L'ASSYRIE
PLAN :
I
- La période paléo-assyrienne
II - La période
médio-assyrienne
III - La période
néo-assyrienne
IV - Les Sargonides
V - Le
royaume assyrien
VI - La
fin de l'Assyrie
LA PÉRIODE PALEO-ASSYRIENNE : LES ORIGINES DE L'ASSYRIE
La Cité-Etat d'Assur
Malgré le fait que quelques villes commerciales importantes,
telles qu'Assur et Ninive, aient été fondées dans la région,
l'Assyrie ne devint que tardivement un royaume organisé. La
liste royale assyrienne nomme d'anciens "rois vivant sous la
tente", aux noms énigmatiques, réminiscences d'un temps où
l'écriture n'était pas répandue en Assyrie, et visiblement le
nomadisme dominait. Mais pour le moment, l'Assyrie n'est encore
que la Cité-Etat d'Assur. La région est réunie autour du culte
de sa divinité, Assur, et la cité était dirigée par son grand
prêtre, "vicaire" du dieu Assur (ishi'ak Assur),
qui était en fait le vrai roi (sharru). L'ordre
assyrien est ainsi basé sur la religion, et il restera ainsi
jusqu'à la fin, malgré les nombreuses années qui passèrent et
les nombreux changements qui se produisirent. Une assemblée
d'Anciens semble avoir un pouvoir important dans la cité
d'Assur, tout comme le magistrat éponyme (limmu), qui
siège à l'Hôtel de Ville (bît âli). Le pouvoir
royal est probablement contrebalancé par ces autres pouvoirs, et
ce n'est que petit à petit qu'il gagnera plus d'autorité.
Assur était alors sur le plan international, une puissance très
faible face aux grands royaumes qui commençaient à se former à
Sumer et Akkad. Ainsi, les souverains d'Akkad, puis ceux d'Ur
soumirent Assur. A la fin du XXIè siècle, après l'effondrement
du royaume d'Ur, le souverain assyrien Puzur-Assur fonda la première
dynastie assyrienne. Mais le pays semble être resté une
puissance secondaire, peu avancé, ne nous ayant livré que peu
d'inscriptions royales. La seule vrai importance de d'Assur à
cette époque-là est en fait sur le plan commercial.
Les karûn assyriens en Cappadoce

Tablette retrouvée à Kanesh avec un fragment de son enveloppe
Aux XIXè-XVIIIè siècles, les Assyriens de la dynastie de
Puzur-Assur implantent des comptoirs commerciaux en Anatolie, les
karûn (on trouvera aussi quelquefois wabârtum).
Le site principal de ces établissements est la ville de Kanesh,
une citadelle de forme circulaire située en Cappadoce, sur le
site de Kültepe, la plus grande ville de la région à l'époque.
On y a retrouvé plus de 20 000 tablettes écrites en assyrien.
Il s'agissait du karûn le plus important, mais il en existait
d'autres à Zalpa, Purushanda, Kushshar, Burushattum, ainsi qu'à
Hattusha.
Les colons Assyriens vivaient dans les karûn en famille. Les
villes comprenaient un quartier assyrien a côté du reste de la
cité habité par les indigènes. Les habitants sont surtout des
marchands, et leur maison est organisé en fonction de ce travail
: à côté de la partie où on vit, on trouve généralement un
bureau et un entrepôt. Les colons restent sujets du roi
assyrien, bien que les cités anatoliennes soient indépendantes,
avec leur propre roi à leur tête. Le but des Assyriens étant
le commerce, les karûn étaient donc avant tout des
comptoirs, et non des colonies. Ils passaient des accords avec
les souverains locaux, qui fixaient les taxes commerciales, et
accordaient quelques avantages au pouvoir local (sur certains
produits de luxe notamment, ainsi qu'un droit de préemption), en
échange de leur protection, et du droit des colons de conserver
leur propre juridiction. Grâce à leurs moyens supérieurs à
ceux des marchands locaux, les Assyriens décidaient des prix
pratiqués, des taux de crédits et détenaient le pouvoir économique
en Anatolie,. Le système était organisé autour du karûn
central, celui de Kanesh, qui détenait le pouvoir administratif,
par le biais du bît kârim, la chambre de commerce, qui
joue aussi un rôle juridique, et de karûn secondaires
(plus d'une vingtaine). Le karûn de Kanesh dépendait
lui-même de l'Hôtel de Ville d'Assur (le bît alim).

Le karûm de Kanesh
L'installation de ces comptoirs était avant tout faite pour
contrôler le commerce du cuivre, dont l'Anatolie est très
riche, alors que la Mésopotamie en est dépourvue. Les Assyriens
importaient l'étain (venu du Zagros), très cher en Anatolie
comparé à l'Assyrie, qui va ensuite servir à la fabrication du
bronze sur place, et dégager grâce à sa cela un important bénéfice.
Ils achetaient aussi de la laine, qu'ils renvoyaient en Assyrie,
et vendaient en retour des tissus fins en Anatolie. Le commerce
était organisé par des familles (au sens large) de riches
marchands (tamkâru), qui dirigeaient le système des
caravanes qui accomplissaient les 1 500 kilomètres séparant
l'Assyrie de la Cappadoce. A Assur, on confectionne les étoffes
destinées à l'exportation, et le père de famille dirige la
firme, s'occupant des aspects financiers et de l'organisation de
la caravane. En Anatolie, son fils aîné (ou plusieurs de ses
fils) gère(nt) les affaires au niveau du karûn. Toute
le famille est impliquée dans l'entreprise, jusqu'aux femmes,
dont certaines ne se contentent pas de la confection des tissus,
mais se font aussi femmes d'affaires. Si l'entreprise est
importante est bien organisée, des membres de la famille
s'occupent eux-même de la conduite de la caravane, alors que
d'autres se trouvent dans plusieurs karûn dans toute la
Cappadoce.
Ce système remarquablement organisé a permis aux Assyriens de réaliser
d'importantes opérations commerciales pendant près de deux siècles,
jusqu'à ce que des changements politiques, en Anatolie comme en
Assyrie. L'expérience sera reprise sous le règne de Shamshi-Adad
I, roi de la Haute-Mésopotamie, au début du XVIIIè siècle,
mais elle sera de courte durée. Le karûn de Kanesh sera même
brûlé peu après.
Assur dominée
Après la mort de Narâm-Sîn, la dynastie de Puzur-Assur
prend fin. C'est aussi à ce moment que le premier karûn
de Kanesh s'arrête. Après le règne d'Erishum II, le pays est
envahi vers 1805 par Shamshi-Adad, le roi d'Ekallâtum (au nord
d'Assur), qui fonde le Royaume de Haute-Mésopotamie. Il place
ses deux fils Ishme-Dagan et Iasmah-Adad sur les trônes d'Ekallâtum
et de Mari, se réservant le droit de surveiller leurs actions
depuis sa nouvelle capitale, Shubat-Enlil. De par son prestige,
les Assyrien intègreront Shamshi-Adad sur leurs listes royales.
Mais il n'était en aucun cas un Assyrien. A sa mort, son fils
Ishme-Dagan continue à régner sur la région autour
d'Ekkalatum, Assur comprise. Son règne est long et très
difficile, et il ne doit son maintient qu'à l'aide que lui
apporte le roi de Babylone Hammurabi. Il semble que ce dernier
profite de la situation pour faire reconnaître sa souveraineté
sur le nord de la Mésopotamie. Mais comme son royaume s'effondre
peu de temps après sa mort, la domination babylonienne reste
courte.
Les Assyriens retrouvèrent leur indépendance peu après, sous
Adasi, et restent une puissance mineure. Au XVIè siècle, un
nouvel adversaire apparaît en Syrie : il s'agit des Hurrites du
royaume du Mitanni. Ils marchent sans difficulté vers la Haute-Mésopotamie,
et font tomber Assur, qui devient leur vassale. Durant la
domination hurrite, qui dura plus de deux siècles, les Assyriens
tentèrent de se révolter. Vers le début du XVè siècle, le
roi mitannien Saustatar réprime une révolte d'Assur, et pille
la ville. Les Assyriens ne sont donc pas en mesure de résister
à leurs maîtres. Mais il est probable que la domination hurrite
n'ait pas été très lourde.
