Pour toi seulement, Clairette
Partie V

La fête se terminait sur une bonne ambiance. Les gens s’étaient relâchés, et se montraient du coup plus agréables les uns envers les autres. Sakura avait même goûté à différents alcools, certains très forts. Elle restait avec Shaolan la plupart du temps, mais parfois se laissait aller à parler avec des femmes étrangères, sauf quand celles-ci se mettaient à parler à tord et à travers sur les gens. Mais certaines étaient très gentilles et très douces. Elles parlaient bien Japonais, mais leur accent montrait comme une once de fragilité.
Sakura était tout sourire aux côtés d’une Italienne, d’une Anglaise, et d’une Française. Entre les « r » qui étaient roulés par l’Italienne, qui étaient mâchés par l’Anglaise, et les sons « ou » prononcés « u » par la Française, Sakura s’amusait follement.(au lieu d’entendre « Sakoura », elle entendait « Sakura ») Ces femmes étaient adorables et très gentilles. Ayant pris connaissance de l’âge de la jeune fille, les Occidentales reparlèrent de ces moments de leur jeunesse. Sakura, parfois, avait l’esprit et les yeux qui dérivaient vers un certain Chinois. Lui, parlait avec les hommes, parfois de faits d’actualité et de société, mais parfois de choses plus personnelles. L’oreille de Sakura s’intéressa plus à la conversation masculine, d’ailleurs, elle rejoignit Shaolan, prenant congés des Européennes.
- Avez-vous entendu parler de la sinistre affaire du domaine Tokubei ? Cet homme faisait des trafics d’êtres humains ! Mais quelle honte ! (Ouais, enfin, dans la conquête des nouveaux mondes, les hommes traitaient les Indiens et les Noirs comme des êtres inférieurs !)
- Et celle du domaine Mijiku, qui en plus n’est pas très loin d’ici ? Brrr, moi, ça me fait froid dans le dos ! dit un autre.
- De quoi s’agit-il ? demanda Shaolan, déjà intéressé.
- Apparemment, les domestiques gardant les bêtes se sont rebellés et emparés du domaine !
- Ah oui, le domaine Mijiku est réputé. C’est parce que Mijiku adore la violence, c’est ça ? Il parait qu’il n’a que des créatures féroces, ou qu’il les dresse pour qu’elles le deviennent. Il a des chiens, des serpents, des taureaux…
- Exactement ! Et donc, les domestiques ont pris le contrôle du domaine, car Mijiku n’a jamais approché ces animaux, ce sont tout le temps ses dresseurs qui s’en occupaient.
- Et la police ? demanda Shaolan.
- Justement, il parait qu’elle est intervenue, et a pu arrêter les dresseurs ! Mijiku, lui s’est pris de fortes amendes pour avoir d’autant d’animaux si dangereux chez lui ! Seulement voilà ! Si les animaux étaient pris, ils seraient tués ! Des bêtes aussi dangereuses devaient être éliminées ; les dresseurs ont réussi à les faire s’enfuir dans la montagne ! Cette montagne ! Celle où nous nous trouvons !
- Je comp’wends vot’we peu’w, dit un Anglais. Mais si c’était si dangerous que cela, nous ne se’wions pas là en t’wain de festoyer !
- Vous avez raison, dit Shaolan, qui comme les autres, avait gardé son calme. Si ça se trouve, ce n’est qu’une rumeur, il ne faut pas avoir peur.
Tout le monde était d’accord là-dessus. Puis les conversations repartirent bon train, mais le pauvre Shaolan n’échappa pas aux remarques des femmes qui avaient fini par rejoindre les hommes.
- Dites-moi Maître Li, vous avez dix-neuf ans, c’est cela ?
- Oui, confirma Shaolan.
- Et vous n’avez point d’épouse ? A votre âge ?
- Eh bien non, dit le leader en essayant de paraître décontracté.
- Ou une fiancée ? Vous devez avoir une femme dans votre cœur depuis le temps, non ? Et vous ne l’avez toujours pas demandée en mariage, c’est ça ?
Les regards s’étaient tournés vers une Sakura qui ne sut plus où se mettre. Elle rougit brusquement en voyant tous ces visages tournés vers elle. Shaolan, lui, afficha une moue quelque peu irritée : pourquoi, à chaque fois qu’ils se rencontraient, ces gens lui parlaient de mariage ? Comment dire, à toutes ces personnes qui étaient époux et épouses, qu’il trouvait le mariage sans intérêt, que pour lui, ça ne rimait à rien à part dépenses inconsidérées et caprices de la part de Madame ? Lui, il se convenait très bien à jouer le joli cœur et à dresser ses chevaux sans qu’une épouse l’appelle pour qu’il vînt dîner, ou lui demandât d’être un peu plus présent pour elle.
Maintenant, il était en plein dilemme : apparemment, il y avait maldonne ! Comment expliquer à ces gens que d’une part, Sakura n’était pas sa fiancée sans mettre celle-ci mal à l’aise, et d’une autre part, leur dire qu’il n’avait pas l’intention de se marier ?
- Je crois qu’il y a une petite méprise, commença Shaolan.
- Oh, moi je ne c’wois pas, sourit une Anglaise.
- Je vois, soupira Shaolan. Ça va être plus dur que prévu.
Cependant, un petit coup d’œil à Sakura l’empêcha d’aller plus loin. La jeune fille avait le regard rivé sur le sol, elle était d’un rouge pivoine, et triturait ses doigts. Elle était hyper mal à l’aise. Shaolan remarqua une chose : elle semblait au bord des larmes. Merde. Soudain, un éclair traversa son cerveau : mais oui !
- En fait, je ne compte pas me marier, annonça Shaolan. J’avoue que je n’en vois pas l’intérêt : il ne s’agit que d’un changement de nom pour la femme.
Il prit alors la main de Sakura dans la sienne. Surprise, la jeune fille leva son visage rouge vers lui. Le Chinois lui fit un clin d’œil, puis poursuivit à l’adresse des convives :
- Après tout, nous sommes ensemble, et nous nous entendons très bien, dit-il, mais le mariage… ça ne nous effleure pas l’esprit ! Car après tout, qui dit mariage, dit enfant, et j’avoue que je ne suis pas pressé d’être réveillé presque toutes les nuits par des pleurs !
Les invités se mirent à rire devant ces paroles tandis que Shaolan eut une longue expiration. Ouf ! Terminer par une pointe d’humour, c’était sans doute la clé du succès ! Il revoyait encore leurs visages (« shocking » !) lorsqu’il avait annoncé qu’il ne voulait pas se marier ! Son regard dériva sur Sakura, à qui il tenait encore la main. Elle était rouge et n’osait pas le regarder : c’était bien la peine que pendant toute la soirée, elle se déchirait le cœur à dire que Shaolan et elle ne formaient pas un couple ! Mais elle comprenait aussi que c’était pour ne pas la mettre mal à l’aise qu’il avait inventé ça. En fin de compte, il s’était montré plutôt malin ! Et très gentil vis-à-vis d’elle !
Le reste de la soirée s’annonça encore mieux, car ils burent des alcools de tous les pays. Entre le saké, le vin, le champagne, la bière, et d’autres, ils furent vite saouls. Enfin, Sakura n’aimait pas trop l’alcool, donc, elle était juste légèrement joyeuse. En revanche, Shaolan s’en était donné à cœur joie ! Il avait goûté à tout, et semblait avoir du mal à marcher droit ! Sakura restait près de lui. En apparence, il n’avait pas l’air d’avoir bu beaucoup, ses joues étaient un peu plus roses que d’habitude, mais rien ne montrait qu’il avait abusé de l’alcool. Seulement, lorsqu’il se mettait à tituber, à ne pas arriver à aligner trois phrases, on pouvait conclure du contraire.
Shaolan était sorti un peu dans le jardin, bientôt imité par Sakura. Il regardait les étoiles d’un air absent. Son regard était vide, bien que ses yeux brillassent à cause de l’alcool. Il restait ainsi debout, la tête levée vers le ciel. Lorsque Sakura le rejoignit, il tourna son regard vers elle, et les paupières mi-closes, lui fit un grand sourire. Trop grand. Combien de bouteilles avait-il vidées pour avoir une tête pareille, lui qui semblait tout le temps l’avoir sur les épaules ? Repérant un arbre, il alla se laisser glisser le long du tronc, imité par la jeune fille qui ne savait quoi dire ni faire. Elle lui fit un sourire timide, mais se détendit : c’était toujours Shaolan, bourré ou non. Il était toujours gentil.
- Tu t’es amusée ? demanda-t-il les yeux dans le vague.
- Oh oui, beaucoup ! répondit Sakura avec un grand sourire. Ces gens sont vraiment gentils ! Ils parlent bizarrement, mais sont adorables !
- Alors tant mieux. Mais t’étais dans un sacré embarras, non ?
Sakura comprit de quoi il voulait parler : leur soi-disant couple.
- Oh, disons simplement que… comme nous n’étions pas ensemble, ben je voyais déjà tout le monde me regarder avec un air de pitié… comme si c’était dramatique de ne pas être mariée à seize ans !
Shaolan ne répondit rien et se tourna vers elle. Il était plus lucide qu’il n’en avait l’air, mais était quand même bien saoul.
- T’es encore rouge, remarqua-t-il. Ça serait si horrible d’être mariée avec moi ?
Il affichait une petite mine triste.
- Oh non ! Non ! Bien sûr que non ! s’exclama Sakura. Seulement, c’est toi que ça gênerait… Tu ne trouverais pas d’épouse ! ajouta-t-elle d’une voix mal assurée, comme si elle-même doutait de ce qu’elle disait.
Il y eut un moment de silence que Shaolan rompit :
- Tu es vraiment jolie, tu sais…
- Euh… merci, bégaya Sakura en essayant d’avoir l’air naturelle, ce qui ne marcha pas du tout.
- Tu as vraiment l’air d’une déesse dans cette robe.
Qu’arrivait-il à Shaolan ? Jamais il ne lui sortait ces mots de la bouche sans une petite rougeur ou un brin d’embarras, d’habitude ! Aïe ! Alcool ajouté à son côté coureur de jupons ? Et s’il se mettait à la tripoter ? Et s’il essayait d’abuser d’elle ? Reprenant son calme, Sakura dut admettre que si Shaolan lui faisait des avances, ce serait plutôt elle qui profiterait de lui. Elle savait que si Shaolan la poussait sur ce terrain-là, elle ne serait pas capable de résister. Même ivre, il était beaucoup plus doué qu’elle dans ce domaine, et saurait sûrement comment la faire flancher.
Shaolan rompit une nouvelle fois le silence.
- Tu me trouves comment ?
- Pardon ? dit Sakura en se tournant vers lui avec de grands yeux.
- Comment tu me décrirais ?
- Eh bien, je dirais que…
Son regard se plongea dans l’ambre de ses yeux qui brillait davantage que d’habitude en raison de l’alcool. Elle considéra son visage en entier. Il était vraiment adorable, ses joues rougies par l’ambiance de la fête et son regard perdu le rendaient plus jeune qu’il ne l’était. Elle se mit à lui dire ce qu’elle voyait.
- Eh bien, je vois un beau jeune homme. Il est jeune, gentil, attentionné, et se comporte parfois comme un enfant. Mais lorsqu’il ne remarque pas qu’on le regarde, il a toujours cette pointe de tristesse dans les yeux. Comme en ce moment, souffla-t-elle en s’approchant du jeune homme, posant sa main sur sa joue. Et pourtant, s’il sait qu’il a quelqu’un qui se soucie de lui, il peut se montrer fort. Il a subi une énorme épreuve, et va pourtant de l’avant. L’homme qui a ruiné la vie de ce garçon espère sauver la sienne en envoyant sa petite sœur pour apitoyer ce garçon par tous les moyens possibles. Et ce garçon, bien que froid, va permettre à la jeune fille de rester avec lui. Et ça, la jeune fille lui en sera éternellement reconnaissante. Elle trouve que c’est un homme admirable, adorable, et ne lui connaît presque aucun défaut. Il passe beaucoup de temps avec ses chevaux qu’il aime et dont il prend soin avec une tendresse adorable. Et c’est pour toutes ces raisons que la jeune fille ne s’arrêtera jamais de l’admirer. Et qu’elle comme à éprouver d’étranges sentiments envers lui. Elle ne pourrait pas supporter de le voir s’éloigner d’elle en raison de ces sentiments-là. Elle l’aime vraiment beaucoup.
- C’est ce que tu penses ? murmura calmement Shaolan en la regardant toujours, leurs visages très proches. Vraiment ?
- Oh que oui, répondit-elle sur le même ton, sans détacher son regard de ses yeux.
- Alors essaie de t’en rappeler pour moi, demanda-t-il. Saoul comme je suis, je risque d’avoir tout oublié demain. Et c’est vraiment bête, parce que j’ai l’impression que c’est un moment merveilleux, dont j’aimerais toujours me rappeler. Alors si tu pouvais le garder pour nous deux…
- Bien sûr, confirma Sakura, qui se sentit soudainement un peu triste.
C’était vrai, il n’allait pas s’en souvenir. Mais le fait qu’il semblait le regretter autant qu’elle lui réchauffa un peu le cœur. Après tout, elle, elle s’en souviendrait. Elle pourrait toujours le lui raconter.
Elle retint un soupir en constatant qu’elle venait de lui faire une déclaration et qu’il n’avait pas réagi. Et qu’il ne s’en souviendrait pas. Il y avait de quoi être dépitée. Mais peut-être cela valait-il mieux. Autant garder cela pour elle… pour le moment…
Reportant son regard sur le jeune homme, elle s’aperçut que celui-ci la regardait toujours de son regard d’ambre si mystérieux. Elle se rendit compte que sa main était toujours posée sur la joue de Shaolan. Elle voulut la retirer, mais la laissa pourtant. Elle aimait bien toucher cette joue. Elle était si chaude. Et Shaolan ne semblait pas détester ce contact, bien au contraire, il avait un instant fermé les yeux et lui avait dit que sa main était douce. Lorsqu’il les avait rouverts, il voyait une Sakura rosissante. Elle était vraiment mignonne. Très mignonne.
Il s’était un peu redressé pour ne pas s’endormir contre l’arbre, en approchant toujours son visage de celui de la jeune fille. Lui, complètement saoul, ne se posait pas autant de questions que Sakura, au même moment. Sakura, elle, aurait volontiers ri s’il avait s’agi de quelqu’un d’autre. Elle fermait les yeux, se rapprochant de plus en plus du jeune Chinois, elle ne cessait de se répéter que ce n’était pas bien, qu’il était complètement saoul, et que ce n’était pas bien de profiter de cet état d’ébriété. Elle pensait toujours tout cela lorsque ses lèvres effleurèrent celles du leader.
Celui-ci embrassait avec une douceur étonnante vu son taux d’alcoolémie, la jeune Japonaise. Lui passant une main derrière le dos et l’autre derrière la nuque, il ne se posait pas de questions. Sa compagne, elle, s’était arrêtée de réfléchir. Seule une dernière pensée lui revenait sans qu’elle n’en tînt compte. Non, ce n’est vraiment pas bien de profiter de lui quand il est saoul, se répéta-t-elle une dernière fois tandis qu’elle passait ses bras autour du cou du Chinois pour approfondir davantage ce baiser.

