes à flamber. Établi à New York, Cox met sur pied la Ligue internationale avec des équipes entièrement importées d'Europe et d'Amérique du Sud. La ligue de Cox démontre encore qu'avec de bonnes équipes, il est possible de faire sortir les spectateurs et à partir de là, ce n'était qu'une question de temps avant que le soccer ne se propulse au statut de sport majeur. L'idée de Cox semblait alléchante et personne à Montréal ne voulait manquer le bateau. Deux équipes se livreront une bataille à finir pour faire partie de sa ligue. La disparition des Royaux arrive vraiment comme un signe du ciel.

Les promoteurs montréalais ne doutent plus désormais que bientôt, le soccer remplacera le base-ball comme sport estival à Montréal. Le jour de l'inauguration du stade Faillon, les quatre équipes montréalaises partiront en procession, accompagnées par la Canadian Grenadier Brass Band. Ils amorceront cette procession à la Maison d'Italie sur la rue Jean-Talon, en direction du stade Faillon pour une rencontre amicale entre le Cantalia et le Hungaria.

" Nous sommes témoins de la naissance d'un sport qui prendra une grande envergure à Montréal " déclare lors de la cérémonie d'ouverture le Maire de Montréal, Sarto Fournier. Content d'avoir attiré 6 000 spectateurs à la partie d'inauguration, le propriétaire du Faillon, Michele D'Ambrosio, voyait déjà le jour où le Faillon pourrait accueillir 20 000 spectateurs. Un journaliste francophone écrit à D'Ambrosio : " Vous devez commenter les parties en français et vous devez faire parvenir des statistiques aux journaux et n'oubliez pas les paroles de Léo Dandurand; - Si vous réussissez à faire la promotion du soccer auprès des Canadiens français, votre stade Faillon ne sera pas assez grand! " Mais comment faire la promotion d'un sport qui, en 1959, était déjà depuis belle lurette perçu comme un sport d'immigrants? Comment vendre aux Canadiens français un sport qui, après la deuxième guerre mondiale, était perçu sur le continent nord-américain comme le sport ethnique?



2-Pourquoi Sport Ethnique


Avant la deuxième guerre mondiale, l'immigration canadienne était composée presque exclusivement d'immigrants provenant des îles britanniques. Le soccer, bien enraciné dans la culture anglo-saxonne, favorise la mise sur pied de nombreuses équipes dont de grandes équipes industrielles telles que le Canadair, Carsteel, Stelco, CPR, pour n'en nommer que quelques-unes. Les joueurs qui évoluaient pour ces équipes étaient souvent employés de ces entreprises et ils bénéficiaient de temps libre pour s'entraîner à même les terrains de soccer aménagés à l'extérieur de l'usine. La fin de la guerre marque aussi l'arrivée massive d'immigrants allophones, pour qui le soccer est le sport de prédilection. Leur arrivée a contribué, entre 1950 et 1960, à donner l'illusion que le soccer augmentait en popularité. C'est vrai qu'il y avait plus de spectateurs, mais, en réalité, le soccer n'était pas plus populaire auprès des Canadiens français ou des anglophones de deuxième génération. En 1947, alors que le soccer montréalais est encore organisé et dominé par les Anglo-Saxons, la revue Montreal Soccer News écrit :

" Pourquoi le soccer montréalais ne reçoit-il plus l'attention des journaux locaux? Il y a quelques années, il recevait l'attention qu'il méritait mais aujourd'hui, plus rien. Nous devons cesser d'affirmer que le soccer attire peu de spectateurs. L'an dernier, sur le terrain Fletcher's, soit le plus misérable de Montréal, plus de 250 000 spectateurs ont assisté aux parties du championnat local. " Entre 1948 et 1950, pas moins de 250 000 Britanniques débarqueront en sol canadien et ils apprendront vite qu'en Amérique, le football se joue avec les mains et le base-ball, même au Canada, est la religion du nouveau monde.

Alessandro Momesso : " Je suis arrivé à Montréal le 11 mai 1951. J'avais 25 ans. Je suis arrivé par avion avec Mucelli. Les autres sont arrivés par bateau. Après quelque temps on m'a trouvé un travail comme charpentier. Je savais à peine manier un marteau. Il a fallu travailler très fort pour gagner de l'argent et faire venir ma fiancée. " Vincenzo DiLalla : " C'est mon frère qui m'a demandé de venir jouer au Canada. Je jouais avec le Termoli. À cette époque, il fallait attendre 9 mois pour avoir tous ses papiers pour émigrer au Canada. C'est Cecchi qui s'est occupé de tout. Trois mois plus tard, j'étais ici. Dès que le championnat a pris fin en Italie, je suis parti. J'ai terminé le championnat avec 67 buts, j'étais champion compteur de la ligue en 1950, à 20 ans. J'ai eu un seul regret, avant de partir, le président du Termoli m'a annoncé que 3 équipes voulaient me mettre sous contrat : Foggia, Pescara et San Benedettese qui était en serie B. Mais j'avais déjà signé pour venir au Canada, je ne pouvais pas changer d'idée. "
6-Soccer Sport Nationaliste
" En 1952, la Montreal Soccer League est présidée par l'Irlandais Johnny McCullough. Avec l'Italien Aldo Cecchi et un francophone, Joe Tetrault, en tant que vice-présidents et un Écossais, John Stevenson, au secrétariat, tous les angles seront couverts ", écrit la presse anglophone. La Toronto and District Association regroupe 47 équipes provenant de 30 pays différents. La Metro League, qui en regroupe 12 et dont la majorité représente des communautés ethniques, attire 7 000 spectateurs lors d'un match d'ouverture de la saison, entre le Tridents et le Sparta. Une troisième ligue ontarienne, la Nationale (Ouest), considérée comme la meilleure ligue canadienne, regroupe 10 équipes dont la majorité est anglo-saxonne. Une quatrième ligue torontoise, la Continentale, qui voit le jour en 1952, regroupe huit équipes de fort calibre dont sept composées entièrement de joueurs nés en Europe continentale. Parmi les nouvelles équipes montréalaises, on retrouve notamment le Kickers, une équipe allemande, et le Tricolore, équipe française sur qui on compte pour faire la promotion du soccer auprès de la communauté francophone. Georges Schwartz : " Je suis arrivé à Montréal à l'âge de 21 ans, au mois de juillet 1951. Quelques mois après Momesso, Mucelli, Bincoletto et Sandrin qui sont d'ailleurs devenus des bons amis. J'ai eu maille à partir avec Momesso parfois, je lui disais qu'il était très athlétique et costaud et qu'il avait assez de talent pour ne pas avoir besoin de jouer avec rudesse. Il me répondait oui, puis il riait et continuait quand même. Mon cousin jouait pour l'équipe juive Macabees qui avait un contingent Hongrois. Il m'a demandé de me joindre à eux. En 1952, quand l'Union Française a mis sur pied le Tricolore, je me suis joint à cette nouvelle équipe de souche francophone. " Vincenzo DiLalla : " À une époque où un travailleur de la construction gagnait au mieux 70 cents de l'heure, Cancar m'a offert un dollar et quarante. Quand je rencontrais des tifosi qui m'accusaient d'avoir trahi la communauté, parce que c'est comme ça qu'ils l'ont pris, je leur posais la question suivante : toi, pourquoi es-tu venu en Amérique? Pour gagner ta vie? Alors moi aussi et si je peux faire encore plus d'argent en jouant au soccer, c'est tant mieux pour moi. " Pour Thirkettle, le manque de terrains adéquats était devenu un véritable obstacle au développement du soccer. Les meilleurs terrains alloués au soccer pouvaient contenir au maximum 3 000 spectateurs. Ils n'étaient pas clôturés et leur trop grande accessibilité permettait aux spectateurs de les envahir à la moindre frustration. Thirkettle faisait allusion aux nombreux envahissements de terrain que Toronto avait connu cette saison. Mais le phénomène d'envahissement de terrain n'était pas l'exclusivité du monde du soccer. La Ligue nationale de hockey et le base-ball majeur par exemple, avaient compris qu'il fallait à tout prix éviter les envahissements de terrain. Ces organisations prendront tous les moyens pour s'assurer que cela se produise de moins en moins. Au hockey par exemple, pour ne citer que l'année 1952, le président de l'Association de hockey amateur du Québec, Martin Conway, avertit ainsi les entraîneurs suite à une bagarre générale entre les Citadelles de Québec et les Royaux de Montréal : " Le jeu agressif est allé assez loin au hockey, à partir d'aujourd'hui les joueurs impliqués dans des bagarres seront sévèrement punis. Cela vaut aussi pour les entraîneurs s'ils ne font rien pour contrôler leurs joueurs. Les arbitres ont eu comme directive d'appliquer