Sakura avala difficilement sa salive. Allez, courage ! Elle devait le
faire ! Elle devait y arriver ! Elle respira un grand coup en fermant les
yeux, les ouvrit lors de l’expiration, puis avança sa main
en tremblant.
Elle était devant Pluie d’Automne, la jument paisible qu’elle
avait montée pour aller chez Tokubei. Cette dernière était
dans le pré, à la barrière où se trouvait la
jeune fille, et regardait celle-ci d’un œil curieux. Cela faisait
en effet un bon moment que Sakura se disait qu’elle pouvait caresser
un cheval sans avoir peur ! Elle était toujours aussi terrifiée,
mais se rabrouait mentalement de ne pas pouvoir approcher un cheval ! Juste
le caresser ! Elle devait y arriver !
Sa main atteignit le bout du nez de Pluie d’Automne. Celle-ci ne broncha
pas. Heureuse, Sakura fit balader sa main sur la tête de l’animal,
qui semblait décontracté face à ses caresses. L’expression
surprise et inquiète de Sakura se fit plus douce. La plénitude
de la jument la faisait se sentir mieux. Finalement, Pluie d’Automne
rabaissa la tête pour brouter, mais resta près de la barrière.
Shaolan avait raison : les chevaux recherchaient toujours de la compagnie.
Quant à elle, elle réfléchissait. Elle se sentait bête.
Sale. Nulle. Et plein d’autres mots encore. Elle embrassait Shaolan
et ne lui donnait pas d’explications satisfaisantes. Et lui ne lui
disait rien. Forcément ! Le beau gosse ne craignait rien avec elle
! Il pouvait profiter de ses baisers, il savait qu’elle ne l’empêcherait
jamais de tuer Toya. Perdait-elle sa confiance petit à petit ? Sans
doute que non, puisqu’il lui avait proposé d’être
sa cavalière pour ce bal ! Lorsqu’il lui avait dit qu’il
n’avait aucune intention de se moquer d’elle, il avait paru
si sincère…
Sakura soupira, et se résolut à rendre une dernière
visite à Kaede et son nouvel enfant. Au moins la vue du bambin lui
réchaufferait le cœur.
Elle le regardait depuis un bon moment à le voir gazouiller entre
deux gorgées au sein de sa mère. Il était adorable
! Et si minuscule ! Adorable, il n’y avait pas d’autre mot !
C’était si beau, un bébé ! Elle ne comprenait
toujours pas les mines dégoûtées de Shaolan et Takashi
! C’était bien des hommes !
- Ça ne va pas, Sakura ? demanda Kaede.
- Woé ?
- Tu sembles soucieuse depuis tout à l’heure. Quelque chose
te tracasse ?
- Ben… ça ira, ne t’en fais pas.
Kaede lui sourit tendrement :
- Je crois comprendre… Tu as du mal avec Shaolan, c’est ça
? L’important dans ce genre de choses, c’est d’être
sincère en toute circonstance. Je sais que ce n’est pas toujours
facile, Tomoyo en sait quelque chose, mais avec de la bonne volonté,
tu peux y arriver !
- Oui, tout ira bien, murmura Sakura. C’est ce que tu veux me dire,
n’est-ce pas ?
Kaede hocha la tête avec le sourire d’une mère fière
de sa fille.
Sakura prit congés, ayant pris soin de prendre l’enfant dans
ses bras et de l’embrasser, comme toute fille qui devient gaga lorsqu’elle
se trouve devant un bébé ! (Avouons-le, les filles, on a toutes
l’air de pauvres cruches, des fois !)
Sakura ressortit, mais restait perplexe. Qu’avait voulu dire Kaede
par Tomoyo en sait quelque chose ? Sa gentille Tomoyo avait dû elle
aussi passer par ses tourments ? Y passait-elle encore ? Sakura soupira
: elle voulait tant savoir. Elle aimait quand Tomoyo lui confiait des anecdotes,
son histoire, celle des domestique ou de leurs maîtres, bref, elle
aimait quand on lui parlait du domaine, parce qu’elle avait l’impression
d’avoir accès à ce nouveau monde. Elle avait l’impression
d’être vraiment une domestique du domaine Li à connaître
les petites histoires sur chacun. Ce n’étaient pas des ragots,
juste de l’information ! Sakura adorait quand Tomoyo lui parlait des
quatre sœurs Li ; ces jeunes filles étaient si espiègles
? Elle ne s’en était jamais doutée. Il fallait avouer
qu’elle les voyait comme leur frère, bref, pas très
partantes à faire des bêtises mais à parler aux chevaux.
Sakura apprit que chacun des enfants Li avait son domaine et qu’il
y excellait !
Shefa voulait prendre la suite de sa mère en tant que diplomate (et
elle était bien plus douée que Shaolan !), Falen était
une danseuse remarquable, d’une grâce incroyable et d’une
aisance extraordinaire. Feimei préférait le chant, et partageait
cette passion avec Tomoyo. Tous les enfants Li jouaient d’un instrument
(quand on est riche, l’éducation ne néglige rien), mais
Feimei était la seule à se donner vraiment dans la musique.
Quant à Futie, c’était l’équitation, mais
aussi… la nourriture ! Cette petite mangeait comme un ogre, ce qui
était étonnant vu que la plus jeune des filles Li semblait
être la plus chétive !
Et Shaolan, il fallait être aveugle et sourd pour ne pas comprendre
que c’était l’élevage de chevaux, son domaine
! Mais Sakura était restée étonnée lorsque Tomoyo
lui avait dit que Shaolan pratiquait les arts martiaux et le combat à
l’épée depuis tout petit et qu’il y était
très doué. Un vrai petit guerrier ! Sakura se demandait si
ce n’était pas parce qu’il était le seul homme
de la famille qu’il avait fait tout ça. C’était
ironique (et assez écœurant) de savoir que la seule fois où
il aurait dû les protéger, il avait une fièvre monstre
!
Sakura alla voir Tomoyo, sa tête répétant inlassablement
cette phrase : Tomoyo en sait quelque chose… Tomoyo et elle étaient
donc semblables niveau amour. Stop ! Quoi, comment, niveau amour ? Ké,
niveau amour ! Que dalle ! Shaolan n’était pas amoureux d’elle,
il profitait simplement des baisers qu’elle lui offrait, ce goujat
! D’accord, elle n’était pas blanche non plus, elle n’avait
qu’à pas l’embrasser ! Mais elle, était-elle amoureuse
du jeune homme ? Il l’attirait, c’était vrai, mais cela
était-il seulement physique ? Tout à l’heure, il avait
donné l’impression de s’ouvrir un peu lorsqu’il
avait parlé des cœurs des chevaux. On aurait dit qu’il
parlait de lui. Lui accordait-il un peu de sa confiance ?
Sakura trouva Tomoyo en train de transporter des légumes, toute heureuse.
Elle allait préparer le grand repas qu’ils avaient prévu
de faire. De la viande et du poisson grillés avec des légumes,
tout en plein air. Sakura se précipita pour l’aider, Tomoyo
ayant eu un excès de zèle à vouloir tout transporter
toute seule.
- Merci bien Sakura-chan, la remercia Tomoyo.
- De rien. Tu es folle de transporter tout ça ! Tu vas finir par
te casser le dos !
- Je suis plus solide que je n’y parais, tu sais !
- Dis, Tomoyo, dit Sakura d’un ton soudainement plus sombre. Je…
J’ai… enfin…
- Ah, le bal ? Oui, je suis au courant, Shaolan m’a dit que je pourrai
te faire une jolie robe ! C’est bien que tu aies accepté !
Tu seras ravissante en petite Occidentale !
- Non, ce n’est pas ça… enfin, si un peu, mais…
Elle soupira :
- En fait je ne sais plus où j’en suis, et j’ai l’impression
de me plaindre constamment auprès de toi… Je… j’embrasse
Shaolan, en me disant que c’est pour protéger mon frère,
pourtant en même temps je ne cesse de me dire que ce n’est qu’un
monstre ! Et… Shaolan est toujours gentil avec moi, pourtant ! J’ai
l’impression d’être si méchante, manipulatrice
!
Tomoyo attendit quelques instants avant de parler, posant ses carottes qui
attendaient d’être coupées en fines lamelles sur une
des bâches
- Tu sais Sakura-chan, Shaolan n’est pas bête et il est encore
moins du genre à ne pas savoir ce qu’il doit faire. S’il
est si gentil, c’est sans doute parce qu’il se dit que tu arrêteras
bientôt. Il veut sa revanche, il veut venger sa famille. Il ne cessera
jamais de vouloir tuer ton frère. Tu ne peux pas l’en empêcher,
c’est pour ça qu’il se montre gentil, quelque part. Il
sait que tes efforts pour épargner la mort de tes compagnons seront
vains, sans doute te laisse-t-il faire pour que tu le comprennes par toi-même.
Mais vu que tu es une de nos domestiques, il t’apprécie aussi
pour ce que tu es. Ne va pas croire qu’il est aussi calculateur !
- Je vois, murmura doucement Sakura. Ça me rassure, dans un sens.
Je me disais qu’il ne faisait que profiter des baisers que je lui
offrais sans se soucier de rien.
Tomoyo leva les yeux au ciel : il devait y avoir une part de vérité
dans ces propos, sachant les goûts de Shaolan pour ce qui avait attrait
au corps féminin.
- Mais toi, Sakura-chan, reprit Tomoyo, que comptes-tu faire ? Tu sais que
Shaolan est déterminé à tuer les tiens, toi-même
tu as dit que c’étaient des monstres. Pourquoi continuer à
essayer de le séduire ? Ou alors ça ne serait qu’un
simple prétexte ? dit-elle un levant un sourcil avec un petit sourire
en coin.
- Woééééé ! fit Sakura les joues aussi
rouges qu’un brasier, la viande pouvant cuire dessus sans problème.
Qu’est-ce que tu vas t’imaginer ? baragouina-t-elle. N…
n’importe quoi ! Pourquoi voudrais-je le séduire ou l’embrasser,
d’abord ?
- Tu veux que je te le dise ? sourit la brune.
- Tomoyo… soupira Sakura.
- C’est dur d’être sincère, hein ?
Sakura baissa les yeux, ses joues reprenant une couleur normale.
- Tu en sais quelque chose, n’est-ce pas ? marmonna-t-elle.
- Tu… es au courant ?
- Pas vraiment, Kaede m’a juste dit qu’il était difficile
d’être sincère dans ce genre de truc et que tu en savais
quelque chose.
- C’est vrai, dit Tomoyo en s’asseyant sur une pierre, imitée
par Sakura.
- Si ça ne te gêne pas de me raconter, fit doucement Sakura
en baissant les yeux.
- Au contraire, je suis ravie de voir que tu veux partager des choses avec
nous. Tu nous aimes bien, en fin de compte !
- Tu en as douté ? fit Sakura, un peu vexée du manque de confiance
qu’on avait en elle.
- Pas du tout. Je suis juste contente que tu le confirmes ! Ce qui te trahit
un peu vis-à-vis de Shaolan ! Tu l’aimes bien lui aussi, n’est-ce
pas ?
Sakura ne releva pas l’ironie, bien qu’une moue boudeuse s’installa
sur son visage rosissant.
- Raconte-moi ton histoire, au lieu de dire des salades !
Tomoyo eut un sourire, puis lui expliqua sa relation amoureuse difficile.
Pendant un long moment la famille Li avait travaillé en relation
avec des gens hauts placés dans la hiérarchie japonaise, le
domaine Mizuki. Une famille très sympathique par ailleurs. Les deux
domaines avaient travaillé ensemble, en parfaite harmonie. Sakura
ne put s’empêcher de baisser les yeux en apprenant que Shaolan
avait dragué la quasi-totalité des jeunes domestiques féminines
(car il n’y avait pas de fille dans la famille). Etait-elle jalouse
?
