La fête se terminait sur une bonne ambiance. Les gens s’étaient
relâchés, et se montraient du coup plus agréables les
uns envers les autres. Sakura avait même goûté à
différents alcools, certains très forts. Elle restait avec
Shaolan la plupart du temps, mais parfois se laissait aller à parler
avec des femmes étrangères, sauf quand celles-ci se mettaient
à parler à tord et à travers sur les gens. Mais certaines
étaient très gentilles et très douces. Elles parlaient
bien Japonais, mais leur accent montrait comme une once de fragilité.
Sakura était tout sourire aux côtés d’une Italienne,
d’une Anglaise, et d’une Française. Entre les «
r » qui étaient roulés par l’Italienne, qui étaient
mâchés par l’Anglaise, et les sons « ou »
prononcés « u » par la Française, Sakura s’amusait
follement.(au lieu d’entendre « Sakoura », elle entendait
« Sakura ») Ces femmes étaient adorables et très
gentilles. Ayant pris connaissance de l’âge de la jeune fille,
les Occidentales reparlèrent de ces moments de leur jeunesse. Sakura,
parfois, avait l’esprit et les yeux qui dérivaient vers un
certain Chinois. Lui, parlait avec les hommes, parfois de faits d’actualité
et de société, mais parfois de choses plus personnelles. L’oreille
de Sakura s’intéressa plus à la conversation masculine,
d’ailleurs, elle rejoignit Shaolan, prenant congés des Européennes.
- Avez-vous entendu parler de la sinistre affaire du domaine Tokubei ? Cet
homme faisait des trafics d’êtres humains ! Mais quelle honte
! (Ouais, enfin, dans la conquête des nouveaux mondes, les hommes
traitaient les Indiens et les Noirs comme des êtres inférieurs
!)
- Et celle du domaine Mijiku, qui en plus n’est pas très loin
d’ici ? Brrr, moi, ça me fait froid dans le dos ! dit un autre.
- De quoi s’agit-il ? demanda Shaolan, déjà intéressé.
- Apparemment, les domestiques gardant les bêtes se sont rebellés
et emparés du domaine !
- Ah oui, le domaine Mijiku est réputé. C’est parce
que Mijiku adore la violence, c’est ça ? Il parait qu’il
n’a que des créatures féroces, ou qu’il les dresse
pour qu’elles le deviennent. Il a des chiens, des serpents, des taureaux…
- Exactement ! Et donc, les domestiques ont pris le contrôle du domaine,
car Mijiku n’a jamais approché ces animaux, ce sont tout le
temps ses dresseurs qui s’en occupaient.
- Et la police ? demanda Shaolan.
- Justement, il parait qu’elle est intervenue, et a pu arrêter
les dresseurs ! Mijiku, lui s’est pris de fortes amendes pour avoir
d’autant d’animaux si dangereux chez lui ! Seulement voilà
! Si les animaux étaient pris, ils seraient tués ! Des bêtes
aussi dangereuses devaient être éliminées ; les dresseurs
ont réussi à les faire s’enfuir dans la montagne ! Cette
montagne ! Celle où nous nous trouvons !
- Je comp’wends vot’we peu’w, dit un Anglais. Mais si
c’était si dangerous que cela, nous ne se’wions pas là
en t’wain de festoyer !
- Vous avez raison, dit Shaolan, qui comme les autres, avait gardé
son calme. Si ça se trouve, ce n’est qu’une rumeur, il
ne faut pas avoir peur.
Tout le monde était d’accord là-dessus. Puis les conversations
repartirent bon train, mais le pauvre Shaolan n’échappa pas
aux remarques des femmes qui avaient fini par rejoindre les hommes.
- Dites-moi Maître Li, vous avez dix-neuf ans, c’est cela ?
- Oui, confirma Shaolan.
- Et vous n’avez point d’épouse ? A votre âge ?
- Eh bien non, dit le leader en essayant de paraître décontracté.
- Ou une fiancée ? Vous devez avoir une femme dans votre cœur
depuis le temps, non ? Et vous ne l’avez toujours pas demandée
en mariage, c’est ça ?
Les regards s’étaient tournés vers une Sakura qui ne
sut plus où se mettre. Elle rougit brusquement en voyant tous ces
visages tournés vers elle. Shaolan, lui, afficha une moue quelque
peu irritée : pourquoi, à chaque fois qu’ils se rencontraient,
ces gens lui parlaient de mariage ? Comment dire, à toutes ces personnes
qui étaient époux et épouses, qu’il trouvait
le mariage sans intérêt, que pour lui, ça ne rimait
à rien à part dépenses inconsidérées
et caprices de la part de Madame ? Lui, il se convenait très bien
à jouer le joli cœur et à dresser ses chevaux sans qu’une
épouse l’appelle pour qu’il vînt dîner, ou
lui demandât d’être un peu plus présent pour elle.
Maintenant, il était en plein dilemme : apparemment, il y avait maldonne
! Comment expliquer à ces gens que d’une part, Sakura n’était
pas sa fiancée sans mettre celle-ci mal à l’aise, et
d’une autre part, leur dire qu’il n’avait pas l’intention
de se marier ?
- Je crois qu’il y a une petite méprise, commença Shaolan.
- Oh, moi je ne c’wois pas, sourit une Anglaise.
- Je vois, soupira Shaolan. Ça va être plus dur que prévu.
Cependant, un petit coup d’œil à Sakura l’empêcha
d’aller plus loin. La jeune fille avait le regard rivé sur
le sol, elle était d’un rouge pivoine, et triturait ses doigts.
Elle était hyper mal à l’aise. Shaolan remarqua une
chose : elle semblait au bord des larmes. Merde. Soudain, un éclair
traversa son cerveau : mais oui !
- En fait, je ne compte pas me marier, annonça Shaolan. J’avoue
que je n’en vois pas l’intérêt : il ne s’agit
que d’un changement de nom pour la femme.
Il prit alors la main de Sakura dans la sienne. Surprise, la jeune fille
leva son visage rouge vers lui. Le Chinois lui fit un clin d’œil,
puis poursuivit à l’adresse des convives :
- Après tout, nous sommes ensemble, et nous nous entendons très
bien, dit-il, mais le mariage… ça ne nous effleure pas l’esprit
! Car après tout, qui dit mariage, dit enfant, et j’avoue que
je ne suis pas pressé d’être réveillé presque
toutes les nuits par des pleurs !
Les invités se mirent à rire devant ces paroles tandis que
Shaolan eut une longue expiration. Ouf ! Terminer par une pointe d’humour,
c’était sans doute la clé du succès ! Il revoyait
encore leurs visages (« shocking » !) lorsqu’il avait
annoncé qu’il ne voulait pas se marier ! Son regard dériva
sur Sakura, à qui il tenait encore la main. Elle était rouge
et n’osait pas le regarder : c’était bien la peine que
pendant toute la soirée, elle se déchirait le cœur à
dire que Shaolan et elle ne formaient pas un couple ! Mais elle comprenait
aussi que c’était pour ne pas la mettre mal à l’aise
qu’il avait inventé ça. En fin de compte, il s’était
montré plutôt malin ! Et très gentil vis-à-vis
d’elle !
Le reste de la soirée s’annonça encore mieux, car ils
burent des alcools de tous les pays. Entre le saké, le vin, le champagne,
la bière, et d’autres, ils furent vite saouls. Enfin, Sakura
n’aimait pas trop l’alcool, donc, elle était juste légèrement
joyeuse. En revanche, Shaolan s’en était donné à
cœur joie ! Il avait goûté à tout, et semblait
avoir du mal à marcher droit ! Sakura restait près de lui.
En apparence, il n’avait pas l’air d’avoir bu beaucoup,
ses joues étaient un peu plus roses que d’habitude, mais rien
ne montrait qu’il avait abusé de l’alcool. Seulement,
lorsqu’il se mettait à tituber, à ne pas arriver à
aligner trois phrases, on pouvait conclure du contraire.
Shaolan était sorti un peu dans le jardin, bientôt imité
par Sakura. Il regardait les étoiles d’un air absent. Son regard
était vide, bien que ses yeux brillassent à cause de l’alcool.
Il restait ainsi debout, la tête levée vers le ciel. Lorsque
Sakura le rejoignit, il tourna son regard vers elle, et les paupières
mi-closes, lui fit un grand sourire. Trop grand. Combien de bouteilles avait-il
vidées pour avoir une tête pareille, lui qui semblait tout
le temps l’avoir sur les épaules ? Repérant un arbre,
il alla se laisser glisser le long du tronc, imité par la jeune fille
qui ne savait quoi dire ni faire. Elle lui fit un sourire timide, mais se
détendit : c’était toujours Shaolan, bourré ou
non. Il était toujours gentil.
- Tu t’es amusée ? demanda-t-il les yeux dans le vague.
- Oh oui, beaucoup ! répondit Sakura avec un grand sourire. Ces gens
sont vraiment gentils ! Ils parlent bizarrement, mais sont adorables !
- Alors tant mieux. Mais t’étais dans un sacré embarras,
non ?
Sakura comprit de quoi il voulait parler : leur soi-disant couple.
- Oh, disons simplement que… comme nous n’étions pas
ensemble, ben je voyais déjà tout le monde me regarder avec
un air de pitié… comme si c’était dramatique de
ne pas être mariée à seize ans !
Shaolan ne répondit rien et se tourna vers elle. Il était
plus lucide qu’il n’en avait l’air, mais était
quand même bien saoul.
- T’es encore rouge, remarqua-t-il. Ça serait si horrible d’être
mariée avec moi ?
Il affichait une petite mine triste.
- Oh non ! Non ! Bien sûr que non ! s’exclama Sakura. Seulement,
c’est toi que ça gênerait… Tu ne trouverais pas
d’épouse ! ajouta-t-elle d’une voix mal assurée,
comme si elle-même doutait de ce qu’elle disait.
Il y eut un moment de silence que Shaolan rompit :
- Tu es vraiment jolie, tu sais…
- Euh… merci, bégaya Sakura en essayant d’avoir l’air
naturelle, ce qui ne marcha pas du tout.
- Tu as vraiment l’air d’une déesse dans cette robe.
Qu’arrivait-il à Shaolan ? Jamais il ne lui sortait ces mots
de la bouche sans une petite rougeur ou un brin d’embarras, d’habitude
! Aïe ! Alcool ajouté à son côté coureur
de jupons ? Et s’il se mettait à la tripoter ? Et s’il
essayait d’abuser d’elle ? Reprenant son calme, Sakura dut admettre
que si Shaolan lui faisait des avances, ce serait plutôt elle qui
profiterait de lui. Elle savait que si Shaolan la poussait sur ce terrain-là,
elle ne serait pas capable de résister. Même ivre, il était
beaucoup plus doué qu’elle dans ce domaine, et saurait sûrement
comment la faire flancher.
Shaolan rompit une nouvelle fois le silence.
- Tu me trouves comment ?
- Pardon ? dit Sakura en se tournant vers lui avec de grands yeux.
- Comment tu me décrirais ?
- Eh bien, je dirais que…
Son regard se plongea dans l’ambre de ses yeux qui brillait davantage
que d’habitude en raison de l’alcool. Elle considéra
son visage en entier. Il était vraiment adorable, ses joues rougies
par l’ambiance de la fête et son regard perdu le rendaient plus
jeune qu’il ne l’était. Elle se mit à lui dire
ce qu’elle voyait.
