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Introduction
Le
concept de francophonie canadienne renvoie habituellement à un ensemble de
communautés caractérisées par certains traits – langue, histoire, combat pour
leur survie – et par une relation particulière avec le Québec. En effet, les
Franco-Manitobains, les Acadiens et les Franco-Ténois, bien que possédant
maintenant leur propre parcours sociohistorique, partagèrent durant plus d’une
centaine d’années le rêve d’une nation canadienne-française d’un bout à l’autre
du pays, jusqu’à leur « rupture » avec le Québec des années 1960. Les
Métis, quoique souvent assimilés à cette grande entité, suivirent pourtant une
route parallèle. Tout comme les colons canadiens-français, ils étaient
majoritairement francophones et catholiques lors de leur installation dans
l’Ouest au XIXe siècle. D’ailleurs, une partie de leurs descendants
parlent toujours le français aujourd’hui. Mais au départ, ils étaient aussi
cris, écossais, protestants et ojibway. Ainsi les composantes de leur identité
furent toujours mixtes et il en a résulté un ensemble unique, distinct des
autres groupes francophones du Canada. Les élites canadiennes-françaises les
inclurent malgré tout dans leur projet de nation, mais jamais les Métis ne
s’étaient déclarés Français ou Canadiens français, Amérindiens ou Anglais. Ils
avaient toujours désiré être libres et indépendants, une « Nouvelle
nation » évoluant selon ses propres règles.
Les
définitions multiples de ce que sont les Métis au XIXe siècle
révèlent toute la complexité de leur parcours identitaire. Il y a ce que les
Métis eux-mêmes disent être, leur définition du « Nous », et ce que
les autres, « Eux », en disent. Le caractère relationnel des
distinctions ethniques a été bien établi depuis les travaux de Fredrick Barth durant les années 1960 (Barth,
1995 : 203-249). Selon
lui, l’ethnicité ne se manifeste pas dans l’isolement social et géographique
d’un groupe, mais bien dans ses relations avec les autres. De plus, l’ethnicité
n’est pas hermétique et immuable, mais perméable et sujette aux changements.
Les frontières entre les groupes, bien que toujours maintenues, ne regroupent
pas nécessairement les mêmes ensembles de personnes au fil du temps. Les
critères d’appartenance à ces ensembles peuvent évoluer au gré des
circonstances (Poutignat et Streiff-Fenart, 1995 : 134-136).
C’est
en nous appuyant sur ces deux aspects de l’ethnicité que nous aimerions
explorer le parcours identitaire des Métis du Canada. Premièrement, en revenant
sur les périodes marquantes de leur histoire – qui sont aussi des moments clés
sur le plan identitaire – il est possible d’entrevoir le changement dans les
critères d’appartenance au groupe ainsi que la mouvance de ses frontières
ethniques. Deux grandes époques se distinguent, soit du début du XIXe
siècle jusqu’aux années 1960, puis de là jusqu’à aujourd’hui, pendant
lesquelles le sentiment identitaire métis a subi de profondes mutations. Notons
que notre attention se porte sur tous les Métis du Canada et que lorsqu’il sera
question de groupes précis, leur provenance sera mentionnée. Deuxièmement,
l’examen de la perception des Autres, ici le reste du Canada et ses différentes
composantes, permettra de constater que la définition extrinsèque d’un groupe
ne coïncide pas toujours avec celle que ses membres en donnent. Le cas de Louis
Riel, choisi parmi les symboles identitaires métis, servira à illustrer les
utilisations paradoxales du mythe et de l’identité métis.
II.
Les Métis vus de l’intérieur : une identité changeante
En Amérique, le terme
« Métis » renvoie généralement à toute personne ayant des origines
mixtes, habituellement amérindiennes et européennes. Toutefois, dans le
contexte canadien, le terme renvoie historiquement à un groupe précis, soit les
Métis de l’Ouest et leurs descendants. Cependant, il existe bien évidemment des
Métis ailleurs au Canada. Au dernier recensement fédéral partiel en 1996,
210 190 personnes se sont déclarées « Métis », dont un peu plus
du tiers provenaient d’autres provinces que le Manitoba, la Saskatchewan et
l’Alberta, associées traditionnellement aux Métis de l’Ouest (1). Ces gens de
la côte ouest, des trois territoires, du Québec, de l’Ontario et des Maritimes
sont aussi des descendants de Métis ou encore des Indiens sans statut. Une
certaine fluidité, pour ne pas dire un certain flou, existe donc autour du
concept de « Métis ». En fait, l’ensemble humain qu’il désigne a
varié dans le temps, même si son appellation n’a pas changé. Cette évolution
s’est réalisée en deux moments principaux, marqués chacun par deux processus
distincts. Du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle, il y a
naissance et affirmation d’une identité métisse nouvelle, puis sa négation
suite à l’échec des Rébellions. À partir des années 1960, une nouvelle
recherche d’identité se produit, marquée d’abord par l’ouverture ou
l’agrandissement des frontières ethniques du groupe, puis par leur fermeture
après la loi constitutionnelle de 1982.