Tomoyo expliqua qu’elle avait fini par s’attacher à l’un
des domestiques du domaine Mizuki. Pensant qu’elle devait le considérer
comme un frère, elle n’y avait pas porté plus d’attention.
Mais lorsque les deux familles se séparèrent un moment car
Yelan devait remplir son devoir de diplomate, elle avait eu très
mal à l’idée de ne plus le revoir. Vraiment mal. Une
grande blessure morale venait d’affecter la pauvre Tomoyo. Elle avait
compris qu’elle était tombée amoureuse de lui. Une fois,
les deux familles s’étaient revues. Tomoyo avait pu revoir
ce jeune homme. Et elle avait preuve de sincérité. Elle lui
avait avoué. Lui n’avait rien dit. Il n’avait su quoi
répondre. Le lendemain, la famille Li était partie.
- Je me souviens encore, dit Tomoyo, de ce matin de brouillard. C’était
très tôt, personne n’était levé. On s’en
allait, j’étais déjà montée sur mon cheval.
Et là, je l’ai vu. Il m’a regardée, essoufflé
qu’il était. Il a couru pour nous voir. Il a crié mon
prénom. Je lui ai souri, puis j’ai continué ma route.
J’ai vu qu’il m’avait souri aussi. A ce moment, on s’est
compris. J’étais on ne peut plus heureuse.
- Mais alors Shaolan doit savoir de qui il s’agit, dit Sakura perplexe.
- En fait, sourit Tomoyo, il était trop occupé à se
dépatouiller des jeunes filles qu’il avait draguées.
Qui sème le vent récolte la tempête, comme on dit !
Remarque, il est doué pour le baratin, s’il l’utilisait
à bon escient, il ferait un bon diplomate !
- Mmhh, fit Sakura, pas très heureuse qu’on lui confirmât
que Shaolan n’était qu’un dragueur.
Elle changea de sujet pour revenir à l’amour de Tomoyo.
- Mais… tu ne l’as plus revu depuis ?
- Non, mais ce n’est pas si grave. J’ai été sincère,
c’est le plus important. Et lui aussi l’a été…
ce qui m’a fait très plaisir. J’ai pu voir que je comptais
pour lui… Que je comptais beaucoup… dit doucement Tomoyo.
- Il t’a dit qu’il t’aimait ?
- Pas vraiment, il m’a simplement appelée. Mais quand j’ai
vu ses yeux, je n’ai pu m’empêcher de me dire qu’il
m’aimait aussi…
- Oh… je sais plus quoi dire à part que je trouve ça
beau… mais tu n’es pas triste à l’idée de
ne pas le voir ? fit Sakura.
- Si, bien sûr, mais je me dis que je le reverrai. Si nous sommes
deux à le vouloir, alors on se reverra. Je le sens bien…
- La personne que tu aimes ne peut qu’être heureuse, ma Tomoyo…
- Merci, c’est très gentil.
- Je suis sincère, je t’assure !
- Je le sais. C’est bien pour cela que je te remercie…
Sakura se leva et se dirigea vers la réserve de légumes afin
d’aider les domestiques à les couper. Tomoyo leva les yeux
vers le ciel encore clair où apparaissaient déjà quelques
étoiles. Oui, nous nous reverrons, parce que nous en avons envie
tous les deux, pensa-t-elle.
Puis elle se leva et alla aider à son tour. Elles virent alors arriver
un Shaolan sifflotant. Il ouvrit un box, et en fit sortir Cheval des Bois.
Il l’attrapa par les crins (ça représente la crinière
et la queue de manière générale. Les chevaux n’ont
pas mal, même si on tire dessus de toutes nos forces). Il se hissa
en s’appuyant sur le garrot de l’animal, puis l’enfourcha.
Sakura ouvrit grand les yeux : il montait ce cheval sans rien, même
pas un mors ou quelque chose qui puisse contrôler les directions de
l’équidé. Ce type était dingue !
- Shaolan, nous allons bientôt manger, dit Tomoyo qui ressemblait
vraiment à une grande sœur réprimandant son petit frère.
Ce n’est pas très raisonnable.
- Je n’en ai pas pour longtemps, dit Shaolan. Je fais juste un petit
tour dans le pré derrière les écuries, et je reviens.
Ne t’inquiète pas, je ne vais pas finir par terre, ajouta-t-il
à l’adresse de Sakura qui le regardait avec une peur énorme.
Ce n’est qu’un simple exercice.
Sakura comprit :
- Il sait que tu lui fais confiance, comme ça…
- Dans le mille ! sourit le jeune homme qui semblait avoir vite oublié
leur baiser échangé plus tôt. Bon, Tomoyo, t’en
fais pas, j’en ai pas pour longtemps.
Sans que Sakura ne comprît comment, peut-être était-ce
de la télépathie, le cheval fit demi-tour, même pas
guidé par des rênes ou quoi que ce fût d’autre.
(en fait, il s’agit simplement de poids. Le dos du cheval est fragile,
et chaque mouvement du cavalier est important. Donc si Shaolan met son poids
sur la gauche, le cheval ira à gauche – avec ou sans rênes,
c’est le même principe) Shaolan et Cheval des Bois s’éloignèrent
donc au pas, doucement.
Sakura leva les yeux au ciel : heureusement que les journées s’allongeaient,
il ne ferait pas nuit avant deux bonnes heures. Elle eut un froncement de
sourcil en regardant les nuages : le lendemain, il n’y aurait pas
un beau temps : il allait pleuvoir. Dommage. Bah, au moins profiteraient-ils
du repas en plein air ce soir. Elle se leva pour aller voir Shaolan, assez
inquiète, étant persuadée qu’il allait finir
par terre. Elle se mit donc en marche, puis se mit à courir lorsqu’elle
entendit la question subtile de Tomoyo : « Depuis quand tutoies-tu
Shaolan ? » à laquelle elle préférait ne pas
répondre.
Arrivée au pré, elle fut à moitié rassurée
: Shaolan était toujours sur le cheval, mais pour combien de temps
? Il pouvait tomber d’un moment à l’autre ! Mais au bout
du compte, Shaolan avait fini de faire galoper son cheval et avait même
sauté quelques souches d’arbre sans tomber ! Il vint voir Sakura,
qui était agrippée à la barrière.
Flattant son cheval, il fit un grand sourire un brin triomphant à
la jeune fille. Il semblait vraiment avoir oublié leur baiser. Sans
doute que s’embrasser sans savoir pourquoi puis ne jamais revenir
dessus après lui convenait-il ? C’était peu probable.
Mais en y repensant, qu’y avait-il à dire ? A part des «
je ne sais pas où j’en suis » et des « je suis
désolé » ? Pas grand-chose, d’autant plus qu’un
silence pesant planerait au-dessus d’eux. Ça ne serait pas
vraiment l’idéal.
Shaolan lui proposa de monter avec lui, et se mit à rire en voyant
Sakura blanchir.
- Comment fais-tu pour envisager toujours le pire ? s’amusa-t-il.
Allez, je te garantis qu’avec Cheval des Bois, tu ne risques rien.
Il n’est pas peureux pour un sou !
- Vraiment ?
- Oui ! C’est moi qui l’ai dressé depuis qu’il
est petit ! Il est tout ce que tu veux, il est bête, il est méchant,
mais il n’est pas peureux !
Sakura ne put s’empêcher de sourire en le voyant flatter son
cheval tandis qu’il en parlait comme d’un être humain.
Elle ne put s’empêcher d’accepter, à condition
de ne pas aller trop vite ! Shaolan fut d’accord, et aida Sakura à
monter. Celle-ci avait dû écarter les jambes pour en avoir
une de chaque côté de l’animal, et donc, elles n’étaient
plus cachées par les pans du kimono ! Sakura était cramoisie,
d’autant plus qu’elle était devant Shaolan sur le dos
du cheval ! Car, évidemment, les yeux du jeune homme pouvaient être
braqués partout, mais il avait fallu qu’il les posât
sur les jambes graciles dénudées de la jeune fille ! Quelque
part, Sakura en été flattée : il posait sur elle un
regard entreprenant, et lui montrait ainsi qu’elle avait du charme
! Sakura en était assez heureuse en un sens ; pour une fille, savoir
qu’elle pouvait plaire, ça faisait toujours plaisir !
- Tu as de très jolies jambes, tu sais, dit Shaolan sans la moindre
gêne. J’envie celui qui en profitera !
Sakura ne sut quoi répondre, mais leva les yeux vers lui avec un
sourcil plus haut que l’autre à la dernière réplique
de Shaolan. Il était vraiment différent lorsqu’il parlait
de choses « coquines » que lorsqu’il parlait de chevaux
! Radicalement différent, même ! Mais ô combien mignon
dans les deux cas !
- Qui sait ? Peut-être que celui qui en profitera n’est pas
loin de moi !
- Peut-être, répondit Shaolan sur le même ton sous-entendu.
J’aimerais bien que ce soit moi, par moment…
Sakura rougit, lorsque Shaolan s’exclama :
- Ah, voilà que mon côté pervers ressort ! Oh bon sang,
faut que je me calme ! C’est sans doute parce que je ne suis pas allé
draguer de filles depuis longtemps ! Ça doit être ça
!
Sakura fronça les sourcils : et elle alors, qu’est-ce qu’elle
était ? Une chèvre ? Puisqu’il savait que Toya l’avait
envoyée pour le défendre et qu’il voudrait tuer Toya
quand même, pourquoi ne profitait-il pas d’elle ? Pourquoi ne
la draguait-il pas alors qu’il était sûr de ressortir
vainqueur ? Etait-elle moche ? Manquait-elle de charme à ce point
? Pourtant, il avait posé un regard sur elle assez mélioratif
! Peut-être tout simplement qu’il appréciait ses jambes,
mais que elle, elle n’était pas son genre !
- Je ne voulais pas te froisser, dit Shaolan en sentant la mauvaise humeur
soudaine de Sakura. Décidément aujourd’hui, je ne fais
que te dire des trucs idiots ! (cf partie 3) Je te demande de m’excuser,
mais ce n’est pas ce que je voulais dire !
- Et que voulais-tu dire ? demanda Sakura, essayant de ne pas faire exploser
sa colère.
- Si je ne savais pas ce qu’il y avait en jeu entre toi et moi, je
t’aurais sauté dessus depuis bien longtemps, tu sais ! Tu es
très mignonne, ne t’en fais pas ! Tu es même plus jolie
que certaines filles que j’ai rencontrées !
En disant ça, il avait mis ses bras autour de la taille de la jeune
Japonaise qui se laissa faire, écoutant la suite.
- Et puis, tu sais que les hommes sont des imbéciles, ils ont parfois
des hormones à la place du cerveau… Tu sais que je suis un
coureur de jupons, pour moi c’est normal de dire des âneries
pareilles ! Et puis d’un côté, dans 90 % des cas, si
je dis que je ne suis pas allé draguer de filles depuis longtemps,
je suis sûr de me récolter une gifle, car la fille croit tout
de suite que je parle d’elle en particulier ! Il en existe qui se
croient le centre du monde ! Mais toi, tu as réagi différemment
: ça t’a énervée que je ne t’inclues pas
dans le lot des filles à draguer ? Tu manques donc à ce point
de confiance à toi ? Tu ne devrais pas…
Sakura rougit instantanément : Quoi ? Le lot des filles à
draguer ? C’était plutôt lui qui se croyait le centre
du monde ! Mais il avait cependant raison : elle n’avait aucune confiance
en elle.
- Je… je voudrais descendre, dit-elle doucement en regardant parterre.
- D’accord.
Sakura descendit, les yeux toujours baissés, lorsqu’elle entendit
Shaolan lui demander :
- Tu vas me faire la tête, maintenant ?
Levant les yeux vers lui, Sakura le vit avec une moue d’enfant attristé.