- Eh bien, je vois un beau jeune homme. Il est jeune, gentil, attentionné,
et se comporte parfois comme un enfant. Mais lorsqu’il ne remarque
pas qu’on le regarde, il a toujours cette pointe de tristesse dans
les yeux. Comme en ce moment, souffla-t-elle en s’approchant du jeune
homme, posant sa main sur sa joue. Et pourtant, s’il sait qu’il
a quelqu’un qui se soucie de lui, il peut se montrer fort. Il a subi
une énorme épreuve, et va pourtant de l’avant. L’homme
qui a ruiné la vie de ce garçon espère sauver la sienne
en envoyant sa petite sœur pour apitoyer ce garçon par tous
les moyens possibles. Et ce garçon, bien que froid, va permettre
à la jeune fille de rester avec lui. Et ça, la jeune fille
lui en sera éternellement reconnaissante. Elle trouve que c’est
un homme admirable, adorable, et ne lui connaît presque aucun défaut.
Il passe beaucoup de temps avec ses chevaux qu’il aime et dont il
prend soin avec une tendresse adorable. Et c’est pour toutes ces raisons
que la jeune fille ne s’arrêtera jamais de l’admirer.
Et qu’elle comme à éprouver d’étranges
sentiments envers lui. Elle ne pourrait pas supporter de le voir s’éloigner
d’elle en raison de ces sentiments-là. Elle l’aime vraiment
beaucoup.
- C’est ce que tu penses ? murmura calmement Shaolan en la regardant
toujours, leurs visages très proches. Vraiment ?
- Oh que oui, répondit-elle sur le même ton, sans détacher
son regard de ses yeux.
- Alors essaie de t’en rappeler pour moi, demanda-t-il. Saoul comme
je suis, je risque d’avoir tout oublié demain. Et c’est
vraiment bête, parce que j’ai l’impression que c’est
un moment merveilleux, dont j’aimerais toujours me rappeler. Alors
si tu pouvais le garder pour nous deux…
- Bien sûr, confirma Sakura, qui se sentit soudainement un peu triste.
C’était vrai, il n’allait pas s’en souvenir. Mais
le fait qu’il semblait le regretter autant qu’elle lui réchauffa
un peu le cœur. Après tout, elle, elle s’en souviendrait.
Elle pourrait toujours le lui raconter.
Elle retint un soupir en constatant qu’elle venait de lui faire une
déclaration et qu’il n’avait pas réagi. Et qu’il
ne s’en souviendrait pas. Il y avait de quoi être dépitée.
Mais peut-être cela valait-il mieux. Autant garder cela pour elle…
pour le moment…
Reportant son regard sur le jeune homme, elle s’aperçut que
celui-ci la regardait toujours de son regard d’ambre si mystérieux.
Elle se rendit compte que sa main était toujours posée sur
la joue de Shaolan. Elle voulut la retirer, mais la laissa pourtant. Elle
aimait bien toucher cette joue. Elle était si chaude. Et Shaolan
ne semblait pas détester ce contact, bien au contraire, il avait
un instant fermé les yeux et lui avait dit que sa main était
douce. Lorsqu’il les avait rouverts, il voyait une Sakura rosissante.
Elle était vraiment mignonne. Très mignonne.
Il s’était un peu redressé pour ne pas s’endormir
contre l’arbre, en approchant toujours son visage de celui de la jeune
fille. Lui, complètement saoul, ne se posait pas autant de questions
que Sakura, au même moment. Sakura, elle, aurait volontiers ri s’il
avait s’agi de quelqu’un d’autre. Elle fermait les yeux,
se rapprochant de plus en plus du jeune Chinois, elle ne cessait de se répéter
que ce n’était pas bien, qu’il était complètement
saoul, et que ce n’était pas bien de profiter de cet état
d’ébriété. Elle pensait toujours tout cela lorsque
ses lèvres effleurèrent celles du leader.
Celui-ci embrassait avec une douceur étonnante vu son taux d’alcoolémie,
la jeune Japonaise. Lui passant une main derrière le dos et l’autre
derrière la nuque, il ne se posait pas de questions. Sa compagne,
elle, s’était arrêtée de réfléchir.
Seule une dernière pensée lui revenait sans qu’elle
n’en tînt compte. Non, ce n’est vraiment pas bien de profiter
de lui quand il est saoul, se répéta-t-elle une dernière
fois tandis qu’elle passait ses bras autour du cou du Chinois pour
approfondir davantage ce baiser.
Heureusement que leurs hôtes avaient prévu que l’alcool
ferait des ravages ; tous les invités restaient dormir, la plupart
de la gente masculine n’était pas très prête pour
reprendre la route. Le trajet jusqu’aux futons fut laborieux. Sakura
restait derrière Shaolan au cas où celui-ci s’écroulerait,
ce qui avait failli être le cas à un tournant (Shaolan voyait
dédoublé, et allait droit sur l’angle). Finalement,
Shaolan se laissa tomber sur sa couche, tandis que Sakura profitait de l’obscurité
pour se changer. Elle rangea précieusement la robe de Tomoyo, et
enfila un yukata qu’elle attacha avec une simple ceinture de tissu
(comme un peignoir, quoi). Elle se glissa ensuite sous ses couvertures,
épuisée par sa journée. Si elle récapitulait,
elle accompagnait son maître à une réception, elle se
baladait seule dans Edo, revoyait Kazuhiko qui tenta d’abord de la
convaincre qu’elle était de leur côté, puis dans
un deuxième temps d’abuser d’elle. Shaolan la sauva bien
qu’elle aurait pu s’en sortir seule, puis ils se rendirent à
cette réception. Là où elle se rendit compte qu’elle
était amoureuse de son maître. Puis après être
rouge toute la soirée, elle avait en grande partie avoué à
Shaolan qui ne se souviendrait de rien qu’elle l’aimait, puis
elle avait profité du baiser que celui-ci lui avait donné.
Effectivement, après tout ça, dormir lui ferait le plus grand
bien.
Lorsqu’elle se tourna entre ses couvertures, elle aperçut Shaolan.
Il ne bougeait pas. Un vague sentiment de culpabilité s’empara
d’elle. Non, ça n’était vraiment pas bien du tout
d’avoir profité du fait que le jeune homme avait trop abusé
de l’alcool. Elle se mordit la lèvre inférieure. Elle
se retourna encore une fois pour tourner le dos à Shaolan. Mais bon
sang, qu’est-ce qui lui avait pris ? Comme si elle avait hésité,
en plus ! Elle lui était complètement tombée dans les
bras, ne lui avait opposé aucune résistance !
A trop cogiter, elle ne trouvait pas le sommeil. Cependant, elle entendit
un bruit provenant du côté de son dos. Shaolan s’était
mis à rire tout seul. Elle ne sut alors pourquoi, peut-être
était-ce une trop grande bouffée de tendresse, d’adoration,
ou d’amour, mais un grand sourire apparut sur son visage en entendant
ce rire, tandis qu’elle serrait ses couvertures comme un doudou. Ah,
Shaolan ! Même totalement ivre, il la fascinait ! Et puis, être
embrassée par le garçon dont on était amoureuse, c’était
un vrai rêve ! Finalement, tout sentiment de culpabilité s’envola,
et Sakura s’en alla tranquillement au pays des rêves.
*~*~ §~*~*
Sakura, après un dernier au revoir aux Occidentaux, monta –
aidée de Shaolan – sur Fleur des Montagnes. Shaolan lui avait
passée une tenue un peu plus adaptée que le kimono pour monter
à cheval. Il s’agissait d’un pantalon moulant s’arrêtant
à mi-mollet, tandis qu’une tunique (en fait, qui pourrait s’apparenter
à un yukata s’arrêtant à mi-cuisse) lui tombait
sur les jambes lorsqu’elle était assise. Sakura devait le reconnaître,
c’était bien plus plaisant de chevaucher ainsi qu’avec
son kimono qu’elle devait rajuster tout le temps.
Elle suivait tranquillement Shaolan, qui avait encore la gueule de bois.
En effet, au moindre bruit un peu fort, le pauvre se plaquait les mains
sur ses oreilles, les dents serrées. Sakura ne pouvait s’empêcher
de sourire chaque fois qu’il faisait de drôles de mimiques.
Et comme elle l’avait prévu, Shaolan ne se souvenait pas de
grand-chose sur la soirée de la veille. Mais elle ne culpabilisait
pas. Après tout – même s’il était complètement
saoul – c’était Shaolan qui avait commencé, elle
n’avait fait que répondre à l’invitation. L’argument
n’était pas terrible, il fallait le reconnaître, mais
c’était toujours ça.
Sur le trajet, Shaolan se montrait tellement enthousiaste au fur et à
mesure que sa migraine passait, que Sakura se demandait ce qu’il préférait
dans cette excursion : la soirée avec les Occidentaux, ou bien la
source chaude ? Vu l’air très heureux du jeune homme, elle
en conclut que la seconde hypothèse était sans doute la bonne.
Shaolan était tout à fait détendu, regardant en l’air,
à droite, à gauche, lâchant ses rênes pour s’étirer.
Sakura, elle, n’avait tout de même pas le courage de lâcher
ses rênes ne fût-ce qu’une seule seconde ! Ils continuaient
leur route, montant toujours dans une forêt qui sentait la fraîcheur
du matin. La source était en pleine montagne, et d’après
les domestiques, rien de tel que la montagne pour se détendre ! Puis
Sakura repensa aux discutions de la veille au sujet du domaine Mijiku et
des animaux féroces échappés dans cette montagne. Certes,
elle se disait que ce n’était qu’une rumeur, et de toute
façon, si ces animaux se montraient, elle saurait comment réagir
! Habituée à vivre dans la forêt, elle connaissait les
bêtes et savait comment s’y prendre avec elles. Sakura eut un
sourire en pensant que l’homme qu’elle aimait dressait le seul
animal dont elle avait peur !
Continuant leur chemin, ils parlèrent un petit peu, Shaolan demanda
à Sakura s’il n’avait rien fait de mal lorsqu’il
était saoul (car il savait qu’il s’était saoulé).
Sakura lui répondait que non, qu’il avait été
irréprochable, mais ne parvenait pas à dissimuler son sourire
un brin moqueur, ce qui ne plaisait pas du tout à Shaolan, qui la
regardait alors avec un air suspicieux.
- Toi, tu ne me dis pas tout, dit Shaolan avec un index accusateur.
Il chevauchait devant Sakura, mais s’était finalement mis à
la gauche de la jeune fille pour ne pas être retourné tout
le temps.
- Bien sûr que si, enfin, tenta de dire Sakura, que tout trahissait.
- Rien qu’à voir ta tête, on peut être certain
du contraire ! Dis-moi ce que j’ai fait !
Sakura eut un sourire. Après tout, autant s’amuser !
- Eh bien on est allés dehors, sous les arbres. Là, tu m’as
demandé de t’épouser, et ensuite tu as insisté
pour qu’on fasse notre nuit de noces le soir même !
Shaolan resta silencieux un instant, la bouche ouverte.
- Tu mens, dit-il finalement.
- Exact, confirma Sakura qui n’était pas étonnée
un seul instant qu’il l’eût percée à jour.
Mais pour te rassurer, tu n’as rien fait de mal. Au contraire, tu
pouvais parler très sérieusement. Enfin, sauf au moment de
te coucher, où tu t’es mis à rire tout seul ! Ça,
c’était plutôt drôle !
- C’est tout ? dit Shaolan d’un air soupçonneux. Je n’ai
rien fait d’immoral ? Comme par exemple, vomir sur un invité,
ou embrasser quelqu’un ?
- Noooooooooooooon, dit Sakura en regardant ailleurs. Bien sûr que
non, sinon je te l’aurais dit !
- Justement, tu ne me dis pas tout, répliqua Shaolan. Et vu la façon
dont tu as détourné les yeux, j’en conclus que soit
j’ai vomi sur quelqu’un soit je l’ai embrassé,
ou alors j’ai fait les deux !
Sakura ne peut s’empêcher d’avoir une petite moue boudeuse.
C’était le risque quand on ne savait pas mentir. Bon, quand
le vin était tiré, il fallait le boire ! Autant arranger un
peu les choses, tant qu’à faire.