Les origines des Métis sont communément retracées dans l’Ouest canadien du
XIXe siècle. Pourtant, le métissage est un phénomène beaucoup plus ancien. Selon
l’expression consacrée, il aurait débuté neuf mois après que les premiers
Européens aient mis le pied en Amérique. Comment expliquer la prise de
conscience d’une identité singulière chez un groupe spécifique de Métis dans
les Prairies alors qu’elle n’apparaît pas chez les autres Métis d’Amérique du
Nord? En fait, tous ces gens auraient suivi des destins différents, certains
s’intégrant à l’un de leurs groupes d’origine, d’autres se regroupant pour
former des entités socioculturelles distinctes: « Over time, and in
different areas, people of mixed ancestry have grown up and lived out their
lives in a vast variety of circumstances, leading them and their descendants to
be categorized and to classify themselves by many different criteria »
(Brown, 1987: 136).
En Acadie et en Nouvelle-France, des hommes européens s’unirent à des
femmes amérindiennes et ensemble ils donnèrent naissance à des enfants métis dès
le XVIIe siècle. Dans les Maritimes, des Basques et des Bretons
venant pêcher sur les côtes rencontrèrent des Micmacs et des Malécites, tandis
qu’en Nouvelle-France, les marchands et les coureurs des bois se lièrent à des
Amérindiennes ojibway et cris (McMillan, 1995 :
293). Les descendants de ces couples ne formèrent pourtant pas de groupe
distinct, et cela en partie en raison de la politique française. Dans le but de
créer et de maintenir en Amérique une seule nation, la France encourageait
Français et Amérindiens à s’unir politiquement et économiquement contre un
ennemi commun, l’Anglais, allant même jusqu’à promouvoir les mariages mixtes.
En effet, la traite devait assurer l’avenir de la colonie, mais la population
devait aussi croître (Dickason, 1985 : 28).
Ainsi, les enfants métis de la Nouvelle-France et de l’Acadie s’identifièrent
la plupart du temps à l’un ou l’autre de leur groupe d’origine, souvent à celui
autochtone, plus souple sur le plan social. La même chose se produisit à la
Baie d’Hudson autour des postes de traite où les marchands anglais prirent
également des femmes amérindiennes (Brown, 1987 : 137).
Des groupes relativement distincts de Métis se formèrent lorsque les
autorités commencèrent à s’opposer au métissage et que la traite se déplaça un
peu plus à l’ouest, autour des Grands Lacs. En se regroupant et en s’unissant
entre eux, les Métis prirent conscience qu’ils partageaient un certain nombre
de caractéristiques issues de leur héritage commun, l’une d’elle étant leur
participation essentielle au commerce des fourrures. Il y aurait eu alors
autour des Grands Lacs la naissance d’une société distincte (McMillan, 1995 : 294). Par contre, ni ces Métis ni
ceux de la Nouvelle-France ou de la Baie d’Hudson ne développèrent une
conscience identitaire débouchant sur un projet national, comme le firent les
Métis de l’Ouest plus tard.
Vers la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe
siècle, la traite se déplaça encore davantage vers l’ouest, entraînant les
Métis avec elle. C’est à ce moment qu’ils s’installèrent dans la province
actuelle du Manitoba. Traditionnellement, l’émergence d’une conscience
identitaire chez les Métis de l’Ouest est expliquée par les actions de la North West Company. En effet, alors
que des terres furent accordées par sa rivale, la Hudson’s Bay
Company, pour la fondation d’une colonie en plein
cœur des territoires où chassaient les Métis, elle répandit chez ceux-ci l’idée
que ces terres leur appartenaient et que l’arrivée des colons en signifiait la
perte. L’idée d’une « Nouvelle nation » aurait alors émergé, une
nation héritière des terres laissées vacantes par les Amérindiens disséminés
par les maladies et les guerres. En 1816, les Métis, équipés par la North West Company, affirmèrent
leurs droits lors « de la Battle of Seven Oaks » (Morton, 1978 : 28-30). De cette manifestation brutale seraient issus
les germes identitaires d’une nation métisse.
Bien que le rôle joué par la North West Company ne puisse être remis en cause dans la gestation de
l’identité métisse, plusieurs chercheurs en atténuent aujourd’hui la portée. En
effet, selon cette explication quelque peu ethnocentrique, les Métis n’auraient
pu réaliser seuls leur caractère distinct : ils n’auraient été que des
acteurs passifs, victimes de la concurrence entre deux grandes compagnies (Sawchuk, 1978 : 24). D’autres facteurs sont maintenant
considérés : l’isolation géographique et sociale des Métis par rapport à
l’Est durant un demi-siècle, et surtout le partage d’un mode de vie ainsi que
d’une histoire commune s’étant tissée au rythme des ans et des affrontements
avec les Sioux, la Hudson’s Bay Company
ou tout autre étranger sur leur territoire (Burley,
Horsfall et Brandon, 1992: 33-34).
