BABYLONE
PLAN :
I - La Première
Dynastie (1894-1595)
II - Les Kassites (1595-1155)
III - Les temps
troubles (1155-627)
IV - La
dynastie chaldéenne (627-529)
V - La fin
de l'indépendance (529-Ier s. ap. J.-C.)
Babylone est attestée pour la première dans les textes de la IIIè Dynastie d'Ur (fin du
IIIè millénaire) en tant que ville
contribuant au trésor royal. Elle était cependant un ensemble
suffisament important pour nécessiter la présence d'un ENSI (administrateur de province) à sa tête. Après l'effondrement
du grand Empire sumérien, des chefs de tributs amorrites vont
s'emparer de la cité au début du IIè millénaire, et y fonder
la Ière Dynastie. Les grandes puissances politiques de cette période
sont les royaumes d'Isin d'abord, puis de Larsa ensuite.
Le premier souverain amorrite de Babylone est Sumu-abum, dont le
règne débute en 1894. Son successeurs est Sumu-le-El, qui n'est
pas son fils, et qui est l'ancêtre de la lignée des rois de la
Première Dynastie. Il réussit à prendre les cités des
environs de Babylone. Son fils Sabium et son petit-fils Apil-Sîn
règnent successivement et agrandissent le territoire, qui s'étend
au sud jusqu'aux environs de Nippur (qui appartient à Larsa), et
au nord sur la région du cours moyen du Tigre (jusqu'au royaume
d'Eshnunna). Babylone s'affirme ainsi comme une grande puissance,
rivale de Larsa. Sous Sîn-muballit (1812-1792), le royaume
progresse face à Larsa, et Nippur et Isin sont prises. Mais la
présence au nord du grand royaume Nord-mésopotamien de Shamshi-Adad,
ainsi que de celui d'Eshnunna dirigé par Dadusha puis Ibal-pî-El
II, limite la progression au nord. En 1794, le roi de Larsa Rîm-Sîn
réussit à reprendre les pertes précédentes.
Dès son intronisation, Hammurabi doit donc passer à l'action face à son rival. Après avoir renforcé sa puissance, il attaque le territoire dominé par Larsa, et s'empare d'Isin, Uruk et Ur. Il étend ensuite sa domination vers l'est contre Eshnunna, puis vers l'ouest, de sorte que les frontières de son territoires sont éloigné de son centre, et que d'éventuels adversaires sont affaiblis, tandis que ses puissants voisins ne réagissent pas. A la mort du grand Shamshi-Adad, avec lequel Hammurabi avait été conciliant, la situation politique change. Zimri-Lim s'empare de Mari et constitue un état puissant sur le Haut-Euphrate, et remporte une victoire contre Eshnunna, avant de renforcer son pouvoir sur ses vassaux. Pendant ce temps, Hammurabi reste patient, et organise son royaume pour le rendre plus puissant, en tout cas supérieur à celui de Larsa. En 1765, il s'allie au roi de Mari, alors grand maître de la politique internationale, pour repousser un attaque Elamite qui au passage a détruit Eshnunna. L'année suivante, il provoque la guerre contre Larsa s'empare enfin de la ville, se débarrassant ainsi du vieux mais toujours redoutable Rîm-Sîn, qui avait réussit à solliciter une aide de Mari. Hammurabi a alors la plupart des souverains de la région contre lui. Qu'importe, puisqu'il défait une coalition des souverains du nord en 1762, avant de se porter contre Mari. Zimri-Lin ne fait pas le poids, et est écrasé par les armée babyloniennes qui détruisent la ville, qui ne se relèvera pas de cette attaque. Hammurabi poursuit sur sa lancée, maintenant que plus personne n'est en mesure de l'arrêter : il s'empare d'Assur, puis d'Eshnunna. A sa mort en 1750, il a fait de Babylone la plus grande et la plus prestigieuse des cités de Mésopotamie, ce qu'elle restera pour plusieurs siècles malgré l'effondrement rapide de la Ière Dynastie après le règne de Hammurabi.
L'organisation politique du royaume paléo-babylonien
Le roi babylonien de la Ière dynastie porte le titre akkadien
de sharrum (roi). Il gouverne depuis le palais de sa
capitale, aidé par son entourage dont on ne connaît pas la
composition exacte ni la titulature, qui n'a de toute manière
probablement pas existée. Le roi est à sa place parce que les
Dieux l'ont voulu. Il doit de ce fait faire respecter leur
justice, et diriger leur territoire le mieux qu'il peut pour que
les sujets y produisent de quoi satisfaire leurs maîtres divins.
Le roi est donc le personnage central du royaume babylonien, exerçant
une très grande autorité.
Le roi est entouré de ministres le secondant dans ses tâches.
On trouve un premier ministre (sukkalum), un ministre des
relations extérieures (sukkal ubarim), ainsi que des
secrétaires royaux (tupshar sakkakkim). Tout le secteur
administratif est géré par un important corps de scribes (tupsharrum).
Le territoire était divisé en provinces dans les régions de
Babylonie même. Un gouverneur dirigeait ce territoire depuis sa
plus grande cité, entouré de fonctionnaires qui l'aidaient dans
ses tâches, c'est à dire principalement le respect de l'autorité
royale, et la surveillance pour le pouvoir central de la
situation dans la province du point de vue économique, mais
aussi les éventuels troubles politiques et sociaux. L'ordre
public était assuré par des garnisons stationnant dans les
chefs-lieux des provinces, qui pouvaient aussi servir d'armée et
d'autorité encadrant les grands travaux publics accomplis par la
volonté du pouvoir central. Ces garnisons étaient constituées
de soldats de métier, encadrant des conscrits accomplissant leur
service du au roi (l'ilkum), ainsi que quelques
mercenaires.
Dans les cités, un système efficace était en place. On
trouvait un agent royal, le rabiânum, aidé d'adjoints (hazannum)
et une assemblée d'Anciens (puhrum) représentant la communaté. Une "chambre
de commerce" (kârum) réglait les litiges commerciaux sous la
coupe d'un agent royal, le "chef des marchands" (wakil tamkarî)
. Les agents du pouvoir local pouvaient avoir des
fonctions juridiques, administratives ou dans la collecte des impôts.
Le pouvoir judiciaire était exercé par un juge royal (dayyan
sharrim) aidé par des assistants (rêdûm), quand les pouvoirs
locaux n'arrivaient pas à régler les affaires ou pour des cas d'une certaine
importance. Le
pouvoir royal exerce un contrôle sur ces institutions grâce à
des inspecteurs (waklum).
Les provinces lointaines étaient gouvernées par des
personnages, souvent issus de l'ancienne famille royale dirigeant
le pays, disposant d'une autonomie assez large, mais qui étaient
quand même vassaux de Babylone et devaient lui verser de ce fait
un tribut.
Société
Les stratifications sociales de la société paléo-babyloniennes sont bien connues par le Code d'Hammurabi. La véritable différence entre les hommes était s'ils étaient libres ou non.
Les hommes libres
Les hommes libres sont généralement appelés awilum (traduit par
"homme"). Le Code d'Hammurabi distingue deux catégories d'hommes
libres : les awilû proprement dits et les mushkenû. Le premier
groupe dispose d'un rang social et d'un statut juridique plus élevé que le
second. Ce sont les hommes travaillant dans l'entourage du roi. Ils exercent une
fonction pour le compte du palais, pour laquelle ils sont rétribués par des
rations (en grain, en laine et en huile, donc pour se nourrir, se vêtir et se
laver), ou bien par des champs de subsistance (le service comme la rétribution
se retrouvant sous le terme akkadien d'ilkum), qui sont attribués en
échange de la fonction et ne sont donc pas des biens transmissibles par
héritage, sauf apparemment dans le cadre d'une fonction militaire. Les mushkenû
(d'où dérive le mot français "mesquin") évoluent en dehors de la
sphère palatiale. Ils échappent à la documentation écrite, et de ce fait
sont très mal connus.
Les hommes libres sont sujets du roi, ils sont ses serviteurs.
Mais, dans leur religion, ils sont avant tout soumis à leurs
dieux, qu'ils ont pour devoir de servir. En effet, l'Homme ne fut
inventé par les dieux que pour lui assurer un train de vie
convenable sans avoir à travailler pour. C'est pour cela que le
premier devoir d'un homme libre est de rendre le culte à ses
dieux, et de leur donner des offrandes. Mais au-delà de ses
considérations religieuses, il devait aussi remplir certaines
obligations envers son roi "terrestre" : corvées, service militaire.
Les esclaves
Les esclaves (wardum dans le Code d'Hammurabi ; mais en fait ce
terme a les mêmes signification que le mot "serviteur" en français,
et ne désigne donc pas systématiquement un non-libre) disposaient de la place la plus
basse dans l'échelle sociale. Les esclaves étaient avant tout
des prisonniers de guerre, ramenés de campagne par les troupes
royales, pouvant être offerts ou vendus aux particuliers, ou
bien aux temples, ou restant au service du roi. Ils étaient
aussi nombreux à être des descendants d'esclaves restés au
service du maître de leurs parents. Il existait aussi
l'esclavage pour dettes.
Les droits de l'esclaves étaient évidemment très limités.
D'abord, parce qu'il ne pouvait pas disposer de sa personne, qui
était propriété de son maître. Celui-ci avait droit de vie et
de mort sur lui, et pouvait le vendre quant il le désirait.
Lorsqu'il achetait une famille entière d'esclaves, il pouvait
les séparer à sa guise, bien qu'il le fît rarement, car il n'y
trouvait aucun intérêt. L'esclave est un bien comme un
autre. Pour l'identifier, il porte attaché autour de son cou un
pendentif où sont inscrits son propriétaire et sa fonction. La
loi est très dure face à l'esclave. Il a très peu de droits (voire
aucun). Si on le tue, on devra simplement le "rembourser"
à son maître. Si on le blesse, une indemnité suffira. En contrepartie, le moindre acte déplacé de sa part peut avoir de
graves conséquences : punition corporelle, mutilation, voire la
mort.