- D’accord, j’avoue, dit-elle en soupirant. Tu n’as vomi
sur personne, mais tu as bel et bien embrassé quelqu’un. Quelqu’un
qui était aussi un peu éméché. Moi.
- T… Toi ? fit le jeune homme incrédule. Mais non, c’est
impossible, tu ne m’aurais pas laissé faire !
- Je t’ai dit que j’étais un peu éméchée.
Bon, pour tout te dire, j’étais très joyeuse après
tous ces alcools, mais pas autant que toi ! On est allés dans le
jardin, on s’est assis, et on a parlé. Je ne sais plus de quoi,
d’ailleurs, parvint-elle à lui faire gober. Et puis, tu m’as
embrassée.
Shaolan restait silencieux en le regardant, un sourcil plus haut que l’autre.
Voyant la rougeur sur les joues de la jeune fille, il en conclut qu’elle
disait vrai.
- Dois-je te présenter des excuses ? demanda-t-il.
- Ce n’est pas la peine, répondit Sakura avec un sourire. Après
tout, je t’ai embrassé sans te donner des explications très
claires, il n’y a pas si longtemps.
Il y eut un silence. Comme s’ils remontaient le long d’un fil,
le baiser sans explication faisait penser à Toya et la mission de
Sakura, ce qui les ramenait à la rencontre avec Kazuhiko.
- Ne t’en fais pas, dit Sakura en regardant droit devant elle. Je
les hais. Jamais ne tenterais de faire quelque chose pour eux. Qu’ils
se débrouillent. Ils m’ont lâchement envoyée faire
la prostituée, ils ne se soucient pas de moi. Alors j’ai décidé
de ne pas me soucier d’eux. Pour moi, ils n’existent plus. Je
ne les connais plus. Libre à toi de vouloir les tuer, moi je ne m’en
mêlerai pas.
- C’est vraiment aussi simple que tu le dis ? fit Shaolan. Malgré
toutes les horreurs qu’il a commises, il restera toujours ton frère.
Tu auras beau dire que tu l’ignoreras, ça sera faux. C’est
ton frère. Tu l’as aimé pendant des années ;
crois-tu que tu puisses effacer ça du jour au lendemain ? Non. Et
je ne te blâme pas, parce que c’est tout à fait normal.
Le dilemme est dur, n’est-ce pas ? Tu les détestes pour ce
qu’ils nous ont fait, à toi ainsi qu’à moi. Et
pourtant, lorsque je parle de les tuer, tu sembles faire ta mission. comme
ils te l’ont demandé. Quelque part, même si tu les détestes,
tu cherches à les épargner. Et c’est tout à fait
normal. Seul le temps pourra t’aider à les oublier.
- A t’entendre, on dirait que toi aussi tu veux les épargner,
dit Sakura.
- Je me mettais simplement dans ton point de vue. Je les tuerai, ça,
tu peux en être certaine ! Sans nul doute, ça ne te fera pas
plaisir, mais je veux venger ma famille. Pourquoi laisserais-je la vie à
cet assassin qui a pris celles de ma mère et de mes sœurs ?
Pour moi, qu’il reste en vie est une injustice ! Il n’y a qu’en
le tuant que je serai tranquille.
Après un moment de silence, il ajouta :
- Mais si nous ne voulons pas nous plomber l’ambiance ainsi que notre
petite excursion, évitons ce sujet !
- Oui, entendu ! dit Sakura avec un grand sourire.
Les chevaux s’arrêtèrent soudainement. Malgré
les ordres de leur cavalier, ils refusèrent de faire un pas de plus.
Au contraire, ils commencèrent même à faire des pas
en arrière, à la plus grande frayeur de Sakura. Shaolan était
plus calme qu’elle. Il n’avait pas peur du tout. Il se demandait
ce qui pouvait bien effrayer son propre étalon qui d’habitude,
ne manifestait pas autant sa peur. La réponse vint d’elle-même
lorsque Shaolan poussa un cri de douleur en sentant d’énormes
crocs se planter avec force dans son bras gauche.
Un énorme molosse venait de sauter d’un rocher et avait réussi
à bien amocher le bras du Chinois qui tomba de son cheval. (Genre
Gollum dans « le Retour du Roi », à la Montagne du Destin
!). Au milieu des cris des deux jeunes gens, les chevaux se cabrèrent,
ruèrent, complètement paniqués. L’adolescente
tomba à terre à son tour, tandis que dans la panique, les
équidés se retrouvèrent vite coincés : Oiseau
des Nuages se retrouva les rênes entortillées à une
branche d’arbre, à la merci de l’énorme chien,
tandis que Fleur des Montagnes avait la jambe coincée entre deux
blocs de pierre. Paniquant, la jument ne faisait que s’écorcher
la jambe.
Shaolan se releva douloureusement, et voyant ses chevaux dans une piètre
situation, il ne pensa qu’à aller les secourir, faisant abstraction
du chien qui était toujours là. Un chien qui avait un collier.
Serait-ce un animal du domaine Mijiku ? Sakura ouvrit alors les yeux d’horreur
en entendant plusieurs grognements autour d’elle. Ils étaient
cernés par ces molosses. Des animaux entraînés à
attaquer. Sakura attrapa vite une grosse branche posée par terre,
prête à se défendre. Elle n’avait pas vu que Shaolan,
le bras dégoulinant de sang, se précipitait vers ses chevaux.
Seul un nouveau cri de la part du jeune homme le lui montra. Le chien venait
de le mordre lui flan. Shaolan flanqua un grand coup de pied à la
bête, qui s’apprêta à l’attaquer de nouveau,
mais se reçut un énorme coup de branche. Il grogna, montrant
ses crocs, et bondit sur Sakura qui lui asséna un autre coup en plein
dans la tête (désolée pour les amis des bêtes
!) tandis que Shaolan s’occupait d’aider Fleur des Montagnes,
qui avait plus à craindre que Oiseau des Nuages pour le moment. Malgré
ses blessures, il éclata les blocs de pierre avec son poing droit
(vous savez, comme dans Ranma ½ !), et parvint à attraper
les rênes de Fleur des Montagnes avant que celle-ci n’en s’enfuît.
Puis, il alla s’occuper de Oiseau des Nuages, tandis qu’il tenait
toujours les rênes de la jument de sa main gauche.
Sakura le couvrait. Munie de sa grosse branche, elle en donnait des grands
coups aux chiens qui s’aventuraient trop près d’elle.
Le premier qui osait s’approchait s’en prenait une à
travers les dents ! Elle eut même l’idée de prendre des
morceaux courts mais assez épais, et de les leur fourrer dans la
gueule, chose qui était assez risquée. Mais elle y était
parvenue. Mais le meilleur moyen était d’utiliser le feu. Oui,
ça, ils en avaient peur ! Mais où trouver du feu dans un moment
et un endroit pareils ? Si elle relâchait sa vigilance, les chiens
en profiteraient pour les attaquer !
Ce fut à ce moment qu’un des molosses tenta une offensive sur
les chevaux. Shaolan ramassa la première chose qui lui tomba sous
la main – une pierre – mais n’eut pas le temps de la lancer,
car l’animal venait de se faire éjecter par deux énormes
coups de sabot. Les chevaux, suivant leur instinct, n’avaient pas
réalisé qu’ils venaient de sauver leur vie. Ils avaient
peur, point. Et ils éloigneraient tout ce qui serait susceptible
de leur faire du mal. Sakura se dit qu’être près des
équidés n’était pas une si mauvaise idée.
Pour une fois, elle devait oublier d’en avoir peur alors que c’était
précisément à ce moment qu’ils étaient
le plus dangereux. Elle regarda alors par terre. Des brindilles, et la pierre
que Shaolan avait lâchée. Elle pouvait tenter quelque chose.
Elle le devait.
Elle entendit alors un drôle de son venant de derrière elle,
comme si quelqu’un avait voulu dire quelque chose mais en avait été
empêché. Elle se retourna vivement pour découvrir que
Shaolan s’effondrait. Il semblait encore conscient, mais pour combien
de temps encore ?
Elle donna alors un coup plus fort à un des chiens qui ne s’était
même pas avancé, comme pour leur dire de s’en aller.
Elle s’accroupit alors en toute vitesse, prit la pierre qu’elle
frotta contre une autre au-dessus des brindilles. Allez ! Elle avait toujours
allumé le feu ainsi pendant des années, presque toujours du
premier coup ! Pourquoi, comme par hasard, en cas d’extrême
urgence, ça ne marchait pas ? Allez, bon sang ! Les dents serrées,
les mains moites, elle tremblait de rage et de peur. Vite ! Vite ! Elle
voyait les petites étincelles qui naissaient du frottement des deux
pierres, mais elles n’enflammaient toujours pas les brindilles ! Merde
! Allez, elle y était presque, elle le sentait !
Un grognement la ramena à la réalité. Relevant les
yeux, elle aperçut les crocs d’un molosse qui ne devait être
qu’à deux mètres d’elle. Oh non ! Non ! Pas maintenant
! Elle y était presque !
Elle ferma les yeux, sachant que le chien allait bondir d’un instant
à l’autre. Elle allait mourir ainsi ? Un grand aboiement, suivi
du bruit des feuilles lui indiqua que le chien venait de sauter. Un autre
bruit, suivi de beaucoup d’autres aboiements. Sakura ouvrit les yeux.
Le chien avait à nouveau les crocs plantés dans le corps de
Shaolan, sur son avant-bras gauche. Le jeune homme avait pu glisser à
temps devant la Japonaise. Cette dernière ouvrit grand les yeux en
voyant ce spectacle, le sol presque imbibé du sang de son compagnon.
Seigneur ! Elle entendit les grognements des autres canins qui avaient compris
qu’ils pourraient sans doute en manger au moins un ! Et, comme si
le destin daignait enfin écouter Sakura, la jeune fille réussit
à enflammer ses brindilles. Elle reprit son énorme branche,
et en enflamma le bout. Très vite, la flamme grandit. Là,
les chiens reculèrent. Mais Sakura ne s’arrêta pas là.
Elle enflamma d’autres branches qu’elle leur envoya dessus (style
Aragorn dans la Communauté de l’Anneau !). Les chiens se montrèrent
d’abord plus violents, puis repartirent, certains ayant une partie
du corps calcinée, voire brûlée.
Ouf, c’était fini. Sakura, les jambes en coton, se laissa tomber
à terre. Shaolan n’était plus à ses pieds ; il
avait rampé jusqu’à ses chevaux, qui s’étaient
à peu près calmés depuis qu’il les avait rejoints.
Oiseau des Nuages étant un étalon, il était beaucoup
plus nerveux que Fleur des Montagnes – qui avait la jambe écorchée
– et donc, bien plus difficile à calmer. Mais Shaolan l’ayant
élevé depuis sa naissance, c’était beaucoup plus
aisé pour lui que pour quiconque aurait essayé de s’approcher
de l’animal à ce moment-là.
Sakura se releva alors, et s’agenouilla auprès de Shaolan.
Le pauvre avait tout le bras gauche en sang, ainsi que son flan droit, vers
l’avant du corps. Mais il ne semblait pas sans soucier. Incapable
cependant de se mettre debout, il avait levé les bras vers ses chevaux,
et ceux-ci avait réfugié la tête dans son cou, comme
auraient pu le faire des êtres humains. Sakura l’entendait murmurer
des « C’est fini, c’est fini, maintenant… »
alors qu’il resserrait ses bras autour de leur encolure. Il dut cependant
les lâcher lorsque Sakura le supplia de lui laisser voir sa blessure.
Sakura se mordit les lèvres en voyant tout ce sang.
