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NOUVEAU CAS D’ESCLAVAGE EN MAURITANIE :
ALERTE INTERNATIONALE
Par SOS Esclaves
Détournement des biens publics XII:
PPM, PRDS [...] 10 juillet 1978, 3 août 2005
Par Moustapha Ould abderahim Ould Ibn Mogdad
Misère et grandeur de notre élite politico-intellectuelle ?
Par Hamdou Sy
Source : FLAMNET-AGORA
Mémorandum présenté par
les organisations des droits de l’homme
à la délégation de
l’Union Africaine en mission à Nouakchott
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Détournement des biens publics XII

PPM, PRDS [...] 10 juillet 1978, 3 août 2005

Après le coup d’État du 10 juillet 1978 du Comité militaire de redressement national (CMRN) dirigé par le colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck, le capitaine Jeddou Ould Saleck a rendu visite aux membres du gouvernement de feu Moctar Ould Daddah dans leur centre de détention. Il leur annonça que le ‘gouvernement’ a décidé de leur accorder une paye de 10 jours seulement et qu’ils n’auront plus droit à aucun salaire ou allocation.

En avril 1979, le colonel Ould Bouceif libère tous les membres de l’ancien gouvernement à l’exception du père de la nation qui restera détenu à Aoulata jusqu'à sa libération par le colonel Ould Haidalla suite à des complications sanitaires. Depuis le 10 juillet 1978, date malheureuse de l’ascension des militaires au pouvoir jusqu'à son voyage en France, Moctar Ould Dadah s’est vu saisir l’unique maison que sa famille possédait en face de la SOCOGIM Tevrag Zeina, et ne lui a été retournée que vers la fin des années 90 suite aux interventions du président français Jacques Chirac et Jacques Foucard (monsieur Afrique), de plus, il n’a jamais reçu aucun salaire ni traitement de faveur de la part des militaires.

À son tour, Ahmed Ould Daddah, président du RFD, demeurait en résidence surveillée et dans des conditions lamentables jusqu'en 1984, après l’arrivée du colonel Ould Taya au pouvoir.

Le 3 août 2005, le Comité militaire pour la justice et la démocratie (CMJD), dont ses membres furent de hauts responsables du pouvoir du colonel Ould Taya, s’emparait du palais présidentiel pendant un voyage de condoléances de ce dernier, en Arabie Saoudite. Tous les membres du gouvernement sont restés dans leur position, seuls quelques officiers supérieurs, par peur de représailles, ont été mis en garde à vue dans de très bonnes conditions au palais des congrès au milieu du quartier luxueux de Tavrag Zeina. Fut parmi les profiteurs :

· Le colonel Sidi Ould Riha et Ainina Ould Eyih, responsables de la faillite de la SOLONEC. Le premier est un principal actionnaire à SODIAP et, chez Mitsubishi avec Ould Jilly, Brahim Ould Aly N’diay et Moulaye Ould Boukreiss. Le deuxième détient plus de 1000 têtes de chameaux, des comptes bloqués à l’étranger et de luxueux appartements dans la capitale. Tous deux circulent librement et de plus, Ould Riha, avec toute arrogance, poursuit le ministère de la Défense pour sa radiation du corps de l’armée nationale après le coup d’État du 3 août 2005.

· Le colonel Wellad Ould Haimdoune, Al Arby Ould Jeddeine et Sidi Mohamed Ould Vaida. Le premier était directeur général du port autonome de Nouakchott et le second était chef d’État major à la veille du coup d’État du 3 août. Le troisième, tortionnaire notoire, homme de confiance du colonel Ould Taya, qui a tué des centaines de soldats mauritaniens et détruit des villages entiers dans le sud est, en plus de piller des biens. Libre comme l’air, il est engagé par le groupe d’Ehla Abdallahi à Nouadhibou.

Tous ces filous et beaucoup d’autres, savourent aisément le butin détourné au moment où le pays est en déficit intérieur de 80 milliards selon le CMJD.

Le CMJD, au contraire du CMRN et du CMSN, n’a pas changé le système, il a gardé exactement les mêmes structures que Ould Taya avait organisées et préservées pendant 20 ans avec de minuscules retouches. Le pire est que le PPM (Parti du peuple mauritanien) était dissout, par contre le PRDS vient de nommer un secrétaire général, contesté par certains membres de la même formation. Les membres du ‘parti unique’ n’ont pu se réunir, alors que l’ambassadeur de la Mauritanie, son excellence le docteur Mohamed Al Hacen Ould Lebatt, auprès du pays du sage Nelson Mandela, l’Afrique du Sud, dispute la direction du PRDS avec le dinosaure Boidjel Homeid, gaspillait l’argent des contribuables au moment où il devait se tenir dans les missions diplomatiques pour sauver ce qui restait de l’image ternie par son ancien maître Ould Taya.

Je rappelle au CMJD, qu’au contraire de la pratique dont il a favorisé, la liberté et l’amnistie des criminels, tous les membres de l’équipe de feu Moctar Ould Daddah, après le coup d’État du 10 juillet 1978, sont restés sans salaire, certains parmi eux n’ont pas touché, jusqu'à présent aucun émolument. À titre d’exemple, je cite :

· Cheikh Sadbouh Kane
· Feu Ba Abdel Aziz
· Abdallahi Ould Beya
· Mohamed Ould Cheikh
· Mohameden Ould Babah
· Sidi Bouna Ould Sidina Bouna
· Sall Abdel Aziz
· Mohamed Ould Maloud

Malgré les loyaux services rendus à la ‘République’, ces anciens membres du gouvernement mauritanien, durant les années 60 et 70, vivent dans des conditions pitoyables, alors que les anciens colonels, les voleurs, les criminels et les tortionnaires circulent librement.

La politique et la vision instable et non stratégique des militaires ont rendu la Mauritanie, malgré ses ressources naturelles, dans un état désastreux. Nous sommes tous tenus responsables de cet état, mais la part se partage principalement entre nos dirigeants et notre opposition marionnette.

La suite logique des événements après la chute de Ould Taya ne montre pas encore une justice sociale pour le pauvre peule mauritanien. Le discours démocratique du CMJD est loin d’être la solution aux problèmes endémiques, le règlement de compte, non plus, n’est pas la solution ni la potion magique de la pauvreté. Pour prouver sa sincérité, le CMJD devrait saisir l’occasion de la destitution du tyran Ould Taya, pour faire geler les biens de ceux qui ont volé les biens publics, les retourner aux caisses de l’état et faire preuve de plus de rigueur en matière de gestion des biens publics.

Le peuple restera toujours la première et dernière victime des mauvaises décisions.

