Sakura marchait tranquillement avec Tomoyo, allant à la rencontre
de leur maître. Elle tenait Loup des Neiges dans les mains, et tremblait
un peu. Bon, d’accord, elle était complètement anxieuse
! Savoir qu’une fille que Shaolan avait draguée (et peut-être
possédée) de son plein gré, juste pour son plaisir,
allait mettre les pieds au domaine pour se jeter sur le jeune homme, c’était
un peu trop pour Sakura. Tomoyo tentait de la rassurer, mais Sakura avait
du mal à avoir confiance : après tout, Shaolan n’était
jamais venu la draguer, elle ! Enfin si, mais juste pour se moquer d’elle.
Le concerné était dans les écuries, accroupi auprès
de Fleur d’Eau. La jument ne pouvait plus rester debout, et était
allongée, son ventre paraissant encore plus énorme. Shaolan
la caressait, assis auprès d’elle.
- C’est pour bientôt ? demanda Tomoyo en arrivant.
- Oui, répondit Shaolan avec un sourire. Cette jument devrait arrêter
de procréer, elle commence à prendre de l’âge.
Regarde-là : elle va en souffrir, la pauvre. Je pense qu’il
vaut mieux que ça soit son dernier. Le poulain sera sûrement
chétif. Enfin, avec un bon traitement, ça devrait aller…
Il caressait distraitement l’encolure de Fleur d’Eau. La jument
semblait détendue, à part le fait que son ventre énorme
paraissait lui donner du mal.
- Dans mon intérêt, il faut qu’il naisse vite, annonça
Shaolan. Comme ça je m’occuperai de lui, et la Folle ne viendra
pas me déranger, car ce sera très important que je sois seul
avec le poulain.
Il soupira.
- Enfin, avec la chance que j’ai, la Tornade aura eu le temps de tout
dévaster – surtout moi – et le poulain ne se sera pas
pointé !
Sakura sourit en entendant Shaolan surnommer Tsukiko « la Tornade
». Elle était si terrible que ça, cette fille ?
- Fais-toi une raison Shaolan, dit Tomoyo d’un sourire compatissant.
Ils arrivent ce soir, ça m’étonnerait que le poulain
arrive si vite juste pour ton bon plaisir !
- Je sais, soupira à nouveau le jeune homme. Parfois, la vie est
injuste !
Tomoyo prit congés, et alla voir Takashi et Chiharu, tandis que Sakura
s’assit à côté de Shaolan. Ils parlèrent
un peu, puis Shaolan parla soudain d’apprendre à la jeune fille
à monter à cheval. Quoi, comment ? Monter à cheval
?
Elle l’avait donc suivi jusqu’à un paddock, après
s’être changée. Shaolan lui avait passé un des
pantalons de Futie. Il avait pris un cheval non pas calme, mais tout à
fait normal. Il s’était dit que Sakura ne devait pas toujours
monter des chevaux calmes, et qu’elle devait s’habituer à
un animal qui pourrait lui causer quelques soucis. Ce n’était
pas par sournoiserie qu’il faisait ça, c’était
par pédagogie.
Il aida la jeune fille à se mettre en selle, tandis que lui s’était
mis à cru (sans selle) sur un étalon assez fougueux qu’elle
avait déjà vu, Dragon de Feu. Sakura le soupçonnait
d’avoir choisi un cheval très nerveux pour ne pas être
approché de cette Tsukiko. Elle se disait aussi que la leçon
allait traîner pour ne jamais à avoir à rencontrer les
Kaibaiji, mais il n’en fut rien. Au contraire, Shaolan allait avec
un certain rythme. Il la faisait d’abord trotter en rond, attendant
que la jeune fille fût à l’aise. Une fois Sakura détendue,
il allait à une vitesse supérieure. Sakura s’était
donc retrouvé à un petit galop. En fait, ça n’allait
pas du tout. A chaque fois que le cheval tournait (il fallait bien, il n’allait
pas foncer sur la clôture !), elle se crispait, ayant peur de tomber.
Shaolan s’en aperçut, et soupira : ça n’était
pas gagné !
Il mit Dragon de Feu à un petit galop, se mettant à côté
de la jeune fille. Celle-ci remarqua sa présence, et comprit que
Shaolan voulait lui dire quelque chose. Ils s’arrêtèrent.
- Si tu ne fais que te dire que tu vas tomber, c’est ce qui va arriver,
ce n’est pas la peine de continuer, annonça Shaolan. Si tu
n’y prends pas un peu de plaisir, il vaut mieux laisser tomber. Pense
un peu à t’amuser, pas à te dire « je vais tomber
» à chaque tournant !
En fait, il était assez exaspéré de ce comportement-là
: n’était-ce pas elle qui avait affronté une meute de
chiens enragés et un serpent venimeux ?
- S’amuser, comment ? demanda Sakura, exaspérée à
son tour.
Il en avait de bonnes, lui ! Forcément, quand on montait à
cheval depuis tout depuis, on avait oublié la peur depuis belle lurette
!
- Comme ça, fit Shaolan.
De l’arrêt, il lança soudainement son cheval au galop.
Il continua jusqu’à la barrière que Dragon de Feu sauta
avec aisance et grâce avec un cavalier en bon équilibre. Shaolan
fit le chemin inverse, et s’arrêta pile devant Sakura. Assez
écœurée par les prouesses qu’arrivait à
accomplir son maître, Sakura devait reconnaître qu’elle
pouvait y arriver. Il suffisait d’avoir confiance, Shaolan ne le lui
avait-il pas dit ?
Prenant de l’assurance, elle arriva à penser à autre
chose que la fatalité d’une chute. A côté, le
jeune Chinois s’amusait comme un petit fou à sauter les clôtures
et des obstacles plus hauts encore qu’il avait installés au
préalable. Il n’avait pas peur de tomber, il avait simplement
un grand sourire aux lèvres au plaisir de quitter le sol pour passer
sur ces hauts obstacles. Elle aussi, elle voulait essayer, juste pour voir.
Ça paraissait si drôle, par les yeux de Shaolan ! Ah, pourquoi
fondait-elle toujours devant son visage ?
Finalement, elle le suivit dans un de ses galops. Le jeune homme ne l’avait
même pas remarquée, et se dirigeait vers l’un des plus
hauts obstacles. Sakura respira un grand coup, puis se rappela qu’elle
devait faire confiance au cheval. Elle se cramponna à la crinière,
et… Oh ! C’était passé ! C’était
amusant, en fait ! Bien sûr, elle avait été surprise
par la hauteur de l’obstacle, il lui en fallait des plus petits, mais
le fait de décoller était rudement amusant !
Shaolan se retourna, et vit que Sakura était derrière lui
; mais pour cela, elle aurait dû passer la clôture ! Non ? Elle
ne l’avait tout de même pas suivi ? Elle aurait sauté
la barrière ? Impensable ? Un léger coup d’œil
pour apercevoir un grand sourire chez la jeune fille lui fit part du contraire.
Eh ben, quand elle voulait prouver quelque chose, elle y allait à
fond, celle-là !
Shaolan, à contre cœur, ramenait Dragon de Feu dans son box.
Il voulait encore monter à cheval ! Il voulait encore s’amuser,
quoi ! Il n’avait qu’à prendre un nouveau cheval. Tiens,
cela faisait longtemps que Petit Cœur n’était pas sorti.
Vendu. Il sortit le cheval, et repartit vers les prés.
Sakura, quant à elle, se passait très bien d’une nouvelle
leçon d’équitation. Elle n’avait pas détesté,
au contraire, ça l’avait amusée, et ça avait
semblé faire plaisir à Shaolan, alors tout était positif
! Mais, elle, elle n’avait pas besoin de passer toutes ses journées
sur le dos d’un cheval pour s’estimer satisfaite : une ou deux
heures lui suffisaient largement. Elle était donc allée rejoindre
Tomoyo pour installer les lits qu’occuperaient les nouveaux arrivants.
Arrivants qui d’ailleurs, furent bien en avance.
- Tiens ? s’étonna Tomoyo. Ils sont déjà là
? Etrange… Enfin, connaissant le caractère de Tsukiko Kaibaiji,
pas tant que ça ! A mon avis, elle doit trépigner d’impatience
en attendant que le carrosse s’arrête définitivement
!
Sakura eut une moue boudeuse. Cette Tsukiko devait être une vraie
petite princesse, fille gâtée, et ingrate ! Sans la connaître,
Sakura la détestait déjà ! Cette… fille osait
venir sous son nez, et venait voir Shaolan comme s’il était
son fiancé ! Non mais et puis quoi encore ?
Le luxueux carrosse de la famille Kaibaiji se stabilisa. A l’intérieur,
on pouvait entendre des voix, dont une très énergique, s’élever.
Enfin, trois personnes descendirent du carrosse. Un homme et deux femmes.
L’homme, Hajime Kaibaiji, avait un sourire rieur sur le visage, un
début de ventre, et semblait avoir la cinquantaine. Son épouse,
Kaori Kaibaji, était plutôt mince, discrète, et gardait
souvent les yeux baissés. Puis Sakura vit celle qui s’était
élancée la première hors du carrosse : Tsukiko Kaibaiji.
La jeune fille en question avait de très longs cheveux noirs et lisses,
contrastant avec ceux frisés de Tomoyo. Son visage semblait le plus
souriant du monde. Un sourire de bécasse, ne put s’empêcher
de constater Sakura, avec toute l’objectivité dont elle essayait
de faire preuve (c’est-à-dire zéro !). Tsukiko semblait
plus grande que Sakura, et ses yeux gris – qui étaient charmants,
il fallait le reconnaître – pétillaient sans cesse. Dans
l’ensemble, elle était assez mignonne. Très mignonne,
même. Sakura était verte de jalousie en la voyant « faire
la belle » dans son kimono brodé avec des fils dorés
(ce qui était rare à l’époque) pour les contours
des motifs, et semblait se croire le centre du monde.
Pff ! Pour une famille qui venait présenter ses condoléances,
ils avaient plutôt l’air d’être en vacances ! Le
même sourire dessiné sur le visage de l’homme et de sa
fille énervait assez Sakura. Et le ton impérieux qu’ils
prenaient en demandant où était Shaolan !
- Notre maître est occupé, répondit sèchement
Sakura d’un air digne. Il est en plein dressage avec un de ses étalons.
- Ne te l’avais-je pas dit, père ? s’exclama Tsukiko
tout sourire en sautant à pieds joints autour de son paternel. Shaolan
est toujours le même, hein ! Je peux aller le voir ? S’il te
plait, dis oui, allez, s’il te plaiiiiiiiit !
- Mais bien sûr ma fille, va donc le voir, sourit l’homme. Nous,
nous allons installer nos affaires !
Ils étaient à peine gonflés, ceux-là ! S’offensa
intérieurement Sakura. Ils débarquaient limite à l’improviste,
puis faisaient comme s’ils étaient chez eux ! La politesse,
ils connaissaient ? Même elle, qui n’était qu’une
vagabonde, avait plus de respect qu’eux ! Elle emboîta vite
le pas à cette Tsukiko, puis la dépassa.
- Ne vous en faites pas, dit Tsukiko tout sourire, je pense le trouver toute
seule. Vous pouvez disposer !
- Je vais prévenir mon maître que ses invités sont déjà
là et qu’ils se sont déjà installés, dit
Sakura d’un ton acide. Il est de mon devoir de l’en informer.
- Oh, faites donc, dit tranquillement la jeune intruse.
Mais quelle cruche, cette fille ! pensa aussitôt Sakura. Encore, elle
avait juste l’air d’une pimbêche, mais Shaolan l’appelait
« La Folle ». Cela voulait dire qu’elle n’avait
pas encore tout vu ? Woé, ça promettait !
Elles arrivèrent aux paddocks, où Shaolan était avec
Petit Cœur. Il était à cru, et semblait juste faire de
simples exercices. Le pauvre… Il n’avait pas vu ce qui venait
d’arriver…
- Youuuuuuuuuhouuuuuuuuuuuuuuuuu, Shaaaaaaaoooooooooolaaaaaaaaaaaaaaan !
cria une voix très aiguë.
Petit Cœur se cabra alors sous l’effet de la surprise. Shaolan
parvint à rester sur l’animal, mais Sakura le plaignait déjà
: il ne pouvait faire comme s’il n’avait pas entendu, même
les molosses de la montagne avaient dû entendre cette… fille
? Oui, à première vue, elle y ressemblait.
Le pauvre jeune homme approcha son cheval encore anxieux de la barrière.
- Tiens, Tsukiko Kaibaiji ! Vous ne deviez pas arriver ce soir ? dit-il
sur un ton qui se voulait poli.
- Oh, je préférais venir le plus tôt possible ! Après
tout, il est de notre devoir de vous présenter nos condoléances
!
- Deux bons mois après l’incident ? dit Shaolan en levant un
sourcil.
La remarque ne semblait pas du tout gêner la jeune fille. En revanche,
celle-ci, accoudée à la barrière, se pencha davantage
tandis que Petit Cœur fit un pas en arrière. Elle commença
à lui parler de choses personnelles, comme si Sakura n’existait
pas :
- Vous souvenez-vous de ce que vous m’avez dit lors de notre rencontre
?
Il semblait que la réponse était « non », mais
Shaolan n’eut pas le temps de bafouiller une explication. Tsukiko
poursuivait sa lancée.
- Moi oui ! Vous m’aviez dit que comme vous étiez diplomate
et mes parents, des relations professionnelles, il était impossible
de nous aimer… Sur le coup, ça m’a rendue très
triste, mais je me suis rendue compte que vous aviez raison…
Lueur d’espoir de la part de Shaolan.
- Mais… on m’a dit que vous ne comptiez pas poursuivre la voie
de votre mère… Que vous vouliez simplement continuer votre
élevage de chevaux ! Alors notre amour est possible ! Nous pourrions
nous marier, n’est-ce pas ?
Shaolan resta sans voix devant son discours, tandis que Sakura, exaspérée,
levait les yeux au ciel : qu’est-ce qu’il ne fallait pas entendre
! Shaolan lança un regard à la jeune domestique, comme un
appel à l’aide. Mais elle ne pouvait rien faire. C’était
lui, le maître, elle n’était que sa servante. D’un
point de vue hiérarchique, en tout cas.