Dès les premières décennies du XIXe siècle, les Métis de l’Ouest
possédaient donc une conscience d’être différents et ils avaient décidé de
l’affirmer devant le reste du Canada. L’«ethnie» métisse avait à cette époque
des caractéristiques propres. Le terme « Métis » s’appliquait alors
aux personnes d’origines amérindienne et française avant tout, de langue
française et de religion catholique. Celles-ci étaient habituellement nomades
et participaient au commerce des fourrures en s’occupant du transport de
marchandises. Cependant, d’autres Métis cohabitaient avec eux, de petits
agriculteurs souvent, descendants d’Amérindiennes et de marchands anglais,
écossais et irlandais protestants de la Baie d’Hudson et qui s’étaient joints
aux Métis francophones lors de leurs déplacements vers l’ouest. Des tensions
existaient entre les deux groupes, mais les historiens croient que la pratique
de l’intermariage ainsi que des activités réalisées en commun contribuaient à
les atténuer (McMillan, 1995 : 296). Le mode de
vie de la plupart des Métis se caractérisait tout de même par la chasse au
bison et la participation à la traite. Surtout, elle était marquée par un
mélange d’éléments empruntés aux différentes cultures d’origine. « It is
this integration of diverse behaviours into a distinctive conceptual whole that
results in Métis habitus, and which serves to identify Métis ethnicity »
(Burley, Horsfall et
Brandon, 1992: 39). Lorsque
l’intégrité de cet ensemble fut menacée par l’arrivée d’agents extérieurs, la
conscience nationale, déjà présente en germe dans une sorte de « mild awareness », comme la
qualifie Olive Dickason, se transforma en certitude (Dickason, 1985 : 31).
La « Nouvelle nation »
métisse qui s’affirma en 1816 vécut dans un isolement relatif jusque dans les
années 1860, alors que se mit en branle le projet confédératif dans l’est du
Canada. Des colons arrivèrent en grand nombre par le chemin de fer et
submergèrent progressivement les Métis. Chez ces derniers, selon les mots de
Fernand Dumont, « le sentiment national s’exacerbe quand survient l’agression
extérieure ; il ne parvient pas à donner à la nation des fondations qui
lui permettraient de se confirmer dans la longue durée » (Dumont,
1997 : 438). Les Métis réagirent, mais la désintégration de leur nation
naissante semblait inévitable, étouffée par le projet de « nation
canadienne ». Nous ne retracerons pas ici tous les événements ayant marqué
les rébellions de la rivière Rouge au Manitoba en 1869 ni ceux de Batoche en
Saskatchewan en 1885. Il suffit de rappeler que la résistance des Métis fut
écrasée par les troupes fédérales en 1885, que leur meneur Louis Riel fut
exécuté, et que les droits territoriaux auxquels ils aspiraient ne leur furent
qu’au mieux partiellement reconnus par un système de « scrip »
déficient. Beaucoup de Métis se déplacèrent donc et se dispersèrent dans les
Prairies par la suite (Harrison, 1985 : 39-46).
Après ces événements s’ensuivit une
période difficile, marquée par la pauvreté et de mauvaises conditions de vie.
Rejetés autant par les sociétés amérindiennes que blanches, les Métis de
l’Ouest devinrent des « non-people », sans
statut particulier reconnu par le gouvernement, vivant en marge des villes et
n’occupant que de petits emplois. Puisque l’accès à l’éducation et à une
situation économique meilleure leur était interdit, certains Métis choisirent
de renier leur origine autochtone et de mettre de l’avant celle francophone et
catholique afin de s’intégrer à la société dominante. D’autres rejoignirent des
communautés amérindiennes dans le nord et signèrent avec le gouvernement des
traités leur garantissant certains avantages en échange de leurs titres indiens
(McMillan, 1995 : 305). La période de 1885 et
jusque dans les années 1960 en est une de négation de l’appartenance au groupe
métis, comme si la fierté d’être et de s’affirmer Métis n’existait plus.