LA PERIODE MEDIO-ASSYRIENNE : LA PREMIERE EXPANSION
La libération
La situation va évoluer après les conflits opposant les grandes puissances. Si le Mitanni réussit à contenir l'avancée Egyptienne au Levant au XVè siècle, avant de s'allier à ce royaume. Au début du XVè siècle, Suppiluliumas, roi des Hittites, bat Tushratta, le roi du Mitanni, et pille sa capitale Washshukanni. Après cette offensive, les Hurrites sont considérablement affaiblis. Le pays est en crise, Tushratta est assassiné, et lune guerre civile. Assur-uballit, roi d'Assyrie, va profiter de la situation pour s'émanciper de la tutelle hurrite, et décide d'apporter son soutien à un des deux prétendants au trône du Mitanni, tandis que l'autre est soutenu pas Suppiluliumas. A la mort de ce dernier, Assur-uballit va prendre en main les opérations, et écartera les deux prétendants, provoquant la division du Mitanni en deux Etats fantoches aux mains d'un côté du Hatti, de l'autre de l'Assyrie. Assur-uballit est un souverain brillant et intelligent, qui ne tarde pas à s'affirmer comme le souverain d'un royaume puissant, malgré sa libération récente. Il noue des contacts avec le pharaon d'Egypte, avec lequel il traite déjà d'égal à égal. Cette situation n'est pas sans inquiéter les voisins des Assyriens. Les Hittites, bien qu'accaparés par leur lutte contre l'Egypte (qui finira avec une alliance conclue après la bataille de Qadesh opposant Ramses II et Muwatallis en 1286), auront à faire face à un rival très turbulent. Et les Kassites qui règnent à Babylone ont désormais un adversaire direct pour le contrôle de la Mésopotamie, et seront donc forcés de sortir de leur neutralité pour faire face à cette nouvelle menace. Assur-uballit a ainsi magistralement redressé la situation, et fait de l'Assyrie, jusqu'alors simple vassal du Mitanni, une puissance sur laquelle il faut compter.
L'affirmation de la puissance assyrienne
Après trois siècles de calme, la Mésopotamie va de nouveau être le cadre de conflits, opposant le grand royaume du nord, l'Assyrie, à celui du sud, Babylone. C'est le début de l'opposition entre ces deux puissance, qui durera jusqu'à la fin du VIIè siècle. Assur-uballit avait donné sa fille en mariage à Burna-Buriash II de Babylone, et ainsi, à la mort de ce dernier, son petit-fils devait régner sur l'illustre cité. Mais les notables de la cour babylonienne ne l'entendaient pas ainsi, et assassinèrent le successeur. En représailles, Assur-uballit envahit le Sud, et plaça sur le trône de Babylone un roi qu'il a lui-même choisi. Mais ce dernier n'hésitera pas à attaquer le successeur du roi assyrien, Enlil-nirari, rétablissant ainsi l'équilibre des forces entre les deux royaumes. Le souverain assyrien suivant, Arik-dên-ili, fait face à des attaque de nomades, signe que les frontières de l'Assyrie ne sont pas encore sûres. Adad-nirari, qui règne au début du XIIIè siècle, doit lutter contre les Babyloniens au sud, mais aussi contre les révoltes des royaumes situés sur l'ancien territoire du Mitanni. Mais il sort à chaque fois victorieux. La tension est grande face aux Hittites, envenimée par des affaires diplomatiques (refus d'envoi de dons, humiliation d'ambassadeurs). Face à l'Assyrie, ses deux adversaires tentent de s'allier, mais ces contacts n'aboutissent à rien de dangereux pour Adad-nirari. Les Hittites de Muwatalli, affaiblis par des années de guerre contre l'Égyptien Ramses II, se font moins menaçants. Pourtant, peu après sa montée sur le trône, Salmanazar I fait face aux mêmes adversaires, et il est vaincu par les Hittites dans un premier temps. Mais il se reprend, et défait une coalition de Hittites et de Hurrites à son tour, avant de lancer des offensives au nord et dans le Zagros occidental. C'est à ce moment-là que le royaume du Hanigalbat est soumis à l'Assyrie. Adad-nirari avait déjà envahi le pays après la rébellion de son roi Wasashatta. Salmanazar profite de sa victoire pour nommer un grand vizir (sukkallu rabû) sur le Hanigalbat et l'ouest de son royaume. C'est son fils Tukulti-Ninurta I qui achèvera le royaume hurrite.
Tukulti-Niburta I en train de prier
Tukulti-Ninurta I (1244-1208), est l'un des souverains les plus
brillants de cette période. Il attaque d'abord les régions au
nord de son royaume, vers les pays d'Alzi et de Naïri. En représailles contre cette
attaque qui menace ses intérêts, le roi Hittite
Tudhaliya IV impose un blocus économique contre l'Assyrie avec
le soutient de ses vassaux. Mais il n'y a pas de conflit entre
les deux royaume. Le second front où Tukulti-Ninurta doit
combattre est la Babylonie. Le roi kassite Kashtiliash IV a
profité des campagnes au Naïri pour attaquer le sud de
l'Assyrie. Le roi assyrien réagit, et défait son adversaire
avant de s'emparer de sa capitale. Cette victoire brillante est célébrée
dans l'Épopée de Tukulti-Ninurta, un texte tout à la
gloire du souverain. Une tentative de domination de la Babylonie
par l'intermédiaire de rois vassaux est tentée, mais elle échoue
face aux attaques des Élamites et les révoltes. Après sa
victoire à Babylone, Tukulti-Ninurta a fait bâtir Kâr Tukulti-Ninurta
("Fort Tukulti-Ninurta"), une ville consacrée à sa
gloire. Mais, après les échecs en Babylonie, le roi fut renversé
et tué par son fils Assurnasirpal en 1208, et le royaume tomba
dans une guerre civile qui l'affaiblit considérablement.
Au sortir de la guerre civile, c'est un autre fils de Tukulti-Ninurta,
Assur-nadin-apli, qui monte sur le trône. Après le règne
d'Adad-nirari III, le souverain Enlil-kudurri-usur entre en
guerre contre Babylone. Il est défait, et fait prisonnier par
son adversaire Adad-shum-usur. S'ensuit une crise, qui voit la
montée sur le trône d'un souverain illégitime, Ninurta-apil-Ekur
vers 1192. De son règne et de celui de son fils Assur-dan, qui
occupent une grande partie du XIIè siècle, on ne sait presque
rien. Peu de temps après, en 1160, l'Élamite Shutruk-Nahhunte
abattait la dynastie Kassite à Babylone, avant que son fils
Shilhak-Inshushinak ne menace l'Assyrie, en s'emparant du Zagros
Occidental, puis en remontant jusqu'à Arrapha. Mais il ne put
aller plus loin, car les Babyloniens se révoltèrent et le chassèrent,
avant d'aller vaincre l'Élam sur son territoire en 1130, éloignant définitivement
cette menace de l'Assyrie qui, en crise, aurait eu
du mal à y résister. Ce n'est qu'avec le règne, Assur-resh-ishi,
qui débute vers 1132, que l'on connaît plus d'évènements.
Il a mené des campagnes victorieuses au Zagros et en Babylonie,
et a vaincu des Araméens qui se font de plus en plus dangereux.
Le royaume médio-assyrien
Dès l'époque médio-assyrienne, on trouve de
nombreuses caractéristiques de la future administration du grand
Empire assyrien du Ier millénaire. Le roi exerce déjà un
pouvoir très fort, qui varie en fait selon sa personnalité. L'idéologie
royale se constitue au cours de cette période, autour des succès militaires
remportés par les souverains, qui abandonnent leur rôle de simple roi d'une
cité pour avoir des prétentions plus grandes, et se proclament "grand
roi" (sharru rabiu) ou "roi de la totalité" (shar
kissati). Ils font le récit de leurs victoires dans des inscriptions de
plus en plus longues et détaillées, avant que Teglat-Phalazar I ne reprenne le
principe des Annales royales, hérité des Hittites.
Le roi est assisté de ministres (sukkallu), tandis qu'un
intendant (abarakku) a la charge du domaine royal. Le
territoire est divisé en provinces (pâhatu), dirigés
par des gouverneurs, les shaknu ou bêl pâhati, ou encore un terme hurrite synonyme des deux autres, hassuhlu,
hérité de la titulature du Mitanni, qui disparaîtra rapidement. La période
médio-assyrienne a livré plusieurs corpus de textes témoignant de
l'administration des territoires conquis, à Dûr-Katlimmu (Tell Sheikh Hamad),
Qattara (Tell Rimah) ou encore Kâr-Tukulti-Ninurta (Tulûl al'Aqar). Les
archives de Dûr-Katlimmu montrent la manière avec laquelle les Assyriens ont
organisé l'espace agricole de la vallée du Khabur. La province occidentale du
royaume, le Hanigalbat, est placée sous l'autorité du premier ministre (sukkallu
rabiu) sous le règne de Salmanazar I, et à partir de ce moment là une
lignée s'y installe de manière dynastique. De cette même manière, les
territoires nouvellement conquis étaient confiés à des "maisons" de
l'entourage royal, comme la famille d'Urad-Sherua qui gouverne un temps la ville
de Nakhur dans le bassin du Khabur. Les grandes lignées de la noblesse
assyrienne se constituent ainsi de vastes domaines, comme l'attestent certains
lots d'archives retrouvés à Assur (par exemple ceux du chancelier
Babu-aha-iddina) Des inspecteurs royaux, les qîpûtû, sont chargés de
surveiller les administrateurs des provinces et le prélèvement
des impôts. Les rab âlani ("chefs de villes"),
percevaient les impôts dans les grandes villes, tandis que les hazânû
("maires") exerçaient cette fonction dans les
villages, en plus d'autres attributions judiciaires. A la tête des communautés
locales étaient placé un conseil d'Anciens.