Heureusement que leurs hôtes avaient prévu que l’alcool ferait des ravages ; tous les invités restaient dormir, la plupart de la gente masculine n’était pas très prête pour reprendre la route. Le trajet jusqu’aux futons fut laborieux. Sakura restait derrière Shaolan au cas où celui-ci s’écroulerait, ce qui avait failli être le cas à un tournant (Shaolan voyait dédoublé, et allait droit sur l’angle). Finalement, Shaolan se laissa tomber sur sa couche, tandis que Sakura profitait de l’obscurité pour se changer. Elle rangea précieusement la robe de Tomoyo, et enfila un yukata qu’elle attacha avec une simple ceinture de tissu (comme un peignoir, quoi). Elle se glissa ensuite sous ses couvertures, épuisée par sa journée. Si elle récapitulait, elle accompagnait son maître à une réception, elle se baladait seule dans Edo, revoyait Kazuhiko qui tenta d’abord de la convaincre qu’elle était de leur côté, puis dans un deuxième temps d’abuser d’elle. Shaolan la sauva bien qu’elle aurait pu s’en sortir seule, puis ils se rendirent à cette réception. Là où elle se rendit compte qu’elle était amoureuse de son maître. Puis après être rouge toute la soirée, elle avait en grande partie avoué à Shaolan qui ne se souviendrait de rien qu’elle l’aimait, puis elle avait profité du baiser que celui-ci lui avait donné. Effectivement, après tout ça, dormir lui ferait le plus grand bien.
Lorsqu’elle se tourna entre ses couvertures, elle aperçut Shaolan. Il ne bougeait pas. Un vague sentiment de culpabilité s’empara d’elle. Non, ça n’était vraiment pas bien du tout d’avoir profité du fait que le jeune homme avait trop abusé de l’alcool. Elle se mordit la lèvre inférieure. Elle se retourna encore une fois pour tourner le dos à Shaolan. Mais bon sang, qu’est-ce qui lui avait pris ? Comme si elle avait hésité, en plus ! Elle lui était complètement tombée dans les bras, ne lui avait opposé aucune résistance !
A trop cogiter, elle ne trouvait pas le sommeil. Cependant, elle entendit un bruit provenant du côté de son dos. Shaolan s’était mis à rire tout seul. Elle ne sut alors pourquoi, peut-être était-ce une trop grande bouffée de tendresse, d’adoration, ou d’amour, mais un grand sourire apparut sur son visage en entendant ce rire, tandis qu’elle serrait ses couvertures comme un doudou. Ah, Shaolan ! Même totalement ivre, il la fascinait ! Et puis, être embrassée par le garçon dont on était amoureuse, c’était un vrai rêve ! Finalement, tout sentiment de culpabilité s’envola, et Sakura s’en alla tranquillement au pays des rêves.