Ainsi, le parcours identitaire du
groupe métis qui s’installa dans la région de la rivière Rouge fut marqué par
la naissance et l’affirmation d’une identité particulière, puis par la négation
de l’appartenance à ce groupe après l’échec du projet national. Ce changement
peut être interprété à l’intérieur du cadre conceptuel établi par Raymond Breton pour comprendre les francophonies
minoritaires et qui serait adéquat, selon l’auteur, pour n’importe quelle
minorité se retrouvant dans une situation d’appartenance multiple (Breton,
1994 : 59-69). Ce cadre comporte trois dimensions d’identification au
groupe que l’individu peut exprimer de différentes façons, positives ou
négatives. La dimension pragmatique ou utilitaire est la première dimension. La
deuxième est la dimension d’interdépendance et la troisième, le partage d’un
héritage culturel distinct. Ce qu’il y a d’intéressant dans le modèle de
Breton, c’est qu’il n’est pas fixe, qu’il recouvre toute la gamme des comportements
possibles face à la collectivité et qu’il n’exclut pas qu’un même individu ou
un groupe d’individus puisse changer de comportement au cours de son existence.
C’est pourquoi ce modèle nous semble utile pour tenter d’expliquer le
changement d’attitude chez les Métis de l’Ouest.
Devant l’adversité et le rejet, les individus ne virent plus aucun avantage
à s’identifier comme Métis. La dimension pragmatique ou utilitaire de cette
appartenance fut jugée négativement par la plupart d’entre eux. Ils rejetèrent
alors la collectivité métisse. Plusieurs changèrent d’ailleurs de nom pour
éviter la discrimination (Harrison, 1985 : 64). L’influence du
« Eux » sur l’identité est ici bien évidente. À l’inverse, ils
considérèrent que c’était l’identification à la collectivité française qui
pouvait leur apporter davantage. Ensuite, sur le plan de l’interdépendance,
celle-ci fut perçue comme étant nuisible, comme si le fait de s’identifier à
d’autres Métis pouvaient nuire à la réussite sociale et économique. Certains s’étant
intégrés à la société dominante rejetèrent d’ailleurs d’autres Métis ayant
conservé leur mode de vie traditionnel (Sealey et Lussier, 1975 : 139). Enfin, bien que Riel restait
très présent dans les mémoires, les Rébellions constituèrent un échec dans
l’histoire de la collectivité, un héritage peut-être gênant à partager à partir
de la fin du XIXe siècle.
La période difficile pour les Métis de l’Ouest se poursuivit jusqu’au
milieu du XXe siècle. Bien que plusieurs d’entre eux s’intégrèrent à
la vie occidentale des provinces nouvellement formées à la fin du XIXe
siècle, d’autres en étaient toujours exclus. Toutefois, durant les années 1930,
quelques meneurs émergèrent et s’efforcèrent de mobiliser leurs semblables. En
Alberta par exemple, la première convention de l’Association des Métis
d’Alberta et des Territoires du Nord-Ouest eut lieu
en 1932 et la Commission Ewing enquêta sur les conditions de vie des Métis de
la province en 1935. Des organisations se formèrent dans les autres provinces
également, mais il était difficile de réunir dans des organismes les Métis
jaloux de leur indépendance. De plus, le manque de fonds demeurait un problème
constant (Harrison, 1985 : 97-99, 104-106).
Après la Seconde Guerre mondiale, alors que la pauvreté et la
discrimination des Métis se poursuivaient, leur mobilisation connut un essor.
Les Métis furent d’abord représentés au niveau fédéral par le National Indian Council jusqu’en 1968,
puis ils s’écartèrent des Amérindiens pour former leur propre association
nationale, le Native National Council, qui
représentait aussi les Indiens sans statut (Sawchuk,
1998 : 32). En se mobilisant et en militant sous la même bannière, ils
espéraient ainsi avoir davantage d’ascendant auprès des autorités. Joe Sawchuk, qui a travaillé dans
l’organisation des Métis du Manitoba durant les années 1970, affirme que
l’individu a le choix de s’intégrer au groupe dominant ou encore « he can join
with others in emphasizing ethnic identity in an attempt to develop a more economically and politically viable position in the society » (Sawchuk, 1978 : 73).
Évidemment, l’influence du groupe dépendait aussi de son poids
démographique : plus les Métis seraient nombreux à revendiquer, plus les
possibilités de se faire entendre seraient grandes. Ainsi a-t-on assisté à un
phénomène d’ouverture des frontières, c’est-à-dire que davantage de gens purent
s’identifier comme Métis à partir des années 1960. « The Metis of the
twentieth century constitute an ethnic group which in order to survive as a
unit has had to shift its boundaries considerably to include many people who
originally would not have been considered members » (Sawchuk, 1978: 14). Autrement dit, les critères d’identification au
groupe métis changèrent dans le temps. Au XIXe siècle, le terme
« Métis » regroupait essentiellement les Métis de la rivière Rouge et
leurs descendants. Au milieu du XXe siècle, le terme était toujours
le même, mais l’ensemble qu’il désignait s’était élargi jusqu’à inclure toute
personne ayant des origines mixtes. Ainsi, le Native National Council représentait-t-il autant les Métis que les Indiens
sans statut de l’est et de la côte ouest du Canada, mais qui n’avaient pas
nécessairement de liens avec l’histoire de rivière Rouge. Ils n’avaient en
commun que leurs origines amérindiennes et leurs conditions de défavorisés.
