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Michel Van Den Plas

L'Ordre du Glossaire

des origines jusqu'à nos jours

PLUS D'UN TIERS DE SIÈCLE D'HISTOIRE(S)

souvenirs d'un dinosaure de la guindaille

Deuxième édition

Avertissement

Le lecteur comprendra que ces notes cursives ne prétendent ni à l'exhaustivité ni à la rigueur scientifique. Il s'agit de souvenirs personnels, donc partiels et partiaux, où l'auteur décrit, sans acrimonie mais sans complaisance, les événements qu'il a vécus pendant et après ses études. Toute erreur ou omission est à signaler à l'auteur ou à la Chancellerie de l'Ordre du Glossaire. Il sera tenu compte des remarques pertinentes dans les éventuelles rééditions.

À peine sortie, la première édition était déjà dépassée: au banquet du 27 février 1999, les Sénateurs Toubeau et Compernol ont jeté un éclairage supplémentaire sur ces souvenirs. Cette deuxième édition en tient largement compte.

Le lecteur constatera aussi que l'auteur emploie, avec ou sans guillemets, nombre de mots et de locutions qui ne figurent dans aucun dictionnaire de français courant. Il ne faut pas y voir la manifestation d'une méconnaissance de la langue, mais plutôt le souci de serrer au plus près le langage de ces "éternels étudiants" francophones belges auxquels l'auteur se flatte (1) d'appartenir.

Imprimatur Mgr. Dupanloup

Nihil Obstat Mgr. Daniélou

La présente plaquette est le résultat d'une violente masturbation intellectuelle de janvier, février, mars et avril 1999.

tiré en nombre limité sur rotative alzheimer par procédé parkinson aux établissements dély-riom-trémins à bois-fort

Copyright Michel Van Den Plas 1999.


T A B U L A E

La Protohistoire

L'Ordre du Phénix

La Genèse

Mutatis Mutandis

Les Premières Crises de Croissance

Dites 33

La Métamorphose des Cloportes

Notes

La Traversée du Désert

 

La Protohistoire

La Guindaille, c'est comme les cacahuètes: quand on commence, on ne peut plus s'arrêter.

1960 voit la naissance, à partir d'une école de kinésithérapie(2) de l'Institut supérieur technique de l'État (école de secrétariat féminine, de cycle court), dont la branche "langues" se spécialise et s'amplifie en une section de traducteurs et d'interprètes, mixte et bilingue(3). Le cycle d'études des (futurs) traducteurs et interprètes est porté à quatre ans(4). C'est à cette période charnière (1963) que j'y fais mon entrée, assoiffé d'études et de guindailles (si, si, on peut concilier les deux!).

À l'initiative d'étudiants de la section néerlandaise se développe un cercle d'étudiants appelé, sans grand effort d'imagination, IVERTO (acronyme de l'appellation "Instituut voor Vertalers en Tolken"). Dès les origines, le cercle s'ouvre aux étudiants francophones et les statuts en vigueur à mon arrivée précisent que, par souci d'équilibre et de représentativité, le vice-président ne peut être du même rôle linguistique que le président. IVERTO adopte comme couleurs blanc-bleu-jaune (blanc et bleu pour les Nations unies, bleu et jaune pour l'Europe unie). La penne, inspirée et même copiée de l'ULB, porte, dans un triangle(!), le sigle STI (School for Translators & Interpreters)(5). Seul le président porte - en de rares occasions - une écharpe aux couleurs du cercle. Les baptêmes sont "gentils": on utilise peu la peinture et les tondeuses...

Dès octobre 1963, je participe avec enthousiasme aux activités, essentiellement récréatives, du cercle(6). À la rentrée 1964, je figure en bonne place dans le comité de baptême et en mars(7) 1965, je suis élu "maître des bleus - maître des moeurs" (schachtenmeester - zedenmeester)!