Les esclaves femmes étaient traités durement. Son corps était
entièrement à la disposition de son propriétaire, qui pouvait
avoir une esclave plutôt que de se prendre une concubine pour
pallier au fait que sa femme stérile ne puisse lui offrir de
descendance (dans ce cas, l'esclave est propriété de la femme,
qui l'offre à son mari). Dans les cas extrêmes, il pouvait en
faire une prostituée. Si elle tombait enceinte et donnait
naissance à un enfant de son maître, elle serait cependant
graciée avec lui à la mort du père. Si les esclaves avaient
des enfants entre eux, ils étaient la propriété de leur maître.
Ces derniers avaient d'ailleurs l'habitude de marier leurs
serviteurs entre eux, de manière à augmenter leur nombre
d'esclaves. Les esclaves mâles pouvaient épouser des femmes
libres, mais cela était très peu courant, car peu de familles
laissaient leurs filles épouser un esclave, à moins qu'il ne fût
assez riche.
Mais les esclaves étaient cependant mieux lotis que les
esclaves dans les civilisations classiques. Leurs maîtres les
traitaient quand même avec humanité. On a ainsi déjà vu
qu'ils pouvaient se marier, dans certains cas ils pouvaient aussi
se lancer dans les affaires, faire du commerce, et se constituer
un capital, des propriétés, dans tous les secteurs d'activité,
et même dans l'administration des temples et de l'État.
La condition d'esclave n'était pas irrémédiable. Comme
on l'a déjà vu, les femmes donnant naissance à un enfant de
leur maître étaient affranchies avec celui-ci à la mort de
leur maître. On pouvait aussi préciser dans une clause d'un héritage
qu'un esclave, pour services loyaux, serait libre après le décès
de son maître. Certains esclaves, qui s'étaient constitués un
capital important, pouvaient éventuellement racheter leur liberté.
Le maître pouvait affranchir de lui-même son esclave. Généralement,
l'esclave libéré continuait à travailler pour son ancien
propriétaire, d'après une clause de son contrat
d'affranchissement. Mais les esclaves n'arrivaient que très
rarement à se libérer, et c'est pourquoi le plus grand nombre
d'esclaves ayant réussi à en finir avec leur condition sont
ceux qui se sont enfuis, malgré les risques encourus (la mort).
La plupart des esclaves l'étaient donc depuis le jour de leur
naissance jusqu'à celui de leur mort.
Economie
Le roi dirige tout le système de propriété des terres, en
les distribuant aux membres de son administration (des plus
hauts dignitaires à certains de ses domestiques) ou aux temples.
Il garde le contrôle sur toutes les terres qu'il concède, cette
propriété n'étant pas pleine. Le palais royal a bien sûr ses
propres terres, gérées par un intendant (ishiakkum pour
les terres céréalières, shandanakkum pour les
palmeraies). Bien que soumis à l'autorité royale, les temples
gardent une certaine importance dans le domaine économique. Ils
accordent notamment divers types de prêts, que ce soient les ikribû
(prêts concédés à des marchands, qui en contrepartie font des
offrandes importantes au temple), ou des prêts avantageux accordés
à des agriculteurs pendant la crise agricole qui secoue le pays
au XVIIè siècle, le temple effectuant ainsi un rôle
d'assistanat.
La distribution des terres par le roi en échanges de services (ilkû) aboutit à la
constitution
d'une élite urbaine qui s'enrichit grâce à ses terres qu'elle
afferme, et peut se lancer dans des entreprises commerciales et
financières. Si le commerce est en partie dirigé par le palais
et aussi les temples, qui emploient les marchands, (tamkârû, version
akkadienne du sumérien DAM.GAR), ces derniers peuvent se
lancer dans des entreprises commerciales pour leur propre compte. Ils se regroupent en
firmes regroupées dans le karûm (littéralement
"quai"), le quartier des marchands des grandes villes. L'activité du karûm est
contrôlée le wakil tamkarî ("chef des marchands"), un
agent du palais qui sert d'intermédiaire entre les marchands et le
pouvoir royal. Les dignitaires afferment aussi des loyers et des
taxes royales, et prêtent de l'argent (à des taux très élevés)
aux petits propriétaires. Lorsque surviendra la crise agricole
touchant la Babylonie aux XVIIIè et XVIIè siècles, les
notables prêteront plus (ils perdent une partie de leurs bénéfices
issus des terres, ainsi que ceux dus au commerce qui faiblit
alors), à des taux encore plus élevés, à des paysans touchés
par la crise, qui se retrouvent dans l'impossibilité de
rembourser. Cette crise d'endettement poussera les roi Samsu-iluna
à prendre par deux fois des mesures d'andurarûm (annulation
de toutes les dettes contractées jusqu'alors dans tout le pays).
Parallèlement, une crise écologique due à la surexploitation
des terres et leur salification diminue la surface des terres
cultivables. Tout cela ne fera qu'aggraver l'affaiblissement
progressif du royaume après la mort d'Hammurabi.
Les successeurs de Hammurabi
Samsu-iluna (1750-1712) succède à son père, et hérite
d'une situation difficile : le royaume est en ébullition, et de
nombreuses révoltes à Sumer viennent perturber son règne. Il
n'en faut pas plus pour que ses vassaux se soulèvent à leur
tour, obligeant le roi à se battre sur plusieurs fronts. Cette
situation se reproduira plusieurs fois au cours du règne de
Samsu-iluna. S'il est toujours victorieux, cela prouve que la
situation n'est pas acquise, et cela pousse les Elamites à
lancer des attaques, et les Assyriens à se rendre indépendant.
D'autres suivent leur exemple : des Amorrites et des Kassites (qui
apparaissent alors en tant que puissance) attaquent la Babylonie,
tandis que de nombreux territoires se rendent indépendants. A la
fin de son règne, Samsu-iluna a perdu la plupart des provinces
du royaume hérité de son père, dont Sumer. Le pays est de plus
frappé par une crise économique caractérisée par
l'endettement des plus pauvres (voir plus haut), que le roi
n'arrive pas à résoudre malgré la proclamation de l'andurarû
par deux fois.
Les souverains suivants, Abieshuh (1712-1684), puis Ammi-ditanna
(1684-1646) et Ammi-saduqa (1646-1626) résistent et réussissent
même à reprendre des territoires perdus auparavant. Pourtant,
la situation du royaume est désastreuse, et une grave crise économique
le frappe. Aux frontières, les Kassites, ainsi que les Hurrites
et les Hittites se font pressants. Les souverains babyloniens ne
peuvent résoudre les problèmes qui se posent à eux. Samsu-ditana
(1626-1595) hérite d'une situation très difficile à laquelle
il ne pourra pas plus que ses prédécesseurs mettre fin. Malgré
une politique de construction de forts visant à protéger les frontières du territoire, celui-ci reste mal défendu. Lorsque
vers 1620, le roi hittite Hattusili, ravage la Syrie, il
accentue sa menace sur la Babylonie. Les évènements de ces années
sont mal connus, mais il semble que les assauts des nouveaux
peuples soient de plus en plus rudes. En 1595, le successeur
d'Hattusilis, Mursili, après avoir attaqué une nouvelle fois
en Syrie, descend l'Euphrate et pénètre en Mésopotamie, puis
fonce vers Babylone qu'il prend et pille. Samsu-ditana disparaît,
et avec lui la Ière Dynastie de Babylone.
Cette dynastie, d'origine étrangère, constitue un des moments majeurs de l'histoire mésopotamienne. Elle est hélas mal connue, car cette période a laissé très peu de sources. La chronologie jusqu'à la fin du XIVè siècle est très incertaine, et les aspects socio-économiques nous sont encore moins bien connus que pour les autres périodes. Pourtant il ne faut pas minimiser l'importance de la dynastie kassite. Elle voit l'établissement définitif du pouvoir de Babylone sur tout l'ancien Pays de Sumer et d'Akkad, qui devient alors le pays de Karduniash, la Babylonie, grâce au maintien au pouvoir dans cette ville de la dynastie la plus longue qu'est connue la Mésopotamie (quatre siècles). Cette stabilité est exceptionnelle pour l'histoire de l'Orient Ancien. A partir des Kassites, quiconque veut dominer la Mésopotamie du Sud doit régner à Babylone.
La prise du pouvoir
En 1595, le souverain babylonien Samsu-ditana est vaincu par Mursili, roi des Hittites, qui s'empare de la statue de Marduk
et l'emporte dans son pays. Cette défaite signifie la fin d'une
dynastie déjà très affaiblie au nord par les assauts de
peuples divers, Hittites, Hurrites, et mise à mal au sud par la
progression de la Dynastie du Pays de la Mer, mais aussi par
celle des Kassites, qui avaient déjà attaqué Babylone par le
passé. Après 1595, le dixième souverain de la dynastie des
rois kassites (fondée par un certain Gandash, qui aurait régné
dans la seconde moitié du XVIIIè siècle), Agum II, s'empare de
Babylone après le sac de la cité par les Hittites. C'est le début
de la troisième dynastie de Babylone (celle dite du Pays de la
Mer étant considérée comme une dynastie de Babylone, bien
qu'elle n'ait jamais réellement régné sur la ville), qui
durera plus de quatre siècles.
De la longue histoire de la Babylone kassite, on sait pourtant très
peu de choses. Seuls quelques évènements marquants nous sont
connus. Le premier souverain kassite attesté comme roi de
Babylone est Burna-Buriash I (successeur d'Agum II). Au début du
XVè siècle, Ulam-Buriash, quatrième successeur d'Agum II,
s'empare de Urukug, la capitale du Pays de la Mer, et annexe ce
royaume. A partir de ce moment, la prépondérance de Babylone en Mésopotamie
méridionale n'est plus contestée, et les souverains kassites sont maîtres
de tout le pays de Sumer et d'Akkad, qui deviendra la Babylonie (ou Karduniash
pour les Mésopotamiens, ce qui équivaut à "pays
des Kassites"). Au sud, la domination kassite s'étend en direction du
Golfe Persique. Il est fortement probable que Bahrain est alors été gouvernée
directement par le pouvoir babylonien, et donc aussi d'autres territoires du
Golfe entre le Sud mésopotamien et cette île. A part cela, on connaît quelques traités
concernant les frontières entre Babylone et l'Assyrie à cette
époque, et quelques assauts Élamites. Les souverains babyloniens ont jugé
nécessaire de sécuriser l'accès à la Vallée de la Diyala, qui ouvrait les
routes commerciales vers le Plateau iranien, comme en témoigne la construction
de Dûr-Kurigalzu.