Cette ouverture de l’identité métisse traduisait surtout une volonté et une
action politiques. Les frontières ethniques apparaissent ainsi comme un concept
pouvant être manipulé, une stratégie que les associations métisses avaient bien
comprise.
Au même moment, leurs dirigeants
politiques présentèrent consciemment l’héritage des Métis
« traditionnels » de l’Ouest comme celui de tous les Métis du Canada.
Cela répondait à un besoin de rassembler toutes les personnes possédant des
origines mixtes : « It provided a strong image around which to rally
to establish both an identity and a sense of self-worth » (Nicks,
1985 : 111). Le drapeau
métis, brandi pour la première fois en 1816 lors de l’attaque des Métis sur la
colonie, devint en 1976 le drapeau officiel de tous les Métis du pays. La
ceinture devint l’emblème officiel de l’Association des Métis et des Indiens
sans statut de l’Ontario en 1978 (Redbird, 1980 :
48) (2). Louis Riel fut perçu comme la figure emblématique sur laquelle pouvait
se construire le legs métis et il fut abondamment utilisé par de multiples
groupes régionaux sur des affiches et lors de commémorations. Pour se donner
davantage de force et une identité plus convaincante, « the modern Metis are rapidly adopting, in a modern context, as
many symbols of the traditional Metis lifestyle as possible » (Redbird,
1980 : 48).
Depuis 1982 toutefois, un
changement draconien s’est opéré au cœur des organisations et de leur
définition des Métis. Durant plusieurs années, le Native National Council avait exercé des pressions au niveau fédéral pour
que soient reconnus les droits des Métis et des Indiens sans statut. Dans la
Constitution de 1982, les Métis, au même titre que les Inuit et les
Amérindiens, ont vu leurs droits reconnus en tant que peuple autochtone du
Canada. Dès 1983, les Métis se sont séparés des Indiens sans statut pour fonder
leur propre organisation nationale, le Metis National
Council, et ils ont resserré les critères
d’identification à leur groupe. Une nouvelle phase a alors débuté dans le
parcours identitaire des Métis, une phase de fermeture. Aujourd’hui, n’est pas
métis qui le veut, contrairement aux années 1960 et 70. Le Metis National Council considère
qu’un Métis doit être un descendant des Métis de l’Ouest. Certaines
associations provinciales, manitobaine et albertaine entre autres, vont
même plus loin. Les Métis doivent être en mesure de prouver leur origine si
nécessaire, être acceptés comme tels par les autres et descendants de Métis
éligibles au programme de « scrip » du
gouvernement à l’époque (Sawchuk, 1998 : 23).
Alors qu’au départ, Métis et Indiens sans statut formaient un groupe de
pression partageant les mêmes intérêts, la reconnaissance constitutionnelle
d’une partie de ce groupe a entraîné sa fragmentation. Cette redéfinition de
l’identité métisse correspond à une stratégie politique, apparemment dans le
but de préparer une revendication importante à propos de titres sur des terres
dans l’Ouest. Ce qu’il y a de remarquable également, c’est la façon dont une
définition provenant de l’extérieur, du gouvernement, a un impact profond sur
la dimension ethnique du groupe (3).
La culture et les traditions de la
rivière Rouge sont aussi devenues au fil du temps celles de beaucoup d’Indiens
sans statut et de Métis au Canada, dépassant le cadre des revendications. À un
niveau individuel, plusieurs s’identifient réellement comme
« Métis », même s’ils ne descendent pas des Métis de l’Ouest, et ils
adoptent volontiers les symboles hérités du XIXe siècle et des
Rébellions. C’est surtout le sentiment d’interdépendance, toujours selon le
modèle de Breton, qui inciterait les gens à s’identifier aux Métis de l’Ouest.
Ils perçoivent que l’amélioration de leur vie, de leurs conditions économiques,
sociales et politiques serait peut-être facilitée par une action collective
(Breton, 1994 : 63). Et en même temps, sans qu’il n’y ait contradiction,
l’identification aux Métis de l’Ouest paraît aussi utilitaire ou pragmatique,
car « la modernité ferait que les activités et événements collectifs
ethniques, tout comme les religieux, seraient vus et utilisés comme des biens
de consommation » (Breton, 1994 : 63). Se dire Métis, ou s’identifier
à n’importe quelle autre minorité ethnique riche de traditions et de symboles,
serait aujourd’hui populaire, enrichissant et bien vu. Quelques uns déplorent
toutefois cet état de cause. Certains parlent d’un « impérialisme
culturel » que l’héritage de la rivière Rouge exercerait sur les autres
traditions métisses ailleurs au Canada et qui masquerait leurs particularités.