- Euh… Vous y allez un peu vite, non ? risqua-t-il. Je… Enfin…
même si je ne suis pas la profession de ma mère, nous resterons
toujours le fils d’une diplomate, et la fille d’une famille
de « clients » de cette diplomate. Imaginez un peu ce que penseraient
les gens ! Ils se diraient que j’abuse de ma position sociale !
Il croisa le regard colérique de Sakura ; ce qu’il venait de
dire était tout à fait vrai. A présent, il en avait
un peu honte, il devait l’avouer. Quand avait-il changé ? se
demanda-t-il soudain tandis que machinalement, il continua son baratin.
Berner les filles n’était pas sa spécialité ?
Profiter qu’elles se pendissent à son cou ? Depuis que Sakura
était venue dans son domaine, il avait changé. Sans doute
parce que la jeune fille était un modèle d’innocence,
non ? Oui, c’était sûrement ça.
Sakura se dit que devant le ridicule de la situation, mieux valait en rire
! Et elle avait raison. Tsukiko voulait faire un bisou sur le bout du nez
de Petit Cœur et manqua de passer par-dessus la barrière à
force de se pencher. Sakura manqua d’éclater de rire lorsqu’elle
la vit pliée en deux sur la barrière, les fesses orientées
vers les cieux. Shaolan dut l’aider à remonter.
- Pardon, il faut avouer que je suis un peu bête, hein ? dit Tsukiko
avec une goutte derrière la tête, remettant un peu d’ordre
dans sa chevelure.
- Oh, euh… non ! dit Shaolan.
- Haha, inutile d’hésiter pour me donner une réponse,
fit Tsukiko. Ooooooooooooooooooh, le joli petit amour que voilàààààààààààààà
! dit-elle d’une voix suraiguë en se penchant soudainement.
Loup des Neiges était arrivé sur ces entrefaites, mais sembla
bien vite le regretter lorsque la jeune Kaibaiji le prit dans ses bras et
le serra à l’en étouffer. Sakura et Shaolan échangèrent
un regard : et ça ne faisait que commencer !
Finalement, Shaolan dit qu’il devait rentrer le cheval. Tsukiko ne
put se joindre à lui lorsqu’il lui annonça qu’avec
le prix qu’avait dû coûter son kimono, la jeune fille
n’aurait pas intérêt à le salir en allant se promener
dans les écuries. Sakura accompagna donc son maître.
- J’en peux plus, je vais la tuer ! annonça d’emblée
le jeune homme.
- Elle est pourtant mignonne, dit Sakura d’une voix assez froide.
- Jalouse ? fit Shaolan qui avait tout de suite deviné.
- Q… Moi, jalouse ? dit Sakura en se retournant vivement vers lui.
Sans vouloir blesser votre ego, cher maître, vous n’êtes
pas le centre du monde ! ajouta-t-elle d’un ton acide.
Pourquoi réagissait-elle comme ça ? Ça ne lui ressemblait
pas ! Pourquoi se montrait-elle méchante avec Shaolan ? Il était
aussi dépité qu’elle d’avoir Tsukiko sur le dos,
sinon plus, alors pourquoi était-elle agressive à son égard
? Elle allait s’excuser, quand elle croisa le regard de Shaolan qui
lui montrait clairement qu’il n’y avait pas de quoi. L’expression
de Sakura se radoucit.
Sakura se réveilla le lendemain à une heure assez avancée.
Shaolan se levait souvent tôt, et elle aimait se lever vers les mêmes
heures que lui pour profiter du fait qu’il n’y avait personne
de levé, et que le calme était quelque chose de très
rare, en raison de l’essaim de domestiques qui grouillait au domaine.
Sakura enfila donc un yukata, et se dirigea vers les prés, en repensant
à l’affreuse soirée de la veille. Les Kaibaiji s’étaient
avérés être des vrais sans-gêne, du moins le père.
Il riait, lançait des blagues idiotes, parfois grossières,
buvait, bref, s’était cru à une fête ! Sakura
avait trouvé cela vraiment choquant, mais Shaolan n’avait rien
dit. Il était assez occupé à tenter de respirer, car
Tsukiko revenait toujours à la charge ! Seule la mère demeurait
silencieuse.
Sakura soupira en atteignant la clôture. Combien de temps encore ces
gens allaient-ils rester ici ? Sakura s’accouda à la barrière,
et regarda son maître qui était avec un des chevaux : elle
avait tout de suite compris ce qu’il faisait. Il jouait avec l’équidé.
Shaolan lui avait expliqué qu’un cheval devait aussi s’amuser,
car s’il perdait tout intérêt à ce qu’il
faisait, le pauvre ne serait pas heureux. Aussi Sakura regardait avec un
sourire Shaolan cacher un gros ballon derrière son dos, puis s’amuser
à se faire poursuivre par l’animal qui tentait de prendre le
ballon.
Au milieu des félicitations que Shaolan adressait à son cheval,
Sakura le vit se tourner vers elle. Avec un sourire, il lui fit un signe
de la main, que Sakura lui rendit timidement. Rougissant doucement, elle
ne put s’empêcher d’avoir le regard rêveur en voyant
Shaolan sourire et rire au milieu de tous ces équidés. Qu’est-ce
qu’il était beau ! Il ne semblait avoir aucun souci, il semblait
simplement heureux de jouer avec ces bêtes.
Sakura entendit un soupir trop profond pour être honnête à
côté d’elle. Elle ne voulait pas tourner la tête
sur le côté pour apercevoir cette personne. Cette Tsukiko,
décidément ! Sakura se résolut à tourner le
regard vers la jeune brune.
Cette dernière avait la tête contre un des bras, et avait l’air
assez bêta en regardant Shaolan avec un drôle de sourire. Sakura
se demanda si elle aussi avait l’air aussi bête lorsqu’elle
regardait Shaolan. En tout cas, elle était énervée,
car elle venait de se rendre compte qu’être amoureuse n’avait
pas qu’un côté fleur bleue ; à présent,
elle venait de connaître un sentiment détestable : la jalousie.
Elle n’avait pas l’habitude de détester les gens, alors
devenir soudainement froide avec eux, c’était assez nouveau
et inattendu.
Elle reporta son attention sur le jeune homme qui continuait de jouer avec
ses chevaux. Maintenant, il jouait avec plusieurs en même temps. Elle
eut envie de soupirer, mais préféra s’abstenir. Autant
qu’une seule d’entre elles eût l’air bêta
suffisait largement, et elle préférait que ce fût Tsukiko.
Cette dernière s’adressa cependant à Sakura :
- Il ne me semble pas vous avoir déjà vue, sourit-elle. Vous
n’êtes pas ici depuis bien longtemps, alors. C’est Shaolan
qui vous a engagée ? Ah, c’est quelqu’un de bien, n’est-ce
pas ? Il est beau, gentil, attentionné… l’amant parfait
!
Au mot « amant », Sakura se crispa soudainement, et les larmes
lui montèrent aux yeux. Elle aurait volontiers voulu fuir loin, très
loin, mais cette perspective de lâcheté la dégoûtait.
Fuir ? Jamais !
- Oh oh ! fit Tsukiko d’une voix sarcastique en levant les sourcils.
Ne me dis pas que… Une domestique ? Non, je rêve…
Sakura se tourna brusquement vers elle, une lueur de défi brûlant
dans ses yeux qui contenaient ses larmes qu’elle ne comptait aucunement
verser.
- J’ai donc raison, conclut Tsukiko. Nous voila donc en quête
du même but. Mais je pense que pour toi, c’est peine perdue.
Shaolan épousera quelqu’un de son rang, quelqu’un qui
a un minimum de richesse ! Jamais une domestique ne prendra son nom !
Sakura aurait voulu hurler tout et n’importe quoi, pourvu que la douleur
que venait de lui infliger la jeune Kaibaiji s’arrêtât.
Mais à la place, des pensées vinrent à une vitesse
phénoménale dans son cerveau. Si tu savais ! Shaolan n’est
pas amoureux de toi ! Il a déjà dragué des domestiques,
et nous nous sommes même embrassés ! Tu ne m’impressionnes
pas !
Elle tremblait de fureur. Mais pour qui se prenait cette pimbêche
?
- Le cœur ne s’achète pas avec de l’argent, dit-elle
entre ses dents serrées.
- Ah, les belles paroles ! Il semble bien que nous soyons rivales sur ce
terrain-là ! Voyons vers qui ira Shaolan. Toi ou moi.
Sakura remercia les dieux que Loup des Neiges choisît ce moment pour
se frotter contre ses jambes, réclamant à manger, car sinon
elle aurait perdu le contrôle ! Elle se baissa, ramassa le louveteau,
et tourna les talons à Tsukiko.
Elle alla chercher à manger pour Loup des Neiges, et soupira lorsqu’elle
posa l’écuelle devant l’animal. Cette pimbêche
venait de lui miner le moral. Et le pire, c’était qu’elle
n’arrivait pas à lui en vouloir. Tsukiko aussi était
amoureuse de Shaolan, il était normal qu’elle se battît
pour le conquérir. Et au moins, elle était honnête.
Ce n’était finalement pas si terrible d’avoir une rivale
qui fût droite et sincère, elle aurait pu tomber sur pire.
Finalement, le moral remonta un peu.
*~*~§~*~*
Shaolan se demandait s’il n’allait pas se suicider. Debout
à s’occuper d’un des chevaux de son écurie, il
avait autour du cou les bras de Tsukiko qui lui avait sauté sur le
dos. Elle ne cessait de piailler. Un vrai moulin à paroles. Certes,
elle était gentille et énergique, mais… pourquoi l’avait-il
draguée, déjà ? Bon, d’accord, pour ses formes
!
Comment avouer la vérité à cette fille ? Car il le
devait, sinon il ne survivrait pas : cette gamine était dingue !
Dès qu’elle touchait quelque chose, elle faisait une catastrophe
! Elle était tellement enjouée qu’elle effrayait les
chevaux. Elle voulait tellement s’amuser qu’elle se mettait
inconsciemment en danger – elle avait failli se faire écraser
par un cheval en voulant se joindre au jeu de Shaolan et de ses chevaux.
Certes, ça n’était pas de sa faute, mais elle était
quand même fatigante !
La question revenait sans arrêt : il ne pouvait se permettre d’être
trop franc, comment le prendraient les parents Kaibaiji ? Il fallait y aller
avec délicatesse. Mais il le ferait plus tard, lorsqu’il aurait
appris un texte bien préparé à l’aide de Tomoyo
et de Sakura.
En parlant de Sakura… Le matin, elle était accoudée
à la barrière, puis Tsukiko était arrivée, et
quelques instants plus tard, Sakura avait tourné les talons énergiquement.
Y avait-il eu un incident entre les deux jeunes filles ? La jeune Kaibaiji
était parfois assez gaffeuse, et avait autant de tact qu’un
garçon (c’est-à-dire très peu). Ou peut-être
avaient-elles simplement discuté, puis Sakura avait eu autre chose
à faire. Dommage, Shaolan appréciait sa compagnie. Il se sentait
souvent le cœur léger lorsqu’ils étaient ensemble,
et il appréciait son sourire, sa voix, son visage… Oui, Sakura
était en plus une fille très mignonne par-dessus le marché.
Il fut interrompu dans sa rêverie par une Tsukiko qui frottait sa
tête contre sa joue d’homme, telle un chat. Elle avait un grand
sourire. Shaolan essaya de paraître indifférent, mais les cheveux
de la jeune fille contre sa joue lui provoquaient des démangeaisons,
et ses joues commencèrent à rougir.
Sakura soupira en restant en retrait près d’un des murs de
l’écurie. Elle avait voulu voir Shaolan pour profiter de sa
compagnie, mais elle l’avait trouvé avec une Tsukiko accrochée
à son cou. Sans doute n’était-ce pas le bon moment de
le déranger. Surtout qu’à présent, elle frottait
sa tête contre la joue de Shaolan. Celui-ci… rougissait ? Non
! Impossible ! Il avait dit lui-même que Tsukiko le gonflait ! Ou
alors, simplement que Tsukiko avait raison… et que Shaolan avait déjà
choisi… Non ! Il devait y avoir une autre explication ! Shaolan, en
pervers qu’il était – bien qu’elle ne lui connaissait
pas vraiment ce caractère – avait voulu profiter une nouvelle
fois de Tsukiko Kaibaiji puis être heureux une fois qu’elle
serait partie ? Hypothèse encore plus répugnante !
Sakura tourna les talons, suivie de Loup des Neiges qui gambadait dans ses
jambes, et alla s’occuper l’esprit avec d’autres occupations.
Pendant toute la journée, Sakura évita Shaolan et Tsukiko.
Son moral avait rechuté. Contrairement à Tsukiko, elle ne
s’était encore jamais battue pour l’amour d’un
garçon, elle ne savait pas comment on draguait, et ne voulait pas
se faire passer pour ce qu’elle n’était pas. Elle n’avait
pas vu non plus Tomoyo, cette dernière soutenant Shaolan lors des
rares moments où Tsukiko le laissait souffler. Elle avait aussi réussi
à esquiver Takashi et Chiharu, n’ayant pas une très
grande envie de tenir la chandelle. Ce fut donc avec une mine affreuse que
Sakura passa sa journée.
Levant les yeux au ciel, elle soupira : il allait pleuvoir, en plus ! Décidément,
rien n’allait ce jour-là ! Au moins, tout le monde irait se
mettre à l’abri, et si elle restait sous la pluie, elle serait
tranquille pour un moment, personne ne viendrait la déranger dans
sa dépression sentimentale. Oui, au moins, elle serait calme et sereine.
Puis, une quinzaine de minutes plus tard, la pluie tomba dru, surprenant
tout le monde (sauf ceux qui avaient vu les nuages menaçants). Tous
se ruèrent à l’intérieur, les domestiques courant
dans tous les sens pour ramasser le linge, et s’occuper de sauver
toutes les tâches ménagères qui pourraient être
menacées par la pluie.
Sakura marchait telle un zombie, tandis que les derniers domestiques se
hâtaient de se mettre à l’abri. Elle se laissa glisser
contre un des murs extérieurs de l’écurie. Elle était
déjà trempée. Heureusement, il y avait un petit plus
de toit, elle était donc un peu à l’abri de la pluie.
