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Ou, pour paraphraser Joris-Karl Huysmans, l'auteur emblématique du mouvement décadent de la fin du XIXe siècle, peut-on affirmer que « les queues de siècle se ressemble »? En effet, les années que nous vivons, celles de la dernière décade non seulement du siècle mais du millénaire (on l’a assez dit), rappellent à bien des égards celles qui conclurent le siècle précédent. La situation paradoxale de l’Amérique d’aujourd’hui, à la fois première puissance indiscutée de la planète, mais également porteuse d’un malaise moral et idéologique évident (l’actualité récente en fournit des exemples éloquents : dans la réalité comme dans la fiction, on assiste au Déclin de l’empire américain), recoupe celles de la France et de l’Angleterre au siècle dernier. L’Europe d’alors était hantée par des démons jumeaux de ceux de maintenant : des scientifiques annonçaient des changements climatiques globaux causées par une déperdition calorifique (une sorte d’effet de serre à l’envers). De même, la perte de confiance dans les dogmes religieux dominants a permis l’apparition d’innombrables sectes en quêtes d’une communion entre les valeurs occidentales et orientales. L’ambiguïté du rôle joué par la femme dans la société s’incarnait dans des personnages androgynes rappelant les castrati, à Madonna habillée en homme et aux femmes faisant valoir leur musculature imposante), vedettes dont les traites de féminité et de masculinité se confondent souvent. Enfin, la syphilis existe désormais sous forme d’une nouvelle maladie vénérienne incurable. Comme aujourd’hui des maladies mortelles qui, aux yeux de certains, sont reliées à la décadence des mœurs.

Ces exemples suggèrent la pertinence de la formule de Huysmans. Si celle-ci s’avère exacte, on peut légitimement croire que le mouvement littéraire dit « décadent » de la fin du siècle dernier refait surface. Cette idée n’est d’ailleurs pas neuve ; beaucoup s’en faut. Comme le souligne Pierre Jourde, les études et les colloques sur la question se multiplies depuis une vingtaine d’années. Ainsi, lorsqu’on parle de décadence, il est d’abord question d’un mouvement littéraire qui se développe autour de quelques auteurs marquants : Huysmans, Jules Barbey D’Aurevilly, Villiers de l’Isle Adam, Stéphane Mallarmé, pour ne nommer que ceux là. Ce mouvement trahit également une esthétique qui englobe tout à la fois le naturalisme et l’ensemble des courants littéraires de la modernité, à partir du romantisme.

C’est pourquoi, toujours ponctuelle, la rédaction de Québec français vous propose une section littérature orientée autour de la thématique de la décadence pour entamer l’année 1999. Ne le nions pas, on ne peut passer à côté d’un sujet qui se situe précisément au cœur des préoccupations actuelles, donc tout à fait dans l’air du temps. Mais nous croyons également, et surtout, que l’étude de ce phénomène ouvre des avenues à la fois passionnantes et fructueuses pour des lectures, des analyses et un enseignement renouvelés d’œuvres contemporaines.