*~*~ §~*~*

Sakura, après un dernier au revoir aux Occidentaux, monta – aidée de Shaolan – sur Fleur des Montagnes. Shaolan lui avait passée une tenue un peu plus adaptée que le kimono pour monter à cheval. Il s’agissait d’un pantalon moulant s’arrêtant à mi-mollet, tandis qu’une tunique (en fait, qui pourrait s’apparenter à un yukata s’arrêtant à mi-cuisse) lui tombait sur les jambes lorsqu’elle était assise. Sakura devait le reconnaître, c’était bien plus plaisant de chevaucher ainsi qu’avec son kimono qu’elle devait rajuster tout le temps.
Elle suivait tranquillement Shaolan, qui avait encore la gueule de bois. En effet, au moindre bruit un peu fort, le pauvre se plaquait les mains sur ses oreilles, les dents serrées. Sakura ne pouvait s’empêcher de sourire chaque fois qu’il faisait de drôles de mimiques. Et comme elle l’avait prévu, Shaolan ne se souvenait pas de grand-chose sur la soirée de la veille. Mais elle ne culpabilisait pas. Après tout – même s’il était complètement saoul – c’était Shaolan qui avait commencé, elle n’avait fait que répondre à l’invitation. L’argument n’était pas terrible, il fallait le reconnaître, mais c’était toujours ça.
Sur le trajet, Shaolan se montrait tellement enthousiaste au fur et à mesure que sa migraine passait, que Sakura se demandait ce qu’il préférait dans cette excursion : la soirée avec les Occidentaux, ou bien la source chaude ? Vu l’air très heureux du jeune homme, elle en conclut que la seconde hypothèse était sans doute la bonne. Shaolan était tout à fait détendu, regardant en l’air, à droite, à gauche, lâchant ses rênes pour s’étirer. Sakura, elle, n’avait tout de même pas le courage de lâcher ses rênes ne fût-ce qu’une seule seconde ! Ils continuaient leur route, montant toujours dans une forêt qui sentait la fraîcheur du matin. La source était en pleine montagne, et d’après les domestiques, rien de tel que la montagne pour se détendre ! Puis Sakura repensa aux discutions de la veille au sujet du domaine Mijiku et des animaux féroces échappés dans cette montagne. Certes, elle se disait que ce n’était qu’une rumeur, et de toute façon, si ces animaux se montraient, elle saurait comment réagir ! Habituée à vivre dans la forêt, elle connaissait les bêtes et savait comment s’y prendre avec elles. Sakura eut un sourire en pensant que l’homme qu’elle aimait dressait le seul animal dont elle avait peur !
Continuant leur chemin, ils parlèrent un petit peu, Shaolan demanda à Sakura s’il n’avait rien fait de mal lorsqu’il était saoul (car il savait qu’il s’était saoulé). Sakura lui répondait que non, qu’il avait été irréprochable, mais ne parvenait pas à dissimuler son sourire un brin moqueur, ce qui ne plaisait pas du tout à Shaolan, qui la regardait alors avec un air suspicieux.
- Toi, tu ne me dis pas tout, dit Shaolan avec un index accusateur.
Il chevauchait devant Sakura, mais s’était finalement mis à la gauche de la jeune fille pour ne pas être retourné tout le temps.
- Bien sûr que si, enfin, tenta de dire Sakura, que tout trahissait.
- Rien qu’à voir ta tête, on peut être certain du contraire ! Dis-moi ce que j’ai fait !
Sakura eut un sourire. Après tout, autant s’amuser !
- Eh bien on est allés dehors, sous les arbres. Là, tu m’as demandé de t’épouser, et ensuite tu as insisté pour qu’on fasse notre nuit de noces le soir même !
Shaolan resta silencieux un instant, la bouche ouverte.
- Tu mens, dit-il finalement.
- Exact, confirma Sakura qui n’était pas étonnée un seul instant qu’il l’eût percée à jour. Mais pour te rassurer, tu n’as rien fait de mal. Au contraire, tu pouvais parler très sérieusement. Enfin, sauf au moment de te coucher, où tu t’es mis à rire tout seul ! Ça, c’était plutôt drôle !
- C’est tout ? dit Shaolan d’un air soupçonneux. Je n’ai rien fait d’immoral ? Comme par exemple, vomir sur un invité, ou embrasser quelqu’un ?
- Noooooooooooooon, dit Sakura en regardant ailleurs. Bien sûr que non, sinon je te l’aurais dit !
- Justement, tu ne me dis pas tout, répliqua Shaolan. Et vu la façon dont tu as détourné les yeux, j’en conclus que soit j’ai vomi sur quelqu’un soit je l’ai embrassé, ou alors j’ai fait les deux !
Sakura ne peut s’empêcher d’avoir une petite moue boudeuse. C’était le risque quand on ne savait pas mentir. Bon, quand le vin était tiré, il fallait le boire ! Autant arranger un peu les choses, tant qu’à faire.
- D’accord, j’avoue, dit-elle en soupirant. Tu n’as vomi sur personne, mais tu as bel et bien embrassé quelqu’un. Quelqu’un qui était aussi un peu éméché. Moi.
- T… Toi ? fit le jeune homme incrédule. Mais non, c’est impossible, tu ne m’aurais pas laissé faire !
- Je t’ai dit que j’étais un peu éméchée. Bon, pour tout te dire, j’étais très joyeuse après tous ces alcools, mais pas autant que toi ! On est allés dans le jardin, on s’est assis, et on a parlé. Je ne sais plus de quoi, d’ailleurs, parvint-elle à lui faire gober. Et puis, tu m’as embrassée.
Shaolan restait silencieux en le regardant, un sourcil plus haut que l’autre. Voyant la rougeur sur les joues de la jeune fille, il en conclut qu’elle disait vrai.
- Dois-je te présenter des excuses ? demanda-t-il.
- Ce n’est pas la peine, répondit Sakura avec un sourire. Après tout, je t’ai embrassé sans te donner des explications très claires, il n’y a pas si longtemps.
Il y eut un silence. Comme s’ils remontaient le long d’un fil, le baiser sans explication faisait penser à Toya et la mission de Sakura, ce qui les ramenait à la rencontre avec Kazuhiko.
- Ne t’en fais pas, dit Sakura en regardant droit devant elle. Je les hais. Jamais ne tenterais de faire quelque chose pour eux. Qu’ils se débrouillent. Ils m’ont lâchement envoyée faire la prostituée, ils ne se soucient pas de moi. Alors j’ai décidé de ne pas me soucier d’eux. Pour moi, ils n’existent plus. Je ne les connais plus. Libre à toi de vouloir les tuer, moi je ne m’en mêlerai pas.
- C’est vraiment aussi simple que tu le dis ? fit Shaolan. Malgré toutes les horreurs qu’il a commises, il restera toujours ton frère. Tu auras beau dire que tu l’ignoreras, ça sera faux. C’est ton frère. Tu l’as aimé pendant des années ; crois-tu que tu puisses effacer ça du jour au lendemain ? Non. Et je ne te blâme pas, parce que c’est tout à fait normal. Le dilemme est dur, n’est-ce pas ? Tu les détestes pour ce qu’ils nous ont fait, à toi ainsi qu’à moi. Et pourtant, lorsque je parle de les tuer, tu sembles faire ta mission. comme ils te l’ont demandé. Quelque part, même si tu les détestes, tu cherches à les épargner. Et c’est tout à fait normal. Seul le temps pourra t’aider à les oublier.
- A t’entendre, on dirait que toi aussi tu veux les épargner, dit Sakura.
- Je me mettais simplement dans ton point de vue. Je les tuerai, ça, tu peux en être certaine ! Sans nul doute, ça ne te fera pas plaisir, mais je veux venger ma famille. Pourquoi laisserais-je la vie à cet assassin qui a pris celles de ma mère et de mes sœurs ? Pour moi, qu’il reste en vie est une injustice ! Il n’y a qu’en le tuant que je serai tranquille.
Après un moment de silence, il ajouta :
- Mais si nous ne voulons pas nous plomber l’ambiance ainsi que notre petite excursion, évitons ce sujet !
- Oui, entendu ! dit Sakura avec un grand sourire.
Les chevaux s’arrêtèrent soudainement. Malgré les ordres de leur cavalier, ils refusèrent de faire un pas de plus. Au contraire, ils commencèrent même à faire des pas en arrière, à la plus grande frayeur de Sakura. Shaolan était plus calme qu’elle. Il n’avait pas peur du tout. Il se demandait ce qui pouvait bien effrayer son propre étalon qui d’habitude, ne manifestait pas autant sa peur. La réponse vint d’elle-même lorsque Shaolan poussa un cri de douleur en sentant d’énormes crocs se planter avec force dans son bras gauche.
Un énorme molosse venait de sauter d’un rocher et avait réussi à bien amocher le bras du Chinois qui tomba de son cheval. (Genre Gollum dans « le Retour du Roi », à la Montagne du Destin !). Au milieu des cris des deux jeunes gens, les chevaux se cabrèrent, ruèrent, complètement paniqués. L’adolescente tomba à terre à son tour, tandis que dans la panique, les équidés se retrouvèrent vite coincés : Oiseau des Nuages se retrouva les rênes entortillées à une branche d’arbre, à la merci de l’énorme chien, tandis que Fleur des Montagnes avait la jambe coincée entre deux blocs de pierre. Paniquant, la jument ne faisait que s’écorcher la jambe.
Shaolan se releva douloureusement, et voyant ses chevaux dans une piètre situation, il ne pensa qu’à aller les secourir, faisant abstraction du chien qui était toujours là. Un chien qui avait un collier. Serait-ce un animal du domaine Mijiku ? Sakura ouvrit alors les yeux d’horreur en entendant plusieurs grognements autour d’elle. Ils étaient cernés par ces molosses. Des animaux entraînés à attaquer. Sakura attrapa vite une grosse branche posée par terre, prête à se défendre. Elle n’avait pas vu que Shaolan, le bras dégoulinant de sang, se précipitait vers ses chevaux. Seul un nouveau cri de la part du jeune homme le lui montra. Le chien venait de le mordre lui flan. Shaolan flanqua un grand coup de pied à la bête, qui s’apprêta à l’attaquer de nouveau, mais se reçut un énorme coup de branche. Il grogna, montrant ses crocs, et bondit sur Sakura qui lui asséna un autre coup en plein dans la tête (désolée pour les amis des bêtes !) tandis que Shaolan s’occupait d’aider Fleur des Montagnes, qui avait plus à craindre que Oiseau des Nuages pour le moment. Malgré ses blessures, il éclata les blocs de pierre avec son poing droit (vous savez, comme dans Ranma ½ !), et parvint à attraper les rênes de Fleur des Montagnes avant que celle-ci n’en s’enfuît. Puis, il alla s’occuper de Oiseau des Nuages, tandis qu’il tenait toujours les rênes de la jument de sa main gauche.
Sakura le couvrait. Munie de sa grosse branche, elle en donnait des grands coups aux chiens qui s’aventuraient trop près d’elle. Le premier qui osait s’approchait s’en prenait une à travers les dents ! Elle eut même l’idée de prendre des morceaux courts mais assez épais, et de les leur fourrer dans la gueule, chose qui était assez risquée. Mais elle y était parvenue. Mais le meilleur moyen était d’utiliser le feu. Oui, ça, ils en avaient peur ! Mais où trouver du feu dans un moment et un endroit pareils ? Si elle relâchait sa vigilance, les chiens en profiteraient pour les attaquer !
Ce fut à ce moment qu’un des molosses tenta une offensive sur les chevaux. Shaolan ramassa la première chose qui lui tomba sous la main – une pierre – mais n’eut pas le temps de la lancer, car l’animal venait de se faire éjecter par deux énormes coups de sabot. Les chevaux, suivant leur instinct, n’avaient pas réalisé qu’ils venaient de sauver leur vie. Ils avaient peur, point. Et ils éloigneraient tout ce qui serait susceptible de leur faire du mal. Sakura se dit qu’être près des équidés n’était pas une si mauvaise idée. Pour une fois, elle devait oublier d’en avoir peur alors que c’était précisément à ce moment qu’ils étaient le plus dangereux. Elle regarda alors par terre. Des brindilles, et la pierre que Shaolan avait lâchée. Elle pouvait tenter quelque chose. Elle le devait.
Elle entendit alors un drôle de son venant de derrière elle, comme si quelqu’un avait voulu dire quelque chose mais en avait été empêché. Elle se retourna vivement pour découvrir que Shaolan s’effondrait. Il semblait encore conscient, mais pour combien de temps encore ?
Elle donna alors un coup plus fort à un des chiens qui ne s’était même pas avancé, comme pour leur dire de s’en aller. Elle s’accroupit alors en toute vitesse, prit la pierre qu’elle frotta contre une autre au-dessus des brindilles. Allez ! Elle avait toujours allumé le feu ainsi pendant des années, presque toujours du premier coup ! Pourquoi, comme par hasard, en cas d’extrême urgence, ça ne marchait pas ? Allez, bon sang ! Les dents serrées, les mains moites, elle tremblait de rage et de peur. Vite ! Vite ! Elle voyait les petites étincelles qui naissaient du frottement des deux pierres, mais elles n’enflammaient toujours pas les brindilles ! Merde ! Allez, elle y était presque, elle le sentait !
Un grognement la ramena à la réalité. Relevant les yeux, elle aperçut les crocs d’un molosse qui ne devait être qu’à deux mètres d’elle. Oh non ! Non ! Pas maintenant ! Elle y était presque !
Elle ferma les yeux, sachant que le chien allait bondir d’un instant à l’autre. Elle allait mourir ainsi ? Un grand aboiement, suivi du bruit des feuilles lui indiqua que le chien venait de sauter. Un autre bruit, suivi de beaucoup d’autres aboiements. Sakura ouvrit les yeux. Le chien avait à nouveau les crocs plantés dans le corps de Shaolan, sur son avant-bras gauche. Le jeune homme avait pu glisser à temps devant la Japonaise. Cette dernière ouvrit grand les yeux en voyant ce spectacle, le sol presque imbibé du sang de son compagnon. Seigneur ! Elle entendit les grognements des autres canins qui avaient compris qu’ils pourraient sans doute en manger au moins un ! Et, comme si le destin daignait enfin écouter Sakura, la jeune fille réussit à enflammer ses brindilles. Elle reprit son énorme branche, et en enflamma le bout. Très vite, la flamme grandit. Là, les chiens reculèrent. Mais Sakura ne s’arrêta pas là. Elle enflamma d’autres branches qu’elle leur envoya dessus (style Aragorn dans la Communauté de l’Anneau !). Les chiens se montrèrent d’abord plus violents, puis repartirent, certains ayant une partie du corps calcinée, voire brûlée.
Ouf, c’était fini. Sakura, les jambes en coton, se laissa tomber à terre. Shaolan n’était plus à ses pieds ; il avait rampé jusqu’à ses chevaux, qui s’étaient à peu près calmés depuis qu’il les avait rejoints. Oiseau des Nuages étant un étalon, il était beaucoup plus nerveux que Fleur des Montagnes – qui avait la jambe écorchée – et donc, bien plus difficile à calmer. Mais Shaolan l’ayant élevé depuis sa naissance, c’était beaucoup plus aisé pour lui que pour quiconque aurait essayé de s’approcher de l’animal à ce moment-là.
Sakura se releva alors, et s’agenouilla auprès de Shaolan. Le pauvre avait tout le bras gauche en sang, ainsi que son flan droit, vers l’avant du corps. Mais il ne semblait pas sans soucier. Incapable cependant de se mettre debout, il avait levé les bras vers ses chevaux, et ceux-ci avait réfugié la tête dans son cou, comme auraient pu le faire des êtres humains. Sakura l’entendait murmurer des « C’est fini, c’est fini, maintenant… » alors qu’il resserrait ses bras autour de leur encolure. Il dut cependant les lâcher lorsque Sakura le supplia de lui laisser voir sa blessure. Sakura se mordit les lèvres en voyant tout ce sang.
- Oh non… murmura alors Shaolan. J’en ai assez…
Se demandant de quoi il voulait parler, Sakura leva les yeux. Devant eux, à à peine une trentaine de centimètre se dressait un grand serpent, qui les fixait avec des yeux de dément (Après le Seigneur des Anneaux, Harry Potter, lol !). Oh non ! En plus, ce n’en était pas un d’inoffensif ! Ben non, ç’aurait été trop simple ! pensa amèrement Sakura. Surtout, il fallait garder son calme. C’était la clé. Cependant, elle sentit les chevaux nerveux. Ils voulaient s’enfuir loin de cette chose rampante. Cependant, Sakura s’aperçut que Shaolan les tenait fermement, et restait immobile. Bien. Elle qui connaissait les animaux, pourrait s’occuper de celui-ci sans problème.
Elle déplaça très lentement sa main droite vers le côté droit. Bien. Elle devait être rapide. Elle farfouilla deux secondes dans les feuilles avec ses doigts. Immédiatement, le serpent se précipita sur la main de Sakura que celle-ci releva tout de suite, puis attrapa la bestiole par le cou, juste sous le tête, avec son pouce et son index tenant bien le bas du crâne. La bête ne pouvait plus la mordre. Il claquait ses mâchoires dans le vide. Tout de suite, Sakura prit un pan de sa tunique et approcha la tête du serpent. Instinctivement, il mordit dedans. Sakura attendit un moment, puis éloigna le serpent de sa tunique et le jeta au loin, il était devenu inoffensif. Il avait déchargé tout son venin dans la tunique qu’il avait mordue.
Sakura regarda aux alentours pour vérifier qu’il n’y avait plus d’autre animal dangereux. Heureusement non. Alors cette rumeur sur le domaine Mijiku était vraie. Des animaux aussi agressifs ne pouvaient agir comme ça. Ils avaient dû être élevés ainsi.
Elle se tourna vers Shaolan. Lui regardait quelque chose de précis qui était à terre. Une flaque de sang. Mais ce n’était pas le sien. Le sang de Shaolan était plus foncé que celui qui composait cette flaque. Elle échangea un regard effaré avec le jeune homme. Ils avaient compris que ce sang avait été transporté par un des chiens. Qui avaient-ils attaqué ? Et si une personne était à l’agonie ?
Shaolan parvint à se lever. Tenant dans sa main droite les rênes des chevaux tandis que son bras gauche pendait tristement, il fit comprendre d’un regard à Sakura qu’il était parfaitement capable de la suivre. Celle-ci ramassa une des branches enflammées et passa devant Shaolan. Considérant la tâche de sang, elle regarda autour d’elle. Il y en avait une autre. Et plus loin, encore une. Et ainsi de suite. Suivant les tâches de sang, Sakura se sentait mal, prête à vomir. Rien d’étonnant à cela : une meute de chiens qui ne savaient qu’attaquer, puis un serpent, et enfin, la perspective de découvrir un cadavre frais !
Sakura se figea sur place, tout comme Shaolan. Il y avait en effet un cadavre. Mais pas humain. C’était une louve. Elle ne semblait même pas avoir été dévorée. Simplement tuée. Elle baignait dans une flaque de sang. Mais quelque chose de plus horrible frappait les deux jeunes. C’était la portée de louveteaux qui étaient aussi morts, contre le ventre de leur mère.
Sakura échangea un regard avec Shaolan. Celui-ci gardait les yeux baissés sur les cadavres. Sakura se précipita vers eux. Ça le répugnait, mais elle les toucha quand même. Ceci lui rappelait un drame qui s’était déroulé avec des humains. Un jeune homme dont toute la famille avait péri à cause d’une bande d’assassins. Mais le plus jeune avait tout de même survécu, il se tenait à ses côtés ! Pourquoi n’en serait-il pas de même pour un de ces louveteaux ?
Elle vit une des fourrures bouger. Etait-ce le vent ? Ou bien ce petit était vivant ? Sakura le prit dans ses mains, et regarda attentivement la petite boule de poils qui était recroquevillée. Elle était tâchée de sang, mais ne portait aucune trace de morsure, contrairement à ses frères et sœurs. Il tremblait. Il était vivant.
Les yeux brillants et pleins d’espoir, Sakura se tourna vers Shaolan qui n’avait cessé de l’observer. En la voyant avec le petit animal dans les mains et un faible sourire commencer à apparaître sur son visage, il comprit. Devant un regard interrogateur de la part de la jeune fille, il mit sa tête sur le côté, un sourcil plus haut que l’autre, un sourire en coin. Bien sûr qu’ils l’emmenaient ! Quelle question !
Le sourire de Sakura s’afficha franchement et elle se voulut se précipiter vers Shaolan pour le remercier, lorsqu’elle se souvint dans quel état se trouvait le jeune Chinois. En effet, une jolie flaque de sang s’était formée à ses pieds, et ses blessures s’égouttaient régulièrement. Effarée, elle leva les yeux vers lui :
- Le chalet est-il encore loin ? Si oui, nous devrions faire demi-tour !
- Non, la rassura Shaolan. Il est tout proche. Et puis il est plus pratique de retourner à notre domaine en partant du chalet. Nous n’aurons qu’à descendre la montagne.
- A combien est-il ? s’enquit Sakura.
- A cinq minutes à cheval, sourit tristement le jeune homme, sentant toute l’ironie de la situation.
A cinq minutes près, ils auraient pu éviter ce bain de sang et ces frayeurs. Oui, mais dans ce cas, ils n’auraient jamais pu venir en aide à ce petit loup. Toujours dans les bras de Sakura qui lui apportaient de la chaleur, l’animal ouvrit les yeux. Sakura ne put s’empêcher de fondre en voyant ses yeux d’ambre. Tout le monde lui rappellerait donc qu’elle était complètement folle de Shaolan ? Pourquoi cette petite bête avait les mêmes yeux que lui ? C’était injuste !
Lorsqu’ils se remirent en route, Sakura demanda à Shaolan de monter sur un des chevaux, mais celui-ci répondit que sa blessure au flan l’en empêchait. Enfin, en cinq minutes, ils atteignirent le chalet. Ils passèrent devant la source naturelle d’eau chaude que Shaolan regarda avec envie. Sakura tenait à soigner Shaolan, mais celui-ci voulait d’abord s’occuper de ses chevaux, en particulier de la jambe de Fleur des Montagnes. Légère bouderie de la part de Sakura, qui de toute façon ne pouvait rien faire pour l’en empêcher. Mais franchement, quel imbécile ! Il était blessé et ne pensait qu’aux égratignures d’un de ses chevaux ! Mais en même temps, elle pouvait voir à quel point il les aimait. Oui, il aimait vraiment ces chevaux. Il n’était pas seulement quelqu’un qui faisait accoupler ses meilleurs étalons et ses meilleures juments. Il aimait tous ses chevaux. Tous. Il ne les considérait pas comme des animaux, ça se voyait bien. Sakura se dit que s’il avait des enfants, il les aimerait comme il aimait ses chevaux. Sincèrement. Ah, si c’était elle qui pouvait porter ses enfants ! se mit-elle à rêvasser. Woé ! Calme-toi Sakura ! Surtout freine tes pensées avant de commettre mentalement l’irréparable !