En octobre 1965, Rudolf Remy, notre représentant au MUBEF(8) fait la connaissance du délégué de l'ICHEC, qui lui dit tout de go: "notre baptême a lieu mardi prochain: envoyez donc une délégation". Quand ces propos me sont rapportés, j'affiche: "présent", tout heureux de cette ouverture sur le monde de la guindaille, car nous vivons en circuit fermé, n'ayant guère de relations avec les autres grandes écoles, et encore moins avec les universités.

Le jour dit, je me présente dans l'arrière-salle de la Taverne de la Bascule(9). Vêtu de jeans et d'un vieux pull, je fais un peu "tache". En effet, Mme De Henau, directrice "old fashion", impose pour fréquenter les cours le port du veston et de la cravate aux garçons, les jeunes filles étant priées, aux termes du règlement intérieur, de "ne pas se présenter en pantalon long"(sic!). Je parviens, non sans peine, à arracher Jean-Pierre Schyns(10) et Raymond Verboomen (président d'IVERTO) à leurs obligations, et en route pour le baptême...

Timides et empruntés, hésitant à exhiber notre penne parmi tous ces calotins, mes deux comparses suscitant la stupéfaction par leur tenue bourgeoise, nous nous tenons un peu à l'écart. Un membre du comité nous invite à nous asseoir au premier rang, parmi toutes les délégations(11) portant toges, bands, vleks. Raymond y reconnaît un ancien camarade de classe: Eddy Delahaye, qui sera mon parrain à l'ASMO(12). Quand le président de baptême annonce: "le bleu suivant est offert à la délégation STI", Jean-Pierre et Raymond retirent leur veston, le posent soigneusement sur le dossier de leur chaise, et nous entrons dans l'arène.

Pour moi, ce jour est celui de la Révélation. Comment, on peut guindailler entre calottes et pennes, on peut porter, au lieu de blouses de laboratoire "cochonnées", des toges de couleurs et de modèles différents!?


La Genèse

C'est l'histoire d'un vlek...

Je me mets donc à préparer le baptême avec ardeur, invitant évidemment l'UDECHEC(13) et les délégations (toutes catholiques) avec lesquelles nous avons sympathisé. Pour la première fois, nous allons recourir largement à la peinture et à d'autres moyens jusque là tabous à l'ISTI. Pour la première fois, nous allons sommer les bleus de se munir d'un maillot de bain (mixité oblige) et de se rouler dans la fange!

Raymond Verboomen, président d'IVERTO ayant égaré son écharpe présidentielle au cours d'une soirée trop arrosée, je fais confectionner d'urgence des bands aux couleurs du cercle pour les membres du comité et j'improvise pour moi-même, avec un vieux sarrau, une sorte de mini-toge. Le baptême connaît un franc succès de foule: il faut même maîtriser certains invités - tous des mâles - excités par la vue des bleuettes en bikini! Bref, nous faisons un tabac...

Pour ma part, fasciné par les "sociétés portant couleurs", dont j'ignorais jusqu'à l'existence quelques jours auparavant, j'entre à l'Ordre Académique de Saint-Michel avec Hubert Toubeau(14) (à l'ISTI, il est roi des bleus et moi maître des bleus!)... Nous sommes baptisés le 13 novembre 1965.

Au cours de l'année académique 1965-1966, dans l'atmosphère générale de "splitsing" qui caractérise alors l'enseignement supérieur(15), les Flamands de l'ISTI, s'estimant peu et mal représentés au sein d'IVERTO(16) font sécession. Ils créent le "Vlaamse Club IVERTO", adoptant comme couleurs noir-jaune-bleu(17) et reprenant, pour l'essentiel, les statuts de l'ancien IVERTO unitaire. La scission administrative sera consommée en 1968.

Placés devant le fait accompli, nous décidons de constater la dissolution de fait d'IVERTO et d'adopter, comme appellation provisoire du cercle dorénavant francophone, le sigle STI qui figurait déjà sur la penne. Nous reprenons les statuts de feu IVERTO en les adaptant aux circonstances nouvelles.