Le royaume kassite
La documentation sur la période kassite est peu abondante et a été peu étudiée, et on est donc peu renseigné sur les aspects socio-économiques de la Babylonie de cette époque. Le plus gros corpus est constitué par un lot de 15 000 archives retrouvées à Nippur, qui n'ont encore été que très peu étudiées. D'autres archives ont été retrouvées en quantité restreinte en d'autres endroits, mais elles non plus n'ont pas été bien analysées.
Les rois kassites
De ce fait, les Kassites ont pu gouverner le pays dans un
certain calme. C'est à cette époque que Babylone est devenue la
capitale culturelle de la Mésopotamie, détentrice du savoir des
Sumériens désormais disparus. On a ainsi écrit de nombreuses
oeuvres littéraires à cette époque, fait des progrès dans la
technique et les sciences. Les Kassites n'ont d'ailleurs pas
imposé leur culture, qui fut vite dominée par celle déjà en
place dans la région. Les souverains
de cette période vont de plus rénover tout le pays, que ce soit
ses temples et autres monuments, ses villes, ses canaux, et
construire des forts pour défendre la pays. Le plus grand bâtisseur
est un des deux ayant porté le nom Kurigalzu (on ignore lequel),
qui construit une ville portant son nom, Dûr-Kurigalzu (actuellement Aqar Quf), et
restaure Ur. La dynastie avait de deux divinités protectrices d'origines
kassites, Shaqamuna et Shumaliya, qui disposent d'une chapelle dans le palais
royal. Mais d'une manière générale ils ont assimilé la tradition
mésopotamienne, et n'ont pas cherché à imposer leurs dieux ou leur culture.
Le pouvoir est
toujours exercé par un roi vicaire des Dieux sur Terre. Pour
faire connaître leurs réalisations, les rois kassites, en plus
des habituelles inscriptions sur briques, font faire des kudurru,
stèles portant des inscriptions et des images gravées. Ils sont
les égaux des grands rois de la période, souverains d'Égypte,
du Hatti, du Mitanni et d'Assyrie, avec lesquels ils
entretiennent des relations diplomatiques, marquée par une
correspondance abondante, et des échanges de présents. Ce système,
assuré par des envoyés appelés mâr shippi, concerne
d'importants produits de luxe, dont beaucoup d'or et de métaux
précieux, échangés dans un système de dons et contre-dons,
plus ou moins respectés par certains souverains (ce qui n'est
pas sans entraîner de petites tensions), sous couvert de simples
cadeaux d'amitié, d'hommages échangés lors de l'intronisation
d'un roi par exemple. Il est à noter que la période
kassite a vu le maintien d'un étalon-or, en grande partie grâce à l'afflux
d'or égyptien. C'est la seule fois que ce fut le cas en Babylonie antique. Symbole de la place qu'occupe
Babylone dans le domaine de la pensée, c'est le Babylonien (sous
la forme dite Médio-babylonienne) qui est la langue
internationale. La période kassite connaît aussi une floraison culturelle
importante, et Babylone devient une métropole culturelle majeure : la langue
babylonienne est la langue diplomatique internationale, et on recopie les grands
textes mésopotamiens comme l'Épopée de Gilgamesh dans les autres royaumes du
Proche-Orient. On a même retrouvé la trace d'un scribe babylonien en Égypte,
à la cour du souverain Akhenaton.
L'administration
Le roi était entouré par une cour constitué de nobles issus
principalement de la noblesse guerrière kassite qui est au
pouvoir à cette période : on trouve ainsi le shakrumash
(chef militaire), ou le kartappu (chef de la cavalerie).
Les familles kassites sont regroupées selon un système tribal.
L'administration est exercée en grande partie par les descendants des anciens
fonctionnaires de la Ière Dynastie, qui se mêlent aux élites kassites, qui
sont minoritaires. C'est donc en toute logique que l'on retrouve globalement le
système administratif de la période précédente. Des ministres (sukkalu),
appartenant à la famille royale ou aux grandes maisons assistent le roi dans l'exercice du pouvoir.
Le territoire est
divisé en provinces dirigées par des gouverneurs (shaknu
ou bêl pahâti), tandis que l'autorité municipale est
exercée par un agent royal (hazannu), qui sert de relais entre le
pouvoir central et les communautés locales dirigées par un conseil d'Anciens. Des
qîpûtû ("hommes
de confiance") servent d'inspecteurs royaux dans les
provinces. Le royaume kassite est polarisé autour des grands centres urbains
qui constituent les capitales provinciales, à l'exemple de ce qui se passe à
Nippur (voir plus bas). Cette période a vu les villes moyennes perdre de
l'importance au profit de l'extension de ces grandes cités, ainsi que la
prolifération de bourgades et villages de taille moindre. D'une manière
générale, les rois kassites ont su implanter un système administratif
centralisé, qui est resté solide sur une très longue période.
Les familles des élites tendent à adopter un système de
"maisons" (akkadien bîtu), dirigées par des cheiks (bêl
bitî, "chefs des maisons", toujours en akkadien), et se
revendiquant d'un ancêtre commun. Cela se fait sans doute sous l'influence de
l'organisation tribale kassite. Ces maisons
disposent de territoires sur lesquels elles exercent leur autorité.
Les archives de Nippur
Les archives retrouvées à Nippur pour la période kassite couvrent les
décennies allant du règne de Burna-Buriash II à celui de Kashtiliash IV (c.
1360-1225), soit une durée d'environ cinq générations. 10 000 tablettes
environ ont été retrouvées, mais à peine plus de 10 % d'entre eux ont été
analysés. De ce fait, les renseignements fournis par ces textes sont encore
très limités.
Les archives nous renseignent sur l'administration provinciale kassite, en
particulier le rôle du gouverneur de Nippur, qui porte le titre de GU.EN.NA.
Il semble disposer d'un régime particulier, et possède un vaste domaine foncier.
De nombreuses tablettes sont des comptes de grain, qui concernent des quantités
très importantes. De nombreux dépendants évoluent dans l'entourage du
gouverneur, et nous sont connus par les textes de rations. Ils s'agit de
différentes catégories professionnelles : membres de l'administration, gardes,
artisans, personnel de temples, etc. D'autres textes offrent des informations
sur l'élevage des chevaux, qui semblent avoir été l'objet de nombreuses
attentions : ils étaient nommés dans les textes et disposaient de rations au
même titre que les hommes, sont décrits par leur pedigree, la manière avec
laquelle on les élevait est décrite, avec de nombreux termes empruntés au
vocabulaire kassite, témoignant de la maîtrise que ce peuple avait acquise
dans l'élevage des chevaux, qui faisait sa renommée dans tout le Moyen Orient.
Selon toute vraisemblance, le gouverneur de la cité avait une grande richesse,
et un poids économique et politique très important.
Les donations royales
L'économie est toujours dominée par les grands organismes, le palais et les
temples. Ils possèdent des grands domaines, dont une partie est concédée par
le palais en tenure à des fonctionnaires. L'un des aspects de l'économie de la
période kassite pour lequel nous sommes très bien renseignés est celui des
donations de terres effectués par le roi.
Ces transactions sont marquées sur des kudurru, dont une quarantaine
ont été retrouvées pour la dynastie kassite. Il s'agit de
stèles divisées en plusieurs sections : la description de la donation, avec
les droits et devoir du bénéficiaire de la donations (taxes, corvées, avec
parfois des exemptions), les malédictions, et souvent des reliefs Les kudurru
étaient sans doute placés à l'origine dans les temples, sous la protection divine.
Généralement la donation concerne un domaine très vaste, de 80 à 1 000
hectares (avec une moyenne de 250 ha). Les bénéficiaires de cela étaient des
hauts dignitaires évoluant dans l'entourage du roi : hauts fonctionnaires,
membres de la cour, voire même de la famille royale, des généraux, des
prêtres. La donation était sans doute faite en récompense de la loyauté de
la personne, ou d'un acte ayant distingué celle-ci. Les grands temples de
Babylonie recevaient aussi de grands domaines : l'Esagil, le temple de Marduk à
Babylone, a ainsi reçu près de 5 000 ha à cette période. Ceci permet alors
aux temples de disposer d'un poids économique énorme, ce qui n'est pas sans
jouer un grand rôle par la suite. Quelquefois les donations s'accompagnaient
d'exemptions de taxes ou de corvées. Dans les meilleurs cas, le bénéficiaire
disposait même d'un pouvoir sur la population locale, qui se substituait à
celui de l'administration provinciale (contre laquelle il était protégé par
des clauses spéciales).
Ceci a été rapproché d'une pratique de type féodal. Cela est sans doute
faux, puisque les kudurru ne concernent en fait que des terres situées
en marge de l'espace agricole, sans doute en friche au moment de la donation. Ce
système ne paraît pas s'étendre à tous les terrains agricoles, qui restent
pour une grande partie soumis au système prévalant à la période précédente
(voir plus haut). Le roi n'avait pas le pouvoir d'aliéner des champs comme il
le désirait. A
côté des élites subsiste sans doute un ensemble de propriétaires agricoles
privés, qui reste impossible à appréhender faute d'archives ou d'archéologie
rurale en Babylonie. Il y avait néanmoins là pour le souverain un moyen
d'augmenter son autorité en renforçant ses liens avec les élites de son
royaume. Il ne s'agit pas non plus d'une rétribution, puisque les services
accomplis pour le compte du palais semblent surtout avoir été payés par des
rations d'entretien pour cette période. Ceci peut aussi témoigner d'une
extension de l'espace agricole par la mise en culture de terres situées aux
marges (sans doute par extension du réseau d'irrigation).