Ramenant ses genoux contre elle qu’elle encercla de ses bras, elle
posa son front dessus, soupirant d’abord, puis se mit à pleurer.
C’était injuste ! Tellement injuste ! Pourquoi Shaolan rougissait
devant cette Tsukiko ? Avait-il une nouvelle fois l’intention de la
draguer ? Il n’avait pas l’air de se soucier beaucoup du fait
qu’elle l’eût évité toute la journée.
Sans doute s’en moquait-il.
Sakura profitait du bruit que faisait la pluie pour pleurer bruyamment.
Shaolan n’avait donc pas remarqué qu’elle fût amoureuse
de lui ? Ou bien se fichait-il d’elle à un tel point qu’elle
n’avait aucune importance à ses yeux ?
Elle sentit alors un souffle chaud dans son cou, tandis que quelque chose
lui tirait le bas de son yukata. Relevant la tête, elle aperçut
Loup des Neiges avec un pan du vêtement dans la gueule. Puis, elle
se tourna et vit qu’elle s’était assise juste à
côté du box de Oiseau des Nuages. Celui-ci avait sorti la tête,
et ne cessait à présent de donner des petits coups à
la jeune fille. Au moins les animaux avaient remarqué qu’elle
n’allait pas bien. Elle prit Loup des Neiges dans ses mains, puis
regarda en face d’elle. Ce fut pour y apercevoir une Tsukiko qui courait
vers le carrosse, pour en ressortir quelque chose qu’elle ramena à
l’intérieur. Avec une parfaite synchronisation, Loup des Neiges
et Oiseau des Nuages exprimèrent en même temps leurs «
sentiments » pour cette fille. Le louveteau grogna en montrant ses
petites dents tandis que le cheval donnait de grands coups dans la porte
de son box en hennissant.
Une ombre se fit alors sur les trois individus. Sakura se retrouva avec
une épaisseur sur les épaules, tandis que Shaolan s’assit
à côté d’elle, l’air visiblement inquiet.
- Ça va ? s’enquit-il. Qu’est-ce tu fais ici, tu es trempée,
et puis je n’ai pas arrêté de te chercher, où
étais-tu ? Comment ça se fait que tu… ?
Il s’interrompit. Sakura venait de se plaquer contre lui en sanglotant.
Il resserra ses bras autour d’elle en soupirant, et posa sa tête
sur celle de la jeune fille. Ses joues avaient encore les boutons que lui
avaient provoqués ses démangeaisons. Sakura baragouina quelque
chose dans ses pleurs que Shaolan ne comprit pas.
- Quoi ? fit-il.
- P… promets-moi que tu ne me laisseras pas !
- Bien sûr, c’est promis, dit-il doucement en la berçant,
bien qu’il n’eût rien compris à ce que la jeune
fille entendait par là. Evidemment qu’on ne t’abandonnera
pas…
- Me… me laisse plus jamais seule ! Je veux pas, je veux pas être
toute seule ! Reste avec moi !
- Chut, ne t’en fais pas, tu ne seras jamais toute seule, ça
va aller…
Sans doute tout ceci avait un sens, mais il ne comprenait pas lequel.
- J’étais inquiet, moi, pendant toute la journée je
ne t’ai pas vue, et quand Tomoyo m’a dit que tu n’étais
pas avec elle et les autres domestiques, j’ai eu une sacrée
frousse. Que diable faisais-tu là ? Qu’est-ce qui se passe
?
Les sanglots de la jeune fille étaient à présent remplacés
par des hoquets, mais celle-ci ne répondit pas à la question
de son maître. Elle voulait encore rester tranquille sous la pluie,
bercée par Shaolan. Elle se sentait apaisée. Encore et toujours
la voix du jeune homme, si chaude et profonde.
Ils se séparèrent pour se relever, et Shaolan se gratta les
joues en faisant une grimace, tandis que Sakura remarqua les petites rougeurs.
Devant son regard interrogateur, Shaolan lui expliqua :
- C’est la Folle, elle n’a pas arrêté de frotter
sa tête contre ma joue, et maintenant ça me démange,
grogna-t-il. Elle m’a sauté dessus dans les écuries.
Mais il s’est rien passé ! ajouta-t-il précipitamment.
C’est elle qui m’a bondi dessus, moi j’ai rien fait !
Pourquoi se justifiait-il ? Cette question se posait dans les deux cerveaux.
Pourquoi faisait-il un point d’honneur à ce que Sakura sût
exactement ce qui s’était passé ? Après tout,
ça ne la concernait pas, et qui plus est, elle ne lui avait rien
demandé. Shaolan rougit alors, honteux de son emportement.
Sakura eut un sourire timide. Voulait-il que Sakura le vît toujours
d’un bon œil ? Alors elle avait de l’importance à
ses yeux ? Le sourire que fit Shaolan lui redonna du baume au cœur.
La réponse était sans doute « oui ».
Sakura croyait qu’ils allaient rentrer, mais au lieu de cela, ils
entrèrent dans les écuries. Shaolan allait-il encore monter
à cheval par ce temps ? Il s’avéra que non ; Shaolan
voulait voir l’état de Fleur d’Eau. Il s’inquiétait
aussi pour la jument.
Et il avait raison. La pauvre bête était allongée, son
ventre paraissant encore plus énorme, et respirait bruyamment, ses
naseaux soufflant une fumée blanche (les chevaux ne peuvent respirer
par la bouche, uniquement par les naseaux).
- Ça va commencer, marmonna Shaolan. Sakura, je vais avoir besoin
de ton aide, décréta-t-il. Elle est trop vieille pour mettre
bas toute seule, et moi je n’ai que deux mains, j’aurai besoin
de toi.
- Bien sûr, tu peux compter sur moi, confirma la jeune fille.
Il caressa le ventre de la jument, tandis que Sakura ôta la cape que
Shaolan lui avait posée sur les épaules. La nuit tombait,
et la brume que créait la pluie n’aidait en rien à avoir
de la luminosité. Sakura se hâta d’aller chercher des
bougies. Shaolan, lui, bandait la queue de la jument car elle pouvait gêner
lors de l’accouchement.
Revenue auprès de Shaolan, elle posa la source de lumière
dans le box.
- Et maintenant ? demanda-t-elle d’une voix tremblante.
- Il n’y a plus qu’à attendre. Ça ne devrait plus
être très long, souffla Shaolan.
Sakura alla s’asseoir près de la tête de Fleur d’Eau
qu’elle posa sur ses genoux. Elle eut droit à un regard doux
de Shaolan, ce qui la fit rougir. Mais elle s’inquiéta vite
lorsque la respiration de la vieille jument se fit forte et irrégulière.
Shaolan, lui, parlait toujours de cette voix apaisante – qui était
la plus apaisée par ça, Sakura ou la jument, on ne pouvait
le dire – tandis qu’il voyait venir le bout des sabots du poulain
(le poulain naît avec les membres antérieurs en premier).
- Allez ma vieille, il va falloir être forte, lui dit Shaolan tandis
que Sakura lui caressait la tête.
Après grand nombre d’efforts, on pouvait voir les jambes du
poulain jusqu’à la première articulation (notre coude,
pour les humains). Sakura se pencha pour voir, et eut une petite exclamation
en voyant le spectacle : c’était à la fois dégoûtant
et merveilleux, comme pour la naissance du petit Shunichi. Tout le sang
et les cris de souffrance de la mère ne faisaient qu’écœurer,
pourtant la venue au monde d’un nouvel être faisait naître
un sentiment bizarre, et on ne pouvait s’empêcher de trouver
ça beau.
Shaolan prit dans les mains les jambes du poulain, et tira doucement mais
fermement dessus. Sakura ne put s’empêcher de mettre sa main
devant sa bouche. Même si Shaolan connaissait bien la technique, ça
semblait plus dégoûtant de mettre bas un poulain qu’un
humain. Mais en effet, la technique s’avéra être efficace.
Sakura put apercevoir la tête et l’encolure du jeune cheval,
plaquées contre ses longues jambes, tandis que le reste suivait,
et le plus dégoûtant, c’était que le poulain était
encore dans le placenta ! (C’est véridique, lors d’un
accouchement naturel, le poulain naît avec le placenta, et c’est
la mère qui le déchire et le mange ! Ragoûtant, n’est-ce
pas ? ^_^’’’)
- Voiiiiiiiiilaaaaaaaaaa, dit Shaolan tandis que le poulain sortait à
présent du placenta, complètement trempé. Bienvenue
dans le monde des vivants, ma p’tite mère ! sourit-il.
Sakura eut un visage souriant et larmoyant à la fois : qu’est-ce
qu’elle était adorable ! Si petite avec des jambes qui semblaient
si frêles !
La mère parvint à se lever, et commença à lécher
sa progéniture, pendant que les deux équidés se reniflaient
mutuellement, s’imprégnant de leurs odeurs. C’était
le premier contact entre la mère et le petit, et c’était
grâce à cette odeur qu’ils se reconnaîtraient au
milieu des autres chevaux. Ce fut ce que Shaolan expliqua à Sakura.
- Seulement, comme je l’avais prévu, elle est plutôt
chétive, murmura-t-il. Regarde.
D’ordinaire, un poulain pouvait se mettre debout après deux
ou trois essais désastreux, mais pouvait tout de suite se tenir debout
et téter sa mère. Or la pouliche gardait les yeux fermés,
et ne bougeait pas.
- Regarde-là, elle ne fait aucun effort pour se lever.
La pouliche ouvrit alors ses yeux, qui étaient noirs. Ils semblaient
trop grands pour une si petite tête, mais Sakura ne put s’empêcher
de fondre devant ce joli minois.
Fleur d’Eau s’était levée, et léchait tendrement
sa progéniture. Puis elle lui donna des petits coups avec le bout
de son nez, mais rien à faire, la pouliche ne bougeait pas. Elle
restait là, pelotonnée dans la paille, à fixer Sakura
de ses grands yeux sombres.
Shaolan lui dit qu’il fallait les laisser entre mère et fille,
car trop de compagnie humaine dès le départ n’aiderait
pas à faire tisser un lien entre la jument et la pouliche. Tandis
qu’ils marchaient dans l’allée de l’écurie
à regarder la pluie tomber toujours plus fort, Shaolan poussa un
long soupir :
- C’est à la fois pire, et à la fois meilleur que ce
que j’avais escompté, dit-il. Au moins, elle a tout de suite
respiré, ç’aurait pu être pire. Mais quand je
disais qu’elle serait chétive, je n’imaginais pas à
ce point ! Il va falloir la nourrir nous-même, elle ne peut pas téter
sa mère.
- Woé ? fit Sakura, les yeux ouverts de surprise. Mais il faut vite
y retourner ! Elle va mourir de faim !
- Calme-toi, fit Shaolan avec un doux sourire, retenant la manche de Sakura
qui avait commencé à se retourner pour se précipiter
vers le box. Je n’ai pas fini mon explication. Elle doit téter
sa mère, ça c’est essentiel pour sa survie. Nous la
nourrirons lorsque le lait maternel ne sera plus aussi indispensable.
- Mais comment va-t-on faire ? demanda Sakura, perdue.
- Nous allons l’aider, tout simplement, répondit le jeune homme.
- L’aider ? répéta Sakura. Oh ! dit-elle, ayant compris
où Shaolan voulait en venir.
Sakura souleva la pouliche elle-même, jusqu’à ce que
celle-ci tienne sur ses jambes. Elle la soutenait toujours, car ses jambes
frêles manquaient de se dérober toutes les cinq secondes. Elle
amena la tête de la pouliche jusqu’à la source de lait.
Fleur d’Eau elle-même semblait encourager la petite bête
à boire. Après quelques gouttes, celle-ci but normalement,
toujours soutenue par Sakura.
Shaolan était en train de défaire le bandage autour de la
queue de la jument. Il regardait la pouliche d’un œil triste.
Sakura comprit pourquoi : lorsque la petite eut finit de téter, elle
était exténuée. Se tenir debout, même soutenue,
l’avait vidée de toute force. Sakura l’aida à
revenir vers le sol où la petite bête se pelotonna à
nouveau, ses jambes repliées sous elle.
- Ça ira pour aujourd’hui, murmura Shaolan. Laissons-les.
Ils marchèrent dans l’allée, ayant récupéré
la bougie et la cape.
- Alors, comment allons-nous appeler cette petite créature ? demanda
le jeune Chinois à Sakura.
- Je n’en ai aucune idée, avoua Sakura en repensant à
la chétivité de la pouliche.
- Tu as baptisé la mère, maintenant tu te coltines la fille,
décréta le leader avec un sourire. Moi, j’ai épuisé
la réserve de noms !
- Mhh, fit Sakura en réfléchissant.
Tout ce qu’elle pouvait dire, c’était que la pouliche
avait une tête d’amour ! Un joli petit cœur ! Elle avait
l’impression d’être sur un petit nuage rien qu’en
la regardant ! Relevant la tête au ciel, elle put constater qu’il
faisait nuit. Fort heureusement, on pouvait distinguer la faible clarté
du quart de lune. Elle était belle cette lune à toujours veiller
sur eux… Eh…
- Je ne sais pas pourquoi, mais Lune Paisible ou Fleur du Ciel, ça
me tente bien !
- Mmh, c’est intéressant, murmura Shaolan. T’as vraiment
le chic pour trouver des noms, toi ! Il faudra voir, les deux sont bien
! Anyué (Lune de Paisible) ou Tianhua (prononcez « Tiène
» = Fleur du Ciel (ou Céleste, c’est pareil))…
Arrivés au bout de l’allée, Shaolan déplia la
cape, et tous deux se mirent à l’abri dessous, coururent jusqu’au
bâtiment des domestiques, Sakura tenant Loup des Neiges dans les mains
(vous l’aviez oublié ? ^_^). Ouvrant la porte à la volée,
ils pénétrèrent brutalement dans la pièce où
tous se tournèrent vers eux. Tomoyo fut la première à
se précipiter, bientôt suivie de Takashi et Chiharu.
- Mon dieu, vous êtes trempés ! Que s’est-il passé
? Et toi Sakura, on t’a cherchée partout !