Depuis quelques mois, nous caressons en outre l'idée de créer une toge pour le comité et un "vlek" qui sera décerné aux plus méritants d'entre nous et aux personnalités extérieures que nous voudrons honorer, étant entendu, sans fausse pudeur, que nous espérons, bien sûr, recevoir quelques vleks en retour.

Aux élections de mars 1966, j'accède à la présidence. Rudolf Remy est élu vice-président et maître des bleus (les statuts ne comprennent pas de clause contre les cumuls), Yvan Lauwers rempile pour la nième fois au poste de trésorier, Pierre Ista est chargé de la rédaction de YASIDAYES et Baudouin Leclément de Saint-Marc accède au tout nouveau poste de délégué socio-culturel. C'est à cette occasion que nous inaugurons les toges de comité, dont le modèle est copié sur celui du KASK(18), à la couleur près: le bleu bordé de blanc remplaçant le rouge bordé de blanc. Elles sont confectionnées par ma mère en un temps record et gratuitement! Par la suite, ces toges de type poncho, que j’aimais beaucoup, seront jugées peu pratique et abandonnées(19).

Le choix des toges résulte de longues séances de remue-méninges fortement arrosées de bière, au cours desquelles nous décidons aussi du modèle et de l'appellation de notre vlek: croix émaillée bleue, échancrée, frappée au centre d'un globe terrestre blanc portant un livre (dictionnaire?) jaune(20); pour ce qui est du nom, c'est plus laborieux: certains sont rapidement écartés (Saint-Jérôme, c'est trop catho, Hieronimus, c'est trop pédant, perroquet, c'est trop bête, écouteurs, c'est trop interprète); à la fin de la soirée, quelques langues pâteuses hasardent: dictionnaire, bouquin, vulgate, grimoire...GLOSSAIRE!

Euréka, Alléluia! L'Ordre du Glossaire (Ordo Glossarii) est né(21). Les statuts provisoires prévoient quatre grades:

Chevalier porte la croix, au bout d'un ruban bleu et blanc, sur le côté gauche de la poitrine

Officier porte la croix sur le côté gauche de la poitrine, le ruban étant orné d'une étoile d'or

Commandeur porte la croix sur le côté gauche de la poitrine, le ruban étant orné deux étoiles d'or, et, en cravate, la croix (surmontée ou nom d'une couronne? ce ne fut pas tranché)

Grand Cordon porte la croix sur le côté gauche de la poitrine, le ruban étant orné trois étoiles d'or, et, de l'épaule droite à la hanche gauche, un large cordon bleu et blanc supportant la croix surmontée d'une couronne.

Les mêmes statuts précisent que le président du cercle STI est Grand Maître de l'Ordre du Glossaire; il décide souverainement, après avis de son comité, de l'octroi de la décoration. À l'issue de son mandat, il est promu d'office Grand Cordon(22). Pendant son mandat, le Grand Maître porte la cravate avec la croix surmontée d'une couronne d'or. Il porte, sur le côté gauche de la poitrine, la croix avec quatre étoiles d'or sur le ruban. Des délais de promotion entre les différents grades sont prévus.

Il est décidé, dans la foulée, que les anciens présidents du cercle STI (appellation provisoire) deviendront Sénateurs (du cercle et non de l'Ordre du Glossaire!) et porteront une toge blanche(23) bordée de bleu (modèle inspiré de l'Ordre de François Villon). Il est proposé que les trois premiers présidents se réuniront pour définir les statuts du Sénat et désigner le plus ancien comme Recteur du Sénat(24). Sont mises au frigo les propositions relatives aux insignes particuliers de l’ancien premier Grand Maître (palmes, feuilles de chêne, etc.), de même que le titre de fondateur de l’Ordre (Conditor Ordinis) pour chaque vlekké de la première fournée.


