LXXXVIII
Travels in America
(i)
Canada
(a)
La parlure québécoise
In 1972, my father decided that time was ripe for him to discover America (being heavily affected by alzheimer or some other malfunction of the brain, mayhap) and so he embarked on a trip to Canada, at that time thought to be the brightest jewel of the British Commonwealth (the beaver skin then suddenly decreased in popularity and the New Zealand kiwi took its place in the favour of the Queen).
After lingering long by the sea-coast in a half-stunned daze, my father went on to the French-speaking land of Quebec, a colony of little importance now become a province of scarce more envergure. The French dialect there spoken moved him, a rather surprising fact en vue of the little interest he had ever felt towards French as a language of the Western World (a feeling I share absolument), and so my father, in an idle hour, embarked on a retranscription of a passage from The Lord of the Rings into the language of the land.
Scribbled at furious speed on the reverse of a limited-time-offer McChicken-Happy-Meal-with-bacon wrapper, this text has become rather indecipherable due to a most untoward chemical reaction between chicken fat and the water-based ink used by my father. After examining the wapper with painstaking scrutiny using an infrared contraption kindly provided by the Faculty of Physics of Marquette University, Milwaukee, I have to admit, with utmost regret, that I have successfully been able to make out most of the text.
At the top of the page was written later in pencil: Composed in Kawenastakewawachicoutimiwiwi on 24 June 1972, revised by C.S. Lewis; but my father obviously erred in his recollection, for by that time Lewis had been dead and buried for some nine years (cf. Letters and various obituaries). Furthermore, there are no revisions to this text, which suggests that my father had nourished the intention of feeding it to the nearest paper basketbut failed to do so for some reason (an hypothesis most probante would be that he forgot about it, as was his wont at that time of his life, or at any time for that matter).
I give here the text as written, not giving the further emendations in the Notes, since there are none, and inserting punctuation marks where I bloody please; all obscure references to King Sheave, the Langobards and my sister Priscilla's teddy bear are recorded in the Notes. These are mostly written in French for added classiness.
Le jeune Pippin, qui était encore
sur la brosse1,
s'arrêta net et se planta drette2
devant Frodo
T'as-tu fini de chiâler, maudit Touque ? T'es
paqueté4
!, répondit Frodon.
Pourquoi qu'on s'arrête pas au Bûcheron
Flottant pour en caler une ou deux5
?, brailla le jeune Touque.
Pourquoi que tu fermes pô ta boîte ou que
tu revires pô de bord6
pour t'en retourner par où c'est que t'es venu ?, suggéra
Frodon.
Maudit épais7
! » Mais Merry les interrompit : « Ça va faire, vous
autres ! Pippin, si t'arrête pô, je te crisse mon poing su'a
gyeule, c'est-tu clair8
?
Tu peux ben parler, toé ! T'es même pô
supposé faire le voyage a'ec nous aut' !, objecta Pippin. Moé
j'ai mon voyag
Moé chut avec Monsieur Frodon », précisa
Sam.
La chicane était pognée10,
mais les Québbits finirent par repartir, et c'est tard dans la veillée
qu'ils arrivèrent au Boutte-des-Bouâs. On n'entendait pas
un son, à part les ouaouarons qui coassaient et les caribous qui
piétinaient parmi les plants de bleuets11.
« J'ai souef ! » hurla Pippin. Frodon l'avait déjà
agrippé par le collet quand les Québbits entendirent des
bruits de sabots.
Pas mal13
longtemps, papota Pippin.
Assez longtemps pour qu'on se demande qui c'est que
ça peut ben n'être, raffina Frodon.
Je me demande qui c'est que ça peut ben n'être,
susura Sam en se grattant le coco14,
perdu dans ses pensées.
C'est peut-ête Gandalf, soutint Pippin.
Ça se peut, renchérit Merry.
C'est peut-ête Gandalf, dit Sam en se grattant
où ça le piquait.
Ça m'étonnerait que Gandalf aye déjà
réussi à apprivouéser son cheval, fit Frodon.
Gandalf a un chfal ? lancèrent Pippin et Merry,
étonnés.
