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La police a identifié le premier islamiste français mort à Faludja





Redouane H. avait gagné l'Irak via la Syrie au début de l'année .

Jean Chichizola .
[22 octobre 2004].
Le Figaro .
Après des mois d'incertitude, les policiers ont maintenant la preuve que de jeunes islamistes quittent bien la France pour combattre en Irak. Et l'un d'entre eux y a trouvé la mort.
Membre d'un groupe extrémiste implanté en région parisienne, son parcours dévoile les itinéraires tortueux menant des banlieues françaises au bourbier irakien..
Tout commence en juillet dernier, quand les services de renseignements apprennent la mort d'un ressortissant français d'origine tunisienne dans la ville de Faludja, à 50 km à l'ouest de Bagdad (Le Figaro du 31 juillet 2004). Installé au coeur du «triangle sunnite», bastion des forces antiaméricaines, l'homme a été mortellement blessé dans un bombardement le 17 juillet..
Occupés à vérifier l'identité exacte de l'intéressé, les services de renseignements indiquent à l'époque qu'il s'agit très probablement d'un militant islamiste venu participer au djihad aux côtés de ses «frères» arabes. Un soupçon que l'enquête a permis de confirmer au-delà des espérances..
La piste du mort de Faludja les amène à s'intéresser à deux Franco-Tunisiens de la région parisienne, deux frères âgés d'une vingtaine d'années. Le mort de Faludja s'appelle Redouane H., 19 ans, et son frère Boubaker, 21 ans, est connu des services de renseignement. En 2003, ce dernier quitte la région parisienne pour la Syrie afin d'y suivre des études linguistiques et religieuses. .
Un «ami» maghrébin l'accueille sur place. Mais le séjour est de courte durée : en mai 2003, Boubaker est expulsé vers la Tunisie d'où il rejoint rapidement la France. Il n'a de cesse d'aller en Irak accompagné cette fois de son frère Redouane. Au début de l'année les deux hommes se rendent alors en Syrie où leurs destins vont diverger. Boubaker est interpellé par la police syrienne à la frontière irakienne. .
Redouane, lui, parvient à rejoindre Faludja, la ville symbole pour les islamistes de tout poil, où il trouvera la mort. De source policière, Boubaker serait toujours détenu en Syrie. Il affirmerait aujourd'hui avoir voulu se rendre en Irak pour des raisons humanitaires..
Les voyages des deux frères H. intéressent les policiers de la Direction de la surveillance du territoire et des Renseignements généraux à un double titre. Elles confirment d'abord les éléments à leur disposition sur les voyages France-Irak. .
Selon les spécialistes, il n'y a pas pour le moment de filière «française» organisée, à la différence de ce qui se passe dans d'autres pays européens. Le Royaume-Uni abriterait la filière la plus active via l'Arabie saoudite, où les islamistes utilisent le pèlerinage vers les lieux saints pour dissimuler les déplacements des djihadistes. .
Outre l'Arabie saoudite, les fous de Dieu disposeraient également de relais, c'est-à-dire d'individus qui leur offrent l'hospitalité, en Algérie, en Iran et en Syrie. Outre Redouane et Boubaker H., d'autres individus vivant en France ont été en contact avec ces filières européennes. Deux Français se trouveraient actuellement à Faludja et une dizaine de militants auraient fait le voyage. La majorité d'entre eux serait d'origine tunisienne et séjournerait en région parisienne..
Second motif d'intérêt pour les enquêteurs : les simples étudiants Boubaker et Redouane étaient en contact avec des individus beaucoup plus chevronnés. Les deux frères fréquentaient un groupe salafiste (mouvement islamiste radical) démantelé le 15 juin 2004 par la section antiterroriste de la brigade criminelle. A l'époque, le traitement du dossier par les juges antiterroristes avait entraîné incompréhension et colère chez les policiers. Fait sans précédent, les deux principaux suspects avaient été entendus comme témoins assistés et laissés en liberté..
L'an dernier, ce groupe avait pris le contrôle de la mosquée de Levallois-Perret par la force et s'adonnait au prosélytisme, à la collecte de fonds et au recrutement de volontaires pour le djihad. Des conversations téléphoniques signalaient notamment des départs pour l'Irak depuis la France, mais aussi depuis la Tunisie, toujours via la Syrie. .
Les deux chefs présumés de ce petit réseau, le Tunisien Adnen T. et l'Algérien Djamel D., étaient bien connus des services de renseignements. Le premier a été entendu dans l'enquête sur l'attentat contre la synagogue de Djerba en 2002. Identifié par l'Office criminel fédéral allemand (BKA) et par les renseignements généraux, Djamel D. était lui proche d'un groupe de soutien logistique à Djamel Beghal installé à Düsseldorf. .
Le groupe Beghal est soupçonné d'avoir préparé en 2001 un attentat contre l'ambassade des Etats-Unis à Paris. Interpellé le 15 juin, un troisième membre du groupe de Levallois-Perret, Toufik T., avait reçu le 11 juin un étrange SMS : «Le groupe est bien arrivé. Je vous contacterai si j'ai besoin d'aide» (nos éditions du 23 juin 2004). Le message venait tout droit d'Irak et émanait d'un converti français, ancien responsable d'une société de sécurité installé à Roissy-Charles-de-Gaulle. Cinq mois plus tard, un détail n'a pas échappé aux enquêteurs : le contact des frères H. en Syrie est le même que celui de Greg et du groupe de Levallois-Perret..
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http://www.lefigaro.fr/cgi/edition/genimprime?cle=20041022.FIG0314