De son côté, Shaolan avait déchiré un morceau de sa chemise – qui était désormais foutue – et avait voulu aller le mouiller dans la source chaude. Heureusement que la blessure de la jument était bénigne ! Un moment il avait eu peur, mais finalement, elle allait bien. Et Sakura l’avait impressionné. Elle qui était terrifiée à l’idée de monter à cheval, elle gardait son sang-froid face à une meute de chiens entraînés à attaquer et à un serpent ! Décidément, elle ne cesserait jamais de l’étonner ! Et puis, elle lui avait sauvé la vie. Et ça, il ne l’oublierait pas de sitôt.
Shaolan fit une grimace lorsqu’il s’agenouilla devant l’eau. Sa blessure était plus profonde qu’il ne l’avait pensé. Bah, qu’importait ! Il était toujours en vie, après tout, ça n’était pas si mal ! Il plongea le morceau de tissu dans l’eau, et le porta sur l’écorchure de la jument. Il se rassura encore une fois en constatant qu’elle n’avait rien de grave. Ah, ses chevaux ! On aurait dit qu’ils l’avaient compris. Un cheval normal se serait enfui depuis longtemps devant tous ces chiens et ce serpent. Mais eux, lorsqu’il leur avait pris les rênes pour qu’ils restassent, ils n’avaient pas opposé tant de résistance. C’était vraiment des animaux exceptionnels ! C’étaient ses chevaux, et il fut fier lorsqu’il se rendit compte que leur obéissance et leur intelligence étaient dues à son travail et sa patience avec eux. Ça serait bien si Sakura en avait moins peur, elle pourrait voir tous leurs mérites.
Shaolan ouvrit grand les yeux en se cramponnant à sa blessure. Son corps se raidit soudainement alors qu’il crachait une gerbe de sang. Il s’effondra alors sur le sol, inconscient, tandis que Oiseau des Nuages, en étalon bien dressé et intelligent qu’il était, se mit à hennir bruyamment, et retourna vers le chalet.
Sakura, voyant Oiseau des Nuages venir vers elle, se mit à paniquer. Le cheval était tout seul ? Impossible, il y avait un problème quelque part ! Elle se précipita vers la source, et découvrit Shaolan, inconscient sur le sol, Fleur des Montagnes soufflant dans son cou. Elle accourut auprès du jeune homme, et lui mit la tête sur ses genoux en lui tapotant les joues, affolée. Il ouvrit lentement les yeux. Sakura le serra alors contre elle, soulagée. Lorsqu’elle le libéra de son étreinte, elle soupira, et essuya une traînée de sang qui partait de la bouche du jeune Chinois. Lorsque ses doigts effleurèrent ses lèvres, elle ne fut pas la seule à rougir. Shaolan allait refermer les yeux, mais Sakura le secoua un petit peu. Elle s’apprêtait à lui faire la morale, mais s’abstint pour deux raisons : une domestique n’avait pas à faire la morale à son maître – même si elle savait qu’ils n’avaient pas vraiment cette relation – et ensuite, Shaolan avait pertinemment vu la réprobation dans ses yeux.
Pour se lever, Shaolan eut recours à un stratagème astucieux. Oiseau des Nuages avait baissé la tête, et Shaolan s’était cramponné à la crinière. Puis, une fois que l’animal eut relevé sa tête, Shaolan put se redresser. Heureusement que le leader avait utilisé cette technique car Sakura ne savait pas comment elle aurait pu le transporter : du côté droit, elle aurait pu aggraver sa blessure sur le flan, et du côté gauche, ç’aurait été son bras en charpie !
Arrivant à l’intérieur de la cabane, Sakura l’installa dans un des futons qu’elle avait préparés lorsque Shaolan était parti soigner ses chevaux. Le louveteau dormait en boule près de la tête de Shaolan qui ne put s’empêcher de grimacer de douleur. Sakura lui déchira entièrement la manche gauche, et eut une exclamation étouffée lorsqu’elle aperçut les blessures. Seigneur ! Tout ce qu’elle pouvait faire, c’était passer de l’eau. Même des herbes ne pouvaient soigner une telle blessure, il fallait attendre que ça cicatrisât. Elle prit donc un seau, et alla prendre de l’eau dans la source, puis revint auprès de l’homme qu’elle aimait. Elle lui prodigua des soins sous les yeux presque fermés du jeune homme qui semblait serein. Elle déchira encore des morceaux de la chemise qui n’étaient pas ensanglantés, et s’en servit comme bandage. Elle put s’occuper de nettoyer les plaies, notamment celle sur le côté droit. Puis, elle conseilla à Shaolan de dormir.
En sortant, elle se rappela que Oiseau des Nuages et Fleur des Montagnes n’étaient pas dans l’enclos qui leur était réservé. Comment pouvait-elle les faire aller dedans ? Elle n’était pas Shaolan qui passait son temps avec eux et savait comment ils fonctionnaient.
Elle s’aperçut alors qu’en chevaux bien dressés qu’ils étaient, ils ne s’étaient pas éloignés de la cabane. Ils broutaient paisiblement.
Elle s’approcha alors de Oiseau des Nuages, et lui saisit la crinière. Elle fit un pas vers l’enclos qui était ouvert, et fut satisfaite de constater que le cheval lui avait tout de suite emboîté le pas, marchant paisiblement, ses crins toujours dans la main de Sakura qui ne cessait de répéter « Bien… Là… Gentil, c’est bien… ». Fleur des Montagnes les avait suivis, et pénétra dans l’enclos juste après Oiseau des Nuages. Sakura referma la porte et escalada la clôture. Elle alla dans la cabane, et aperçut que Shaolan s’était endormi, ce qui n’avait rien d’étonnant. Mais elle avait peur qu’il commençât à avoir de la fièvre ; que ferait-elle dans ce cas ? Elle préférait ne pas y penser.
Dans les bagages qu’ils avaient enlevé du dos des chevaux, Sakura sortit une serviette. Vérifiant que Shaolan dormait bien, elle se déshabilla et s’enroula dedans, puis se dirigea vers la source. Elle découvrit une première version de l’extase lorsqu’elle se laissa glisser dans l’eau chaude.
Une vingtaine de minutes plus tard, Shaolan arriva, encore habillé, au bord de l’eau.
- Tout va comme tu veux ? sourit-il faiblement.
- Shaolan ! s’exclama la jeune fille en plaquant ses poings contre sa poitrine par réflexe pudique. Mon dieu, mais tu es blessé, tu aurais dû rester couché plus longtemps ! Regarde-toi, tu es épuisé !
- Ne t’inquiètes pas, je suis solide, répondit-il. J’ai déjà survécu à une fièvre de cheval doublée d’un traumatisme psychologique – à savoir le meurtre de ma famille – alors je pense qu’une petite morsure ne me tuera pas.
Sakura fronça les sourcils :
- Premièrement, ce n’est pas une petite morsure, mais trois grosses plaies qui t’ont déchiré la peau ! Ensuite, tu pourrais avoir de la fièvre, et pour finir, ce n’est pas une raison pour se lever alors qu’on tient à peine debout !
- On dirait Tomoyo, sourit Shaolan. Elle a de l’influence, mine de rien ! Ça te dérangerait si je venais faire trempette, moi aussi ?
Il avait eu un petit sourire de gamin qui veut se baigner avec sa mère. Il avait dû vite comprendre qu’elle ne savait pas résister à ce sourire.
- Qui est le maître, et qui est le domestique ? demanda ironiquement Sakura, donnant à Shaolan sa réponse.
- Merci bien !
Sakura tourna alors brusquement la tête dans un mouvement pudique, les joues rouges. Shaolan avait déjà amené sa serviette, et enlevait son pantalon. En entendant le Chinois rire, elle comprit qu’il se moquait d’elle. Imbécile ! Il n’y avait pas de quoi rire ! Pourquoi était-elle tombée amoureuse de lui ? Etait-ce bien elle qui la veille, avait déclaré mentalement qu’elle était heureuse de savoir qu’elle aimait un homme tel que lui ?
Un bruit dans l’eau lui indiqua qu’elle pouvait se retourner. Avec pour seul vêtement une serviette autour de la taille, Shaolan s’était laissé aller contre un rocher, et soupirait d’aise. Sakura ne pouvait empêcher ses yeux de dévier sur son torse. Il était… parfait ! Bien proportionné, de jolis abdominaux ! On les voyait, mais ils n’étaient pas trop voyants non plus. Les tas de muscles, ça lui faisait peur ! Bref, elle aurait pu admirer ce corps tout à loisirs si les bandages tâchés de sang ne venaient tout gâcher.
Shaolan avait les yeux fermés, profitant de la température de l’eau. Lorsqu’il ouvrit un œil, ce fut pour apercevoir une Sakura qui le regardait. Elle rougissait ? Pourtant ça ne devait pas être la première fois qu’elle voyait un torse d’homme. Entre son frère et toute la bande, il doutait fort que ces derniers eussent de la pudeur à montrer leur poitrine d’homme à la jeune fille. Pourquoi Sakura rougissait-elle ainsi ? Ah oui, ses blessures ! Il fallait avouer que ça ne devait pas être joli à voir, rien qu’à en juger par la douleur qu’elles lui inspiraient. Mais ça, il s’abstint d’en parler à Sakura. Elle l’avait sauvé et soigné, ça suffisait, non ?
Sans beaucoup se parler, ils restèrent un petit moment à se prélasser dans le bain, lorsque Shaolan décida de retourner s’allonger, éreinté. Avant de repartir, il félicita Sakura d’avoir réussi à mettre les chevaux dans l’enclos. Puis il était reparti en direction de la cabane.
Sakura s’étira, encore un peu rouge. Elle s’était toujours doutée que Shaolan avait des muscles, mais là, waw ! On en mangerait ! Idée qui n’était pas si farfelue si on la prenait au premier degré, s’amusa-t-elle à penser. Shaolan étant parti, elle desserra un peu sa serviette, puis l’ôta finalement complètement pour profiter d’un vrai bain en plein air. Ah, le pied ! Et la montagne, quel calme ! Les chiens n’oseraient plus s’approcher d’eux, ils avaient pu sauver la vie d’un louveteau, ils n’avaient à priori rien à craindre. Levant la tête, Sakura s’aperçut que si. Les énormes nuages qui commençaient à former une spirale annonçaient clairement qu’une tornade se préparait, mais qu’elle ne serait pas là avant une ou deux heures. Bah, il y avait une cave sous la cabane où ils se réfugieraient le temps que ça passe, et puis ça n’allait pas être une grosse tornade. Retournant son visage vers l’eau, elle poussa un cri strident. Un singe était posé sur un des rochers et lui avait pris sa serviette avec laquelle il s’était mis à jouer.