Quand il avait un tel regard, elle ne savait pas résister. Elle soupira
:
- Bien sûr que non, c’est juste que…
Elle décida de passer l’éponge, et prenant une moue
espiègle, elle dit :
- C’est tout à fait légitime de se recevoir des gifles
avec de tels propos !
- Tout à fait d’accord ! Mais je suis un homme, et les hommes
ne sont pas très futés ! Toi qui as vécu au milieu
d’eux, tu devrais le savoir ! Moi j’ai plutôt vécu
parmi les femmes, ce qui implique que je connais touuuuuuuus les mots qui
les font rêver ! Mais comme les hommes manquent de tact, je sors parfois
malgré moi tout ce qu’elles détestent entendre !
- En effet, tu es bien un homme !
- Eh oui ! dit-il en descendant à son tour du cheval. Mais si les
hommes ne sont pas très futés, eux au moins reconnaissent
leurs défauts !
- Parce que les femmes, non ?
- Exactement ! Vous êtes toujours en retard, vous vous plaignez pour
un oui ou pour un non, vous mettez toujours un temps fou pour choisir la
couleur de vos vêtements, vous faîtes une cuisine sans goût
pour ne pas grossir, vous…
- Woé ! C’est faux !
- Qu’est-ce que je disais ! sourit Shaolan en mettant son index sur
le nez de Sakura. Les femmes ne sont jamais fichues d’être sincères
!
- Oh, ça va, on n’est pas toutes comme ça, grommela
Sakura.
Shaolan se mit à rire, puis attrapant Cheval des Bois par la crinière,
il dit :
- Bon, on y va ? Je commence à avoir faim !
- D’accord ! dit Sakura en le suivant, le sourire aux lèvres.
Shaolan referma le paddock derrière lui, tandis que Sakura le regardait
faire avec un air rêveur. Donc elle n’était pas moche
; il la trouvait même jolie. Elle se demandait ce qui lui prenait
de vouloir être comme toutes ces filles que Shaolan avait draguées
? Ce n’étaient pourtant que des cruches, d’après
Tomoyo ! Pourquoi avait-elle envie que Shaolan la drague ? Si on lui avait
dit un jour qu’elle aimerait se laisser draguer par Shaolan Li, LE
séducteur de ces dames, elle aurait bien ri ! Elle était devenue
idiote ou quoi ?
Shaolan se méprit en voyant Sakura avec un regard absent. Loin de
se douter que celle-ci était en train de cogiter sur ses sentiments,
il pensa qu’elle avait encore des doutes quant à ce qu’il
lui avait dit. Il s’approcha d’elle, et posa sa main sur sa
joue, la faisant sortir de ses pensées, puis la fit descendre dans
le cou. Il déposa ensuite un long baiser sur la joue de la Japonaise.
- Arrête de faire cette tête, chuchota-t-il. Je t’assure
pour la énième fois que tu es très jolie ! Allez, allons
manger, ajouta-t-il d’un ton normal en la relâchant, et en reprenant
la crinière de Cheval des Bois qui n’avait pas bougé,
en équidé bien dressé qu’il était.
Sakura le regarda, puis resta un instant immobile, sa main posée
sur la joue qui avait reçu les lèvres du jeune homme, le visage
rouge et les yeux perdus dans le vague, un sourire timide aux lèvres.
Shaolan, voyant ce tableau du coin de l’œil, eut un sourire.
Oui, elle était vraiment très jolie. C’était
une certitude. Et cette attitude mignonne ne la rendait que plus adorable.
Sakura, ayant repris ses esprits, le suivit alors. Elle était très
heureuse : il l’avait embrassée ! C’était lui,
et non elle qui avait pris l’initiative ! Même s’il s’était
mépris sur la cause du regard vague de la jeune fille, il avait pris
lui-même l’initiative de l’embrasser ! Qu’importe
que ce fût sur la joue ! Au moins, il l’avait regardée,
elle, comme une jolie fille !
Sakura ne pouvait s’empêcher de sourire pendant toute la durée
du repas. C’était vraiment convivial ! Ils étaient tous
réunis, tous les domestiques du domaine Li, qu’ils fussent
garçons d’écuries, cuisiniers, ménagers, couturiers,
trésoriers… ainsi que le leader lui-même. Ils étaient
tous réunis, la grande famille qu’ils formaient mangeait en
plein air, sous un beau ciel qui commençait à s’assombrir
en vue de la nuit. Shaolan et Tomoyo se taquinaient parfois, ou plutôt
se comportaient comme des gamins, se lançant des petits morceaux
de carottes. Parfois ils se loupaient, et ils atterrissaient sur quelqu’un
d’autre ! Ils furent rapidement imités par les enfants de trois
ans, sous le regard atterré de leurs parents ! Eh oui, Shaolan Li,
le riche et grand Chinois, qui avait dix-neuf ans, qui était craint
par des assassins comme Toya, se comportait comme un enfant de quatre ans
! Sakura ne put s’empêcher de rire devant cette réalité
!
Sakura et Chiharu se sourirent en voyant Shaolan et Takashi se disputer
une bataille de baguettes pour prendre le même morceau de boulette
de viande, alors qu’il en restait un bon paquet. Mais tout était
prétexte à l’amusement, ce soir-là ! Sakura s’amusa
aussi en piquant le radis que Tomoyo avait dans les mains, puis piquant
la brochette de Chiharu, pour y poser le radis. Les rires ne cessèrent
pas, ce soir-là. Même les plus vieux commencèrent à
se prêter au jeu.
La fin du repas étant arrivée, ils commencèrent à
tout débarrasser et ranger. Shaolan aussi aidait à la tâche,
ce qui surprit Sakura, ainsi que les domestiques provenant de chez Tokubei.
Mais après tout, quand on fait partie d’une famille, on partage,
non ? Sakura pensait qu’après le repas, ils iraient se coucher,
mais il n’en fut rien. La nuit n’étant pas encore tombée,
ils installèrent des jeux. Des jeux de go. Sakura s’approcha
pour les regarder jouer. Il y avait trois goban, soit trois parties. Elle
n’avait jamais cerné le principe du jeu, mais elle ne put s’empêcher
de voir une grande concentration sur tous les visages. Enfin, presque tous.
Shaolan ne semblait pas tellement dans son jeu. Il affrontait un vieux papy
qui lui, semblait maîtriser complètement leur partie. Shaolan
mit un pion blanc au centre, sans vraiment savoir pourquoi, mais pensant
que ça pouvait toujours donner quelque chose.
- Aaaah, mauvaise tactique, mon garçon, sourit le vieux. Il faut
toujours savoir ce qu’on va faire, et non mettre les pierres au hasard
!
La partie continuait, mais Shaolan réussit à faire quelque
chose avec sa pierre mise au milieu. Bon, pas de quoi en être fier,
il avait seulement vu ça dans une partie auparavant, et l’avait
reproduit. Mais ç’avait été son seul point fort
: il s’était fait exterminer par ce petit vieux.
- Quand vous vous concentrez maître, vous êtes capable de grandes
choses, dit le vieux avec un sourire tout en rangeant les pierres. Mais
lorsque votre esprit est ailleurs, il n’y a pas moyen de vous faire
faire quelque chose. Mais quand vous en avez la volonté, vous accomplissez
parfois des miracles. Vous vous souvenez de cet étalon si nerveux
? Vous avez eu une telle patience que ça m’a étonné
de votre part. Certes, vous êtes patients avec les chevaux, mais avec
celui-ci, ça semblait peine perdue. Et vous vous êtes accroché.
Vous avez réussi à la maîtriser. Je me souviens de votre
visage, à ce moment-là. Vous deviez avoir quinze ou seize
ans, et vous rayonniez lorsqu’il vous avait mangé dans la main.
Si vous continuez comme cela, vous arriverez à bien des choses…
De nouveau, Toya et sa bande firent l’objet d’une pensée
commune. Sakura eut assez peur, mais préféra ne pas gâcher
sa fin de soirée à penser à ces abrutis.
- Cela dit, pour le go, il faut aussi se concentrer un minimum et avoir
de la tactique, ajouta le vieux d’un ton espiègle.
Les deux adolescents prirent congés, et rejoignirent ceux de leur âge, qui étaient assis sous un arbre près des écuries. Ils commencèrent à jouer à se poser des questions, se donner des gages… Tous les cinq s’amusaient comme des adolescents normaux, ce qui rendait Sakura heureuse : c’était donc ça, avoir des amis : partager des choses, s’amuser, s’écouter… Elle se prêta volontiers au jeu, acceptant les gages les plus saugrenus, tels transporter un baquet d’eau sur la tête sans le reverser avec une carotte dans chaque main, les bras tendus sur les côtés.
Le lendemain, comme l’avait prévu Sakura, il s’était
mis à pleuvoir énormément. Celle-ci était avec
Tomoyo, assises sur le couloir de bois donnant sur l’extérieur,
regardant la pluie tomber. Avec un temps pareil, les activités étaient
très réduites, et les deux jeunes filles s’ennuyaient
un peu quand elles n’avaient pas les mains occupées.
Sakura distingua alors une silhouette à travers le rideau que formait
la pluie. Un voleur ? La silhouette sortait un cheval, et s’approchait
un peu d’eux. Shaolan ? Mais que faisait-il sous la pluie ? En simple
chemise, en plus ! Chemise qui collait à son torse, révélant
une silhouette d’homme musclé et bien proportionné.
Sakura ne put s’empêcher de rougir puis de se rabrouer mentalement
de penser à ça.
- Shaolan, dit Tomoyo, je connais ton discours « Un cheval doit être
sorti par tous les temps » mais sais-tu qu’il n’en est
pas de même pour les humains ? Tu vas tomber malade !
- Mais je dois le faire sortir, dit Shaolan, l’eau dégoulinant
sur ses cheveux et son visage. Après il est trop nerveux ! Je n’en
ai pas pour longtemps, je fais d’abord sortir celui-ci, c’est
Dragon de Feu (Huolong en Chinois), ajouta-t-il en désignant l’équidé.
Tu sais à quel point il est nerveux ! Après je m’occuperai
de Oiseau des Nuages, puis de Petit Cœur, puis de…
- Tous, en somme ? le coupa Tomoyo.
- Oui, dit-il ironique, et je sortirai les gosses, les chats, les chiens,
et les canards, aussi ! Ne t’en fais pas, reprit-il avec sérieux.
Dès que j’ai fini, je rentre !
- Tu rentreras, oui, mais dans quel état ? soupira Tomoyo, fatiguée
de voir Shaolan aussi insouciant, tandis que le concerné s’en
allait déjà, la pluie tombant toujours aussi fort.
Puis elle se tourna vers Sakura :
- Ça ne te dirait pas d’apprendre la musique, Sakura-chan ?
demanda-t-elle. Je suis sûre que tu jouerais divinement bien !
- Bien… Pourquoi pas ? accepta la cadette. On a rien à faire
aujourd’hui !
Toutes deux se levèrent pour se rendre dans la « salle de musique
», si on pouvait l’appeler ainsi. Tomoyo fouilla dans les instruments,
puis choisit celui qui pouvait le mieux convenir à la jeune fille.
Elle opta pour une flûte en bambou à cinq trous en biseau (shakuhachi).