D'aplomb15,
répondit Frodon.
Sauf vote respect, Monsieur Frodon, j'ai ben riflichi,
pis y me semble que Gandalf voyageait à pied la dernière
fois qu'on l'l'a vu, dit Sam en se grattant.
Ah, je le savais que tu m'espionnais ! Qui c'est qui
t'as dit qu'y avait pas de chfal
C'est vrai, y fait du pouce16,
ricana Pippin.
Ça continuait de jaser pendant qu'astheure,
rendu à deux pouces17
d'eux autres et reniflant comme un défoncé, un Cavalier Noir
faisait sentir sa présence.
Allons enfants de la patrie,
Le jour de gloire est arrivé !
Contre nous de la tyrannie,
L'etendard sanglant est levé...
Le Cavalier Noir aussitôt décrissa23.
Pippin donna quelques coups de pied à Merry qui revint à
lui, mais en se relevant il se cogna la tête contre celle de Sam
qui se relevait lui avec.
Sauf vote respect, Monsieur Frodon.... Tchut ! »,
dit Sam. Car les voix continuaient de chanter :
Doux Fromage ! Doux Fromage ! O claire vache !
Nous nous souvenons encore, nous qui demeurons
Dans cette lointaine terre de déforestation,
De notre [?camembert] au-delà des Mers Occidentales
!
« C'est des Hauts-Francelfes !, s'exclama Frodon.
Maudits Francelfes !, jura Pippin.
Pourquoi « Hauts » ?, demanda Merry.
T'entends pas l'accent ?, dit Sam en joual vert25.
Y viennent de l'Île-de-Fr[omage?], expliqua Frodon.
Ils ont prononcé le nom de [?camembert
Pissant, leu z'accent !, éructa Pippin en se
soulageant contre un arbre.
Tchut ! » fit Sam alors que les Québbits
s'assisaient26
en retrait de la route pour se cacher en espérant qu'on les verrait.
Bientôt, les Francelfes passèrent
devant eux autres sans même les regarder. Aussi vrai qu'ils ne portaient
pas de lampes, une lueur semblable à celle d'un [?camembert] pas
[?frais] tombait aux alentours de leur pieds, sur leurs visages et leurs
cheveux. Tandis que le dernier passait devant les Québbits, il se
retourna et dit :
Ce que cela signifie, dit Frodon sur le très
bien28,
c'est que nous allons dans la même direction que vous, semble-t-il.
Je jouirais avec reconnaissance de votre compagnie.
« Je jouirais avec reconnaissance de votre compagnie
», répéta Pippin en niaisant Frodon sur un ton frais
chié29.
Qu'est-ce qui ne va pas avec ton copain ?, dit le Haut-Francelfe.
Ce gosse n'a pas de couilles au cul et il nous les
casse, répondit Frodon en haut-francelfe.
Faites gaffe, les potes ! s'écria le Francelfe
en riant. Ne racontez pas le secret des rillettes de votre grand-mère
! Voici un érudit en langue francelfe
Bientôt les Québbits et les
Francelfes étaient réunis autour d'un feu de joie. Pippin,
de plus en plus à l'aise, se fit l'ami du Francelfe qui gardait
le tonneau de vin et lui dit, après en avoir bu pas mal : «
Merci boucoup pour le breuvage ! Je jouis avec reconnaissance de votre
compagnie.
Vous mériteriez un cake, condescendit le Francelfe,
charmé par le pittoresque.
Un kick... dans les foufounes30
? demanda le jeune Touque qui n'était pas en âge de boire.
Non, un cake, dit le Francelfe en sortant un gâteau
aux fruits de sa poche arrière.
Ah, un gâteau aux fruits. Merci boucoup, c'est
ben' trop. Prenez donc une de ces sandwichs ridiculement longues31,
c'est moman qui les a faites.
Merci, répondit le Francelfe en prenant l'une
des plus longues sandwichs.
Bienvenue32,
pépia Pippin d'un air serein, et il se mit à chanter :
Feu, feu, joli feu, ton ardeur nous réjouit,
Feu, feu, joli feu, monte dans la nuit.