Montréal, le 30 novembre 2005

Moustapha Ould abderahim Ould Ibn Mogdad




NOUVEAU CAS D’ESCLAVAGE EN MAURITANIE : ALERTE INTERNATIONALE

Les protagonistes :

Boubacar Messaoud Président de SOS Esclaves
Barakatou, mère de Khadama et grand-mère de M’barka
Fatimetou Mint Ndary, maîtresse de Barakatou, Khadama et M’barka
Fatimetou Mint Senhouri, volontaire qui accueille et héberge Khadama, en fuite
Hamoudi Ould Bah Ould Ndary, jeune neveu de la maitresse, Fatimetou Mint Ndary
Mahfoudh Ould Bettah, Ministre de la Justice
Mbarka, nièce de Khadama et petite fille de Barakatou
Sidaty Ould Demba, Secrétaire adjoint à la Communication de SOS Esclaves et conseiller municipal de la commune de Sebkha (Nouakchott)

Le cadre :

SOS Esclaves vient d’être saisie, spontanément, d’un nouveau cas d’esclavage, dans la ville de Nouakchott, la capitale ; la démarche de la jeune plaignante, finira, comme d’habitude, par révéler d’autres victimes, dans sa propre famille.

Khadama est âgée d'environs 14 ans, née de parents serviles, appartenant à la famille Ehl Ndary, de la tribu Aroueyjiat. Depuis la fin du mois d’octobre, elle fuit le domicile de sa maîtresse, Fatimetou Mint Ndary, situé dans le quartier Ksar, au Nord de Nouakchott. La fugitive se réfugie chez Fatimetou Mint Senhouri, une femme, qui s’était portée à son secours alors qu’elle était assaillie par des jeunes voyous. Celle-ci informe, aussitôt, le siège de SOS Esclaves.

Dans un premier temps, l’association envoie deux de ses militants, dont un journaliste collaborateurs de plusieurs journaux privés ; ils sont équipés de matériel d’enregistrement. Ils rencontrent la jeune fille et s’entretiennent avec elle ; par crainte ou souci des retournements de victimes sous la pression de la police et des tribus, nos animateurs filment les propos de Khadama, le dimanche 6 novembre ; elle révèle être venue, très jeune à Nouakchott, chez sa maîtresse, pour poursuivre une meilleure scolarité; à l’époque, elle était inscrite en 2ème année de l’école primaire et résidait, avec sa mère, dans le village de Hassi Mechkour, région du Trarza.

Depuis un temps qu’elle ne peut préciser, n’ayant aucune notion exacte du temps, elle vivait, en condition servile, chez Fatimetou Mint N’dary où elle accomplissait les tâches ménagères, sans aucun salaire. De plus, elle n’est plus jamais allée à l’école et subissait, souvent, de mauvais traitements, de la part de la maîtresse, pour la moindre faute. De désespoir, elle a décidé de fuir la maison, profitant alors d’un voyage, au Sénégal, de Fatimetou Mint Ndary, à la veille de la fête du Fitr (fin du Ramadan).

Lors de son récit, elle explique que d’autres membres de sa famille se trouvent, toujours, au service des maîtres ; la fille de sa sœur aînée, M’barka, s’occupe des tâches domestiques, chez Fatimetou Mint Ndary, sans percevoir, non plus, de compensation matérielle. Khadama assure que Hamoudi Ould Bah Ould N’Dary, neveu de la maîtresse, abuse sexuellement de M’barka, d’ailleurs en état de grossesse visiblement avancée.

Enfin, Khadama soutient ne pas vouloir retrouver sa mère, toujours esclave, au risque d’être ramenée par la force dans la famille de Fatimetou Mint N’dary. Elle n’entretient pas de relations avec ses sœurs résidentes à Nouakchott ; elle dit n’avoir aucun autre parent susceptible de lui assurer des conditions de vie décentes.

Les faits :

Le lendemain, à 9 heures, Boubacar Messaoud, le Président de SOS Esclaves, est reçu, sur sa demande, par Maître Mahfoudh Ould Bettah, le nouveau Ministre de la Justice, installé suite au changement du pouvoir du 3 août 2005 ; après avoir pris connaissance de l'événement et du projet de dépôt de plainte, le Ministre conserve photocopie des déclarations de la fille, sur lesquelles elle avait apposé son empreinte digitale, en guise de signature.

Le Ministre, attentif et visiblement préoccupé, décide de saisir le Procureur Général et lui demande de recevoir le Président de SOS Esclaves et les personnes qui l'accompagnent (son secrétaire adjoint à la Communication Sidaty Ould Demba, par ailleurs conseiller municipal de la commune de Sebkha (ouest de Nouakchott) où réside Fatimetou Mint Sehnouri, laquelle hébergeait la jeune fille, depuis le 26 octobre 2005 ; toutes les deux sont conviées à l’audience).

Le Procureur Général reçoit les quatre personnes. Après les présentations faites par Boubacar Messaoud, la victime répond à toutes les questions et confirme, parfaitement, ses déclarations écrites enregistrées la veille. Ensuite, le magistrat, après avoir entendu Sidaty Ould Demba et Mint Senhouri en leurs qualités de témoins, garde les deux femmes et signifie, aux animateurs de SOS Esclaves, que leur rôle s’arrêtait là.

Cependant, Sidaty, par précaution, reste, discrètement, auprès de Khadama et de Fatimetou Mint Senhouri. Elles sont renvoyées au commissariat N°1 du Ksar où elles furent interrogées; Khadama est allée montrer, à la police, le domicile de sa maîtresse ; là, se trouvaient M'barka, - en état de grossesse – et Barakatou, mère de Khadama et grand-mère de M’barka, venue du village de Hassi Mechkour, depuis l'annonce de la disparition de la jeune esclave.

Barakatou et M’barka ont été conduites au commissariat ; alors, la première a appelé ses autres filles qui habitent dans différents quartiers de la ville, en leur annonçant que Khadama venait d’être retrouvée. Après l'audition de Mbarka, sur sa prochaine maternité, la police convoque le jeune Hamoudi Ould Bah Ould N'Dari, qui aurait été interrogé au sujet de ses relations intimes avec celle-ci.

Quant à Fatimetou mint N'Dari, la maîtresse, avec une rare arrogance, devant les locaux de la police ou elle s’est volontairement présentée en compagnie de ses enfants - filles et garçons - et d’un un homme noir qui se targue, fièrement, d'être leur esclave et loyal serviteur ; il conduisait une voiture où se trouvait la progéniture de Baraketou ; elle-même paradait dans la sienne.

A la grande surprise de SOS Esclaves, la police évite de l’interroger et se garde de l’interpeller, cela en dépit de sa qualité de principale suspecte. Sur le ton de la menace, elle argue, publiquement, qu’elle a informé tous ses parents et proches, y compris le Directeur Régional de la Police à Nouakchott, membre de la même confédération tribale.

A la fin de l'après midi, la police laisse Barakatou, l’esclave mère, emmener Khadama, sous prétexte qu'elle ne voulait pas s'en séparer ; ainsi les deux se retrouvent, au point de départ, chez la maîtresse !!!! Ici, l’attitude la police incite SOS Esclaves à la vigilance.

A Mint Senhouri, qui hébergeait la jeune fugitive, la police demande de revenir, le mardi 7 novembre, à 12 heures, pour signer sa déposition. M’barka, seule, est placée en garde à vue, pour pratique sexuelle illégale mais le neveu de la maîtresse reste en liberté !!!!