Les Premières Crises de Croissance

Je t'aime, moi non plus...

A la rentrée académique, des séances de pré-baptême ont lieu à la Taverne de la Bascule dans une ambiance survoltée.

C'est le jour du baptême 1966, en octobre(25), que nous nous autovlekkons sans vergogne. Tous les membres du comité STI sont faits d'office chevaliers et je revêts les insignes de Grand Maître, ce qui suscite les premiers regards jaloux, surtout que j'y ajoute d'initiative le port de l'épée et des gants blancs(26).

Quelques jours après, je procède à la première séance de vlekkage général (internes et externes) à la Bascule. Font partie de la première promotion (les membres du comité s'étant déjà vlekkés): Hubert Toubeau, ancien roi des bleus, Jean-Louis De Bock, grand guindailleur devant l'Éternel, Jacques Koot, président de l'ASMO et futur Grand Maystre de l’Ordre Studentyssime et Très Vesnerable de François Villon de Moncorbier, Freddy Xhonneux, président de l'UDECHEC et Grand Maître de l'Ordre du Pétase, etc.

Nouveau venu sur le marché du vlek, je distribue le Glossaire abondamment et sans trop de discernement, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Double réaction: à l'extérieur, renvoi de l'ascenseur (je suis fait chevalier de l'Ordre de l'Intégrale, du Pétase, du Caducée...); à l'intérieur, retour du bâton (on me reproche de "courir le vlek"(27) et de préférer la guindaille aux choses sérieuses(28)). Mon manque total de diplomatie et de souplesse n’est pas fait pour arranger les choses. Petit à petit, je dois faire face à une sourde hostilité au sein de l'Institut. Jugé trop folklo-catho, j'en suis même réduit à vlekker à la sauvette au cours d'une soirée dansante...

L’idée de créer un second vlek STI est provisoirement écartée, officiellement parce que "le Glossaire est encore trop jeune".

En mars 1967, Rudolf Remy est élu président, Hubert Toubeau devient maître des bleus. Voulant tout et trop bien faire, Rudolf Remy paiera sa présidence de sa licence...

En octobre 1967, fraîchement détenteur du diplôme de licencié traducteur, je m'inscris en première candi sciences commerciales à Saint-Louis. Censeur de l'ASMO, je continue à guindailler, tantôt en penne, tantôt en calotte, tantôt en bierpet...

Toubeau exercera la présidence pendant l'année académique 1968-1969, marquée par des conflits "socio-politiques" (campagne contre l'exiguïté des locaux, lutte contre les structures archaïques de l'école et contre la personnalité de la directrice). Je participe notamment à l'occupation du bâtiment de la Rue de l'Abbaye et laisse un duvet dans l'aventure. Le premier soir où, légèrement in the mood, je rejoins les grévistes, j'exige d'être conduit sans délai à Toubeau. Surpris dans son premier sommeil il m'accueille par une bordée d'injures(29).

Mes deux premiers successeurs poursuivent, selon leur style propre, les relations avec les cercles et corporations catholiques. Comme moi, ils s'escriment avec les formules latines et l’épée présidentielle. Il est toutefois manifeste que nos séances traditionalistes, assorties de vlekkages, en corona ont plus de succès à l'extérieur qu'à l'intérieur: bien souvent les invités sont plus nombreux que les étudiants de l'ISTI, qui viennent en touristes ou en curieux. Un soir, certains clampins particulièrement échauffés s'en prennent aux médailles qui ornent le drapeau de l'Harmonie Waucquier(30) et s'en garnissent abondamment le torse pour singer les commilitones hospitesque vlekkés. Leur gag a le succès qu'il mérite, mais nombre de ces médailles disparaîtront à jamais, ce qui me vaudra quelques problèmes.


La Métamorphose des Cloportes

Rire c'est rire, et non le contraire.

