vendredi 26 juillet 2002

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Action
Bons baisers de Paris

David Langlois-Mallet

Un été parisien, ce peut être un choix. Ou une contrainte. Peu importe : au fil des rues, on trouve l’Histoire, les rencontres, la magie. De balades en ballades.

L’été à Paris... Parigots et provinciaux se trouvent unis, enfin, par une même lamentation collante comme l’asphalte sous le soleil, étouffante comme un pic d’ozone : « Cette année, je passe l’été à Paris ». La belette de faubourg ou le lapin venu des garennes se voient déjà dévorés par le travail moderne Raminagrobis, dans la grisaille d’un méandre de Seine. C’est que la religion cathodique prescrit à ses brebis un mois de transhumance, parasols et vaguelettes... Cette pression au bonheur, convertie en euros, oblige les uns à fuir, pourvu que ce soit sous un palmier, et taraude ceux qui restent.

Pourtant, Paris l’été, quel festival ! La ville est en permanence un condensé d’Avignon et de Cannes. Elle renferme autant de musées que de marottes de collections possibles. Au kiosque du coin, le premier Pariscope venu ou l’Officiel nous rencardent, et on trouve la liste exhaustive des endroits à la mode dans Nova. Quant aux concerts du jour, ils sont dans LYLO, petit gratuit disponible dans les bars-concerts. Partons à la rencontre d’un Paris où l’argent n’est pas le point de départ du vivre ensemble.

Belleville et Ménilmontant, les deux collines jumelles, sont les mamelons populeux, où le vin et le temps se la coulent douce. Les petits troquets, aux Trois Arts ou aux Trois Chapeaux, cachent leurs terrassent derrière des devantures peu racoleuses : on n’y exploite plus de vigne, mais on y cultive le plaisir de se retrouver autour de quelques musiciens. Des menus pas chers attirent une clientèle de quartier loin de l’invasion des bobos qui remontent de Bastille par la rue Oberkampf. Autour des rues du Ruisseau, des Rigoles, des Cascades, et des cours d’eau des anciens bois conquis peu à peu, Paris mélange ses souvenirs sans soucis de cohérence. Là, une barre d’immeubles écrase de petites impasses pavillonnaires et leurs glycines. Ici un bouquet d’arbres s’échappe entre deux rues. Plus loin, une ancienne fabrique ouvrière attend les pelleteuses ou... les squatters. Dans ces rares quartiers de Paris, le regard peut encore capter ces images poétiques qui échappent à notre époque de pubs et de bagnoles. Quand on dégringole la pente de la Butte, on se retrouve le long du boulevard de Ménilmontant. Au long de ses allées, certaines vies d’une bohème élégante et zonarde semblent presque entièrement occupées à des haltes amicales à chaque troquet : Le Soleil, Le Robinet Mélangeur, Les Lucioles... avec leurs terrasses et leurs concerts du dimanche. Le temps s’écoule mollement sous la chaleur, à portée de canon des tombes des généraux d’Empire du Père-Lachaise.

Montmartre est une terre de contrastes. Son destin géologique de « butte témoin », elle l’a converti en témoin historique de l’évolution de la capitale. À qui le lit attentivement, Montmartre raconte les premiers chrétiens, les derniers paysans de Paris, ou le sang des communards qui ne veut pas sécher sous les pavés des Amélie Poulain. La haine du pouvoir contre le peuple y avait alors fait 30 000 morts ! Une violence palpable et dans les vestiges du mur des fédérés et dans l’âme montmartroise.

Du pouvoir d’Haussmann à celui du RPR, la lutte de Paris-la-bourgeoise contre Paris-la-populaire suit son cours, avec ses destructions de maisons qui poussent toujours plus loin les habitants vers les banlieues. Le combat se poursuit encore aujourd’hui contre les îlots de résistance, squats, artistes de rue et petits cafés musicaux.