Le recul au XIè siècle
La fin du IIè millénaire est une période de grands
bouleversements. L'invasion des "peuples de la mer" met
fin à l'Empire Hittite, et affaiblit considérablement l'Égypte,
qui n'est plus en mesure d'intervenir au Levant. En Syrie, les
Mushki, les Alahmu, mais surtout les Araméens apparaissent, et
progressent dangereusement vers l'est, en direction de l'Assyrie,
et de la Babylonie. En Iran, les Mèdes et les Perses
s'installent autour du lac d'Urmiah. En Palestine, les Israëlites
s'implantent. L'Élam n'est plus qu'un royaume divisé et endormi,
alors que l'Assyrie, bien qu'affaiblie, conserve une certaine
puissance, et que Babylone résiste encore.
En 1115, Teglat-Phalazar I monte sur le trône assyrien. Bien que
les nouveaux peuples se fassent de plus en plus pressants, ils
ont toujours étés repoussés par ses prédécesseurs. Le nouveau
souverain se montrera très entreprenant. Il défait d'abord les
tribus de Mushki qui se montraient menaçantes, repousse les Araméens,
et va piller les territoires situés au nord de son royaume. Puis
il avance en Syrie, et soumet les peuples phéniciens du Liban au
bord de la Méditerranée. Après ces victoires à l'ouest, il
attaque Babylone, où il est repoussé.
Cette série de succès sera la dernière que connaîtra l'Assyrie avant plus d'un siècle. A partir de 1077, date de la mort de Teglat-Phalazar I, les Assyriens ne vont cesser de reculer, face aux Araméens surtout. Déjà ce roi avait connue une fin du règne chaotique du fait des ces attaques, et avait perdu une grande partie de ses conquêtes. Peu à peu, les Araméens vont parvenir à s'implanter à proximité de l'Assyrie, limitant le royaume aux régions entourant les villes d'Assur, de Ninive, et d'Arbélès. Babylone sera elle aussi assaillie non seulement par les Araméens, mais aussi les Chaldéens, et le pays connaîtra une période très difficile, durant laquelle le pouvoir passera en de nombreuses mains. En Assyrie, au contraire, la lignée est conservée, et les rois arrivent tant bien que mal à contenir le hordes d'envahisseurs.
LA PÉRIODE NEO-ASSYRIENNE : VERS L'EMPIRE ASSYRIEN
La contre-attaque
La situation ne changera qu'en 911, date à laquelle Arad-nirari
II devient roi d'Assyrie. Avec lui commence la période de
renouveau du royaume, qui repart à la conquête des territoires
voisins. Cette date marque le début de la période dite Néo-Assyrienne,
qui s'achèvera en 609 à a fin définitive de l'Assyrie, et qui
est la plus prestigieuse de cette nation.
Le nouveau souverain commence d'abord par vaincre les tribus araméennes
qui avaient pris la Jazirah (à l'ouest), redonnant de l'espace
à l'Assyrie qui commençait sérieusement à en manquer, avant
d'aller attaquer les royaumes des montagnes du nord, avant de
finalement vaincre les Babyloniens. Il s'empara ainsi de
territoires au Zagros. Son fils Tukulti-Ninurta II poursuivit son
oeuvre, et réussit à asseoir encore plus la domination des
Assyriens sur les araméens de la Jazirah.
L'expansion

Statue d'Assurnasirpal II
Assurnasirpal, souverain suivant,
fut le souverain énergique qu'il fallait pour poursuivre la
conquête des pays voisins. Dès sa montée sur le trône en 883,
il lance d'abord des attaques au nord, avant de s'attaquer aux
Araméens de l'ouest. Il défait les royaumes du Bît-Adini et du
Bît-Agusi, après avoir soumis Suhu et Laqê, plus au sud, à
la limite du désert Arabo-syrien. Il s'attaque ensuite aux
royaumes Néo-hittites d'Anatolie, Karkemish, Kummuh et Gurgum,
alliés des Araméens, et reçoit le tribut des états phéniciens,
sa domination atteignant ainsi la Méditerranée. Pour assurer la
solidité de son royaume, il bâtit des forteresse sur les
nouveaux territoires, avant de bâtir une nouvelle capitale dans
l'ancienne cité de Kalakh (au sud de Ninive). Souverain aux méthodes
violentes, il aura introduit les principes d'expéditions
punitives, à buts lucratifs (pour recevoir un tribut), les
massacres de milliers de vaincus, jusqu'aux civils. Grâce à son
oeuvre, l'Assyrie est devenu un état très puissant, disposant
de moyens considérables dans un monde qui sort du chaos. Mais
les états soumis disposent encore d'une certaine autonomie, et
s'il ne sont pas régulièrement "visités", ils s'émancipent
vite. Malgré sa puissance, le souverain assyrien a encore
certaines difficultés à se faire respecter.
Ces carences vont se révéler coûteuses sous le règne du fils
d'Assurnasirpal, Salmanazar III, qui prend le pouvoir en 858.
S'il est très entreprenant comme son père (voire plus), la réussite
n'est pas toujours au rendez-vous. Grâce à sa puissante armée,
il va dévaster les pays de l'ouest, avant tout pour les piller,
et obtenir plus de richesses. Mais plus il s'avance, plus il éprouve
des difficultés. Les royaumes plus éloignés sont en effet d'un
autre gabarit que les voisins direct, et sont surtout prêts à
l'affrontement, tandis que dans tous les pays soumis aux
offensive assyriennes, laissés trop autonomes, un esprit de résistance
acharnée se développe. Salmanazar éprouve ainsi de grandes
difficultés à s'emparer de Til Barsip, la capitale du Bît-Adini,
pour anéantir ce royaume. Il rebaptisera la cité Kâr-Salmanazar
(Fort Salmanazar), et en fera une place forte sur l'Euphrate. Peu
de temps après, en 853, il subit une défaite cuisante à
Qarqar, sur l'Oronte en Syrie centrale, face à une coalition
rassemblant les rois de Damas, des cités de Phénicie, d'Israël,
d'Ammon, venus soutenir le souverain d'Hamat face à la menace
assyrienne, qui les lie tous. Pour se remettre de cet échec, il
va soutenir le souverain de Babylone face aux Chaldéens peu après,
puis retente de forcer le passage vers l'ouest, une nouvelle fois
sans succès. Il ne retrouvera la victoire qu'en 841, quand il
vaincra le roi de Damas, et ses alliés, anciens vainqueurs de
Qarqar. Mais il ne réussit pas à rester à Damas, et son règne
s'acheva piteusement lorsqu'il confia le trône à son fils
Shamshi-Adad V, qui dut faire face à une révolte d'un de ses frères.
Les temps difficiles
Cette révolte, due aux contestations face aux grands notables
de la cour, qui empiétaient sur le pouvoir du roi et
s'accaparaient les bénéfices des victoires, fut matée tant
bien que mal, et le pays ne s'en sortit qu'avec la perte des
territoires de l'ouest. Shamshi-Adad restera alors prudent, et
son seul coup d'éclat sera de vaincre le roi de Babylone, qui
pourtant l'avait soutenu durant la crise, jetant encore plus le
trouble dans cette région, qui désormais sera plus que jamais
très instable.
Adad-nirari III, le souverain suivant, monta sur le trône très
jeune, et le pouvoir fut donc d'abord assuré par sa mère
Sammuramat (Sémiramis), et surtout par le turtanû
Shamshi-ilu, homme très influent, qui sera à ce poste pendant
plus d'un demi-siècle. Adad-nirari n'en sera pas moins actif une
fois au pouvoir, et ira vaincre le souverain de Damas, Israël,
la Palestine, les Phéniciens et les royaumes Néo-hittites.
Mais, pendant ces années, un adversaire redoutable était apparu
au nord : l'Urartu, seul en mesure de rivaliser face à l'Assyrie.
Le souverain suivant Salmanazar IV, sera soumis à leurs assauts,
et ne pourra jamais faire autre chose que les contenir. A sa mort
en 772, son frère Assur-dan III monte sur le trône, tandis que
le pays est ravagé par la peste, et que la ville d'Assur se révolte.
Le pouvoir militaire (voire plus) appartient alors à Shamshi-ilu,
comme sous le souverain précédent, et celui-ci réussit à
conserver les régions de Syrie orientale, et contient les
offensives de l'Urartu. Il en fut de même sous Assur-nirari V
troisième fils d'Adad-nirari III à régner, à partir de 754,
toujours sous l'autorité de Shamshi-ilu, tandis que l'Assyrie était
dans un état de crise quasi-permanente. Enfin, une révolte éclata
en 746, et, un an plus tard, Teglat-Phalasar, gouverneur de
Kalakh, qui avait lancé cette rébellion, dont l'origine est
inconnue, bien qu'il semble avoir été membre de la famille
royale (voire même le frère de Assur-nirari III), prend le
pouvoir.