Shaolan venait à peine de remettre son pantalon lorsqu’un cri de jeune fille en détresse se fit entendre. Quoi ? Que se passait-il ? Sakura se faisait attaquer ? Pas les chiens, quand même ! Mais quoi ? De nouveaux serpents ?
Shaolan se précipita vers la source, affolé. Seigneur, mais que se passait-il ? Arrivant à l’eau, il commença à marcher dedans, cherchant Sakura. Enfin, il la vit. Elle était de dos, nue, et tremblait. Que s’était-il passé ? S’approchant en pataugeant dans l’eau chaude, il l’interpella en lui posant une main sur l’épaule, s’efforçant de ne pas faire attention à ce que lui disaient son corps et son esprit pervers devant une fille dénudée.
Sakura se retourna, et se retrouva face à Shaolan. Réalisant soudainement qu’elle nue face à lui, elle poussa un nouveau cri en lui assénant une gifle par réflexe. Il faisait grand silence lorsque le bruit du contact entre la main de Sakura et la joue droite de Shaolan résonna. Réalisant ce qu’elle venait de faire, Sakura mit une main devant sa bouche avec une petite exclamation de surprise. Qu’est-ce qu’elle venait de faire ?
Shaolan baissa les yeux vers elle dans une expression impassible mais qui montrait bien qu’il voulait des explications, surtout lorsqu’il passa sa main sur sa joue rougissante.
- Euh… Il… Il y avait un… un singe, balbutia-t-elle, et je… j’ai crié… Il m’a fauché ma serviette…
Shaolan restait silencieux.
- Je suis vraiment désolée, dit-elle en s’inclinant devant lui, lui offrant une vue sur sa chute de reins. J’ai agi par réflexe, je suis vraiment désolée, Shaolan, je ne voulais pas te frapper !
- Ça va, marmonna-t-il.
Soudain, sa tête disparut sous une serviette qui semblait tomber du ciel. Restant immobile, il soupira. Il en avait marre, parfois ! Sakura restait elle aussi immobile, ne sachant quoi dire ou faire. Finalement, elle reprit brusquement la serviette sur la tête du jeune homme et la plaqua contre l’avant de son corps. Sur la branche au-dessus d’eux, le singe s’amusait à faire des galipettes.
- Shaolan… commença doucement Sakura. Tu devrais rentrer, tu vas prendre froid…
Le jeune homme réalisa qu’il était torse nu, et que le vent commençait à souffler. Oui, il ferait mieux de rentrer. Après avoir confirmé à la jeune fille qu’il s’en allait, celle-ci s’approcha rapidement de lui, et lui déposa une bise sur sa joue droite, à l’endroit où elle l’avait giflé. Lui murmurant à nouveau qu’elle était désolée, elle l’embrassa une nouvelle fois plus longuement sur l’endroit endolori.
- Eh bien, si pour soigner chacune de mes blessures, j’ai un traitement comme celui-là, je crois que je vais foncer vers le danger, sourit-il.
Sakura sourit à son tour, puis le temps qu’elle remette la serviette autour de son corps en tournant le dos à Shaolan, ce dernier avait déjà disparu. Rapide, pour un blessé. Enfin, à moitié conscient il avait réussi à ramper jusqu’à Edo après avoir vu sa famille se faire massacrer, alors il pouvait bien regagner une cabane avec un bras blessé.
Sakura soupira en profitant de ses dernières minutes dans son bain. Lorsqu’elle rentrerait à la cabane, Shaolan dormirait. Elle ferait le repas pour la mi-journée, puis réveillerait Shaolan pour qu’il mangeât un peu. Il leur faudrait ensuite se réfugier pour essuyer la tornade qui s’en venait, et ils remonteraient. Le lendemain, ils partiraient.