Mais avant de commencer, Tomoyo lui donna les notions primordiales, le rythme
passant avant tout (enfer et damnation ! j’ai aucun rythme, moi, ouiiiiiiiiiiiiin
! >_<)
[Je sais que les partitions existaient en Occident, mais étaient-elles
présentes en Orient, je n’en sais rien ! Ils avaient besoin
d’écrire les notes, mais je ne crois pas que les partitions
étaient les mêmes que les nôtres. C'est à cette
époque qu'apparaissent le kôshiki (texte didactique récité
et chanté), puis le heikyoku (récit épique débité
avec accompagnement de biwa). Mais ceci était réservé
aux riches, et au VIe siècle (là où se situe ma fic)
arrivent de nouveaux genres musicaux en commençant avec le shamisen
(luth à trois cordes) ainsi que le ji-uta et le ko-uta, des chants
accompagnés par un seul instrument (comme dans la partie 3). C’était
la partie historique ! Je vous laisse reprendre la lecture ^_^]
Sakura s’essaya donc au shakuhachi. Il en sortait des sons sourds,
ce qui concordait bien avec la voix douce de Tomoyo. Sakura faisait surtout
à la mémoire pour retenir les mélodies, et faisait
en fait au feeling. Mais le résultat n’était pas désastreux,
bien au contraire ! D’après Tomoyo, la jeune Japonaise y arrivait
et y mettait plus de cœur que Shaolan. Sakura était tellement
absorbée par la musique qu’elle en perdit un peu la notion
du temps. Mais lorsque son ventre la lui rendit avec un sacré grognement,
elle décida d’arrêter un peu. De toute façon,
Tomoyo voulait continuer la robe qu’elle avait commencée pour
Sakura. Interdiction à cette dernière de voir la robe avant
que celle-ci ne fût terminée ! Sakura décida donc d’aller
préparer à manger, puis prit des vêtements propres pour
Shaolan qui rentrait, complètement trempé.
Le jeune homme ne semblait pas avoir très froid, en revanche son
nez rouge et sa pâleur indiquaient clairement que se sécher
ne serait pas du luxe ! Tandis qu’il rentrait dans sa chambre pour
se changer, Sakura se chargeait de lui faire une bonne soupe de nouilles
bien chaude pour le réchauffer. Le pauvre en avait bien besoin.
Il mangeait son repas tout en regardant Tomoyo tourner autour de Sakura
pour être sûre d’avoir pris les bonnes mesures, tandis
qu’il ne faisait qu’entendre des reproches sur son insouciance
et inconscience. Il était tellement resté sous la pluie qu’il
ne s’apercevait même pas que ses cheveux étaient encore
tout ruisselants d’eau et que cette dernière lui trempait sa
chemise chinoise blanche qu’il venait de mettre. Aussi s’étonna-t-il
lorsque, à peine son repas terminé, Sakura lui mit une serviette
sur la tête et lui massait doucement cette dernière, sous les
reproches de Tomoyo qui agissait comme une grande sœur se plaignant
des actes de son petit frère. Shaolan ne se plaignait pas du tout,
de son côté : Sakura avait des mains et des gestes d’une
extrême douceur, et il se laissait bichonner.
Sakura, quant à elle, ne pouvait s’empêcher de trouver
Shaolan absolument craquant, avec la serviette sur la tête, les mèches
de cheveux encore mouillés lui collant sur le visage, et un sourire
serein, tel un enfant. Il était vraiment trop kawaii !
- Atchoum !
- … Qu’est-ce que je disais ! dit Tomoyo en levant un sourcil.
Shaolan, tu es désespérant ! Je t’avais pourtant prévenu
!
- Bah, ça passera, dit-il en haussant les épaules.
Puis il se tourna vers Sakura :
- Tu veux que je t’apprenne à lire ? demanda-t-il. Et à
écrire aussi, tant qu’à faire ! Au moins, ça
occupera !
Sakura accepta avec joie, heureuse d’apprendre. Lorsque Shaolan avait
reçu la lettre de Kimihiro, elle s’était penchée
par-dessus son épaule, mais n’avait rien compris, puisqu’elle
ne savait pas lire. Heureusement que Tomoyo lui avait tout expliqué
ensuite ! La musique, ensuite la calligraphie et la lecture… elle
allait passer maître en art, s’amusa-t-elle à penser.
Tomoyo, assise dans un coin à coudre des petits détails qui
orneraient les manches, regardait avec un œil attendri le tableau qu’elle
avait sous les yeux : tous deux allongés sur le ventre, sur le tatami,
et s’aidant des coudes pour lever le torse, Sakura et Shaolan regardaient
un papier de riz sur lequel étaient tracés quelques idéogrammes.
Shaolan avait sa serviette à moitié sur la tête et à
moitié sur l’épaule, une main soutenait sa tête,
et l’autre indiquait des choses sur le papier. Sakura, elle, était
appuyée sur ses coudes et regardait et écoutait attentivement
ce que lui indiquait Shaolan. Tomoyo les trouvaient vraiment adorables.
Une grande complicité semblait naître entre eux. L’amour
? Peut-être. Après tout, Sakura ne restait pas indifférente
lorsqu’elle était en présence du jeune homme, et quant
au jeune homme en question… c’était plus compliqué.
S’intéressait-il à « Sakura la jolie domestique
», ou bien à Sakura tout court ? Fermé comme une huître
malgré la complicité qui l’unissait à Tomoyo
depuis l’enfance, Shaolan resterait un mystère pour la jeune
fille aux yeux mauves.
Tomoyo leva les yeux au ciel en pensant à son amant. Ah, s’il
était là ! Lui aussi était un as pour sonder les cœurs,
ils faisaient vraiment la paire, tous les deux ! Tomoyo se laissa aller
un moment à la nostalgie. Elle voulait tant le revoir ! Il lui manquait
énormément. Allez, du courage ! Elle allait le revoir bientôt,
elle en était certaine ! Quelque chose allait se produire qui les
réunirait. Une chose… mais oui !
- Shaolan, dit alors Tomoyo, pour la fête du Bouvier et de la Tisserande
(Véga et Altaïr), il y en a une à Edo. On ira, dis ?
- Oui, pourquoi pas, accepta Shaolan en haussant les épaules. Qui
sait, peut-être ton amoureux nous fera-t-il l’honneur d’apparaître.
Cette fête ne plait-elle pas en particulier aux à ce genre
d’oiseaux ?
- Même s’il venait, tu ne le reconnaîtrais pas, dit Tomoyo
en reprenant sa couture. Tu ne sais pas de qui il s’agit !
- Gnagnagna ! fit Shaolan, tel le pré-adulte qu’il était,
vexé de ne pas pouvoir répondre. Eh, mais t’es douée,
dis donc, ajouta-t-il à l’intention de Sakura qui venait de
tracer ses premiers hiragana et idéogrammes. Viens voir, Tomoyo !
La jeune fille vint voir l’œuvre de son amie, qui s’était
mise à genoux pour écrire. Le tracé était bien,
on ne sentait aucun tremblement. Comme si la jeune fille avait écrit
toute sa vie. (quelqu’un ayant une belle écriture est bien
vu, c’est différent des pays occidentaux. La belle calligraphie
est appréciée en Chine et au Japon. Encore heureux que j’ai
choisi l’époque Edo, parce que dans le Japon vraiment ancien,
il y avait une écriture réservée aux hommes, et une
autre réservée aux femmes. Le merdier, quoi !)
- Waw, Sakura-chan, tu es vraiment douée ! C’est vraiment très
bien tracé ! Décidément, tu ne cesseras jamais de m’étonner
: tu retiens déjà les mélodies que tu dois jouer, tu
assimiles vraiment vite la lecture, et maintenant je vois que tu écris
comme une déesse ! C’est incroyable !
- Woé… Il ne faut pas exagérer, bredouilla Sakura, reposant
son pinceau. Je ne suis pas si douée que ça, c’est de
la chance, c’est tout !
- Recommence, pour voir ! dit Tomoyo.
Gênée, Sakura s’exécuta, et retraça ce
qu’elle venait juste de faire. Elle vit alors Tomoyo et Shaolan échanger
un coup d’œil.
- Eh bien, tu as le poignet souple ! commenta Tomoyo. C’est quelque
chose de très bien en calligraphie. C’est vraiment très
bien. Mieux que Shaolan qui s’en contrefiche à chaque fois
qu’il doit écrire !
- Oh ça va, hein ! On n’est pas tous des femmes d’intérieur
qui n’ont que ça à faire ! répliqua le concerné,
assez vexé. Si je préfère m’occuper des chevaux
que des pinceaux, c’est mon problème !
- Calme-toi Shaolan, dit Tomoyo, je disais ça comme ça…
- Mouais… tu parles… Atchoum !
Tomoyo sourit en voyant Sakura se précipiter vers lui avec un mouchoir.
*~*~ §~*~*
- Shaolaaaaaaaaaan ? appela Tomoyo. Viens voir !
Shaolan suivit Tomoyo jusque dans sa chambre. Cela faisait trois jours depuis
qu’ils avaient commencé à enseigner l’art de la
musique et de la calligraphie à Sakura. Tomoyo venait enfin de terminer
la robe, et elle voulait absolument la montrer à Shaolan, car lui,
il n’hésitait jamais à la casser !
Shaolan observa la robe avec un œil étonné : Tomoyo s’était
vraiment surpassée. Le tissu de la robe semblait jaune foncé,
mais se dégradait vers le violet vers le bas des manches et de la
robe. Elle remontait jusqu’au cou. Des motifs verts larges formés
de boucles partaient du col et se divisaient en deux, passant au-dessus
de la poitrine jusqu’aux dessous de bras, et il en était de
même pour la taille. Il semblait y avoir un axe de symétrie
qui passait par le nombril, mettant ces motifs semblables en tout point.
(Pour plus de compréhension, allez sur http://www.jonathonart.com/amat.html
c’est un dessin d’Amaterasu, déesse japonaise, qui porte
la robe que je viens d’essayer de décrire. Prenez le temps
d’y aller, c’est direct, et en plus c’est vraiment très
beau !)
- Mais… fit Shaolan, reconnaissant la robe. C’est… celle
de Amaterasu ! Une déesse japonaise, c’est ça ? demanda-t-il,
essayant de se souvenir de ses cours d’histoire du Japon. Je l’ai
vue en peinture !
- Exact, sourit Tomoyo. Déesse du soleil. Amaterasu-O-Mi-Mami, Auguste
Personne qui Rend le Soleil Radieux. Je suis sûre que cette robe ira
à ravir à Sakura !
- Je le pense aussi, sourit Shaolan.
Oui, Sakura serait resplendissante dans cette robe.
- Au départ je pensais faire une robe occidentale, mais j’ai
finalement opté pour celle-ci. Et toi, que mettras-tu ? demanda Tomoyo.
- Ben, chemise et pantalon, dit Shaolan en haussant les épaules.
Pour les hommes au moins, c’est simple ! On n’a pas à
se casser la tête !
- Occidental ou chinois ?
- Chinois. Il faut quand même que j’honore un peu mon pays !
Lorsqu’ils sortirent, un domestique arriva à la rencontre de
Shaolan, l’informant que son professeur d’arts martiaux venait
lui rendre une petite visite. Cette nouvelle fut accueillie par le sourire.
Shaolan se précipita dehors, et retrouva Sakura, qui accueillait
les nouveaux arrivants avec Takashi et Chiharu. Le professeur était
un homme qui semblait avoir trente ans, mais qui en avait en fait dix de
plus. Il avait le corps sculpté par les arts martiaux. Il était
toujours accompagné d’une jeune fille brune, dont les épais
cheveux s’arrêtaient au niveau du menton. Elle ressemblait à
Tomoyo par ses yeux mauves, son calme et son maintien.
Shaolan arriva vers son professeur, et ce dernier le salua avec un grand
sourire.
- Yoshiyuki Terada ! s’exclama Shaolan. Quel plaisir de vous revoir
!
- Shaolan Li ! Mon brillant élève ! Pendant un bon moment,
je n’osais pas vous rendre visite, j’avais peur de me retrouver
face à un zombie !
- C’est ce qui serait arrivé si vous étiez venu peu
après l’incident, confirma Shaolan. Lika ! Excuse-moi de ne
pas t’avoir saluée plus tôt ! Toujours aussi mignonne
!
Léger rosissement sur les joues de la jeune fille seulement. Shaolan
ne cherchait plus à lui plaire. Quand une jeune fille ne rougissait
pas d’un coup dès la première fois qu’il lui adressait
la parole, Shaolan pouvait conclure que la fille en question avait déjà
quelqu’un. C’était le cas pour Lika. Elle était
toujours gênée quand on la complimentait en public et donc
rosissait un peu, mais lorsque Shaolan lui adressait des regards, elle souriait
poliment. Shaolan n’avait donc pas essayé de la séduire.