Jusqu'à présent, le royaume assyrien s'est bâti au hasard
des conquêtes de son armée. D'abord simple petit pays enserré
par des royaumes araméens au moins aussi puissants que lui, il a
utilisé l'avantage que lui procurait son gouvernement installé
depuis plusieurs siècles entre les mains d'un souverain chef de
la religion et du peuple assyrien, bien appuyé par une noblesse
et une armée efficaces pour se libérer de ses encombrants
voisins (les Araméens au début). Son expansion levant chaque
fois un nouvel adversaire contre lui, et le nouveau souverain
ayant chaque fois la volonté de surpasser ses prédécesseurs,
voilà l'Assyrie lancée dans de grandes guerres pour soumettre
les royaumes voisins, qui s'enchaînent l'une après l'autre. De
plus, l'attrait économique de la guerre (encore faut-il qu'elle
soit victorieuse, mais les Assyriens sont rarement défaits),
qui est pour ce peuple une véritable "industrie",
augmente l'intérêt des campagnes militaires. De ce fait,
l'Assyrie, ancien pays de commerçants et de paysans, ne connaîtra
plus jamais la paix, et sera quasiment voué à faire la guerre (il
n'est en effet pas faux de dire que l'Empire néo-assyrien est
entièrement voué à la guerre).
Seulement, la structure de l'État assyrien d'avant 911 n'est pas
adaptée à un si grand territoire, et de grands pouvoirs tombent
entre les mains de certains nobles, qui gouvernent les provinces
qui leur sont attribué comme ils l'entendent, et augmentent leur
pouvoir. Ceci permet l'émergence de personnalités comme Shamshu-ilu,
qui a pu disposer de libertés de commandement importantes en éclipsant
les différents souverains qu'il devait en principe servir.
Teglat-Phalazar III est l'homme qui va résoudre les problème
qui minaient l'Assyrie depuis un demi-siècle. Ce souverain très
brillant va réformer la structure administrative et militaire du
royaume. Il va le rendre plus efficace, tout en le gardant
centralisé, et augmenter le contrôle sur les gouverneurs, et
aussi en doublant le poste de turtânu, pour éviter
qu'un homme tel que Shamshi-ilu, qu'il a écarté, n'en vienne à
avoir autant d'influence. Grâce à cela, l'Etat Assyrien se dote
enfin d'une structure administrative adaptée à sa soif de conquête,
et n'est plus le simple royaume bâti au hasard des conquêtes
qu'il était avant. Ce souverain va commencer à annexer
directement les provinces vaincues, instaurer le principe des déportations
de population (qui auront des conséquences très importantes
dans la composition ethnique de la population du Moyen Orient par
la suite), et réformer l'armée, pour la rendre plus puissante.
Toutes ces réformes seront à la base de l'Empire Assyrien qui
deviendra le plus puissant de son temps, et dont on peut dater le
début au règne de Teglat-Phalazar III.
Sur le plan militaire, il fut aussi très actif. Il réaffirme sa
domination sur Babylone en aidant son roi face aux tribus araméennes,
et va piller celles du Zagros. Puis il attaque la Syrie en 743,
et défait les Urartéens et leurs alliés araméens et néo-hittites
à Samosate. Il va ensuite vaincre les souverains phéniciens, et
se rendre suzerain de tous les souverains des royaumes alentours
(Néo-hittites, Araméens, Israëliens, Arabes), grâce au seul
prestige de ses victoires. Puis il va en Iran, vaincre les Mèdes,
et enfin attaque l'Urartu, mais échoue aux pieds de la capitale
Tushpa. Mais au moins cet adversaire est moins menaçant. Puis il
retourne au Levant, où il reçoit le tribut des rois de Tyr, de
Sidon, de Palestine, et même d'Israël, et annexe au passage
quelques royaumes araméens de Syrie, dont Damas. En Babylonie, la
situation est grave, et le pays est en proie à la guerre civile.
Bien qu'il exerce déjà une tutelle sur ce royaume, Teglat-Phalazar
va quand même profiter de l'aubaine, et s'empare de Babylone, se
proclamant roi de la cité sous le nom de Pûlu. A partir de ce
moment, l'Assyrie est enfin maître de Babylone, mais cette
situation ne sera pas sans lui causer des soucis. Quoiqu'il en
soit, Teglat-Phalazar a réussi à redresser l'Empire Assyrie, à
le rendre plus puissant que jamais, et il en a fait le puissant
empire prédateur qui va se lancer à la conquête du Proche-Orient.
A sa mort en 726, son fils Salmanazar V prend le pouvoir, et, malgré la situation confortable dont il hérite, il se montre très entreprenant, et s'empare en 722 du royaume d'Israël lorsqu'il prend sa capitale Samarie, après avoir soumis et annexé les derniers royaumes araméens de Syrie encore indépendants. Mais il ne poursuivra pas ses succès plus loin : quelques mois après ces victoires, il est renversé par un membre de la famille royale aux origines incertaines, qui prendra le nom de Sargon (Sharrun-kîn, "souverain légitime"), et instaurera la dynastie qui amènera l'Assyrie au plus haut.
LES SARGONIDES : L'APOGEE DE L'ASSYRIE
Cette période marque l'apogée de l'Empire assyrien. A partir de ce moment, plus que par les conquêtes (même s'il y en aura encore), l'histoire de ce royaume est marquée par les nombreuses révoltes des peuples soumis qui tentent de se libérer (l'Ancien Testament fournit un excellent témoignage sur les peuples vassaux d'Assur à cette époque). Celles-ci sont soutenues par les grandes puissances seules capables de contrecarrer la puissance assyrienne, l'Urartu, et surtout l'Élam et l'Égypte, que l'Assyrie va devoir affronter. C'est autour de son incapacité à trouver la stabilité (à l'extérieur mais aussi à l'intérieur) que se trouve la faiblesse de cet État. Pour continuer à dominer, les Assyriens devront vaincre encore et encore, et ses batailles atteindront des sommets de violence (prises de Babylone par Sennacherib, de Thèbes et de Suse par Assurbanipal, déportations massives), ce qui fragilisera encore plus leur Empire.
En 722, Salamanzar V est donc écarté par Sargon II,
probablement un membre de la famille royale. Après ce coup d'État, l'Assyrie est en crise. Mais le nouveau souverain est énergique,
et se débarrasse de tous ses opposants, avant de résoudre les
troubles qui sont nés dans l'Empire après ce bouleversement.
Babylone, soutenue par l'Élam, s'était ainsi soulevée, et était
sortie de l'orbite assyrien sous l'impulsion de l'énergique
chaldéen Merodach-Baladan. En 720, Sargon dirige ses troupes
vers les rebelles, mais il tombe d'abord sur leurs alliés Élamites, qui l'emportent. Cette victoire va donner aux
Babyloniens une dizaine d'années de répit.
En effet, Sargon avait d'autres problèmes à résoudre, à
l'ouest, en Syrie. Les provinces araméennes d'Arpad et de Damas
se soulèvent sous l'impulsion du roi de Hamat, en 720. Bientôt,
le roi de Gaza se joint à eux, avec le soutient de l'Égypte, qui
commence à craindre l'expansion assyrienne. Mais sur ce front,
Sargon est intraitable : les révoltes sont rapidement matées,
et leurs habitants sont déportés. En 717, il va vaincre le roi
de Karkemish, qui s'est révolté grâce à l'aide du roi Midas
de Phrygie.
Mais le plus gros problème reste l'Urartu, qui, éloigné des
conflits, récupère de la défaite infligée par Teglat-Phalasar,
et continue à soutenir les souverains des régions de Haute-Mésopotamie
et du Zagros contre l'Assyrie. Après avoir ravagé le pays des
Manéens, Sargon décide donc d'aller cueillir son ennemi, le roi
Rusa, chez lui. En 714, il lance ses armées dans sa "Huitième
campagne". Les troupes d'Assur franchissent les cols de
montagnes les séparant de l'Urartu, et battent tous leurs
adversaires, avant de s'emparer de la forteresses de Musashir,
capitale religieuse de l'Urartu, qui fut pillée. Devant
l'ampleur de la défaite, Rusa se suicida dans son palais de
Tushpa. L'Urartu ne représente désormais plus une menace pour
l'Assyrie.
En Anatolie et en Syrie, les révoltes continuent, et au soutien
de l'Urartu qui s'affaiblit se substitue celui de la Phrygie au
Nord, et de l'Égypte au sud. Mais Sargon est désormais partout
victorieux, et va repousser tous ses adversaires, étendant même
son influence jusqu'à l'île de Chypre, après avoir raffermi sa
domination sur la Palestine, ce qui provoquera un volte-face de
Midas, qui lui demandera son alliance.
En 710, Sargon peut retourner en Babylonie. Ses armées, désormais
très aguerries, sont irrésistibles, mais mettra quand même deux
années à chasser définitivement Merodach-Baladan, qui fuira
chez ses alliés Élamites. L'Assyrie est désormais paisible, et
Sargon peut bâtir une ville toute dédiée à sa gloire à Dûr-Sharrunkîn.
Mais il n'en sera pas pour autant éloigné définitivement des
champs de bataille. C'est même là qu'il trouvera la mort. En
705, après avoir tenté de dévaster l'Élam, il dirige une
offensive sur le Tabal. Mais il tombe dans une embuscade, où il
est tué, son corps n'étant même pas retrouvé, ce qui
constitue quelque chose de très grave pour les Assyriens.