Le feu est un don de Dieu, vive le bon Dieu !
« C'est naze, murmura un pyromane francelfe athée.
C'est nul, murmura un Francelfe tout court.
Calvaire33
! s'exclama Pippin. Ç'a pas d'allure34
!
Où est le vin ? demanda un autre qui s'en crissait.
À l'Ouest ! gueula Pippin. On dit que les Francelfes
savent toujours d'où vient le vent !
J'ai dit le vin, pas le vent, pauvre
gosse !, dit le Francelfe.
C....... de .....ss.. d...sti.. ....sa............
de ......35
!, tonna Pippin qui s'enfuit avec le tonneau.
Merry s'était envolé jusqu'à
Creux-du-Crisse, et Sam buvait de la liqueur36
auprès de Frodon qui jasait avec un Francelfe très high-class.
« Vous ne causez pas beaucoup, Frodon. Ne seriez-vous pas intimidé
par notre splendeur francelfe ?
Certes le suis-je, articula Frodon, mais qu'il ne suffisasse
de cela pour que vous me prenassiez pour un simple d'esprit. D'ailleurs,
je sais parfaitement conjuguer l'imparfait du subjonctif. Mais des fois
je me trompe, je crains.
Assurément, c'est ce que je vois. Mais dites-moi,
Frodon, que pensez-vous de Dame Galadriel ?
Il fallusse que je la connasse pour que je le susse.
C'est très sage. Alors que savez-vous au sujet
des Lombard
Je ne vois pas le rapport.
Moi non plus. Si nous parlions de Númenor ?
Ah, l'Atlantide ! s'exclama Frodon avec un sourire
en coin.
Je n'ai pas dit cela, répliqua le Francelfe.
Mais vous l'avez pensé.
Peu importe. Vous savez qui est Tom Bombadil ?
Ah, lui !
Oui, lui !, dit le Francelfe pensivement.
C'est lui.
C'est cela... Bon, je crois que ça fait le tour
de la question.
Ouais, pas de quoi philosopher.
Je me demande où est passé le vin.
À l'Ouest. Il est passé à l'Ouest
il y a de cela une bonne heure... »
Here the narrative peters out. In the margin my father hastily scribbled the following note:
Revise entirely:
- First part of Silmarillion
- Fall of Nargothrond, Gondolin, Doriath;
- Beren, Turambar, Eärendil;
- Akallabêth.
Rewrite entirely:
- The Hobbit.
1 Qui était encore ivre. Virer une brosse. Prendre une cuite.
2 Droit. Drette ou en biseau. Droit ou en biais.
3 Je suis > chus ; la liaison
se fait avec « t » devant une voyelle. Chut écuré.
J'en ai marre.
Pis. Contraction de « puis » qui remplace presque
toujours « et » dans la langue orale.
Pis ? ou Pis
après ? Et alors ?
Souef. Soif. Le son « oi » fait presque toujours
[we]. S'en souvenir.
4 Chiâler. Maugréer,
se plaindre.
Adj. Maudit. Foutu.
Maudits Anglais.
Foutus
anglophones. Maudit écurant. Salaud.
Être en (beau)
maudit. Être en colère.
Être paqueté. Être ivre.
5 Since the word « beer » is most frequently employed in Quebec, this elliptic form is not to be wondered at.
6 Pourquoi que. Pourquoi. De
même les qui qui et les que que, les que c'est que,
les qui c'est qui, les qui c'est que et les que c'est
qui, sans parler des quoi c'est qui et des quoi c'est que.
Pour un florilège d'exemples, regarder les entrevues dans les vestiaires
à La Soirée du Hockey.
Boîte. EUPH. Gueule, clapet. Farme
ta boête. Tais-toi.
Revirer de bord.
Faire demi-tour. Revirer. Retourner.
7 FAM. Idiot.
8 VULG. Verbe
Crisser.
Foutre. Je crisse, tu crisses, nous crissons, vous crissez, ils crissent.
Crissais, crissions. Crisserions. Que je crisse, que nous crissions. Crissant.
Crissé. S'en crisser. S'en foutre. Crisser patience.