Comme elle l’avait prédit, Shaolan s’était profondément endormi lorsqu’elle avait regagné le cabanon. Il s’était changé, et avait mis sa tenue chinoise du bal – la seule qui lui restait. Se mettant à farfouiller dans leur sac de provisions, elle sortait les victuailles. Un moment, elle tomba sur plusieurs bouteilles d’alcool. Elle aurait juré qu’elle ne les avait pas vues au départ, quand elle avait fait les bagages avec Tomoyo. Cela ne pouvait signifier qu’une chose. Tournant sa tête pour lancer un regard désapprobateur au jeune homme, elle ne put s’empêcher de fondre en le voyant dormir. Un sommeil qui semblait si profond. De quoi pouvait-il être en train de rêver ? Elle aimerait bien pouvoir entrer dans sa tête et savoir toutes ses pensées. Et elle ? Avait-elle une place dans la tête du Chinois ? Pensait-il à elle ?
Shaolan grimaça alors, puis commença à s’agiter, poussant de petits gémissements. Il ne cessait de tourner sa tête, comme pour se débarrasser de quelque chose, une pensée, un mauvais souvenir. Sakura s’approcha, et lui caressa doucement la joue en chuchotant un long « chut ». Shaolan se calma un peu, mais ses sourcils froncés indiquaient qu’il ne l’était pas totalement. Mais un sourire vint sur son visage, et le calme le regagna totalement. Sakura l’entendit alors murmurer : « maman ».
La jeune fille se figea aussitôt, et son regard s’assombrit. Bien sûr, sa mère. Il ne pouvait l’oublier. Avait-il vraiment surmonté son chagrin ? Il était fort permis d’en douter. Mais après tout… il avait le droit de rêver de sa mère, ça n’était pas interdit. Elle aussi rêvait de ses parents parfois, ça n’était pas pour autant qu’elle n’avait pas surmonté sa peine ! Non, il devait juste avoir un heureux souvenir qui revenait. Il ne fallait pas s’inquiéter.
Sakura alla dehors pour faire chauffer le ragoût qu’elle avait préparé. Un bon ragoût après toutes ces péripéties, ça ne pouvait leur faire que du bien ! Tandis qu’elle surveillait la cuisson, elle regardait le ciel : dans moins d’une heure, ils devraient se mettre à l’abri. Bah, il y avait largement le temps. Se disant qu’elle ferait mieux d’aller réveiller Shaolan, elle se leva et rentra à l’intérieur.
Là, elle vit que le louveteau s’était réveillé, et semblait ne plus bien savoir où il était. En s’y prenant prudemment, Sakura s’agenouilla devant lui et lui tendit la main en murmurant des « viens… allez petit, viens… ». La petite bête la regarda avec des yeux très curieux. Mais sa mère ne lui ayant pas encore appris à se méfier, il fut facile de se laissa conquérir. Et Sakura ayant sur elle la bonne odeur du ragoût, c’était dans la poche. La queue de l’animal se balança alors frénétiquement de gauche à droite, son extrémité touffue frôlant le cou de Shaolan à chaque passage. Ce dernier eut un sourire suivi d’un petit rire lorsque Sakura l’entendit dire : « Falen, arrête, ça chatouille ! Arrête ! »
Sakura ramassa alors rapidement le louveteau qui se mit à lui lécher les doigts en quête du goût de cette bonne odeur de viande qui se dégageait d’elle, et regarda Shaolan. Ce dernier avait cessé de sourire. Il s’était mis à respirer par la bouche, prenant de grandes bouffées d’air tandis que son front se recouvrait de sueur. On aurait dit qu’il venait d’attraper une fièvre monstre en un instant. Il se mit à avoir des gémissements étouffés. Puis il sembla délirer.
- Non… Mère… je ne vois rien… Mes sœurs…
Sakura s’inquiétait beaucoup. Que lui arrivait-il ? Soudain, elle eut peur de comprendre.
- Non ! continua soudain Shaolan en tremblant, son visage couvert de sueur que Sakura se mit à lui essuyer. Futie ! s’exclama-t-il soudain plus fort, ce qui confirma à Sakura ses doutes, lui assombrissant le regard.
Shaolan se redressa subitement, les yeux grands ouverts, la respiration encore haletante. Il regardait autour de lui, encore désorienté, les mains crispées sur sa couverture. Peu à peu, il semblait prendre conscience qu’il ne s’agissait que d’un rêve. Sakura avait très bien compris ce qui s’était passé. Lui ruisselant de sueur, appelant faiblement ses sœurs. Et Futie avait été la première à être tuée, n’est-ce pas ? Ils avaient tous hurlé son nom lorsque Toya s’était chargé de son sort. Sakura avait bien compris qu’il venait de tout revivre en rêve.
Elle se pencha vers lui, et faisant mine de lui essuyer le front avec un mouchoir, elle le lui caressa, ainsi que les joues.
- Tout va bien, murmura-t-elle doucement. Tu as fait un cauchemar, tu t’agitais comme un dément. C’est fini maintenant.
- Je… Elles… Et lui…
Shaolan n’arrivait pas à construire ses phrases. Il en était incapable. Sakura lui posa une main rassurante sur l’épaule.
- Je sais, souffla-t-elle. Tu as parlé pendant ton sommeil, et ça a été assez facile de comprendre de quoi il s’agissait.
Elle l’embrassa tendrement sur la joue. Shaolan se calma un peu, même si ces yeux s’étaient voilés de tristesse. Sakura lui mit le louveteau dans les mains, puis alla s’occuper du ragoût. Shaolan regarda la petite bête qui remuait tranquillement la queue avec une pointe de tristesse. Se rallongeant un instant tandis que le jeune loup trottinait sur sa poitrine, il se demanda ce qui était le pire : perdre ses parents quand on est petit, ne pas avoir le temps de les connaître et donc être habitué à leur absence, ou bien les connaître, s’attacher à eux, puis les voir mourir d’un coup, sans prévenir, et ne pas supporter leur absence. Valait-il mieux les avoir connus, ou non ? Shaolan se dit que oui. Même s’il souffrait, il était heureux des moments passés avec sa famille. Quand il y repensait, il avait mal de savoir qu’il ne vivrait plus cela, mais au moins avait-il passé d’incroyables moments de bonheur avec elles.
Puis ses pensées dérivèrent vers Sakura. Et elle ? Elle n’avait aucun souvenir de ses parents. Tu te feras des souvenirs avec nous, petite Sakura, pensa Shaolan. Comme tu l’as dit, nous sommes ta famille à présent. Alors c’est nous qui te protégerons, et avec qui tu passeras des moments de joie. Parce que nous sommes ta famille…

Sakura versait le ragoût dans un bol qu’elle tendit à Shaolan. Ils commencèrent à manger en silence. Puis Shaolan prit la parole, en regardant droit devant lui, les yeux dans le vague.
- On venait juste de repartir d’une affaire importante, dit-il.
Sakura le regarda sans comprendre.
- Pendant que notre mère réglait tout ça, on était allés s’amuser dans la paille des écuries comme des gamins, continua-t-il en fixant le feu. Là, mes sœurs m’avaient coincé et Falen m’avait chatouillé pendant un bon moment. J’ai rêvé de ça, tout à l’heure… Je ne sais plus comment j’ai fait pour avoir de la fièvre, après ça. Je me souviens que Futie et moi courions dehors, dans un pré au milieu des chevaux… On était tristes d’avoir laissé les nôtres au domaine… Puis il s’était mis à pleuvoir. Futie est rentrée, mais moi je suis resté avec les chevaux, encore un peu. Je me disais que je n’aurais attrapé qu’un rhume, ou quelque chose comme ça. Après, je n’étais pas surpris d’avoir de la fièvre. Pourtant elle a empiré. Dans des proportions gigantesques. Nous sommes partis plus tôt que prévu pour rejoindre notre domaine, et donc la capitale où vivent la plupart des médecins. Et c’est là que le carrosse s’est fait renversé. La suite, tu la connais…
Il avait tout sorti d’une petite voix, ses yeux inlassablement fixés sur le feu qui crépitait. Sakura le regarda avec un mélange de tristesse et de joie. Oui, ç’avait dû être douloureux pour lui de revivre ça… Mais qu’il lui en parlât, c’était plus qu’elle ne pouvait espérer… Lorsqu’elle lui en fit part, il parut étonné.
- Quand tu me parles de toi… ça me fait plaisir. De temps en temps, j’aime que tu te dévoiles…
- On dirait que je suis en train de me faire plaindre ! Les regards de pitié des autres… j’ai horreur de ça ! Je ne veux pas qu’on me plaigne !
- Les gens sont comme ça… ils ne veulent pas se montrer vexants, mais… sans le savoir, ils le sont. Moi non plus, je n’aime pas qu’on ait pitié de moi… pourtant, sans ta pitié, je ne serais pas ici avec toi ! Et j’aurais vraiment raté ma vie !
- Moui… fit Shaolan en esquissant un sourire.

Recommençant à parler normalement, ils poursuivirent leur repas. Sakura l’avertit qu’une tornade allait bientôt se former. Ils avaient une vingtaine de minutes pour se mettre à l’abri.
Sakura rangea toutes leurs affaires et les transporta à l’abri qui était sous la cabane, le louveteau dans les mains. Elle s’assit contre le mur, à côté d’un gros tonneau de saké, et attendit Shaolan. Celui-ci arriva avec les chevaux et leur équipement. Il avait expliqué à Sakura que les chevaux pouvaient très bien s’en sortir tous seuls mais qu’il préférait les avoir avec lui. En effet, les chevaux étaient assez nerveux, ils semblaient sentir l’événement climatique. Shaolan les tenaient par les crins, et leur chuchotait quelque chose.
Puis vint un grand silence, suivi de l’énorme bruit que faisait une tornade. Prise de peur, Sakura se recroquevilla, serrant la petite boule de poils dans ses mains. Elle avait peur, comme à chaque fois qu’elle avait essuyé une tornade. Elle savait qu’elle n’avait rien à craindre, mais pourtant, elle ne pouvait s’empêcher d’avoir un soupçon de doute, de peur. Elle ferma les yeux, attendant que tout cesse, lorsqu’elle entendit Shaolan parler à ses chevaux qui se montraient de plus en plus nerveux, mais qui restaient avec celui en qui ils avaient confiance.
- Là… Tout va bien, ne t’en fais pas… C’est rien, ça va vite passer, chut…
Sakura se décontracta, mais garda les yeux fermés. Qu’est-ce que la voix de Shaolan était apaisante ! Peut-être était-ce à cause des circonstances qu’elle la trouvait ainsi, peut-être tout simplement parce qu’une fille avait toujours l’impression d’être en sécurité aux côtés de l’homme qu’elle aimait.
Shaolan s’assit à côté d’elle, tandis que Oiseau des Nuages et Fleur des Montagnes baissaient la tête et l’enfouissaient dans le cou du jeune homme, comme ils l’avaient fait après l’incident avec les molosses. Shaolan continuait de leur parler. Puis, continuant à dire des paroles réconfortantes, il posa sa main sur l’épaule de Sakura, puis la passa autour. La jeune fille se colla à lui, et l’écoutait toujours. Le bruit à l’extérieur semblait plus fort que jamais. Pourtant, Sakura se sentait apaisée aux côtés du jeune homme. Elle avait l’impression que plus rien ne pouvait lui arriver. Il lui fallut après un long moment pour ressortir de ses pensées :
- Sakura, tu m’écoutes ? C’est fini, on peut sortir, maintenant.
Sakura rougit d’un coup, et se leva prestement. Reprenant les affaires, elle se tourna vers lui.
- Est-ce que tu pourrais dire quelque chose ? demanda-t-elle.
- Hein ? répondit Shaolan, surpris par la question. Comment ça ?
- Dis quelque chose, n’importe quoi, c’est seulement pour vérifier un truc ! expliqua-t-elle avec le sourire.
- Euh… je veux bien moi, mais je vais avoir l’air complètement débile à parler de la pluie et du beau temps, dit-il en détournant les yeux, rougissant de gêne.
- Oui, j’avais raison, dit Sakura avec un petit rire.
- Quoi ?
Elle le regarda tendrement :
- Tu as vraiment une voix apaisante.
- Hein ?
- Oui, tu as une voix qui… me fait me sentir sereine… sans doute que tu dois souvent l’utiliser pour calmer les chevaux, mais ça marche aussi sur les humains. En tout cas, sur moi !
- Oh, serais-tu en train de me faire des compliments ?
- Bien sûr !
Shaolan leva un sourcil avec un sourire, puis commenta :
- Moi aussi j’ai remarqué un truc, dit-il.
- Quoi ? fit Sakura, soudain rouge, se demandant s’il avait compris les sentiments qu’elle éprouvait pour lui.
- Eh bien, lorsque nous sommes tous les deux, nous nous parlons normalement. Mais lorsqu’il y a au moins une personne avec nous, tu me vouvoies. Comment ça se fait ?
- Oh… euh… fit Sakura, prise au dépourvu. C’est juste que… en fait, ça me gêne de te…de vous… de te vouvoyer lorsqu’il y a quelqu’un d’autre, je ne sais pas pourquoi, avoua-t-elle. Pourtant, lorsqu’on est que tous les deux, je sais que je peux te parler… en toute liberté… enfin, je peux aussi te vouvoyer en privé ! dit-elle soudain en rougissant à nouveau.
- Non, ne t’en fais pas. Ça me fait même plutôt plaisir que tu me considères comme un être normal et non comme « maître Li ». C’est vrai que quand on est que tous les deux… on s’entend bien. C’est un peu comme si on arrivait à bien se comprendre l’un l’autre, non ?
- Oui. Quand je suis avec toi, je me sens bien… et tranquille, rassurée… avoua Sakura en rougissant.
Sakura, c’est limite une déclaration d’amour, ce que tu viens de dire ! Et personne n’est assez idiot pour se dire qu’on n’a pas d’arrière-pensée lorsqu’on sort un truc pareil ! se rabroua-t-elle mentalement. Mon dieu, il va comprendre !
Shaolan la regarda un instant, puis eut un sourire :
- Ça, c’est sympa ! la remercia-t-il.
Sakura se retint de soupirer. Elle ne savait si c’était de soulagement ou de dépit. Il n’avait pas compris. Si Shaolan ne savait pas faire le lien avec un message aussi clair que celui-ci, elle aurait du mal à se déclarer ! Et puis… de penser qu’il pouvait la repousser, ça lui faisait très mal ! Mais de penser que si elle ne se déclarait pas, il n’en saurait rien, et qu’elle ne pourrait pas le toucher, l’embrasser, c’était encore pire !
Shaolan caressait distraitement l’encolure de son étalon, lorsqu’il vit Sakura faire une triste mine. Lui demandant si ça allait, celle-lui répondit que oui :
- J’étais juste en train de me morfondre en plongeant dans mes méditations sentimentales !
- Ah, oui, ce… euh… Kazuhiko, c’est ça ? C’était ton… ami… ?
Même la reine des cruches aurait pu comprendre ce qu’il entendait par « ami ». Elle ne pouvait en vouloir à Tomoyo d’avoir raconté ça à Shaolan, car à l’époque, elle ne pensait pas qu’elle tomberait amoureuse du dernier des Li.
- Oui… enfin, non… tenta-t-elle de répondre. Disons que… oui, il me plaisait, mais c’était avant… maintenant… je n’éprouve plus rien pour lui…
Tandis qu’elle parlait, elle se mordillait la lèvre inférieure, qu’elle finit par faire saigner. Shaolan s’en aperçut, et lui passa un doigt sur les lèvres qu’il ne retira pas. Il était si près d’elle que Sakura sentit que son intelligence était déjà remontée sans elle.
Puis avec un doux sourire, Shaolan enleva sa main et remonta, laissant derrière lui une Sakura qui regardait devant elle d’un air rêveur, comme celui de toutes les filles amoureuses.