les règlements à la lettre et ceux qui ne respecteront pas les règles le regretteront. " Dans le Globe and Mail on peut lire : " Clarence Campbell, président de la Ligue nationale de hockey, devra mettre à l'amende deux hauts dirigeants et les menacer d'expulsion de la ligue s'ils ne cessent pas d'intimider les arbitres. Sans nommer personne, il référait à Bill Tobin et Jack Adams respectivement gérants des Black Hawks de Chicago et des Red Wings de Détroit. " Mais aucune ligue ne peut réussir à courber la violence et se donner une bonne image sans l'appui des médias. Le support des médias est déterminant dans le succès ou l'échec d'un sport majeur. Malheureusement le soccer n'a jamais réussi ni à contrôler la foule ni à s'acquérir la bénédiction des médias. Le hockey, par contre, recevra toujours la bénédiction des médias peu importe ce qui se passe sur les patinoires. Mentionnons par exemple l'incident du jeune hockeyeur Robert Gillies, 17 ans, qui jouait pour les Collingwood Greenshirts et qui, en 1952, suite à une mise en échec, chute contre la bande et décède en route à l'hôpital. Cet événement de violence ultime, considéré " accidentel " ne remettra pas en question la pratique du hockey. On ne songera jamais à fermer les arènes. La violence au hockey était bien souvent banalisée ou carrément censurée. Ce qui ne sera pas le cas pour le soccer. Le soccer, contrairement au hockey et au base-ball, ne pouvait pas se permettre d'incidents disgracieux, car les médias ne l'auraient jamais protégé, comme elles le faisaient pour les autres sports majeurs dits " d'ici ". Ed Waring rapporte ainsi la première fin de semaine d'activités à Toronto, toutes ligues confondues, lundi le 5 mai 1952 : " Quatorze belles parties ont été jouées en fin de semaine et aucune émeute pour marquer le début d'une saison historique. " À la fin du mois de mai, Waring titre ainsi un autre article : " Spectateurs poursuivent arbitre au soccer, sauvé par la police. " Au mois de juillet : " Une autre émeute au soccer. " Au mois d'août, avec une photo de l'arbitre escorté par deux policiers : " La police sauve arbitre au soccer. " L'émeute du mois d'août entre partisans du club Ukraina et le Canadiens de la National League à Toronto arrive à l'attention de l'Association canadienne de soccer, qui s'en mêle sans ménager sa réaction. Elle écrit à l'Association ontarienne : " Considérant que la majorité des fiascos sur les terrains de soccer impliquent des équipes constituées d'anciens joueurs européens, le gouvernement canadien devrait jouer un rôle dans l'éducation des nouveaux arrivants et les mettre au parfum des façons de faire dans ce pays. Une lettre à cet effet a été expédiée au département de l'immigration à Ottawa. " Le soccer devenait effectivement trop violent, même pour les policiers anglais. Dans la ville de Sheffield en Angleterre, le chef de police décrète : " Le soccer est devenu trop violent pour les membres de ma division, je recommande la pratique de du soccer torontois et de l'Association canadienne. Là-dessus, une résolution ontarienne, demandant que le département de l'immigration soit mis à contribution pour courber le tapage créé par les équipes d'Europe continentale, sera déposé à l'Association canadienne de soccer. La presse anglophone montréalaise écrit : " Seulement quand les nouveaux venus auront démontré une capacité à gouverner et à être gouverné, l'Association canadienne alors pourra-t-elle accorder un statut à des ligues nationalistes qui veulent se séparer du soccer canadien. " " À Montréal, un cercle sportif canadien cherche à faire disparaître une association sportive de soccer qui, à leurs yeux, pue de nationalisme européen. Ils ont demandé à l'Association canadienne de soccer de refuser l'affiliation à toute équipe qui, soit par le recrutement de joueurs dans son pays d'origine, ou par tout autre moyens, se détache de la vie sportive canadienne avec l'intention de promouvoir sa nationalité. Des protestations sont également arrivées de l'Ontario, qui demandaient l'intervention du Ministère de l'Immigration pour faire cesser le désordre créé par les clubs européens. " Bonnemer est peu impressionné du fait que la nouvelle ligue, composée en majorité d'équipes ethniques, prétendait vouloir inclure une équipe anglo-saxonne. Bien entendu, Bonnemer refusera d'accorder au comité la possibilité d'aller de l'avant avec leur projet. Il invoque trois objections : le caractère nationaliste de la ligue, l'idée que les clubs étaient obligés de jouer tous leurs matchs dans un seul stade, le nouveau stade Faillon, et troisièmement; le manque de clarté de la constitution de la nouvelle ligue quant à ses objectifs à long terme. Bonnemer ne se laisse pas intimider quand le comité menace d'amener lui aussi l'affaire devant l'Association canadienne de soccer et même au bureau du ministre de l'immigration. Le soccer torontois et montréalais prenait de plus en plus un visage multiculturel et le fait que les équipes s'organisaient autour des couleurs de leur pays d'origine en agaçait plusieurs. Cette idée, que la pratique de leur sport préféré retarderait leur assimilation, était répandue chez la société dominante et, hélas, elle commençait à faire de plus en plus partie intégrante de la vision de nombreux immigrants. Surtout chez ceux qui voulaient à tout prix recevoir le sceau d'appartenance au nouveau pays. Combien d'entre eux procé-deront au changement ou à la modification de leurs noms et leurs prénoms pour cacher leur origine culturelle? Mais tous ne partageaient pas cette vision qui n'était à leurs yeux rien de moins qu'une autre forme d'impérialisme culturel. Le docteur Charles Bayley, dans une recherche doctorale pour l'université McGill : " Si les immigrants arrivent en grand nombre, ils chercheront à s'approcher les uns des autres. Cela aura pour effet la création d'associations et d'organisations culturelles qui leur permettront de maintenir plus longtemps leurs traditions et leurs modes de divertissements. " La pratique du soccer par les communautés culturelles retardait-elle vraiment leur intégration ou devenait-elle, au contraire, un outil de rapprochement entre les communautés ethniques et une opportunité pour chacune d'elles de sortir de leurs ghettos culturels? Dans la presse italienne, on a du mal à comprendre comment le fait d'appeler des équipes de soccer Italia ou Hungaria portait atteinte à la sécurité nationale ou pouvait créer du désordre. Ce n'est pas le fait qu'ils viennent d'Europe qui les dérange, affirme la presse italienne, mais le fait que les équipes continentales soient meilleures. Le drame atteint son apogée quand la presse anglophone apprend la liste des membres du comité qui avait fait la demande de créer la Cosmopolitain League. Elle tombe en état de choc! " White Heads Soccer Loop ", titre le Montreal Star, " il devait y avoir un peu de flair derrière la cervelle qui a concocté le titre de la Cosmopolitan League. " " Ceux qui se sont objectés à ce projet parce qu'il représentait des équipes d'Europe continentale et des éléments fraîchement arrivés, doivent se préparer à un choc. Vous n'avez qu'à jeter un coup d'oeil sur la liste des membres du comité. Leur président : Charlie White, jadis un de nos meilleurs défenseurs devenu arbitre puis administrateur à la PQFA. Leur premier vice-président : Connie Leber, ancien joueur des Wanderes de Winnipeg qui s'est fait connaître l'année dernière avec les Kickers. L'autre vice-président : Eddie MacLaine, a débarqué au Canada directement de la ligue Écossaise dans les années 20. En 1925, il a établi un record de 60 buts dans une saison, record qui a tenu jusqu'en 1948. Leur secrétaire trésorier : Charley Fallon, était un autre de nos bons défenseurs qui occupe le poste de trésorier depuis quelques années à la PQFA. Shirley Goldner est leur représentant marketing. " Le comité représentait les clubs Hungaria, Italia, Hakoah, Ukraina, Polonia, Kickers et Tricolore. Des équipes à caractère ethnique mais avec des promoteurs anglophones! Peu importe qui en étaient les promoteurs, chaque époque dans l'histoire du soccer nord-américain a dû se confronter à des obstacles de taille. En 1926 par exemple, à une époque où les immigrants étaient presque uniquement de souche anglo-saxonne, le soccer a presque réussi à s'implanter comme sport majeur. Tout était en place pour lancer la première ligue majeure avec quatre équipes