Le temps des luttes
Babylone se retrouve entraînée dans une série de conflits avec l'Assyrie lorsque Assur-uballit,
souverain assyrien, se libère de la domination du Mitanni vers
1365. C'est le début de l'affrontement pluriséculaire entre le Sud et le Nord
de la Mésopotamie. Parce qu'il cherche des appuis contre le Mitanni,
Assur-uballit se montre d'abord
conciliant avec Babylone, dont le roi est alors Burna-Buriash II
(qui au début voit d'un mauvais oeil l'indépendance de
l'Assyrie). Ce dernier épouse la fille du roi Assyrien, qui lui
donne un fils, Karahardash, qui monte sur le trône vers 1333,
mais est aussitôt assassiné et Nazi-Bugash monte sur le trône.
Assur-uballit I réagit et envahit Babylone pour introniser son
autre petit-fils, Kurigalzu II, qui lui sera fidèle. Mais il
n'agira pas de la même façon avec son successeur Enlil-nirari,
contre lequel il provoque une guerre. La bataille ne trouve
cependant pas vainqueur, mais au moins Babylone est libérée de
l'influence assyrienne. Du côté élamite, la situation avec les
rois Untash-Napirisha et Pihir-ishshan est arrangée par une
politique de mariages. Quelques années plus tard, un nouveau
conflit opposant Babylone à l'Assyrie se produit, tournant cette
fois à l'avantage des premiers.
La situation contre l'Assyrie ne s'arrange pas les années qui
suivent. Après quelques problèmes internes qui font un temps vaciller le pouvoir Kassite, Kashtiliash IV attaque l'Assyrie
vers 1235, et s'empare d'Arbélès et de Rapiqum. Son adversaire
Tukulti-Ninurta contre-attaque, ne se contentant pas de le
repousser, mais envahit la Babylonie et la ravage. Il impose
alors des souverains fantoches en Babylonie. Cette situation ne
plaît pas aux Kassites, qui se révoltent plusieurs fois et sont
vaincus. Mais la situation devient de plus en plus difficile pour
l'Assyrie, qui perd des forces dans ces combats. Et elle empire
quand le roi Elamite Kiten-Hutran III se mêle à la partie : il
dévaste la région et rend la situation difficile pour les
souverains imposés par les Assyriens, qui sont renversés l'un
après l'autre. Adad-shuma-iddina, qui règne à Babylone, est
renversé par les dignitaires de cette ville vers 1217, à la
suite d'une autre attaque de Kiten-Hutran. Au début du XIIè siècle,
le roi kassite Adad-shum-usur réussit à vaincre le roi assyrien
Enlil-kudurri-usur qu'il capture. Il peut ainsi reprendre pied à
Babylone en même temps qu'il plonge l'Assyrie dans une période
de troubles internes.
Au sortir de ces conflits, la Babylonie et l'Assyrie sont considérablement
affaiblies. La première a connu des années de conflits qui ont
dévasté son territoire, tandis que la seconde a été perdue
des forces dans ces combats et connaît des troubles internes.
La chute des Kassites
A partir de 1200, l'Élam, où la nouvelle dynastie des Shutrukides a pris le pouvoir, devient de plus en plus menaçant. Et en 1160, alors que Marduk-apla-idina avait réussi à stabiliser le pouvoir à Babylone, l'Élamite Shutruk-Nahhunte attaque envahit Babylone et la prend. Il nomme son fils Kutir-Nahhunte gouverneur de la région, mais un kassite du nom d'Enlil-nadin-ahhe reprend le pouvoir momentanément, avant d'être destitué, au cours d'une nouvelle prise de la ville par les Élamites, qui s'achève par un pillage. Ainsi prend fin, après plus de quatre siècles de domination, la dynastie Kassite.
La IIè dynastie d'Isin
Les Élamites poursuivront sur leur lancée sous le règne de Shilhak-Inshushinak, qui progressera vers le nord jusqu'à Arrapha, après s'être emparé des provinces orientales de l'Assyrie. Mais il n'ira pas plus loin, et, dans l'ancien pays de Sumer, laissé indépendant, une nouvelle dynastie, dite "IIè dynastie d'Isin" (ville d'où sont originaires ses rois), a pris le pouvoir, et son troisième souverain Ninurta-nadin-shumi s'empare de Babylone en 1130. Le fils de celui-ci, Nabuchodonosor I, se retrouve en guerre contre le roi élamite Hutelutush-Inshushinak, qu'il vainc après deux offensives, lavant ainsi l'affront fait à son pays. Son petit-fils Marduk-nadin-ahhe va quant à lui attaquer l'Assyrie, mais son adversaire Teglat-Phalasar I le repousse et envahit la Babylonie, avant d'être lui-même arrêté. Après cette défaite, son fils Adad-apla-idina doit résister aux assauts de tribus barbares, et, en 1024 meurt Nabû-shum-libur, dernier roi de la IIè dynastie d'Isin.
La crise du Xè siècle
Après cela, un kassite nommé Simbar-Shippak règnera seize
ans, et fondera la IIè dynastie du Pays de la Mer, qui prendra
fin en 1006, après son troisième successeur, et sera remplacée
par la dynastie de Bazi, fondée par un cheik d'origine inconnue,
nommé Elam-shakin-shumi, venant probablement d'une tribu vivant
dans la région entre le Tigre et l'Euphrate au niveau de
Babylone, qui connaîtra elle aussi trois rois, et durera
jusqu'en 986. La dynastie suivante sera fondée par un soldat élamite,
Mar-biti-apla-usur, et ne connaîtra que ce seul roi. Enfin, la dynastie suivante, fondée par Nabû-mukin-apli en 977, fut plus
longue, mais le pays n'en connut pas pour autant une plus grande
stabilité.
Ces troubles politiques sont communs à tout le Moyen-Orient de
la fin du IIè millénaire et du début du Ier millénaire. A
l'ouest, sur le littoral méditerranéen, les "Peuples de la
Mer" ont mis fin à l'Empire Hittite et affaibli l'Egypte
des Ramsessides, tandis qu'en Palestine, de nouvelles tribus,
telles que les Hébreux, s'installent. En Syrie et en Mésopotamie,
c'est l'invasion des Araméens, qui fondent plusieurs royaumes
sur la Haut Euphrate et encerclent l'Assyrie. Ils parviennent même
jusqu'en Babylonie, et Nabû-mukin-apli semble avoir été l'un
des premiers à les avoir affrontés. Mais ils ne sont pas les
seuls à causer des problèmes en cette région, et d'autres
tribus nomades, comme les Sutû, déjà installés dans la région
depuis un certains temps, attaquent fréquemment les villes, ce
qui explique les troubles que traverse la région. A ceux-ci
viennent s'ajouter de nouveaux arrivants, tels que les Gambulû
dans les régions du Zagros surplombant Babylone, et surtout, en
Babylonie même, les Chaldéens, qui devinrent rapidement très
influents. Ces derniers étaient, comme les Araméens, divisés
en maisons (bîtu), mais, à la différence de ces
derniers, ces tribus n'étaient en Babylonie qu'au nombre de
cinq, avec trois plus importantes (le Bît-Yakîn, le Bît-Dakkuri
et le Bît-Amukkani). Les Chaldéens seront ainsi plus forts que
les autres nouveaux peuples de la région, et s'installeront
progressivement dans l'extrême sud, le Pays de la Mer, région
marécageuse, où ils sera très difficile de les attaquer. Ils
deviendront plus actifs au cours du temps, et seront l'ethnie la
plus puissante vers le VIIè siècle, et fonderont en 627 la dixième
dynastie de Babylone.
La lutte contre l'Assyrie
A fin du Xè siècle, un évènement déterminant va se
produire dans le Nord, en Assyrie, en 911 : Adad-nirari II prend
le pouvoir, et redresse son pays, avant de lancer une attaque en
Babylonie, où règne alors Shamash-mudammiq, qui avait subi
quelques années auparavant une attaque élamite. Il s'empare des
provinces septentrionales du royaume du sud. Le souverain
babylonien suivant, Nabû-shumi-ukin va contre-attaquer, et réussir
à repousser la frontière avec l'Assyrie plus au nord. Son
successeur Nabû-apla-idin va raffermir le pouvoir babylonien,
face aux tribus de Sutû notamment. Mais la situation changea
lorsque le souverain suivant, Marduk-zakir-shumi, dut faire face
à une crise de succession, son frère tentant de le renverser.
Il fait appel à l'assyrien, Salmanazar III pour résoudre la
situation. Ce dernier l'aida à vaincre les rebelles, et poursuivi
même son offensive vers le sud, et pilla les tribus chaldéennes
devenues très puissantes, et quasiment indépendantes, en tirant
un grand butin. Alors que l'Assyrie était en position de force,
la situation se retourna quelques années plus tard, quand
l'assyrien Shamshi-Adad V fit à son tour appel à Marduk-zakir-shumi
pour faire face à une révolte. Le babylonien l'aida à
remporter la victoire, et devint le protecteur de l'assyrien.
Mais ce dernier ne supportait pas ces conditions, et aussitôt
Marduk-zakir-shumi mort en 818, il attaqua le nouveau roi de
Babylone Marduk-balassu-iqbi, et le vainquit une première fois,
avant de retourner en Babylonie en 813 pour achever son
adversaire. Un babylonien nommé Baba-ah-idin tenta de mener la résistance
contre l'envahisseur, mais il fut vite vaincu. Shamshi-Adad V écrasa
ensuite les Chaldéens.
A partir de cette défaite, Babylone n'a plus de pouvoir stable.
C'est donc les Chaldéens qui vont prendre le trône de la ville,
et tenter de résister face à des Assyriens de plus en plus
puissants qui se bâtissent un empire dominant tout le Proche-Orient.
