Sorcier. Enchanteur. Prestidigitateur. Charmeur. Devin. Ce sont là quelques-unes des multiples identités du magicien.
Un magicien, est tout simplement une personne qui pratique la magie, qu’elle soit « réelle », comme celle d’Albus Dumbledor du monde d’Harry Potter, ou qu’elle en ait seulement l’apparence, comme celle du jeteur de sorts de village ou d’illusionniste Harry Houdini.
Presque toutes les cultures du monde ont leurs histoires de magiciens légendaires qui savent voler dans les airs, disparaître en un claquement de doigts ou faire surgir un banquet du néant. Chaque culture a aussi ses magiciens, réels et historiques, qui prétendaient avoir des pouvoirs particuliers et utilisaient tout un jeu de techniques pour réaliser des prouesses en apparence inexplicable. Bien que nous ne puissions ici rendre justice à tous les magiciens du monde, en voici les types principaux.
La magie sous sa forme la plus pure est celle des sorciers et sorcière des mythes, légendes et contes de fées, qui peuvent accomplir tout ce que bon leur semble, ou à peu près. Ils savent voler, se trouver en deux lieux à la fois (don d’ubiquité), disparaître et réapparaître, faire surgir n’importe quel objet, changer d’apparence ou prendre elle de quelqu’un d’autre, converser avec les animaux, prédire l’avenir, soigner les maladies et voyager dans le temps. Certains magiciens légendaires ont une connaissance très sûre des potions et des sorts, même s’ils s’en servent rarement. La plupart du temps, une bonne formule magique accompagnée d’un petit coup de baguette suffit amplement.
Les histoires de ces magiciens remontent à plusieurs millénaires. Dans l’ancienne Égypte, où les rituels magiques faisaient partie de la vie de tous les jours, le récit des aventures fabuleuses d’un magicien ravissait à coup sûr l’auditoire. Dans une charmante fable de l’époque du roi Khéops (2600 av. J.-C.), le magicien Jajamanekh vient en aide à une jeune fille qui a laissé tomber son diadème de turquoise dans l’eau, alors qu’elle se promenait en barque sur le lac proche du palais royal. Prononçant quelques mots, Jajamanekh découpa proprement le lac en deux, souleva l’un des deux pans, qu’il replia sur le second pour récupérer dessous le diadème intact, sous les yeux de la jeune fille ravie.
Dans la tradition littéraire grecque, où les magiciens légendaires étaient en général des femmes, la sorcière Circé et sa nièce Médée savaient changer les hommes en bêtes sauvages, rendre leur jeunesse aux plus âgés et voir dans l’avenir. Le poète latin Virgile raconte la vie du magicien Moeris, qui faisait passer les récoltes d’un champ à l’autre, se métamorphosait en loup-garou et ramenait les morts à la vie.
Au Moyen Age, les magiciens légendaires les plus renommés accompagnaient les valeureux chevaliers dans leurs exploits fabuleux, entourés de damoiselles vertueuses et de nobles souverains. Merlin, conseiller du roi Arthur, fit le plus célèbre ; il était réputé pour son pouvoir de transformer la nuit en jour, de produire des armées fantômes, d’énoncer des prophéties et de revêtir quantités d’apparences, humaines ou animales.
Les lecteurs d’Orlando furioso, épopée italienne composée en 1532, y ont rencontré un autre genre de magiciens, de sorciers et d’enchanteresses, qui semblaient se livrer une bataille sans fin pour déterminer qui d’entre eux était le plus puissant. Dans un chapitre de ce livre, le magicien Atlante jette un sort au chevalier Astolfo (qui monte un des fameux hippogriffes), le transformant à la fois en bête sauvage, en géant et en oiseau, selon la personne qui le regarde. Plus loin, l’enchanteresse Melissa prend l’apparence d’Atlante pour sauver un autre héros, Ruggiero, qui a été lui aussi envoûté par un autre musicien !

La catégorie la plus ancienne est celle du magicien tribal, également connu sous le nom de sorcier ou de chaman. Les chamans furent les premiers médecins, les premiers prêtres et les premiers experts en surnaturel. Dans certaines cultures, leurs pratiques, vieilles d’au moins trente mille ans, ont survécu jusqu’à nos jours.
Dans beaucoup de sociétés tribales, le chaman occupait une position de pouvoir et de prestige, juste derrière le chef dans la hiérarchie. Parmi les lourdes responsabilités qui lui incombaient, on comptait l’art de guérir et la divination, la communication avec le monde des esprits, la conservation de la communauté par la chasse, la pêche et la fertilité de la terre, l’art de retrouver les personnes ou les biens disparus, celui de démasquer les voleurs, la protection du village et la neutralisation de ses ennemis. Les chamans confectionnaient amulettes et talismans, accomplissaient des rituels, jetaient des sorts et maîtrisaient les vertus médicinales des herbes, des plantes et des minéraux. Ils étaient aussi les gardiens du savoir, de l’histoire et des traditions de leur tribu.