- Oh non… murmura alors Shaolan. J’en ai assez…
Se demandant de quoi il voulait parler, Sakura leva les yeux. Devant eux,
à à peine une trentaine de centimètre se dressait un
grand serpent, qui les fixait avec des yeux de dément (Après
le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, lol !). Oh non ! En plus, ce n’en
était pas un d’inoffensif ! Ben non, ç’aurait
été trop simple ! pensa amèrement Sakura. Surtout,
il fallait garder son calme. C’était la clé. Cependant,
elle sentit les chevaux nerveux. Ils voulaient s’enfuir loin de cette
chose rampante. Cependant, Sakura s’aperçut que Shaolan les
tenait fermement, et restait immobile. Bien. Elle qui connaissait les animaux,
pourrait s’occuper de celui-ci sans problème.
Elle déplaça très lentement sa main droite vers le
côté droit. Bien. Elle devait être rapide. Elle farfouilla
deux secondes dans les feuilles avec ses doigts. Immédiatement, le
serpent se précipita sur la main de Sakura que celle-ci releva tout
de suite, puis attrapa la bestiole par le cou, juste sous le tête,
avec son pouce et son index tenant bien le bas du crâne. La bête
ne pouvait plus la mordre. Il claquait ses mâchoires dans le vide.
Tout de suite, Sakura prit un pan de sa tunique et approcha la tête
du serpent. Instinctivement, il mordit dedans. Sakura attendit un moment,
puis éloigna le serpent de sa tunique et le jeta au loin, il était
devenu inoffensif. Il avait déchargé tout son venin dans la
tunique qu’il avait mordue.
Sakura regarda aux alentours pour vérifier qu’il n’y
avait plus d’autre animal dangereux. Heureusement non. Alors cette
rumeur sur le domaine Mijiku était vraie. Des animaux aussi agressifs
ne pouvaient agir comme ça. Ils avaient dû être élevés
ainsi.
Elle se tourna vers Shaolan. Lui regardait quelque chose de précis
qui était à terre. Une flaque de sang. Mais ce n’était
pas le sien. Le sang de Shaolan était plus foncé que celui
qui composait cette flaque. Elle échangea un regard effaré
avec le jeune homme. Ils avaient compris que ce sang avait été
transporté par un des chiens. Qui avaient-ils attaqué ? Et
si une personne était à l’agonie ?
Shaolan parvint à se lever. Tenant dans sa main droite les rênes
des chevaux tandis que son bras gauche pendait tristement, il fit comprendre
d’un regard à Sakura qu’il était parfaitement
capable de la suivre. Celle-ci ramassa une des branches enflammées
et passa devant Shaolan. Considérant la tâche de sang, elle
regarda autour d’elle. Il y en avait une autre. Et plus loin, encore
une. Et ainsi de suite. Suivant les tâches de sang, Sakura se sentait
mal, prête à vomir. Rien d’étonnant à cela
: une meute de chiens qui ne savaient qu’attaquer, puis un serpent,
et enfin, la perspective de découvrir un cadavre frais !
Sakura se figea sur place, tout comme Shaolan. Il y avait en effet un cadavre.
Mais pas humain. C’était une louve. Elle ne semblait même
pas avoir été dévorée. Simplement tuée.
Elle baignait dans une flaque de sang. Mais quelque chose de plus horrible
frappait les deux jeunes. C’était la portée de louveteaux
qui étaient aussi morts, contre le ventre de leur mère.
Sakura échangea un regard avec Shaolan. Celui-ci gardait les yeux
baissés sur les cadavres. Sakura se précipita vers eux. Ça
le répugnait, mais elle les toucha quand même. Ceci lui rappelait
un drame qui s’était déroulé avec des humains.
Un jeune homme dont toute la famille avait péri à cause d’une
bande d’assassins. Mais le plus jeune avait tout de même survécu,
il se tenait à ses côtés ! Pourquoi n’en serait-il
pas de même pour un de ces louveteaux ?
Elle vit une des fourrures bouger. Etait-ce le vent ? Ou bien ce petit était
vivant ? Sakura le prit dans ses mains, et regarda attentivement la petite
boule de poils qui était recroquevillée. Elle était
tâchée de sang, mais ne portait aucune trace de morsure, contrairement
à ses frères et sœurs. Il tremblait. Il était
vivant.
Les yeux brillants et pleins d’espoir, Sakura se tourna vers Shaolan
qui n’avait cessé de l’observer. En la voyant avec le
petit animal dans les mains et un faible sourire commencer à apparaître
sur son visage, il comprit. Devant un regard interrogateur de la part de
la jeune fille, il mit sa tête sur le côté, un sourcil
plus haut que l’autre, un sourire en coin. Bien sûr qu’ils
l’emmenaient ! Quelle question !
Le sourire de Sakura s’afficha franchement et elle se voulut se précipiter
vers Shaolan pour le remercier, lorsqu’elle se souvint dans quel état
se trouvait le jeune Chinois. En effet, une jolie flaque de sang s’était
formée à ses pieds, et ses blessures s’égouttaient
régulièrement. Effarée, elle leva les yeux vers lui
:
- Le chalet est-il encore loin ? Si oui, nous devrions faire demi-tour !
- Non, la rassura Shaolan. Il est tout proche. Et puis il est plus pratique
de retourner à notre domaine en partant du chalet. Nous n’aurons
qu’à descendre la montagne.
- A combien est-il ? s’enquit Sakura.
- A cinq minutes à cheval, sourit tristement le jeune homme, sentant
toute l’ironie de la situation.
A cinq minutes près, ils auraient pu éviter ce bain de sang
et ces frayeurs. Oui, mais dans ce cas, ils n’auraient jamais pu venir
en aide à ce petit loup. Toujours dans les bras de Sakura qui lui
apportaient de la chaleur, l’animal ouvrit les yeux. Sakura ne put
s’empêcher de fondre en voyant ses yeux d’ambre. Tout
le monde lui rappellerait donc qu’elle était complètement
folle de Shaolan ? Pourquoi cette petite bête avait les mêmes
yeux que lui ? C’était injuste !
Lorsqu’ils se remirent en route, Sakura demanda à Shaolan de
monter sur un des chevaux, mais celui-ci répondit que sa blessure
au flan l’en empêchait. Enfin, en cinq minutes, ils atteignirent
le chalet. Ils passèrent devant la source naturelle d’eau chaude
que Shaolan regarda avec envie. Sakura tenait à soigner Shaolan,
mais celui-ci voulait d’abord s’occuper de ses chevaux, en particulier
de la jambe de Fleur des Montagnes. Légère bouderie de la
part de Sakura, qui de toute façon ne pouvait rien faire pour l’en
empêcher. Mais franchement, quel imbécile ! Il était
blessé et ne pensait qu’aux égratignures d’un
de ses chevaux ! Mais en même temps, elle pouvait voir à quel
point il les aimait. Oui, il aimait vraiment ces chevaux. Il n’était
pas seulement quelqu’un qui faisait accoupler ses meilleurs étalons
et ses meilleures juments. Il aimait tous ses chevaux. Tous. Il ne les considérait
pas comme des animaux, ça se voyait bien. Sakura se dit que s’il
avait des enfants, il les aimerait comme il aimait ses chevaux. Sincèrement.
Ah, si c’était elle qui pouvait porter ses enfants ! se mit-elle
à rêvasser. Woé ! Calme-toi Sakura ! Surtout freine
tes pensées avant de commettre mentalement l’irréparable
!
De son côté, Shaolan avait déchiré un morceau
de sa chemise – qui était désormais foutue – et
avait voulu aller le mouiller dans la source chaude. Heureusement que la
blessure de la jument était bénigne ! Un moment il avait eu
peur, mais finalement, elle allait bien. Et Sakura l’avait impressionné.
Elle qui était terrifiée à l’idée de monter
à cheval, elle gardait son sang-froid face à une meute de
chiens entraînés à attaquer et à un serpent !
Décidément, elle ne cesserait jamais de l’étonner
! Et puis, elle lui avait sauvé la vie. Et ça, il ne l’oublierait
pas de sitôt.
Shaolan fit une grimace lorsqu’il s’agenouilla devant l’eau.
Sa blessure était plus profonde qu’il ne l’avait pensé.
Bah, qu’importait ! Il était toujours en vie, après
tout, ça n’était pas si mal ! Il plongea le morceau
de tissu dans l’eau, et le porta sur l’écorchure de la
jument. Il se rassura encore une fois en constatant qu’elle n’avait
rien de grave. Ah, ses chevaux ! On aurait dit qu’ils l’avaient
compris. Un cheval normal se serait enfui depuis longtemps devant tous ces
chiens et ce serpent. Mais eux, lorsqu’il leur avait pris les rênes
pour qu’ils restassent, ils n’avaient pas opposé tant
de résistance. C’était vraiment des animaux exceptionnels
! C’étaient ses chevaux, et il fut fier lorsqu’il se
rendit compte que leur obéissance et leur intelligence étaient
dues à son travail et sa patience avec eux. Ça serait bien
si Sakura en avait moins peur, elle pourrait voir tous leurs mérites.
Shaolan ouvrit grand les yeux en se cramponnant à sa blessure. Son
corps se raidit soudainement alors qu’il crachait une gerbe de sang.
Il s’effondra alors sur le sol, inconscient, tandis que Oiseau des
Nuages, en étalon bien dressé et intelligent qu’il était,
se mit à hennir bruyamment, et retourna vers le chalet.
Sakura, voyant Oiseau des Nuages venir vers elle, se mit à paniquer.
Le cheval était tout seul ? Impossible, il y avait un problème
quelque part ! Elle se précipita vers la source, et découvrit
Shaolan, inconscient sur le sol, Fleur des Montagnes soufflant dans son
cou. Elle accourut auprès du jeune homme, et lui mit la tête
sur ses genoux en lui tapotant les joues, affolée. Il ouvrit lentement
les yeux. Sakura le serra alors contre elle, soulagée. Lorsqu’elle
le libéra de son étreinte, elle soupira, et essuya une traînée
de sang qui partait de la bouche du jeune Chinois. Lorsque ses doigts effleurèrent
ses lèvres, elle ne fut pas la seule à rougir. Shaolan allait
refermer les yeux, mais Sakura le secoua un petit peu. Elle s’apprêtait
à lui faire la morale, mais s’abstint pour deux raisons : une
domestique n’avait pas à faire la morale à son maître
– même si elle savait qu’ils n’avaient pas vraiment
cette relation – et ensuite, Shaolan avait pertinemment vu la réprobation
dans ses yeux.
Pour se lever, Shaolan eut recours à un stratagème astucieux.
Oiseau des Nuages avait baissé la tête, et Shaolan s’était
cramponné à la crinière. Puis, une fois que l’animal
eut relevé sa tête, Shaolan put se redresser. Heureusement
que le leader avait utilisé cette technique car Sakura ne savait
pas comment elle aurait pu le transporter : du côté droit,
elle aurait pu aggraver sa blessure sur le flan, et du côté
gauche, ç’aurait été son bras en charpie !
Arrivant à l’intérieur de la cabane, Sakura l’installa
dans un des futons qu’elle avait préparés lorsque Shaolan
était parti soigner ses chevaux. Le louveteau dormait en boule près
de la tête de Shaolan qui ne put s’empêcher de grimacer
de douleur. Sakura lui déchira entièrement la manche gauche,
et eut une exclamation étouffée lorsqu’elle aperçut
les blessures. Seigneur ! Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était
passer de l’eau. Même des herbes ne pouvaient soigner une telle
blessure, il fallait attendre que ça cicatrisât. Elle prit
donc un seau, et alla prendre de l’eau dans la source, puis revint
auprès de l’homme qu’elle aimait. Elle lui prodigua des
soins sous les yeux presque fermés du jeune homme qui semblait serein.
Elle déchira encore des morceaux de la chemise qui n’étaient
pas ensanglantés, et s’en servit comme bandage. Elle put s’occuper
de nettoyer les plaies, notamment celle sur le côté droit.
Puis, elle conseilla à Shaolan de dormir.
En sortant, elle se rappela que Oiseau des Nuages et Fleur des Montagnes
n’étaient pas dans l’enclos qui leur était réservé.