Le mardi, dès leur arrivée à 11 heures du matin, Mint Senhouri la logeuse de la victime et Sidati Ould Demba le conseiller municipal et animateur de SOS Escalves, constatent que l’audition des autres protagonistes s’achevait. Fatimetou Mint N'Dari était furieuse et soutenait, haut et fort, que Khadama avait été contrainte à raconter des histoires fausses, par Mint Senhouri et ses amis de SOS Esclaves. Comme en témoigne l’affaire Jabhalla, révélée au monde le 14 mars 2005, ce mode de dénégation est courant parmi les maîtres pris en flagrant délit.

La police demande, encore, à Mint Senhouri, de revenir le lendemain matin, pour signer sa déposition, car le Commissaire aurait été retenu, toute la veille, à l'hôpital ; en conséquence, le procès verbal demeurait indisponible.

Epilogue

Alarmé, le Président de SOS Esclaves se présente, de nouveau, le 9 novembre, devant le Ministre de la Justice, lequel lui réserve un bon accueil et le renvoie auprès du Procureur Général.

Boubacar Messaoud se retrouve devant ce dernier qui était deja en compagnie du Procureur de la République. Celui-ci nie le bien-fondé des allégations d’esclavage et prétextent que la mère de Khadama recevait, pour l’activité domestique de sa fille mineure, une somme d’argent de la part de Fatimetou Mint Ndary ; lorsque Boubacar Messaoud rétorque qu’il s’agit, là, d’un acte caractérisé de traite, les magistrats défendent de façon peu convaincante se et précisent que la somme ne constituait pas une contrepartie au travail de la jeune fille mais seulement des cadeaux donc au moins une contrepartie en nature . Ils reprennent ensemble, l’argument habituel des familles esclavagistes : Khadama, sa mère Barakatou, leur nièce et petite fille M’barka, toutes de physionomie noire africaine, seraient les parentes de la famille Ehl Ndary, lien prétendument renforcé par l’allaitement croisé. En revanche, les deux procureurs ne contestent pas l’interruption de scolarité de Khadama, alors que les filles et fils de Fatimetou Mint Ndary vont à l’école, certains à l’université. Quels sont donc ces fameux liens familiaux qui justifient une telle différence de traitement entre les enfants ?

Boubacar Messaoud, très familier de ce genre de discours, comprend la tournure des évènements et décide de saisir le Bureau Exécutif de SOS Esclaves. Après recoupements, il s’avère que la police a purement et simplement remis la plaignante contre sa volonté déjà exprimée, entre les mains de sa mère et de la maîtresse de celle-ci, cela en dépit du risque de récidive que la jeune fille avait dénoncé, de manière explicite, lors de son audition par le juge.

Ainsi influencée, la jeune esclave soutient, à présent, une nouvelle version : elle aurait été enlevée, dans une voiture, par un homme noir, puis remise entre les mains Madame Fatimetou Mint Senhouri, en présence d’autres personnes, sous-entendu des militants de SOS Esclaves qui l’auraient forcée à raconter des mensonges sur sa situation.

Le nouveau montage, comme dans l’affaire Jabhallah, a été réalisé par la police, la famille des maîtres et les parents de Khadama, sous le regard bienveillant et complice du parquet . La solidarité inter tribale entre personnes nées de milieux esclavagistes, s’accomplit, ici, au dessus de la loi ; la seule sanction prise en l’occurrence, s’applique à M’barka, pourtant victime d’abus sexuels ! Aux fins de soustraire, de toutes poursuites, le neveu de la maîtresse, la police a augmenté l’âge de Mbarka et prétendu qu’elle entretenait des rapports sexuels avec d’autres individus. Maintenant, elle est réputée née en 1987, donc majeure, entièrement responsable de ses actes. Excepté son renvoi devant le juge, le dossier est donc classé. De bout en bout, les représentants de l’Etat ont suscité et couvert le faux et l’usage de faux, faisant obstruction ostensible à l’équité.

Enseignements :

Quelques mois après le coup d’Etat du 3 août, venu mettre fin à une dictature sanglante et impunie, force est de constater, qu’en matière de lutte contre l’esclavage, le racisme et les discriminations, les espoirs sont déçus, sans ambiguïté. Le nouveau Ministre de la Justice, issu de la société civile et réputé pour son indépendance, ne dispose de la marge de manœuvre suffisante. Le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie ne s’occupe que de la transition ; le Gouvernement expédie les affaires courantes et se préserve de toute audace ; l’ensemble de l’infrastructure sécuritaire et judiciaire fonctionne exactement, selon les réflexes et les habitudes du pouvoir déchu.

Le cas de Khadama nous apprend toute l’envergure de cette continuité : en dépit d’un flagrant délit d’esclavage, de témoins nombreux, de preuves vivantes et actuelles, la loi s’arrête, net, quand son application porte atteinte aux intérêts des élites arabo-berbères. Nous n’insisterons, jamais assez, sur la dimension ethno-sociale de l’impunité et de son occultation.

Appel :

Ces derniers développements autorisent SOS Esclaves à lancer la présente alerte, aux militants, démocrates et amis de la cause abolitionniste, en Mauritanie et partout ailleurs. Encore une fois, la justice et ses auxiliaires viennent de reconditionner une victime et des témoins, afin de cacher la vérité au monde. Les auteurs objets de la plainte initiale de Khadama, les policiers et magistrats complices de son retournement doivent être suspendus de tout exercice et conduits devant les instances disciplinaires ; le dossier mérite une reprise énergique, par des juges dignes de leur fonctions. Sans ces deux mesures, certains mauritaniens, à cause de leur naissance, ne cesseront de désespérer de leur pays.

Jusqu’ici, le comportement des pouvoirs publics nous étonne et suscite notre inquiétude ; il n’est pas sans rappeler la consigne du silence, observée, sur les pratiques esclavagistes, sous l’ère du Président déchu Ould Taya..

Comme par le passé, SOS Esclaves ira, jusqu’au bout, afin de faire prévaloir la vérité sur la caractère actuel et massif des pratiques traditionnelles de servitude, notamment dans la communauté maure.

SOS Esclaves, désormais reconnue par les autorités, appelle les journalistes et les associations de promotion des droits humains, à se rendre, en Mauritanie, pour mesurer l’ampleur du phénomène, évaluer les moyens de son éradication et contribuer à celle-ci.

Nouakchott, le 14 novembre 2005

Pour complément d’info presse :
Mauritanie
Boubacar Messaoud, Président de SOS Esclaves :
afrique@sosesclaves.org
Nouakchott : 00 222 640 83 97

Etranger
El Arby Ould Saleck, Président de la Section Europe de SOS Esclaves :
europe@sosesclaves.org
Paris : 00 33 ( 0 ) 6 21 44 25 94




DÉCLARATION

Une amnistie [..] impartiale

Dans l’euphorie du changement survenu le 3 août 2005, une loi d’amnistie décrété par le CMDJ a vu le jour. Cette amnistie tant convoitée et controversée a réveillé les velléités ethniques et raciales qui ont été l’origine des événements de 1966, 1978 et de 1986. Malheureusement les criminels respirent encore, jouissent d’une liberté, d’une protection et même d’une amnistie sans précèdent dans l’histoire de l’humanité.