Dans certaines cultures, la position de chaman était héréditaire ; dans d’autres, il fallait avoir été désigné par son prédécesseur. Le chaman était parfois un homme ordinaire, qui avait reçu la révélation de sa « vocation » en rêve, au cours d’une vision ou de toute autre expérience extraordinaire. Il lui fallait alors se retirer en un lieu sauvage et y vivre seul comme un animal, pendant des semaines ou même des mois, le temps d’apprendre à maîtriser ses dons. Il lui arrivait de jeûner pendant de longues périodes. Si tout se passait comme le prévoyait la tradition, il avait ensuite un rêve ou une vision qui, par le biais de son animal fétiche, lui livrait des instructions quant à son avenir, ses pouvoirs et son rôle au sein de la communauté. Il retournait alors auprès de ses semblables et entamait sa nouvelle vie.
On raconte que la plupart des pouvoirs du chaman venaient du royaume invisible des ancêtres et des animaux, avec lequel il entrait en contact lors d’une transe. Les cérémonies chamaniques faisaient partie intégrante de la vie de la tribu ; les incantations, danses et percussions accompagnaient le chaman qui, par la danse, entrait dans un état second, au cours duquel il quittait son corps pour communiquer avec ses guides spirituels. Il revenait de cet échange avec des informations importantes. Selon la culture, le chaman portait des peaux de bêtes réservées aux rituels, un masque ou une paire de bois. Parfois aussi, il se peignait le visage et le corps ou se drapait dans une cape recouverte de plumes, qui symbolisait son « envol » vers l’autre monde.
Dans de nombreuses cultures, ces rituels s’accompagnaient de démonstrations de pouvoirs surnaturels – reposant sur la supercherie. Par des tours de passe-passe et autres astuces techniques, les sorciers pouvaient en apparence se poignarder sans dommage, marcher sur des braises, se libérer de leurs liens, avaler des lames, manger du verre ou faire danser de petites poupées. Grâce à leur talent de ventriloques, ils tenaient parfois des conversation avec des esprits invisibles. Ces démonstrations avaient probablement un impact très fort sur l’assistance et nul doute qu’elles contribuèrent à l’efficacité psychologique de la médecine des chamans.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, le recours à des tours ne signifiait pas forcément que le chaman fût un charlatan, dès lors qu’il fallait soigner des malades. La plupart des chamans avaient foi en leurs propres pouvoirs, tout comme la communauté au sens large. C’est en partie ce qui assurait leur position. Après tout, un peu de spectacle lors de cérémonies importantes ne pouvait pas faire de mal !
Du Moyen Age jusqu’au milieu du XIXe siècle au moins, presque toutes les villes et les villages d’Europe avaient leur sorcier local, dont le rôle se rapprochait de celui du chaman. Également connu sous le nom de sorcier, de bonhomme ou de bonne femme, ce personnage recevait pour la prescription de remèdes, la divination et toutes les autres requêtes autrefois adressées au chaman.
Cependant, contrairement aux chamans, les bonshommes et les bonnes femmes menaient leurs affaires en toute discrétion et non au cours de cérémonies publiques, plus caractéristiques de la magie tribale ; et s’il leur arrivait de s’habiller de façon plus excentrique que leurs concitoyens, ils ne s’affublaient pas de peaux de bêtes, ne dansaient pas de façon bizarre et n’entraient pas en transe. Pourtant, leurs pratiques se ressemblaient beaucoup : ils connaissaient les vertus médicales des plantes, utilisaient des charmes pour soigner et réalisaient talismans, amulettes et philtres d’amour. Certains maîtrisaient les grands principes de l’astrologie et de la chiromancie (discipline inconnues des civilisations antérieures), de même que l’interprétation des rêves, qu’ils apprenaient dans de petits livrets populaires. Mais beaucoup de bonshommes et de bonnes femmes étaient illettrés et leur connaissance des remèdes et des potions leur venait de « collègues », d’amis ou de parents. Selon certaines légendes, les magiciens de village apprenaient leurs secrets des fées.
Bien que la loi punît alors l’exercice de la magie, la plupart des bonshommes et des bonnes femmes agissaient sans crainte. Les services qu’ils offraient étaient très demandés et, tant qu’ils ne commettaient rien de répréhensible, les autorités les laissaient en paix. Beaucoup étaient considérés comme des excentrique vivant dans leur coin, aux limites des bourgs, où ils cultivaient leur jardin potager pour la préparation de remèdes. On disait que leurs logis étaient remplis d’objets curieux, tels que des miroirs magiques, des boules de cristal et autres ustensiles associés à la divination. On respectait ces personnages, parfois même on les craignait et ton les évitait. Mais tout le monde savait où aller en cas de besoin.