- Du calme Tomoyo, dit Shaolan de cette voix apaisante. Sakura avait trouvé
Fleur d’Eau en mauvais état, et pour cause, une petite pouliche
a pointé le bout de son nez ! Enfin, de ses sabots…
Une petite exclamation émue se propagea parmi les domestiques, et
Tomoyo se radoucit.
- Quand je cherchais Sakura, continua Shaolan, je l’ai trouvée
dans le box de notre petite maman. Elle voulait nous prévenir, mais
elle avait peur de la laisser seule, c’est bien ça ? sourit-il
à la jeune Japonaise qui confirma, heureuse qu’il lui inventât
cette échappatoire.
- Alors… c’est comme vous l’aviez prédit ? osa
demander Takashi. Elle n’est pas… euh… si forte que ça
?
- Oui, elle est toute chétive, confirma Shaolan. Mais avec de la
patience et un soin particulier, elle pourra aller mieux.
- Et comment s’appelle-t-elle ? demanda Chiharu.
- Il y a hésitation entre deux, répondit Sakura se surprenant
elle-même (elle les avait quand même évités toute
la journée). Lune Paisible ou Fleur Céleste ! Mais il faut
vraiment la voir, elle est adorable !
Après quelques paroles, Shaolan dut retourner à son supplice
humain nommé Tsukiko. Mais cette fois, Sakura s’en fichait
: elle avait pu assister Shaolan dans son élevage, elle avait vu
naître une jolie petite pouliche en sa compagnie ! Alors que Tsukiko
Kaibaiji lui donnât de nouveau des démangeaisons l’importait
peu !
Lorsqu’elle voulut se coucher, Tomoyo lui lança un regard du
genre « Je ne suis pas dupe, tu sais ! », et une fois la Japonaise
couchée, elles se sourirent, un sourire doux, comme celui qui passe
entre des amis qui savent qu’ils peuvent se faire confiance et se
confier. Après cet échange de sourire, Sakura ferma les yeux,
plus sereine que jamais.
Le lendemain, elle se leva aux aurores et alla directement voir la pouliche.
Personne n’était levé. En approchant du box, son cœur
fit un bond de surprise, puis un sourire tendre apparut sur le visage de
la jeune Japonaise. Shaolan était dans le box, assis contre le mur,
profondément endormi. La tête de la pouliche qui était
toujours pelotonnée dans la paille reposait sur ses genoux. Fleur
d’Eau et sa fille ouvrirent les yeux, voyant arriver la jeune fille.
Cette dernière s’approcha doucement de Shaolan, le sourire
aux lèvres : le pauvre aurait un sacré mal de cou !
Elle entreprit de lui caresser doucement la joue, puis de l’éveiller
avec délicatesse. Comment avait-il pu passer la nuit ici ? La question
revenait sans cesse dans la tête de Sakura.
Shaolan ouvrit doucement les yeux, puis eut un sursaut :
- Qu… Je me suis endormi ? Oh non !
- Tu es là depuis hier soir ? Pourtant on est bien rentrés
ensemble, hier ! remarqua la jeune fille.
- Oui, mais… j’avais tellement peur qu’elle ait un pépin,
un malaise, ou un truc du genre ! Alors je me suis levé, et j’ai
voulu rester pour m’assurer que tout allait bien, mais… au lieu
de veiller, je me suis endormi. Tu parles d’une aide !
- Moi je trouve ça adorable, le contredit Sakura avec un doux sourire,
faisant rougir Shaolan.
Ce dernier détourna les yeux, les joues rouges. Il était assez
gêné comme ça !
- De voir à quel point tu tiens à tous tes chevaux, de voir
que tu leur consacres tout ce que tu as… ils sont comme tes enfants,
n’est-ce pas ? Ils font partie de cette très grande famille
Li, autant que les domestiques ! Moi, je trouve ça beau, autant d’amour
venant d’une personne.
Il était très gêné. Sakura n’était
pas sensée être naïve ? Pourquoi parlait-elle comme ça
?
- Je… bafouilla-t-il. Je… euh… je vais avouer la vérité
à Tsukiko aujourd’hui, déclara-t-il.
- Elle s’en va en fin de matinée, n’est-ce pas ? demanda
Sakura.
- Mmh, confirma Shaolan d’un hochement de tête. Pour être
honnête, je me sentirais mal de la laisser partir sans lui avoir dit
ce que j’ai fait. Je me sens déjà sale, je dois avouer.
Depuis que je t’ai rencontrée, j’agis vraiment bizarrement.
Je deviens plus loyal et plus droit, j’affronte mes problèmes,
je joue cartes sur table. De notre rencontre, qui a le plus appris grâce
à l’autre ?
- Allez, j’y vais tant que je suis décidé, dit-il en
se levant et en sortant du box.
- Le cou, ça va ? demanda-t-elle. Tu as une mine affreuse !
- Oh, merci, répondit-il avec sarcasme.
Mais le franc sourire qu’il adressa à la jeune fille fit l’effet
de papillons à l’intérieur du ventre de celle-ci –
ou peut-être était-ce la faim ? Ce sourire, celui qu’il
adressait à ses chevaux, uniquement à ses chevaux, c’était
celui-là ! Celui qu’il venait de faire à elle, à
Sakura ! Oui, à elle !
- Par contre, je ne crois pas qu’elle soit levée, remarqua
Sakura. Nous sommes encore à l’aube.
- Dans ce cas, allons prendre un bon déjeuner, dit Shaolan en lui
tendant la main. Je pense qu’on va en avoir besoin. Mais il y a quelqu’un
d’autre à nourrir en priorité, ajouta-t-il en regardant
la pouliche.
- Je vais m’en occuper, dit aussitôt Sakura. Toi, tu ferais
mieux d’aller te débarbouiller et de te changer…
- Oui maman ! fit Shaolan avec un sourire on ne peut plus ironique.
Il disparut, tandis que Sakura refit le même manège que la
veille pour faire téter la pouliche. Bon, alors, Petit Nuage ou Nuage
de Lune ? Ah, pas facile de trouver un nom ! Bah, elle verrait bien, elle
avait le temps !
- Elle est magnifique, dit une voix derrière Sakura.
Cette dernière se retourna pour apercevoir Tomoyo. La jeune fille
brune était accoudée sur la porte du box. Elle souriait tendrement.
Sakura se doutait qu’elles parleraient de son comportement étrange
de la veille. Et elle avait raison.
- Alors, qu’est-ce qui t’est arrivé hier ? demanda tout
de suite Tomoyo.
- Ben… Pour résumer, disons que Tsukiko a deviné que
j’éprouvais des sentiments forts pour notre cher Maître
Li, et a « accepté » la compétition, en partant
avec des points d’avance en disant que comme j’étais
domestique, je n’avais aucune chance. Résultat, je n’avais
envie de voir personne, surtout si c’était pour me remonter
vainement le moral !
- Ça fait du bien de tout déballer, n’est-ce pas ? sourit
Tomoyo. Mais pour ce que t’as dit Tsukiko, il ne faut pas y prêter
autant d’attention. Il est tout à fait normal qu’elle
se batte pour avoir Shaolan. Tu verras que toi aussi tu sortiras tes griffes.
C’est juste que tu ne connais pas ce genre de situation. Moi aussi,
j’ai dû me battre pour l’amour de ce garçon.
- Toi ? Je t’imagine mal faire ça ! s’étonna Sakura.
- Je comprends, dit Tomoyo. Mais chacun sa technique. Tsukiko a préféré
la méthode psychologique, car il est vrai que c’est dur de
voir un seigneur épouser une domestique. Ce n’est pas pour
autant qu’ils se privent de le faire ! Certaines personnes lancent
des choses bien plus méchantes, tout ça pour l’amour
d’une personne. C’est dingue, n’est-ce pas, tout ce qu’on
peut faire pour garder l’être aimé !
- Oui, c’est dingue ! Mais Tsukiko a été tellement franche,
que je n’arrive pas à vraiment la détester !
- C’est normal. Elle est folle, mais pas méchante, dit tranquillement
Tomoyo. Et en général, les fous nous attirent la sympathie
!
- C’est pour ça que tout le monde m’aime bien ! plaisanta
Sakura tandis qu’elles partirent dans un grand rire.
Shaolan apparut alors. Il semblait avoir oublié quelque chose.
- Dites, vous n’auriez pas vu… ?
Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’il disparut du champ
de vision de Sakura. Tsukiko Kaibaiji venait de se jeter sur lui avec fracas
avec son habituel grand sourire. Sakura se leva pour voir si la chute valait
bien l’énorme « BOUM » qu’elle avait fait
entendre. Elle put apercevoir un Shaolan qui ne put que dire « ouch
! » dans un gémissement de douleur, étalé sur
le sol comme s’il venait de s’y faire jeter par les trois plus
gros sumos du Japon. Tsukiko, elle, avait conservé son sourire en
disant simplement un « bonjour » d’une voix très
joyeuse !
Se tournant vers Tomoyo, toutes deux se mirent à ricaner le plus
discrètement possible. Effectivement, ce n’était pas
avec des pulsions comme celles-ci que Sakura se faire piquer Shaolan. C’était
vrai que les fous attiraient la sympathie. Mais elle ne put s’empêcher
son rire de se faire plus fort, tout comme Tomoyo. Shaolan n’était
déjà pas très en forme, mais là, Tsukiko Kaibaiji
l’avait achevé !
Sakura allait entrer à l’intérieur de la demeure Li
lorsque sur le couloir de bois, elle aperçut Tsukiko qui lui souriait.
C’était clair qu’il s’agissait d’une invitation
au dialogue. S’approchant de la jeune brune, elle resta tout de même
sur ses gardes.
- Eh oui, j’ai perdu, annonça doucement Tsukiko avec un sourire
qui était un peu triste.
- Woé ? Euh, tu… euh, vous avez vu Shaolan ?
- Pour commencer je parle à une rivale et non à une domestique,
lui dit la jeune Kaibaiji, lui indiquant que le vouvoiement était
inutile. Et non, je n’ai pas vu Shaolan. Il me cherche ?
- Euh oui… dit Sakura. Mais qu’est-ce que vous… euh tu
veux dire par « J’ai perdu » ?
- Que j’ai perdu, répondit Tsukiko. Ça n’est pas
assez clair ?
- Mais enfin, je…
- Non, tu n’as rien fait. Ça semblait déjà décidé
à l’avance, dit la jeune riche en regardant au loin. Mais quand
je vous vois tous les deux, il a l’air très heureux. Autant
que lorsqu’il est avec ses chevaux, et pourtant nous savons tous à
quel point il est passionné par eux, et à quel point il les
aime. Oui, c’est toi qu’il a choisie…
Sakura ne sut quoi répondre. Elle doutait un peu des propos de Tsukiko.
Elle se disait que trop espérer ne mènerait nulle part.
- Il a beaucoup changé depuis la dernière fois, continua la
jeune fille. Avant, il semblait si insouciant, il venait me voir et ne cessait
de jouer au charmeur. Ça marchait fort bien. Maintenant, il semble
s’être assagi. Sans doute le drame qui l’a frappé.
Mais on dirait qu’il y a autre chose. Cette habitude de « je
suis irrésistible » a disparu. Oui, je suis sûre que
c’est toi qui l’as changé, et ça n’est pas
un reproche, bien au contraire. Il est plus agréable à vivre…
- Euh, je… marmonna Sakura, regardant le plancher qui semblait soudain
très intéressant. Je n’ai pas cette impression…
Je l’aime, ça c’est vrai, mais… il ne m’a
jamais rien dit ou montré quelque chose qui me laisse espérer
que…
- Ça viendra, assura Tsukiko. Si ça se trouve, il n’a
pas encore compris ce qu’il ressent. Mais je suis sûr qu’au
fond, c’est toi qu’il aime…
Malgré tous les sous-entendus, Sakura fut heureuse d’entendre
enfin ces mots, adressés à elle. C’est toi qu’il
aime…
- Ne t’en fais pas, je ne vais pas te détester, te haïr,
ou faire des coups bas. Nous avons joué, et j’ai perdu. Tu
as gagné sans rien faire, ça prouve bien que c’est toi
qu’il a choisie.
A dire vrai, l’idée d’une vengeance de Tsukiko ne lui
avait même pas effleuré l’esprit.
- Tout ce que je peux dire, c’est… bonne chance pour la suite,
car tu as gagné une bataille, mais pas encore la guerre. Et aussi…
j’espère que nous pourrons être amies. Je n’en
ai pas tellement…
- Bien sûr ! assura aussitôt Sakura. Tu es vraiment une fille
gentille, tu sais ! Et puis, tu n’as pas besoin de centaines d’amis.
Ceux que tu as sont sans doute les meilleurs !
- Oui, tu dois avoir raison, dit Tsukiko en haussant les épaules
en tendant une main à Sakura que celle-ci serra avant de serrer le
corps entier de Tsukiko dans ses bras qui resta étonnée.
- Si toutes mes rivales pouvaient être comme toi… souffla Sakura.
- Tu sais, je ne le pensais pas lorsque j’ai dit que Shaolan ne s’intéresserait
jamais à une domestique. J’ai dit ça pour te déstabiliser…
avoua la Kaibaiji.
- Je sais, répondit Sakura. Je sais… Mais je suis sûre
que tu es la meilleure rivale qu’on puisse espérer !
*~*~§~*~*
- De quoi voulez-vous me parler ? demanda Tsukiko avec un sourire.
- Inutile de nous vouvoyer, annonça Shaolan. Je t’ai appelée
parce qu’avant que tu partes, je dois t’avouer un truc.
- Je t’écoute, dit la jeune fille en s’asseyant à
côté de lui sur la barrière de bois.
- Voilà, tu te souviens de notre rencontre ? Immédiatement,
je suis venu vers toi, et – disons-le franchement – je t’ai
draguée. J’ai l’impression que ça fait des années,
alors que ça ne fait que quelques mois. A cette époque, j’étais
un coureur de jupons. J’allais vers toutes les paires de jambes féminines
que je voyais. Tu n’avais pas fait exception.
Il garda le silence quelques instants.
- C’était donc ça, dit doucement Tsukiko. Tout ce que
tu m’as dit n’était que du baratin…
- Tu as tout à fait le droit de te mettre en colère, voire
de me frapper si tu en as envie… souffla Shaolan.
- Non… tu m’as dit la vérité, et je l’accepte.