Par exemple, le festival annuel « Back to Batoche » s’adresse à tous
les Métis, mais fait de l’Ouest leur seul foyer historique et culturel, ce qui
est faux. Bien que cet héritage serve de pont entre
les communautés, les Métis du Canada entier devront développer dans l’avenir
une conscience collective basée sur de nouvelles valeurs dans un contexte
moderne (Redbird, 1980 : 50). De même, les
chercheurs redécouvrent aujourd’hui la spécificité des autres cultures métisses
de l’est et de la côte ouest du pays, eux dont les travaux ne portant que sur
Louis Riel et les Rébellions avaient renforcé la primauté de la culture métisse
héritée de l’Ouest (Nicks, 1985 : 105).
II.
Les
Métis vus de l’extérieur : La pluralité du mythe Riel
Vues de l’intérieur, les
frontières du groupe métis apparaissent donc comme modifiables au gré des
besoins et permettant aux gens de les franchir dans les deux directions. À
l’extérieur, il y a les Autres de qui on se différencie, ceux qui ne sont pas
« Nous ». Ces Autres, le reste du Canada, entretiennent également une
relation ambivalente par rapport à l’identité métisse, exerçant une influence
parfois considérable sur la définition interne du groupe. Cette dynamique
s’exerce de différentes manières, selon que les groupes soient francophones,
anglophones ou amérindiens. Tous ces gens empruntent des éléments à l’identité
métisse et jouent avec ses frontières, souvent pour leur propre profit.
Parmi les symboles les plus
significatifs du bagage identitaire métis canadien, il y a le personnage de
Louis Riel. Emblème d’abord des Métis de l’Ouest, il est devenu un symbole fort
pour une multitude de groupes, et même un héros national. Pourtant, lors de sa
pendaison en 1885, une déchirure profonde marqua le pays entre francophones et
anglophones. Si Riel était déjà un héros pour les Canadiens français à cette
époque, il en était tout autrement pour les Canadiens anglais. Pour les
premiers, Riel était un défenseur de la langue française et du catholicisme.
S’il y avait eu rébellions dans l’Ouest, c’était en raison du fanatisme des
Anglais et non à cause des Métis. Pour les deuxièmes, le gouvernement
provisoire instauré par Riel était illégitime, tout comme l’exécution d’un
colon orangiste. Riel était un traître et devait être exécuté selon la loi.
Dans les histoires du Canada ou de l’Ouest écrites par des anglophones à cette
époque et jusque vers les années 1950, les héros, c’était les soldats, les
explorateurs, les marchands et la Northwest Mounted
Police. Attaché à la couronne, le Canada anglais voyait dans Riel un obstacle à
la civilisation et à l’expansion britannique (Owram,
1982 : 319-322).
Ces interprétations apparemment
irréconciliables furent construites dans un contexte particulier de conflits à
l’échelle nationale. À une époque où les élites du Canada français rêvaient
d’une nation francophone et catholique d’un bout à l’autre du pays, la
résistance des Métis représentait l’opposition de toute cette nation au
protestantisme et aux projets anglais. Pourtant, la « Nouvelle
nation » des Métis n’avait rien à voir avec la nation
canadienne-française. Bien qu’ils étaient conscients de leurs racines, les
Métis voulurent fonder un peuple distinct de ceux de leurs ancêtres anglais,
français, cris ou ojibway. De plus, bien que les principaux acteurs des
Rébellions furent francophones et catholiques, de nombreux Métis anglophones et
protestants ainsi que des Amérindiens des Prairies y participèrent. Mais ces
faits restaient souvent dans l’ombre au Canada français. Peu importe si les
Métis combattaient d’abord pour leur propre survie, il était suffisant aux yeux
des dirigeants et intellectuels canadiens-français qu’ils aient été
francophones et catholiques pour qu’ils fassent de Riel un martyr, quitte à
taire sa « folie » messianique. Les vraies raisons du conflit étaient
déformées, et des symboles propres aux Métis étaient déjà appropriés par
d’autres (Owram, 1982 : 319-322).
Dans les années 1930 et 1940,
quelques historiens, dont Marcel Giraud et George Stanley, commencèrent à
interpréter les Rébellions et le personnage de Louis Riel à l’aide d’un autre
cadre que celui des confrontations Québec - Ontario ou francophones -
anglophones. Mais ces ouvrages n’eurent que peu d’impact dans le grand public (Owram, 1982 : 324-325). Ce n’est qu’après la Seconde
Guerre mondiale que Riel devint progressivement un héros national. Les luttes
contre le racisme et l’exclusion s’intensifiant, les Canadiens jetèrent un
regard nouveau sur ce groupe minoritaire dans leur propre pays ayant lutté pour
sa survie. C’est surtout lorsqu’il cessa d’être représenté comme un Canadien
français catholique que Riel acquit du prestige auprès des anglophones. Stanley
par exemple l’avait représenté comme un autochtone défendant ses droits. De
plus, l’appartenance au Commonwealth s’effritait, alors que s’accentuaient les
relations avec les États-Unis. Comme ailleurs dans le monde, la culture
américaine envahissant le Canada amena avec elle ses héros de l’Ouest. Les
Canadiens de l’Ouest, par besoin de se différencier de l’Ouest américain,
adoptèrent Riel comme « leur » héros, symbole de leur identité
régionale nouvellement née dès la fin du XIXe siècle par opposition
à l’Est (Owram, 1982 : 330).