Comment pouvait-elle les faire aller dedans ? Elle n’était
pas Shaolan qui passait son temps avec eux et savait comment ils fonctionnaient.
Elle s’aperçut alors qu’en chevaux bien dressés
qu’ils étaient, ils ne s’étaient pas éloignés
de la cabane. Ils broutaient paisiblement.
Elle s’approcha alors de Oiseau des Nuages, et lui saisit la crinière.
Elle fit un pas vers l’enclos qui était ouvert, et fut satisfaite
de constater que le cheval lui avait tout de suite emboîté
le pas, marchant paisiblement, ses crins toujours dans la main de Sakura
qui ne cessait de répéter « Bien… Là…
Gentil, c’est bien… ». Fleur des Montagnes les avait suivis,
et pénétra dans l’enclos juste après Oiseau des
Nuages. Sakura referma la porte et escalada la clôture. Elle alla
dans la cabane, et aperçut que Shaolan s’était endormi,
ce qui n’avait rien d’étonnant. Mais elle avait peur
qu’il commençât à avoir de la fièvre ;
que ferait-elle dans ce cas ? Elle préférait ne pas y penser.
Dans les bagages qu’ils avaient enlevé du dos des chevaux,
Sakura sortit une serviette. Vérifiant que Shaolan dormait bien,
elle se déshabilla et s’enroula dedans, puis se dirigea vers
la source. Elle découvrit une première version de l’extase
lorsqu’elle se laissa glisser dans l’eau chaude.
Une vingtaine de minutes plus tard, Shaolan arriva, encore habillé,
au bord de l’eau.
- Tout va comme tu veux ? sourit-il faiblement.
- Shaolan ! s’exclama la jeune fille en plaquant ses poings contre
sa poitrine par réflexe pudique. Mon dieu, mais tu es blessé,
tu aurais dû rester couché plus longtemps ! Regarde-toi, tu
es épuisé !
- Ne t’inquiètes pas, je suis solide, répondit-il. J’ai
déjà survécu à une fièvre de cheval doublée
d’un traumatisme psychologique – à savoir le meurtre
de ma famille – alors je pense qu’une petite morsure ne me tuera
pas.
Sakura fronça les sourcils :
- Premièrement, ce n’est pas une petite morsure, mais trois
grosses plaies qui t’ont déchiré la peau ! Ensuite,
tu pourrais avoir de la fièvre, et pour finir, ce n’est pas
une raison pour se lever alors qu’on tient à peine debout !
- On dirait Tomoyo, sourit Shaolan. Elle a de l’influence, mine de
rien ! Ça te dérangerait si je venais faire trempette, moi
aussi ?
Il avait eu un petit sourire de gamin qui veut se baigner avec sa mère.
Il avait dû vite comprendre qu’elle ne savait pas résister
à ce sourire.
- Qui est le maître, et qui est le domestique ? demanda ironiquement
Sakura, donnant à Shaolan sa réponse.
- Merci bien !
Sakura tourna alors brusquement la tête dans un mouvement pudique,
les joues rouges. Shaolan avait déjà amené sa serviette,
et enlevait son pantalon. En entendant le Chinois rire, elle comprit qu’il
se moquait d’elle. Imbécile ! Il n’y avait pas de quoi
rire ! Pourquoi était-elle tombée amoureuse de lui ? Etait-ce
bien elle qui la veille, avait déclaré mentalement qu’elle
était heureuse de savoir qu’elle aimait un homme tel que lui
?
Un bruit dans l’eau lui indiqua qu’elle pouvait se retourner.
Avec pour seul vêtement une serviette autour de la taille, Shaolan
s’était laissé aller contre un rocher, et soupirait
d’aise. Sakura ne pouvait empêcher ses yeux de dévier
sur son torse. Il était… parfait ! Bien proportionné,
de jolis abdominaux ! On les voyait, mais ils n’étaient pas
trop voyants non plus. Les tas de muscles, ça lui faisait peur !
Bref, elle aurait pu admirer ce corps tout à loisirs si les bandages
tâchés de sang ne venaient tout gâcher.
Shaolan avait les yeux fermés, profitant de la température
de l’eau. Lorsqu’il ouvrit un œil, ce fut pour apercevoir
une Sakura qui le regardait. Elle rougissait ? Pourtant ça ne devait
pas être la première fois qu’elle voyait un torse d’homme.
Entre son frère et toute la bande, il doutait fort que ces derniers
eussent de la pudeur à montrer leur poitrine d’homme à
la jeune fille. Pourquoi Sakura rougissait-elle ainsi ? Ah oui, ses blessures
! Il fallait avouer que ça ne devait pas être joli à
voir, rien qu’à en juger par la douleur qu’elles lui
inspiraient. Mais ça, il s’abstint d’en parler à
Sakura. Elle l’avait sauvé et soigné, ça suffisait,
non ?
Sans beaucoup se parler, ils restèrent un petit moment à se
prélasser dans le bain, lorsque Shaolan décida de retourner
s’allonger, éreinté. Avant de repartir, il félicita
Sakura d’avoir réussi à mettre les chevaux dans l’enclos.
Puis il était reparti en direction de la cabane.
Sakura s’étira, encore un peu rouge. Elle s’était
toujours doutée que Shaolan avait des muscles, mais là, waw
! On en mangerait ! Idée qui n’était pas si farfelue
si on la prenait au premier degré, s’amusa-t-elle à
penser. Shaolan étant parti, elle desserra un peu sa serviette, puis
l’ôta finalement complètement pour profiter d’un
vrai bain en plein air. Ah, le pied ! Et la montagne, quel calme ! Les chiens
n’oseraient plus s’approcher d’eux, ils avaient pu sauver
la vie d’un louveteau, ils n’avaient à priori rien à
craindre. Levant la tête, Sakura s’aperçut que si. Les
énormes nuages qui commençaient à former une spirale
annonçaient clairement qu’une tornade se préparait,
mais qu’elle ne serait pas là avant une ou deux heures. Bah,
il y avait une cave sous la cabane où ils se réfugieraient
le temps que ça passe, et puis ça n’allait pas être
une grosse tornade. Retournant son visage vers l’eau, elle poussa
un cri strident. Un singe était posé sur un des rochers et
lui avait pris sa serviette avec laquelle il s’était mis à
jouer.
Shaolan venait à peine de remettre son pantalon lorsqu’un
cri de jeune fille en détresse se fit entendre. Quoi ? Que se passait-il
? Sakura se faisait attaquer ? Pas les chiens, quand même ! Mais quoi
? De nouveaux serpents ?
Shaolan se précipita vers la source, affolé. Seigneur, mais
que se passait-il ? Arrivant à l’eau, il commença à
marcher dedans, cherchant Sakura. Enfin, il la vit. Elle était de
dos, nue, et tremblait. Que s’était-il passé ? S’approchant
en pataugeant dans l’eau chaude, il l’interpella en lui posant
une main sur l’épaule, s’efforçant de ne pas faire
attention à ce que lui disaient son corps et son esprit pervers devant
une fille dénudée.
Sakura se retourna, et se retrouva face à Shaolan. Réalisant
soudainement qu’elle nue face à lui, elle poussa un nouveau
cri en lui assénant une gifle par réflexe. Il faisait grand
silence lorsque le bruit du contact entre la main de Sakura et la joue droite
de Shaolan résonna. Réalisant ce qu’elle venait de faire,
Sakura mit une main devant sa bouche avec une petite exclamation de surprise.
Qu’est-ce qu’elle venait de faire ?
Shaolan baissa les yeux vers elle dans une expression impassible mais qui
montrait bien qu’il voulait des explications, surtout lorsqu’il
passa sa main sur sa joue rougissante.
- Euh… Il… Il y avait un… un singe, balbutia-t-elle, et
je… j’ai crié… Il m’a fauché ma serviette…
Shaolan restait silencieux.
- Je suis vraiment désolée, dit-elle en s’inclinant
devant lui, lui offrant une vue sur sa chute de reins. J’ai agi par
réflexe, je suis vraiment désolée, Shaolan, je ne voulais
pas te frapper !
- Ça va, marmonna-t-il.
Soudain, sa tête disparut sous une serviette qui semblait tomber du
ciel. Restant immobile, il soupira. Il en avait marre, parfois ! Sakura
restait elle aussi immobile, ne sachant quoi dire ou faire. Finalement,
elle reprit brusquement la serviette sur la tête du jeune homme et
la plaqua contre l’avant de son corps. Sur la branche au-dessus d’eux,
le singe s’amusait à faire des galipettes.
- Shaolan… commença doucement Sakura. Tu devrais rentrer, tu
vas prendre froid…
Le jeune homme réalisa qu’il était torse nu, et que
le vent commençait à souffler. Oui, il ferait mieux de rentrer.
Après avoir confirmé à la jeune fille qu’il s’en
allait, celle-ci s’approcha rapidement de lui, et lui déposa
une bise sur sa joue droite, à l’endroit où elle l’avait
giflé. Lui murmurant à nouveau qu’elle était
désolée, elle l’embrassa une nouvelle fois plus longuement
sur l’endroit endolori.
- Eh bien, si pour soigner chacune de mes blessures, j’ai un traitement
comme celui-là, je crois que je vais foncer vers le danger, sourit-il.
Sakura sourit à son tour, puis le temps qu’elle remette la
serviette autour de son corps en tournant le dos à Shaolan, ce dernier
avait déjà disparu. Rapide, pour un blessé. Enfin,
à moitié conscient il avait réussi à ramper
jusqu’à Edo après avoir vu sa famille se faire massacrer,
alors il pouvait bien regagner une cabane avec un bras blessé.
Sakura soupira en profitant de ses dernières minutes dans son bain.
Lorsqu’elle rentrerait à la cabane, Shaolan dormirait. Elle
ferait le repas pour la mi-journée, puis réveillerait Shaolan
pour qu’il mangeât un peu. Il leur faudrait ensuite se réfugier
pour essuyer la tornade qui s’en venait, et ils remonteraient. Le
lendemain, ils partiraient.
Comme elle l’avait prédit, Shaolan s’était profondément
endormi lorsqu’elle avait regagné le cabanon. Il s’était
changé, et avait mis sa tenue chinoise du bal – la seule qui
lui restait. Se mettant à farfouiller dans leur sac de provisions,
elle sortait les victuailles. Un moment, elle tomba sur plusieurs bouteilles
d’alcool. Elle aurait juré qu’elle ne les avait pas vues
au départ, quand elle avait fait les bagages avec Tomoyo. Cela ne
pouvait signifier qu’une chose. Tournant sa tête pour lancer
un regard désapprobateur au jeune homme, elle ne put s’empêcher
de fondre en le voyant dormir. Un sommeil qui semblait si profond. De quoi
pouvait-il être en train de rêver ? Elle aimerait bien pouvoir
entrer dans sa tête et savoir toutes ses pensées. Et elle ?
Avait-elle une place dans la tête du Chinois ? Pensait-il à
elle ?
Shaolan grimaça alors, puis commença à s’agiter,
poussant de petits gémissements. Il ne cessait de tourner sa tête,
comme pour se débarrasser de quelque chose, une pensée, un
mauvais souvenir. Sakura s’approcha, et lui caressa doucement la joue
en chuchotant un long « chut ». Shaolan se calma un peu, mais
ses sourcils froncés indiquaient qu’il ne l’était
pas totalement. Mais un sourire vint sur son visage, et le calme le regagna
totalement. Sakura l’entendit alors murmurer : « maman ».
La jeune fille se figea aussitôt, et son regard s’assombrit.