Les bonshommes étaient aussi présents dans les grandes villes d’Europe. Oeuvrant dans des sphères plus sophistiquées que leurs cousins des champs, les bonshommes des villes se faisaient payer plus cher et comptaient parmi leurs clients de riches aristocrates. L’un des bonhommes les plus célèbres de son temps fut le Londonien Simon Forman, qui vécut entre 1552 et 1611. À la différence de la plupart de ses congénères, qui craignaient de laisser des traces écrites de leurs activités, parfois illégales, Forman tenait un journal détaillé, qui rendait compte de chaque visite et de son motif. Les marchands voulaient des conseils astrologiques pour conduire leurs affaires, les femmes de marins souhaitaient s’enquérir de la situation de leur mari, des particuliers en détresse cherchaient à retrouver un animal perdu ou un bien volé, d’autres voulaient jeter ou lever des sorts, beaucoup enfin venaient acheter des philtres d’amour, des talismans, des amulettes ou des herbes médicinales. Forman était astrologue et devin et se considérait en outre comme un médecin qualifié. Bien qu’il n’eût reçu aucune formation médicale, il sut apparemment concevoir une série de cures très efficaces, en un temps où la médecine officielle en était encore aux saignées et autres pratiques dont on sait maintenant qu’elles faisaient souvent plus de mal que de bien. En dépit de l’opposition du Collège royal des médecins, Forman reçut une licence de l’université de Cambridge en 1603 et devint même le médecin de choix de tout le gratin londonien pendant la période élisabéthaine. Selon la légende populaire, Forman aurait réalisé un horoscope prédisant l’heure exacte de sa mort, qui survint le 8 septembre 1611, alors qu’il se promenait en barque sur la Tamise. Il laissait derrière lui une propriété d’une valeur de 1 200 livres sterling, une fortune considérable pour un homme de son époque.
« De nos jours, écrivait en 1600 un Anglais, un homme n’est plus considéré comme un savant que s’il sait réaliser des horoscopes, repousser les démons et dire la bonne aventure. »
À peine un siècle plus tôt, l’idée qu’un homme de bien pût s’occuper à faire le magicien aurait été impensable. Mais à la fin du XVe et dans le courant du XVIe siècle, la magie avait gagné une nouvelle crédibilité intellectuelle. Dans l’Italie de la Renaissance, les érudits avaient redonné vie à cette idée que la magie pouvait s’employer à des fins spirituelles, ou pour dominer les éléments naturels. Par un sens rigoureux de l’étude, par une bonne connaissance de soi et avec le renfort de l’imagination, un homme pouvait apprendre à se servir des formules, des incantations et des symboles pour maîtriser les forces cachées de la nature et accomplir jusqu’à l’impossible.
Cette conviction se répandit vers le nord, où un jeune et brillant savant allemand du nom de Cornelius Agrippa s’en fit l’écho. Il fut surtout connu en son temps pour sa Philosophie occulte, ouvrage en trois tomes publié en 1533. Il y soutenait que tout dans la nature – hommes, animaux, végétaux et minéraux – était riche de pouvoirs cachés qui pouvaient être découverts et mis en œuvre. La tâche qui incombait au magicien savant, selon Agrippa, consistait à appliquer les techniques magiques – divination, arithmancie, astrologie, étude des anges et des démons – pour révélé ces forces et les utiliser pour résoudre les problèmes et soigner les maux. C’est au cours de ce processus, poursuivait-il, que l’homme pouvait découvrir la partie de lui reliée au grand tout et que, par la force de son imagination et de sa volonté, il s’approprierait des pouvoirs surnaturels.
Le seul « hic », qui fit le désespoir de ses lecteurs, c’est qu’Agrippa n’expliquait pas comment le magicien savant était supposé procéder pour révéler son potentiel ; ce qui n’empêcha tout de même pas les gens d’essayer.
Parmi les disciples d’Agrippa, on comptait des étudiants qui s’efforçaient de convoquer les esprits dans leur dortoir, des médecins qui tentaient de maîtriser les forces de la nature pour soulager leurs patients, et des hommes de science dont le vœu le plus cher était de percer les mystères de l’univers. Parmi eux, le plus célèbres fut le mathématicien, astronome et astrologue anglais, John Dee, qui se tailla très tôt une réputation de magicien et fut même emprisonné en 1553 pour avoir tenté d’assassiner la reine Mary par envoûtement. Dee pensait avoir beaucoup à apprendre des anges et des esprits, avec lesquels il essayait d’entrer en contact en scrutant sa boule de cristal et son miroir magique. Bien qu’obtenant rarement lui-même une réponse de l’autre monde, Dee avait un certain nombre d’associés qui, eux, prétendaient voir et entendre les anges. Mais après des décennies d’efforts acharnés, personne ne réussit à convaincre les charmantes créatures de révéler aucun des secrets de Dieu et de l’univers, que Dee espérait si sincèrement découvrir. Néanmoins, à sa mort, en 1608, la magie jouissait d’un rayonnement certain auprès des intellectuels anglais. Tout au long du XVIIe siècle, on organisa à l’université d’Oxford des débats publics sur des sujets tels que le pouvoir des incantations, l’usage lucratif de la magie et l’efficacité des philtres d’amour. Et les jeunes érudits furent sans doute plus d’un à se laisser tenter par la voie de la magie.
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Ces informations sont tirés du livre "Le livre de l'apprenti sorcier - un guide du monde magique de Harry Potter" Écrit par Allan Kronzek et Elizabeth Kronzek.