canadiennes : le club Maroons de Montréal, le Montreal Carsteel, le Toronto Ulster, le Toronto City et cinq équipes américaines : Fall River, Philadelphie , New York et New Bedford. " Après seulement un an, la ligue disparaît de façon rapide et mystérieuse, " écrit l'historien de soccer, Colin Jose. À Toronto aussi, les envahissements de terrains ont continué à empoisonner l'image du soccer. Arnold Schomecker, de l'équipe Olympia, affirme que le seul sport que les nouveaux Canadiens connaissent, c'est le soccer et que la ville devrait leur faciliter la pratique de leur sport. Schomecker répondait ainsi à la menace du responsable des parcs de Toronto, Ross Lipsett, de fermer les parcs publics au soccer si les équipes ne parvenaient pas à empêcher les émeutes. À Montréal, la même menace tombe, sur les équipes de la deuxième division, de la bouche de George Mantha, responsable des parcs. Ces événements troublants ne viendront pas pour autant freiner le projet d'une ligue interprovinciale. Mais le problème de terrains restait entier. À Montréal, le stade Faillon pouvait accueillir un maximum de 3 000 spectateurs et à Toronto, le Fred Hamilton Park, pouvait à peine en contenir plus. Il était arrivé parfois que les parties ne pouvaient débuter à l'heure au Fred Hamilton à cause du trop grand nombre de spectateurs à entasser, plusieurs d'entre eux ne voyant même pas le terrain de jeu. Ed Waring écrit : " Les responsables du soccer local peuvent commencer à chercher pour des terrains plus grands. La démonstration en a été faite encore une fois samedi dernier lors d'un match entre le club Ukraina et le Tridents. Au-delà de 5 000 spectateurs se sont entassés dans le stade Broadview, qui au mieux peut en contenir 3 000! Le soccer, qui vient de compléter sa meilleure saison de l'histoire, a remis à la ville plus de 10 000 dollars en frais de location pour le Shaw Street Plant. Là-dessus, il faut compter environ 10 000 spectateurs qui ont eu accès aux terrains sans passer par les guichets. " Frank Thirkettle, secrétaire de la Ligue nationale, espère que la ville investira cet argent dans l'amélioration des stades. " Il y a plus de joueurs à Toronto qu'à Winnipeg ajoute Waring, mais il nous faudrait des gens comme W.G. Coventry, le commissaire britannique du commerce à Winnipeg qui est à la tête d'un comité qui s'est donné le mandat d'amasser 40 000 dollars pour investir dans l'amélioration du stade Alexander, un stade dévoué uniquement à la pratique du soccer et qui peut contenir de 10 000 à 15 000 spectateurs. " Thirkettle ne mâche pas ses mots : " Il y a trop de législation dans le soccer canadien, particulièrement en Ontario. Si la Nationale League faisait construire un stade à ses frais, elle aurait à satisfaire la Toronto & District Association, l'Association ontarienne et l'Association canadienne avant que la ligue ne puisse le rentabiliser. "
Un nombre considérable de photos et d'articles se rapportant aux parties jouées au stade Delorimier figureront dans les pages sportives des journaux anglophones. Les promoteurs italiens, quant à eux, tiennent le cap et investissent dans le stade Faillon, le château fort de trois équipes de la ligue locale : le Montreal Italia, Tricolore et le Hungaria. Une des grandes améliorations apportées au stade cette année-là est l'ajout d'éclairage qui permettait désormais de jouer le soir. Le 17 juin, l'Italia et le Hungaria auront le privilège d'inaugurer l'événement historique. Hormis le stade Delorimier, la ville de Montréal ne possédait aucun autre tade adéquat pour le soccer professionnel. Ce stade coûtait cher à louer, mais si le Hakoah voulait prétendre représenter Montréal dans la ligue majeure, il n'avait pas d'autre choix que d'y jouer ses matchs. C'est en grande pompe que, le 8 mai, le club Hakoah débute sa saison locale en recevant l'Ulster de Toronto. Ce fut tout un événement, car dans l'alignement des visiteurs, il y avait deux joueurs de première division européenne : Les Medley, qui avait déjà joué pour Tottenham, et Freddie Cameron, qui avait porté les couleurs du club Aberdeen. À la grande stupéfaction de tous, le Hakoah gagne la partie 2-1. Une semaine plus tard, le stade Delorimier est encore le lieu de rendez-vous d'un grand événement de soccer. Cette fois, pas moins de 10 920 spectateurs (11 746 selon le Globe) viendront assister au match international entre le Glasgow Rangers et le Chelsea, clubs qui débutaient à Montréal une tournée nord-américaine. " Camilien Houde, le maire de Montréal, a donné le coup d'envoi, écrit Ed Waring, une première pour un fonctionnaire français. La chose, qui a sûrement stupéfait le Rangers et leurs partisans, a sans doute été le contingent francophone dans les estrades. était le mot du jour. " Ce coup d'envoi passera sous silence dans la presse francophone qui restait encore muette en ce qui concernait ce sport d'importation. Les étoiles montréalaises, probablement avec le souvenir de leur défaite contre le Liverpool de 10-0 de l'année précédente, n'affronteront pas les équipes en tournée. , car il était le domicile des clubs Ukraina, Polonia et Kickers. Le Hakoah ne réussira cependant pas à se maintenir longtemps au sommet du classement de la Ligue interprovinciale. C'est L'Italia de Toronto qui prend le rôle de leader, après n'avoir connu qu'une seule défaite en 12 sorties. Le Hakoah avait déjà perdu contre le Toronto Italia 2-0, à Toronto. Tony Lazzaroni, du club Hakoah, n'avait pas participé à cette première rencontre. Il fait savoir qu'il ne manquera pas la prochaine, prévue à Montréal. C'est alors qu'il tentera de contrer les efforts de Beppi Scheiabel, du club italien de Toronto, qui menait la ligue avec 10 buts. Lazzaroni en avait autant. Scheiabel, pour sa part, venait d'écarter du revers de la main une invitation pour se joindre au club Triestina, de première division italienne, invoquant qu'il gagnait bien plus d'argent à Toronto. En effet, il y avait de l'argent à faire et le Toronto Italia avait même hérité du surnom de " Moneymakers ". Après huit matchs joués à domicile, le club avait encaissé 12 000 dollars. L'Ulster, avec quatre points de retard, et l'Ukraina, en troisième place, étaient aussi de grandes attractions. Lorsque l'Ukraina rencontra l'Italia au mois d'août dans une série de deux rencontres, elles attirèrent 6 200 et 7 200 spectateurs, dans un stade qui ne pouvait en accueillir que 3 000. Comment faisaient-ils pour les entasser? Ed Waring du Globe And Mail : " Au-delà de 7 200 fanatiques de soccer se sont entassés au Broadview Field samedi soir. Les Ukrainiens ont défait l'Italia 2 à 0. Le résultat a gâché la dernière chance des Italiens de gagner le championnat. L'Ulster avec 27 points et l'Italia avec 26, ont toutes deux terminé leur calendrier. L'Ukraina, avec 24 points, doit encore jouer trois matchs. La capacité du stade Broadview est d'environ 3 000, ce qui veut dire que les autres étaient alignés en plusieurs rangées autour des lignes du terrain. Pour une majorité d'entre eux, ils ont vu le ballon uniquement lorsqu'il était botté dans les airs. Le banc qui avait été placé le long des lignes de touche pour les journalistes et des membres de la ligue n'a eu aucune utilité, car les spectateurs excités s'y sont installés, défiant même la police. " Pendant la saison, le club Ukraina avait attiré au-delà de 70 000 spectateurs. En fin de saison, le Hakoah aurait bien aimé renflouer ses coffres grâce au pouvoir d'attraction des équipes torontoises. Le Toronto Italia était attendu à Montréal le 30 juillet. Seulement 2 000 spectateurs se présenteront, la majorité étant des partisans italiens. Le Hakoah ne cachait plus le fait qu'il éprouvait de sérieux problèmes financiers. Sentant le bateau couler, des joueurs clés, dont Kratochvil, abandonnent navire pour se joindre à leurs anciens clubs. L'aventure aura coûté le Hakoah au-delà de 10 000 dollars. À Toronto, par contre, Waring est très satisfait : " Le Broadview Field et le Fred Hamilton Park ont attiré à eux seuls au-delà de 200 000 spectateurs cette saison, cela prouve que la Ligue interprovinciale est la plus lucrative au Canada. " La Montreal Italia avait malgré tout bien joué sa carte, munie d'excellents joueurs dont Alex Arangelovitch, elle connaît encore une saison de championnat parfaite. Cependant, seulement Silla Sandrin, Alex Momesso, Giovanni Bincoletto et Vincenzo DiLalla étaient de l'équipe originale de 1951.