Bien sûr, sa mère. Il ne pouvait l’oublier. Avait-il
vraiment surmonté son chagrin ? Il était fort permis d’en
douter. Mais après tout… il avait le droit de rêver de
sa mère, ça n’était pas interdit. Elle aussi
rêvait de ses parents parfois, ça n’était pas
pour autant qu’elle n’avait pas surmonté sa peine ! Non,
il devait juste avoir un heureux souvenir qui revenait. Il ne fallait pas
s’inquiéter.
Sakura alla dehors pour faire chauffer le ragoût qu’elle avait
préparé. Un bon ragoût après toutes ces péripéties,
ça ne pouvait leur faire que du bien ! Tandis qu’elle surveillait
la cuisson, elle regardait le ciel : dans moins d’une heure, ils devraient
se mettre à l’abri. Bah, il y avait largement le temps. Se
disant qu’elle ferait mieux d’aller réveiller Shaolan,
elle se leva et rentra à l’intérieur.
Là, elle vit que le louveteau s’était réveillé,
et semblait ne plus bien savoir où il était. En s’y
prenant prudemment, Sakura s’agenouilla devant lui et lui tendit la
main en murmurant des « viens… allez petit, viens… ».
La petite bête la regarda avec des yeux très curieux. Mais
sa mère ne lui ayant pas encore appris à se méfier,
il fut facile de se laissa conquérir. Et Sakura ayant sur elle la
bonne odeur du ragoût, c’était dans la poche. La queue
de l’animal se balança alors frénétiquement de
gauche à droite, son extrémité touffue frôlant
le cou de Shaolan à chaque passage. Ce dernier eut un sourire suivi
d’un petit rire lorsque Sakura l’entendit dire : « Falen,
arrête, ça chatouille ! Arrête ! »
Sakura ramassa alors rapidement le louveteau qui se mit à lui lécher
les doigts en quête du goût de cette bonne odeur de viande qui
se dégageait d’elle, et regarda Shaolan. Ce dernier avait cessé
de sourire. Il s’était mis à respirer par la bouche,
prenant de grandes bouffées d’air tandis que son front se recouvrait
de sueur. On aurait dit qu’il venait d’attraper une fièvre
monstre en un instant. Il se mit à avoir des gémissements
étouffés. Puis il sembla délirer.
- Non… Mère… je ne vois rien… Mes sœurs…
Sakura s’inquiétait beaucoup. Que lui arrivait-il ? Soudain,
elle eut peur de comprendre.
- Non ! continua soudain Shaolan en tremblant, son visage couvert de sueur
que Sakura se mit à lui essuyer. Futie ! s’exclama-t-il soudain
plus fort, ce qui confirma à Sakura ses doutes, lui assombrissant
le regard.
Shaolan se redressa subitement, les yeux grands ouverts, la respiration
encore haletante. Il regardait autour de lui, encore désorienté,
les mains crispées sur sa couverture. Peu à peu, il semblait
prendre conscience qu’il ne s’agissait que d’un rêve.
Sakura avait très bien compris ce qui s’était passé.
Lui ruisselant de sueur, appelant faiblement ses sœurs. Et Futie avait
été la première à être tuée, n’est-ce
pas ? Ils avaient tous hurlé son nom lorsque Toya s’était
chargé de son sort. Sakura avait bien compris qu’il venait
de tout revivre en rêve.
Elle se pencha vers lui, et faisant mine de lui essuyer le front avec un
mouchoir, elle le lui caressa, ainsi que les joues.
- Tout va bien, murmura-t-elle doucement. Tu as fait un cauchemar, tu t’agitais
comme un dément. C’est fini maintenant.
- Je… Elles… Et lui…
Shaolan n’arrivait pas à construire ses phrases. Il en était
incapable. Sakura lui posa une main rassurante sur l’épaule.
- Je sais, souffla-t-elle. Tu as parlé pendant ton sommeil, et ça
a été assez facile de comprendre de quoi il s’agissait.
Elle l’embrassa tendrement sur la joue. Shaolan se calma un peu, même
si ces yeux s’étaient voilés de tristesse. Sakura lui
mit le louveteau dans les mains, puis alla s’occuper du ragoût.
Shaolan regarda la petite bête qui remuait tranquillement la queue
avec une pointe de tristesse. Se rallongeant un instant tandis que le jeune
loup trottinait sur sa poitrine, il se demanda ce qui était le pire
: perdre ses parents quand on est petit, ne pas avoir le temps de les connaître
et donc être habitué à leur absence, ou bien les connaître,
s’attacher à eux, puis les voir mourir d’un coup, sans
prévenir, et ne pas supporter leur absence. Valait-il mieux les avoir
connus, ou non ? Shaolan se dit que oui. Même s’il souffrait,
il était heureux des moments passés avec sa famille. Quand
il y repensait, il avait mal de savoir qu’il ne vivrait plus cela,
mais au moins avait-il passé d’incroyables moments de bonheur
avec elles.
Puis ses pensées dérivèrent vers Sakura. Et elle ?
Elle n’avait aucun souvenir de ses parents. Tu te feras des souvenirs
avec nous, petite Sakura, pensa Shaolan. Comme tu l’as dit, nous sommes
ta famille à présent. Alors c’est nous qui te protégerons,
et avec qui tu passeras des moments de joie. Parce que nous sommes ta famille…
Sakura versait le ragoût dans un bol qu’elle tendit à
Shaolan. Ils commencèrent à manger en silence. Puis Shaolan
prit la parole, en regardant droit devant lui, les yeux dans le vague.
- On venait juste de repartir d’une affaire importante, dit-il.
Sakura le regarda sans comprendre.
- Pendant que notre mère réglait tout ça, on était
allés s’amuser dans la paille des écuries comme des
gamins, continua-t-il en fixant le feu. Là, mes sœurs m’avaient
coincé et Falen m’avait chatouillé pendant un bon moment.
J’ai rêvé de ça, tout à l’heure…
Je ne sais plus comment j’ai fait pour avoir de la fièvre,
après ça. Je me souviens que Futie et moi courions dehors,
dans un pré au milieu des chevaux… On était tristes
d’avoir laissé les nôtres au domaine… Puis il s’était
mis à pleuvoir. Futie est rentrée, mais moi je suis resté
avec les chevaux, encore un peu. Je me disais que je n’aurais attrapé
qu’un rhume, ou quelque chose comme ça. Après, je n’étais
pas surpris d’avoir de la fièvre. Pourtant elle a empiré.
Dans des proportions gigantesques. Nous sommes partis plus tôt que
prévu pour rejoindre notre domaine, et donc la capitale où
vivent la plupart des médecins. Et c’est là que le carrosse
s’est fait renversé. La suite, tu la connais…
Il avait tout sorti d’une petite voix, ses yeux inlassablement fixés
sur le feu qui crépitait. Sakura le regarda avec un mélange
de tristesse et de joie. Oui, ç’avait dû être douloureux
pour lui de revivre ça… Mais qu’il lui en parlât,
c’était plus qu’elle ne pouvait espérer…
Lorsqu’elle lui en fit part, il parut étonné.
- Quand tu me parles de toi… ça me fait plaisir. De temps en
temps, j’aime que tu te dévoiles…
- On dirait que je suis en train de me faire plaindre ! Les regards de pitié
des autres… j’ai horreur de ça ! Je ne veux pas qu’on
me plaigne !
- Les gens sont comme ça… ils ne veulent pas se montrer vexants,
mais… sans le savoir, ils le sont. Moi non plus, je n’aime pas
qu’on ait pitié de moi… pourtant, sans ta pitié,
je ne serais pas ici avec toi ! Et j’aurais vraiment raté ma
vie !
- Moui… fit Shaolan en esquissant un sourire.
Recommençant à parler normalement, ils poursuivirent leur
repas. Sakura l’avertit qu’une tornade allait bientôt
se former. Ils avaient une vingtaine de minutes pour se mettre à
l’abri.
Sakura rangea toutes leurs affaires et les transporta à l’abri
qui était sous la cabane, le louveteau dans les mains. Elle s’assit
contre le mur, à côté d’un gros tonneau de saké,
et attendit Shaolan. Celui-ci arriva avec les chevaux et leur équipement.
Il avait expliqué à Sakura que les chevaux pouvaient très
bien s’en sortir tous seuls mais qu’il préférait
les avoir avec lui. En effet, les chevaux étaient assez nerveux,
ils semblaient sentir l’événement climatique. Shaolan
les tenaient par les crins, et leur chuchotait quelque chose.
Puis vint un grand silence, suivi de l’énorme bruit que faisait
une tornade. Prise de peur, Sakura se recroquevilla, serrant la petite boule
de poils dans ses mains. Elle avait peur, comme à chaque fois qu’elle
avait essuyé une tornade. Elle savait qu’elle n’avait
rien à craindre, mais pourtant, elle ne pouvait s’empêcher
d’avoir un soupçon de doute, de peur. Elle ferma les yeux,
attendant que tout cesse, lorsqu’elle entendit Shaolan parler à
ses chevaux qui se montraient de plus en plus nerveux, mais qui restaient
avec celui en qui ils avaient confiance.
- Là… Tout va bien, ne t’en fais pas… C’est
rien, ça va vite passer, chut…
Sakura se décontracta, mais garda les yeux fermés. Qu’est-ce
que la voix de Shaolan était apaisante ! Peut-être était-ce
à cause des circonstances qu’elle la trouvait ainsi, peut-être
tout simplement parce qu’une fille avait toujours l’impression
d’être en sécurité aux côtés de l’homme
qu’elle aimait.
Shaolan s’assit à côté d’elle, tandis que
Oiseau des Nuages et Fleur des Montagnes baissaient la tête et l’enfouissaient
dans le cou du jeune homme, comme ils l’avaient fait après
l’incident avec les molosses. Shaolan continuait de leur parler. Puis,
continuant à dire des paroles réconfortantes, il posa sa main
sur l’épaule de Sakura, puis la passa autour. La jeune fille
se colla à lui, et l’écoutait toujours. Le bruit à
l’extérieur semblait plus fort que jamais. Pourtant, Sakura
se sentait apaisée aux côtés du jeune homme. Elle avait
l’impression que plus rien ne pouvait lui arriver. Il lui fallut après
un long moment pour ressortir de ses pensées :
- Sakura, tu m’écoutes ? C’est fini, on peut sortir,
maintenant.
Sakura rougit d’un coup, et se leva prestement. Reprenant les affaires,
elle se tourna vers lui.
- Est-ce que tu pourrais dire quelque chose ? demanda-t-elle.
- Hein ? répondit Shaolan, surpris par la question. Comment ça
?
- Dis quelque chose, n’importe quoi, c’est seulement pour vérifier
un truc ! expliqua-t-elle avec le sourire.
- Euh… je veux bien moi, mais je vais avoir l’air complètement
débile à parler de la pluie et du beau temps, dit-il en détournant
les yeux, rougissant de gêne.
- Oui, j’avais raison, dit Sakura avec un petit rire.
- Quoi ?
Elle le regarda tendrement :
- Tu as vraiment une voix apaisante.
- Hein ?
- Oui, tu as une voix qui… me fait me sentir sereine… sans doute
que tu dois souvent l’utiliser pour calmer les chevaux, mais ça
marche aussi sur les humains. En tout cas, sur moi !
- Oh, serais-tu en train de me faire des compliments ?
- Bien sûr !
Shaolan leva un sourcil avec un sourire, puis commenta :
- Moi aussi j’ai remarqué un truc, dit-il.
- Quoi ? fit Sakura, soudain rouge, se demandant s’il avait compris
les sentiments qu’elle éprouvait pour lui.
- Eh bien, lorsque nous sommes tous les deux, nous nous parlons normalement.
Mais lorsqu’il y a au moins une personne avec nous, tu me vouvoies.
Comment ça se fait ?
- Oh… euh… fit Sakura, prise au dépourvu. C’est
juste que… en fait, ça me gêne de te…de vous…
de te vouvoyer lorsqu’il y a quelqu’un d’autre, je ne
sais pas pourquoi, avoua-t-elle. Pourtant, lorsqu’on est que tous
les deux, je sais que je peux te parler… en toute liberté…
enfin, je peux aussi te vouvoyer en privé ! dit-elle soudain en rougissant
à nouveau.