*~*~§~*~*

Le lendemain, ils arrivèrent au domaine.
Tomoyo les accueillit avec soulagement lorsqu’ils arrivèrent : ils avaient échappé de peu à la tornade. En revanche, en voyant les blessures de Shaolan, elle faillit piquer une crise. Cependant, elle sauta de joie à la vue du petit animal qu’ils avaient ramené. Tomoyo le prit dans ses mains, et tourna sur elle-même en riant. Tandis que Sakura et Shaolan descendaient de leur monture, Tomoyo parla en Chinois :
- Mei xiao lang ! rit-elle. (= Beau petit loup !)
- Je dois rire ? demanda Shaolan, les sourcils légèrement froncés.
Il avait fort bien compris l’allusion. Mais être apparenté à une boule de poils qui tenait dans la main, merci !
Il laissa Takashi conduire ses chevaux à l’écurie, tandis que Tomoyo continuait dans diverses langues, mais restait longtemps sur la phrase en Chinois, « Mei xiao lang » (petite note : lorsqu’il s’agit d’un prénom, les mots sont attachés entre eux : Xiaolang pour le prénom. S’il s’agit de dire que c’est un petit loup, ça sera xiao (petit) lang (loup))
- Tomoyo, ça suffit, dit Shaolan d’une voix fatiguée.
Bien évidemment, Tomoyo n’en fit rien, et c’est en soupirant que Shaolan se laissa conduire par ses domestiques pour soigner vite fait ses blessures.
Sakura dit à Tomoyo que sa robe était superbe et qu’elle avait eu un succès fou ! Plus tard, elle avoua avec difficulté à Tomoyo qu’elle avait compris les sentiments qu’elle éprouvait pour Shaolan. La jeune fille aux cheveux noirs en fut enchantée, car une fois de plus, elle avait vu juste ! Puis, avec un beau sourire de soutien, elle informa son amie :
- Tout va bien se passer, Sakura-chan. Il faut que je te dise que… le domaine va recevoir une visite. Une visite du domaine Kaibaiji, qui a connu ma maîtresse. Ils viennent pour présenter leurs condoléances à Shaolan… Et leur fille, Tsukiko… est une ancienne conquête de Shaolan.
Sakura crut qu’on venait de lui donner un grand coup dans le ventre.
- Oh, ne t’en fais pas, le problème est tout autre… Shaolan a compris son erreur en la draguant ! C’est une vraie folle ! Elle a cru toutes les idioties que Shaolan lui a dites, du genre « nous ne pouvons pas nous aimer, nos familles nous sépareraient », ou « je suis un diplomate, je ne peux pas rester ! Sois gentille, oublie-moi ! ». Et cette cruche a tout gobé ! Résultat, elle est dingue de Shaolan, et je sens que quand elle va venir, ça va être plutôt drôle ! C’est une vraie sangsue ! Seulement… pour toi, ce serait l’occasion d’avoir Shaolan, non ? fit-elle avec un clin d’œil.

Sakura n’en savait rien. Elle voulait trouver Shaolan pour lui transmettre le message de la visite. Elle le trouva dans un pré, avec Fleur d’Eau, la jument pleine. Son ventre était énorme.
- C’est pour bientôt, dit Shaolan en regardant la jument avec un air de douceur, tel un futur père. En général, elles préfèrent mettre bas la nuit, à l’abri des regards humains, mais je surveille toutes les naissances, au cas où il y ait un problème. Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-il à Sakura.
Celle-ci lui transmit le message de Tomoyo, qui venait juste d’arriver derrière Sakura. Lorsque Sakura prononça le nom « Tsukiko », la réaction de Shaolan fut immédiate :
- La folle ? dit-il, frappé d’horreur. Non ! Je vais me faire porter malade ! Non, mourant, c’est mieux ! Oui, voilà ! Vous lui direz que j’ai une maladie monstre et que j’en ai plus pour longtemps !
Tomoyo et Sakura échangèrent un regard avec un grand sourire. Elles allaient sans doute bien s’amuser, à voir Shaolan fuir cette folledingue ! Même Sakura parvint à sourire. Oui, elle essaierait de se rapprocher de Shaolan. Elle savait qu’elle finirait par révéler ses sentiments au jeune homme, elle ne supporterait pas cette situation bien longtemps. Mais comment ?
Shaolan, je t’aime ! Si tu pouvais entendre mes pensées, ça serait tellement plus simple ! Parfois j’ai l’impression que je te plais aussi, mais n’est-ce qu’une impression ? Puis-je espérer ?
Un gentil sourire de la part du jeune homme en question la fit quitter ses pensées, et fondre comme neige au soleil. Seigneur, qu’il était beau ! Elle ne savait pas à quoi ressemblait cette Tsukiko, mais elle se jura de tout faire pour conquérir Shaolan.
Tomoyo brandit de nulle part le louveteau, avec un grand sourire.
- Il va falloir lui trouver un nom, à ce petit ! Vous avez des idées ? Moi je dirais Xiaolang !
- Tomoyo… fit Shaolan en laissant sa phrase en suspens. Ça suffit !
- Tu as une idée, Sakura-chan ? demanda Tomoyo en conservant son sourire.
- Non, pas encore… Un nom chinois, ça serait bien !
- J’ai proposé le plus approprié, mais Shaolan ne veut pas ! dit aussitôt Tomoyo. Tiens, pourquoi pas Small Wolf ?
- Tomoyo, j’ai dit : ça suffit ! dit Shaolan en haussant le ton.
- Tu n’as qu’à trouver un nom, toi !
- J’en trouve déjà pour tous mes chevaux, si en plus je dois en choisir pour les loups… se défendit le jeune homme.
- En tout cas, j’aime bien son pelage, dit distraitement Sakura en caressant la petite bête. Presque blanc… comme la neige !
- Eh ! Pourquoi pas Bailang ou Shanlang ? Ou encore Xuelang ? dit alors Tomoyo.
Sakura eut un air perplexe : elle ne connaissait pas le Chinois. Shaolan lui expliqua que Tomoyo pensait à Loup Blanc (Bailang) ou Loup des Montagnes (Shanlang), ou bien encore Loup des Neiges (Xuelang). Sakura se dit que c’était un peu bête de dire Loup Blanc, car ça se voyait à la couleur, de toute façon. Loup des Montagnes ou Loup des Neiges ?
- Entre la montagne et la neige, quel est le plus beau kanji (= idéogramme) ? demanda Sakura qui avait trouvé cette idée pour trancher.
- La montagne ! fit Tomoyo tandis qu’en même temps, Shaolan dit « La neige ! ».
Sakura eut une goutte qui lui glissa le long de la tête. D’accord, il fallait trouver autre chose…
- Le kanji de la neige est composé de la pluie sur la main, lui dit Shaolan, car les flocons sont représentés comme de la pluie qu’on peut attraper. C’est sympa, hein ? (et c’est véridique !)
- Si Shaolan le dit… dit Sakura. Alors on pourrait l’appeler Loup des Neiges… C’est vrai que c’est joli, ça a une tonalité poétique !
- Vu que c’est un des noms que j’ai proposés, ça me va parfaitement, sourit Tomoyo. Mais je le surnommerai Xiaolang, à mon avis !
- Bon, c’est fini, oui ? fit l’humain concerné par le prénom.
Sakura eut un sourire en prenant congés d’eux. Tomoyo alla à la lessive, et Shaolan resta dans les prés à s’occuper de ses chevaux. Elle le vit caresser doucement le ventre de Fleur d’Eau, embrasser la jument, caresser d’autres chevaux, leur faire à eux aussi des bises sur le bout du nez… Il était véritablement craquant avec son sourire. Sourire qu’il adressait aux chevaux, et presque jamais aux humains, d’ailleurs. Au moins, c’était un privilège quand Sakura en recevait un. Elle s’éloigna finalement à l’autre bout de la demeure, là où avaient été dressées les sépultures des membres de la famille Li.
Elle s’agenouilla devant les pierres, pria, puis les fixa. Elle se mit alors à chuchoter en se prosternant devant celle de Yelan Li.
- Dame Li… murmura-t-elle. Je… je suis la sœur de votre assassin… mais sans doute le savez-vous, là où vous êtes… Et vous savez aussi pourquoi je suis là. Je… J’aime votre fils… Il est si… enfin… j’adore tout chez lui, et tout ce que je veux, c’est le rendre heureux… et je voulais absolument vous le dire… Je… je suis sûre que vous étiez une mère merveilleuse, Dame Li… Exemplaire, même… Vous avez rendu votre fils si heureux pendant toutes ces années, il suffit de voir comme il parle de vous !
Des larmes commencèrent à jaillir des yeux de Sakura.
- Je… Ma mère aussi est avec vous… J’espère que vous avez fait connaissance… Elle est très gentille, et mon père aussi. S’il vous plait, dites-leur d’excuser Toya… ce n’est qu’un… qu’un… ! – elle renifla – un bel imbécile ! Je… je sais aussi que Monsieur Kimihiro vous a rejointes. Je ne sais si cela vous a fait plaisir ou pas. Vous auriez sans doute aimé qu’il vive… mais vous savez, la mort de votre fille Shefa était trop dure à surmonter pour lui. Et je le conçois… parce que si Shaolan mourait, je… je… je voudrais à tout prix le rejoindre ! Moi aussi je donnerais ma vie pour lui… Votre famille est vraiment aimée, Dame Li… Si un jour, je parviens à me faire aimer de votre fils… est-ce que vous m’accepterez ? demanda-t-elle, tandis que l’abondance de ses larmes redoubla.
Elle ne parvint plus à parler. Elle ne faisait que pleurer. Et si, du paradis de Bouddha, la doyenne du clan Li était en train de la maudire car c’était à cause des siens que son clan s’était fait tuer ?
- Sakura !
La voix masculine la plus apaisante au monde venait de se faire entendre. Sakura ne se retourna pas pour voir Shaolan. Elle essayait déjà de contenir ses hoquets.
- Tout va bien ? s’enquit le jeune homme en s’agenouillant près d’elle.
Elle hocha frénétiquement la tête pour dire que oui.
- Allez, qu’est-ce qui ne va pas ? Je te vois pleurer sur la sépulture de ma famille, et tu me dis que tout va bien ?
- Elles… elles doivent me détester… ! lâcha Sakura, la tête vers le sol sur lequel s’écrasaient ses larmes.
- Qu’est-ce que tu racontes ? fit Shaolan avec un faible sourire. Bien sûr que non, enfin ! Elles savent que tu n’y es pour rien, même si tu es apparenté à ce connard ! Enfin, le chef des brigands, reprit Shaolan comme si Yelan allait tomber du ciel pour lui faire les gros yeux.
Il passa son bras autour des épaules de la jeune fille, et l’attira contre lui.
- Tu sais, je pense qu’elles sont même plutôt touchées que tu sois carrément aller pleurer sur leur sépulture… Et moi aussi, je trouve ça adorable…, ajouta-t-il en lui faisant une bise sur la tempe.
Sakura rougit, puis reporta son regard sur les pierres, un doux sourire se dessinant sur ses lèvres. Shaolan se mit à parler à son tour aux sépultures, racontant à Futie les progrès de certains chevaux, à Feimei que Tomoyo avait repris le chant, à Falen qu’il conservait son kimono de danse, à Shefa qu’il avait réussi des affaires de diplomate, à Kimihiro qu’il n’était qu’un abruti (sympa !) de s’en être allé comme ça, et enfin à sa mère. Le plus dur à faire passer fut le « je vous aime » qui était resté dans sa mâchoire crispée. Alors qu’il avait posé sa joue contre le crâne de Sakura tandis qu’il parlait, cette dernière sentit des gouttes sur ses cheveux, et ne put s’empêcher de fermer les yeux. Que les gens fussent morts ou vivants, ces paroles étaient toujours aussi difficiles à prononcer. Mais en toute circonstance, la voix de Shaolan était toujours aussi douce, aussi apaisante.
Finalement ils se relevèrent, et repartirent main dans la main vers les écuries, tandis que Sakura tournait un dernier regard vers les sépultures avec un regard tendre.
Je ferai tout mon possible pour le rendre heureux, Dame Li, je vous le promets, ainsi qu’à vos filles. Et si un jour, je pouvais vous appeler Belle-maman et belles-sœurs, croyez que ce serait avec la plus grande joie.
Puis, juste avant de se retourner, elle eut alors l’impression que le bel oiseau bleu qui venait de se poser sur la sépulture avec une fleur dans le bec n’était pas venu par hasard. Une réponse des Li ? Peut-être. Mais elle se sentait le cœur plus léger, à présent. Elle leva la tête en l’air pour profiter de la douce brise qui venait leur caresser la peau, et un sourire en voyant un nuage en forme de cœur. C’était sûr, c’était un signe. Merci, Dame Li…