Le passif humanitaire du régime déchu nous a conduit à une amnistie sélective qui est loin de faire l’unanimité de tous les mauritaniens. Nous devons reconnaître la citoyenneté de tous les mauritaniens et leur statut égal sur le territoire mauritanien. La justice instrumentalisée est loin d’être le moyen d’union entre les différentes composantes de notre chère Mauritanie. Seule la justice impartiale reste le seul moyen de cohabitation entre ces composantes.

Nous reconnaissons amèrement qu’il y a une injustice sociale qui doit impérativement disparaître, mais nous reconnaissons aussi que l’absence d’état de justice est un de ces facteurs d’émergence. Le partage sectoriel ou social qui est né avec la colonisation doit disparaître du débat politique et se faire remplacer par un discours constructif d’une société multiculturelle et un discours de cohabitation nationale.

Les négro-mauritaniens, les haratins, les maures sont tous des mauritaniens, le citoyen de 2e, 3e catégorie n’existe pas dans le dictionnaire humanitaire. Le jeu de double face et de politique de double mesure [...] doivent être exclus du combat de l’opposition et aboli du dictionnaire du pouvoir. Les séquelles du racisme d’État, du népotisme, de l’esclavage sont omniprésentes. Certes cela prend du temps pour les faire disparaître mais seule la volonté des hommes déplacent les montagnes.

Notre fondation réitère sa conviction aux militants honnêtes et sincères des droits de l’Homme et s’engage sans réserve au combat noble pour une Mauritanie multiculturelle égalitaire. Une fois de plus, nous exhortons le CMDJ au retour sans exception de tous les déportés et réfugiés mauritaniens sur les frontières mauritano-malienne et mauritano-sénégalaise, l’abolition des pratique esclavagistes, ainsi que le dédommagement de tous ceux qui ont été victimes de l’injustice sociale, ethnique en Mauritanie. Nous demandons un projet cohérent d’intégration de tous les segments de la société mauritanienne et une amnistie générale de tous les délits d’opinion politique.

Une loi d’amnistie impartiale fera sans doute l’unanimité de tous.

New York, le 14 septembre 2005

Moctar Cheine
Porte parole




Misère et grandeur de notre élite politico-intellectuelle ?

Par Hamdou Sy -Professeur de philosophie-Paris-France

Il est vrai que les deux décennies du règne de Taya ont mis en évidence l’incroyable malhonnêteté de certains intellectuels dont le cynisme et la démagogie depuis leur entrée sur la scène politique n’ont cessé de frapper les jeunes générations. Leur posture est si malsaine qu’ils ont proclamé haut fort d’être les artisans de l’étouffement du crime contre l’humanité commis par le régime de Taya. Ces intellectuels qui n’ont mérité leur titre que par des connaissances académiques ne sont pourtant que de véritables perroquets sans principes, ni idéaux qui n’ont de discours que le verbe de la circonstance et du moment. Comment expliquer qu’un intellectuel puisse constamment énoncer ses propos comme des vérités coraniques ou bibliques sinon qu’il est dépouillé de tout esprit critique, de tout sens de l’évaluation critique de son parcours ?

Depuis Gaston Bachelard, nous savons que l’essence de la vérité scientifique est provisoire et Karl Popper a énoncé que le critère de scientificité d’une théorie, c’est sa réfutabilité. En terre mauritanienne, des intellectuels ont décrété qu’un discours politique est sensé quand il ne dénonce pas l’injustice, l’arbitraire et le racisme, c'est-à-dire quand il se fait conciliant avec l’ordre établi. Mieux, quiconque fait de la politique en dénonçant les véritables maux d’un régime raciste et dictatorial est quelqu’un qui porte atteinte à l’unité nationale. Une position politique plus tranchée que celle pratiquée par les acteurs et les responsables du système même s’est construite et consolidée sur la base d’une sorte d’arrogance et de terrorisme du verbe. Quand l’intelligence et le talent se mettent au service du mal, du faux, du mensonge, l’âme déserte le corps qui la porte, à la place d’une subjectivité vivante, nous avons ainsi un fantôme qui hurle sans que personne ne prenne le temps de l’écouter. Ces intellectuels, donc les « faux » comme dirait mon frère Ibrahima Ngaidé, à la suite de la réplique pertinente et percutante de Touré Mamadou Saïdou, sont les idéologues du mensonge et de la contrefaçon. Platon avait averti dans le Gorgias en les nommant les sophistes qui sont les maîtres du beau discours. Le sophiste de l’antiquité est le maître du parler beau et non vrai. C’est pourquoi, il fascinait les jeunes et les détournait des chemins de la quête de la sagesse comme l’enseignait Socrate.

La différence entre nos intellectuels idéologues tentés par le mal, fascinés par la cruauté, tétanisés par les pratiques féroces de la dictature, médusés par le brillant des salons des villas de leurs compagnons dignitaires du régime et les sophistes de l’antiquité réside dans le vide criant de leur discours sans substrat et sans profondeur conceptuelle. Des intellectuels qui n’ont pas fait de la rigueur conceptuelle et de la probité intellectuelle les critères d’une réflexion sérieuse se sont mis à produire un bavardage qui n’aurait attiré l’attention de personne s’ils ne se livraient pas à la dénégation permanente des crimes commis contre les négro-africains. Il s’est agi d’une réelle défiance aux règles de la méthode et aux vertus de l’éthique pour sacrifier la vérité au profit du mensonge. La configuration de notre paysage intellectuel est très précise dans ses contours : il y a les partisans de la barbarie qui, par tous les moyens, essaient de produire le discours de légitimation pour assouvir leurs intérêts mesquins en jouant à fond leur stratégie démagogique et les autres, les défenseurs de la justice et de la dignité qui luttent contre le racisme, l’esclavage et l’oppression. Les premiers restent arriérés et conservateurs en dépit de leur verve qui cache mal leur opportunisme et leur larbinisme.

Ce sont de véritables traîtres aux idéaux de justice, de liberté et de démocratie. Ces intellectuels ont choisi de manipuler les mots pour masquer leur obscurantisme. En un sens, ils sont très dangereux parce qu’ils sont devenus amers, vindicatifs et revenchards. Ils ont perdu toute crédibilité, d’où leur excitation agressive. La deuxième catégorie, ce sont les intellectuels qui ont choisi de s’exposer en combattant de façon radicale et digne l’injustice et l’arbitraire. Plus sereins, et plus persévérants, ils continuent avec ardeur et vitalité à traduire leurs principes et leurs idéaux en actes. Ce sont ces intellectuels qui sont à côté du peuple pour faire avancer la longue et difficile lutte contre le système raciste, esclavagiste et tribal qui a la mainmise sur l’Etat. Hier comme aujourd’hui, c’est cette réalité qui crève les yeux que veulent éclipser les compagnons de route de la barbarie qui s’est instaurée dans notre pays. Ils sont les adversaires de la démocratie à venir, à ce titre, ils doivent radicalement être combattus.