- Je ne sais si je dois vous présenter mes condoléances, dit
M.Terada, un peu gêné. Remarquez, vous allez en recevoir de
tout le monde, en tout cas de toutes les grandes familles d’Edo.
- Laissez, maintenant je vais mieux. Mais c’est gentil de vous en
être préoccupé, sourit Shaolan.
- Et si nous allions vérifier que vous n’avez perdu la main
? proposa Yoshiyuki.
- Je suis toujours partant ! accepta Shaolan. Allez dans le dojo, j’arrive
tout de suite !
Il partit pour se changer, M.Terada alla dans le dojo, laissant un dernier
regard amoureux à Lika. Ils se firent tous deux un signe de tête.
Puis Lika resta avec ceux de son âge. Elle fut présentée
à Sakura, Takashi et Chiharu. Ils sympathisèrent tous de suite,
découvrant que Lika était une fille d’une grande douceur
et d’une maturité incroyable.
- D’ailleurs, Tomoyo-chan, nous sommes venus aussi pour autre chose,
déclara Lika, le sourire aux lèvres, les joues se teintant
de rose. Nous… sommes venus vous annoncer, à Maître Li
ainsi qu’à toi et tes comparses… que… Yoshiyuki
et moi… allons nous marier !
Sakura ouvrit grand les yeux, de même que Takashi et Chiharu. Se marier
? Avec CE Yoshiyuki ? Mais il avait l’âge d’être
son père ! Mais après tout, l’amour ne se commandait
pas. S’ils étaient amoureux, c’était ce qui comptait.
Tout le monde présenta ses félicitations à la jeune
fille.
- Mais pourquoi si tôt ? demanda Tomoyo. Oh non, ne me dis pas que
c’est parce que tu es enceinte ?
- Mais pas du tout ! se mit à rire Lika. Je suis même encore
vierge. Pour moi, c’est très important de n’avoir des
rapports que lorsqu’on est mariés. Ça me semble plus
loyal. C’est juste qu’on s’aime depuis si longtemps…
que maintenant que j’ai seize ans, et que je peux enfin être
considérée comme une vraie femme, je veux vraiment vivre cette
vie ! Je suis si heureuse, Tomoyo !
- En tout cas, vu ton amour sincère, tu mérites de l’être,
sourit Sakura. C’est vrai que l’amour embellit, tu es radieuse
!
- Merci, Sakura-chan, dit Lika. Dis-moi, tu n’aurais pas quelqu’un
dans ton cœur, toi, pour parler et rayonner ainsi ?
- Woé ? fit Sakura en rougissant. Mais… mais que vas-tu chercher
? bégaya-t-elle.
Lika regarda les autres : Chiharu, Takashi et Tomoyo semblaient tous d’accord,
puisqu’ils fixaient l’endroit où Yoshiyuki et Shaolan
s’entraînaient.
- C’est donc notre Maître Li ? sourit Lika. Fais attention,
il n’est pas à prendre avec des baguettes, des fois !
- Woé ! Qu’est-ce qui vous fait dire ça ? Je n’ai
pas eu le temps d’en placer une, moi ! dit Sakura, cramoisie.
Un sourire entendu fit le tour des personnes : ils s’arrêtaient,
mais n’en pensaient pas moins. Ils finirent par parler du mariage
de Lika.
Deux heures plus tard, les fiancés rentrèrent chez eux.
*~*~§~*~*
Shaolan avait la tête appuyée contre la poutre en bois du
dojo. Il était toujours en costume de karaté, et répétait
la nouvelle dans sa tête. Yoshiyuki Terada et Lika Sasaki, se marier
? Ces derniers venaient de partir, et Shaolan avait été abasourdi
par la nouvelle. Bien sûr, il était heureux pour eux, mais
quelque part, il était triste. L’annonce de cette nouvelle
lui rappelait Shefa et Kimihiro. Si ces derniers étaient encore en
vie, leur mariage aurait été bientôt.
Shaolan soupira : il avait encore besoin de se défouler dans les
arts martiaux. A présent, il avait la haine en lui. Il aurait pu
avoir le bonheur de voir sa sœur heureuse au bras de son nouvel époux,
ses sœurs, sa mère et lui, priant pour le bonheur, tout irait
pour le mieux. Mais il avait fallu qu’une bande d’assassins,
de simples brigands, détruisissent tout cela ! Un seul homme avait
fait changer la personnalité de beaucoup. Toya… je te tuerai
! se promit mentalement le jeune homme en serrant son poing très
fort.
Il se tourna vers l’intérieur du dojo, et prit son épée.
Il commença à s’exercer avec pendant une bonne demi-heure,
puis se laissa aller ensuite à frapper un énorme sac très
lourd suspendu au plafond (l’ancêtre du punching-ball, quoi).
Il déchargeait toute sa haine, toute sa rancœur contre ce type
maudit, il frappait à s’en briser les poings. Il imaginait
ce Toya à la place de ce gros sac, et il redoublait la puissance
de ses coups. Il continuait de frapper, tout simplement. Il ne s’aperçut
même pas, lui qui était pourtant vif, que la sœur de Toya
l’observait depuis un bon moment déjà.
Sakura comprenait. Elle avait vite perçu à quoi pensait Shaolan
en voyant sa mine grave, cette haine et cette rancœur dans ses yeux
d’ambre. Elle le voyait, trempé de sueur, frapper de toutes
ses forces contre cet énorme sac, prêt à se faire mal.
Il souffrait.
Sakura baissa les yeux. Shaolan avait souvent l’air de bonne humeur,
toujours gentil, mais au fond, pensait-il toujours à Toya ? Passait-il
ses journées et ses nuits à revivre la mort de sa famille
et ruminer un plan de vengeance ? Sakura se mit à prier très
fort pour que ce ne fût pas le cas. Elle ne voulait pas ! Elle ne
voulait pas le voir malheureux ! Elle voulait qu’il sourisse, mais
pour de vrai ! Qu’il ne pensât plus à Toya !
Elle le vit s’arrêter, puis prendre quelque chose, et sortir
de dojo. Tout ça sans se rendre compte de sa présence ! Elle
le suivit alors, et après l’avoir perdu de vue, elle le trouva
vers les prés. Dans un qui était vide, elle le vit…
tirer à l’arc. La cible était contre la clôture,
à l’intérieur du pré. Shaolan était en
face, à la clôture opposée, et tirait. Et il tirait
bien. Très bien, même. Avec une infinie précision, et
une rapidité toute aussi grande. Sakura resta estomaquée.
Puis, la conclusion s’imposa d’elle-même ; Shaolan faisait
tout son possible pour maîtriser toutes sortes d’armes et de
combat dans un seul but : venger les siens. Jamais, au grand jamais il ne
laisserait Toya s’en tirer.
Sakura se répétait cette phrase : « Shaolan ne cessera
jamais de vouloir tuer ton frère ». Elle se l’était
répétée un bon nombre de fois depuis qu’elle
travaillait au domaine Li, mais jamais elle n’avait eu autant d’impact
que cette fois-ci, et Sakura comprit pourquoi. Shaolan passant son temps
à dresser ses chevaux, Sakura n’avait pas vu le danger. Elle
pensait même qu’il avait abandonné son idée de
vengeance. Il voulait venger les siens, certes, mais pourtant il ne faisait
rien d’autre que monter à cheval ! Et là, elle comprenait
: Shaolan maîtrisait déjà tout : le combat à
mains nues, l’épée, le tir à l’arc…
il savait déjà tout manier avec habileté ! Voilà
pourquoi il n’avait nul besoin de progresser : il était déjà
très fort. Il n’y avait plus qu’à attendre le
déclic ; le moment qui annoncerait le début de la vengeance
; le début d’une libération pour tout le monde, même
si faire des morts supplémentaires ne servait à rien.
Elle descendit jusqu’à la clôture qui la séparait
du jeune homme. Elle s’accouda. Shaolan arrêta alors de tirer
et se retourna, son regard directement attiré par celui de jade de
la jeune fille. Immédiatement, il se sentit apaisé. Juste
la vue de cette jeune fille qui lui faisait un sourire timide, les joues
roses, le détendait instantanément. Quelle ironie, de savoir
que la fille qui lui réchauffait le cœur en cet instant était
la sœur de l’assassin de sa famille !
Sakura escalada alors la barrière pour s’asseoir dessus. Shaolan
ne pensa même pas à regarder ses jambes. Il avait bien d’autres
choses en tête. Il sentit alors deux petites mains passer dans ses
cheveux, puis il se retrouva la tête dans la poitrine de Sakura, les
bras de celle-ci enroulés autour du cou du leader. Elle le serrait
contre elle comme un enfant, sa tête posée sur celle touffue
du beau jeune homme. Ce dernier se laissait faire. Même s’il
avait encore Tomoyo, il se sentait perdu sans ses sœurs et sa mère
qui avaient toujours été là pour le conseiller, l’écouter,
l’aider quand ça n’allait pas… Mais là,
c’était différent… Oui, elle essayait de le réconforter,
mais il ne ressentait pas la même chose qu’avec ses sœurs.
Pour cause, il n’arrivait pas à la voir comme une sœur.
Mais il se sentait aussi serein que si toutes ses sœurs et sa mère
réunies le réconfortaient. Comme quoi exactement voyait-il
Sakura ? Il commençait à se le demander, mais ne trouvait
pas de réponse.
- Ce n’est pas en tuant des gens qu’elles reviendront, murmura
Sakura.
- Mais tant que Toya restera en liberté, sans avoir été
puni, leur âme ne sera pas en paix… et la mienne non plus, souffla
Shaolan en réponse en se blottissant davantage contre elle.
*~*~§~*~*
C’était le moment du départ. Ils allaient dans un
autre domaine pour faire cette fête accueillant les Occidentaux. Comme
ils n’avaient plus de carrosse, ils iraient d’abord à
cheval jusqu’à Edo, se changeraient là-bas et y prendraient
un carrosse, puis arriveraient au domaine qui était un peu plus en
montagne. Là-bas, ils passeraient cette soirée. Mais au lieu
de tout de suite retourner au domaine Li, le leader préférait
faire un tour dans une source d’eau chaude naturelle qui n’était
pas très loin du domaine Kokunji, là où avait lieu
la soirée.
Tomoyo rassemblait les affaires de Sakura, tandis que celle-ci protestait
qu’elle pouvait le faire toute seule. La jeune chanteuse les accompagnerait
jusqu’à Edo.
Shaolan arriva avec deux chevaux : Oiseau des Nuages, évidemment,
et Fleur des Montagnes (Shanhua en Chinois), une jument aussi douce que
Pluie d’Automne. Sakura était rassurée d’être
avec une jument douce, et se détendit pendant le voyage. Entre Tomoyo
et Shaolan, elle n’avait rien à craindre.
Arrivés à Edo, Sakura constata que Tomoyo les quitta bien
vite. En effet, à peine arrivés à une auberge, Tomoyo
avait pris congés et était repartie sur son cheval. Mais oui
! Elle allait voir son amoureux ! C’était une très bonne
occasion ! Shaolan occupé, elle pouvait avoir tout son temps d’aller
roucouler sans que son frère ne se mêlât de ses affaires
! Tomoyo était sacrément futée !
Ils avaient une heure avant que le carrosse ne fût prêt. Shaolan
fut accosté par des gens qu’il connaissait, tandis que Sakura
décida d’aller faire un tour dans la ville. Elle marcha un
bon moment avant de se rendre compte qu’après une dernière
maison, elle se trouvait devant le chemin qui menait à la forêt.
Elle frissonna. Et elle eut raison d’avoir cette mauvaise appréhension,
car une silhouette se dressa devant elle, et lui glaça le sang. Kazuhiko.