Aux élections suivantes, Marc Dubuisson, candidat "folklorique et guindaillant" à la présidence, est battu par le poulain de la fraction "sérieuse": Michel Liesnard. D'emblée, celui-ci refuse le port de la penne, de la toge, des vleks, etc. Flanqué d'éléments plus orientés vers la guindaille, tels que Michel Ganeff, vice-président extérieur, il doit toutefois présider à l'automne 1969 un banquet "agrémenté" de délégations folkloriques catholiques (ICHEC, Gé Gantoise, François Villon, Vulcania), au grand mécontentement de certains profs de tendance "gaucho-laïque". J'y assiste en complet-veston, car ma toge de Sénateur, promise de longue date, ne m'a toujours pas été remise. Je porte donc sur ma tenue "civile" les insignes de Grand Cordon de l'Ordre du Glossaire, de Commandeur de l'Ordre Très Ancien et Très Noble du Roy Artus et le band de l'Ordre Académique de Saint-Michel, ainsi que le band bleu indiquant ma toute nouvelle fonction de maître des bleus à l'Ordre. Quand on a la vocation...

Appelé vers les brumes de la "dixième province"(31) au début de 1970, je perds peu à peu le contact avec l'ISTI et ses "excroissances", auprès desquelles je n'ai pas bonne presse. Je garde en revanche de bons rapports avec le monde folklo-catho: je suis fait chevalier de l'Ordre de l'Archange Saint-Michel et, au cours d’un bal dans les polders, chevalier de l'Ordre de la Fine Fleur. Au cinquantième Dies Natalis de la VlaVla, à Bruges (dimanche de Pâques Closes 1972), je rencontre, dans une délégation STI, Michel Compernol et Raymond Vanden Plas arborant l'Ordre de la Boutade (réservé aux initiés) et tournant en dérision les autres vleks. Mon sens de l'humour s'étant quelque peu émoussé, je prends assez mal la chose(32). Il y a prescription: maintenant ça me fait sourire.

Je crée entretemps l'Ordre Bachique et Breughélien de la Bonne Bière Belge (OBBBBB!), tombé en quenouille depuis(33) et qui ne comptera qu’une poignée de dignitaires (Christian Pigneur, Hubert Toubeau,...). Je sors de temps en temps ma toge de Sénateur que j'ai reçue après une longue gestation! Ce n'était plus ma mère l'exécutrice...


La Traversée du Désert

Partir, c'est mourir un peu.

Mes centres d'intérêt professionnels et familiaux s'étant déplacés vers le sud-est, je n'ai plus que des nouvelles épisodiques du monde guindaillant belge. Je me vois toutefois décerner les commémoratifs du Xe et du XVe du Glossaire, puis celui du XXe, bizarrement en 1985 avec un an d'avance! Francky Grilli, qui n'a pas tout à fait perdu ma trace, garde en effet des contacts "régulièrement irréguliers" avec moi.

À l'occasion d'un banquet à Waterloo (était-ce en 1980 pour le XVe?), le président - Grand Maître de l'époque me persuade de troquer mon Grand Cordon contre le nouveau modèle, agrémenté d'une plaque. Je la porte généralement au cou, car le Grand Cordon m’encombre.

Pendant cette traversée du désert, j'assiste à quelques manifestations que me signale AMISTI. Rarement: c'est généralement en pleine semaine. Quant à la guindaille... Vers 1990, je me rends compte que l'Ordre du Glossaire n'évoque presque rien pour les jeunes étudiants que je rencontre lors de mes rares passages à Bruxelles. J'entends de vagues rumeurs: "le Glossaire a disparu...le Glossaire n'est plus à l'ISTI... le Glossaire est mort..."


L'Ordre du Phénix

Non, non, non, le Glossaire n'est pas mort, car il brille encore!