8-L'art de Passer le Flambeau
En 1955, l'industriel Michele D'Ambrosio épouse la cause du soccer et accepte de devenir principal bailleur de fonds d'une nouvelle équipe italienne à Montréal. Sous la bannière de la Canadian-Italian Amateur Athletic Association, D'Ambrosio, en tant que président, sera assisté par Alfredo Garbarino, Joe Vincelli, M.Tucci, Windy Morielli, S. Silvestre et Aldo Cecchi au rôle de directeur technique. L'expérience désastreuse du club Hakoah dans l'Interprovinciale aurait pu en décourager plusieurs, mais le succès à Toronto parlait plus fort. La CIAAA veut donner l'exemple à suivre pour faire du soccer un sport majeur. Bien sûr, il fallait investir dans un stade et dans de bons joueurs, mais D'Ambrosio va plus loin. Il savait que si on voulait des assistances de 10 000 à 20 000 personnes, il fallait abso-lument amener les Canadiens français dans les stades. Une tâche gigantesque, car elle coïncide avec le début de l'expression formelle du nationalisme québécois, même dans le sport. Comme en témoigne l'émeute du mois de mars au Forum de Montréal, déclenchée, souvenons-nous, par la présence du président de la Ligue nationale de hockey, Clarence Campbell. Celui-ci s'était entêté à se présenter au match, sachant très bien qu'il serait malvenu après avoir suspendu Maurice Richard, injustement selon les partisans. Pour la grande majorité des Canadiens français, le soccer restait un sport d'immigrants anglophones et allophones. D'Ambrosio avait l'habitude de relever de grands défis. Montréalais de naissance, en 1926, à l'âge de 19 ans, il occupait déjà le poste de contremaître dans une compagnie hydraulique mécanique. Il fonda sa propre compagnie et, entre 1949 et 1960, la Industrial Plumbing & Heating occupait une place importante sur le marché nord-américain. Dans les années 30, il avait subventionné les premières équipes semi-professionnelles italiennes de hockey et de base-ball. Par ailleurs, les Canadiens français ont joué aussi un rôle dans l'histoire du soccer montréalais. Peu savent quel était ce rôle, parce que peu d'historiens ont osé s'aventurer dans la recherche historique d'un sport étiqueté comme celui des immigrants. Il suffit de penser à l'exemple des célèbres frères Castonguay. L'aîné, Roland Alphonse Joseph Castonguay, joua son soccer juvénile pour le club Westmount. Cet homme de petite taille, à peine 5 pieds 2 pouces, est par contre très costaud. Il est un redoutable ailier gauche. En 1932, il devient joueur senior avec la prestigieuse équipe du Canadian Pacific Railway (CPR), équipe qui aligne entre autres Geordie Jenkins, qui connaîtra un grand succès avec le Glasgow Rangers. On le surnomme " Dempsey ", car il pouvait décrocher un puissant tir, autant du pied gauche que du droit. En 1934, avec le club Verdun Park qui aligne Jim Lone, Harry Payne jr., et les frères Fitzpatrick, " Dempsey " hérite tout naturellement du rôle d'ailier. Avec le Verdun Park, il se rend en finale canadienne et gagne la Challenge Cup contre le Reds de Prince Albert. L'année suivante, avec les frères Fitzpatrick, " Dempsey " se joint au club Aldred. Encore une fois, il gagnera la Challenge Cup, sans doute le premier Canadien français à réussir l'exploit. En 1936, Paul-Émile Castonguay, joueur d'avant-centre, se joint à son frère " Dempsey " et ils feront la pluie et le beau temps avec le Carsteel. Paul-Émile se fera remarquer en 1939 en marquant près de 40 buts. Il sera le joueur clé qui amènera le Carsteel en finale de la Challenge Cup, mais sans toutefois l'emporter à Winnipeg contre le Radials de Vancouver. Marcel Castonguay, quant à lui, après un bref séjour avec le club Victoria Hospital, se joint aussi au club Carsteel. Avant la deuxième guerre mondiale, au moins un des Castonguay faisait toujours partie de l'équipe étoile de Montréal. " Dempsey " a même joué contre les étoiles écossaises au stade McGill au mois de juin 1939, à la veille de la visite royale et également contre le Charlton Athletic au stade de base-ball. En 1948, Marcel sera de la sélection montréalaise qui affrontera le Liverpool devant 12 000 spectateurs au stade de base-ball. Montréal perd la partie 4-2, mais Marcel sera l'auteur d'un des buts.
9-Chi va Piano
Art Leroux, représentant de la brasserie Labatt, division Ontario : " Il me plaît d'imaginer avec vous le jour où le soccer canadien sera un sport majeur. L'hiver, le hockey. L'automne, le football. L'été, le soccer! " Avec de tels commentaires, la confiance règne dans presque tous les cercles du soccer. Autre signe de progrès, le Canada se prépare à faire son entrée dans la grande famille de la Coupe du monde, qui se tiendra en Suède, en 1958. La sélection canadienne aligne surtout des joueurs étoiles de la Colombie-Britannique et le gardien Ken Pears, considéré le meilleur en Amérique du Nord. En match d'exhibition, le Canada fera belle figure en battant le Tottenham Hotspurs, en tournée, par la marque de 2-0. Au Mexique, par contre, en match de qualification, c'est par le résultat identique que le Canada s'incline devant l'équipe nationale mexicaine. Quelques jours auparavant, le Mexique avait remporté la première joute 3-0,devant 75 000 spectateurs au Stade olympique. Norman Gillespie, pilier du soccer montréalais depuis des générations et secrétaire honoraire de la PQFA, rapporte que pour l'année 1956, la Fédération québécoise a pu remplir ses coffres comme jamais, grâce aux recettes des matchs de l'Aberdeen et du Lokomotiv de Moscou. Ce n'est pas le cas en 1957, car au mois de juin, la joute au stade Delorimier entre le Hotspurs et le Glasgow n'attire que 8 500 spectateurs. À Toronto, par contre, les mêmes équipes font sortir 24 000 personnes! La National League ontarienne, qui reste hors-la-loi, connaît tout au long de la saison le même grand succès au guichet du Fred Hamilton Park, où la majorité des matchs avaient lieu. Lors d'une partie d'éliminatoires entre le Toronto Italia et le Hungaria,un nouveau record d'assistance est établi pour une ligue canadienne, avec 8 300 personnes. La ligue regrettera de ne pas avoir loué le stade de base-ball lorsque 3 000 spectateurs seront retournés par manque de place. Un succès qui ne fait pas la joie des résidents voisins du terrain de soccer. Ces derniers partiront une pétition pour chasser le soccer du Fred Hamilton Park. Montréal connaît aussi ses problèmes de terrains. L'annonce du Stelco de transformer le terrain de la rue Charlevoix en stationnement en surprend plusieurs. Après le match entre le Glasgow et le Tottenham au Stade Delorimier, un des joueurs (Collins) déclare : " J'ai joué sur des terrains plutôt difficiles dans ma carrière, mais c'est la première fois que je joue dans les montagnes. " Il faisait référence au monticule du lanceur. Malgré les problèmes de terrain, il y a de l'espoir : " Faudra-t-il maintenant apprendre les règlements du soccer? " Écrit le Petit Journal. " D'ici quelques années, le soccer sera l'un des sports les plus populaires au Canada! Ce n'est pas nous qui le disons, mais M. Ernest Stastny, président de la Ligue nationale ... de soccer, évidemment. Et il a fait cette déclaration, il y a quelques jours à Montréal, à l'occasion de l'ouverture de la saison 1957. Il est question d'agrandir (une fois de plus) le stade Verdun, où se disputent les joutes, en érigeant une tribune pouvant recevoir 15 000 spectateurs. " C'est au stade Verdun (et non au stade Faillon) que le Cantalia entame sa saison contre le Polonia. La National League de Montréal comptait sept équipes ethniques : le Cantalia, Hungaria, Sparta, Ukraina, Vienna, l'Athens et le Polonia. Cette ligue aurait bien aimé voir un club de souche anglophone retourner dans ses rangs, mais aucun n'acceptera l'invitation. L'équipe italienne revient en force cette année avec Amadeo Cibin dans les buts, une autre recrue de San Donà di Piave. Lors du premier mois de la saison, une forte rivalité naît entre l'équipe hongroise et italienne. En fin de mai, elles sont à égalité à la tête du classement quand le Cantalia affronte le Vienna. Lors de ce match, Santini place un ballon pour DiLalla qui marque après seulement trois minutes de jeu. Kurt Basta égalise pour les Viennois et Giuseppe Geretto redonne l'avance aux Italiens avant la fin de la demie. À la reprise, une bagarre éclate suite au troisième but italien qui force l'arbitre à stopper la partie. Doug Campbell, du Montreal Star : " Ce genre d'incident était commun il y a quelques