Déjà le symbole de la lutte entre
Francophones catholiques et Anglophones protestants, Riel devint en plus le symbole
de l’injustice de l’Est envers l’Ouest, du mauvais traitement des autochtones
par l’Occident et finalement, le défenseur de toute minorité. Le combat des
Métis se transforma en symbole de la lutte anti-impérialiste et de la
résistance au capitalisme américain. « Riel had become a sort of northern Che
Guevara searching for the people’s socialist utopia on the Northern plains »
(Owram, 1982: 328). Par ailleurs, l’association
de Riel avec les idées de la gauche est devenue chose courante aujourd’hui. Il
est vu comme un opposant au racisme et à l’impérialisme, comme un combattant
pour l’égalité raciale et sociale ainsi que pour l’autodétermination. En
réalité, les idées qu’il exprima dans plusieurs de ses écrits ne peuvent
aucunement être associées à la gauche. Attaché au parti conservateur, Riel
sympathisait plutôt avec les ultramontains et les meneurs catholiques dans le
monde. Flanagan a montré comment il se rapprochait même de la droite
réactionnaire de l’époque (Flanagan, 1986 : 222-227). Ces images de Riel,
« icône de la gauche », n’existent que pour des raisons idéologiques
contemporaines qui n’ont rien à voir avec le passé. Riel et les Métis sont des
symboles forts, qu’il est utile d’emprunter et de faire siens, à des fins
parfois totalement opposées à la réalité historique.
Aujourd’hui, Riel est donc devenu
un mythe à l’échelle nationale. Au Canada anglais, il est une sorte de libérateur
national, un emblème qui différencie le pays des Etats-Unis (Flanagan,
1986 : 220). Au Québec, il constitue toujours un personnage remarquable.
Lors du centenaire de sa pendaison en 1985, le président de la Société
Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Gilles Rhéaume,
parlait de « meurtre » et d’«assassinat » de Louis Riel,
réclamant du gouvernement sa réhabilitation et assimilant encore historiquement
les Métis à la nation canadienne-française (Rhéaume,
1985 : 583, 590). Toutefois, l’attention s’étant davantage concentrée à
l’intérieur des frontières de la province depuis une quarantaine d’années, peu
de nouvelles études ont été publiées à son sujet depuis les années 1950 (Owram, 1982 : 332). Par contre, pour les francophones
hors Québec, il demeure un point de ralliement identitaire. Dans le théâtre de
l’Ouest par exemple, Riel et le combat des Métis représentent la propre lutte
des Franco-Manitobains, une sorte de « cérémonie de reconnaissance
d’identité commune » selon Ingrid Joubert (Joubert, 1996 : 214).
Montrer la résistance des Métis sur scène servirait « à cristalliser les
ressentiments des Franco-Manitobains, à galvaniser leur courage et à leur créer
une âme collective » (Joubert, 1996 : 214). En même temps, un certain
« révisionnisme » parcourt ce théâtre, montrant les combats
intérieurs de Riel et son déséquilibre mental. Au lieu d’un combattant héroïque,
il est dépeint comme une victime de la pression, son destin symbolisant
l’aliénation collective de son peuple. Il existe donc une diversité de façons
dont le mythe est représenté et cela correspond pour les Franco-Manitobains
« à la complexité d’une situation vécue par une minorité en quête d’une
identité » (Joubert, 1996 : 217).
Toutefois, les rebuffades envers
certains « révisionnistes » montrent bien de quelle manière le mythe
de Riel est devenu sacré. L’historien Thomas Flanagan créa une controverse
lorsqu’il prit position contre le pardon de Riel à la fin des années 1970,
alors que certains avaient même demandé sa destitution de ses fonctions
académiques et le considéraient comme un raciste (Miller, 1988 : 7). De
même, il y a une certaine tendance dans l’historiographie plus récente à
atténuer les positions jugées extrémistes aujourd’hui, particulièrement celles
de l’Ontario qui réclamait haut et fort la condamnation du traître en 1885 (4),
comme si un désir de se racheter envers le passé et Riel parcourait le Canada.
Ce sentiment de culpabilité est le même que celui que les Canadiens éprouvent
envers les Amérindiens. Ainsi le gouvernement fédéral, celui-là même qui avait
condamné et exécuté Riel, élève-t-il aujourd’hui des monuments en sa mémoire et
le reconnaissait officiellement comme l’un des « Pères de la
Confédération » en 1992 (5).