Sennacherib sur son trône
Sennacherib va monter sur le trône après la mort brutale de
son père. La situation dans l'Empire est plus paisible que lors
de la prise de pouvoir de Sargon : les campagnes de ce dernier
ont en effet affaibli la plupart des foyers de résistance au
pouvoir assyrien. Mais l'Égypte et l'Élam craignent toujours
autant que l'expansion des armées d'Assur en viennent à menacer
leurs terres, et vont donc rester toujours aussi actifs, et lever
de nombreuses révoltes. Sennacherib va d'ailleurs passer la
plupart de son règne à combattre des révoltes, plus qu'à étendre
son Empire.
Babylone va être son plus grand problème. Dès 703, Merodach-Baladan
tente de remonter sur le trône de la ville, grâce au soutien
des Élamites. Il en sera vite chassé, et Sennacherib installe
sur le trône de Babylone un homme de confiance, Bêl-ibni, qui,
bien que Babylonien de naissance, connaissait de longue date le
souverain. Mais il ne tarda pas à être dépassé par l'ampleur
des problèmes, et Merodach-Baladan était sur le point de l'évincer,
quand Sennacherib intervint, le faisant fuir sans même le
combattre. Après cet évènement, le chaldéen se réfugiera
dans les marais du Sud, où il est probablement mort peu de temps
après. Le roi d'Assyrie met sur le trône de Babylone son fils aîné
Assur-naddin-shumi.
En Palestine, la situation était elle aussi grâve, l'influence
égyptienne se faisant de plus en plus pressante. En 701,
Sennacherib défit une coalition de rois Phéniciens, à
laquelle se mêlait Ezechias, roi de Juda. Ce dernier réussit à
éviter le pillage de sa capitale Jérusalem, mais dut concéder
de lourds sacrifices, qui ruinèrent son pays.
Les troubles de l'ouest à peine résolus, Sennacherib doit
renforcer sa frontière septentrionale par des campagnes punitives de 699 à 694, avant de retourner à Babylone, pour
tenter de soumettre les souverains des principautés côtières
de l'Élam. Après cette opération, qui fut un semi-échec, les Élamites se réveillèrent, alertés par cette
menace pressante,
et envahirent Babylone, tuant le fils de Sennacherib après
l'avoir déporté. Les Élamites mirent un de leurs sur le trône
de la ville, avant que le souverain assyrien ne revienne le
chasser, et qu'il ne commettre l'erreur de mettre à sa place un
homme plébiscité par les Babyloniens, qui ne tarda pas à se révolter
avec une nouvelle fois l'aide élamite. En 691, Sennacherib
intervint, mais il est cette fois-ci repoussé par les rebelles.
C'en est trop pour Sennacherib, qui a déjà perdu son successeur
dans l'affaire, et ne voit plus comment il va pouvoir résoudre
le problème babylonien. Il va pourtant prendre une décision
radicale en 689. Il marche sur Babylone, défait Chaldéens et Élamites, et pille la cité sainte, saccageant jusqu'à ses
sanctuaires les plus illustres, massacrant ses habitants.
Babylone ne se remettra pas de cette défaite pour une
quarantaine d'années.
Une fois ce problème résolu, Sennacherib partit en Palestine,
probablement dans l'idée de renouveler ce qu'il vient de faire
à Babylone. Mais, alors que la campagne avait bien débuté, et
que des rois arabes avaient étés pillés et soumis, il posa le
camp au sud de la Palestine, où son armée fut ravagée par un
épidémie, l'obligeant à rebrousser chemin.
Mais Sennacherib ne trouva pas la mort loin de son pays, sur des
champs de batailles auxquels il participait par ailleurs très
peu, déléguant son pouvoir à ses turtanû, mais en
Assyrie même. Pourtant, il avait tout fait pour l'embellir,
faisant de Ninive une capitale digne de cet Empire comme il n'y
en avait jamais eu auparavant, une cité au moins égale en
splendeur à sa rivale Babylone, et restaurant toutes les villes
du pays d'Assur. Mais sa cour était un lieu où se fomentaient de nombreuses révoltes. Après la mort de son fils aîné, le
successeur aurait du être son second fils, Arad-Mulissu. Mais,
sous l'influence de sa favorite Zaqûtu, il choisit le fils de
celle-ci, Assarhaddon. Cette décision fut très contestée, au
point qu'il dut éloigner ce dernier de la cour. Arad Mulissu se
vengea de cette décision : en 681, il assassina Sennacherib dans
le temple de Nabû à Ninive, avec l'aide d'autres de ses frères.
Dans tout l'Empire, cet acte fut considéré comme la punition de
tous les crimes commis par Sennacherib.

Assarhaddon
Cet assassinat plongea l'Assyrie dans une guerre de succession
très grave. Les meurtriers ne restèrent pas longtemps alliés,
et commencèrent à se battre les uns et les autres, ravageant
l'Assyrie, provoquant la colère de ses habitants. Ainsi, lorsque
Assarhaddon sortit de sa retraite en 681, il avait avec lui
l'appui de la population. Il lui faudra cependant quelques mois
pour résoudre le problème, et faire fuir les rebelles en Urartu.
Cette crise marquera profondément son règne, et provoquèrent
chez le roi, déjà de nature souffreteux, et facilement influençable,
par sa mère notamment, une très grande foi en la divination.
Assarhaddon n'en sera pas moins un souverain plus avisé que son
père. Profitant du fait qu'aucune révolte ne s'était produite
dans son Empire après sa difficile prise de pouvoir, il décida
de restaurer la ville bénie des dieux, Babylone. Grâce à cela,
il n'eut aucun problème avec les habitants du Sud, qui se montrèrent,
de manière très surprenante, de bons et voire même loyaux
sujets.
Mais les rois du Levant n'étaient pas aussi conciliants.
Assarhaddon dut intervenir en 676 pour réprimer une révolte phénicienne,
et dut y revenir par la suite pour asseoir sa domination, après
quoi la région sera un problème moindre.
Au Nord, les tribus Scythes et Cimmériennes, apparues récemment
dans la région, s'introduirent sur le territoire dominé par les
Assyriens, mais furent vite repoussées. Leur présence fut de
plus bénéfique à Assarhaddon, puisqu'ils affaiblirent encore
plus l'autre puissance de cette région, l'Urartu. A l'est, en
Iran, les Mèdes et les Mannaï se montraient menaçants. Mais quelques campagnes, et des position raffermies dans le Zagros
occidental permirent au souverain assyrien d'éloigner ses
nouveaux adversaires, tout en se faisant menaçant pour des Élamites, qui devenaient de plus en plus conciliants. Cependant,
la pression des Cimmériens le pousse à se désengager de l'Asie
Mineure.
Après avoir renforcé son pouvoir, Assarhaddon se lança en 674
à la conquête d'un pays d'une autre taille que ses autres
victimes : l'Égypte, morcelée en plusieurs principautés, dominées
par les souverains Kushites de Thèbes. L'Assyrien, après avoir
écarté les attaques du pharaon Taharqa au Levant, revint émoussé
de sa première tentative, ne s'étant pas aventuré en Égypte même.
Après ce premier essai, il avança de manière plus ferme en 671.
Il fit traverser le Sinaï à ses troupes, et parvint enfin en Égypte. Malgré la résistance acharnée des hommes du pharaon,
il parvint à faire tomber Thèbes, et repoussa Taharqa vers le
sud. Une fois Assarhaddon retourné dans son pays, il n'eut aucun
mal à reprendre le pouvoir.
Assarhaddon ne put venir laver cet affront, puisqu'il tomba
malade et mourut peu après, en 669, alors qu'il préparait la
reconquête de la Basse Égypte.
Après la mort d'Assarhaddon, il n'y eut pas de troubles de
succession. La question avait en effet été réglée par le
souverain, qui craignait à juste titre le problème, et il avait
décidé de confier son trône à son second fils Assurbanipal,
et de donner celui de Babylone à son aîné Shamash-shuma-ukîn.
Les membres de la famille royale, ceux de la cour, et les sujets
d'Assyrie, ont tous du prêter serment, et jurer qu'ils
respecteraient ce choix. Ainsi, la succession se passa sans
heurts.
Assurbanipal sera l'un des plus brillants souverains assyriens.
Préparé à cette tâche depuis sa naissance, il saura se
montrer digne de ses plus illustres ancêtres. La situation de
l'Empire est relativement calme en 669, lorsqu'il prend le
pouvoir. Aussi, il peut entreprendre de suite la reconquête de l'Égypte, perdue un an plus tôt. Il envoie donc son
turtânu sur
la terre des pharaons. Celui-ci reprend Memphis sans difficultés,
faisant fuir Taharqa. Mais comme le pays n'est pas encore complètement
soumis, puisque le sud n'est pas conquis, Assurbanipal prépare
une grande armée, qu'il envoie à la conquête de Thèbes, la
capitale de la Haute Égypte. C'est alors qu'une tentative de rébellion égyptienne
avorte, obligeant Assurbanipal à changer de
politique. Il décide donc de mettre un Égyptien qu'il juge
fable, Necho, sur le trône de ce pays, tout en laissant son armée
dans le nord. Et il fut très avisé en cela. Car si le roi ne se
révolta pas, le fils de Taharqa, Tanutamon, organisa une contre-attaque
en 664, et réussit une percée vers Memphis, avant d'être
vaincu par l'armée assyrienne, qui se dirigea aussitôt sur Thèbes,
et détruisit définitivement la cité.