C’est pourquoi, il faut de la vigilance à leur égard parce que, ce sont des porteurs de la discorde, de la zizanie pour nous détourner des questions essentielles qu’ils ont toujours occultées. Ils ne proposent rien qui nous fasse avancer. Ils pointent constamment le doigt sur des dangers imaginaires et fictifs pour justifier leur discours de retardataires.

Toutefois, des contributions riches ont été mises en circulation comme celles de l’Alliance patriotique et de Mohamed Baba et ses amis, elles méritent débat. Mais les supputations chroniques d’intellectuels égarés et éblouis par l’incompétence et la médiocrité ne doivent plus nous interpeller. Nous voulons avancer et non reculer en ressassant un discours vide et creux.

Quand le savoir, l’âge et le voyage n’instruisent pas et ne procurent pas sagesse et lucidité, rien ne peut rendre possible la rectification. Il est des individus que la lumière éblouit au point de les rendre aveugles à jamais. Nous n’avons pas besoin de ces partisans des pesanteurs sociologiques et des lourdeurs ancestrales pour le bien-être de la Mauritanie. Sans les ignorer, ni les négliger, il ne faut pas leur accorder plus temps qu’il ne serait nécessaire. Ce sont les malheureux compagnons de l’angoisse de leur époque qui restent nostalgiques de leur passé passif et passéiste dont la stérilité trahit leur inadaptation et leur impertinence. Quand on passe tout son temps à répéter que « nous avons eu raison depuis toujours », c’est qu’il y a un manque de profondeur. Comme disait un homme d’Etat français : « avoir toujours raison, c’est le plus grand tort ».

La politique de l’irritation, le discours de l’excitation et la pédagogie de la provocation constituent les marqueurs de la carence et de la vacuité. Tel est le visage des intellectuels médiocres qui ont trop bavardé sans avoir le courage intellectuel de dénoncer le racisme, l’esclavage, le tribalisme, bref l’injustice. Il y a un moment dans la vie, le silence est d’or. Il est temps que la parole malheureuse de l’impuissance et de la vanité se taise.

Mercredi le 17 août 2005
Hamdou Sy

Source : FLAMNET-AGORA
http://flamnet.fr.fm/
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Observatoire mauritanien des droits de l’Homme (OMDH)

10 août 2005

communiqué

Mauritanie : Il est temps de libérer tous les détenus

Le sursaut du 3 août 2005 est venu concrétiser les aspirations du peuple mauritanien qui a tant souffert de l’arbitraire, de la répression et du despotisme. Les liesses populaires, que notre pays n’avant pas connues depuis bien longtemps, sont là pour témoigner de l’immense joie que vivent aujourd’hui les Mauritaniens.

Les familles des détenus étaient les plus joyeuses de toutes, car le départ, non regretté, de Ould Taya, signifie les retrouvailles tant espérées, et la fin de la torture et le piétinement de la dignité dont ont été victimes les leurs dans ses prisons.

L’Observatoire mauritanien des droits de l’Homme, qui a suivi, jour par jour, l’épreuve des détenus, ne peut exprimer une joie totale au changement et à la libération de certains détenus, tant que les autres détenus ne sont pas encore libérés et tant que tous ne sont pas rétablis dans leurs droits.

La déclaration de certains membres du Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) sur la fin de la période répression ; l’affirmation du Colonel Mohamed Ould Abdel Aziz que la volonté du CMJD est d’instaurer « une démocratie issue du peuple et pour le peuple » ; la nomination de l’ancien bâtonnier et grand défenseur des droits de l’Homme, Me Mahfouz Ould Bettah au ministère de la justice, constituent autant de bons signes pour l’avenir de notre peuple, mais le retard de libération des détenus, alors que les familles croupissent jour et nuit devant la prison en attente de délivrance, est un fait dissonant avec la joie générale occasionnée par le changement.

La chute du dictateur déchu signifie l’effondrement de toute raison morale ou juridique de détention des hommes qui, comme les officiers du 3 août, ont tant sacrifié pour tenter de destituer le tyran.

L’Observatoire mauritanien des droits de l’Homme, dont la défense des droits de l’Homme est la mission éthique :

- Renouvelle son engagement à lutter pour le triomphe des valeurs humanistes quelles que soient les conditions, ainsi que sa défense des prisonniers dont l’épreuve doit s’arrêter.

- Se félicite de l’orientation prise par le Conseil militaire pour la Justice et la Démocratie en matière de droits civiles, et de la nomination d’un grand défenseur des droits humains au ministère de la justice.

- Rappelle au CMJD ses engagements en matière de respect de la dignité et des droits humains.

- Se réjouit de la libération de plusieurs détenus civils, qui étaient injustement arrêtés.

- Demande la libération des détenus militaires afin que les familles puissent retrouver les leurs après une si longue attente, ainsi que la clôture de ce dossier d’une manière qui prenne en compte leurs sacrifices consentis pour le salut de la Mauritanie.

Observatoire mauritanien des droits de l’Homme

10 août 2005

Pour plus d’information vous pouvez contacter :

La Présidence : shinqiti2002@yahoo.com, 0018067917685
Le Secrétariat Général : mohamed_aly_louly@yahoo.com, 0033611127430
Site Web: http://almarsad.org/
Fax : 0049-40-23934767

L’Observatoire mauritanien des droits de l’Homme (OMDH) est une institution indépendante qui œuvre pour la promotion de la liberté et la défense des droits humains en Mauritanie. Cet Observatoire, déclaré en France comme Association Loi 1901, a été fondé par des intellectuels Mauritaniens résidants en Europe et en Amérique du Nord.




chers amis

Je vous tiens le texte intégral en objet que nous avons remis ce soir à la délégation de l'union africaine à Nouakchott

bonne réception

Me Brahim Ould Ebety

****

Mémorandum présenté par les organisations des droits de l’homme :

- Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH)
- Groupe d’Etudes et de Recherches pour la Démocratie et le Développement Economique et Social (GERDDES)
- SOS Esclaves

Présenté à la délégation de l’Union Africaine en mission à Nouakchott.


Nous, ONG Mauritaniennes des Droits de l’Homme, créées depuis le début des années 1990 à l’effet d’apporter notre contribution pour l’enracinement de la démocratie, de la culture démocratique et du respect des droits de l’homme, avons, depuis, œuvré par tous les moyens en notre possession, et suivant les procédés légaux, tant sur le plan national qu’international, à l’effet de protéger le citoyen mauritanien et lui permettre de jouir de toutes ses aptitudes et capacités morales pour mieux contribuer à l’édification d’une Mauritanie libre et démocratique, dans une cohésion nationale où toutes ses composantes s’y retrouvent.