Pendant près d'un demi-siècle, quelques rois vont tenter tant
bien que mal de régner sur la Babylonie, mais la région est
alors dans un tel chaos que l'on sait très peu de choses sur les
évènements s'étant produits à ce moment là, et même
certains noms de rois se sont perdus. Les premiers souverains
chaldéens, arrivés au pouvoir au début du VIIIè siècle, ont
beaucoup de mal à rétablir l'ordre, jusqu'au règne du
babylonien Nabonassar, qui prend le pouvoir en 747, qui, en désespoir
de cause, fait appel à l'assyrien Teglat-Phalasar III pour
l'aider à améliorer la situation en Babylonie, et à vaincre
les Chaldéens et les Araméens. Ce dernier accepte, et déporte
les adversaires de Nabonassar vers le nord. Il en profite pour établir
un contrôle étroit sur Babylone, qui devient un protectorat de
l'Assyrie. Mais le fils de Nabonassar, Nabû-zadin-zeri, est
renversé par un dénommé Nabû-shuma-ukin II, qui est à son
tour vaincu par le chaldéen Nabû-mukin-zeri. Le tout en
l'espace de deux années, de 733 à 731. Teglat-Phalasar III, qui
perd le contrôle qu'il exerçait sur Babylone avec l'arrivée au
pouvoir des Chaldéens, décide d'intervenir dans le Sud,
renverse Nabû-mukin-zeri, et monte lui-même sur le trône de
Babylone, sous le nom de Pulû. A partir de 728, l'Assyrie est maître
de la Babylonie.
L'administration de la Babylonie vers la fin de l'époque médio-élamite reste globalement la même que celle de l'époque kassite. Le roi est toujours aidé par des sukkalu, ses "ministres", mais d'autres titres apparaissent, dont certains sont hérités de la période kassite. Mais leurs fonctions restent imprécises. Des bêl bitî ont toujours une grande influence, bien que maintenant ils soient surtout chaldéens et araméens. Les provinces (pâhatu), sont encore dirigées par des gouverneurs (bêl pahâti ou shaknu). Les impôts sont prélevés par des rab alâni ("chefs de villes"), assistés par des hazianû. On trouve aussi d'autres personnages tels que le massû, qui exerce une fonction judiciaire, ou le shakin têmi, qui assiste les gouverneurs des provinces. Les temples ont étés désorganisés par la crise des XIè-Xè siècles, et leurs activités religieuses et économiques diminuent considérablement. Il faut alors que les rois prennent les choses en main pour les réorganiser. Les donation royales continuent comme à la période précédente, et sont toujours inscrites sur des kudurru.
La période de domination assyrienne
Deux ans après sa prise de pouvoir, Teglat-Phalasar III/Pulû
meurt. Son fils Salmanazar V continuera de régner à la fois sur
l'Assyrie et sur Babylone, où il prendra pour nom Ulûlaiu. Mais
les Babyloniens ne comptaient pas se laisser faire, et organisèrent
une farouche opposition, avec l'aide de leurs anciens ennemis
Elamites, qui craignaient la progression des Assyriens. Lorsque
Salmanazar V est évincé par Sargon II en 722, le chef de la
tribu chaldéenne du Bît-Yakîn, Merodach-baladan II, petit-fils
de l'ancien souverain babylonien Eriba-Marduk, profite du trouble
jeté en Assyrie pour s'emparer du trône de Babylone. Il
s'empare de toute la région, évinçant tout ses opposants, et
sous son règne la région deviendra prospère, et il se montrera
un souverain très actif. Sargon II, occupé dans d'autres régions,
laissera Merodach-baladan II en paix pendant douze ans. Mais, en
710, il attaque les Babyloniens et leurs alliés Elamites. Il
repousse ses adversaires vers le sud, et s'empare de Dûr-Yakîn,
la capitale du Bît-Yakîn, avant de se livrer au pillage de
toute la région. Mais Merodach-baladan II a eu le temps de lui
échapper et de s'enfuir en Elam.
Après la mort de Sargon II en 705, son fils Sennacherib lui succède.
Deux ans plus tard, Merodach-baladan revient d'Elam, et reprend
le pouvoir à Babylone. L'Assyrien envoie ses troupes en
Babylonie, qui est mise à sac, bien que le vaillant Chaldéen
leur échappe encore. Il reviendra en 700, une nouvelle fois
soutenu par les Elamites, ce qui provoquera une nouvelle invasion
de la Babylonie par les Assyriens, qui le repoussent encore. S'il
réussit à s'enfuir une troisième fois, dans les marécages du
sud, il ne reviendra plus jamais. Pendant ces quelques années,
Sennacherib a confié le trône de Babylone à des hommes de
confiance, d'abord le babylonien Bêl-ibni, qui a été élevé en
Assyrie, et ensuite, après que ce dernier se soit révélé
incapable à faire face à Merodach-baladan, à Assur-nadin-shumi,
son fils aîné, et donc son successeur. Mais ce dernier ne
tiendra que cinq ans, et il est renversé en 694, par les
Babyloniens, qui le livrent au roi d'Elam, qui l'emmène dans son
pays et le tue. Deux souverains chaldéens vont successivement
occuper le pouvoir à Babylone : Nergal-mushezib, puis Mushezib-Marduk.
Mais ce dernier est tué en 689 lors de la réplique de
Sennacherib. Exaspéré par la résistance acharnée des
Babyloniens, et par la mort de son fils aîné, il décide de
porter un coup fatal à la ville qui lui cause tant de troubles.
Il ordonne le massacre ou la déportation des habitants de la région,
puis le pillage et la destruction de la ville sainte, et
emportera la statue de Marduk à Assur. La ville mettra quelques
temps à se remettre de ce massacre, qui fut ressenti comme un
sacrilège en Babylonie, une offense fait au grand dieu Marduk.
Sennacherib payera d'ailleurs ce crime en 681, lorsqu'il sera
assassiné par son fils Arad-Mulissu.
Son fils Assarhaddon tentera de regagner le cœur des
Babyloniens, et ordonnera la reconstruction des grands monuments
de la ville, ainsi que la restitution des terres perdues par les
habitants de la région au profit des nomades. La région restera
d'ailleurs calme tout le long de son règne. A sa mort, alors que
le trône d'Assyrie revient à Assurbanipal, c'est son frère
Shamash-shumi-ukîn qui devient roi de Babylone, tout en étant
soumis à son frère malgré une certaine autonomie. Il ramènera
en 668 la statue de Marduk à Babylone, et semble avoir été
adopté par la population, au point que, après seize ans de règne
en paix, gagné par l'esprit de rébellion babylonien, il se révoltera
contre Assurbanipal en 652, avec l'aide chaldéenne et élamite.
Alors qu'il convoitait le trône d'Assyrie (qui lui était théoriquement
du, vu qu'il était l'aîné), Shamash-shumi-ukîn fut repoussé
par son frère, qui assiégea Babylone durant deux ans, de 650 à
648. Au bout de ces deux années, Shamash-shumi-ukîn, devant l'évidence
de sa défaite, se suicida en incendiant son palais.
Après cette nouvelle révolte, la ville subit une nouvelle répression,
moins violente cependant que celle de Sennacherib. Assurbanipal
donna le trône de la ville à Kandalanû, qui lui fut fidèle.
Lorsqu'ils moururent tous les deux en 627, une révolte de palais
éclata en Assyrie, et annonçait le début de la fin pour ce
puissant royaume.
La destruction du royaume assyrien
A la mort d'Assurbanipal, son fils Assur-etil-ilani lui succède.
Mais le frère du nouveau roi, Sîn-shar-ishkun, se révolte
contre celui-ci, et prend le pouvoir à Babylone, d'où il chasse
un ancien général assyrien ambitieux qui avait tenté de monter
sur le trône de cette ville. Au même moment, le gouverneur du
Pays de la Mer, un Chaldéen nommé Nabopolassar, profite de la
situation pour faire à son tour sécession. Suffisamment
prudent, il va laisser dans un premier temps les deux frères régler
leurs compte, et regrouper ses troupes. Sîn-shar-ishkun défait
Assur-etil-ilani, et monte sur le trône de Ninive. Nabopolassar
profite de la situation pour s'emparer de Babylone, ce qui va
obliger le nouveau souverain assyrien à l'attaquer. Cette guerre
ravagea quelques temps la Babylonie, et Sîn-shar-ishkun, voyant
son royaume se désagréger, n'eut pas le temps de se désengager
et de laisser le Sud à Nabopolassar puisque Cyaxare, roi des Mèdes,
s'allia avec le chaldéen, pour détruire l'Assyrie. Les armées
babyloniennes repoussèrent les Assyriens vers leur pays, tandis
que les Mèdes attaquaient au nord. Assur tomba en 614, puis
Kalkhu peu de temps après, et enfin Ninive en 612. Les dernières
poches de résistance assyriennes furent éliminées à Harran en
Haute-Mésopotamie en 609. Ainsi, Babyloniens et Mèdes avient réussi
à faire chuter l'Empire Assyrien, et pouvaient se partager ses
restes.
Cyaxare semble en fait avoir reçu peu de territoires de l'ancien
royaume assyrien. Il ne prendra que l'est de l'Elam (l'Anshan),
et la Haute-Mésopotamie, car il avait probablement des visées
sur l'Anatolie avant tout, et il désirait seulement l'anéantissement
de l'Assyrie qui était une entrave à sa progression.
Nabopolassar reçut donc la Mésopotamie, l'ouest de l'Élam (la
Susiane), la Syrie et le Levant. Ces deux dernières régions
n'avaient cependant pas l'intention de passer dans les mains d'un
nouvel envahisseur, et elles ne voulaient pas rendre l'indépendance
acquise pendant la guerre. Les Babyloniens durent donc se rendre
à l'ouest pour prendre possession de ces régions.
Nabopolassar, maintenant âgé, confia la direction des opérations
à son fils aîné Nabuchodonosor, et continua à régner à
Babylone et à rénover la ville. Celui-ci mena ses armées en
Syrie, à Karkemish, où l'armée égyptienne avait pénétré
pour prêter main-forte aux habitants de la région. Il lui
fallut deux années pour renforcer ses lignes arrières, et il
passa à l'action en 605, et écrasa la coalition adverse. Il put
ensuite diriger ses troupes vers la Palestine, qui était sur le
point de tomber lorsqu'il apprit la mort de son père. Il monta
sur le trône en septembre 605, et devint Nabuchodonosor II, roi
de Babylone.