La situation dans le reste de l'Empire n'en restait pas moins préoccupante.
Ainsi, Assurbanipal dut envoyer plusieurs fois ses troupes en Phénicie
et en Palestine, ainsi qu'en Iran, contre les Élamites et les Mèdes,
et même au nord contre les Cimmériens.
La situation s'aggrava en 653, lorsque Psammétique prend le
pouvoir en Égypte, et chasse les Assyriens. Cet évènement
tombait bien mal pour les Assyriens, puisque leur plus farouche
ennemi, l'Élam, se faisait de plus en plus agressif, et était un
objectif plus prioritaire que la lointaine Égypte. Les nombreux démêlés d'Assurbanipal avec les
Élamites sont assez complexes, et ne
seront pas développés ici. Il suffit simplement de savoir que
cette seconde offensive contre ce pays se solda par une victoire
assyrienne, et qu'un souverain favorable à ces derniers fut mis
sur le trône d'Élam.
Aussitôt, la plus grande révolte que subit l'Empire Assyrien
commença à Babylone, où Shamash-shumi-ukîn, après seize années
de calme, se souleva contre son frère. Il avait bien sur reçu
le soutien des Elamites, peu fidèles à Assurbanipal, mais aussi
celui des peuples du Levant, et des Arabes. Cette guerre terrible
dura plus de trois années, au cours desquelles les adversaires
se rendirent coup pour coup, avant que les Babyloniens ne
finissent finalement vaincus, et que Shamsh-shumi-ukîn, assiégé
dans sa capitale, ne mette le feu à son palais avant de s'y
jeter dedans. Le trône de Babylone revint à Kandalanu, un homme
de confiance d'Assurbanipal, qui restera fidèle jusqu'au bout
aux Assyriens.

Siège d'une cité élamite
Après ce conflit, Assurbanipal décida de châtier tous ceux qui avaient aidé les Babyloniens. Il ravagea d'abord le pays des Arabes, en plein désert, avant de se lancer vers l'Élam. Après une guerre longue et complexe, qui dura plus de trois ans, Suse, capitale de l'Élam, fut prise, et pillée, comme tout les pays élamite. Celui-ci ne s'en relèvera jamais, et les Perses s'installèrent en ces lieux petit à petit.
Le roi
La règle successorale
Lorsque le temps est venu de lui trouver un
successeur, le roi doit procéder à une cérémonie, avec "l'élu",
le plus souvent son fils aîné, même si ce n'est pas systématique. En présence de tous les
notables du pays, ainsi que du peuple assyrien, il le fait entrer
dans la bît redûti, la "maison de succession",
sous les acclamations de la foule. Cete maison successorale était
située non pas à Assur, capitale traditionnelle de l'Assyrie,
mais à Tarbisu, au nord de Ninive. A partir de cette cérémonie,
le futur roi pourra commencer à exercer les tâches qui incombent
à son statut, et devra suivre une éducation digne de son rang.
Mais cette désignation ne dépend pas uniquement du roi. En
effet, comme le voulait la religion, les dieux avaient aussi leur
mot à dire. Aussi, on se devait de les consulter sur cette décision,
en faisant appel aux devins. L'importance de la désignation
divine permettait ainsi aux usurpateurs, "fils de personne",
de pouvoir exercer la fonction royale en toute légitimité. Il
lui suffit alors de se proclamer élu d'un dieu, son protégé.
Cette désignation divine permet au roi d'être le "grand prêtre"
du dieu national, Assur.
L'intronisation
Après la mort du roi, qui sera enterré dans la
capitale religieuse traditionnelle, Assur, son successeur peut exercer ses
fonctions de roi. La cérémonie du sacre a lieu dans la même
ville. L'héritier est assis sur un trône, puis transporté dans
l'Ekur, le temple du dieu national Assur, tandis qu'un prêtre le
suit en criant "Assur est roi", comme pour rappeler que le roi n'est en fait que le "vicaire" du dieu.
Arrivé à l'intérieur du temple, le roi descend de son trône,
se prosterne devant la statue du dieu et procède à des
offrandes durant une cérémonie précise correspondant à son rôle
de "grand prêtre" d'Assur. Puis un prêtre lui remet
ses insignes, le couronne d'Assur et le sceptre de Ninlil, avant
de rejoindre son palais, où il pourra exercer sa fonction grâce
à la bénédiction du dieu. Sur son trône, il reçoit l'hommage
des notables. Ils lui remettent les insignes de leur fonction,
avant de se les voir rendus, comme pour confirmer que leur
pouvoir ne dépend que du roi, qui est leur maître incontestable.
Ce dernier protocole accompli, la fête peut continuer dans la
ville en liesse.
A partir de ce moment, chacun de ses sujets lui doit fidélité.
C'est pour cela que les Assyriens avaient instauré le principe
de l'adê : il s'agit d'un serment de loyauté envers le
roi, prêté par son entourage, les grands d'Assyrie, et même
dans certains cas tous les habitants du pays. Chaque personne
ayant prêté serment ne devra jamais accomplir un acte contraire
à cette promesse, sous peine de mort.
La fonction royale
Le roi dirige le pays. Il est tout-puissant, a
tout les droits sur ses sujets, sans distinction de rang. Il représente
l'autorité absolue d'un état militaire puissant et quasi-invincible
à sa plus prestigieuse époque. Ses tâches quand à la conduite
de l'état sont de ce fait nombreuses et variées. Il doit rendre
d'abord gérer les affaires touchant à l'état, donner des
ordres, édicter les lois. Il doit de plus rendre certains
jugements. Il fixe les impôts, décide du calendrier. Pour
l'aider, il est entouré de scribes, parlant de nombreuses
langues et étant compétents dans de nombreux domaines comme
l'impliquaient l'ampleur des tâches.
Du point de vue diplomatique, le roi est tout d'abord celui qui décide
la guerre. Il reçoit les ambassades et les tributaires. Les
premiers sont soumis à un protocole précis lorsqu'ils sont reçus
par le souverain dans la salle du trône. Si les représentants
des petits états doivent se prosterner devant le roi, ceux envoyés
par les rois puissants, les "frères" du monarque, ne
sont pas soumis à de telles révérences, et se contentent de
s'incliner, par respect. Ces échanges entre grandes cours
impliquent des cadeaux de grande valeur, de l'or et autres matériaux
précieux, des étoffes, ainsi que des objets ou animaux rares,
des "phénomènes" qui iront orner le jardin du roi.
Les tributaires sont tenus de se prosterner face au souverain
rayonnant dans sa toute-puissance. Le roi se voit aussi proposer
des épouses, qui rejoindront son vaste harem. Ces mariages
avaient naturellement valeur d'arrangement diplomatique.
Mais le roi assyrien est aussi le "grand-prêtre" du
dieu Assur, et, s'il pouvait confier ses tâches diplomatiques à
d'autres, il se devait d'accomplir sa fonction religieuse lui-même.
Il devait ainsi participer à de nombreuses cérémonies
complexes, et ce dans tout le pays, selon un calendrier chargé,
ce qui rendait cette tâche colossale. Comme il représente le
dieu, il est de plus celui qui devra répondre des "actes"
de celui-ci, et était soumis à des jeûnes, humiliations et
autres pénitences de ce fait. On comprend donc toute l'ampleur
de cette tâche qui occupait une majeure partie de ses journées.

Assurbanipal chassant des lions
Quand il n'était pas astreint à ses lourds devoirs, le roi pouvait se livrer à son activité favorite, sujet de nombreux reliefs sculptés retrouvés dans les palais assyriens : la chasse. Au cours de ces journées de détente, le souverain et ses suivants abattaient de nombreuses bêtes, dont les plus redoutables étaient les lions. Il est intéressant de voir que les assyriens considéraient comme plus dangereux un animal mort qu'un vivant, par crainte de la vengeance de son âme courroucée. Le tueur se devait alors de verser sur les cadavres une libation pour éloigner ce danger.
L'administration
L'administration centrale
Les personnes secondant le roi dans ses tâches sont issues de
la noblesse assyrienne, certains faisant même partie de la
famille royale. Les généraux en chef, ou turtânu, étaient
des personnes très importantes. La fonction avait été dédoublée,
de manière à éviter des atteintes au pouvoir royal : il
existait un turtânu de droite et un turtânu
de gauche. En plus de leur autorité en tant que chef de guerre,
le turtânu jouissait d'une grande influence à la cour.