Tu aurais pu me laisser repartir avec mes idées folles dans la tête.
Mais tu m’as tout avoué… Je trouve ça très
bien…
- Comme quoi on s’améliore avec le temps… dit-il en haussant
les épaules.
- C’est vrai que tu as bien changé… Mais je n’ai
pas l’impression que le temps en soit la cause. C’est sûr,
tu as dû mûrir après la perte de ta famille, mais à
ce point ! C’est plutôt elle qui t’a changé, dit-elle
avec un sourire.
- Elle ? Je ne vois pas de qui tu veux parler !
- Vraiment ? fit Tsukiko en lui lançant un regard appuyé.
- Bon, tu veux parler de Sakura ? C’est vrai que depuis que je la
connais, j’ai l’impression d’être un nul ! Comme
si ce que j’avais fait avant était très mal !
- C’est sûr que tu l’aimes beaucoup, en tout cas ! Depuis
que je suis arrivée, tu n’as fait que parler d’elle.
Shaolan sentit ses joues s’embraser. Il était devenu si bavard
?
- Ne t’en fais, moi aussi je l’apprécie beaucoup, dit
tranquillement Tsukiko. C’est drôle, non ? Nous t’aimons
toutes les deux, tu la choisis, et je ne lui en veux pas !
- Comment ça, qu’est-ce que tu veux dire ? Sakura n’est
pas amoureuse de moi ! Et je ne me souviens pas avoir dû vous départager
pour quoi que ce fût !
Tsukiko leva les yeux au ciel en retenant un soupir. Seigneur, que les hommes
n’étaient pas futés !
- Tu finiras par comprendre, dit-elle tranquillement. Le cœur l’a
compris, mais pas encore la tête ! Normal pour un garçon !
Mais tu devrais te dépêcher !
- Je ne comprends vraiment rien à ce que tu racontes !
- C’est normal.
- Parce que je suis un homme ?
- Exact.
Shaolan leva à son tour les yeux au ciel, mais avec un sourire :
en fait, Tsukiko pouvait se montrer incroyablement mature. Comment avait-il
pu la trouver cruche ? Même s’il n’avait rien compris
à ce que la jeune fille avait voulu lui dire sur Sakura, il était
content d’avoir pu lui avouer la vérité !
- Allez, encore un petit effort, murmura la jeune fille. S’il te plait,
fais-le pour moi…
Sakura était en train d’aider la pouliche à se mettre
debout. Pour l’aider, elle lui avait mis les mains sous le ventre
et la poussait vers le haut. Lorsque les membres de la pouliche se posèrent
au sol, Sakura retira ses mains. La petite bête resta quelques secondes
debout, puis ses jambes se dérobèrent, et elle retomba. Sakura
soupira.
- Allez, ça serait bien de faire la surprise à ton maître,
dit-elle doucement. On réessaie, d’accord ?
Elle refit la même opération, mais il y eut le même résultat.
Sakura se dit qu’elle devrait arrêter, car la pouliche devait
sûrement s’épuiser inutilement.
Elle s’apprêta à se retourner, lorsqu’elle vit
le jeune équidé essayer tout seul de se mettre debout. Et
le truc, c’est qu’il y arrivait. Il déplia d’abord
ses membres antérieurs, puis les postérieurs. Il chancela,
mais tint debout.
- Oh mon dieu, dit Sakura, émue comme s’il eût s’agi
de son enfant qui faisait ses premiers pas. Ça y est, tu tiens debout
!
- Oui, elle a fait de gros progrès, dit tranquillement la voix de
Shaolan derrière elle.
Sakura se retourna : tout le monde avait la manie de la surprendre, dans
ce box ! Le pire, c’était que Shaolan n’était
pas seul : avec lui étaient présentes Tsukiko et Tomoyo. Depuis
combien de temps s’amusaient-ils à la voir faire la guignol
avec le poulain ? En tout cas, tous arboraient un doux sourire devant la
nouveau-née.
Shaolan entra dans le box, tandis que les deux filles aux cheveux longs
restèrent à l’extérieur, accoudées sur
la porte. Le jeune homme s’accroupit et tendit la main vers la pouliche.
Intriguée mais surtout curieuse, celle-ci avança la tête,
puis voulut faire un pas vers son maître. Mais elle chuta d’un
coup, heureusement rattrapée par Shaolan qui souriait.
- Tu arrives à te tenir debout d’accord, mais marcher, pas
encore ! rit-il. Mais ce n’est pas grave, c’était déjà
bien. Oui, c’était très bien…
Il était reparti dans son monde où seuls les chevaux avaient
une place. Il parlait à la pouliche comme à un enfant, et
ne cessait de la complimenter sur sa performance. Il était vrai que
c’était très bien de l’encourager. La pouliche,
la tête nichée dans le creux du coude de son maître ne
cessait de fixer Sakura. La jeune fille ne pouvait que sourire tendrement
face à ce joli minois. Les grands yeux de la pouliche semblaient
exprimer tellement de choses !
Sakura avança sa main, et caressa doucement la tête de la très
jeune jument. Puis, elle eut le souvenir d’un Shaolan caressant les
paupières d’un cheval, et essaya de le reproduire. Ça
marchait, la pouliche était complètement détendue.
Puis soudain, celle-ci se dégagea des bras de Shaolan, et se remit
debout. Elle arrivait à tenir. Dressant les oreilles et remuant la
queue tel un chien, elle semblait attendre les compliments. Ce fut un chœur
de rire attendri qui lui fut attribué.
Elle marcha. Elle tituba, certes, mais parvint à avancer ses jambes.
Fleur d’Eau lui donnait des petits coups de tête comme pour
lui faire comprendre qu’elle était fière d’elle.
Sakura avait envie de pleurer tellement elle trouvait ça beau. Toute
une bande qui regardait les premiers pas vers la vie d’une toute petite
créature qui la veille encore, n’était qu’un ventre
gonflé.
Les Kaibaiji repartirent comme prévu, en fin de matinée.
Tomoyo proposa de se revoir lors de la fête du Bouvier et de la Tisserande
à Edo, ce que Tsukiko accepta avec joie. Dans un mois, ils allaient
se revoir.
Sakura et Shaolan s’occupaient de la pouliche. Sakura, après
l’avoir vue naître, commençait à comprendre pourquoi
Shaolan aimait autant les chevaux ; elle-même adorait le nouveau rejeton
de Fleur d’Eau. Depuis, ils passaient beaucoup de temps ensemble,
bien que Shaolan devait aussi s’occuper des autres poulains, et même
de tous les chevaux.
Un matin, Sakura eut la mauvaise surprise ne pas apercevoir Shaolan. Il
était parti faire un tour en ville. Ça lui arrivait parfois
d’avoir envie d’aller boire un verre, ou de se balader au petit
matin lorsqu’il n’y avait encore personne. Bah, tant pis, elle
irait s’occuper du poulain toute seule, du moins pour la matinée.
L’homme sortit avec beaucoup de précautions son étui
fourré de tissu dans lequel reposait un trésor inestimable
pour lui. Il le sortit et le tendit au jeune homme face à lui qui
le prit, le visage fermé.
Ils étaient assis à une table isolée, et parlaient
à voie basse.
- C’est occidental, c’est une véritable révolution,
murmura l’homme au plus jeune. Cela s’appelle un pistolet. Vous
mettez ceci dedans – il montra une balle – vous mettez ensuite
cette poudre – il lui tendit un sachet – et lorsque vous appuyez
sur la gâchette, le coup part instantanément ! Pour quelqu’un
qui vise aussi bien que vous, abattre votre adversaire ne sera que très
aisé. Un coup, et poum ! Aussi vite que vous aurez appuyé,
la balle aura atteint son corps ! La balle part à une telle vitesse
que c’est à cause de ça qu’elle est mortelle.
Enfin, si vous la dirigez dans des endroits tels que le cœur, la tête…
mais même si vous ne le tuez pas, ça fera des dégâts…
(petite parenthèse : les armes à feu étaient inconnues
en Orient, et cette invention des Occidentaux ne pouvait alors tirer qu’une
seule balle. Il fallait recharger ! Mais en général, on frappait
ensuite avec la crosse de l’arme.)
- Combien te dois-je pour cette merveille ?
- Non, non ! Ne me payez pas ! J’ai peut-être l’air d’une
personne non fréquentable, mais je serai toujours votre dévoué
serviteur, maître Li ! Je vous offre cette arme, car je sais qu’elle
vous sera utile. Vous voulez tuer ce Toya… alors faites-le !
- Très bien, dit simplement Shaolan. Toya… Je te conseille
de bien savourer les moments que tu passes… car ce seront les derniers…
ajouta-t-il en regardant l’engin destructeur dans ses mains.
Lorsqu’il arriva au domaine, il se hâta de le cacher dans sa
chambre.
L’après-midi, la jeune Japonaise et lui marchaient ensemble
en rentrant Oiseau des Nuages du paddock dans lequel s’était
entraîné Shaolan. Ils parlaient de tout et de rien, puis Shaolan
aborda le sujet « Tsukiko », espérant que Sakura comprît
ce qu’avait voulu dire la jeune Kaibaiji. Celle-ci ne comprit que
trop bien !
- Comment fais-tu pour ne pas comprendre des choses aussi limpides ? s’amusa
Sakura, la voix tremblante.
Oui, sa voix tremblait. Car elle savait que c’était le moment
de vérité. Elle allait le lui dire. Sans le savoir, Shaolan
l’y obligeait. Et puis après tout, tant mieux ! Comme ça,
elle lui aurait dit ! Elle ne se défilerait pas, elle lui dirait
de vive voix ! Et puis la remarque de Tsukiko « c’est toi qu’il
aime » ne cessait de tourner dans sa tête. Pourvu que ce fût
vrai !
- Comment ça limpide ? dit Shaolan en fronçant les sourcils.
C’est du charabia, oui ! « Le cœur comprend mais pas la
tête… » Si seulement les filles pouvaient parler comme
tout le monde !
Sakura eut un sourire amusé en entendant cette réplique. Il
était vrai que ça n’était pas très clair
!
- Dis, tu te souviens, lorsqu’on s’est mis à l’abri
de la tornade ? demanda Sakura. Avant de remonter, je t’avais dit
quelque chose. Que je me sentais très bien quand j’étais
avec toi. J’ai toujours cette impression que près de toi, rien
ne peut m’arriver. Tu ne fais rien de spécial, et pourtant,
je sais que si tu es là, je suis en sécurité. Rien
qu’avec ta voix apaisante, tu me fais sentir sereine…
- C’est sympa, bredouilla Shaolan, rouge, ne sachant où se
mettre avec de tels compliments.
- Tout ça, ça rejoint ce que dit Tsukiko…
- Ça y est, je suis paumé ! Il faudrait me traduire son baratin
! intervint le jeune homme.
- Tu n’as vraiment pas compris ? fit Sakura d’un ton presque
désespéré. Concentre-toi uniquement sur tout ce que
je t’ai dit…
A présent, elle était rouge, et n’osait pas croiser
son regard. Le moment fatidique était tout près. Dans les
secondes qui approchaient… Non, ne surtout pas le regarder. Elle ne
voulait pas voir le changement d’expression qu’il y aurait sur
le visage de son maître. Il passerait de l’incrédulité
à… à quoi ? A la colère ? Au dédain ?
A la joie ? Ou rien de tout ça ? Et la croirait-il seulement ?
- Ça… ça veut tout simplement dire que… que je…
Heureusement que Oiseau des Nuages les séparait ! Cachée derrière
l’encolure du cheval, elle continuait de bredouiller.
- Ça… veut dire que… reprit-elle. Que je…
- Que tu ? dit Shaolan d’un ton curieux.
- Qu’avec toi, si… je me sens si rassurée, c’est
sans doute que… que je… que je t’aime… avoua-t-elle
enfin d’une toute petite voix.
Tous trois s’arrêtèrent. La tête basse, Sakura
redoutait la suite. Qu’allait-il faire ? Lui dire de s’en aller,
de ne plus remettre les pieds au domaine ? Non, ça serait peu probable.
Continuerait-il sa route en l’ignorant soudainement ? Seigneur, qu’allait-il
faire ?
- Tu… tu quoi ? fit Shaolan qui avait parfaitement entendu.
- Je suis tombée amoureuse de toi… avoua Sakura en se faisant
la plus petite possible. Je… je t’en supplie Shaolan, ne m’en
veux pas, je… je n’ai rien décidé, c’est
comme ça, et… Enfin, je ne veux pas que tu me fuies si jamais
ce n’est pas partagé…
Oh non, elle commençait à pleurer. Tout mais pas ça
! Pour elle, c’était un signe de désespoir de se mettre
à pleurer.
Mais Shaolan ne disait pas un mot. Il regardait droit devant lui, analysant
ce que lui disait la jeune fille. Celle-ci avala difficilement sa salive,
dit précipitamment :
- Ecoute, finalement, oublie ce que je t’ai dit d’accord ? Tu…
Tu n’as rien entendu, je ne t’ai jamais rien dit… C’était…
vraiment stupide de ma part…
Et elle s’en alla vite, les larmes coulant sur ses joues. Elle venait
de fuir. Elle venait de faire la seule chose qu’elle s’était
interdite. Elle avait eu peur, et avait préféré s’enfuir
plutôt que de connaître la réponse de Shaolan. Il fallait
qu’elle vît Tomoyo de toute urgence !
Oiseau des Nuages donnait des petits coups de tête contre l’épaule
de son maître. Ce dernier se tourna vers lui, murmurant :
- Alors ça voulait dire ça ? Et moi, qu’est-ce que je
suis sensé répondre ? En plus je l’ai fait pleurer…
Oiseau des Nuages lui prit une de ses mèches de cheveux dans la bouche,
et joua avec.
- Et maintenant je fais quoi ? demanda Shaolan à son cheval. En plus
elle doit m’en vouloir d’avoir rien dit. J’ai réagi
comme un idiot, non ? Enfin, si on peut appeler ça réagir…
Shaolan soupira et ramena le cheval dans son écurie, le dessella,
puis le ramena dans un paddock. Il fallait qu’il trouvât Sakura,
mais pour dire quoi ? Il ne savait pas, et tout commençait à
se bousculer dans sa tête. Elle l’aimait… Mais l’aimait-elle
vraiment ? Qui sait, elle aurait pu avoir une prise de conscience vis-à-vis
de son frère, et inventer ça pour le déstabiliser !
