Les fantomes de l'autostade viennent hanter Joey Saputo

En 1971, l'Olympic, la première équipe de soccer professionnel à représenter Montréal dans la ligue Nord Américaine de soccer, disparaît après seulement deux saisons. Une des raisons avancées par son propriétaire,homme d'affaires et propriétaire des Aluoettes de Montréal (Football Américain), Sam Berger, pour expliquer l'échec de l'équipe de soccer était le manque de coopération de la part de la ville de Montréal... qui est restée intraitable sur la nécessité de construire un vrai terrain pour le soccer.

Manque de volonté politique de la part de la ville ou problème de coordination entre la ville et les promoteurs de soccer. Rappelons--nous qu'à l'époque Jean Drapeau, maire de Montréal, avait de gros projets sur la table. Il préparait l'exposition universelle ( EXPO 67') un évenement d'envergure mondiale sans précèdent pour la ville. Dix ans plus tard le maire récidive en obtenant la tenue des jeux Olympiques d'été ( 1976) à Montréal. Entre ces deux périodes, les promoteurs de soccer s'arracheront les cheveux pour obtenir de la ville un terrain adéquat qui permettrait de faire avancer la cause du soccer professionnel… À Montréal, le slogan "pas de nouveau stade égale pas d'équipe…" n'est pas nouveau Le tournoi de soccer de l'EXPO 67' L'exposition universelle de 1967 se voulait une occasion de faire connaître le Canada au monde entier. Du même coup les Canadiens en ont profité pour découvrir aussi les autres cultures. Un voyage " planétaire" dans une ville... l'Expo 67' de Montréal! L'exposition commémorait aussi le centenaire de la confédération Canadienne. Montréal devenait donc entre les mois de mai et octobre 1967 le centre du monde. Parmi les activités organisées lors de l'Expo 67' il faut se rappeler aussi le TOURNOI INTERNATIONAL DE SOCCER. ED Mclellan, le directeur des événements sportifs de l'exposition était convaincu que le tournoi de soccer serait l'attraction sportive par excellence. À un an de l'événement, au mois de novembre 1966, déjà 4 des 8 pays invités confirment leur présence. Mais plusieurs personnes à Montréal se demandent sur quel terrain le tournoi aurait lieu? Montréal n'avait aucun terrain présentable pour un tel événement.

Mais l'apport financier de l'industrie automobile locale viendra sauver la situation et c'est grâce a cette industrie qu'un stade de 25 mil places pourra être construit . Mais attention ce ne sera pas un stade permanent! Il serait démonté après usage. (Au fond ce n'était pas une mauvaise idée quand on considère le désastre du stade Olympique ) On l'appellera L'AUTOSTADE, construit à même le site de l'EXPO. Mais l'AUTOSTADE ne sera pas construit uniquement pour le tournoi de soccer international. Reçevoir la visite C'est le Campus Loyola de l'Université Concordia dans l'ouest de Montréal qui sera le " centre d'accueil" pour les équipes de soccer lors de leur séjour à Montréal.

Au lieu de 8 seulement 6 équipes seront présentes , et malgré cela , l' espoir d'un succès retentissant était permis parce que les promoteurs avaient réussi un bon coup. Ils pouvaient compter sur la présence d'une formation de préstige, celle de l'Angleterre, champions du monde depuis 1966. Même s'il ne s'agissait pas de la venue à Montréal de l'équipe nationale Anglaise authentique il y aurait au sein de cette équipe plusieurs joueurs de calibre international, et même certains qui avaient participé à la coupe du monde de 1966. On attendait également une formation Allemande, Autrichienne, Belge, Mexicaine et Russe. L'Angleterre en tant que championne du monde ne pouvait se permettre de perdre ce tournoi ( aussi amical qu'il soit) à peine un an après avoir emporté la coupe du monde . Les Anglais craignaient que si la formation envoyée à Montréal en 1967 perde , à l'étranger il serait difficile d'expliquer que ce n'était pas l'équipe nationale qui avait perdu mais une autre formation. Donc l'Angleterre devait presenter des joueurs de bon calibre pour s'assurer une victoire sans pour autant envoyer son équipe nationale. Ainsi ils donneront le ton et influencent ainsi le choix des alignements de Russes et des Allemands qui ne voulaient pas subir l'humiliation non plus.