Lorsqu'il devint roi, Nabuchodonosor II ne manquait ni d'expérience,
ni d'ambition. Il voulait poursuivre l'œuvre de son père et
rendre à son royaume son prestige passé. Aussitôt sa prise de
pouvoir officialisée, il retourna sur les bords de la Méditerranée,
où le souverain d'Askhalon s'était révolté, et où il voulait
aussi affirmer sa domination sur les souverains des royaumes de
Phénicie, et aussi sur le roi de Juda. Mais les Égyptiens étaient
toujours présents dans la région pour soutenir ces derniers. En
601, le choc entre les opposants, Babyloniens d'un côté, Égyptiens et alliés de l'autre, eu lieu. Nabuchodonosor essuya
une défaite, et du se retirer dans ses forteresses de Syrie. Il
décida d'attaquer dans une autre direction, en Arabie, l'année
suivante, et fut victorieux. Puis il retourna au Levant pour
recevoir le tribut des souverains de la région. Celui de Juda,
Joiakim, refusa de payer, et dut subir la répression : Jérusalem
fut assiégée puis prise en 597, et il perdit la vie, son fils
Joakin et les autres notables et lettrés du royaume étant déportés
à Babylone. Pour mieux contrôler la région, Nabuchodonosor bâtit
un fort à Riblah, au Liban. Mais cela n'empêcha pas les rois
locaux de continuer à se révolter, et d'être le principal
souci du souverain chaldéen. Une révolte eut aussi lieu en
Babylonie même en 593, et fut vite réprimée avec violence. En
589, les Égyptiens s'emparèrent de Gaza, et assiégèrent Tyr et
Sidon. Puis il formèrent une coalition avec les Phéniciens, à
laquelle se rallia Sedecias, le nouveau roi de Juda, pourtant à
ce poste grâce à Nabuchodonosor II. Celui-ci revint donc à
Ribla, d'où il prépara sa contre-attaque. Il assiégea Jérusalem
en 588, et après près de deux ans de siège, la ville tomba.
Les fils de Sedecias furent tué, puis il fut mutilé et déporté
à Babylone avec la majorité de ses sujets. Jérusalem fut
ensuite brûlée et rasée. Le royaume de Juda était tombé. Parallèlement, Tyr était aussi assiégée. Cette fois-ci, la
situation mit plus de temps à se résoudre, et ce ne fut qu'au
bout de treize années que Nabuchodonosor II put faire entrer ses
troupes dans la ville. En 585, le Babylonien arbitra un conflit
opposant son allié le Mède Cyaxare au roi Alyatte de Lydie, et
en profita pour s'emparer de quelques villes en Cilicie. Peu après,
la Palestine se révolta en 582, et sa population avait été déportée.
La situation au Proche-Orient ne s'arrangea qu'en 568, lorsque
Nabuchodonosor II mit en déroute les Égyptiens près de Gaza.
La fin du règne de Nabuchodonosor II est obscure, et on sait
qu'il mourut en 562 à Babylone, de maladie probablement. Durant
toutes ces années, il n'avait cessé d'embellir les grandes
villes de la Mésopotamie, et, en premier, sa capitale Babylone,
qui devint la plus belle cité de l'Orient, dont le souvenir est
passé à la postérité. Ce grand monarque aura aussi étendu
l'Empire de Babylone au maximum, et lui a donné une gloire comme
il n'en a jamais eu et comme il n'en aura plus jamais.
Les derniers rois babyloniens
Après le règne de Nabuchodonosor II, Babylone ne retrouvera
plus la stabilité politique, à cause de trop grands conflits au
sommet du pouvoir.
Le fils de Nabuchodonosor II, Amêl-Marduk ne régna que deux ans
au cours desquels le seul acte notable fut la libération de
Joakin, roi de Juda. Il fut assassiné au cours d'une révolution
de palais mené par Nériglissar.
Celui-ci était un homme influent à la cour de Babylone. Ayant
participé à des opérations militaires du temps de
Nabuchodonosor II, il occupait la fonction de simmagir,
était gouverneur d'une province à l'est, à la frontière avec
le royaume Mède, et, de plus était le gendre de l'ancien roi.
Il n'eut que peu de temps pour régner, en raison probablement de
son âge avancé. Il mena cependant une campagne en Cilicie, et
fit bâtir et restaurer quelques monuments à Babylone.
A sa mort en 556, son fils Labashi-Marduk monta sur le trône. Ce
dernier, petit-fils de Nabuchodonosor II par sa mère, était très
jeune et peu autoritaire. Il fut donc assassiné l'année même
de son intronisation par des dignitaires de la cour.
Ce furent les deux chefs de la révolte, Nabonide et son fils
Balthazar qui prirent le pouvoir. Nabonide, originaire de Harran
en Haute-Mésopotamie, était depuis longtemps un personnage
important à la cour de Babylone, mais il n'avait toutefois, et
à la différence de ses prédécesseurs, aucun lien de parenté
avec Nabuchodonosor II, et n'était sans doute pas chaldéen. Il
semble aussi avoir été opposé à Nériglissar. Il était
probablement assez âgé lors qu'il accéda au pouvoir, et est
sans doute devenu roi avant tout pour que son fils lui succède.
Cependant, Nabonide régna seize ans, durant lesquels il
rencontra de nombreuses difficultés. Cependant, les révolutions
de palais qui avaient ébranlé la cour royale n'avaient eu
aucune conséquence dans l'Empire, qui restait assez calme (Nabuchodonosor
II n'était mort que depuis six ans lorsque Nabonide monta sur le
trône). Une fois au pouvoir, il fit ce qu'un souverain de
Babylone faisait : il rendit le culte, rénova les monuments, et
mena même une campagne en Cilicie. cependant, il fut fortement
contesté en raison de son attitude religieuse. Originaire de
Harran, l'un des deux lieux de cultes principaux de Sîn, dieu-soleil,
il vouait à ce dernier plus d'admiration qu'à Marduk, ce qui
lui attira l'hostilité du clergé de Babylone. De plus, pour résoudre
quelques problèmes au niveau économique, il augmenta le contrôle
de l'État sur les temples. Devenu indésirable à Babylone,
craignant d'être évincé, par son fils même, il partit d'abord
mener une campagne en Palestine, avant de s'installer pendant dix
ans à Têma, en Arabie, lieu de culte au dieu-soleil. La raison
de cet exil si long est inconnue, et certaines théories
s'affrontent (problème au pouvoir, religion, influence de
Balthazar, etc.), mais il serait trop long de les développer ici.
Quoiqu'il en soit, c'est son fils Balthazar qui gouverne Babylone
pendant ces années, sans être roi toutefois. S'il semble avoir
été lui aussi un restaurateur et un bâtisseur, il a hérité
d'une réputation d'homme peu habile en politique, et contesté.
Lorsque Nabonide revient en 541, il réorganise son
administration et évince quelques membres influents de la cour.
Mais il reste toujours très contesté.
L'organisation politique du royaume néo-babylonien
L'organisation de l'Empire babylonien, est en gros identique
à celle de l'Empire néo-assyrien, qu'il a remplacé, et dont il
possédait à peu près les mêmes frontières, bien que les
voisins soient alors moins turbulents avec les Babyloniens qu'ils
l'étaient avec les Assyriens, les Mèdes étant les alliés (dans
le premier temps) de Babylone, et ayant détruit l'Urartu, l'Élam
n'étant plus qu'un royaume faible, touchant à sa fin, et
l'Egypte n'ayant plus les moyens de s'opposer aux Mésopotamiens.
Le contexte politique est donc plus clément pour les Babyloniens
qu'il l'avait été pour leurs prédécesseurs, bien que des révoltes
survinrent toujours.
La structure administrative babylonienne était calquée sur
celle de l'Empire assyrien : au sommet, le roi, auquel l'on
devait prêter serment de fidélité (l'adê, héritage
assyrien). Il est à préciser qu'ici l'Empire n'est pas justifié
par le besoin de faire du dieu national, Marduk, la maître du
monde, comme les Assyriens le faisaient pour Assur. Aux côtés
du roi, à la cour, on trouvait les mêmes dignitaires
qu'auparavant, exception faite du turtânu, qui disparaît,
Babylone n'étant pas une nation aussi militariste que l'Assyrie,
et ne ressentant donc pas le besoin de donner une place aussi
importante au général en chef, ainsi que du rab shaqê,
le grand échanson, remplacé par le rab nahatimmu, le
chef cuisinier, ancienne charge assyrienne, qui exerçait un rôle
identique. Alors qu'en Assyrie le roi faisait et défaisait à sa
guise son entourage, constitué en majorité de sa famille, les
dignitaires Babyloniens étaient des nobles, chefs de tribus,
dont ont sait cependant peu de choses, sinon qu'ils participaient
activement aux affaires de l'État, les archives palatiales
babyloniennes étant limitées. On ne connaît donc pas autant de
chose sur la vie de la cour babylonienne, les "Grands du
pays d'Akkad", comme le dit Nabuchodonosor, que sur celle de
la cour assyrienne.
Les provinces de l'Empire étaient soit administrées par des
gouverneurs (le bêl pihâti, chef de circonscription,
et le shaknu, préposé), ou bien laissées au roi du
pays, simple vassal tant qu'il se tenait tranquille et
satisfaisait le roi. On retrouve aussi le systèmes de villes
franches mis en place en Assyrie, la plupart des cités de
Babylonie étant dirigée par les administrateurs du temple de la
divinité locale, et surtout le premier d'entre eux, le grand prêtre
(le shangû). D'une manière générale, les provinces
sont restées les mêmes que sous les derniers maîtres du pays.