Non, ça n’était sûrement pas ça ! Ah, mais
merde à la fin ! Comment pouvait-il savoir ce qu’il ressentait
? On venait de le mettre au pied du mur, et il ne savait pas du tout quoi
dire ! Finalement, il s’enferma dans sa chambre. Là, sans le
savoir, ses yeux fixaient la cachette du pistolet. Pourquoi fallait-il toujours
faire un lien avec Toya lorsqu’il s’agissait de Sakura et de
lui ?
- Alors tu lui as dit ? fit doucement Tomoyo.
- Oui, répondit Sakura en sanglotant. Je… Je me suis comportée
comme une imbécile, Tomoyo ! J’ai tout de suite fui, et maintenant
il va penser que c’est de sa faute si je pleure.
Il y a des chances, pensa la jeune brune avec une goutte derrière
la tête.
- Mais tu sais Sakura-chan, reprit-elle. Ce n’est pas la peine de
te mettre dans des états pareils. C’est dur de dire à
quelqu’un qu’on l’aime, c’est tout à fait
normal d’avoir peur, et d’avoir envie de s’enfuir. Je
pense que tu as bien fait de le laisser seul. Il ne t’a encore rien
répondu, mais ça viendra… tu peux lui faire confiance
!
- Oui, ça je le sais… mais j’ai tellement peur de sa
réponse !
- Il t’apprécie beaucoup, Sakura-chan, jamais il ne voudra
te faire de mal ! Tu sais, c’est mon frère, je le connais très
bien ! Il est parfois très lent à comprendre quelque chose,
sans doute t’aime-t-il en retour ! Cependant, je ne peux rien affirmer
car je ne suis pas à sa place.
- Ah, dit simplement Sakura.
- Et si tu lui apportais un thé ? proposa Tomoyo, tout sourire devant
l’air incrédule de Sakura.
Sakura s’arrêta devant le shôji fermé qui la séparait
de la chambre de Shaolan. Devant était posé un vase. C’était
le signe que Shaolan ne devait être dérangé sous aucun
prétexte. Il devait sûrement être en train de méditer
sur la déclaration de la jeune fille. Celle-ci eut envie de soupirer
: pourquoi ne s’était-elle pas tue ? Elle avait la très
nette impression d’avoir plombé toute l’ambiance du domaine,
à commencer par le leader lui-même !
- Maître, puis-je entrer ? demanda Sakura d’une voix qu’elle
voulait assurée.
- Oui, vas-y, répondit la voix d’un Shaolan songeur.
Sakura ouvrit le shôji, le verre de thé fumant dans la main.
Lorsque Shaolan se retourna, ils se figèrent tous les deux. Sakura
resta droite, apporta le thé vers un Shaolan qui était assis
contre le pied de son lit qu’elle posa par terre devant lui, et voulut
repartir aussitôt, mais Shaolan la retint.
- Oui, vous désirez autre chose ? demanda-t-elle.
- Non… surtout ne me fais pas ça ! dit le jeune homme d’une
voix légèrement apeurée.
- Quoi donc ?
- Ne retourne pas au vouvoiement ! S’il te plait, ne prends pas tes
distances ! la supplia Shaolan en l’attrapant par la manche de son
yukata. Je… je te promets que dès que j’aurai trouvé
la réponse, je te la dirai, mais en attentant, je t’en conjure,
ne m’ignore pas ! Je préfère cent fois quand tu me tutoies
et quand tu m’appelles par mon prénom, on a l’air bien
plus proches ainsi, non ? Je t’en supplie, en attendant que je trouve
cette réponse, ne me laisse pas…
Sakura garda le silence quelques instants avant de lui sourire tristement.
- C’est vrai ?
- Bien sûr ! S’il te plait, ne prends pas tes distances, répéta-t-il.
Restons comme nous sommes jusqu’à ce que je trouve la réponse
!
Sakura se blottit dans ses bras en étouffant un sanglot. C’était
pour des raisons comme celle-ci qu’elle l’aimait !
- Sakura, dit Shaolan tout en lui caressant les cheveux. Je tuerai Toya.
- Je sais, souffla-t-elle.
- Non tu ne sais, objecta-t-il d’une voix soudain dure. Tu sais que
je veux le tuer à tout prix, mais tu dois espérer que je ne
le ferais pas. Alors détrompe-toi tout de suite. Je sens que j’y
suis presque, que j’arriverai à venger les miens ! Alors je
ne vais pas lâcher si près du but, je le tuerai, tu peux en
être sûre ! Tu m’aimeras toujours lorsque j’aurai
les mains tâchées du sang des tiens ?
- Je sais que je ne pourrai t’en empêcher, murmura-t-elle. Je
l’ai toujours su… Et pourtant…
Et pourtant…
Ils restèrent tous deux enlacés pendant encore un petit moment.
Agir avec maturité apportait toujours de meilleurs résultats.
Finalement, Shaolan but quelques gorgées de son thé avant
de tendre le verre à Sakura, qui sourit, heureuse de ce moment de
complicité. Un moment où tout était clair, et où
personne ne se mentait. Chacun avait joué franc-jeu. Et ce serait
comme ça qu’ils s’en sortiraient. Elle but dans le verre
avec une légère rougeur aux joues.
*~*~§~*~*
Un mois passa. La pouliche avait bien grandi. Elle avait fait sa première expérience dans un paddock. Au début, elle avait été intimidée par les autres poulains, mais arrivait enfin à les tenir à distance. Ceux-ci ne voulaient que jouer, mais étaient assez brusques et l’effrayaient. Ce qui attirait surtout l’intérêt des humains, c’était la fête qui avait lieu à Edo, pour le Bouvier et la Tisserande. Quelle est cette histoire ? Voici la version longue : (si vous la connaissez déjà, vous pouvez sauter les deux prochaines pages)
Partie 1
L'Empereur Céleste avait sept filles intelligentes et habiles. La
plus jeune était la plus gentille et la plus travailleuse. Experte
en tissage, on l'appelait la Tisserande.
Assise chaque jour devant son métier, la Tisserande lançait
sans cesse sa navette, travaillant d'arrache-pied. Elle ne tissait pas des
tissus ordinaires mais uniquement des brocarts célestes.
Chaque matin à l'aube, le spectacle du ciel strié des rayons
brillants et multicolores du Soleil n'est autre qu'un nouveau chef-d'oeuvre
de la Tisserande. En été ou en automne, lorsque le ciel bleu,
sillonné de nuages de toutes formes, ressemble à un tableau
vivant, c'est aussi une œuvre tissée de ses mains habiles.
Aucun tisseur ne pouvait rivaliser avec elle. Devant son métier,
elle travaillait sans cesse, tissant des parures célestes de toutes
les couleurs pour chaque changement de saisons. Sans elle, le ciel aurait
été d'une ennuyeuse monotonie.
A vivre toujours dans le ciel, la Tisserande se sentait parfois solitaire.
Lorsqu'elle voyait le monde, couvert de montagnes verdoyantes et de lacs
bleus, où les hommes labouraient et les femmes tissaient, elle éprouvait
souvent un sentiment de frustration et d'envie.
Un jour, pour se reposer de leur travail, elle et ses sœurs descendirent
sur terre pour se baigner dans une rivière limpide. Près de
la rivière vivait un jeune orphelin qui faisait paître les
bœufs dans la vallée et vivait avec son frère aîné
et sa belle-sœur. Tout le monde l'appelait le bouvier. Il avait alors
plus de 20 ans, n'avait pas encore pris femme et travaillait tous les jours
du matin au soir.
Sa solitude et sa peine lui avaient attiré la sympathie d'un vieux
buffle qui vivait jour et nuit avec lui. Ce vieux buffle pouvait comprendre
ses paroles et le bouvier les siennes. Au cours des ans, ils étaient
devenus de fidèles compagnons partageant ensemble joies et peines.
Partie 2
Ce jour-là, après avoir labouré un lopin de terre,
le bouvier mena le buffle au bord de la rivière pour l'abreuver.
C'est alors qu'il vit les sept sœurs se baigner dans la rivière
et s'ébattre joyeusement dans l'eau. Toutes étaient très
belles, surtout la plus jeune.
Les cheveux relevés en chignon, les joues tendres et cramoisies,
le sourire rayonnant, elle était gracieuse et charmante comme une
fleur de lotus sortant de l'eau. En extase devant le magnifique spectacle,
le bouvier ne bougeait pas et rêvait. Comprenant l'émoi du
jeune homme, le Buffle lui dit à l’oreille :
- Va prendre les habits qui se trouvent près du saule, et celle que
tu aimes deviendra ta femme.
Le bouvier fit deux pas en avant, puis hésita, intimidé.
- Dépêche-toi ! Vous ferez un très beau couple !
Le bouvier s'élança finalement, prit les vêtements de
la jeune fille près du saule et fit demi-tour. Surprises par l'apparition
de cet inconnu, les jeunes filles se rhabillèrent en hâte et
s'envolèrent dans le ciel. Seule resta dans l'eau la jeune Tisserande.
Le bouvier lui ayant pris ses habits, elle ne pouvait pas sortir et attendait
avec impatience, les joues écarlates.
- Bouvier, rends-moi mes habits ! Supplia la Tisserande.
- D'accord, si tu acceptes de devenir ma femme ! Répondit le jeune
homme en la regardant amoureusement.
Malgré l'agacement qu'elle éprouvait face à ce jeune
homme insolent, l'air sincère et honnête et le regard sentimental
du bouvier lui allèrent droit au cœur. Insatisfaite de sa vie
solitaire au Ciel et de la surveillance sévère de l'Empereur
Céleste, elle rêvait comme toutes les jeunes filles d'un amour
ardent et passionné, d'un avenir heureux et d’une vie paisible.
Elle satisfit à la demande du bouvier, et hocha la tête sans
mot dire.
Partie 3
Dès lors, le bouvier et la Tisserande devinrent un couple inséparable.
L'homme labourait et la femme tissait. Elle apprit à nombre de jeunes
filles sa technique et celles-ci surent bientôt tisser de magnifiques
brocarts multicolores. De bouche à oreille, la technique du tissage
parcourut le monde.
Le temps passa. Quelques années après, le bouvier et la Tisserande
avaient un garçon et une fille. Mais la nouvelle de la vie terrestre
de sa fille parvint aux oreilles de l'Empereur Céleste. Furieux qu'on
eût ainsi violé la loi céleste, il envoya aussitôt
un génie chercher la Tisserande pour la ramener au Ciel. Contrainte
de se séparer de son mari et de ses enfants, la Tisserande pleura
de douleur.
Tandis que la Tisserande était escortée jusqu'au Palais céleste,
le bouvier ne se consolait pas de la perte de sa femme aimée et les
enfants pleuraient après leur mère. Portant ses enfants dans
deux paniers au bout d'une palanche, il partit à sa recherche. Il
allait la rejoindre quand la femme de l'Empereur Céleste apparut
et s'ingéra dans l'affaire. Elle agita la main, et une rivière
large et profonde aux eaux tumultueuses brisa l'avance du bouvier.
Ainsi, des deux côtés de la Voie Lactée, le bouvier
et la Tisserande se regardèrent de loin, sans pouvoir se réunir.
Très affligé, le bouvier ne voulut pas quitter le bord de
la rivière. De l'autre côté, la Tisserande regardait
les vagues impétueuses les larmes aux yeux, refusant de tisser les
brocarts célestes malgré les injonctions répétées
de son père.
Devant leur résistance, l'Empereur Céleste dut faire des concessions
et leur permit de se retrouver une fois par an. Depuis, chaque année,
le septième jour du septième mois du calendrier lunaire, les
pies célestes forment une passerelle provisoire sur laquelle le bouvier
et ses enfants rencontrent la Tisserande.
Quelle joie mêlée de tristesse éprouvent-ils pour cette
unique rencontre de l'année. On dit qu'à l'aube de ce jour,
il bruine souvent ; ce sont les larmes de la Tisserande qui, serrant ses
enfants contre elle et tenant tendrement la main de son mari, pleure tristement.
Epilogue
La tristesse de leur séparation émut tout le monde et attira
la sympathie de chacun. Dans l'Antiquité, chaque année, le
soir du septième jour du septième mois du calendrier lunaire,
beaucoup de gens restaient à veiller dehors, contemplant longuement
le ciel et les deux constellations de chaque côté de la Voie
Lactée, le Bouvier et la Tisserande. Saisis de pitié, ils
attendaient leur rencontre. A côté du bouvier scintillent deux
petites étoiles ; on dit que ce sont ses enfants qui viennent voir
leur mère.
Ce jour-là, dans certaines régions, les habitants offrent
des fleurs et des fruits pour la Tisserande. Ils commémorent par
là le souvenir de la Tisserande qui enseigna aux humains l'art du
tissage ; ils lui enjoignent de ne pas oublier la terre après son
retour au ciel et de continuer à former des mains habiles pour le
tissage de brocarts de bonne qualité. On appelle cela "demander
au ciel l'habileté".
Ce jour-là aussi, des gamines espiègles se cachent dans les
vignes, écarquillant les yeux dans la nuit noire. On dit que lorsque
tout est silencieux alentours, on peut entendre le Bouvier et la Tisserande
se murmurer des mots d'amour.
Depuis longtemps, le monde éprouve une grande sympathie pour la tragique
histoire d'amour des deux jeunes gens et nourrissent une profonde rancune
envers le cruel Empereur Céleste.
Voici l’histoire du Bouvier et de la Tisserande (je la trouve tellement bien que je n’ai pas pu m’empêcher de vous la raconter !)
Shaolan avait prévu d’aller faire un tour dans Edo, et pourquoi
pas aller prendre un bon bain. Du coup, il avait proposé à
Sakura d’y aller avec lui, et celle-ci avait accepté.
Shaolan n’avait toujours pas répondu à Sakura, même
après un mois. Avait-il fui lui aussi, ça semblait certain.
Mais Sakura avait peur de la réponse, alors ne se plaignait pas.