En dépit de ces nobles idéaux que nous avons définis dans nos différents programmes tels que exposés dans nos statuts, les autorités mauritaniennes avaient refusé de nous reconnaître et avaient même utilisé tous les moyens pour nous persécuter à l’intérieur du pays, et même à l’extérieur, poursuivre nos dirigeants et même les condamner pour purger des peines de prison pour le simple fait qu’ils croyaient et oeuvraient pour les idéaux pour lesquels les associations ont été créées.

Ainsi ces organisations, pendant toute cette période, n’ont cessé de travailler aux côtés de tous les persécutés d’opinion ou persécutés dans leur exitence à travers toute la Mauritanie.

Pour vous permettre de comprendre l'ampleur des violations des droits de l'homme durant la période où Monsieur Ould Taya tenait en main de fer les destinées du pays et donc l'importance de l’action de nos organisations en Mauritanie durant toute la période qui s’étend de 1991 à nos jours, nous évoquerons à titre d’exemple, quelques actions d’importance capitale pour la défense des droits de l’homme :

La défense des causes des victimes des tristes évènements intervenus au sein de l’armée nationale en 1990 – 1991 et qui ont conduit à des morts d’officiers, sous-officiers et soldats, tous négro africains et singulièrement halpularen, à telle enseigne que nos organisations ont accompagné les victimes à l’intérieur du pays pour saisir les autorités judiciaires, administratives et politiques, à l’effet d’apporter solution à cette affaire extrêmement grave, et ce, jusqu’au moment où une amnistie est intervenue en juin 1993 pour empêcher toute poursuite locale. Même et en dépit de cette amnistie, nous avons saisi le Président de l’époque, Monsieur Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya, pour lui demander d’intervenir, et ce, suivant correspondance du collectif des avocats des veuves en date d’octobre 1993, pour apporter solution locale à cette affaire et éviter qu’elle soit portée devant les instances internationales. C ‘est ainsi et en l’absence de toute réponse à notre action qu’une instance internationale avait été saisie tout comme une juridiction étrangère.

l’instance internationale saisie par un collectif d’ONGs, dont l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme, mandaté par les différentes victimes était la Commission Africaine des Droits de l’Hommes et des Peuples, instance créée par la

Conférence des Chefs d’Etat pour connaître de toute action contre tout état membre de l’Union Africaine. Cette saisine de la commission, à l’issue d’un long débat contradictoire entre le gouvernement mauritanien et les ONGs des Droits de l’Homme, a rendu sa décision en sa session tenue au mois de mai 2000 à Alger, par laquelle elle concluait formellement « qu’il y a eu en Mauritanie durant la période de 1989 à 1992 des atteintes graves et massives des droits de l’homme » ; pour formuler un certain nombre de recommandations à l’attention du gouvernement mauritanien, dont notamment la constitution d’une commission d’enquête, à l’effet d’identifier, poursuivre et sanctionner les auteurs des différentes atrocités intervenues au sein de l’armée et indemniser toutes les victimes ( CF : rapport de la session de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, tenue à Alger en 2000).

Il convient de souligner ici que depuis que cette décision a été rendue, plusieurs victimes avaient saisi les autorités mauritaniennes ( gouvernement de Ould Taya ) à l’effet d’accepter de donner suite aux recommandations par leur exécution qui passe nécessairement aux termes des recommandations par le rétablissement de toutes les victimes dans leurs droits.

Jusqu’au O2 août 2005, aucune suite n’avait été donnée aux requêtes présentées par les victimes elles-mêmes, par les avocats ou les ONGs qu’elles avaient mandatées.

En outre, par l’effet du refus d’entendre et d’accepter de connaître les réclamations des victimes par les autorités de l’époque que les victimes avaient saisi l’opportunité de séjour de l’un des officiers auteur de crime de torture au courant de la période 90- 91 pour déclencher une procédure par plainte avec constitution de partie civile, devant une juridiction française. Plainte qui a connu son dénouement le 1er juillet 2005 par la condamnation de cet officier à une peine infamante.

En outre et comme victimes des tristes évènements des années 1989, 90 et 91, nos associations ont œuvré au retour des expulsés vers le Sénégal et le Mali, pensant qu’un tel retour allait constituer une opportunité pour les autorités mauritaniennes aux fins d’apporter solution à cet épineux problème, mais malheureusement ce retour a été ignoré et méconnu et aucune perspective n’était envisagée pour permettre à ceux qui étaient de retour d’être rétablis dans leurs droits, même après les recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples par leur indemnisation, leur retour dans leur fonctions, dans leurs foyers, la récupération de leurs lopins de terre, de leurs effets et de leurs biens dont ils avaient spoliés le jour de leur expulsion en dépit de leutr qualité de citoyen à part entière de ce pays .

Tous ces problèmes demeurent et aucun effort d’y apporter solution n’a été déployé par le pouvoir de Monsieur Ould Taya en dépit de la clarté et de la consistance des recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et des prédispositions manifestées par les différentes victimes et ONG des droits de l'homme.

B. L’assistance et le suivi des causes des persécutés d’opinion.

Dans ce cadre, nos associations n’ont cessé de rester aux côtés de toutes les victimes lors des différentes interpellations, arrestations, détentions, tortures. En somme, notre pays, en dépit des principes de protection des libertés individuelles et collectives largement définies par la Constitution de 1991 et l'ensemble des instruments internationaux ratifiés protecteurs du citoyen, n’a cessé de persécuter les mauritaniens tant dans son intégrité physique et morale ; à telle enseigne que l’Ecole Nationale de Police et les différents commissariats sont devenus des laboratoires de tortures largement décrits avec une précision remarquable par les détenus lors de leurs différents procès. Et à titre d’exemple nous citerons quelques cas frappants de pratiques cruelles de tortures.

- La torture publique de l’ancien ministre de la justice, Monsieur Yedaly Ould Cheikh et l’actuel député – avocat Maître Mohamed Mahmoud Ould Lematt à Nouadhibou, en 1997.

- La torture des éléments baathistes et nasséristes,

- Torture des Oulémas, professeurs et éléments de la mouvance islamiste en mai 2003 ;

- La torture en juin – juillet et septembre 2003 des militaires qui avaient organisé la tentative du coup d’état de juin 2003,

- Torture des militaires et civils arrêtés en août – septembre et octobre 2004,

- Torture des Imams, professeurs, Oulémas et éléments de la mouvance islamiste en 2005

- Plusieurs cas de tortures qui ont entraîné des morts d’hommes et de femmes parfois, étouffés dans le silence par l’effet de la terreur entretenue par les autorités policières.

Il faut souligner ici que nous n’avons cité que quelques cas de tortures parce que cette pratique est devenue le lot quotidien dans tous les commissariats, et nous ne pouvons en faire un répertoire pour pouvoir mieux circonscrire ce document.