Conclusion
Les
frontières ethniques des Métis du Canada ne se figèrent donc pas dans le temps
lorsque les descendants des Européens et des Amérindiennes des Grands Lacs
s’installèrent dans l’Ouest dans la première moitié du XIXe siècle.
Leur mode de vie unique, leur culture matérielle ainsi que les événements ayant
marqué leur existence provoquèrent la naissance d’un sentiment identitaire
singulier et puissant. Cependant, les traits spécifiques aux Métis – la langue
et la chasse au bison par exemple – représentaient leur culture à cette époque
seulement. Ces traits sont maintenant devenus folkloriques et peu de liens
peuvent être établis entre ceux-ci et le mode de vie des gens affirmant être
métis aujourd’hui. En fait, l’héritage culturel provenant des Métis de l’Ouest
constitue une sorte de réservoir de symboles et de traditions avec lesquels
leurs descendants entretiennent des relations, parfois négatives lorsque cet
héritage devient synonyme d’échec et de discrimination, parfois positives
lorsqu’il devient mobilisateur et créateur d’avenir. De même, selon l’évolution
du contexte sociopolitique, les frontières du groupe autorisé à partager cet
héritage culturel s’ouvrent ou se ferment. Les divisions ethniques et les
critères d’appartenance au groupe apparaissent ainsi malléables et perméables.
La définition de ces critères par
les membres d’un groupe se fait habituellement à l’intérieur de la dichotomie
du « Nous » par rapport au « Eux ». Pour les Métis,
« Eux », c’est le reste du Canada, qu’il soit francophone, anglophone
ou amérindien. La perception du Canada envers eux montre de quelle façon les
symboles identitaires peuvent être empruntés et intégrés naturellement dans une
autre collectivité, renforçant ici l’idée de Barth que les cultures ne peuvent
se former dans l’isolement et sans une interaction essentielle entre groupes.
Étrangement, le Canada est encore réticent aux demandes de ses minorités, les
Métis constituant encore aujourd’hui un groupe défavorisé. Pourtant, Louis Riel
est devenu un héros national et fait partie intégrante de l’identité canadienne,
tout comme le principe de défense des minorités. Le Canada a ainsi établi avec
les Métis une relation paradoxale de rejet social, mais d’inclusion symbolique.
Le mythe de Louis Riel ne
correspond toutefois pas à une seule vision nationale : c’est un mythe
fractionné, une mosaïque de récits biographiques et historiques qui
correspondent aux intérêts de ceux qui s’en réclament. Il est national que
parce que tous les groupes ethniques ou culturels du Canada peuvent s’y
identifier : Métis, Francophones, Anglophones, Amérindiens et groupes
minoritaires ; il contient à lui seul toute la mosaïque canadienne. Il
représente d’une certaine façon la première tendance identitaire canadienne
identifiée par Nicolas van Schendel : l’identité
mosaïque. Dans celle-ci se juxtaposent territorialement et socio-culturellement
plusieurs ethnies et nationalités (van Schendel,
1994 : 102). Mais en même temps, aucun autre symbole que Riel ne semble
appartenir à autant de gens différents au Canada. Cela ne serait-il pas dû à la
nature même de l’identité des Métis, c’est-à-dire une identité métisse,
composée dès le départ d’origines diverses ? Van Schendel
définit l’identité des Métis du XIXe siècle comme étant «
d’ethnicité plurielle et de nationalité singulière» (van Schendel,
1994 : 114). Il l’associe à une deuxième tendance identitaire canadienne,
l’identité métisse, qui se développerait en marge de l’identité mosaïque. À
l’époque, les Métis auraient été de « nouveaux canadiens », intégrant
la diversité ethnique du Canada, la « pluricanadianité »,
tout en affirmant néanmoins le caractère singulier de leur être métis. Devant
la difficulté contemporaine à penser le Canada et à retrouver un sens à la
canadianité, la voie tracée par les Métis il y a plus de cent ans est peut-être
une solution : être singulier pluriel.
notes de
référence
1. Statistiques Canada, « Population selon le groupe autochtone,
Recensement de 1996 », disponible sur Internet à http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Population/demo39a_f.htm
2. Voir aussi l’ouvrage de Calvin RACETTE, Flags of the
Métis, Régina, Gabriel Dumont Institute,
1987,
p. 30.
3. Joe SAWCHUK en discute clairement dans « The Metis, Non-Status Indians and the New
Aboriginality: Government Influence on Native Political Alliances and Identity », Canadian Ethnic Studies, vol. XVII, no 2
(1985), p. 135-146.
4. Voir par exemple l’article de A.I. SILVER, « Ontario’s Alleged Fanaticism in the Riel
Affaire », Canadian Historical Review,
vol. LXIX, no 1 (1988), p. 21-50.
5. Voir le site Internet du Métis National Council
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