Au moins lui avait-il demandé de ne pas prendre de distances. Il
l’appréciait donc beaucoup ! Mais parfois elle se disait que
s’il ne répondait pas, c’était sans doute parce
que la réponse était non. Elle ne savait si elle devait s’avouer
vaincue ou non. L’aimait-il ou non ? Le plus simple serait de lui
demander, mais elle craignait qu’il ne répondît non,
ou encore qu’il dît qu’il n’en savait rien.
Ils allèrent donc à cheval à Edo. Sakura fut flattée
d’entendre Shaolan lui dire qu’elle savait très bien
monter. Il était vrai qu’une fois la peur passée, monter
à cheval était quelque chose d’agréable. Ils
s’amusèrent à faire la course jusqu’à la
capitale, que Shaolan gagna. Forcément, il montait depuis tout petit,
n’avait pas peur des très hauts obstacles, et allait donc en
ligne droite.
Ils confièrent les chevaux à des domestiques, puis entrèrent
aux bains publics. Là, Sakura apprit que les bains n’étaient
pas mixtes. Dommage. Mais ce qu’elle vit la décida à
changer son programme. Une frotteuse de dos avec un caractère semblant
très aguicheur s’était approchée de Shaolan.
Monsieur le coureur de jupons allait-il s’en accommoder ? Sans nul
doute, n’est-ce pas ? D’autant plus qu’elle était
très belle. Ses épais cheveux châtain foncé étaient
relevés, ses yeux marron maquillés allaient vers tous les
hommes (car c’était quand même son travail), et elle
approchait avec un déhanché non feint le leader du clan Li.
Sakura serra les poings pour ne pas s’énerver. Le seul résultat,
c’était une meurtrissure dans chaque paume.
La frotteuse de dos ne cessait de cligner des yeux en se collant à
Shaolan, ne cessant de lui susurrer des « Seigneur Li, prenez vos
aises, je vous frotterai le dos et vous ferai des massages… »
Shaolan lança un petit coup d’œil en coin à Sakura
: celle-ci semblait tenter d’ignorer la scène, mais la rougeur
sur ses joues témoignaient bien sa colère. Oh non ! Il se
dégagea alors de la brune pulpeuse, et fila sec vers les vestiaires.
Sakura était restée surprise. Lui, le coureur de jupons, le
don juan, avait fui devant une si belle femme ? Il était malade ou
quoi ? Ou alors… Il avait bien regardé Sakura, non ? Celle-ci
sentit ses joues s’embraser. L’aimait-il ? La question ne cessait
de revenir à la moindre allusion.
Sakura alla donc voir cette brune pulpeuse et aguicheuse. Elle devait lui
demander un service.
Shaolan, voyant que personne d’autre n’était présent,
ôta sa serviette d’autour de sa taille. (On se calme, les filles
! ^_^) Il se plongea dans l’eau chaude jusqu’au cou, contre
le rebord de bois, et soupirant d’aise, laissa tomber sa tête
en arrière. Ah, quel bien-être !
Il repensa à son comportement. Il n’avait toujours pas répondu
à Sakura. Cela faisait plus d’un mois. Mais que répondre
? Il n’en avait aucune idée. Sans doute que changer quelque
chose entre eux lui faisait peur. Oui, sans doute avait-il peur d’un
changement, et qu’il ne sût plus comment gérer la situation.
Et puis, qu’est-ce qu’on ressent quand on est amoureux ? Il
ne le savait pas, il n’avait jamais été amoureux.
Il ferma les yeux. Là, il vit un visage souriant. Un sourire chaleureux.
Il appartenait à une domestique Japonaise. La plus jeune du domaine
Li. Elle s’appelait Sakura. Shaolan ouvrit brusquement les yeux. Qu’est-ce
que Sakura venait faire dans ses méditations ?
Il entendit qu’on ouvrit la porte et qu’on venait vers lui.
Un autre homme ? En voyant la paire de jambes fuselées qui était
devant lui, il put constater qu’il s’agissait d’une frotteuse
de dos. Quand même pas celle qu’ils avaient vue à l’entrée
? Il l’avait pourtant fuie ! D’ailleurs depuis quand fuyait-il
des femmes aussi belles ? D’ordinaire, il lui aurait sauté
dessus ! Qu’est-ce qui se passait ? Quand avait-il changé à
ce point ? Depuis qu’il connaissait Sakura, la réponse était
évidente ! Est-ce que cela voulait pour autant dire qu’il l’aimait
? Qu’est-ce que c’était compliqué, l’amour
!
La frotteuse de dos n’avait pas bougé. Shaolan tourna légèrement
la tête.
- Sakura ? s’étonna-t-il.
Il ne put comprendre que trop bien qu’elle était jalouse et
ne voulait pas qu’une autre fille le touchât. Ça le touchait.
C’était très flatteur de sa part, et très mignon.
Elle était physiquement très mignonne aussi dans sa tenue
de frotteuse de dos composée d’une tunique avec des manches
courtes s’arrêtant à mi-cuisse avec un pan qui dépassait
devant, recouvert d’un yukata qui s’arrêtait à
mi-cuisse et dont les manches dépassaient à peine les épaules.
Une ceinture de tissu autour de la taille formait un gros nœud à
l’avant. (Lisez le tome 1 de Appare Jipangu, vous comprendrez sans
doute mieux) Ses cheveux étaient relevés et attachés,
tandis qu’une petite touche de maquillage s’était rajoutée
sur son visage. Et visiblement, elle n’aimait pas être maquillée.
Elle ne cessait de palper ses lèvres comme pour enlever ce rouge
ridicule dont elle était affublée. Cela faisait beaucoup sourire
le jeune homme.
- Tu changes d’emploi ? plaisanta-t-il.
Sakura préféra ne pas répondre, palpant toujours ses
lèvres en faisant une petite grimace. Le rouge avait fini par partir.
Elle s’autorisa alors à sourire, sous le rire amusé
du jeune Chinois qui était retourné dans sa position initiale.
Elle s’agenouilla derrière lui, dont seule la tête dépassait
de l’eau. Elle s’amusa avec les mèches de cheveux châtains
du leader.
- Tiens, tes cheveux ont poussé, remarqua-t-elle.
Elle caressait la nuque de Shaolan qui était sous les cheveux de
ce dernier.
- Avant, ils t’arrivaient au-dessus du cou. Tu te rappelles, tu avais
attrapé un coup de soleil…
- Ah, c’est vrai, se souvint-il. Maintenant j’ai une protection,
ajouta-t-il avec un sourire.
- Allez, montre-moi ton dos, dit-elle en prenant de quoi le frotter.
- Oui, laissez-moi juste une petite seconde de pudeur, chère mademoiselle,
dit-il avec un sourire.
Sakura rougit en se rendant compte qu’il était en train de
nouer sa serviette autour de la taille. Elle n’avait même pas
remarqué qu’au début il ne l’avait pas !
Sakura se recula pour lui permettre de s’asseoir sur le rebord. Seigneur,
il était musclé ! Le regard de Sakura s’assombrit lorsqu’elle
aperçut une cicatrice sur son flanc droit. La blessure n’était
pas totalement guérie. Mais ce qui la frappa le plus, ce fut une
longue cicatrice dans son dos. Elle ne l’avait jamais vue. Il fallait
dire qu’elle n’avait jamais eu l’occasion de voir le dos
de son maître, même lorsqu’ils s’étaient
baignés à la montagne. Seigneur ! Elle ne semblait pas récente,
mais en tout cas profonde !
Shaolan tourna la tête, sentant que Sakura n’avait pas bougé
depuis plusieurs minutes. Il la vit avec un regard désolé
et surpris contempler sa cicatrice.
- C’est vrai que u ne l’avais jamais vue, dit-il d’une
voix douce. Elle remonte à quatre ou cinq ans. Mauvaise chute de
cheval. J’ai failli y passer ce jour-là !
Sakura resta interdite. Mauvaise chute de cheval ? Il avait failli mourir
? Mais comment ça ? Quand ? Elle essaya doucement de se calmer, et
se laissa doucement aller sur le dos de Shaolan. Il était chaud et
mouillé. Elle voulait qu’il lui racontât. Et il semblait
bien avoir compris. Elle entoura timidement la taille du jeune homme de
ses bras.
- J’étais avec ma sœur Futie, on s’amusait à
galoper dans des champs, narra-t-il. Et puis, il y eu quelque chose, un
truc qui a fait peur à mon cheval. Un ours, si je me souviens bien.
Mon cheval s’est cabré devant l’ours, et j’ai réussi
à rester en selle. Mais l’ours lui a fichu un sacré
coup de griffe sur le poitrail. Là, je n’ai pas pu éviter
la chute. Comme par hasard, je suis tombé sur le rocher le plus pointu
et le plus coupant qui ait existé ! Après, j’ai perdu
connaissance. A ce que m’a raconté ma sœur, ils avaient
réussi à faire fuir l’ours, et m’avaient ramenés,
mon cheval et moi. La plaie s’était infectée, et j’avais
eu une sacrée poussée de fièvre. Là, ma survie
était remise en question. Mais finalement, je m’en suis sorti,
et mon cheval aussi. Voilà d’où vient cette cicatrice…
Sakura resserra ses bras autour de lui. Elle desserra finalement son étreinte,
et entreprit de lui laver le dos, mais elle n’avait pas le cœur
à l’ouvrage. Shaolan continua un peu :
- Evidemment, ma mère a tout de suite voulu que j’arrête
le cheval, mais je n’ai jamais pu m’y résoudre. C’est
dingue, non ? Je manque de mourir, et pourtant je continue. Parce que je
ne peux pas m’en empêcher, j’aime ça, et qu’importent
les risques, je continuerai… Et puis… un dresseur très
doué que nous avions rencontré m’a dit que… si
mon cheval s’est cabré… c’était pour me
protéger, parce qu’il m’aimait vraiment beaucoup…
ça m’a fait très plaisir d’entendre ça…
C’est vrai que c’est mon cheval que j’entraîne depuis
tout petit, mais je ne pensais pas qu’il ferait ça… (je
sais, j’ai pris ça dans « l’Homme qui murmurait
à l’oreille des chevaux, mais ça convenait très
bien à la situation)
- Ton cheval que tu entraînes depuis tout petit… ? Tu veux dire
que… ?
- Eh oui, il s’agit de Oiseau des Nuages… confirma Shaolan avec
un sourire. Il était un peu traumatisé au début, mais
ça s’est arrangé. Il est redevenu l’étalon
que j’avais dressé depuis sa naissance…
Sakura s’était cette fois redressée, et à genoux,
avait mis ses bras autour des épaules de Shaolan.
- Tu es vraiment gentil, souffla-t-elle. Moi j’aurais eu tellement
peur que jamais je ne serais remontée sur un cheval. Mais tu les
aimes. Ce sont tes enfants… Et lorsque tu auras tes propres enfants,
je suis sûre que tu les aimeras autant. Tu seras un très bon
père… C’est comme ça que je t’aime…
Le silence s’installa.
- Euh… Sakura… dit timidement Shaolan. Je sais que je ne t’ai
pas répondu, tu dois m’en vouloir, hein…
- Non. Je ne veux pas d’une décision prise à la légère,
alors prends ton temps…
- Chaque fois que j’essaye d’y penser, je ne peux pas m’empêcher
de revoir le visage de ton frère surgir dans ma tête, avoua-t-il.
Je… Je sais que mes sœurs ne reviendront pas, et que tu ne veux
pas de sa mort, mais moi… je ne serai jamais en paix si je le sais
en liberté…
A présent sa voix tremblait. Il avait mis ses bras sur ceux de la
jeune fille, et tremblait aussi, s’étant crispé. Sakura
lui fit une bise sur la tempe comme pour l’encourager à continuer.
- C’est pour ça que tout est si compliqué… Est-ce
que tu pourras m’attendre d’ici-là ? demanda-t-il. Si
un jour je reviens après l’avoir tué, comment réagiras-tu
? Tu me verras comme un monstre…
Il commençait à sangloter. Sakura resta surprise quelques
instants, puis se blottit davantage contre lui alors qu’il resserrait
la poigne de ses mains sur les bras de la jeune fille. La tête enfouie
entre tous ces bras, il continuait :
- Je ne veux pas être un assassin… et pourtant je dois le tuer…
C’est… pas juste ! On pourrait pourtant être heureux tous
les deux, non ? … Mais ça n’est pas possible ! Je veux
venger les miens… et toi, même inconsciemment, tu veux protéger
les tiens… ! Et lorsque je les aurai tués, jamais plus tu ne
me regarderas en face ! C’est… vraiment pas juste !
Il pleurait toujours. Sakura n’arrivait pas vraiment à le concevoir.
Elle avait toujours eu une image de lui comme quelqu’un qui n’avait
aucun problème, qui pouvait tout régler d’un coup, avec
une forte personnalité. Mais il n’était qu’un
homme. Et il ressentait des émotions, comme tous les humains. Mais
ce qu’il avait dit… « On pourrait pourtant être
heureux » Voulait-il dire que… ?
- Moi, je vais laisser faire le destin, dit alors Sakura. Si tu arrives
à tuer Toya sans une once d’hésitation ou de pitié,
eh bien tant pis. Mais te connaissant, ça m’étonnerait
beaucoup. Même si tu le tues, je sais combien ça te sera dur.
Parce que tu l’as dit, tu ne veux pas devenir un assassin… Moi,
j’ai eu l’impression que mon frère était mort
depuis bien longtemps. Parce que j’ai le souvenir de lui comme d’un
type grand, qui me taquine, mais qui pourtant m’a toujours protégée.
Jamais mon frère ne m’aurait envoyée faire la prostituée
pour t’amadouer. Jamais il n’aurait tué des gens ! Pour
moi, quoi que tu en dises, ça n’est plus mon frère…
Mais toi… je t’aime. Même Kazuhiko l’a compris,
voire tout le domaine Li, et même ces Occidentaux du bal. En fait,
c’est toi le seul à n’avoir rien remarqué…
Elle marqua une pause, brisant leur étreinte, puis reprit, tandis
que Shaolan s’essuyait le visage avec son bras :
- Peut-être penses-tu que j’ai dit ça pour sauver Toya,
mais il n’en est rien. Je t’aime sincèrement pour ce
que tu es. Si ton destin est de tuer ce démon alors fais-le ! Mais
jamais je ne te regarderai autrement… Et puis ce que tu viens de dire…
me laisse espérer que… je puisse être aimée en
retour…
- C’est pas juste, dit alors Shaolan. Qu’ai-je fait pour mériter
ton amour, à part avoir proclamé que je tuerai les tiens ?