Viennent ensuite d'autres dignitaires : le grand échanson (rab
shaqê), le grand intendant (mashennu), le héraut
du palais (nâgiru ekalli), le chef des eunuques (rab
rêshê), le majordome du palais (sha pân ekalli),
et le chef cuisinier (rab nuhhatimi), etc. La fonction
de vizir (sukkallu), avait été dédoublée : un sukkallu
dannu était assistait par un sukkallu shânu, son
second. Le successeur, qui peut avoir des tâches importantes après
sa désignation, ainsi qu'une épouse influente pouvaient aussi
agir sur les décisions du souverain. Grâce à cette
administration centralisée très hiérarchisée, le roi
disposait d'un appui efficace pour l'aider dans la conduite de
l'Empire.
Les fonctions des dignitaires de la cour sont mal connues. Le
turtânu avait un rôle avant tout militaire, et il est à la tête
des armées, mais on sait qu'il arrivait que d'autres personnages
que lu ou le roi mènent des expéditions militaires. Le grand
vizir dirigeait l'administration des provinces, et recevait des
rapports de subordonnés (sukkallu de provinces) qui
l'informaient de la situation dans les territoires sous
domination assyrienne. Le majordome du palais avait la lourde tâche
de diriger l'administration du palais et de ses dépendance, et
il gérait l'entretien de la cour. Le chef cuisinier, comme son
nom ne l'indique pas, réceptionnait les messages royaux. Le
successeur, installé dans la Maison de succession (bît redûti),
y exerçait des charges importantes (de contrôle notamment). Il
semble en fait que certaines charges ne prédisposaient pas forcément
à une fonction précise. Selon la volonté du souverain, mais
aussi la personnalité et la valeur du dignitaire, celui-ci
pouvait se voir assigner des tâches diverses. Dans un État où
le pouvoir royal est aussi fort que celui-ci, le souverain
pouvait faire et défaire les notables, et jouer entre les
nombreuses rivalités de cour. Il doit cependant constamment
rester sur ses gardes, car son palais est un lieu d'intrigues
pouvant mettre son pouvoir en danger.
L'administration provinciale
A partir des réformes de Teglet-phalazar III (746-727),
l'Empire assyrien est divisée en provinces, chacune avec un
gouverneur à sa tête. Ce roi a en effet été le premier à
annexer des territoires autrefois placés sous administration
indirecte. Depuis son règne, les gouverneurs relevaient
directement de l'autorité royale, en Assyrie. Ils étaient
souvent les membres de l'entourage du roi vus ci-dessus, assistés
par leurs délégués, les qîpû, "hommes de
confiance", par ailleurs chargés de veiller à ce que tout
se passe bien dans ces territoires, vu que les gouverneurs ne
pouvaient assurer toutes les tâches qui leur étaient confiées.
Les titres portés par ceux-ci étaient soit bêl pihâti,
"chef de circonscription", soit shaknu, "préposé".
Leurs fonctions étant similaires malgré cette différence.
Le gouverneur devait faire respecter la loi dans sa région,
faire en sorte que le tribut (madattu), établi en
fonction des richesses de la province, soit payé chaque année (sauf
dans le cas des villes franches, en majorité en Assyrie même),
et que le culte du dieu Assur, maître de l'Assyrie, soit respecté,
tout comme l'autorité de son roi. Il doit aussi informer le
pouvoir central de ce qui se passait dans sa province. Il peut de
plus partir en campagne en cas de révolte, ou de problèmes dans
les pays voisins s'il s'agit d'une province frontalière, grâce
à un contingent constamment à sa disposition, le tout soutenu
par ses moyens financiers assez importants. Les grands
dignitaires royaux se voyaient chargés de l'administration d'une
province, principalement une marche, qui allait de pair avec leur
titre.
Chacune des provinces était ensuite elle-même divisée en qannu,
des "districts", dirigés par un râb alâni,
"chef de ville". Le gouverneur était aidé par des
fonctionnaires, chargés principalement de l'aider à lever le
tribut. Sous le règne de Teglat-Pheleser III, les gouverneurs
furent de plus assistés par des personnages, le shanû
("second") et les shalshû ("troisième"),
chargés probablement de les surveiller pour éviter les abus de
pouvoir et permettre à l'État de mieux contrôler ses provinces.
Des sukkallu de province faisaient des rapports au sukkallu
dannu (le grand vizir), qui était ainsi informé de ce qui
se passait dans ces régions.
Le roi pouvait aussi laisser à la tête des régions soumises le
souverain "légitime" du pays (qu'il choisissait de
toujours toute façon, pour limiter les risques). Il y avait
ainsi deux types de territoires dépendant de l'Assyrie : les régions
sous administration directe, et celles sous administration
indirecte. Le tout contrôlé par une administration fortement
centralisée, veillant sans cesse à ce que l'autorité
assyrienne soit respectée, par le biais d'un réseau de
communication élaboré couvrant tout le territoire soumis au roi.
la domination était devenue moins pesante sous les Sargonides.
Ces souverains tentent une mise en valeur du territoire : des
voies de communication sont aménagées, on essaie de mettre en
valeur des régions, et les grandes villes d'Assyrie sont des
centres de consommation importants dont certains dans l'Empire
profitent de la demande en produits divers. De plus, le tribut à
payer semble désormais adapté aux possibilités du pays. La
domination assyrienne n'entraîne donc pas la ruine des provinces.
Les dominateurs paraissent d'ailleurs assez ouverts : nombreux
sont les cas d'étrangers ayant occupé un poste important à la
cour royale, notamment des Araméens.
Pour faire face aux révoltes, les souverains d'Assyrie ont
instauré une politique de déportations massives, qui se révéla
peu efficace. Ils avaient l'intention de faire un gigantesque
brassage de populations, pour permettre une meilleure stabilité
dans l'Empire. Au final, l'Assyrie ne compta qu'une minorité
d'Assyriens de souche, les déportations entraînèrent l'aramaïsation
de l'Empire, et les populations soumises n'en étaient que plus
remontées contre les dominateurs.
Les grandes villes du territoire pouvaient se voir accorder des privilèges, dus à leur prestige et aussi à la crainte de révoltes. Elles pouvaient ainsi obtenir des franchises (zakûtu), pour avoir leur liberté (kidinnûtu), et ne plus avoir à payer d'impôts, ne plus être touchées par la conscriptions et être exemptées de l'ilku, le service du au roi. A un niveau inférieur, certaines cités, notamment celles de Babylonie, disposaient de privilèges. Le pouvoir central pouvait ainsi espérer apaiser les tensions venant des villes, mais ils y perdaient une grande source de revenus. Les grandes villes étaient soumises à l'autorité de fonctionnaires royaux, résidant dans son palais principal, sous la direction du gouverneur de la province ou de celui du district. Si les fonctions étaient souvent identiques, le titre variait. Dans les villages, l'autorité est exercée par le maire, aidé par trois anciens. Ils prennent en charge les intérêts des villageois, et rendent la justice.

Soumission d'un vassal devant un souverain assyrien
Le trésor royal
Pour subvenir à ses besoins, l'État collectait des impôts en
plus du tribut qu'il imposait aux territoires soumis. Ils étaient
prélevés par des collecteurs dans tout l'Empire, sous la
direction des gouverneurs de province, qui en gardaient une
partie pour leur circonscription. Les prélèvements consistaient
en des biens en nature, comme du bétail, du blé, de l'orge, du
bois, des tissus ou des métaux. Ils étaient adaptés aux
possibilités de la région, ainsi qu'à la nature de ses
ressources. Le gouvernement imposait aussi à ses sujets de payer
des taxes (commerciales, agricoles, artisanales, etc.) ou
d'accomplir des corvées quand le nombre d'esclaves est
insuffisant pour la construction d'ouvrages entrepris par le roi,
dans le cadre de l'ilku. Mais quoi de mieux pour
renflouer le trésor royal que d'entreprendre une campagne
militaire pour s'emparer d'un butin constitué d'objets de grande
valeur ? La guerre, sous condition de remporter la victoire, ce
qui était chose aisée quand on considère la puissance de l'armée
assyrienne, était en effet le meilleur moyen pour disposer de
richesses en quantité considérable tout en renforçant son
prestige, et ainsi d'assurer la grandeur de l'état assyrien. Les
palais possédaient de plus des terres gérées par des
administrateurs spécifiques permettant d'autres rentrées
d'argent.
A quoi servaient donc ses richesses ? La guerre avait évidemment
son coût, mais il était apparemment inférieur à ce qu'elle
rapportait. Les gigantesques chantiers entrepris par le roi, voués
à son prestige et à sa postérité, durant de longues années
entraînaient des dépenses considérables. Il fallait de plus
contenter les dieux, et on destinait donc de l'argent aux temples.
Les palais des provinces avaient aussi droit à leur part, les
impôts qu'ils collectaient n'étant pas toujours suffisants.
Mais les dignitaires recevaient aussi des pensions, et la famille
du souverain obtenait aussi sa part pour pouvoir s'assurer un bon
train de vie. Le roi disposait bien sûr de richesses considérables,
et accordait des cadeaux à ses favoris en guise de récompense.
Ce qui restait était conservé dans le trésor royal, en vue
d'une utilisation future.