C’est ainsi que lors de ces pratiques régulières de tortures, nos organisations n’ont cessé de les dénoncer par communiqué de presse, déclarations médiatisées, conférences de presse, et à tous les niveaux pour que de telles pratiques cessent dans notre pays. Mais malheureusement, et face à notre volonté de contribuer à ce que notre pays se conforme à ses engagements internationaux, la Mauritanie ayant ratifié la convention contre la torture dite ‘’Convention de New York’’, nos associations n’ont reçu des autorités de l’époque que menaces, persécutions, chantages, et même utilisation des médias d’Etat pour tenter, vainement, de faire croire à l’opinion que nous sommes des agents de puissances ou d’organisations internationales, alors que notre souci est unique : les intérêts suprêmes de la Mauritanie.

C. Les problèmes liés aux pratiques et aux séquelles de l’esclavage.

Notre pays connaît une diversité qui a entraîné l’existence de pratiques et de séquelles de l’esclavage, sous toutes ses formes, qu’il soit de type rural pratiqué dans les terroirs (l’élevage et l’agriculture), ou de type urbain que nous pouvons qualifier de ‘’luxe’’.

Nos organisations, à l’instar d’autres organisations internationales, chercheurs, observateurs au parfum des réalités socio-économiques du pays, n’ont cessé de requérir une action sur le terrain, à l’effet d’identifier l’ampleur de cette réalité grâce à un pointage, à un recensement ou à un répertoire pouvant établir les diverses catégories de formes de telles pratiques ou de telles séquelles.

Mais au lieu de regarder en face le sérieux et la consistance de telles doléances, les autorités de l’époque, c’est-à-dire celles qui géraient les destinées de notre pays jusqu’au 2 août 2005, en ont fait un tabou, c’est-à-dire un secret, un problème qui ne doit pas être évoqué publiquement. Un problème d’une telle ampleur mérite un débat, une contradiction pour extraire une substance pouvant conduire à dégager une orientation précise et non équivoque à l’effet de l’éradiquer dans toutes ses formes : pratiques ou séquelles.

Plus grave, tous ceux qui en parlent localement ou à l’étranger, étaient considérés comme des ennemis de la Mauritanie et pestiférés, alors que la réalité est là, cruelle ; et souvent confirmée par les montages auxquels se livrent parfois les autorités à l’effet d’administrer la preuve qu’en Mauritanie il n’y a pas de pratiques d’esclavage. Et nous nous limiterons à citer ici l’un des derniers cas et pas des moindres, le cas de Méderdra, connu sous le nom de ‘’Jabhalla’’ (ce qui signifie en dialecte locale hassanya ‘’don de dieu’’, _expression souvent utilisée pour désigner un(e) esclave) qui a entraîné la poursuite et la détention de citoyens, d’un journaliste, pour avoir rendu publiques des pratiques d’esclavage.

D. Libertés d’_expression, de réunions et de manifestations.

Ces libertés, pourtant définies et garanties par la Constitution de 1991 en son préambule et en son article 10, et par les conventions internationales ratifiées par la Mauritanie, demeurent soumises au pouvoir discrétionnaire, je dirais la volonté de ceux qui gouvernent : Chef de l’Etat, Ministre de l’Intérieur, ou toute autre autorité.

C’est ainsi que nous avons connu des interdictions de réunions dans des hôtels ou dans des maisons privées, ou même de rassemblements pour des formations politiques ou des organisations des droits de l’homme. Plusieurs fois des conférences de presse ont été interdites, tout comme de simples regroupements.

La liberté d’_expression dans sa forme privilégiée, celle de la liberté de la presse, a été pratiquement réduite à néant, à telle enseigne que certains journaux s’autocensurent pour subsister ou continuer à exister, sans parler des censures et des interdictions de paraître. La Mauritanie a une particularité que consacre son ministère de l’Intérieur depuis 1991, année de la promulgation de la Constitution, par l’obligation de tout journal, d’obtenir un récépissé des services techniques de son ministère avant toute diffusion. C’est ce que nous appelons chez nous le fameux article 11 de la loi sur la presse.

Notre pays est l’un des rares, pour ne pas dire l’unique de la sous région où n’existe aucune radio ou télévision privée. Les seules télévision ou radio qui existent sont le monopole exclusif du parti au pouvoir et aucune autre opinion d’opposition ou indépendante ne peut paraître sur les écrans ou être entendue à travers la radio.

E. Le domaine électoral.

Nos associations sont particulièrement intéressées par ce domaine, et singulièrement le GERDDES qui a un savoir faire en la matière grâce aux réseaux auxquels il appartient a souvent proposé gracieusement ses services pour participer à l’organisation, à la supervision et au contrôle des opérations électorales (présidentielles, parlementaires et municipales), en introduisant diverses demandes à l’occasion des différentes compétitions. Mais aucune suite n’a été donnée en raison de l’exigence qu’imposaient les autorités de l’époque, que les élections sont du domaine exclusif du ministère de l’intérieur qui est souvent l’un des membres les plus influents du parti au pouvoir, PRDS, parti du Président de l’époque. En somme, il est unanimement admis que toutes les élections qui se sont déroulées dans ce pays, l’ont été sans transparence et sans liberté, à telle enseigne que le parti au pouvoir (PRDS) a organisé une fraude sans précédent lors des élections de renouvellement des instances de l’ordre nationale des avocats de Mauritanie en juin 2002. une telle fraude avait été largement condamnée par tous les observateurs nationaux et par toutes les organisations internationales de barreaux auxquelles le barreau mauritanien est affilié, à savoir l’Union des Avocats Arabes, la Conférence Internationale de Barreaux de Tradition Juridique Commune dite CIB et l’Union Internationale des Avocats.

Une telle fraude que nous qualifions ‘’fraude à grande échelle’’ a entraîné une division regrettable au sein du barreau mauritanienne pendant toute la période juin 2002 – juin 2005 ; et c’est grâce à un combat sans merci que tous les avocats ont mené aux fins de retrouver leur unité et leur indépendance, que cette période a été dépassée et des élections organisées le 30 juin 2005 auxquelles assistaient plusieurs observateurs avocats étrangers et qui a permis un dépassement de la triste période 2002-2005, créée par le parti au pouvoir, le parti de l’ancien Président.

C’est pour vous dire que la fraude dans notre pays n’avait plus de limites, largement consacrée en matière politique, elle déborde au domaine professionnel ; parce que le parti au pouvoir tient à s’accaparer de tout, soumettre tout le monde à sa dévotion, parce que n’existe que lui et il n’y a aucune place pour l’autre ou pour l’autre opinion.

F. La Justice

La justice, en dépit de son indépendance garantie par la Constitution, et par la loi portant le statut de la magistrature, demeure particulièrement soumise à la volonté du pouvoir exécutif, à tous les niveaux. C’est en fait un secteur, pourtant vital, qui est aujourd’hui gangrené par toutes les pratiques d’intervention, de corruption de soumission aux lobbies de pression et désir de plaire à l’autorité pour gagner sa confiance, comme si cette confiance était le facteur essentiel pour rendre justice. Plusieurs procès d’opinion que le pays a connus– tenez-vous bien – qui se dit pluraliste aux termes de sa constitution – en témoignent, parce que des innocents, sans la moindre preuve, et seulement en exécution des instructions du pouvoir exécutif ont été condamnés et ont purgé de lourdes peines, sans parler de tous les autres domaines.

