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L’un des traits qui caractérisent le mieux l’histoire de l’Antiquité (3500 av. J.-C. à 476 ap. J.C. approximativement) est l’invention de l’écriture, invention qui a touché et influencé, à des degrés divers, la plupart des civilisations qui se sont formées et ont évolué durant cette période dans la région du Proche-Orient et autour de la Méditerranée. La civilisation de la Mésopotamie et la civilisation de l’Empire Perse sont deux d’entre elles. L’ayant utilisée toutes les deux, parfois de façon semblable, parfois de façon différente, il est possible d’observer l’écriture sous deux aspects que l’on pourrait simplifier de la manière suivante : le contenant et le contenu. D’abord, les éléments entourant la production écrite, c’est-à-dire l’origine et la structure de l’écriture elle-même, son support et les scribes. Deuxièmement, la littérature proprement dite, c’est-à-dire ce que racontent les textes.
Les éléments entourant la production écrite
La Mésopotamie et l’Empire perse comprenaient tous les deux une mosaïque de peuples qui ont influencé à leur façon l’apparition de l’écriture. Il faut dire d’abord que l’écriture est une invention d’un peuple de la Mésopotamie, les Sumériens. D’abord sous la forme de calculi, de petits jetons en argile servant à dénombrer les biens faisant l’objet de transactions économiques, l’écriture est ensuite passée, vers 3300 av. J.-C., au stade des pictogrammes, soit des dessins qui représentent un objet sans en indiquer la prononciation, puis des idéogrammes, des signes renvoyant à une idée. C’est à ce stade de l’écriture que l’influence d’un autre peuple de la Mésopotamie se fit sentir, les Akkadiens. La structure de leur langue étant différente, ils ont emprunté et adapté l’écriture sumérienne en attribuant aux idéogrammes des valeurs phonétiques, créant du même coup une écriture cunéiforme par l’utilisation du stylet de roseau. Autour de 2000 av. J.-C., la langue sumérienne est ainsi devenue la langue des «savants», la langue et l’écriture akkadiennes s’étant répandues partout. Cette écriture se lisait de gauche à droite et comprenait plus de deux cent signes. Ce n’est qu’au début du 1er millénaire que l’écriture suméro-akkadienne, comme on peut l’appeler, sera remplacée par l’alphabet araméen, la langue araméenne étant devenue la langue dominante de la Mésopotamie (1).
En Perse, située en Iran actuel, l’écriture n’a pas suivi le même cheminement. Les Perses forment une branche d’un peuple indo-européen qui a envahi le plateau iranien au début du 2e millénaire. La langue parlée à l’époque de l’Empire perse achéménide (VIe au IVe siècles av. J.-C.) est le vieux-perse, auquel correspond une écriture du même nom. Contrairement à la Mésopotamie, on ne sait exactement comment cette écriture s’est formée. Avant l’arrivée des Perses, un autre peuple plutôt méconnu habitait la région, les Élamites, qui ont certainement influencé la formation du vieux-perse avec leur langue, l’élamite (2). Un historien de l’époque grecque, Hérodote, avait laissé croire que c’est le souverain Darius 1er qui avait introduit cette écriture, mais des inscriptions antérieures à son règne ont été retrouvées, notamment au nom de Cyrus II. D’autres hypothèses suggèrent une dérivation du babylonien (une forme de l’akkadien) ou une influence sémitique (araméenne ou phénicienne) (3). Contrairement à l’écriture cunéiforme suméro-akkadienne qui comporte un grand nombre de signes, l’écriture cunéiforme vieux-perse est plutôt simplifiée avec ses 36 signes, ses 4 idéogrammes et ses 3 voyelles. Autre différence importante : le vieux-perse possède un signe de ponctuation, le clou oblique, qui sert à séparer les mots. Mis à part le vieux-perse, deux autres écritures étaient très courantes dans l’Empire perse, l’élamite et le babylonien, pendant que l’araméen était utilisé dans l’administration comme un peu partout au Proche-Orient (4).
Les supports de l’écriture en Mésopotamie et en Perse sont les mêmes. On écrit d’abord sur des tablettes d’argile, abondante dans le sud de l’Iraq. La quantité retrouvée est cependant plus grande en ce qui concerne la Mésopotamie. L’autre support est la pierre, les inscriptions retrouvées étant plus nombreuses. Le papyrus n’est cependant pas exclu, mais le climat de cette région du monde n’étant pas aussi propice à leur conservation qu’en Égypte par exemple, ils ont pu disparaître. On a retrouvé par ailleurs des papyrus en Égypte écrits en araméen représentant des textes administratifs de l’Empire perse achéménide (5). Les scribes des deux civilisations utilisaient le même outil pour tracer les signes, le stylet de roseau, et formaient par ailleurs un groupe privilégié, recevant une éducation particulière. Dans l’Empire perse, le scribe devait connaître le vieux-perse, l’araméen, le babylonien, l’élamite, tandis que le scribe mésopotamien devait maîtriser le sumérien et l’akkadien (6). Il pouvait aussi être affecté au service du roi, au service des temples ou spécialisé dans une catégorie de l’activité bureaucratique (7).
La littérature
En Mésopotamie, la première utilisation de l’écriture fut à des fins comptables et économiques. Comme on l’a dit plus haut, les calculi servaient à dénombrer les biens lors de transactions. Cependant, seulement quelques siècles après son invention, l’écriture a été appliquée à bien d’autres domaines intellectuels. D’abord pour l’administration, avec des listes de travailleurs et de paie, puis pour la justice avec le fameux Code d’Hammourabi. Ensuite, de nombreuses autres tablettes découvertes en Mésopotamie portent sur la religion, que ce soit des listes de dieux et d’offrandes, des rituels, des prières et des incantations ou encore des mythes et des épopées (8).