années quand les Européens, frais arrivés, pensaient que tout le monde voulait les exploiter, mais les choses se sont calmées quand ils ont compris que les gens d'ici étaient leurs semblables. " La première défaite du Cantalia survient le 21 juillet, (4-1) aux mains du Sparta. Défaite amère que les Italiens tenteront de venger en demi-finale de la Quebec Trophy prévue en août. L'autre demi-finale mettait aux prises les clubs Ukraina et Athens. À ce moment, le Cantalia dominait la ligue avec une demi-douzaine de points de plus que son plus proche rival, le Hungaria. Cela n'empêchera pas ce dernier de faire un cadeau au Cantalia. Le Hungaria libère l'excellent nouveau venu à Montréal, Johnny Fekete. Il n'avait joué que trois parties à Montréal et il pouvait encore s'aligner avec l'équipe de son choix. Après avoir tenté sa chance avec le Hungaria, celui-ci, déjà éliminé de la Challenge Cup, le transfère au Cantalia quelques jours avant le match contre le Sparta. Le Sparta, avait retenu les services de trois excellents joueurs de la Ligue américaine : Walter Bahr, Jim Hanna et Gene Grabowski. Tous les ingrédients étaient réunis pour la tenue d'une partie inoubliable. Elle le sera, car il faudra attendre les cinq dernières minutes de jeu pour voir un but se marquer. Il viendra du pied de Roy Coxon, le meilleur butteur de la ligue en 1957. Ce sera, évidemment, un but contesté. Un imposant contingent de squatters descendront pacifiquement sur le terrain pour empêcher le match de se terminer. L'arbitre Kechnie n'aura pas d'autre alternative que de remettre l'issue de la partie entre les mains de la PQFA. Dans un incident similaire, la PQFA avait disqualifié le club Hakoah. Le même sort attendait le Cantalia, même si Cecchi menaçait de porter l'affaire en appel devant l'Association canadienne. Il croit avoir un argument de taille. Il demande la disqualification du Sparta pour avoir utilisé Gene Grabouski et Jim Hanna, qui n'avaient pas résidé au Québec depuis au moins sept jours. Cecchi dénonce le Sparta qui amenait par avion des États-Unis ces joueurs avant chaque match. Même Paul-Émile Prince se porte à la défense du Cantalia : " Quel que soit le verdict de la PQFA sous l'égide de laquelle les matchs de la Coupe du Québec sont disputés, il semble étrange qu'elle tolère le fait que trois joueurs américains évoluent régulièrement pour le Sparta. " Cecchi n'aura pas suffisamment de preuves pour convaincre Pat Nolan, le président de la PQFA. Néanmoins, le club Ukraina, qui s'était qualifié pour la finale en battant le club Athens (3-1), avertit Nolan de son intention de déposer un protêt avant même de commen-cer la finale. Cependant, l'Ukraina n'aura pas besoin du protêt, car il blanchira le Sparta (suite à un premier match nul de 0-0), 2-0 sur des buts de Joe Freeney et du joueur-entraîneur "Red" Snylyk. C'est la deuxième fois que le club ukrainien se retrouve en finale de la Challenge Cup. Et cette fois, ce sera la bonne! Les Ukrainiens seront les premiers non anglo-saxons à mettre la main sur la Challenge Cup. La finale aura lieu au stade Faillon le 22 septembre à 15h00 contre le Vancouver North Shore United, qui avait déjà gagné la coupe en 1939 et 1949. Sous la pluie, 6 000 personnes assisteront à une victoire de 2-1 des Ukrainiens, grâce à deux buts de Johnny Pollock. L'autre étoile ukrainienne est sans doute Zenon Snylyk. À 23 ans, il avait participé aux Jeux olympiques à Melbourne en Australie (1956) sous la bannière des États-Unis. Avec le Ukraina, il se voit accordé, en 1957, le trophée McLagan, symbole du joueur " MVP ", c'est-à-dire le joueur le plus utile à son équipe. En 1958, après deux années de soccer hors-la-loi, la National League de l'Ontario revient au sein de l'Association canadienne et participe avec Montréal à la mise sur pied de la Ligue interprovinciale. Les promoteurs montréalais ne demandaient pas mieux. Cette ligue sera baptisée la National Soccer League (NSL). Elle regroupera 15 équipes, dont trois de Montréal : le Cantalia, Sparta et le Hungaria. En fin de juillet, cette dernière a déjà une avance de cinq points sur son plus proche rival, le Toronto Italia. Pour sortir le Cantalia d'embarras, D'Ambrosio confie à Nick Schmidinghen, qui avait siégé sur le conseil d'administration du River Plata, équipe de première division en Argentine, le mandat de recruter des joueurs sud-américains. Il met sous contrat, entre autres excellents joueurs, le capitaine du River Plata, Roberto Iacono. Le Cantalia en avait grand besoin, car le club accusait un retard de dix points au classement derrière le Hungaria. Il était donc logique d'offrir aux Hongrois le match d'exhibition contre le club autrichien Admira, en tournée canadienne. L'Admira alignait plusieurs joueurs étoiles, tels le gardien de but, Alex Otto, l'ailier droit, Karl Soldatics et le capitaine, Friedrich Ceyka, qui avaient tous deux faits partie de l'équipe nationale d'Autriche. Onze joueurs avaient également représenté l'Autriche dans des compétitions internationales. Le club hongrois montréalais alignait lui aussi d'anciennes étoiles européennes, dont le gardien de but Hans Koebli, Herman Pfeiffer, Tibor Stankovitz et T. Wagner, ce qui permettra au Hungaria d'offrir une opposition remarquable aux visiteurs, car les Montréalais ne seront défaits que par un seul but, 6-5, devant 5 500 spectateurs enchantés, au stade Delorimier. Dans l'esprit des promoteurs montréalais, l'ascension du soccer au statut de sport majeur est plus que jamais éminente. Et selon Cecchi: " Le sort du soccer canadien, est maintenant entre les mains du public. " Le public sera au rendez-vous, car au mois de mai, 7 000 spectateurs assisteront au match entre le Toronto Italia et le Cantalia (1-0). Le Cantalia avait refait ses forces et il aura aussi sa chance de se mesurer à une équipe de niveau international : l'équipe nationale du Mexique, en route pour la Coupe du monde en Suède! Extrait du journal italien Il Corriere Italiano : " Les noms de Cibin, Viney (ex joueur du Naples), Iacono, Momesso et Mucelli méritent d'être écrits en gros caractère... chers amis mexicains, d'autant plus chers que vous portez sur votre poitrine les couleurs de votre drapeau, qui sont les mêmes que les nôtres, ne vous faites pas d'illusions, vous n'irez pas loin dans la Coupe du monde. Le soccer européen est bien différent et bien supérieur. Nous vous souhaitons tout de même la meilleure des chances. " Naturellement, ces paroles ont été écrites après que le Cantalia ait réussi à soutirer à l'équipe mexicaine un match nul (0-0). Le match le plus attendu de la saison était sans doute celui entre le Cantalia et le Hungaria. À la veille de leur rencontre, le Hungaria, avec 35 points au classement, n'avait plus que quatre points d'avance sur le Cantalia. Le Toronto Italia en avait 34, et le club Olympia de Totonto en avait 31. Il va sans dire que ce match allait être déterminant pour l'issue du championnat. Et il le sera pour deux raisons. D'abord parce que le club Hungaria l'emportera 1-0 et prendra une option sur le championnat, mais surtout du fait que D'Ambrosio exigera, après le match, la suspension de l'un de ses propres joueurs. Le journal La Presse : " Le match fut marqué par du jeu rude, surtout à la fin, alors que la rivalité entre les deux équipes ne faisait que s'accroître. D'Ambrosio a ordonné la suspension du demi-centre Alex Momesso, qui est reconnu comme un des meilleurs joueurs défensifs de toute la ligue. Cette suspension, coïncidant avec l'absence d'autres joueurs réguliers, pourrait être coûteuse au Cantalia. Mais D'Ambrosio croit que cette politique est dans l'intérêt du club et de la ligue. " Le Hungaria, fort de sa dernière recrue, Imre Dora, joueur de première division hongroise, terminera sa saison par une victoire sur le Toronto Italia (1-0). Ainsi, ils s'assurent le Championnat de la NSL et l'excellent Herman Pfeiffer rafle aussi le titre de " MVP ". Le Cantalia termine en 6e place avec trois points de plus que le Montreal Sparta. Cependant, au-delà de 65 000 spectateurs avaient franchi le guichet du stade Faillon. Ce qui vaudra au soccer le statut de rival officiel du base-ball pour le titre de sport estival à Montréal. Paul-Émile Prince : " Pour la première fois, le soccer sera définitivement établi à Montréal, déclarait hier M. Mike D'Ambrosio, président de l'Association amateur athlétique canadienne-italienne, en annonçant que cet organisme avait tracé les plans