Je… Depuis que tu es arrivée au domaine, j’ai changé,
et… enfin, je n’agis plus comme avant… J’ai arrêté
de me comporter en coureur de jupons, je me sens bien quand on est tous
les deux, et… j’essaie que tu me voies toujours d’un bon
œil, mais je n’arrive pas à comprendre pourquoi…en
même temps, je pense à ma vengeance, à mes sœurs,
à tout ! Je… Je suis complètement perdu !
Il se remit dans l’eau, toujours au bord. Debout, il était
à la même hauteur que Sakura, et se tournait vers elle. Celle-ci,
toujours à genoux sur le rebord, comme envoûtée, lui
prit le visage dans les mains et pressa ses lèvres contre les siennes.
C’était un baiser très tendre. Très doux. Lorsqu’elle
s’arrêta, Shaolan avait encore cet air surpris. Il vit alors
qu’elle pleurait.
- C’est… c’est rien, dit-elle en tentant de sourire. Avec
ce que tu as dit, j’ai cru que… mais apparemment, je me suis
tromp…
Elle ne put finir sa phrase, les lèvres de Shaolan s’étant
collées aux siennes. Tandis que des soupirs de satisfaction s’élevaient
de chacun des jeunes gens, elle mit les mains autour du cou de Shaolan,
comme pour être sûre qu’il ne s’en irait pas. Ce
dernier la serrait tout aussi fort, une main derrière la nuque et
l’autre autour des épaules. Les langues entrèrent en
action. Sakura appréciait avec toute sa lucidité cet instant.
Il avait donc accepté ses sentiments. Il les lui rendait. C’était
le comble du bonheur. Qu’importait Toya. Ça ne la regardait
pas, après tout, c’était entre Shaolan et lui, elle
n’avait pas à s’en mêler. Et elle était
sûre que même déterminé, Shaolan aurait du mal
à tuer Toya, car il l’avait dit : il n’était pas
un assassin.
Ils avaient à peine repris leur souffle qu’ils échangèrent
à nouveau un baiser. Ils se serraient moins fort, Shaolan laissait
ses mains caresser la jeune fille à travers ses deux couches de tissu,
tandis que Sakura ne cessait de faire courir ses mains entre les cheveux
et la nuque. Soudain, elle entendit des bruits de pas s’approcher,
et rompit leur étreinte en se levant brusquement. Shaolan n’eut
pas le temps de comprendre, que des hommes avec une serviette autour de
la taille entrèrent. Sakura, en ramassant ses affaires, lui souffla
juste un :
- A plus tard !
Puis elle s’en alla vite. Les nouveaux arrivants semblèrent
protester, puis tout sourire malgré sa coupe défaite et ses
habits trempés, Sakura leur dit :
- Désolée, j’ai fini mon service !
Shaolan la regarda partir, un sourire rêveur aux lèvres. Il
était accoudé sur le rebord, et avait posé sa tête
sur ses bras. Est-ce que c’était ça, être amoureux
? On perdait toute intelligence ? Les baisers avaient une autre saveur ?
Alors c’était pas si mal ! Oui, il semblait bien être
amoureux. Amoureux de Sakura. Ça faisait tout drôle de dire
ça, même mentalement. Lui, amoureux ?
Lorsqu’il se redressa, il ne put que rougir en voyant la serviette
se tendre vers l’avant à un certain niveau de son anatomie…
Puis il eut un sourire en repensant que c’était Sakura qui
le faisait réagir comme ça. Eh ben ça promettait pour
la suite !
Ah, la suite… Toya. Encore et toujours lui. Oui, il ferait son possible
pour le tuer. Mais Sakura avait raison. Il fallait laisser faire le destin.
Car, c’était sûr, la suite allait être compliquée.
Mais ça n’était pas grave. Sa mère lui avait
toujours répété qu’il fallait affronter ses problèmes.
Et il le ferait. Et puis, il n’était plus seul, désormais.
Tout sourire, il se rassit dans son bain.
Fin de la sixième partie
Chers amis lecteurs, comme vous avez pu le constater, le nom de la pouliche
n’est pas encore officiel : Lune Paisible ou Fleur Céleste
? Eh bien, c’est vous qui allez le décider ! Pour ça,
une review, un commentaire, bref, écrivez-moi ! Je verrai à
la majorité ! Vous choisissez donc, soit Lune Paisible, soit Fleur
Céleste ! Nous avons le droit de vote, profitons-en !
Bien, j’espère que cette sixième partie vous a plu !
Réponses aux reviews (qui j’espère me reviewront encore !) et je tiens à vous dire mercis pour tous ces messages, qui ne font que m’émouvoir à chaque fois. C’est grâce à des messages aussi chaleureux que j’ai du cœur à continuer ma fic !
Tite Diablesse : Aaaaah, je ne te remercierai jamais assez ! Ne t’en
fais pas pour le mariage, I’m not a woman in comfortable shoes ! (
= lesbienne !) Ben, j’espère que la sixième partie t’a
plue ! Je te remercie encore pour la review ! Et moi, je te souhaite bonne
continuation pour tes fics !
Irislorely : Pourquoi Sakura se sent-elle coupable ? Ben, même si
nous ne nous serions pas gênées pour embrasser notre petit
Shaolan, certaines ont quand même une conscience, lol ! Remarque,
elle n’a pas vraiment résisté, et la culpabilité
n’a pas fait long feu ! Eh oui, Sakura s’est montrée
plutôt courageuse, sur ce coup-là ! Je voulais montrer qu’elle
savait faire quelque chose. Et puis, c’est normal de vouloir protéger
la personne aimée, on se découvre un courage insoupçonné
! Et le passage des sépultures, j’ai bien aimé le taper
aussi. En tout cas, ne t’en fais pas, les reviews bavardes plaisent
aux auteurs ! Merci encore !
Dragonia : Eeeeeeh, là, Saki s’est déclarée pour
de bon ^^ ! Lol, le petit loup était déjà dans ma trame
de l’histoire quand ça n’en était encore qu’au
stade « faire une fic pendant l’ère Edo, ça serait
cool ». J’ai presque tout imaginé avant de taper. Autant
dire que l’histoire est déjà tracée ! Merci pour
la review !
Daffy ze hinti : Ah, non je ne savais pas du tout pour l’oiseau bleu
! Je trouvais juste que ça faisait joli. Inconsciemment, j’ai
tapé juste ! Oui, je voulais que Sakura ne soit pas toujours la petite
fille fragile à protéger ! En tout cas, merci pour la review
!
Princesse d’Argent : Vu que Sakura est vagabonde, je voulais montrer
qu’elle sait se débrouiller face aux bêtes. Eh oui, unissons
nos voix : pour Tite Diablesse, hip hip hip… hourra !
SyaoSyao : Héhé, le coup de la serviette m’a bien plu
aussi (fallait bien mettre une touche d’humour ! ^_-) Ah, les sépultures
! J’ai bien fait de mettre ce passage, il a eu du succès !
Je pensais le mettre plus tard dans la fic, mais finalement, ici c’est
bien aussi ! Merci encore pour la review !
MissGlitter : Aaaaaaah, ça c’est gentil de revenir sur ff.net
pour déposer une review, je suis touchée ! Le coup du singe
a bien plu, apparemment ! Tant mieux ! En tout cas merci pour tes encouragements
!
Ciçouille : Ah, le loup faisait partie de l’histoire quand
ça n’était encore qu’une idée dans ma tête
! Heureuse qu’il te plaise ! Tu l’as dit, Shaolan n’a
pas de bol ! Merci pour la review !
Eliz : Tu voulais le nom de Loup des Neiges ? Tant mieux ! Ben maintenant
tu vas pouvoir voter pour le nom de la pouliche ! Que décideras-tu,
Lune Paisible ou Fleur Céleste ? Ben je verrai bien ! Si je te dis
que la partie six fait 25 pages sans compter les réponses aux reviews
?
Alexiel : Ben… Est-ce que la nouvelle partie a répondu à
tes questions ? héhé ! A mon avis, il ne doit pas y avoir
des tonnes de molosses égarés dans les Pyrénées,
ne t’en fais pas ! Pour ma part, j’habite dans les Alpes, alors
je te soutiens moralement, lol !
Ade : Euh… je pense que comme pour Alexiel, la nouvelle partie a répondu
à tes questions ! T’as aimé le louveteau ? Ben j’espère
que t’apprécies aussi la pouliche ? Quel nom donner à
ce bambin ? J’avoue que je n’ai pas frappé fort dans
les noms, mais c’étaient les plus potables !
Amintheitha : Merciiiiiii ! Quand je disais deux pages et puis basta, j’avais
une idée précise d’un fic que j’ai vue qui faisaient
beaucoup de chapitres, mais en fait, le chapitre ne comportait qu’un
minuscule dialogue ! « L’homme qui murmurait à l’oreille
des chevaux » ? J’ai adoré ce film, il fait partie de
ma cinémathèque culte ! D’ailleurs, je me suis servie
d’une partie du scénario, comme tu as pu le constater ! Enfin
bref, je ne peux dire que merci (même si mot me parait faible) devant
une review comme celle-ci !
Louvegrise : Merci ! Le loup était prévu dans mon esprit depuis
le début de la fic, et il a fallu attendre la cinquième partie
pour qu’il apparaisse ! En tout cas, merci pour cette jolie review,
chère représentante de la société de protection
des loups, lol !
Alex00783 : Etre écrivain ? Euh… je sais pas, le succès
est difficile à atteindre ! Moi j’aimerais faire deux trucs
très distincts : bosser à l’ONU ou dans l’Union
Européenne, ou bien, être dessinatrice de BD, enfin, faire
des trucs avec le dessin ! (Dès que j’ai un scanner, je mets
des dessins de ma fic). C’est très contradictoire, je sais
! M’enfin, on verra bien ! Dis donc, tu sais que c’est avec
des reviews comme ça qu’on me fait chialer, moi ! Oui, je craque
devant des paroles aussi touchantes, bouhou ! En tout cas, merci !
Ethanielle ou Lyla : Faut pas dire que t’as foiré avant d’avoir
les résultats ! Moi je suis sûre que tu vas l’avoir !
Et puis si t’as pas autant foiré, y a toujours l’oral
de rattrapage ! Oui, moi l’année prochaine je suis bonne pour
SVT et Français, et je passerais un bac ES l’année suivante
! Coeff 7, SES ! Oh, bonne mère ! Enfin, j’espère que
mon chapitre t’a permis de te changer les idées ! ^^
Elenthya : Eh ben, t’es pas banale, toi ! Alors si je te dis que sans
compter les réponses aux reviews, cette partie fait 25 pages ? Heureuse
? En tout cas, cette review m’a fait très plaisir, merci beaucoup
!
Alison Sullivan : Ah, ben, fallait faire un choix… eh puis, je me
suis dit que la montagne, ça serait assez osé d’appeler
le petit loup par l’endroit où sa famille s’est faite
tuer… En attendant, tu vas pouvoir t’exprimer sur le nom de
la pouliche ! Merci pour la review !
Jialio : Merci beaucoup ! Ça fait plaisir de rencontrer des gens
sensibles ! La suite, ben, elle met du temps, mais elle arrive ! Mais tu
peux y participer en votant pour le nom de la pouliche !
Cral-killeuse : Oh, j’espère que ça marche mieux, à
présent ! Voici la partie 6, en espérant qu’elle t’a
plue ! Toute la fic est tracée dans ma tête, faut juste relier
les événements entre eux (et c’est pas toujours facile
!) En tout cas merci pour ta review !
Spinel : Oh, ça me touche beaucoup, mais ne va pas t’abîmer
les yeux quand même ! Lol, j’espère compter sur toi pour
voter ! ^^
Aidya6 : Lol, merci, je ne vais pas « lâcher la patate »
! (elle me plait, cette expression !), j’ai juste pris du retard vu
que je suis en train de taper un one-shot ! Enfin, merci pour la review
!
YongYuanAiNi : J’espère que tu as apprécié le
personnage de Tsukiko! Je l’ai peut-être pas faite assez folle
dans cette partie, je voulais accentuer le côté « Sakura
jalouse ». Merci pour le commentaire !
Yin Ying : Bah, là Tsukiko n’était pas très marrante,
je l’accorde ! Merci pour le commentaire !
Jessy : Merciiiiiiii, tu me fais rougir, là !
Sakura : Aaaaaaah, la scène des sépultures, je tenais vraiment
à la mettre, celle-là ! J’ai pris beaucoup de plaisir
à l’écrire ! Merci pour le commentaire !
Kokoro : Aaaaaaaaah, celle qui sait lire entre les lignes ^_^ ! Je vais
répondre point par point ! En fait, je n’ai pas l’impression
d’avoir fait tant de recherches que ça, c’est juste qu’en
lisant des mangas se passant à cette époque, on apprend beaucoup
! Mais il est vrai que je suis passionnée par la culture chinoise
et japonaise. Je suis en train d’apprendre le Chinois cette année
^^. Moi une passionnée des chevaux ? Beeeeeeeeeeeen, possiiiiiiiiiiiiiible
(dit-elle en regardant ailleurs !) Oui, j’adore les chevaux, je suis
une grande passionnée, m’enfin ça transparaît,
non ? Et puis, ça colle bien avec le caractère de Shaolan,
surtout dans ce qu’il dit dans la partie 3 ! Oui, en tout cas tu as
bien remarqué qu’à la fin de chaque chapitre, je mets
une petite scène entre Sakura et Shaolan. T’es une petite futée,
toi ! Justement parce que ça serait trop frustrant de casser le lecteur
en plein dans l’histoire, alors on finit en douceur ! Je n’ai
pas de fan-club, mais toutes ces remarques me touchent beaucoup et je t’en
remercie ! Ton commentaire m’a fait très plaisir ! Au prochain
chapitre !
Merci aussi à Nyni-chan, Electranab, Pami, Mathilde, Lotus, Kojiro,
Angelic_Tiffany, Hope, ArAsHi, Shiaru et Tifa !
Je vous aime tous
Clairette