Contre la Butte, sa petite réplique la Goutte d’Or l’africaine. On pourrait à son propos parler de la richesse multiculturelle de ce quartier pauvre, à comparer avantageusement à un quartier riche mais ennuyeux comme le bourgeois XVIe arrondissement ! Les rues de la Goutte d’Or offrent tous les produits de l’Afrique et tous les agents du ministère de l’Intérieur... Si les gamins de Hugo ou de Poulbot se sont faits rares depuis la gloire de Montmartre, c’est à la Goutte d’Or qu’il faut les chercher. Et que l’on ne s’étonne pas si les parents de nos gavroches d’aujourd’hui sortent des bords du fleuve Niger ou des banlieues de Casablanca.

Les Africains de la capitale disent que la chaleur suffocante d’août est plus pénible qu’en Afrique. Pourtant, c’est au fond de ce Bassin parisien que se ressource l’humeur conviviale de la ville, là où coule la Seine et le canal Saint-Martin. L’été, Paname se la joue latine aux terrasses des bistrots, et bronze aux bords de Seine, sur le Paris-plage de ses îles. Tout le long des berges, les pique-niques participent au renouveau des cultures populaires des petites tribus amicales. Les Parigots y rachètent la médiocre qualité de leur vie quotidienne. Ils profitent de l’été pour recevoir... dans la rue, oubliant un temps leurs logements exigus. On se retrouve ainsi, dans les jardins ou au bord de l’eau, à cinquante aux lampions comme à deux à la bougie, avec du saumon ou des nems, un bon verre ou une bière. Ce mouvement du pique-nique, né dans les années 1990, se retrouve devant l’écran géant du parc de la Villette. Chaque soir d’été, on y projette gratuitement un film pour un vaste public, qui se réjouit autant du spectacle que du plaisir d’être entre-soi au milieu de la foule. Mais c’est sans doute au bord du fleuve que les pique-niques trouvent tout leur sens. Peut-être se souvient-on alors des moeurs d’antiques titis, habitants du village néolithique de pêcheurs bien antérieur à Lutèce ? Cette culture de la fête au bord de l’eau, qui a transité par le temps des guinguettes, flotte mais ne coule pas. On la retrouve entre Bercy et la Grande Bibliothèque, sur les salles de concert flottantes de la Guinguette Pirate et du Batofar. Ou au long du quai Saint-Bernard, investi le soir par des petits groupes de danseurs de salsa, tango ou danses traditionnelles.

La plus jolie des balades, c’est celle qu’on inventera soi-même dans une ville que l’on ne doit pas craindre. Avec un regard pour chaque chose. L’atelier d’un artisan, une pierre moyenâgeuse, un petit look dernier cri qui passe, un vieux pigeon, des gamins, une plante rebelle, un graffiti, une maison faubourienne du XVIIIe siècle, une brocante, des amoureux, un coup d’oeil panoramique, un air de musique, un café-croissant, une petite vieille, un bavard ou une rencontre amoureuse... Il ne faut jamais hésiter, à pousser une porte cochère. Le bonheur d’été à Paname est un pari qui n’est pas perdu.

À découvrir au cœur de quartiers

Bord de l’eau : balades et pique-niques près de l’Île-de-la-Cité ou de l’Île-Saint-Louis (Paris VIe), du canal Saint-Martin (Xe). Bateaux-concerts : Batofar, Guinguette Pirate... du quai François Mauriac (Paris XIIIe), petits baluches spontanés du quai Saint-Bernard (Ve). Dans le XIXe : À la Villette, cinéma et bals-concerts en plein air au parc www.villette.com et les week-ends le squat de la Maison de la Plage, 4, rue de Colmar. Autour du Bassin, des cafés, des restos... Dans le XVIIIe, La Goutte d’Or, café-concert du Lavoir Moderne Parisien et de l’Olympic Café, 35, rue Léon. Et le petit bar à musique, La Goutte Rouge, 19, rue Polonceau. Dans le XIXe et le XXe : Belleville-Ménilmontant, cafés musicaux des Trois-Arts, 21, rue des Rigoles et des Trois, 48, rue des Cascades. Voir aussi au Goumen bis, 2 bis, Cité Aubry, autour duquel il se passe beaucoup de choses, ainsi que l’Ogresse, à l’angle du 4, rue des Prairies. Parc floral de Vincennes : concerts de jazz gratuits. www.parcfloraldeparis.com Et des squats à découvrir comme la petite et très vivante Galette dans l’Art, 9, rue Dauphine (VIe).

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