et commencerait bientôt l'érection d'un nouveau stade de soccer en l'endroit même du présent stade Faillon. Ce rêve caressé depuis longtemps par M. D'Ambrosio et plusieurs dirigeants du soccer à Montréal, est maintenant sur le point de devenir une réalité puisque les plans sont terminés et que la construction doit commencer d'ici une semaine. Situé derrière l'Institut des Sourds-Muets, il sera une réfaction du présent stade. Cette construction était devenue nécessaire a souligné M. D'Ambrosio, par la popularité croissante de ce sport à Montréal. Ces premiers développements vont coûter au delà de $70,000 et conduiront nécessairement à une dépense plus élevée, puisque l'objectif est la construction d'un stade pouvant accommoder 18 000 personnes. " Le docteur Ernest Stastny est le nouveau propriétaire du Cantalia et il compte sur Aldo Cecchi pour bâtir l'équipe. De l'Italie, viendra l'entraîneur Skender Perolli, ex-joueur du Rapid Vienna qui était alors impliqué avec le club Avellino. Il amènera avec lui tout un contingent de joueurs de haut niveau : Dino Languzzi du club Sanremese, Nevio Varglien du Brescia, Agostino Mazzoni du Parma, Ross Valentino de l'Udinese, Antonio Marchiolli du Cirio, Vittorio Santini et Marcello Di Croce du Lazio. Le Cantalia mettra aussi sous contrat le gardien de l'équipe nationale hongroise, Geza Henny. Ce joueur étant établi à New York, le Cantalia lui payera le billet d'avion pour faire la navette aller-retour entre Montréal et New York pour assister aux matchs en 1959! À un an de la disparition des Royaux, Montréal avait deux équipes de soccer de deuxième division européenne! Le Cantalia et le Canadian Alouettes feront partie de la même ligue et, après une dizaine de matchs, le Cantalia occupera la troisième place tandis que l'Alouettes, la onzième. C'est encore le Hungaria qui offrira cette année la meilleure opposition aux Italiens. Les Hongrois de Montréal lanceront, de belle façon, le grand festival de rencontres avec des équipes en tournée. Leur victime : le club autrichien Graz, qu'ils battent par la marque de 4-2 sous les applaudissements des quelque 3 500 spectateurs. Parmi ceux-ci, se trouvait le réputé joueur de hockey du Canadien de Montréal, Maurice Richard, à qui on avait demandé de faire la mise en jeu. Le Hungaria et le Cantalia fourniront la majorité des joueurs étoiles qui affronteront au mois de mai, une autre équipe en tournée, le West Bromwich Albion. Cette fois, les étoiles perdront 4-0. Au mois de juin, ce sera autour du Cantalia d'affronter l'équipe italienne le Napoli, de la Serie A. Le Napoli alignait de grandes étoiles telles Luigi Vicino et Emanuel del Vecchio qui étaient dirigés par le célèbre Amadeo Amadei. Le Napoli l'emportera bien sûr, mais seulement par la marque serrée de 2-1 devant quelque 6 700 spectateurs, au stade Faillon. Au mois de juillet, encore dans un stade rempli à craquer, le Cantalia reçoit le club champion du Pérou, le Lima. Kurt Basta, qui avait inscrit l'unique but contre le Napoli, se démarque encore et donne la victoire aux Montréalais par le résultat de 1-0. Enfin, le Cantalia aura moins de succès contre le Rapid Vienna, s'inclinant 5-1 dans un autre match de calibre international. Le Canadian Alouettes, qui avait été laissé pour mort après un début de saison lamentable, revient brillamment dans la course au championnat. Alors que l'équipe de Slyomovics s'apprêtait à rencontrer l'équipe italienne Palermo, elle avait joué une série de 14 matchs sans subir de défaite. L'Alouettes réussira même à empêcher le Cantalia de se rendre en finale de la Challenge Cup, seul exploit qui échappait toujours au club italien. Le Cantalia, par contre, remporte son premier Championnat de la Ligue interprovinciale, même si ce n'est que par la différence d'un point, sur l'Italia de Toronto. Le club Ukraina de Montréal, avec un certain Alessandro Momesso à bord, termine en dixième position sur 14 équipes. La Ligue interprovinciale avait attiré 375 000 spectateurs en 1959. Le stade Faillon en aura accueilli 118 000, le double de l'année précédente. Cependant, le secrétaire de la PQFA, George Anderson, impressionné par la transformation du stade Faillon et de son succès au guichet, exprime le souhait (il n'est pas le seul) qu'un jour, les spectateurs qui assistent actuellement aux parties du stade Delorimier (et qui boudent celles du stade Faillon) trouvent enfin leur chemin vers le nord de la ville.
Paul-Émile Prince du journal La Presse : " Si la date du 1er juin 1960 marquait un événement important dans l'histoire du soccer à Montréal, alors que le Cantalia tenait tête au club français de Nice, en annulant au compte 1-1, celle du 8 juin fera sûrement époque dans l'histoire du club italien de Montréal et dans l'histoire de ce sport dans la métropole. En effet devant une multitude de 10 000 spectateurs, hier soir, le Cantalia faisait encore mieux. Il fournissait une exhibition encore plus brillante et triomphait du club Burnley, récent champion de soccer d'Angleterre, au compte de 2-1. " Cette victoire marquait la deuxième fois dans l'histoire du soccer canadien qu'une équipe anglaise perdait en tournée ici. Avec ce gain, le Cantalia est presque assuré de remporter la Coupe nord-atlantique. La fiche du Concordia était nettement inférieure. Après deux parties, le club de Slyomovics n'avait réussi qu'à marquer un seul but et en avait accordé 5. Le dernier match opposait le Concordia à la meilleure équipe du tournoi, le Bangu de l'Argentine. Cette fois, la rencontre aura lieu au stade Faillon. Avec le départ des Royaux, les promoteurs de soccer ne manqueront pas d'imagination pour séduire les Canadiens français, comme en témoigne cette initiative de match d'ouverture : le soir de la rencontre Concordia-Bangu, on invita à s'opposer en match d'ouverture pour la Coupe Vedettes Labatt, l'équipe Le Café Sport et une équipe de vedettes composée entre autres de : Jean Rafa, Jacques Plante, Édouard Carpentier, Pierre Valcourt, Jean Duceppe, Michel Noël, Pierre Thérieault, Jacques Lavrin et Jean Mathieu. Peu de spectateurs viendront pour ce match préliminaire, mais 5 600 seront présents pour voir le Bangu maintenir la fiche du Concordia à aucune victoire dans le tournoi de la Coupe nord-atlantique. Le Cantalia affronte ensuite le Sampdoria, qui, dans une partie hors-concours avait humilié une sélection torontoise 11-1. Le Cantalia, fidèle à lui-même, du moins en matchs de Coupe nord-atlantique, obtient un match nul 3-3 devant 10 000 personnes! Le Cantalia termine le tournoi sans subir de défaite, alors qu'il dispose même du Concordia 3 à 0. Un Cantalia qui étonne plusieurs partisans, car le club réussit très bien sur le terrain en présence d'adversaires de taille, mais s'écroule lors de matchs de la Ligue interprovinciale. Avec quelques matchs à faire, le club italien occupe la 9e place de la Ligue, avec 10 points de moins que l'Italia de Toronto. Pour les tifosi, l'équipe est une énigme, ce qui vaudra à l'entraîneur Perolli de nombreuses critiques, car malgré que le fait que le Cantalia réussisse à terminer la saison en 4e position, pour les partisans c'est trop peu, trop tard. La Ligue internationale avait connu un succès retentissant et Cox assurait déjà la participation de plusieurs clubs européens pour 1961. Les magnats de Toronto et de Montréal se bousculent aux portes pour entrer dans la ligue, alors que Cox prévoit ajouter des clubs dans les villes de New Jersey, New York, Chicago, Los Angeles et, pourquoi pas, deux clubs dans chacune des villes de Montréal et Toronto! Au moment de l'annonce, il était difficile de savoir exactement quels étaient les deux clubs de Montréal, car mis à part le Cantalia et le Concordia qui voulaient en faire partie, il y avait un 3e groupe (fort d'avoir déjà amassé 100 000 dollars) de la communauté juive de Montréal, qui était prêt à importer une équipe d'Israël. Il n'y avait plus de doute maintenant, le soccer était un sport majeur! Même la Société Radio-Canada le confirme dans un communiqué émis vers la Radio Télévision Italienne (RAI), qui après avoir fait un bref historique du progrès du soccer au Canada, ajoute : " Les Anglais au Canada ont pratiqué le soccer pendant cinquante ans mais le soccer a fait plus de progrès en dix ans depuis l'arrivée des nouveaux Européens. Maintenant au Canada, le soccer est perçu comme plus populaire que le base-ball. " Un journaliste sportif sur le départ des Royaux : " Le 7 septembre 