L'Empire est géré selon le modèle mis en place par les
Assyriens, et les provinces et Etats vassaux doivent encore
verser un tribut au roi Babylonien, sous peine de le voir venir,
pour dévaster le pays, voire même déporter ses habitants comme
ce fut le cas pour Israël. Il lève de plus des taxes et des impôts
sur sa population et les temples. Mais l'État Babylonien est
d'une manière générale trop dépensier, et surtout
n'enregistre pas assez de rentrées d'argent dans le trésor
royal pour tout ce qui en sort. Redonner du prestige à toutes
les villes du pays de Sumer et d'Akkad est très coûteux, et ce
faste, sans parler du fait qu'une grande partie de la production
du pays revient aux temples, en lieu et place des palais
assyriens d'avant, posera de graves problèmes à l'Empire
Babylonien, qui s'effondrera après la disparition de personnalités
suffisamment fortes pour supporter le poids de tout le pays,
comme Nabuchodonosor.
Aspects socio-économiques
La société est toujours divisée entre les libres (cette même catégorie pouvant être subdivisée entre indépendants et dépendants) et les non-libres. Quelques changements sont apparus au gré des évolutions socio-économiques. L'esclavage pour dettes a ainsi disparu. Pour la période néo-babylonienne (cette notion est ici à prendre sous un sens large, puisque ses aspects prennent racine à la période précédente et se prolongent par la suite), des sources abondantes ont été trouvées dans le domaine économique quant à l'administration de certains temples ainsi que dans les archives des grandes familles de notables urbains, qui nous renseignent sur certaines spécificités de cette période.
L'agriculture
Les temples et les palais les plus puissants disposaient de
grandes propriétés, pouvant couvrir jusqu'au trois quarts des
territoires où ils se trouvaient (qu'ils administraient par
ailleurs). C'est à eux qu'appartenaient donc les plus grands
champs céréaliers, les grands jardins, les palmeraies, et le bétail
destiné à un élevage dans des quantités assez importantes.
L'administration des temples est bien connues par certains
exemples, dont celui de l'Eanna d'Uruk, dont l'organisation
interne est vue plus bas. Des domaines appartenant au roi ou à
ses dignitaires, on ne sait en revanche rien.
Les "cultivateurs" (ikkaru), qui exploitaient
les terres pour leur propre subsistance et celle de leur famille
tout en versant une redevance (sûtu) à l'organisme
propriétaire du domaine, fixée au préalable après une
estimation des rendements (immitu), qui avait lieu avant
le début de la culture. Le système de fonctionnement des
palmeraies est différent, car l'exploitant (le nukarribu,
"jardinier") est un simple salarié rémunéré par le
propriétaire du domaine sur lequel il travaille.
Les grands temples employaient des oblats (shirku), qui
ne sont pas tous des esclaves. Ils ne sont de plus pas tous des
ouvriers agricoles, et certains occupent une position élevée
dans la shirkûtu, la hiérarchie spécifique aux shirku,
et disposent d'un niveau de vie convenable. Mais la plupart sont
des petits paysans, jardiniers ou artisans. Ils sont dirigés par
un chef, le rab shirki (le "chef des shirku"),
et logent dans une demeure qui leur est réservée, le bît
shirki ("la maison des shirku").
L'exploitation des temples étaient organisée selon un système
très hiérarchisé. Ainsi, il existait des responsables des
exploitations agricoles (rab ikkâri), et des
responsables de l'élevage (rab bûli et rê'i
sattuki). Les cultivateurs étaient divisés en petits
groupes, les "charrues" (epinni ; ce nom vient
du fait qu'ils disposaient d'une charrue et de son attelage par
groupe), dirigés par des rab epinni ("chef de
charrue"). Mais les temples n'exploitaient pas toutes leurs
terres, et ils en confiaient une partie à des erreshu,
métayers leur laissant en général la moitié de leurs
production. Ce système avait pour avantage de désengager le
temple de la mise en valeur de cette partie de sa propriété, et
il pouvait ainsi laisser ses moins bonnes terres aux bons soins
de petits exploitants tout en s'assurant de toucher une part
avantageuse de son produit. Du point de vue de l'élevage, la
gestion des troupeaux était menée de manière très rigoureuse,
selon un système hiérarchique codifié. On gardait les bêtes réservées
pour les culte dans les étables du temple, sous la direction du rê'i
sattuki, tandis que les autres étaient confiées à des
bergers extérieurs, contrôlés par les rab bûli.
Les riches notables urbains, les mar bâni (voir plus
bas), travaillant le plus souvent pour le palais et les temples,
se constituaient eux aussi un patrimoine agricole, autour de la
cité où ils résidaient. Vers la fin de l'ère néo-babylonienne
sont apparues les fermes générales, possessions des temples
exploitées par des notables sous le contrôle du temple propriétaire
du domaine, qui percevait en outre une redevance. La personne se
chargeant du champ devait l'exploiter par ses propres moyens.
L'administration de l'Eanna d'Uruk
Il s'agit d'un exemple-type de la gestion économique
des temples babyloniens à cette époque. Elle était assurée
par deux personnages dont les activités et l'influence ne se
limitait pas seulement à ce domaine parce qu'ils s'occupaient de
tout ce qui touchait au temple hors du domaine religieux, et
pouvaient même occuper une place dans l'administration de la cité
où se trouvait le sanctuaire, un intendant-trésorier (shatammu)
et un administrateur chargé de l'assister (qîpu). Le shatammu
a pour rôle de gérer les comptes du temple (assisté par un
assistant chargé de la caisse du temple, le sha muhhi quppi
sha shatammu), et il dirige les entreprises commerciales du
temple, avec l'aide du qîpu. Ils ont aussi la charge du
recrutement et de l'entretien des ouvriers agricoles, les shirku
("oblats"), octroient les contrats de fermage,
encaissent les impôts et les redevances, décident des travaux
à effectuer, etc. En somme, ils devaient gérer les domaines et
la masse humaine et financière du temple. Ils étaient assistés
dans leurs tâches par d'autres administrateurs constituant une
hiérarchie précise visant à exploiter ces ressources.
A Uruk, le shatammu et le qîpu étaient
traditionellement assistés par un troisième personnage, le
scribe du temple (tupshar bîti), qui y dirigeait les
scribes du temple. Mais Nabonide, soucieux de renforcer son
autorité sur les temples, le remplaça par un administrateur
royal, l'officier royal chef de l'administration (sha rêsh
sharri bêl piqitti). Le qîpu fut de plus écarté
de la direction du temple, qui était donc confiée à l'officier
royal et au shatammu. Pour contrôler les finances du
temple dont ce dernier avait la charge, et particulièrement la
part du budget revenat au roi, on nomma un officier royal préposé
à la cassette royale de l'Eanna (sha rêsh sharri sha muhhi
quppi sha sharri sha Eanna). Le roi était ainsi assuré que
la gestion des ressources du palais ne se feraient pas contre son
intérêt. On voit ainsi comment Nabonide put s'assurer le contrôle
de ces organismes puissants qu'étaient les temples tout en
obtenant des ressources supplémentaires pour renflouer le trésor
royal, faisant fi des nombreuses protestations qui allaient résulter
de ces mesures, dont on sait qu'elles ont été appliquées à
d'autres temples de Babylonie.
Mâr banî signifie "gens de bien". Ce
terme sert à qualifier les riches notables urbains qui prospèrent
aux époques néo-babylonienne et achéménide. Il s'agit de
familles (au sens large ; ce sont en fait des personnes ayant en commun un même ancêtre, même s'ils ne sont que parents éloignés)
se constituant dans des sortes de firmes, ayant des activités
diverses, leur but étant avant tout de prospérer, et si
possible de gager plus d'argent. Ces mâr banî sont en
quelque sorte des bourgeois. Ils ont connu le succès grâce à
des places dans l'administration des temples, et beaucoup d'entre
eux détiennent aussi des prébendes (une fonction dans la
confection d'un objet, ou d'un met servant au culte, qui prend
souvent peu de temps, et offre des avantages et un certain
prestige). Ils ont ensuite pris une place importante dans
l'administration locale et dans le milieu lettré.
Les mâr banî sont bien connus grâce aux archives que
l'on a retrouvé dans leurs demeures. Le fait que les contrats étaient
conservés de génération en génération faisait que celles-ci
étaient très nombreuses. Elles témoignent de l'activité variée
des familles de notables. A la tête de la famille se trouvait un
chef. On se succédait à la tête des familles de père en fils
aîné, ou s'il n'y a pas de fils, ou que celui-ci dernier est
trop jeune, c'est un frère qui prend la direction des affaires.
Le chef de la famille gère les activités de la firme, passe les
contrats, décide des grandes opérations financières et
commerciales. Au premier point, il gère le capital disponible,
et s'arrange pour ne rien perdre. Il doit donc gérer les dots
des filles, et les compenser par celles apportées par les
mariages. Il s'arrange pour que les biens immobiliers, les
activités financières et les esclaves soient rentables. Les mâr
banî avaient en effet des propriétés qu'ils louaient, et
faisaient des prêts, certains créant même des sortes de
banques de dépôt. Leurs esclaves se voyaient confiés
l'exploitation des terres agricoles, ou des activités
artisanales. Les notables avaient aussi d'autres activités
autres que la rente. Ils passaient des contrats de fermage avec
les temples pour l'exploitation de propriétés, avec
l'administration royale pour la prise en charge de taxes, ou des
opérations commerciales. A cela s'ajoute les prébendes. Les mâr
banî avaient donc des activités très variées. Ce milieu
reste assez hétérogène.
Les familles de notables babyloniens ont beaucoup prospéré,
depuis les dernières années de la domination assyrienne jusqu'à
la période séleucide. La famille Egibi, originaire de Borsippa
puis installée à Babylone, prospère dès la reconstruction de
Babylone après les ravages commis par Sennacherib en 689. Ses
membres se lancent à l'époque chaldéenne dans l'immobilier,
les prêts, achètent et exploitent des terres agricoles, se
lancent dans le commerce, et font même des affaires avec les
rois Nériglissar, le prince Balthasar et l'Achéménide Cambyse.