Rentrant de Strasbourg en février 1998, je trouve un fax et un message sur mon répondeur téléphonique: un certain Marc Pierlet(34) cherche à me joindre au nom de l'Ordre du Glossaire ("rené de ses cendres" après une période d'éclipse? léthargie? catalepsie? coma éthylique?) et me demande, au nom du Grand Maître, quelques mots pour le banquet qui aura lieu le lendemain(35), du moins si je ne suis pas - encore - momifié. Je luis réponds illico et nous échangeons des considérations sur la pluie, le beau temps et le folklore estudiantin.

Quelques semaines plus tard, au 76e Dies Natalis de la VlaVla (51e célébré à Bruges), où je porte ma toge de Sénateur et ma calotte de Saint-Louis (j'aime le mélange des genres, et d'ailleurs, ma penne a mystérieusement disparu), un zig de l'ECAM m'apostrophe:

" - C'est quoi cette toge?

- C'est la toge de sénateur de l'ISTI.

- Ah! le Glossaire...j'étais au dernier banquet."

Marc me rappelle en novembre 1998 pour me dire qu'il essaie de reconstituer les archives, de renouer avec les vieux (pardon: les anciens!), etc. Il m'adresse à cette occasion un abondant courrier(36) à propos de la préparation du banquet du 27 février 1999 et autre calendrier perpétuel et immuable. Je m'avise que la réunion préparatoire des dignitaires de l'Ordre du Glossaire nouvelle mouture a lieu le 15 janvier et que je dois être à Bruxelles le 16 pour une autre réunion. C'est donc l'occasion pour moi de faire la connaissance de ceux qui ont repris le flambeau et d'un sympathique caberdouch bruxellois "Chez Alex"(37). J'en informe Marc, qui me demande si je peux apporter quelques pièces historiques, témoignages des guindailles d'antan (toge, daguerréotypes(38), etc.). Je prendrai d'ailleurs un sacré coup de vieux le soir du 15 janvier 1999, certains jeunes anciens s'obstinant à m'appeler "Monsieur"!


Mutatis Mutandis

La continuité dans le changement ou le changement dans la continuité.

L'Ordre du Glossaire aurait donc connu une "mort clinique" vers 1990. "Refondé" en février 1993 (si je lis bien), il constitue une association de fait (corporation?) distincte du cercle des étudiants et regroupant, avec les Refondateurs, un nombre illimité de membres cooptés (si je lis encore bien). L'Ordre décerne des distinctions honorifiques et sa hiérarchie comporte sept grades, dont celui de Sénateur (si je lis toujours bien). Sont Sénateurs, les Refondateurs et les anciens Grands Maîtres (si je continue à lire bien).

On est loin de la structure de 1966-1967, où l'Ordre du Glossaire était une distinction honorifique (la seule, d'ailleurs) décernée par le président du cercle des étudiants de l'ISTI!

Loin de moi l'idée de condamner ou de censurer les Refondateurs et les Dignitaires actuels, mais comprenez mon étonnement et ma surprise. Je me trouve un peu dans la situation d'un homme qui aurait perdu de vue son enfant en bas âge, qui l'aurait même cru mort et qui se retrouverait en face d'un grand gaillard de presque 33 ans! Celui-ci, la pipe au bec et la chope à la main, lui dirait en rigolant: "Tu crois vraiment que je vais t'appeler Papa?"

À la lecture des statuts actuels, on peut constater que les Refondateurs ont prudemment verrouillé la situation: les statuts ne pourront être modifiés qu'à l'unanimité et les membres de l'ancien Ordre du Glossaire garderont leur rang et leurs distinctions pour autant qu'ils adhèrent aux nouveaux statuts, les anciens (statuts!) étant réputés nuls.

J'adopterai donc un profil bas, essayant de me faufiler au Sénat sans faire de vagues et faisant mon deuil du titre de Recteur du Sénat(39).

Je dépose entre les mains du Grand Maître et du Chancelier deux exemplaires de cette immodeste contribution aux fins d’enrichir les archives de l’Ordre du Glossaire.