Cette situation que nous avons voulu caractériser par ces volets qui rentrent dans le domaine de notre action font que le pays était administré et géré contrairement aux textes qu’ils le régissent : constitution, lois, règlements et conventions internationales ratifiées. Une telle situation ne pouvait conduire qu’à un éclatement, parce que toutes les issues sont fermées et ce, pendant une période de plus de deux décennies, d’autant plus que le pays, depuis 2003 a connu plusieurs tentatives de coup d’état. Et l’ensemble des observateurs estimaient que le pays est rentré dans un tourbillon et ne pouvait s’en sortir que par un rétablissement de ses institutions d’Etat, distinctes de tout parti politique.

Un tel constat de risque d’instabilité par le non respect des libertés individuelles et collectives, le mépris et l’ignorance des exigences de rétablissement des citoyens dans leurs droits, se trouve consolidé par le non respect de la chose publique par sa dilapidation, le détournement, la généralisation du phénomène de la corruption, et des pratiques de délits d’initié ; en somme, tous les ingrédients de la déliquescence de l’Etat, ne pouvait conduire qu’à un éclatement de la Mauritanie ou son entrée dans un chaos, un tourbillon.

Une telle donne n’est pas seulement la nôtre. Elle est partagée aussi par tous ceux qui connaissent la Mauritanie, par tous ceux qui suivent l’évolution politique, économique et sociale de la Mauritanie, par toutes les chancelleries installées en Mauritanie.

L’évolution que le pays est appelé à connaître à la fin de l’année ou au début de l’année 2006 par l’exploitation des richesses pétrolières et éventuellement d’autres richesses minières, pouvait avoir des répercussion fâcheuses sur le pays si la situation n’avait pas changé, comme celle qu’ont connues la Somali, le Libéria, la Côte d’Ivoire, ou d’autres pays.

Nous sommes des organisations de droits de l’homme, et par essence opposées à toutes les formes de violence, et notamment à toute prise de pouvoir par la force. Mais que faire devant une situation bloquée que l’ancien Président avait formellement reconnue à plusieurs reprises avant son départ, sans prendre la moindre initiative pour la redresser, en rétablissant la confiance et en combattant tous les ingrédients d’instabilité qui étaient là, latents.

Devons-nous dire : nous sommes contre toute prise de pouvoir par la force, et laisser le pays sombrer dans le chaos et l’anarchie ou accepter un état de fait qui nous a permis d’éviter une telle catastrophe dans la tranquillité et la sécurité.

Nous pensons qu’il y a lieu d’accepter cet changement de la situation effectué dans la tranquillité et la sécurité, tout en restant vigilant et exigeant quant à la restauration du régime constitutionnel pluraliste dans notre pays.

C ‘est ainsi que nous devons être particulièrement vigilant et attentif et guetter tous les risques de déviation, tout en accompagnant ceux qui ont pris l’initiative de l’assainissement dans l’œuvre tendant à limiter leur passage au pouvoir et à exécuter convenablement le programme qu’ils se sont fixés, notamment par :

- la formation d’un gouvernement de transition, composé de technocrates ou d’Union Nationale formée de différents partis politiques pouvant réunir réellement les critères de technicité, de compétence, d’intégrité et de dévouement aux intérêts de la Mauritanie ;

- réformes constitutionnelles par la suppression de l’article 104, rajout à la constitution qui l’avait vidée de toute sa substance, la limitation du nombre de mandats du Président de la République à deux seulement, la suppression du Sénat qui constitue un luxe inutile pour la Mauritanie, limitation des pouvoirs du Président avec des pouvoirs réels attribués au gouvernement, inscription de l’obligation du ministère d’avocat lors de l’arrestation, à l’instar de notre voisin, la République du Mali, l’inscription de l’impossibilité pour le gouvernement, de dissoudre un parti politique devant être du domaine exclusif de l’autorité judiciaire, unification du système judiciaire et constitutionnel en un seul système à l’instar du Sénégal, par exemple.

- Création d’une commission nationale indépendante pour organiser et superviser l’ensemble des élections (présidentielles, parlementaires et municipales), en veillant à ce que cette commission soit présidée par une personnalité de notoriété nationale par son indépendance, sa technicité, ses compétences, son sens poussé de l’impartialité et son attachement aux intérêts suprêmes de la Mauritanie. Cette commission devra être composée de personnalités choisies pour leur indépendance d’esprit et leur probité, mais aussi leur technicité et leur compétence, ainsi que les représentants des formations politiques. Cette commission doit avoir plein pouvoir d’organiser l’ensemble des opérations électorales (recensement, établissement des listes, découpage électorale, détermination du nombre et des sites d’installation des bureaux de vote, distribution des cartes électorales, suivi et contrôle de l’établissement des pièces de l’état civil, désignation et formation des membres des bureaux de vote, organisation matérielle de l’opération électorale le jour du scrutin, et proclamation des résultats.

- En raison de l’importance du passif humanitaire lié aux évènements de 1989 – 90 et 91 et leurs conséquences, nous suggérons que les recommandations de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples constituent la base de travail du traitement de ce passif aux fins de lui apporter solution, en étroite liaison avec les organisations des droits de l’homme et les victimes elles-mêmes pour garantir une meilleure cohésion nationale.

- Accepter d’organiser un large débat autour des pratiques et séquelles de l’esclavage, à l’effet d’identifier l'importance d’une telle situation grâce au concours de nos organisations, mais aussi des organisations et pays amis intéressés à contribuer à l’éradication de telles pratiques et séquelles

- Combattre à l’effet d’y mettre fin, toutes les pratiques de torture sous toutes ses formes, pour qu’un tel phénomène disparaisse de nos commissariats et de notre école de police.

- Décréter une amnistie générale en faveur des détenus d’opinion et de ceux poursuivis, condamnés pour raisons de leur opinion ou leur appartenance politique ainsi qu'en faveur de tous les militaires impliqués dans les différentes tentatives de coup d’ainsi que en faveur de tous les militaires et civils impliqués dans les différentes tentatives de coup d’état de 2003 et 2004 ; et ce, à l’effet de restaurer la confiance et favoriser une large cohésion nationale.

Ainsi, nous entendons travailler pour faire valoir la réalité de la situation du pays et les exigences que le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie doit réaliser pour pouvoir tirer la Mauritanie du chaos vers lequel elle glissait dangereusement.

C’est pourquoi nous vous demandons, sur la base de l’exposé relatif à la situation du pays et les exigences minimales que nous avons ci-dessus exposées, d’accepter de nous accompagner, accompagner la Mauritanie pour qu’elle dépasse la situation où elle se trouvait, tout en restant vigilants et exigeants, quant à la réalisation de ces exigences et le rétablissement de l’ordre constitutionnel et d’être les messagers auprès des différents chefs d’Etat de l’Union Africaine et des pays et partenaires amis de la Mauritanie, pour les sensibiliser et les amener à contribuer positivement à la stabilité et à la cohésion de la Mauritanie.

Nouakchott le 09 août 2005





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