1960, les joueurs de Clay Bryant se présentèrent sur le gazon pour la dernière fois devant une assistance très réduite... quasi inexistante. Il n'y avait plus de foule d'autrefois pour " acclamer nos Royaux ". Le dernier " take me out to the ball game ", que l'on faisait entendre traditionnellement à la 7e manche, enlevait le stade une dernière fois, et bientôt, la 9e et dernière manche prit fin par le retrait de trois joueurs... et d'une équipe entière qui quitta le marbre, le monticule, les buts et les champs pour une dernière fois, sans espoir de retour. Le base-ball organisé venait de mourir à Montréal. Quelques spectateurs seulement avaient assisté à son dernier souffle. Les joueurs quittèrent le stade précédés des spectateurs. Puis, plus rien... Le silence se fit, un silence macabre. " Fruit du hasard ou d'une stratégie bien songée, la Ligue américaine de base-ball annonce qu'elle portera le nombre d'équipes à dix pour la saison 1961 et la Ligue nationale de base-ball en fera de même en 1962! Le base-ball majeur prend de l'expansion! Paul-Émile Prince ne sera pas tendre à l'égard du soccer : " Le soccer, un sport qui tente de s'implanter plus solidement chez nous depuis quelques années, s'est lui-même porté un rude coup hier après-midi au stade Faillon quand le match d'ouverture du Cantalia contre le Germania-Kickers s'est terminé par une émeute... Notre photographe, Roger St-Jean, qui s'était rendu sur le terrain, un peu à distance toutefois, pour croquer quelques scènes de la bagarre, s'apprêtait à quitter le terrain lorsqu'il fut attaqué... Quelle que soit la part de responsabilité des uns et des autres, le soccer qui s'est fait une très mauvaise publicité à Toronto, il y a quelques années, et a forcé les autorités municipales à fermer un stade à cause des tumultes trop fréquents, se trouvera bientôt dans une situation analogue à Montréal si l'on ne réagit pas promptement et si l'on ne refuse pas l'entrée à des clients aussi peu désirables. Les clubs de la Ligue nationale de soccer, dégoûtés de l'incident, entendent obtenir des garanties de meilleure protection et de meilleur service, sinon, nous disait un gérant de club, nous serons forcés d'aller jouer ailleurs. Des agents Pinkerton agissaient comme policiers, mais ils n'ont pu empêcher quelques centaines de fougueux spectateurs d'entrer alors qu'on avait dû fermer les guichets pendant quelques minutes, puis se sont tenus à l'écart du terrain de jeu alors que des spectateurs s'attaquaient à l'arbitre et à des joueurs. " Les menaces de la Ligue nationale ne sont pas tombées dans l'oreille d'un sourd. L'Institut des sourds-muets, qui en assumait la gestion depuis que D'Ambrosio s'en était désintéressé, fera démolir le stade Faillon... La contribution des Lesage dans le monde du soccer québécois ne s'arrête pas là. Le club International de Québec réussit tout un coup d'éclat en 1963 lors d'un match d'exhibition contre le Cantalia-Kickers, car parmi ses recrues " pures laines ", il a amené de Québec, dans son alignement, un joueur qui aurait pu susciter un grand intérêt dans la communauté canadienne-française : nul autre que Jules Lesage, le fils du premier ministre. L'événement qui avait lieu au stade Delorimier passera totalement inaperçu dans les médias francophones. Au contraire, les journalistes pressent la ville à s'engager dans la construction d'un stade qui pourrait accueillir une équipe du base-ball majeur. Robert Rivet du Petit Journal : " Même si nous sommes en pleine série finale de hockey et que les clubs Detroit et Toronto se disputent la Coupe Stanley, que les courses sous harnais en sont déjà à une semaine d'activités à la piste Richelieu, que la majorité des clubs de golf seront ouverts d'ici peu de temps, le base-ball majeur a fait son ouverture au début de la semaine et cela donne la nostalgie à plusieurs amateurs de Montréal et de la région. C'est avec amertume que, par le truchement de la télévision, nous avons assisté au match entre les Red Sox de Boston et les Angels de Los Angeles de la Ligue américaine, et nous avons immédiatement pensé qu'une ville comme Montréal qui ne peut qu'offrir du base-ball junior à ses amateurs et aux nombreux touristes qui la visitent au cours des mois de vacances, c'est vraiment honteux. Qu'attend la ville de Montréal pour bâtir le stade municipal? "
Conclusion
de l'impérialisme culturel Le professeur de politique internationale de l'Université de Toronto, James Eayrs, écrit ceci quand le premier ministre Pierre E. Trudeau qui avait traité d'espion Philippe Rossillon, oeuvrant pour le gouvernement français à la promotion de la langue française au Manitoba : " Rossillon était directeur d'un comité chargé de protéger et faire la promotion de la langue française à travers le monde. En 1963, il est au Manitoba et son passage sera interprété par le premier ministre Trudeau comme de l'interventionnisme sournois et subreptice. Trudeau accuse la France d'agir de manière anormale et aberrante. Peut-être est-ce une manière anormale d'agir, mais elle n'est pas absurde... " écrit Eayers. " L'affaire Rossillon est un exemple classique d'une pratique qui se développe de plus en plus dans la politique internationale. Cette pratique est appelée pénétration informelle et elle fait partie de l'éventail de l'impérialisme par la culture. Cette pratique est utilisée autant par les régimes totalitaires que par les démocraties libérales. Ici on peut noter le cas des excentriques Anglais envoyés à l'étranger non pas pour raconter des mensonges sur leur pays (comme le font les communistes) mais pour vanter les mérites culturels, avec l'espoir de convaincre que la culture anglaise est la meilleure. Les Allemands et les Français le font avec succès aussi. Quelque part entre la méthode communiste et celle du British Council, on retrouve la méthode américaine. Les Américains se sont intéressés tardivement à cet art. Épris d'une idéologie anti-impérialiste, ils ne considéraient pas moral pour une démocratie de s'étaler à l'étranger. L'impérialisme culturel n'était pas plus acceptable. Beaucoup d'Américains, lorsqu'ils entendaient le mot " culture " avaient la réaction de sortir leur revolver. Ces inhibitions ont été surmontées en réaction à ce qui était perçu comme un danger mortel. En Italie, par exemple, en 1948, à la veille des élections, on pense que si on laisse les choses se dérouler sans monitoring de l'extérieur, l'Italie tombera dans le camp communiste. Le 22 Mars, à un mois des élections, le département d'état, par l'intermédiaire du programme radiophonique Voice of America, diffuse en crescendo une programmation en langue italienne dirigée vers le peuple italien. Verdi et Toscanini remplissaient les ondes en alternance avec des messages de personnalités italo-américaines comme Franc Sinatra implorant les Italiens de ne pas laisser tomber leur beau pays sous la botte communiste. Les efforts du département d'état seront récompensés. Encouragés par leur succès, les Américains ont entrepris de faire de la diplomatie culturelle en grand. Mais ils ne seront pas prêts à le faire ouvertement. Pour être efficace, croient-ils, cela doit se faire clandestinement. " Les Américains détiennent-ils aussi entre leurs mains la destinée du soccer nord-américain? Le soccer semble vouloir se montrer encore le bout du nez au Canada et aussi à Montréal. Avec le base-ball montréalais sur son lit de mort, cette fois-ci, le soccer deviendra-t-il un sport majeur? Encore! Cet extrait de la revue Esquire écrit en 1949 pourrait bien nous éclairer sur l'avenir du soccer nord-américain : " Peu importe où nos G .I.'s sont assignés pendant la guerre, que ce soit en Angleterre, en France, en Allemagne, en Italie, en Afrique du Nord, en Chine, aux Indes, en Nouvelle Calédonie, aux Îles Fiji ou en Islande, (il faudrait mettre la liste à jour) ils ont constaté que le soccer était l'unique et véritable sport international. Les promoteurs de soccer en Amérique peuvent espérer que l'exposition des soldats américains pendant la guerre au soccer à travers le monde sera aussi bénéfique pour l'avancement du soccer que l'aura été la guerre civile pour la promotion du base-ball. " Si cela est vrai, alors il y a de l'espoir pour le soccer nord-américain, puisque si l'on considère le nombre de soldats que l'Amérique du Nord déploie à travers le monde, le jour du retour des soldats dans leur pays d'origine, ils feront du soccer le sport numéro en Amérique du nord !