- Sakura ? s’étonna ce dernier. Et ben, pour une surprise !
- K… Ka… Kaka… Kazuhiko ? dit Sakura en reculant.
- Oui, c’est bien moi, dit-il en prenant un sourire serein. Sakura,
si tu savais comme je suis heureux de te voir !
- Pardon ? s’exclama Sakura, à moitié incrédule
et à moitié en colère.
- Oui, on t’a amené chez ce Li, mais là, je te retrouve
enfin ! Ma Sakura, ma belle petite fleur !
- Qu… Qu’est-ce que tu racontes ? dit Sakura en reculant encore.
- Qu’est-ce qui t’arrive Sakura, je te fais peur ? demanda-t-il.
Pourtant c’est moi, Kazuhiko… Celui que tu aimes… Et qui
t’aime aussi…
- Tais-toi ! cria Sakura en voyant que le jeune homme s’approchait
d’elle. Je ne sais pas ce que tu racontes, mais tu as perdu la tête
!
Elle mentait à moitié : elle le prenait pour un fou, c’était
vrai, mais avant, elle était amoureuse de lui, même si elle
ne lui avait dit ! Il l’avait sans doute remarqué quand elle
était encore avec la bande de vagabond. Il fallait avouer que c’était
assez évident.
- Sakura… tu as un très joli kimono… tu peux nous être
reconnaissante. Nous t’avons offert le luxe, d’une certaine
manière. Mais je suis sûr que ton cœur m’est fidèle
quand même, chaque fois que tu touches ce Chinois… Viens, Sakura
! Nous nous retrouvons enfin !
- La ferme ! Tu n’es qu’un beau salaud ! Tu ne vaux pas mieux
que Toya ! Je te hais ! Assassin ! Et pour ta gouverne, je n’ai jamais
pensé à toi, pas une seule fois ! se mit à crier la
jeune fille, qui à force de reculer, se retrouva contre le mur d’une
maison. Si jamais je devais partager la couche de Shaolan, sache que tu
serais la dernière personne à laquelle je penserai ! Espèce
de sale monstre ! Si je suis là-bas, ce n’est pas pour draguer
« ce Chinois » comme tu le dis, c’est parce que je veux
vous oublier ! Ma place est là-bas, et je ne retournerai jamais parmi
vous ! Je suis heureuse là-bas, et Shaolan me traite avec cent fois
plus de respect que vous tous réunis ! Alors restez dans la forêt,
et crevez de trouille !
- Shaolan ? répéta Kazuhiko. Mais vous semblez très
liés, dis-moi, dit le jeune homme, faisant un sourire sarcastique
à Sakura. Ainsi, tu n’as même pas couché avec
lui ? Sans doute parce que tu m’es fidèle malgré tout
ce que tu dis…
- Dans tes rêves, oui !
- Tu ne penses rien de ce que tu dis… Si tu avais vraiment voulu notre
mort, ton cher amant serait déjà venu nous trouver…
Sakura devint rouge au terme de « cher amant », ce qui hélas,
n’échappa pas à Kazuhiko, qui soudain, s’approcha
dangereusement d’elle, et lui agrippa le cou pour qu’elle levât
les yeux vers lui. Il semblait soudainement furieux.
- Je vois que nous avons obtenu l’effet inverse de ce que nous avions
escompté, dit-il entre ses dents serrées. C’est lui
qui a finalement eu raison de toi. Alors comme ça, notre petite Sakura
a un penchant pour les Chinois ? Toya aura vraiment honte de toi lorsqu’il
apprendra ça !
Il plaqua violemment ses lèvres sur celles de Sakura. Il entra sa
langue avec la même délicatesse dans la bouche de la jeune
fille. Sakura eut un sentiment de répulsion. Ce baiser, elle en avait
rêvé depuis toujours, et quand elle le recevait enfin, elle
n’était plus amoureuse de celui qui le lui donnait. Au moins,
Shaolan, lui, s’y était pris avec douceur ! Elle fut soulagée
lorsque Kazuhiko se retira, bien qu’il laissa toujours sa main fermement
agrippée à son cou.
- Me délaisser moi, pour un Chinois ! Sakura, la pitoyable vagabonde
prostituée, amoureuse de son maître, riche diplomate ! Quel
beau tableau ! La nuit, tu dois rêver qu’il te possède,
n’est-ce pas ? Une vraie prostituée, quoi !
- Il n’y a que toi pour penser que je suis une prostituée,
répliqua Sakura. Je ne suis pas quelqu’un qui donne son corps
pour sauver la mise de pauvres assassins pétochards qui n’ont
peur que d’un seul homme. Car lui, c’est un homme, un vrai !
Pas comme vous !
Kazuhiko serra sa poigne d’un coup avant de la relâcher.
- Mais d’après ce que tu viens de me raconter, tu n’as
pas partagé son plumard ! Donc, mademoiselle est toujours vierge
! Si ton cher amant est un homme, un vrai, comme tu le dis si bien, il ne
sera pas très délicat avec toi !
Il la plaqua alors contre le mur, passa sa main sous les pans du kimono,
et lui caressa la jambe, remontant jusqu’au fesses, la soulevant un
peu.
- Si tu veux, je vais lui préparer le terrain, à ton Chinois
de merde ! décréta-t-il.
Sakura ouvrit les yeux de stupeur, ce qui fit sourire Kazuhiko. Celui-ci
était loin de se douter que la jeune fille lui réservait un
cou de genou monumental dans les « bourses », mais elle n’eut
pas le temps de réaliser ce rêve. Kazuhiko, lui, pensait que
Sakura avait beau avoir du caractère, en tant que femme, elle ne
pouvait rien face à la force d’un homme. Mais son sourire disparut
aussitôt lorsqu’une fine lame se posa sur la gorge du jeune
prétentieux.
Aucun son ne sortit d’aucune bouche. Shaolan et Kazuhiko se regardaient
dans les yeux, Sakura se libéra de l’emprise de son ancien
compagnon. Shaolan gardait toujours son épée sous la gorge
de Kazuhiko. Il était calme. Trop calme. Dangereusement calme. Allait-il
tuer Kazuhiko soudainement ? Non, il n’en avait pas l’air. Il
avait le visage dur et fermé, mais ses yeux d’ambre flamboyaient
clairement.
- Eh bien, qu’attends-tu pour me tuer ? demanda Kazuhiko d’un
ton de défi. Oh, peut-être attends-tu simplement la police
?
- Tu rigoles, fit Shaolan avec un sourire arrogant. Tu crois sérieusement
que je vais te laisser à la police ? Tu me prends pour un minable.
Un des tiens, en somme ! Quant à te tuer… ne t’en fais
pas, tu vas y passer ! Mais pas maintenant. Ça ne serait vraiment
pas amusant pour moi… Je préfère m’occuper de
ton cas en même temps que celui de tes compagnons… Te souviens-tu
de ce que je vous ai dit, lors de notre charmante première rencontre
?
La phrase revint immédiatement dans l’esprit des trois personnes
présentes. « Je vous tuerai tous. Pas un n’en réchappera,
je vous tuerai un à un… jusqu’au dernier… »
- Apparemment oui, tu t’en souviens, sourit Shaolan. Et ça
semble bien te foutre la trouille. Tu es bien moins arrogant, cette fois-ci…
Comme tu vois et comme tu sembles le regretter, ma fièvre ne pas
m’a emporté. C’est dommage pour toi, hein ?
Il retira son épée de sous la gorge de Kazuhiko, et la rangea
dans son fourreau.
- Cependant, tu viens encore de t’enliser, dit-il. Tu as osé
porter la main sur une domestique de mon domaine, petit. Je réponds
toujours de leurs actes.
Ni une ni deux, Shaolan décocha un magnifique crochet du droit sur
la face de Kazuhiko (ça fait longtemps qu’il l’attendait,
celui-là !). Ce dernier tomba à terre, surpris par la puissance
de frappe.
- Maintenant, déguerpis. Et dis bien à Toya qu’il profite
de ses derniers jours ! Il n’en a plus pour si longtemps à
vivre… ajouta Shaolan d’un ton de glace.
Il n’attendit pas de voir Kazuhiko partir qu’il prit Sakura
en lui passant un bras derrière le dos pour l’aider à
marcher, et entama la marche de retour vers l’auberge. Après
être revenus en pleine rue, c’est-à-dire entourés
de monde et passer devant toutes sortes d’échoppes, Shaolan
demanda à Sakura si elle n’avait rien, et celle-ci répondait
par que tout allait très bien. Elle était habituée
aux colères des hommes de Toya, et elle savait réagir en conséquence.
Cependant, elle préféra ne pas dire à Shaolan qu’elle
avait eu l’intention d’empêcher Kazuhiko de se reproduire
pendant un certain temps avec un coup de genou bien placé. Quoi que
voir la tête que ferait Shaolan serait amusant à voir ! C’était
drôle ! Elle manquait de se faire agresser, et elle pensait juste
à la tête que ferait son maître si on lui parlait de
castration humaine ! Elle n’était vraiment pas bien, ou quoi
?
- Mais… Comment as-tu fait pour arriver si vite ? demanda Sakura.
Ou plutôt quand es-tu arrivé ?
- En fait, quand je me suis fait accoster, ça n’a pas duré
bien longtemps, expliqua Shaolan. Cet homme qui m’a parlé,
c’était en fait l’oncle d’une ancienne conquête
qui était justement avec lui, avoua-t-il, un peu gêné.
Et comme je ne l’ai pas quittée avec une grande délicatesse,
ben je pense qu’elle m’aurait arraché les yeux si elle
m’avait vu, alors j’ai trouvé une excuse pour me sauver
! Et puis, je ne voulais pas te laisser seule en ville, tu aurais pu te
perdre. Donc à peine sorti, je t’ai aperçue et je t’ai
suivie.
- D… Donc, tu as… tout entendu… ?
- En partie, oui, mais je n’ai pas tout compris. Et puis, j’essayais
surtout de me contrôler, je n’avais qu’une envie, c’était
de le tuer !
- Je comprends tout à fait ! dit Sakura, heureuse qu’il n’eût
pas porté attention à ce qu’avait dit Kazuhiko (ç’aurait
été super gênant !). Mais heureusement que tu es intervenu
à la fin !
- Tu n’avais pas l’air si effrayée que ça, quand
même…
- Oh, c’est parce que je sais comment le calmer. Un bon coup là
où il f…
Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas finir sa phrase.
Bravo, Sakura ! Très malin, de dire que tu distribues des coups dans
la « fierté » des gars ! Très féminin,
et surtout très poétique ! se rabroua-t-elle mentalement d’un
ton ironique.
Mais elle vit du coin de l’œil un Shaolan qui avait le poing
devant la bouche, et riait silencieusement, ses yeux fermés tel un
enfant qui essaye de rire discrètement sans que sa mère le
vît. Le regard de Sakura s’adoucit. Au moins le faisait-elle
rire, c’était déjà ça. Qu’est-ce
qu’il était mignon !
Ils allèrent se changer dans l’auberge. Derrière son
paravent, Sakura resta époustouflée devant la beauté
de la robe, qui en plus était en faite dans un tissu de qualité.
Woé ! On aurait dit la robe d’une divinité. Elle ne
croyait pas si bien dire.
Lorsqu’elle revint voir Shaolan, un peu gênée d’être
accoutrée ainsi, elle le trouva en train d’attacher Fleur des
Montagnes et Oiseau des Nuages derrière le carrosse. Il était
habillé d’un pantalon chinois large, avec les chaussures (style
ballerines) noires assorties. Il avait une chemise chinoise blanche qui
semblait elle aussi assez large. Lorsqu’il se retourna, il aperçut
la jeune fille dans sa grande robe. Ben mince ! Une vraie déesse,
comme l’avait prédit Tomoyo ! Elle était tellement mignonne
avec sa frimousse timide, et ses longs cheveux roux foncé qui tombaient
dans son dos avec souplesse. Elle était à croquer, il n’y
avait rien à ajouter. Et heureusement qu’elle n’avait
pas mis de maquillage ! Il était sûr qu’une Sakura avec
un visage étouffé de poudre blanche ne serait pas si ravissante.