- Non, ne t’en fais pas. Ça me fait même plutôt
plaisir que tu me considères comme un être normal et non comme
« maître Li ». C’est vrai que quand on est que tous
les deux… on s’entend bien. C’est un peu comme si on arrivait
à bien se comprendre l’un l’autre, non ?
- Oui. Quand je suis avec toi, je me sens bien… et tranquille, rassurée…
avoua Sakura en rougissant.
Sakura, c’est limite une déclaration d’amour, ce que
tu viens de dire ! Et personne n’est assez idiot pour se dire qu’on
n’a pas d’arrière-pensée lorsqu’on sort
un truc pareil ! se rabroua-t-elle mentalement. Mon dieu, il va comprendre
!
Shaolan la regarda un instant, puis eut un sourire :
- Ça, c’est sympa ! la remercia-t-il.
Sakura se retint de soupirer. Elle ne savait si c’était de
soulagement ou de dépit. Il n’avait pas compris. Si Shaolan
ne savait pas faire le lien avec un message aussi clair que celui-ci, elle
aurait du mal à se déclarer ! Et puis… de penser qu’il
pouvait la repousser, ça lui faisait très mal ! Mais de penser
que si elle ne se déclarait pas, il n’en saurait rien, et qu’elle
ne pourrait pas le toucher, l’embrasser, c’était encore
pire !
Shaolan caressait distraitement l’encolure de son étalon, lorsqu’il
vit Sakura faire une triste mine. Lui demandant si ça allait, celle-lui
répondit que oui :
- J’étais juste en train de me morfondre en plongeant dans
mes méditations sentimentales !
- Ah, oui, ce… euh… Kazuhiko, c’est ça ? C’était
ton… ami… ?
Même la reine des cruches aurait pu comprendre ce qu’il entendait
par « ami ». Elle ne pouvait en vouloir à Tomoyo d’avoir
raconté ça à Shaolan, car à l’époque,
elle ne pensait pas qu’elle tomberait amoureuse du dernier des Li.
- Oui… enfin, non… tenta-t-elle de répondre. Disons que…
oui, il me plaisait, mais c’était avant… maintenant…
je n’éprouve plus rien pour lui…
Tandis qu’elle parlait, elle se mordillait la lèvre inférieure,
qu’elle finit par faire saigner. Shaolan s’en aperçut,
et lui passa un doigt sur les lèvres qu’il ne retira pas. Il
était si près d’elle que Sakura sentit que son intelligence
était déjà remontée sans elle.
Puis avec un doux sourire, Shaolan enleva sa main et remonta, laissant derrière
lui une Sakura qui regardait devant elle d’un air rêveur, comme
celui de toutes les filles amoureuses.
*~*~§~*~*
Le lendemain, ils arrivèrent au domaine.
Tomoyo les accueillit avec soulagement lorsqu’ils arrivèrent
: ils avaient échappé de peu à la tornade. En revanche,
en voyant les blessures de Shaolan, elle faillit piquer une crise. Cependant,
elle sauta de joie à la vue du petit animal qu’ils avaient
ramené. Tomoyo le prit dans ses mains, et tourna sur elle-même
en riant. Tandis que Sakura et Shaolan descendaient de leur monture, Tomoyo
parla en Chinois :
- Mei xiao lang ! rit-elle. (= Beau petit loup !)
- Je dois rire ? demanda Shaolan, les sourcils légèrement
froncés.
Il avait fort bien compris l’allusion. Mais être apparenté
à une boule de poils qui tenait dans la main, merci !
Il laissa Takashi conduire ses chevaux à l’écurie, tandis
que Tomoyo continuait dans diverses langues, mais restait longtemps sur
la phrase en Chinois, « Mei xiao lang » (petite note : lorsqu’il
s’agit d’un prénom, les mots sont attachés entre
eux : Xiaolang pour le prénom. S’il s’agit de dire que
c’est un petit loup, ça sera xiao (petit) lang (loup))
- Tomoyo, ça suffit, dit Shaolan d’une voix fatiguée.
Bien évidemment, Tomoyo n’en fit rien, et c’est en soupirant
que Shaolan se laissa conduire par ses domestiques pour soigner vite fait
ses blessures.
Sakura dit à Tomoyo que sa robe était superbe et qu’elle
avait eu un succès fou ! Plus tard, elle avoua avec difficulté
à Tomoyo qu’elle avait compris les sentiments qu’elle
éprouvait pour Shaolan. La jeune fille aux cheveux noirs en fut enchantée,
car une fois de plus, elle avait vu juste ! Puis, avec un beau sourire de
soutien, elle informa son amie :
- Tout va bien se passer, Sakura-chan. Il faut que je te dise que…
le domaine va recevoir une visite. Une visite du domaine Kaibaiji, qui a
connu ma maîtresse. Ils viennent pour présenter leurs condoléances
à Shaolan… Et leur fille, Tsukiko… est une ancienne conquête
de Shaolan.
Sakura crut qu’on venait de lui donner un grand coup dans le ventre.
- Oh, ne t’en fais pas, le problème est tout autre… Shaolan
a compris son erreur en la draguant ! C’est une vraie folle ! Elle
a cru toutes les idioties que Shaolan lui a dites, du genre « nous
ne pouvons pas nous aimer, nos familles nous sépareraient »,
ou « je suis un diplomate, je ne peux pas rester ! Sois gentille,
oublie-moi ! ». Et cette cruche a tout gobé ! Résultat,
elle est dingue de Shaolan, et je sens que quand elle va venir, ça
va être plutôt drôle ! C’est une vraie sangsue !
Seulement… pour toi, ce serait l’occasion d’avoir Shaolan,
non ? fit-elle avec un clin d’œil.
Sakura n’en savait rien. Elle voulait trouver Shaolan pour lui transmettre
le message de la visite. Elle le trouva dans un pré, avec Fleur d’Eau,
la jument pleine. Son ventre était énorme.
- C’est pour bientôt, dit Shaolan en regardant la jument avec
un air de douceur, tel un futur père. En général, elles
préfèrent mettre bas la nuit, à l’abri des regards
humains, mais je surveille toutes les naissances, au cas où il y
ait un problème. Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il à
Sakura.
Celle-ci lui transmit le message de Tomoyo, qui venait juste d’arriver
derrière Sakura. Lorsque Sakura prononça le nom « Tsukiko
», la réaction de Shaolan fut immédiate :
- La folle ? dit-il, frappé d’horreur. Non ! Je vais me faire
porter malade ! Non, mourant, c’est mieux ! Oui, voilà ! Vous
lui direz que j’ai une maladie monstre et que j’en ai plus pour
longtemps !
Tomoyo et Sakura échangèrent un regard avec un grand sourire.
Elles allaient sans doute bien s’amuser, à voir Shaolan fuir
cette folledingue ! Même Sakura parvint à sourire. Oui, elle
essaierait de se rapprocher de Shaolan. Elle savait qu’elle finirait
par révéler ses sentiments au jeune homme, elle ne supporterait
pas cette situation bien longtemps. Mais comment ?
Shaolan, je t’aime ! Si tu pouvais entendre mes pensées, ça
serait tellement plus simple ! Parfois j’ai l’impression que
je te plais aussi, mais n’est-ce qu’une impression ? Puis-je
espérer ?
Un gentil sourire de la part du jeune homme en question la fit quitter ses
pensées, et fondre comme neige au soleil. Seigneur, qu’il était
beau ! Elle ne savait pas à quoi ressemblait cette Tsukiko, mais
elle se jura de tout faire pour conquérir Shaolan.
Tomoyo brandit de nulle part le louveteau, avec un grand sourire.
- Il va falloir lui trouver un nom, à ce petit ! Vous avez des idées
? Moi je dirais Xiaolang !
- Tomoyo… fit Shaolan en laissant sa phrase en suspens. Ça
suffit !
- Tu as une idée, Sakura-chan ? demanda Tomoyo en conservant son
sourire.
- Non, pas encore… Un nom chinois, ça serait bien !
- J’ai proposé le plus approprié, mais Shaolan ne veut
pas ! dit aussitôt Tomoyo. Tiens, pourquoi pas Small Wolf ?
- Tomoyo, j’ai dit : ça suffit ! dit Shaolan en haussant le
ton.
- Tu n’as qu’à trouver un nom, toi !
- J’en trouve déjà pour tous mes chevaux, si en plus
je dois en choisir pour les loups… se défendit le jeune homme.
- En tout cas, j’aime bien son pelage, dit distraitement Sakura en
caressant la petite bête. Presque blanc… comme la neige !
- Eh ! Pourquoi pas Bailang ou Shanlang ? Ou encore Xuelang ? dit alors
Tomoyo.
Sakura eut un air perplexe : elle ne connaissait pas le Chinois. Shaolan
lui expliqua que Tomoyo pensait à Loup Blanc (Bailang) ou Loup des
Montagnes (Shanlang), ou bien encore Loup des Neiges (Xuelang). Sakura se
dit que c’était un peu bête de dire Loup Blanc, car ça
se voyait à la couleur, de toute façon. Loup des Montagnes
ou Loup des Neiges ?
- Entre la montagne et la neige, quel est le plus beau kanji (= idéogramme)
? demanda Sakura qui avait trouvé cette idée pour trancher.
- La montagne ! fit Tomoyo tandis qu’en même temps, Shaolan
dit « La neige ! ».
Sakura eut une goutte qui lui glissa le long de la tête. D’accord,
il fallait trouver autre chose…
- Le kanji de la neige est composé de la pluie sur la main, lui dit
Shaolan, car les flocons sont représentés comme de la pluie
qu’on peut attraper. C’est sympa, hein ? (et c’est véridique
!)
- Si Shaolan le dit… dit Sakura. Alors on pourrait l’appeler
Loup des Neiges… C’est vrai que c’est joli, ça
a une tonalité poétique !
- Vu que c’est un des noms que j’ai proposés, ça
me va parfaitement, sourit Tomoyo. Mais je le surnommerai Xiaolang, à
mon avis !
- Bon, c’est fini, oui ? fit l’humain concerné par le
prénom.
Sakura eut un sourire en prenant congés d’eux. Tomoyo alla
à la lessive, et Shaolan resta dans les prés à s’occuper
de ses chevaux. Elle le vit caresser doucement le ventre de Fleur d’Eau,
embrasser la jument, caresser d’autres chevaux, leur faire à
eux aussi des bises sur le bout du nez… Il était véritablement
craquant avec son sourire. Sourire qu’il adressait aux chevaux, et
presque jamais aux humains, d’ailleurs. Au moins, c’était
un privilège quand Sakura en recevait un. Elle s’éloigna
finalement à l’autre bout de la demeure, là où
avaient été dressées les sépultures des membres
de la famille Li.
Elle s’agenouilla devant les pierres, pria, puis les fixa. Elle se
mit alors à chuchoter en se prosternant devant celle de Yelan Li.
- Dame Li… murmura-t-elle. Je… je suis la sœur de votre
assassin… mais sans doute le savez-vous, là où vous
êtes… Et vous savez aussi pourquoi je suis là. Je…
J’aime votre fils… Il est si… enfin… j’adore
tout chez lui, et tout ce que je veux, c’est le rendre heureux…
et je voulais absolument vous le dire… Je… je suis sûre
que vous étiez une mère merveilleuse, Dame Li… Exemplaire,
même… Vous avez rendu votre fils si heureux pendant toutes ces
années, il suffit de voir comme il parle de vous !
Des larmes commencèrent à jaillir des yeux de Sakura.