Foutre la paix.
Être en crisse. Être en colère.
La particule -tu indique la forme interrogative. C'est-tu.
Est-ce.
Comparer avec le très paysan c'est-y.
9 J'en ai ma claque.
10 « Poignée », comme « poignard », se prononçait autrefois « pognée ». La graphie du mot influença sa prononciation au temps de l'alphabétisation (XIXe siècle). Verbe Pogner. Prendre. La chicane a pogné. La querelle s'amorça. FAM. Se pogner le beigne(t), le cul. Ne rien faire (surtout au travail).
11 Ouaouarons. Gros crapauds. Caribous. Gros rennes. Bleuets. Grosses myrtilles.
12 Moment, bout de temps. VAR. Escousse.
13 Assez, beaucoup, très. J'ai pô mal réfléchi. J'ai beaucoup réfléchi.
14 Caboche.
15 Certainement, sans aucun doute, absolument.
16 Il fait de l'auto-stop.
17 Astheure. À ce
moment-ci. Les jeunes d'astheure. Les jeunes d'aujourd'hui.
Rendu. Arrivé, devenu.
Rendus à Fondcombe.
Arrivés à Fondcombe. Rendu con. Devenu con.
À deux pouces. Tout près, à quelques centimètres.
Le
marteau a manqué mon index de deux pouces.
Le marteau a raté
mon index de peu.
18 Vêtu.
19 Noir. Noir comme un tuyau de poêle. Noir. Noir comme su'l loup. Noir (comme chez le loup).
20 Sans connaissance.
21 S'écraser, s'écrabouiller. S'emploie aussi à la forme active. VAR. Écrapoutir. Tout écrapoutillé, écrapouti. Écrasé, rendu informe suite à l'écrapoutillement. ABR. Écrapou.
22 RΙG. À ne pas confondre avec « une coupe de bois ». Archaοsme, ou rιemprunt ΰ l'anglais (a couple). Quelques. Une coupe de marchands. Quelques marchands. VAR. Une copeule.
23 VULG. Décrisser. S'en aller. VAR. Décâlisser.
24 Verger. Frapper (sans verge). VAR. Fesser (sans fesses). Verger, fesser sur qqn. Frapper qqn. Pour le fun. Pour le plaisir. C'est le fun. C'est amusant. Avoir du fun. Avoir du plaisir.
25 Courroucé. Le « joual » est le nom donné au parlé populaire québécois : ainsi, en joual vert évoque la colère et l'emportement. Cf. aussi « au diable vert » pour « au diable vauvert ».
26 Verbe S'assire. S'asseoir. Je m'assis, tu t'assis, il s'assit, nous nous assisons, vous vous assisez, ils s'assisent. Assisais, assisions. Assirais. Que je m'assise, que nous nous assisions. S'assisant. Assis. V. AUSSI Verbe Craire. Croire. Je cré, tu crés, il cré, nous crayons, vous crayez, ils crayent. Crayais, crayions. Crairais, crairions, craieraient. Que je craye, que nous crayions. Crayant. Cru.
27 Chums. ANGL.
Amis. Prononcer « tchomme ».
Gang. ANGL.
Groupe d'amis. Prononcer «
gagne ».
28 SOUV. PÉJ. Parler correctement, en surveillant son élocution. Parler sur le très bien. Parler pointu.
29 En se moquant de lui sur un ton prétentieux. Un frais chié. Un snob.
30 Un coup de pied au derrière.
31 In Québbit tradition,
sandwich was feminine.
On the matter of ridiculously long sandwiches, see Letters no.
210.
32 Je vous en prie.
33 Juron offensif désuet.
34 Ça ne se peut pas, ça manque de classe.
35 Indecipherable row of curses, possibly motivated by the linguistic interference between the two speakers : Qb. « vent » vs. Fr. « vin » (pronounciation overlap) and « gosse » (difference of designation). On the matter of my father's work being primarily linguistic in inspiration, see HoME I through XIII, etc.
36 Boisson gazeuse.
37 For my father's fixation with
the Langobards, see a psychoanalist with a background in History.
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