Le naturel, c’était décidément ce qui allait
le mieux aux femmes (merci Shaolan ! ^^).
Ils se mirent en route, Sakura et Shaolan étaient assis l’un
en face de l’autre dans le carrosse. Tous deux étaient silencieux.
Ils repensaient à l’altercation avec Kazuhiko. Et à
un moment précis. Essayant de se distraire, Shaolan regarda Sakura.
Elle avait une mine boudeuse, en colère, et ne cessait de bouger
ses lèvres dans tous les sens.
- Je peux savoir ce qui ne va pas ? demanda Shaolan.
- Il m’a embrassé, dit Sakura pour toute réponse, son
visage semblant plus en colère. Ça me dégoûte
! Sale type !
Shaolan eut un sourire. Lui aussi n’avait fait que penser à
ce baiser qu’il avait vu. Il n’avait pas osé en parler
à Sakura, parce qu’après tout, ça ne le concernait
pas. Il se leva un peu, puis posa ses lèvres sur celles de Sakura,
tout doucement. Celle-ci resta surprise un instant, puis ferma les yeux.
Après quelques instants, Shaolan se retira, tandis que la jeune fille
ouvrit doucement ses paupières.
- Ça va mieux, maintenant ? demanda-t-il avec un sourire.
Sakura resta sans voix au début, toute rouge, puis fit un grand hochement
de tête avec un grand sourire et les yeux fermés (style manga,
quoi).
- Oui ! Merci !
Shaolan cacha sa surprise. Elle était dégoûtée
qu’un de ses anciens compagnons l’embrassât, mais elle
était contente que lui le fît alors qu’il était
coureur de jupons, étranger, et mystérieux ? Sakura était
bizarre, ou alors elle… ? Cela expliquerait les baisers volés
et ses arguments peu ordonnés et peu convaincants. Shaolan secoua
la tête pour se remettre les idées en place. Non, bien sûr
que non ! Sakura lui était juste reconnaissante pour ce qu’il
avait fait, c’était tout. Elle ne pouvait pas éprouver
des sentiments vis-à-vis d’un maître aussi bizarre que
lui (car il était bizarre, il le savait) [Shaolan n’est pas
en train de désespérer de se dire que Sakura ne l’aime
pas, il se demande juste si la jeune fille n’aurait pas des sentiments
pour lui]. Mais bon, Sakura était une fille, et une fille qui n’est
pas étrange, ça n’est pas une fille ! Mais elle n’avait
pas l’air d’une fille comme les autres… Bah, il verrait
bien, il fallait laisser faire le temps… Non, elle n’était
pas amoureuse de lui, conclut-il finalement.
Ils arrivèrent enfin au domaine Kokunji. Shaolan et Sakura descendirent,
la deuxième personne était assez nerveuse. Qu’allaient
penser les gens en la voyant ? Ou en parlant avec elle ? Elle avait les
mains moites et elle tremblait. Mauvais signe. Shaolan lui attrapa la main,
et lui murmura que tout allait très bien se passer, et qu’elle
allait rester avec lui.
Sakura resta époustouflée une fois entrée dans la demeure.Il
y avait beaucoup de gens différents ! C’était donc ça,
des Occidentaux ? Ça alors ! Certains avaient les cheveux jaunes
! (Désolée pour les blonds !). Ils étaient tous comme
ça, là-bas ? Oh ! Une femme avec des cheveux roux clairs !
Et un monsieur avec une tenue très bizarre ! (Ma fic se situe dans
l’ère Edo, plus précisément vers les XVe et XVIe
siècle, au moment de la conquête des nouveaux mondes. Vous
voyez à peu près quelle était la mode occidentale à
cette époque ? Si non, je vous conseille de lire Appare Jipangu de
Yuu Watase, qui se passe dans l’ère Edo, et où l’on
voit des Occidentaux, ainsi que leurs tenues). Ahah ! Ce monsieur avait
un grand chapeau avec des grosses plumes ! Et qu’est-ce qu’ils
avaient de grands yeux ! On dirait des hiboux !
Tenant toujours la main de Shaolan, elle suivit ce dernier qui allait voir
ses hôtes pour les saluer. Ils présentèrent immédiatement
leurs condoléances à Shaolan, puis se présentèrent
à Sakura. Très vite, la maîtresse de maison complimenta
Sakura sur sa robe. La jeune fille, elle, était à présent
très détendue. Elle s’amusait de tous ces personnages
si différents, et si étranges pour elle !
Un homme blond au teint très pâle d’environ quarante
ans accosta Shaolan, et se mit à parler une langue que Sakura ne
comprenait pas. Vraiment bizarre, cette langue ! Ils prononçaient
des choses vraiment étranges, avec un accent on ne peut plus bizarre
!
- Master Li, where is your mother ? I don’t find her anywhere.
- Because she’s not here, sir, répondit Shaolan. She’s
died… half past a month ago… (je ne suis pas sûre que
ça se dise comme ça !)
L’Anglais lui présenta immédiatement ses condoléances,
Sakura entendait des « Oh, I’m sorry ! » d’une voix
haut perché. Elle aurait voulu parler avec Shaolan pour ne pas se
sentir trop seule, mais elle fut accostée par une grande belle femme
d’environ trente ans. Cette dernière avait une chevelure impressionnante,
des cheveux bruns qui bouclaient sur eux-mêmes (des grosses anglaises,
quoi). Elle parlait le Japonais avec le même accent que cet homme
qui se confondait en excuses devant Shaolan.
- Exciusez-moi, mad’moiselle, il ne me semble pas vous connaît’we.
Je suis an amie de madame Li. Quel est vot’we nom ?
- Sakura, répondit la jeune fille en souriant timidement. Je suis…
la cavalière de Maître Shaolan Li, ajouta-t-elle en parlant
lentement, sentant que la femme ne maîtrisait pas le Japonais.
- Oh, sa fiancée, je suppose ?
Sakura rougit d’un coup, et bégaya une négation, faisant
sourire la femme.
- Oh, sorry, ce n’est pas enco’w officiel ? Il ne vous a pas
enco’w demandé vot’we main ?
- Oh, non, non, non ! balbutia Sakura. Je… Lui… non ! Je ne
suis pas celle que vous croyez ! Il n’y a rien entre lui et moi, je
ne fais que l’accompagner…
- Oh, exciusez-moi, je me suis fait des idées ! Mais c’est
dommage, vous i’wiez bien ensemble, vous fo’wme’wiez un
beau couple, tous les deux…
Sakura rougit encore plus. Bon sang, qu’est-ce qu’il faisait
chaud, dans cette salle ! La jeune Anglaise brune sourit. Le rougissement
de la Japonaise montrait bien que elle, elle n’était pas si
contre que ça à l’idée de former un couple avec
Shaolan.
Chacune prit congé, et Sakura sortit dehors. Debout sur le couloir
de bois, elle leva les yeux pour regarder les étoiles. Ah, au moins
en montagne, il faisait frais. Elle était troublée. Troublée
par ce que tout lui monde lui disait. Tomoyo « Ce n’est qu’un
simple prétexte pour embrasser Shaolan ? » ; Lika « Ton
cœur battrait-il pour quelqu’un ? Ça serait notre Maître
Li ? » ; Kazuhiko « Je crois que nous avons obtenu l’inverse
de ce que nous avions escompté. » « Sakura, la pauvre
vagabonde, amoureuse de son maître ! » « Ton cher amant
» ; et cette femme « vous formeriez un beau couple, tous les
deux »… Tous lui disaient des choses de ce genre-là,
mais elle, elle était perdue… Quoique… tous ces dires
la guidaient un peu…
Elle se mit à penser à Shaolan. Mais à lui seul, faisant
abstraction des autres. Elle le trouvait très beau, certes, mais
était-ce tout ? Il l’attirait, et elle sentait que ce n’était
pas seulement physique. Rien qu’être avec lui, elle se sentait
bien. Et quand il souriait, il était vraiment craquant ! Ah, le voir
sourire, c’était beau ! Oui, Shaolan la faisait fondre quand
il souriait. Ce sourire sincère, et parfois timide. Cette habitude
qu’il avait, d’être plus doux et gentil avec les chevaux
qu’avec les humains. Le voir parler d’eux, ouvrir sa coquille…
Tout en lui plaisait à la jeune fille… Et son corps, ainsi
que la chaleur de ses lèvres, quand il l’embrassait…
Ah, ses baisers ! Elle les avait tous appréciés ! Et pas seulement
parce que c’était Shaolan qui lui avait offert le premier.
Non, parce qu’elle avait détesté le baiser avec Kazuhiko,
et elle appréciait plus que tout que la présence de Shaolan.
Être près de lui était suffisant.
Sakura se rappela la conversation avec Tomoyo, lorsqu’elle se demandait
si elle aussi connaîtrait l’amour. « Quand tu es avec
cette personne, plus rien ne t’importe. Tu as l’impression d’avoir
perdu toute ton intelligence et tout ton aplomb, mais le fait d’être
à ses côtés te remplit de bonheur. Tu rougis souvent
(du moins tu as très chaud, ce qui t’amène à
rougir), ton cœur bat à tout rompre… l’amour peut
nous rendre très joyeux ou au contraire très malheureux…
il arrive parfois que ça fasse mal… on a l’impression
que c’est désagréable, mais en fait, être amoureux,
c’est quelque chose de magnifique… » Sakura soupira de
dépit : elle présentait la plupart de ces symptômes
à cause d’un certain Chinois. Surtout lorsqu’elle repensa
au jour de la naissance du petit Shunichi, lorsqu’elle n’avait
pu accepter l’idée que le Chinois allât avec une autre
fille à cette soirée, lorsqu’elle avait embrassé
Shaolan sans savoir pourquoi, et qu’elle s’était blottie
dans les bras du jeune homme. Maintenant, elle savait pourquoi. Elle sourit.
Elle était amoureuse. Certes, tout le monde l’avait remarqué,
mais le fait de s’en apercevoir seule l’aidait beaucoup. Ainsi,
elle pouvait analyser toute seule ce qu’elle ressentait, et n’écoutait
rien d’autre que son cœur. Les yeux toujours au ciel, son sourire
s’accentuant, elle pensa très fort, comme pour transmettre
un message à quelqu’un. Tu as raison, Kazuhiko, c’est
moi qui suis tombée amoureuse de lui. Et tu sais quoi ? De me rendre
compte que j’aime un homme comme lui, ça ne me rend que plus
heureuse, pensa-t-elle.
Lorsqu’elle se retourna, elle put voir Shaolan qui la regardait avec
un sourire. Elle rougit instantanément. Il s’approcha d’elle.
- Ça fait un moment que je t’observe. On aurait vraiment dit
Amaterasu.
- La déesse du soleil ? Je sais que c’est sa robe, mais là,
il fait nuit, dit Sakura, sentant que tout lui devenait égal du moment
que Shaolan restait auprès d’elle, et qu’elle perdait
son intelligence soudainement.
- Je sais, mais un moment, tu t’es mise à sourire, et là,
tu t’es illuminée.
En plus, il était très doux dans sa façon de parler
d’elle. Elle allait mourir de bonheur avant son prochain anniversaire,
là !
Ils parlèrent un peu, heureux de prendre l’air, puis rentrèrent
à nouveau dans la salle. Se joignant à un groupe de femmes
qui lui parlèrent d’abord de sa robe (Tomoyo, t’as des
fan !), Sakura apprit que les Occidentales étaient aussi commères
que les Asiatiques ! Elles étaient en train de parler de leurs maris,
de leurs sales manies, etc. Mais Sakura s’intéressa un peu
plus à la conversation lorsque le sujet Shaolan fut abordé.