- Je… Ma mère aussi est avec vous… J’espère
que vous avez fait connaissance… Elle est très gentille, et
mon père aussi. S’il vous plait, dites-leur d’excuser
Toya… ce n’est qu’un… qu’un… ! –
elle renifla – un bel imbécile ! Je… je sais aussi que
Monsieur Kimihiro vous a rejointes. Je ne sais si cela vous a fait plaisir
ou pas. Vous auriez sans doute aimé qu’il vive… mais
vous savez, la mort de votre fille Shefa était trop dure à
surmonter pour lui. Et je le conçois… parce que si Shaolan
mourait, je… je… je voudrais à tout prix le rejoindre
! Moi aussi je donnerais ma vie pour lui… Votre famille est vraiment
aimée, Dame Li… Si un jour, je parviens à me faire aimer
de votre fils… est-ce que vous m’accepterez ? demanda-t-elle,
tandis que l’abondance de ses larmes redoubla.
Elle ne parvint plus à parler. Elle ne faisait que pleurer. Et si,
du paradis de Bouddha, la doyenne du clan Li était en train de la
maudire car c’était à cause des siens que son clan s’était
fait tuer ?
- Sakura !
La voix masculine la plus apaisante au monde venait de se faire entendre.
Sakura ne se retourna pas pour voir Shaolan. Elle essayait déjà
de contenir ses hoquets.
- Tout va bien ? s’enquit le jeune homme en s’agenouillant près
d’elle.
Elle hocha frénétiquement la tête pour dire que oui.
- Allez, qu’est-ce qui ne va pas ? Je te vois pleurer sur la sépulture
de ma famille, et tu me dis que tout va bien ?
- Elles… elles doivent me détester… ! lâcha Sakura,
la tête vers le sol sur lequel s’écrasaient ses larmes.
- Qu’est-ce que tu racontes ? fit Shaolan avec un faible sourire.
Bien sûr que non, enfin ! Elles savent que tu n’y es pour rien,
même si tu es apparenté à ce connard ! Enfin, le chef
des brigands, reprit Shaolan comme si Yelan allait tomber du ciel pour lui
faire les gros yeux.
Il passa son bras autour des épaules de la jeune fille, et l’attira
contre lui.
- Tu sais, je pense qu’elles sont même plutôt touchées
que tu sois carrément aller pleurer sur leur sépulture…
Et moi aussi, je trouve ça adorable…, ajouta-t-il en lui faisant
une bise sur la tempe.
Sakura rougit, puis reporta son regard sur les pierres, un doux sourire
se dessinant sur ses lèvres. Shaolan se mit à parler à
son tour aux sépultures, racontant à Futie les progrès
de certains chevaux, à Feimei que Tomoyo avait repris le chant, à
Falen qu’il conservait son kimono de danse, à Shefa qu’il
avait réussi des affaires de diplomate, à Kimihiro qu’il
n’était qu’un abruti (sympa !) de s’en être
allé comme ça, et enfin à sa mère. Le plus dur
à faire passer fut le « je vous aime » qui était
resté dans sa mâchoire crispée. Alors qu’il avait
posé sa joue contre le crâne de Sakura tandis qu’il parlait,
cette dernière sentit des gouttes sur ses cheveux, et ne put s’empêcher
de fermer les yeux. Que les gens fussent morts ou vivants, ces paroles étaient
toujours aussi difficiles à prononcer. Mais en toute circonstance,
la voix de Shaolan était toujours aussi douce, aussi apaisante.
Finalement ils se relevèrent, et repartirent main dans la main vers
les écuries, tandis que Sakura tournait un dernier regard vers les
sépultures avec un regard tendre.
Je ferai tout mon possible pour le rendre heureux, Dame Li, je vous le promets,
ainsi qu’à vos filles. Et si un jour, je pouvais vous appeler
Belle-maman et belles-sœurs, croyez que ce serait avec la plus grande
joie.
Puis, juste avant de se retourner, elle eut alors l’impression que
le bel oiseau bleu qui venait de se poser sur la sépulture avec une
fleur dans le bec n’était pas venu par hasard. Une réponse
des Li ? Peut-être. Mais elle se sentait le cœur plus léger,
à présent. Elle leva la tête en l’air pour profiter
de la douce brise qui venait leur caresser la peau, et un sourire en voyant
un nuage en forme de cœur. C’était sûr, c’était
un signe. Merci, Dame Li…
Fin de la cinquième partie
Réponses aux commentaires :
Kojiro : Merci ! Je vais faire de mon mieux pour satisfaire cette demande
^^ !
Sakura : C’est vrai ? Ah, j’ai écrit « un amour
toujours présent » dans mes débuts, et je t’avoue
que le début de la fic, je ne le trouve pas terrible (j’avais
13 ans quand j’ai commencé, maintenant j’en ai 16 !)
En tout cas, merci beaucoup !
Sakunissou : Oui, ça m’a amusé de donner des accents
aux étrangers, je trouve ça plus sympa ! Cette partie a mis
du temps à venir parce que j’ai eu pas mal de contrôles,
et en plus j’ai chopé la crève ! Maintenant ça
va mieux, donc je vais reprendre le rythme ! Merci pour ce commentaire !
Piline : Merchiiiiiiii ! Je vais tenter de revenir dans mes temps habituels
pour publier les prochaines parties ! Merci encore !
YongYuanAiNi : Shaolan étant un homme, il sera plus lent à
la détente (méchante que je suis !). Il sera le premier à
passer à l’action ? Mmh, qui sait ? (moi !) En fait…
la prochaine partie mettra en scène un personnage assez perturbant
et exubérant ! Lol, tu peux deviner qui c’est, je l’ai
présentée à la fin de la partie !
Tenshi : Eh oui, les filles sont gaga devant les bébés et
les hommes sont lo,gs à la détente ! Difficile d’être
sur la même longueur d’onde ! ^_- ! Merci pour le commentaire
!
Hope : Ahaha ! Pour les instruments de musique, je me suis renseignée
sur Internet, quels instruments étaient utilisés à
l’ère Edo. Pour l’Histoire, ben, je ne voulais pas qu’il
y ait des choses insolites dans mon histoire, donc je m’inspire des
mangas que j’ai lus, et je me renseigne un peu ! Toi aussi t’aimes
la culture et l’Histoire étrangère ? Viens dans mes
bras que je t’embrasse ^^ !
Yin ying : Aaaaaaaaaah, c’est trop, j’vais rougir ! Mes tous
ces compliments me mettent sur un petit nuage quand même, héhé
! Merci encore pour le commentaire !
Leila : Thaaaaaaaaaaank you very much !
Mushu : Vais faire ce que je peux pour vous la livrer à temps, promis
! Merci encore !
Calypso : Merci beaucoup ! Je vais essayer de faire le plus vite possible
!
ArAsHi : Eh ben, quel commentaire passionné, lol ! Maintenant que
c’est les vacances, la suite devrait arriver plus vite !
Meumeu : Merci beaucoup (tu pourrais ne pas écrire en abrégé,
je suis quelqu’un qui ne lit pas très bien ce langage ^^’).
Je pense que je finirais la fic à la partie 8, peut-être, mais
ce n’est qu’une estimation !
Dragonia : Comment s’appelle le chéri de Tomoyo ? Haha ! Sera-ce
Eriol, ou pas ? Je ne dis rien ! Eh oui, y en a une qui a ouvert les yeux
! Le prochain chapitre sera plus animé avec l’arrivée
de Tsukiko ! T’as vu la robe de Amaterasu ? Elle est magnifique !
Merci beaucoup pour la review !
Cralkilleuse : Ah, Shaolan est un homme, il va mettre du temps ! ^^ En tout
cas, j’espère que la suite t’a plue !
MissGlitter : En seconde, on fait plutôt du commentaire littéraire
! Pas franchement marrant pour laisser libre cours à l’imagination
! Mais au collège, c’est vrai que j’avais des bonnes
notes en rédac (une fois, j’en avais fait une de 14 pages !)
En tout cas, je te remercie beaucoup !
Princesse d’Argent : Eh oui, avec moi c’est long ! J’estime
qu’écrire 2 pages puis terminé, c’est un peu se
foutre de la gueule des autres ! Donc moi j’en fais… euh, au
départ c’était 15, puis c’est passé à
20 ! Merci encore pour la review !
Ethanielle ou Lyla : Eh oui, le bac approche (l’année prochaine,
je vais y passer pour le français et la bio !). Bac quoi ? S ? Et
ne t’en fais, t’écouter est vraiment agréable
et amusant ! En tout cas, merci pour cette review, ça fait très
plaisir !
Juju black : Euh… ça te dirait de devenir bonne sœur provisoire
? Parce que le mariage, ce n’est pas pour tout de suite ! J’espère
que la suite t’a plue !
Aidya : « lâche pas la patate » ? L’expression est
heureuse ! Lol, en tout cas merci beaucoup !
Tite Diablesse : Merci beaucoup ! Je vais mettre la suite le plus tôt
possible !
Irislorely : Ah, c’est chiant d’être interrompu quand
on lit une fic ! (moi j’habite trop loin de mon lycée pour
pouvoir rentrer chez moi entre les cours >_<) Je voulais montrer que
Shaolan était vraiment déterminé à les tuer,
parce qu’il faut avouer que c’est pas en montant à cheval
que ça va se faire ! En tout cas, tu décortiques bien l’histoire
pour me ressortir carrément les citations, toi ^^ ! « La fille
qui lui réchauffait le cœur ». Ça peut être
interprété de différentes manières, tu sais
! Ah, je ne dévoile rien ! Encore merci pour la review !
Little star : Ben dis donc, vous en voulez, du mariage ! Alors je l’annonce,
le mariage ne viendra pas avant longtemps… ou ne viendra peut-être
pas… qui sait ! Je ne dévoile rien ! Combien de parties ? A
dire vrai, je n’en sais rien ! J’essaye de ne pas en faire trop,
car les parties sont assez longues. Merci pour la review !
Ciçouille : Eh oui, des commères, on en trouve de toutes les
nationalités et de tous les temps, lol ! J’espère que
la suite t’a plue ! Bisous !
Jaina : Toi aussi t’aimes le style kawaii ? Alors ça devrait
continuer ^_^ ! Merci beaucoup !
Alex00783 : Merci beaucoup ! Oui, moi aussi j’espère que l’inpi
reviendra ! Il m’est déjà arrivé de rester plus
d’une demi-heure devant mon écran sans arriver à écrire
! Quand ça veut pas, ça veut pas ! En tout merci encore !
Syaosyao : Eh oui, avec moi les petits moments entre nos deux tourtereaux
n’ont pas fini d’exister ! Ah, le passage où Sakura est
dégoûtée de Kazuhiko ! J’avais envie de faire
un petit moment kawaii à propos de ça, et de ne pas en faire
un sujet à se prendre la tête ! Je crois que j’ai réussi
! Shaolan sous la pluie… excitant, non ? lol, merci pour la review,
elle m’a fait très plaisir !
Eliz : Ah, la suite se construit petit à petit ! Encore deux ou trois
parties, mais ce n’est pas sûr ! Bah, j’espère
que j’en écris assez à chaque partie quand même
(20 pages !) ! Merci encore !
Daffy ze hinti : Ah, merci beaucoup ! Un petit mot fait toujours plaisir,
ça me va toujours droit au cœur ! Merci encore !
Winry : Ooooooooh, c’est gentil ! Ne t’en fais pas, prochaine
partie, découverte de l’identité de l’amoureux
de notre petite Tomoyo ! J’espère que la suite te plaira !
Louvegrise : Merciiiii ! Je pense faire la fin dans deux ou trois parties,
mais rien n’est encore sûr ! Merci beaucoup pour la review !
Mimi : Quand sort la suite ? Euh, faut demander à l’inspiration,
c’est elle qui gère ! Mais en général, comme
je fais une vingtaine de pages, ça prend un peu de temps ! merci
pour la review !
Merci à tous pour vos reviews et commentaires !
Clairette