Société et économie
La société assyrienne est assez difficile à cerner. Le
peuple assyrien était nommé dans les textes nishe, ce
qui signifie "les gens", mais aussi (et c'est plus
significatif) ardâni, ce qui veut dire "serviteur".
Du point de vue des dirigeants, ils étaient avant tout destinés
à servir leur dieu Assur, donc l'Etat Assyrien incarné par le
roi. Cette soumission est marquée par l'adê (voir plus
haut).
Il n'y a pas de distinctions entre les hommes libres que celle
entraînée par la situation économique : il y a des dépendants
et des indépendants. Au sommet de la hiérarchie se trouvent le
roi, sa famille, puis sa cour et le haut clergé (les temples).
Ils basent leur richesse sur leurs terres. Mais le roi affirme de
plus en plus son pouvoir au cours de cette période, et la
constitution de grands domaines dépend selon que l'on a sa
faveur ou non. Les grands propriétaires possédaient de vastes
domaines, rarement d'un seul tenant, sur lesquels travaillaient
des hommes libres ou des esclaves. Les hommes étaient dans ce
cas attachés à la terre : lors d'une vente d'un domaine, les
exploitants et leur famille changeaient de maître. Certains
paysans privilégiés disposaient de leur propre exploitation. La
population des campagnes habite des petits hameaux (kapru)
situés à proximité de la petite exploitation qu'ils ont à
charge.
Le nombre de ruraux semble diminuer au cours du temps avec les
guerres et les déportations, tandis que les charges augmentent,
avant tout pour nourrir les grands centres urbains, sans parler de
l'ilku, la corvée due au roi, qui consiste souvent en
un certain temps de travail sur une terre royale. Du fait des
difficultés qu'ils ont à cultiver leurs terres, de nombreux
exploitants sont entraînés dans une spirale d'endettement, les
empêchant de remonter la pente par la suite. On connaît même
le cas d'une communauté villageoise ayant vendu toutes ses
terres pour faire face à son endettement.
Les activités principales des villes, en dehors de
l'administration, sont le commerce et l'artisanat. Ils se font
dans le cadre du palais, qui est le principal demandeur de biens,
de luxe notamment. Stimulés par l'importance de ces centres de
consommation, ces secteurs semblent avoir eu une activité considérable.
Le problème des villes paraît venir du fait qu'elles sont des
constructions artificielles peuplées avec des déportés. Il ne
s'agit donc pas de cités ayant grandi avec un rythme naturel en
fonction des capacités du pays. Ceci explique le poids qui pèse
sur les épaules des ruraux, et leurs difficultés.
Un colosse aux pieds d'argile
Après plus de six ans de batailles dans le sud de son Empire
face aux Babyloniens et aux Élamites, Assurbanipal était au
sommet de sa puissance. Mais l'Égypte était perdue, et partout
les peuples soumis se préparaient à se soulever contre
l'envahisseur, qui n'est pas accepté malgré une probable baisse
de la rigueur de sa domination. La situation de l'Assyrie même
à la fin du règne d'Assurbanipal paraît assez difficile. Marquées
par les guerres, qui ont causé de nombreuses pertes, ainsi que
les déportations, les campagnes semblent en crise, notamment du
point de vue démographique, mais aussi économique. Les grandes
agglomérations du pays sont des centres de consommation très
importants, et l'approvisionnement y est difficile, ce qui
provoque une forte inflation. De plus, la situation à la tête
du pouvoir ne s'est pas stabilisée. Les rivalités de cour
continuent, et les souverains doivent toujours se méfier autant
de leur entourage que des pays vassaux.
Mystérieusement, on ne sait presque rien des vingt dernières
années du règne d'Assurbanipal, qui paraît avoir duré
jusqu'en 647. Quoiqu'il en soit, alors qu'en 647 l'Assyrie était
au faîte de sa gloire, en 627, elle est au bord de l'explosion.
Cette période qui fut semble-t-il assez trouble, aura vu la montée
en puissance des Mèdes en Iran, et des Scythes. Là est le problème
qui va affaiblir l'Assyrie : si l'Ouest (le Levant), le Sud-est (l'Élam)
et le Sud (la Babylonie) sont soumis et bien défendus, la frontière
Nord-ouest (le Haut Tigre et le Zagros occidental) sont des
espaces à la merci de ces deux peuples. A la mort du roi, les
Cimmériens jettent le trouble en Cilicie, tandis que les Mèdes
se font menaçants.
Les soulèvements
C'est son fils Assur-etil-ilani qui succède à Assurbanipal
à sa mort en 627 (il règne probablement depuis 630, son père
s'étant sans doute retiré du trône avant son décès), assez
proche de celle de Kandalanu à Babylone. C'est du nord et du sud
que viendront les problèmes. Peu après sa montée sur le trône,
le jeune roi doit affronter les hordes Scythes qui ravagent
l'Urartu, et se dirigent vers l'Assyrie. Il semble cependant
qu'ils furent détournés vers l'Egypte de Psammétique, où ils
seront arrêtés, non sans avoir semé la désolation sur leur
passage.
Mais c'est de la Babylonie que viendra le début de la fin. Sîn-shar-ishkun,
autre fils d'Assurbanipal, avait probablement été nommé roi de
Babylone, et se soulève contre son frère. Au même moment, le
gouverneur chaldéen de la région du sud (le Pays de la Mer,
autour d'Isin), Nabopolassar, ne se soulève à son tour, ainsi
qu'un personnage nommé Sîn-shum-lishir, qui règne quelques
temps autour de Nippur.
Dans le sud, Sîn-shar-ishkun fait mieux que résister puisqu'il
tue son frère venu le combattre directement en 624. Mais il décida
alors de repartir à Ninive, pour se faire couronner roi
d'Assyrie plutôt que de laisser un autre le faire à sa place,
laissant le champ libre à Nabopolassar en Babylonie. Ce dernier
profita de l'aubaine, et obligea Sîn-shar-ishkun à venir
l'affronter, tandis que tout l'Empire Assyrien vacillait. La révolte
de Babylone avait en effet eu des répercussions partout dans le
royaume, et peu à peu tous les vassaux de Ninive reprirent leur
indépendance sans aucun problème, puisque l'armée assyrienne (du
moins ce qu'il en restait), était occupée en Babylonie.
Nabopolassar tint tête à son adversaire, qui vit son Empire se
désagréger encore plus.
La chute de Ninive
Cette situation suscita l'intérêt du souverain Mède
Cyaxare, qui désirait profiter de la faiblesse de l'Assyrie pour
enfin donner de la splendeur à son royaume, qu'il avait étendu
en soumettant les peuples iraniens (dont les Perses) quelques années
auparavant. Il sollicita ainsi l'alliance de Nabopolassar, qui
accepta. Sîn-shar-ishkun n'avait alors plus d'autre choix que
celui de combattre, puisqu'il ne pouvait plus tenter de faire la
paix avec le Chaldéen, ce qui lui aurait laissé l'opportunité
de reprendre le contrôle de ses anciens pays vassaux. Mais ses
adversaires avaient décidé sa fin et celle de son Empire. Nous
sommes en 616.
Face à ces ennemis, les Assyriens ne pouvaient plus tenir. Dans
le sud, Nabopolassar progressait, tandis que les Mèdes, qui
attaquaient au nord, firent tomber la ville d'Assur en 614. Ils furent rejoints par Nabopolassar, qui avait réussi à
chasser Sîn-shar-ishkun de la Mésopotamie Centrale. Cette
jonction en Assyrie même en disait long sur le sort que les deux
alliés réservaient à ce pays : ils avaient décidé la fin de
cet Empire trop arrogant. Kalakh tomba peu après, avant que
Ninive ne s'effondre définitivement en 612. Sîn-shar-ishkun
mourut vers ce moment, et un des ses généraux, Assur-uballit,
prit le flambeau, et amena les dernières troupes assyriennes à
Harran, plus au nord. Là, ils résistèrent jusqu'en 609, date
à laquelle les Babyloniens et les Mèdes anéantirent les dernières
poches de résistances assyriennes. C'en était fini du grand et
puissant empire qui avait terrorisé tout le Moyen-Orient pendant
plusieurs siècles ...
Plus qu'une simple défaite, celle-ci marqua définitivement la
fin de la nation assyrienne ancienne. Après 609, seule la ville
d'Assur redeviendra une bourgade d'importance mineure. Mais les
pays était ruiné, et ne sortit pas de cette situation économique
désastreuse avant longtemps. Dans cette situation, le prestige
de la puissante Assyrie retombera rapidement, pour ne plus être
qu'un lointain souvenir relayé par la Bible et quelques auteurs
classiques.
Bibliographie :
F.Joannès (dir.), Dictionnaire de la civilisation mésopotamienne, Robert Laffont, 2001
G.Roux, La Mésopotamie, Seuil, "Points Histoire", 1985
P.Garelli (dir.), Le Proche Orient Ancien, 2 Tomes, P.U.F., "Nouvelle Clio"
F.Joannès, La Mésopotamie au Ier millénaire avant J.C., Armand Colin, "Histoire", 2000