- Vous vous rendez compte, dit une femme Japonaise de soixante ans. Il a
dix-neuf ans, et n’est toujours pas marié ! (à cette
époque, on se mariait tôt)
- Comment ? dit une autre. Mais enfin, c’est insensé ! A son
âge, j’étais enceinte de mon deuxième enfant !
Mais il doit être avec quelqu’un, peut-être n’a-t-il
pas encore fait sa demande !
Tous les regards se tournèrent vers Sakura. Celle-ci, gênée,
bredouilla la même chose qu’à l’Anglaise de tout
à l’heure. Les femmes parurent encore plus choquées.
- Il faut absolument lui présenter quelqu’un ! s’indigna
une Chinoise, sinon qui sait s’il prendra épouse un jour !
- Vous avez tout à fait raison, à dix-neuf ans, quand même
! Il parait qu’il ne s’intéresse qu’à son
élevage de chevaux !
- Pourtant nous avons de jolies filles, elles pourraient faire l’affaire
! Et même s’il se mariait, il n’aurait nul besoin d’abandonner
son élevage ! Ce ne serait pourtant pas incompatible !
Sakura en avait assez ! Qui étaient-elles pour décider de
l’avenir de Shaolan ? Elle, rien qu’à l’idée
que Shaolan pût s’éloigner d’elle pour sa marier
avec on ne sait quelle petite princesse sans cervelle, elle avait mal au
cœur. Mais les commères se tournèrent vers Sakura, et
lui conseillèrent de séduire le jeune homme, si elle espérait
qu’un jour il la demandât en mariage. Sakura était dépitée
: ses femmes n’écoutaient rien de ce qu’elle essayait
de leur faire comprendre.
Mais lorsqu’elle tourna son regard vers le jeune homme en question
et que celui-ci, l’ayant aperçue, lui fit un sourire, elle
ne put s’empêcher de sourire à son tour. Shaolan…je
t’aime…pensa-t-elle en le regardant s’approcher d’elle
pour lui tenir une autre compagnie que les commères de tous pays
confondus.
Fin de la quatrième partie
Réponses aux review :
MissGlitter : Merci beaucoup ! En effet, j’aime bien mettre ces petits
moments de tendresse, je trouve que ça détend !
Ally : L’ambiguïté, c’est sans doute ce qui fait
la longueur des chapitres, lol ! En tout cas, merci pour la review !
Daffy la ouf : Ah, raté ! Ce n’est pas un des Occidentaux de
la soirée ! Et qui est-ce… ? A chacun de se faire son idée
! Non, je divulguerai son identité… peut-être dans le
prochain chapitre !
Dragonia : Ah, en effet, j’adore les animaux, surtout les chevaux,
comme tu as pu le remarquer ! Je me demande qui a été la plus
émue : toi en lisant mon chapitre, ou moi en lisant ta review ? Car
oui, elle m’a vraiment fait très plaisir ! C’est vrai
que c’est dur de ne pas vivre dans le passé, mais avec de la
volonté et du soutien, on peut y arriver ! Comme je l’ai fait
dire à Shaolan, sans le soutien, ça ne sert à rien
! Mais on a toujours quelqu’un pour nous soutenir et à qui
on veut sourire ! Alors ne t’en fais pas, moi j’essaierai de
t’encourager avec mes fics, par exemple ! Merci infiniment pour cette
review !
Winry : Merci beaucoup, j’espère que les chapitres suivants
ont été à la hauteur de tes espoirs ! La suite, je
la poursuis !
SyaoSyao : Merciiiiiiiiiiii beaucouuuuuuuuuuuuuup ! Si tu trouves ces moments
touchants, je suis touchée à mon tour ! Oui, pour le chant
de Tomoyo, c’est vrai que c’est bête, même si j’avais
mis des paroles, on aurait pas pu imaginer la musique ! Ça casserait
tout, quoi ! Oui, des petits moments de tendresse entre Sakura et Shaolan,
y en aura d’autres, tu peux me faire confiance là-dessus !
Encore merci !
Little star : C’est vrai, ça n’avance pas vite ! Mais
bon, il y a des bisous ! Comme quoi, ça avance un peu ! Merci pour
la review !
Ethanielle ou Lyla : Désolée pour la gastro, j’espère
que tu t’en remets ! Merci pour la review, en tout cas !
Represente78 : Waw, merci ! Là, je suis flattée, je sais même
plus où me mettre ! Mon talent ? J’sais pas si on peut vraiment
appeler ça du talent, parce qu’en Français… j’ai
pas des notes mirobolantes ! Enfin, on va pas comparer les histoires de
Maupassant et les miennes, lol !
Ciçouille : Merci ! Eh oui, ils se rapprochent ! C’était
inévitable ! Merci encore pour la review !
Juju black : De la misère à t’arrêter de lire
? En plus, mes parties sont de plus en longues (si la 1 fait 13 pages, la
4 en fait 20, si tu comptes pas les réponses aux reviews !)…
En tout cas, y en a une qui s’est rendue compte de ses sentiments,
c’est déjà ça ! Merci pour la review !
Electranab : Merci beaucoup ! Ah, pour la publication, je peux rien promettre
car je vais avoir plein de contrôles, vu que le 3e trimestre est assez
court (je finis le 7 juin !), donc je vais devoir bosser ! Mais j’essaierai
de rester dans mes temps !
Tite Diablesse : Haha ! Qui sait ce qui peut arriver ? J’espère
en tout cas que cette partie-là sera plus « instructive »
que les autres, en tout cas, que ça avance un peu plus ! Pour le
bal, ben il continue dans le prochain chapitre !
Jaina : À défaut de Toya, j’ai fait apparaître
Kazuhiko ! Mais qui sait si plus tard dans la fic… En tout cas, merci
pour la review !
Sakio : Merciiiii ! Pour la suite, ben je vais essayer de ne pas être
trop en retard ! Les profs m’ont foutu plein de contrôles, ouin
! Mais merci beaucoup pour la review ! Et moi aussi je veux la suite de
tes fics ! Bisous !
Archangel.gaia : Wow, quelle imagination ! Mais qui sait ce qui peut arriver
! En tout cas, je vais t’avouer un truc : quelque part, dans ce que
tu t’imagines, y a un truc de vrai ! Eh oui ! Mais je n’en dis
pas plus, je dois pas valoriser certains lecteurs, lol ! Merci beaucoup
pour la review, en tout cas !
Irislorely : Ooooooooh, merci ! Eh oui, je suis une fan du couple Shaolan/Sakura
! Et puis j’adore tout ce qui est mignon alors ça doit se ressentir
sur mon style ! J’espère que la quatrième partie t’a
plue !
Aidya : Ah, tout dépend du point de vue de chacun pour ce qui est
d’être furieux ou pas. Moi par exemple, même si ça
m’arrive d’être fâchée contre quelqu’un,
je n’arrive pas à être rancunière ! Oui, Sakura
va sauver Shaolan (au prochain chapitre !), et ça ne sera pas la
première fois ! Pour le bal, il se poursuit dans le chapitre suivant,
et ç’est là que ça va être plus intéressant
!
Louvegrise : Woé, merci ! C’est vrai que je fais toujours long,
parce que c’est frustrant de découvrir un nouveau chapitre
qui ne fait qu’une page ! Moi j’en fais vingt ! Au départ,
ça devait en effet être un one shot. Mais les idées
se tellement succédées et précisées dans ma
tête, qu’à la fin… ça fait une fic !
Hermylove : Merci ! J’espère que la partie 4 t’a plue
!
Tam-chan : Merci pour la review ! Oui, je continue, ne t’en fais pas
pour ça !
Alison Sullivan : Merci ! J’espère que tu n’as pas trop
attendu pour la suite. J’ai des contrôles à répétition
en ce moment, ça devient dur d’accéder à mon
ordi !
Princesse d’Argent : Wow, merci ! Mais je ne pense pas aller jusqu’à
vingt parties, ça s’arrêtera avant ! Ça ne devrait
pas aller jusqu’à dix. Enfin, je crois ! ^_^’ ! Merci
pour la review !
Mathilde : Merci ! Carrière d’écrivain ? Waw ! Tant
qu’à faire, je préfèrerais être mangaka
! Mes feuilles de cours sont toutes remplies de dessin ! En tout cas, merci
beaucoup !
Ussye : Désolée, je n’avais pas vu que tu avais mis
un commentaire au chapitre 2, alors je me rattrape ! Je te remercie pour
le commentaire !
Rosie : Pareil qu’à Ussye, désolée de ne pas
m’être aperçue que j’avais un commentaire de ta
part ! Merci beaucoup pour le commentaire, les auteurs aiment toujours en
recevoir !
Shiaru : Merci ! C’est très gentil de ta part !
Feylie : Bah, ta fic m’a vraiment plu, c’était normal
que je lui rende hommage ! Merci beaucoup pour le commentaire ! Pour la
suite, ben, j’essaye, mais parfois y a des interruptions, comme un
frangin (plus grand et plus costaud) qui veut l’ordi, et surtout les
cours ! Bordel ! Enfin, je vais essayer de rester dans les temps, promis
! C’est terrible d’avoir Lied comme fan ? Ah bon ? ^^
Piline : Merci ! Pour la suite, je vais essayer de ne pas trop vous faire
attendre !
Vanessa : Merci bien ! Pour la suite, je crois qu’il va falloir prendre
ton mal en patience, parce que étant en 2nde , je finis les cour
début juin, donc le trimestre étant très court, les
profs s’en donnent à cœur joie avec les contrôles,
donc je vais devoir réviser ! Mais je promets de ne pas vous faire
trop attendre !
Leila : merci beaucoup ! Je mettrai la prochaine partie quand je l’aurai
terminée, et quand le temps me le permettra !
Sakunissou : Merci beaucoup ! C’est très gentil, ça
! Désolée pour le temps que je mets, mais à la rentrée,
c’est contrôles pour toute la semaine ! Je rentre le 2 mai !
En tout cas, merci !
Fermirt-ât : Merci beaucoup ! C’est vrai que l’ère
Edo, ça change un peu ! Merci beaucoup pour le commentaire !
Mushu : Merci, c’est gentil ! Je vais essayer de ne pas trop vous
faire attendre pour la suite !
Ying Ying : Merci ^^ ! Je prends tes encouragements à cœur !
Gragongirl : Waw, merci ! Où je pioche toutes ces idées ?
Bah, tu sais ce que c’est, quant t’a du mal à suivre
le cours, t’as l’esprit qui vagabonde ! Surtout en SVT, lol
! Merci beaucoup !
Hope : Merci beaucoup !
Shiaru : Merci, ça me touche beaucoup ! Je tape autant que mes exams
me le permettent, lol ! (Cherche l’ironie !)
Ito : Kya, merci beaucoup pour cette review ! Clairette-sama… j’ai
l’air bête à rougir toute seule devant mon écran
d’ordi, moi ! De qui Tomoyo est-elle amoureuse ? D’un garçon,
pour commencer. Mais je ne sais pas encore avec qui je vais la mettre. En
fait j’hésite ! Pour ce qui est de « Un amour toujours
présent », c’est normal que tu ne trouves pas la suite
! En fait, ça fait depuis février 2004 que j’avais disparu
d’Internet à cause d’un virus ! J’ai refait surface
un an après ! Par manque d’inspi, j’ai momentanément
arrêté cette fic. Dès que j’aurai terminé
« Pour toi seulement », je continuerai l’autre. Car comme
je l’ai dit à d’autres gens, je déteste abandonner
quelque chose ! Donc, je continuerai cette fic coûte que coûte
! Alors pour l’instant, tu ne peux trouver la suite sur aucun site,
mais sois sur que je t’informerai le plus tôt possible ! Merci
beaucoup pour ce commentaire qui me fait vraiment chaud au cœur !
Merci à tous, je vous embrasse !
Clairette