Dans cette dernière catégorie, citons entre autres La Descente d’Inanna aux Enfers, Enmerkar et le seigneur d’Aratta, Atrahasis et enfin la célèbre Épopée de Gilgamesh où Gilgamesh, roi d’Uruk, est en quête du secret de l’immortalité. C’est d’ailleurs dans une version de cette épopée que l’on retrouve un récit du Déluge bien antérieur à celui de la Bible, alors que l’immortel Utanapishtim, le Noé de la Mésopotamie, raconte au héros son histoire diluvienne. Tous ces mythes et épopées visaient la compréhension du monde qui entourait les gens, par exemple les catastrophes naturelles (9).
Parmi les documents qui nous sont parvenus se retrouvent aussi des listes de fleuves, de montagnes, des plans de temples et de villes, un dictionnaire descriptif en botanique, zoologie et minéralogie, des tables mathématiques et astronomiques et l’histoire en listes également, par exemple une liste de dynasties. Ces nombreuses listes servaient probablement d’aide-mémoire à un enseignement oral. Les lieux où l’on a principalement retrouvé les documents mésopotamiens sont les archives sacerdotales de Nippur, les bibliothèques royales d’Assur et de Ninive et la bibliothèque d’Assurbanipal à Ninive (10).
Du côté de l’Empire perse de la période achéménide, on retrouve presque exclusivement des inscriptions sur la pierre se rapportant aux faits et gestes des souverains. Les histoires, épopées et récits proprement perses devront attendre l’époque des Sassanides, au 3e siècles ap. J.-C.
Les inscriptions achéménides sont écrites en trois langues : le vieux-perse, l’élamite et le babylonien. Les plus connues d’entre elles se retrouvent entre autres sur le cylindre de Cyrus afin de commémorer la prise de Babylone au 6e siècle av. J.-C., sur les palais de Cyrus à Pasargades, puis dans les ruines de Persépolis et de Suse sur les palais de Darius. Les plus célèbres inscriptions se retrouvent à Bisotun sur la paroi d’une montagne à une soixantaine de mètres de hauteur. Entourant un bas-relief illustrant la victoire de Darius contre dix rois rebelles, les inscriptions trilingues étaient destinées à être proclamées dans tout l’Empire (11).
Toutes ces inscriptions étaient vouées tout d’abord à la glorification de l’Empire et du souverain en racontant les conquêtes et les victoires de ce dernier. Beaucoup d’entre elles célèbrent également la construction d’édifices, entre autres le Palais de Suse. Les textes commençaient pour la plupart par un chapitre consacré au dieu Ahuramazda où on racontait que le dieu avait créé toutes choses, y compris le roi (12).
Conclusion
Les écritures suméro-akkadienne et vieux-perse n’ont pas la même origine et n’ont pas subi la même évolution, malgré que la première influença probablement la deuxième. L’écriture cunéiforme vieux-perse n’a pas eu un usage aussi long que l’écriture suméro-akkadienne et elle n’a servi à noter qu’une seule langue. De plus, elle n’a pas été adaptée ni imitée par d’autres peuples et son usage n’a servi qu’à la rédaction d’inscriptions royales. Cependant, les supports et les outils utilisés par les scribes sont semblables autant dans la civilisation mésopotamienne que dans l’Empire perse. Si seules les inscriptions royales subsistent de l’époque achéménide, il ne faut pourtant pas conclure que la production de récits et d’histoires diverses n’a jamais eu lieu : peut-être les documents ont-ils disparus ou peut-être attendent-ils d’être découverts...
Notes de référence
1. Louis-Jean Calvet, Histoire de l’écriture, Paris, Plon, 1996, p. 46, 54, 57 et 60.
2. Pierre Lecoq, Les inscriptions de la Perse achéménide, Paris, Gallimard, 1997, p. 31
3. James Février, Histoire de l’écriture, Paris, Payot, 1995, p. 159-162.
4. Pierre Lecoq, op.cit., p. 56 et 65.
5. Voir à ce sujet : Pierre Grelot, Documents araméens d’Égypte, Paris, Éditions du Cerf, 1972, 533p.
6. Roman Ghirsham, L’Iran : des origines à l’Islam, Paris, Albin Michel, 1976, p.158-159. Et Georges Roux, La Mésopotamie, Paris, Seuil, 1995, p. 405.
7. Samuel Noah Kramer, L’histoire commence à Sumer, Paris, Arthaud, 1961, p. 42.
8. Georges Roux, op.cit., p.98-99, 111, 159 et 229.
9. Ibid.,p.116, 129, 134 et 137.
10. Georges Roux, op.cit., p. 111, 401 et 406.
11. Pierre Lecoq, op.cit., p. 75 à 117.
12. Ibid., p. 105, 109, 117 et 157.
Médiagraphie
CALVET, Louis-Jean. Histoire de l’écriture, Paris, Plon, 1996. 296 p.
FÉVRIER, James. Histoire de l’écriture, Paris, Payot, 1995. 615 p.
GHIRSHMAN, Roman. L’Iran : des origines à l’Islam, Paris, Albin Michel, 1976. 376 p.
GRELOT, Pierre. Documents araméens d’Égypte. Paris, Éditions du Cerf, 1972. 533p.
HUART, Clément et Louis DELAPORTE. L’Iran antique : Élam et Perse et la civilisation iranienne, Paris, Albin Michel, 1943. 516 p.
KRAMER, Samuel Noah. L’histoire commence à Sumer, Paris, Arthaud, 1961. 313 p.
LECOQ, Pierre. Les inscriptions de la Perse achéménide, Paris, Gallimard, 1997. 327 p.
ROUX, Georges. La Mésopotamie, Paris, Seuil, 1995. 600 p.
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