Je suis une Femme




Je suis une femme quand
j'accueille la peur dans ma maison,
déjà, je n'ai plus peur.
Je suis une femme.

Et quand je reçois quelqu'un dans ma maison,
je lui donne une place de choix.
Dans ma maison, il y a
plusieurs bonnes couches !
Je suis une femme.

Et les chemins que j'emprunte
pour traverser mon pays,
sont encore très souvent
des avenues non dites !
non écrites ! non codifiées !

Le code civil,il a
foutu le camps !
Il est sorti par
les champs de l'Ouest !

Je suis une femme.

Je suis une femme qui interroge
et console les enfants
tristes,pétrifiés de froid !
Mes propres enfants sont
plus agiles, je crois !
Plus alertes !
Ils se mettent même à danser
avec les enfants des voisins
leur dessinent des rondes,
leur soufflent des châteaux !
Les adoptent !

Je suis une femme.

Mes seins lourds bercent
très souvent les pleurs
d'enfants tristes du voisin
de même que les pleurs de
mes propres enfants tristes.

Je suis une femme.


Et quand mon oreille se pose
sur la poitrine des voisins,
elle se pose aussi sur
ma propre poitrine et,
elle y entend des cris éteints.

Je suis une femme.

Dans l'ombre de mes flancs,
je laboure, sème et
fait croître des fruits,
aussi ceux de mes voisins.
Mais, je ne récolte que les miens;
ceux du voisin

appartiennent au voisin:
je n'ai été que la terre
où il a ensemencé ses fruits !
Il peut venir les prendre
quand bon lui semble.

Dans l'ombre de mes flancs,
Quand mes lèvres entrouvertes
coulent un sourire de pluie
au soir du crépuscule ,
le feu de l'aurore s'allume
en mon coeur.
Ma maison devient transparente:
on y voit la lumière
au travers des cloisons.
Si tu as le goût de venir

plus près, viens, mais lentement,
l'étranger, mon voisin.

Je suis une femme.

Ma terre est une terre de
faïence, cuite à maturité;
elle n'en est que plus
chair et épousée.
Tu ne peux pénétrer ma maison
sans sentir la douceur
mariée à la transparence de
mes flancs qui suintent de rosée.

Je suis une femme.

Te dessinerai des ruisseaux
aux crêtes enchevêtrées
qui courent vers la mer
et les champs, tout décoiffés !

Je suis une femme

N'oublie pas, suis une femme,
toi, l'homme, mon frère,
mon amant, l'étranger !
Bonne route et tâche de revenir,
si tu passes dans le pays !
J'allumerai mes brasiers
te ferai l'amitié !
Il est trop tôt pour aimer !
Mon pays n'est pas illimité.

Ne suis qu'une femme

N'ai fini de multiplier !
Mon ventre chaud est
quand même fermé.
Sa soeur, la terre, il
n'ose encore la visiter !

Je ne suis peut-être
pas assez femme !
Mais dans l'enceinte de
ce temple qu'est la terre,
chemin-faisant-l'amour
j'inscris la vie au
coeur même de la nuit.

Suis une femme !
Dieu Merci !


auteur inconnu



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