Dites 33...

Le Retour des Sénateurs de l'ère primaire.

Mais, que diable, allaient-ils faire dans cette galère?

Et ce n'est pas fini...

Le 27 février 1999, nous sommes réunis sous la houlette du Pâtre grec Theo(40) pour célébrer dans un local "cosy" de Kraainem le Tiers de Siècle de l'Ordre du Glossaire.

Avec l'ami Hubert (Toubeau), avec l'ami Michel (Compernol), je forme le groupe des "Trois Dinosaures" ou "Trois Notaires" (selon qu'on se réfère à Georges Cuvier ou à Jacques Brel)(41) confrontés à une meute déchaînée. Nous n'en croyons ni nos yeux ni nos oreilles: le Chant de la Bière est "exécuté" sur un air de ritournelle inédite (entre le rap et la valse musette) par une assistance déchaînée. Trois censeurs volants (et même planants) ne font qu'ajouter à la pagaille.

En ma qualité de Grand Maître de l'An I, je tente de faire un exposé historique, mais(42) je m'embrouille dans mes notes, bafouille et préfère me faire entendre par écrit (Verba Volant). Une forte délégation de l'ECAM croit bon de nous rappeler que Saint-Éloi bande encore (comme si nous en doutions!) et des jeunes de l'ISTI(43), tentent de convaincre le Sénateur Compernol que son fils, inscrit à l'ULB, devrait se faire baptiser à l'ISTI! On y perd son latin(44).

Toujours sémillant et disert, malgré ses 53 ans et deux jours (!), Toubeau (Grand Maître de l'An III) prêche la bonne parole, du point de vue de la guindaille et de la profession.Compernol (Grand Maître de l'An V)(45), tente vainement d'expliquer qu'il n'est pas là comme prof, mais comme ancien étudiant et dignitaire du Glossaire. Non: ce n'est pas de la schizophrénie, mais du bon sens!(46).

Theo, Marc "Le Lange", d'autres "jeunes anciens" et même des délégués de l'ECAM profèrent à l'égard des "Trois Dinosaures"des menaces directes: "Vous ne vous en tirerez pas comme ça... On vous recontactera...Il faut participer à nos guindailles"(47).

Enfin, je suis bien content de revoir deux "vieux" après tant d'années et de faire la connaissance de quelques "moins vieux" (et même de gamins!) qui perpétuent la guindaille à l'aube du Troisième Millénaire.

C'est dans un état semi comateux que nous nous quittons à des heures inavouables (même sous la torture) en nous disant: "À bientôt, pour de nouvelles aventures"...

À fréquenter les nouveaux dignitaires de l'Ordre du Glossaire, j'apprends qu'ils s'affublent de sobriquets (Theo, Le Lange, Le Cisse, etc...), reprenant ainsi la tradition des "noms de bière" chère à certaines associations estudiantines. Dont acte.

Pour des raisons indépendantes de ma bonne volonté, la présente deuxième édition (provisoire) est diffusée sans les illustrations hors texte de la première mouture. On y remédiera sous peu!


Notes

  1. Et la flatte, c'est de la....

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  2. D'après les souvenirs de Jacques Rifflet (dans YASIDAYES janvier 1980).
  3. Une section a pour base la langue française, l'autre la langue néerlandaise.
  4. Par arrêté royal du 16 avril 1965, cet établissement d'enseignement technique supérieur sera habilité à délivrer des diplômes de candidature et de licence.
  5. Comme quoi, le bilinguisme mène au trilinguisme pour ne vexer personne!
  6. Ne perdons toutefois pas de vue la première action revendicative avec occupation du bâtiment de la Chaussée de Waterloo. Un mauvais plaisant ayant appelé les pompiers, nous sommes expulsés par les flics d'Uccle! Dans "Le Soir", Hugues Vehenne se fend d'un article sur "Le Siège de la Tour de Babel". Si quelqu'un le retrouve...
  7. J'avais d'abord écrit "en mai". D'après Toubeau et Compernol, les élections avaient lieu en mars. C'est plus que plausible, le mois de mai étant dangereusement proche de certaines formalités à remplir en juin!
  8. Mouvement unifié belge des étudiants francophones.
  9. Alias "Chez Mamy" ou "Chez Bobonne".
  10. Décédé en février 1999.
  11. ASMO, ECAM (Vulcania), KASK.
  12. Academicus Sancti Michaëlis Ordo