Une autre famille sur laquelle on est bien renseignés est celle
des Murashu, qui vivent à l'époque achéménide à Nippur. Ils
exploitent les domaines militaires au profit de leurs propriétaires,
et prennent même à ferme la gestion de canaux, contrôlant
ainsi tout sur les domaines qu'ils exploitent, et assurant même
la commercialisation des produits. Ils effectuent aussi de
nombreux prêts, et perçoivent des taxes et des redevances de
terres des hatru, circonscriptions regroupant les
domaines militaires. Leur puissance s'accrut fortement, et ils
prirent à leur charge des domaines immenses, et ils empiétèrent
même sur des domaines dont ils n'étaient pas chargés. Ceci
leur amena de nombreuses plaintes, peut-être dues aussi à la
jalousie que suscitait leur succès, et l'affaire fut portée
devant le roi, qui démantela la firme et l'affaiblit considérablement.
D'autres familles ont prospéré dans les grandes villes de
Babylonie. On en retrouve encore à Uruk et à Babylone sous les
Parthes.
La conquête de Cyrus II
Pendant que Nabonide se mettait à dos une majorité de ses
sujets par son attitude étrange, un autre roi, au contraire,
s'affirmait par sa réussite, son éclat, et ses valeurs qui lui
permirent de se faire aimer de ses sujets. Cyrus II, roi des
Perses, petit-fils du Mède Astyage (fils de Cyaxare), dont il était
le vassal, par sa mère, prit le pouvoir dans un monde indifférent
à la petite puissance qu'il dirigeait. Seulement, ce peuple
avait largement profité du déclin Élamite pour prendre la place
de ce peuple, et s'enrichir grâce au commerce. De plus, la
puissance Mède n'était pas aussi grande qu'on le croyait alors.
Ce souverain brillant et ambitieux n'attend alors
qu'un prétexte pour se soulever contre son grand-père et enfin
donner son indépendance à son peuple.
Cette occasion lui sera donnée par le roi babylonien Nabonide,
qui se méfie de son allié Astyage, devenu trop puissant. Il décide
donc de faire appel à Cyrus, dont il connaît probablement les
intentions, pour le débarrasser de ce voisin bien trop nuisible.
Les Perses se soulevèrent et défirent les Mèdes en 550,
s'emparant alors de toutes les possessions de leurs anciens
suzerains. Mais Cyrus entreprit alors une série de victoires en
Anatolie, et défit le roi Crésus de Lydie, brisant alors son
alliance avec les Babyloniens, et devenant ainsi une nouvelle
menace en lieu et place des Mèdes. Parvenu sur les rives de l'Égée,
le brillant roi perse changea de direction, et s'empara de
territoires en Iran, Afghanistan, jusqu'au sud de l'Asie Centrale
et la vallée de l'Indus. En dix ans à peine, il s'était bâti
un empire plus grand que tous ceux qui l'avaient précédé.
Babylone n'était alors plus qu'un obstacle dérisoire, avec à
sa tête un roi de plus très contesté, alors que Cyrus était
reconnu dans tout le Moyen-Orient pour sa vertu. Malgré les précautions
de Nabonide, qui sentit le vent tourner et renforça ses lignes
de défense septentrionales, le Perse était impossible à arrêter. Pour
ne rien arranger aux affaires babyloniennes, Gobryas/Ugbaru,
gouverneur du Gutium (province frontalière de la Perse), se
rallia à l'envahisseur. Celui-ci attaque en descendant la vallée
de la Diyala, en juin 539, puis s'empara de Sippar, avant de défaire
les troupes babyloniennes de Nabonassar, qui trouva la mort non
sans avoir mené une lutte âpre. Cyrus put alors entrer en paix
dans Babylone, acclamé par ses nouveaux sujets. Nabonide fut démis,
et ont l'envoya dans une satrapie de moindre importance de
l'Empire Perse. En 539, Cyrus la Grand s'emparait donc en
quelques temps de tout l'Empire Babylonien, et étendait ses
possessions sur la Mésopotamie et le Proche-Orient. S'en était
fini de l'indépendance babylonienne, malgré la fait que le
nouveau roi se présentant comme nouveau souverain du pays,
respectant ses us et coutumes. Mais il n'empêche qu'il était
devenu le roi d'un territoire immense regroupant plusieurs
nations, dans lequel la Babylonie occupait une place certes
importante, mais n'était plus le centre du Monde.
La domination achéménide
La Babylonie ne sera pas affectée sur le plan
économique et social par ce changement, dans un premier temps au
moins. L'esprit national reste vivace comme en témoignent les
rebellions qui vont secouer la région sous le règne de Darius.
On vit ainsi apparaître un Nabuchodonosor III en 522, soit-disant
fils de Nabonide, et un Nabuchodonosor IV l'année suivante. Tous
deux furent vaincus sans mal par le "Grand roi" Darius,
et exécutés. Mais ces révoltes n'avaient rien à voir avec les
élans qui entraînaient un Merodach-Baladan contre
l'envahisseur assyrien. La Babylonie, dans un monde en plein
changement, semble avoir refusé à sa propre existence,
tellement elle paraissait anachronique, elle, dernier témoin
d'une civilisation ancestrale sur le déclin. Pourtant, sa
culture fut préservée encore par les temples, malgré le fait
que les mouvements de population et l'aramaïsation du pays (Darius
choisira l'araméen comme langue officielle des échanges)
portaient un coup à l'identité nationale babylonienne.
La Babylonie était donc sur le déclin. Celui-ci s'accentua sous
le règne de Xerxes, fils de Darius, qui réorganisa
l'administration de son empire, et sépara en deux la province de
Babylone : elle fut séparée de ses anciennes possessions
occidentales, c'est-à-dire le Levant (en effet, la province de
Babylone correspondait à l'ancien Empire). Quelques révoltes
eurent lieu les premiers temps du règne du nouveau roi, mais
elles furent sans gravité. Rien ne prouve que la destruction de
la ziggurat soit due à des répressions perpétrées par Xerxes.
Sous la domination perse, Babylone connaîtra donc la paix et la
prospérité, malgré le fait que la "voie royale", qui
relie les trois capitales de l'Empire (Persépolis, Suse et
Sardes) l'évite pour passer plus au nord, dans la région où le
Tigre et l'Euphrate sont les plus proches, qui deviendra le
nouveau centre de la Mésopotamie, où seront bâties plus tard
Ctesiphon, Seleucie et Baghdad.
La période hellénistique
Mais la situation changera en 331, avec l'arrivée
d'Alexandre le Grand, qui soumit l'empire Perse de Darius III en
quelques temps, après ses victoires d'Issos et de Gaugamaules.
Une fois ses campagnes d'Indes achevées comme on le sait, en 324,
il retourna à Babylone, plein de projet en tête pour cette
illustre cité, dont il restaura quelques monuments : elle devait
devenir l'une des capitales de son immense empire, qui serait
amené à dominer le monde, et retrouverait ainsi son lustre
d'antan, et même plus encore. Cependant, le sort fut peu clément
au vaillant conquérant, qui fut atteint par la maladie et mourut
en 323 à Babylone même, dans l'ancien palais royal de
Nabuchodonosor II. Avec lui s'envolèrent les derniers rêves de
gloire de Babylone, qui après cela ne cessa de péricliter.
C'est à Babylone que les diadoques, les généraux d'Alexandre,
décidèrent du partage de l'Empire. Mais la bonne entente fut de
longue durée et ceux-ci entrèrent en conflit armé. C'est
finalement Séleucos I qui devient maître de Babylone en 311,
après de multiples péripéties. Il fonde ainsi la dynastie séleucide.
La ville ne cessa cependant d'être en guerre, et la région fut
maintes fois ravagée. Après la fondation de Séleucie, Babylone
cessa d'être la capitale du royaume, et par la même le centre
de gravité du pays, qui se déplaça en Syrie sous le règne
d'Antiochos I.
Les Parthes
L'arrivée d'envahisseurs à l'ouest va jeter
le trouble dans l'Empire Séleucide, déjà secoué par des
luttes intestines qui n'épargnent pas la Chaldée. Les Parthes,
venus des rebords de la Mer Caspienne, deviennent une menace pour
les Séleucides, qui sont au même moment (début du IIè siècle)
attaqués et défaits par les Romains. Ceci aggrave la situation
intérieure de l'Empire, et Babylone tombe finalement entre les
mains des Parthes en 140, lorsque Séleucos VII est vaincu par
Mithridate I. Au centre de la zone des combats, ravagée par des
pillards, la Babylonie est une zone sinistrée quasiment en
situation d'anarchie. Ce n'est qu'au début du Ier siècle que
Gotzarès I rétablira la paix dans la région. La Mésopotamie
est cependant encore convoitée par les Romains, qui poussent
jusqu'à la défaite de Crassus à Harrân en 53, qui marque un
coup d'arrêt, avant que Marc-Antoine ne rétablissent l'équilibre.
Mais Babylone est épargnée par ces guerres qui touchent surtout
la Mésopotamie septentrionale.
Au début de l'ère chrétienne, la Mésopotamie est plongée
dans un état de guerre incessant du fait de la désagrégation
de l'Empire Parthe qui permet à des royaumes autonomes de se créer.
C'est dans la seconde moitié du siècle, tandis que la situation
est rétablie par Vologèse I, que Babylone deviendra une cité-fantôme,
désertée par ses habitants, tandis que la culture millénaire
dont elle était le symbole s'éteint (en 75 après J.-C., le
dernier texte cunéiforme est rédigé par un prêtre).
Bibliographie :
Généralités
F.Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001
G.Roux, La Mésopotamie, Seuil, "Points Histoire"
P.Garelli (dir.), Le Proche Orient Ancien, 2 Tomes, P.U.F., "Nouvelle Clio"
H.W.F.Saggs, Au temps de Babylone, Le Félin
Périodes
D. Charpin, Hammurabi de Babylone, P.U.F.
W.Sommerfeld, The Kassites of Ancient Mesopotamia, in J.M.Sasson, Civilizations of the Ancient Near East, Scribner, 1995, pp. 917-950
F.Joannès, La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.C., Armand Colin, "Histoire"