Fin de la cinquième partie

Réponses aux commentaires :

Kojiro : Merci ! Je vais faire de mon mieux pour satisfaire cette demande ^^ !
Sakura : C’est vrai ? Ah, j’ai écrit « un amour toujours présent » dans mes débuts, et je t’avoue que le début de la fic, je ne le trouve pas terrible (j’avais 13 ans quand j’ai commencé, maintenant j’en ai 16 !) En tout cas, merci beaucoup !
Sakunissou : Oui, ça m’a amusé de donner des accents aux étrangers, je trouve ça plus sympa ! Cette partie a mis du temps à venir parce que j’ai eu pas mal de contrôles, et en plus j’ai chopé la crève ! Maintenant ça va mieux, donc je vais reprendre le rythme ! Merci pour ce commentaire !
Piline : Merchiiiiiiii ! Je vais tenter de revenir dans mes temps habituels pour publier les prochaines parties ! Merci encore !
YongYuanAiNi : Shaolan étant un homme, il sera plus lent à la détente (méchante que je suis !). Il sera le premier à passer à l’action ? Mmh, qui sait ? (moi !) En fait… la prochaine partie mettra en scène un personnage assez perturbant et exubérant ! Lol, tu peux deviner qui c’est, je l’ai présentée à la fin de la partie !
Tenshi : Eh oui, les filles sont gaga devant les bébés et les hommes sont lo,gs à la détente ! Difficile d’être sur la même longueur d’onde ! ^_- ! Merci pour le commentaire !
Hope : Ahaha ! Pour les instruments de musique, je me suis renseignée sur Internet, quels instruments étaient utilisés à l’ère Edo. Pour l’Histoire, ben, je ne voulais pas qu’il y ait des choses insolites dans mon histoire, donc je m’inspire des mangas que j’ai lus, et je me renseigne un peu ! Toi aussi t’aimes la culture et l’Histoire étrangère ? Viens dans mes bras que je t’embrasse ^^ !
Yin ying : Aaaaaaaaaah, c’est trop, j’vais rougir ! Mes tous ces compliments me mettent sur un petit nuage quand même, héhé ! Merci encore pour le commentaire !
Leila : Thaaaaaaaaaaank you very much !
Mushu : Vais faire ce que je peux pour vous la livrer à temps, promis ! Merci encore !
Calypso : Merci beaucoup ! Je vais essayer de faire le plus vite possible !
ArAsHi : Eh ben, quel commentaire passionné, lol ! Maintenant que c’est les vacances, la suite devrait arriver plus vite !
Meumeu : Merci beaucoup (tu pourrais ne pas écrire en abrégé, je suis quelqu’un qui ne lit pas très bien ce langage ^^’). Je pense que je finirais la fic à la partie 8, peut-être, mais ce n’est qu’une estimation !

Dragonia : Comment s’appelle le chéri de Tomoyo ? Haha ! Sera-ce Eriol, ou pas ? Je ne dis rien ! Eh oui, y en a une qui a ouvert les yeux ! Le prochain chapitre sera plus animé avec l’arrivée de Tsukiko ! T’as vu la robe de Amaterasu ? Elle est magnifique ! Merci beaucoup pour la review !
Cralkilleuse : Ah, Shaolan est un homme, il va mettre du temps ! ^^ En tout cas, j’espère que la suite t’a plue !
MissGlitter : En seconde, on fait plutôt du commentaire littéraire ! Pas franchement marrant pour laisser libre cours à l’imagination ! Mais au collège, c’est vrai que j’avais des bonnes notes en rédac (une fois, j’en avais fait une de 14 pages !) En tout cas, je te remercie beaucoup !
Princesse d’Argent : Eh oui, avec moi c’est long ! J’estime qu’écrire 2 pages puis terminé, c’est un peu se foutre de la gueule des autres ! Donc moi j’en fais… euh, au départ c’était 15, puis c’est passé à 20 ! Merci encore pour la review !
Ethanielle ou Lyla : Eh oui, le bac approche (l’année prochaine, je vais y passer pour le français et la bio !). Bac quoi ? S ? Et ne t’en fais, t’écouter est vraiment agréable et amusant ! En tout cas, merci pour cette review, ça fait très plaisir !
Juju black : Euh… ça te dirait de devenir bonne sœur provisoire ? Parce que le mariage, ce n’est pas pour tout de suite ! J’espère que la suite t’a plue !
Aidya : « lâche pas la patate » ? L’expression est heureuse ! Lol, en tout cas merci beaucoup !
Tite Diablesse : Merci beaucoup ! Je vais mettre la suite le plus tôt possible !
Irislorely : Ah, c’est chiant d’être interrompu quand on lit une fic ! (moi j’habite trop loin de mon lycée pour pouvoir rentrer chez moi entre les cours >_<) Je voulais montrer que Shaolan était vraiment déterminé à les tuer, parce qu’il faut avouer que c’est pas en montant à cheval que ça va se faire ! En tout cas, tu décortiques bien l’histoire pour me ressortir carrément les citations, toi ^^ ! « La fille qui lui réchauffait le cœur ». Ça peut être interprété de différentes manières, tu sais ! Ah, je ne dévoile rien ! Encore merci pour la review !
Little star : Ben dis donc, vous en voulez, du mariage ! Alors je l’annonce, le mariage ne viendra pas avant longtemps… ou ne viendra peut-être pas… qui sait ! Je ne dévoile rien ! Combien de parties ? A dire vrai, je n’en sais rien ! J’essaye de ne pas en faire trop, car les parties sont assez longues. Merci pour la review !
Ciçouille : Eh oui, des commères, on en trouve de toutes les nationalités et de tous les temps, lol ! J’espère que la suite t’a plue ! Bisous !
Jaina : Toi aussi t’aimes le style kawaii ? Alors ça devrait continuer ^_^ ! Merci beaucoup !
Alex00783 : Merci beaucoup ! Oui, moi aussi j’espère que l’inpi reviendra ! Il m’est déjà arrivé de rester plus d’une demi-heure devant mon écran sans arriver à écrire ! Quand ça veut pas, ça veut pas ! En tout merci encore !
Syaosyao : Eh oui, avec moi les petits moments entre nos deux tourtereaux n’ont pas fini d’exister ! Ah, le passage où Sakura est dégoûtée de Kazuhiko ! J’avais envie de faire un petit moment kawaii à propos de ça, et de ne pas en faire un sujet à se prendre la tête ! Je crois que j’ai réussi ! Shaolan sous la pluie… excitant, non ? lol, merci pour la review, elle m’a fait très plaisir !
Eliz : Ah, la suite se construit petit à petit ! Encore deux ou trois parties, mais ce n’est pas sûr ! Bah, j’espère que j’en écris assez à chaque partie quand même (20 pages !) ! Merci encore !
Daffy ze hinti : Ah, merci beaucoup ! Un petit mot fait toujours plaisir, ça me va toujours droit au cœur ! Merci encore !
Winry : Ooooooooh, c’est gentil ! Ne t’en fais pas, prochaine partie, découverte de l’identité de l’amoureux de notre petite Tomoyo ! J’espère que la suite te plaira !
Louvegrise : Merciiiii ! Je pense faire la fin dans deux ou trois parties, mais rien n’est encore sûr ! Merci beaucoup pour la review !
Mimi : Quand sort la suite ? Euh, faut demander à l’inspiration, c’est elle qui gère ! Mais en général, comme je fais une vingtaine de pages, ça prend un peu de temps ! merci pour la review !

Merci à tous pour vos reviews et commentaires !
Clairette


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