Les Raiders de Ramsey

Surnommés les "Raiders de Ramsey" du nom de leur gérant Alfred Ramsey, ( promu au rang de "sir" suite à la conquête de la coupe du monde en 1966) les troupes Anglaises débarquent à Montréal pour gagner. Ramsey impose à ses joueurs de strictes règles de conduite leur intérdisant même les sorties nocturnes. Mais les joueurs Anglais ne tardent pas à tomber de leur statut de champions du monde. Habitués à voyager et à être logés dans des hôtels quatre étoiles ils sont consterné quand ils mettent les pieds sur le Campus Loyola. Non seulement auront-ils à séjourner dans de " vulgaires dortoirs de collègiens", ce qui était déjà à leur yeux un affront, il fallait aussi partager les lieux avec cinq autres équipes . En guise de plaisanterie un journaliste Anglais écrit: " les joueurs Anglais auront à craindre surtout les joueurs Allemands et Autrichiens ...(à cause de leur imposant physique) dans une éventuelle échauffourée pour la possession de la trentaine de chaises disponibles dans la salle de récréation. Le réveil sera encore plus brutal pour les Anglais lorsque les athlètes descendront sur ce qui devait servir de terrain d'entraînement au campus Loyola. Ils refuseront tout simplement d'y mettre les pieds. C'est alors que Sir Ramsey interviendra et il devra déployer son arsenal diplomatique pour convaincre ses troupes de changer d'attitude. Il leur dit qu'il fallait vivre avec la situation.

Même...ajouta la presse.. les joueurs ont le devoir de rester... c'est dans l'intérêt d'apporter la parole aux indigènes... et un missionnaire doit être prêt à tout !" Sans le crier à haute voix Sir Ramsey avouera par la suite que s'il avait connu les conditions d'accueil réservées aux athlètes ils ne serait jamais venu à Montréal. Une fois le calme revenu les athlètes ont pu enfin commençer à se concentrer sur le match d'ouverture entre l'Angleterre et le Mexique. Les Mexicains pour leur part ne sembaient pas trop se plaindre des conditions d'accueil étaient les seuls représentants de l'Amérique du Sud. Pas surprenant considérant le traitement que l'on avait fait subir aux équipes Sud-Américaines lors de la coupe du monde de 1966. L'Angleterre à gagné la coupe du monde en 1966 mais non sans susciter la controverse autour de la qualité de l'arbitrage. Plusieurs observateurs ont remarqué que les décisions des arbitres allaient plus que souvent en faveur des équipes européennes.

Le Brésil, par exemple qui était une des formations favorites pour emporter la coupe verra son joueur étoile (Pélé) brutalisé par les Bulgares sous les yeux passifs d'un arbitre Anglais . Dans un autre cas on refusera à l'Argentine la possibilité de" scruter" le terrain avant le match .

Les Uruguayens seront eux aussi victimes de mauvais arbitrage face aux Allemands , encore une fois sous l'autorité d'un arbitre Anglais. Il en résultera quelque chose qui ne c'était jamais vu dans l'histoire de la coupe du monde depuis 1930: toutes les équipes de l'Amérique du Sud se sont vues éliminées. UN CIRQUE? À sept jours de la partie d'ouverture du tournoi de l'EXPO 67' entre le Mexique et l'Angleterre une autre tuile tombe et entâche d'avantage la crédibilité de l'événement.

La nouvelle courrait à l'effet que l' AUTOSTADE ne serait pas prêt pour l'ouverture du tournoi. La construction de l'autostade était términée mais le terrain de soccer n'était pas prêt. C'est à Bob Clavait que sera confié la tâche, surhumaine, il faut l'avouer, de préparer le terrain. Et Clavait disposait seulement de sept jours. Les responsables de l'Exposition Universelle avaient promis que dés le départ du cirque, une équipe d'ouvriers travaillerait nuit et jour, s'il le fallait, pour mettre le terrain en état pour le tournoi International de soccer. Calvert affirme: "Les trois trous d'un pied de profondeur laissés par les encrages qui ont servi à tenir attachés les éléphants du cirque Barnum et Bailey représentent un défi certain…" Ils seront remplis avec de la terre, puis on posera du gazon neuf, broché fermement à niveau…et les espaces où il manque de la pelouse seront réparés." Calvert, en homme averti prendra aussi la précaution d'interdire à toutes les équipes l'accès au terrain pendant les réparations…il ne voulait pas que les invités s'inquiètent inutilement. Mais le mal était déjà fait, quand les journalistes étrangers ont appris que le terrain de soccer sur lequel le tournoi international devait avoir lieu avait été l'hôte d' un cirque une semaine auparavant, les journalistes écrivent: "L'expo farce! Montréal l'arrière bois! Des illettrés du soccer!" Finalement Calvert réussit à préparer le terrain à temps et le tournoi commencera comme prévu. Et le calme reviendra même chez les athlètes . Les Anglais se rendront en finale contre les Allemands. Une reprise de la coupe du monde de 1966! C'est devant pas moins de 22 mil spectateurs que les Anglais l'emporteront. Tout à bien fini. Pour les joueurs ce fut sans doute une expérience inoubliable , pour les journalistes : le tournoi de soccer de l'EXPO 67' aura été pour eux une belle occasion de mettre en pratique leur aptitudes flégmatiques. Pour la presse Britannique le tournoi était un échec. Dans leurs propres mots: " Un flop financier sans prestige... Du Flopball ... Le continent Nord-Américain, le continent sombre pour le soccer.... oublions le Canada et l'Amérique pour le soccer!" Il faut pas perdre espoir un jour le soccer de haut niveau reviendra à l'Autostade!

Peut-être.