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  13. Union des étudiants de l’ICHEC
  14. Le 27 février 1999, il qualifiera cette démarche d'erreur de jeunesse.
  15. Qui va notamment déboucher sur le départ des francophones de Louvain (Leuven) et sur la fermeture de la section francophone de l'École de traducteurs et interprètes d'Anvers.
  16. Alors qu'ils ont créé le cercle, ils n'ont plus qu'un représentant (le vice-président André Donders) au comité...
  17. Les Nations unies s'effaçent devant... la Volksunie!
  18. Koninklijke Antwerpse Studenten Kring
  19. En fait, il paraît que c'était surtout la ceinture qui "gênait".
  20. Nous ne nous étions pas foulés, reprenant l'emblème qui figurait sur la penne!
  21. En 1983, Jacques Koot consacrera à l'Ordre du Glossaire un passage de son remarquable ouvrage Io Vivat - Les Étudiants de l'Université.
  22. Pour ma part, et pour des raisons pratiques, j'ai toujours préféré porter en cravate (commandeur)
  23. En fait, il s'agit de coton écru, les Sénateurs étant censés moins se salir. Quoique...
  24. Cette réunion n'a jamais eu lieu: nous verrons plus loin pourquoi.

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  25. La date exacte m'échappe!
  26. Mégalo, le mec!
  27. Et alors?
  28. Quid loquitur?
  29. Il vient de me dire qu'il ne m'en veut plus. Ouf!
  30. Vénérable société du quartier de Vleurgat, qui avait son local dans les mêmes murs que nous.

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  31. C'était bien avant les accords de la Saint-Michel et la scission de la province de Brabant.
  32. À cette occasion, n'auraient-ils pas pu fonder l'Ordre de la Casserole (inside joke)?
  33. Il faudra que je songe à relancer quelque chose

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  34. Qui a retrouvé ma trace grâce à Francky Grilli.
  35. C'est-à-dire bien avant que je n'aie pris connaissance de ses messages...
  36. Que je ne lirai attentivement que le 11 janvier 1999.
  37. Alias Jean, Jacques, Capitaine Conan, Colonel Rémy, etc.
  38. Diable! ce n'est pas Glossaric Park, quand-même...

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  39. Ce n'est pas prévu par les statuts, et les statuts ne pourront être modifiés qu'à l'unanimité, et les membres de l'ancien Ordre du Glossaire garderont leur rang et leurs distinctions pour autant qu'ils adhèrent aux nouveaux statuts, les anciens statuts étant réputés nuls, na!

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  40. Même s'il invoque le Semeur et "chie sur les calottins", l'Ordre est donc une théocratie...
  41. Mais que nul ne s'avise de nous appeler "Les Trois Faisans"!
  42. Excusez-moi: c'est l'émotion!
  43. Qui nous donnent du "Monsieur" toute la soirée (à l'exemple de ce fou de Grand Maître).
  44. Et on peut constater (une fois de plus) que certains ne l'on jamais su et ne le saurons jamais!
  45. Et fondateur de l'Ordre de la Boutade (petit coquin!)
  46. Dans un premier compte rendu, j'avais écrit schyzophrénie, à l'instar de Toubeau qui écrit hyppothèse (inside joke again!).
  47. Moi, j'veux bien, mais on n'a pas que ça à faire, les gars...

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