Bibliographie
Journaux : La Presse - Esquire Magazine - Le Petit Journal - La Patrie - Mont-real Soccer News - Montreal Star - Daily Mail - Daily Express - Reynolds News - Evening Star - The Gazette - Montreal Herald - Globe and Mail - New York Times - Soccer & Sports News - Spalding Athletic Library - Corriere Della Sera - Corriere Italiano - Corriere Canadese - Cittadino Canadese Livres : DRUCKER, Michel et OLLIVER, Jean-Paul, La Coupe Du Monde de football, Paris Pygmalion. GHIRELLI, Antonio, Storia del calcio in Italia, Turin, Einaudi. JOSE, Colin et William F. RANNIE, The Story of Soccer in Canada GARDNER, Paul, The Simplest Game, New York, Collier CIRINO, Tony, U.S. Soccer vs the World, N.J., Damon press MINGARELLI, G., Gli Italiani di Montreal, Montréal, C.I.A.C.A. FOULDS, Sam et HARRIS, Paul, America's Soccer Heritage, California, Soccerfor Americans Entrevues : Vincenzo DiLalla - Alessandro Momesso - Giovanni Bincoletto - Bobby Menary - Bruce A. Thomas - Vincenzo Orsini - Loris Palma - Martial Chehri - Ioan Maruata - Lucien Kulik - John Dickson - Sam Foulds - Georges Schwartz Thèses et rapports : 1973 THOMAS, A. Bruce, A Report On Soccer In Canada 1939 BAYLEY, M., Charles, The Social Structure Of The Italian & Ukrainian Immigrant Communities, Montréal, Université McGill 1989-1990 GAGGINO, Tiziana, Il Cittadino Canadese & La Communita Italiana Di Montreal 1943-1951
Index des noms
A Adams,Jack:1952 Amadei,Amadeo:1949,1959 Anderson,George:1959 Arangelovitch,Alex:1954 Ardizzone,Mario:1928 Armano,Gino:1949 Asselin,Claude:chap 1,1961 Aucoin,Jean:1961 B Bahr,Walter:1953-1957 Ballard,Harold:1961 Barbieri,Carlo:1928 Barette,Bob:1961 Basta,Kurt:1957, 1959 Battista,Joao:1963 Bavasi,Buzzie:1964 Bayley,Charles:1953 Bearzot,Enzo:1949 Bell,Andrew:1954 Belanger,Jean:1962 Benedetti,Cesare:1952 Benin,Lorenzi:1949 Bennet,Less:1952 Burger : 1928 Berretta,O. : 1959 Bertolucci,Nicolai:1951 Bincoletto,Giovanni:1951-1965 Blair Bobby : 1928 Bonnemer,George:1951 Borghi,Luciano:1963 Bosio,Edouardo:1928 Boyko,Roman:1950 Brogman,Yvon:1953 Bryant,Clay:1960 Buchanan,C. Cameron:1955 Bugatti:Ottavio1963 Busini,Antonio:1928 Buzzin,Sebastiano:1964 C Caldwell : 1928 Cameron,Freddie:1954 Campbell,Clarence:1952 Campbell,Doug:1949-1965 Campatelli,Stefano:1949 Campo,Michel;1955 Canali,Paolo:1962 Carpentier,Edouard:1960 Castonguay,Marcel:1955 Castonguay,Paul-Émile:1952 Cantonguay,Roland:1955 Carroll,Dink:1964 Cecchi,Aldo:1951-1965 Ceyka,Friedrich:1958 Cheri,Martial Chiraz,S. : 1959 Christie,David:1953 Cibin, Amedeo:1951-1965 Cirino,Tony Collins,Pat :1950 Connaught,Duke de:1950 Conway,Martin:1952 Cori,Romano: 1963-1965 Coventry,W.G.:1953 Cox,William:chap 1,1960 Coxon,Roy:1957 Cratochvil: 1928 Cuthbert: 1928 D D'Altilia,V.:1959 D'Ambrosio,Michele:1955-1962 Dandurand,Léo:chap 1 Davies, Alf:1951 Davidson,Sammy: 1951 Defauw,Désiré:1949 Delnegro,J.: 1959 DelVecchio,Emanuel:1959 DelZoppo,Nick:1963-1965 Denis,Azellus:1951 DePaulis,Renato:1951 DePiero,Nino:1964 De Revel,Thaon:1928 Desnoyers,Sarto:1961 DeToni,Gabriele:1961 Di Croce,Marcello:1959 Dickson,John DiLalla,Vincenzo:1951-1959 DiMartino,Giacomo:1928 DiStefano,Mario:1949 Ditchburn,Ted:1952 Dora,Imrey:1958 Douglas,Johnny:1951 Drapeau,Jean:1962 Drucker,Michel Duceppe,Jean:1960 E Eastwood,B. Floyd:Introduction Eayers,James:1964 Eisenhoffer,Joseph:1928 F Fallon,Charley:1953 Faucher, Serge:1962 Fazekas,Jeff:1950 Fekete,Johnny:1957 Fenel: 1928 Ferguson,Elmer:1953 Ferrara,:1951 Filippone,Nick:1963-1965 Findey: 1928 Fitzpatrick, les frères:1955 Fleming,Jimmy:1952 Forti,Gianni:1953 Foulds,Sam Fournier,Sarto:chap 1,1959 Franzosi,:1949 Freedman,Albert:1955 Freedman,Isidore:1955 Freeney,Joe:1957 Freschi,John J.:1928 Frisoni,R.:1928 Fugazy,H.J.:1928 Fulvi,F.: 1959 Furfaro,Rocco: 1973 Furiero,:1951 G Gagliardi,Alfredo:1959 Gaetjens,Joseph:1950 Gammon,Willie:1949 Garbarino,Alfredo:1955 Gardner,Paul Gattuso,Pierre:1964 Gegaldi:1928 Geretto,Giuseppe:1951-1965 Ghirelli,Antonio Gill,Bill:1953 Gillespie,Norman:1949-1965 Gillies,Robert:1952 Giuliani,Giuseppe:1928 Godley,Hughie:1952 Goldner,Pete:1950 Goldner,Shirley:1953-1959 Grabouski,Gene:1957 Gratrix,Roy:1961 Grazzi,Emmanuel:1928 Green, Irving:1951 Grigsby,Ernie:1954 Guillia,F.:1928 H Hanna,Jim:1957 Harris,Paul Henny,Geza:1959 Hevesy,Bill:1962 Hill,Jimmy:1961 Horky,Henry:1956 Horky,Henry Jr.1956 Houde,Camilien:1949,1954 Hughes,Tommy:1953 I Iacono,Noberto:1958 J Jenkins,Geordie:1955 Jose,Colin:1953 Jurgens,Arvida:1952 K Kaplan,Dave:1950 Koebli,Hans:1958 Kozloff,Nat:1950 Kratochvil,Ota:1953 Kubala,Lazlo:1963 Kulik,Lucien Kumec,Moisha:1950 L Laguardia,H.Fiorello:1928 Languzzi,Dino:1959 Laurin,Jacques:1960 Lazzaroni,Antonio:1951 Leber Connie:1953 Leggatt,Graham:1956 Leroux, Art: 1957 Lesage,Jean:1963 Lesage,Jules:1962 Lipsett,Ross:1953 Lone,Jim:1955 Long,Jack:1951 Longworth,John:1964 Lopresti,:1951 Lynch-Staunton,John:1963 M Macedo,Tony:1961 Mack,Tobias:1962 MacLaine, Eddie:1953 Magnozzi,Mario:1928 Maialetti,Roberto:1963 Mancuso,F.X.:1928 Manfredi,Bert T.:1928 Mantha,George:1953 Marchand,Sarto:1961 Mathieu,Jean:1960 Marchiolli,Antonio:1959 Matthews,Stanley:1949-1965 Mazzoini,Agostino:1959 Mazzotti,Franco:1928 McCullough,Johnny:1952 McGraw,John:1928 Mckay,Jimmy:1951 McLaughlin,:1956 McMahon,Doug:1949-1958 Medley,Les:1954 Menary,Bobby Menyes,Andy:1953 Mingarelli,G. Moalli,Ermano:1952 Momesso,Alessandro:1951-1960 Moretti,Antonio:1928 Morielli,Windy;1955 Mucelli,Ferdinando:1951-1960 Mudie,Jackie:1961 Mussolini,Benito:1928 N Nicholsberger,Rudolf:1928 Noël,Michel:1960 Nolan,Pat:1951-1957 Nyers,Stefano:1949 O Olivier,J.Paul Orsini,Vincenzo:1951 Otto,Alex:1958 P Palma,Loris:1951 Pasolini,Angelo:1928 Pastore,Pietro:1928 Pavelka,Rudy:1953 Payne,Harry Jr.:1955 Pears,Ken:1957 Perolli,Skender:1959 Peskett,Ro:1950 Pessa,Millo:1951-1955 Peters,Joe:1964 Pfeiffer,Herman:1958 Philipps,Nathan:1960 Pietroboni,Silvio:1928 Pintori,Giorgio:1952 Plante,Jacques:1960 Pollock,Johnny:1957 Pooley,John:1964 Potenziani,Ludovico:1928 Pozzi,Luigi:1952 Prince,Paul-Émile:préface,1955 Prosperi,Ildebrando:1928 R Rafa,Jean:1960 Raschella,P.:1959 Renzulli,Pietro:1928 Reston, George:1953 Richard,Maurice:1959 Rivet,Robert:1963 Roberti,Roberto:1928 Rossillon,Philippe:1964 Ryrie,Jimmy:1954 S Sadler,Harry:1951 Sandrin,Cesarino:1951-1965 Sandrin,Silla:1951-1965 Santini,Vittorio:1959 Saulnier,Lucien:1962 Scheiabel,Beppi:1954 Schmidinghen,Nick:1958 Schomeker,Arnold:1953 Schwartz,Georges:1952-1965 Scotti,S:1959 Selke,Frank:1961 Serrati,Johnny:1950-1955 Sheppard,Bill:1952 Silvestre,Severino:1951-1965 Sinatra,Frank:1964 Slyomovics,Joe:1959 Smart,Bobby:1961 Snylyk,Zenon:1957 Soldatics,Karl:1958 Staderini,Ettore:1951 Stankovics,Tibor:1958 Stastny, Ernest:1957-1965 Stavro,Steve:1963 Stevenson,John:1952 St-Jean,Roger:1962 Stoncham,Charles J.:1928 Sukosd,Mike:1952 Surgeon,Real:1962 T Taschereau,Maurice:1962 Tetrault,Joe:1952-1965 Therieault,Pierre:1960 Thirkettle,Frank:1952 Thomas,B.A.:1964 Tobin,Bill:1952 Torrensani,Mario:1928 Trivellini,Giuseppe:1928 Trudeau,Pierre E.:1964 Tucci, M.:1955 Tucci,P:1959 Turati,Augosto:1928 V Valcourt,Pierre:1960 Valentino,Ross:1959 Valerio,Davido:1928 Varglien,Nevio:1959 Vicino,Luigi:1959 Vincelli,Joe:1955 Viney,Gene:1958 Voce,Harold:1952 W Wadauer,Frank:1956 Wagner,T.:1958 Waring,Ed:1951-1965 Waskiw,Pete:1955 White,Charlie:1953 Whitehead,Bill:1952 Worsley,Billy:1953 Worsley,Lorne(Gump):1951 Y Yarnell,Herbie arbitre:1951 Z Zanello,: 1928



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