Pour toi seulement, Clairette
Partie III

Shaolan s’étira lentement avant d’ouvrir les yeux. La nuit avait été longue, puisqu’en ayant raté une bonne partie, ils avaient débordé sur la matinée. Il bailla tel un chat (mais un gros !), et se redressa sur le lit. A travers le shôji, on pouvait se douter que le soleil ne l’avait pas attendu pour se lever, lui qui d’habitude s’extirpait du lit en même temps que la boule de feu.
Son ventre protesta. Il sourit en pensant que c’était un phénomène assez rare. Il se rallongea un instant, et entendit un gémissement. Il tourna son regard sur sa droite, et aperçut Sakura, encore endormi, à moitié sous les couvertures, la tête enfouie sous la manche de son kimono pour être sûre de ne pas avoir de luminosité.
Shaolan se rappela comme elle était fatiguée la veille alors qu’elle tenait à être une domestique modèle. Il sourit, puis se dit qu’il ferait mieux de la réveiller.
Prudemment, il avança sa main pour retirer le bras que la jeune fille gardait sur sa tête. Il découvrit son visage endormi, et se sentit bizarre. Elle lui paraissait encore plus jeune et fragile. Et dire que cette enfant avait été envoyée par son lâche de frère faire la prostituée pour lui épargner la mort. Elle. Alors qu’elle semblait si jeune, si fragile, et si innocente.
Shaolan soupira, puis lui caressa doucement la joue pour la réveiller en douceur. Il se dit qu’il avait bien fait de dire à Sakura d’abandonner sa mission. Il ne voulait pas impliquer une innocente dans sa vengeance. Elle était heureuse d’être parmi eux, et elle ne pourrait empêcher Shaolan de tuer (ou au moins d’en avoir la volonté) Toya et sa bande.

Sakura était encore dans un profond sommeil, quand elle sentit quelque chose sur sa joue. Puis elle entendit une voix douce qui lui parlait. Elle ne comprenait pas les mots. Elle n’en avait de toute manière pas envie. Elle voulait juste que cette voix continuât de lui parler. Encore… Mais elle commençait à distinguer les mots, signe qu’elle quittait son sommeil.
- Eh, oh … murmurait cette voix. Eh, debout, ma grande…
- Mhhhmmmggrrrmmmm….fit Sakura dans un murmure grognon.
- Allez, debout, insista la voix. Le soleil est levé depuis longtemps, maintenant, lui disait cette voix dans l’oreille.
Sakura remua, puis se décida à ouvrir les yeux. Elle distinguait le visage duquel elle avait rêvé une bonne partie de la nuit. Elle devint subitement rouge en le voyant si près d’elle, la tête enfoncée dans les oreillers, le visage serein. Rêvait-elle encore ? Il était comme dans son rêve, mais plus habillé ! A cause de la discussion de la veille, Sakura avait fait ce rêve. Mais ce n’était pas un rêve érotique pourtant. Ç’avait été un rêve au contraire tout doux, tout mignon… et qui avait eu l’air si réel… elle se souvenait que c’était elle qui avait demandé à Shaolan de lui…
Elle devint de nouveau toute rouge en repensant à son rêve. Elle reporta son attention sur le visage du jeune homme qui la regardait toujours. Elle se redressa d’un bond, ne sachant quoi dire. Shaolan eut un sourire.
- Tu m’as l’air en forme. Tant mieux…
Sakura ne dit rien, et rajusta son kimono, puis voulut faire de même avec son chignon, avant de se rendre compte qu’il avait rendu l’âme depuis un certain temps. Elle entreprit alors d’ordonner un minimum sa chevelure, ce qui fit sourire Shaolan. Les cheveux ainsi détachés lui donnaient aussi un petit charme.
- Si nous allions manger ? proposa-t-il.
Sakura acquiesça, et le suivit alors qu’il sortait de la chambre.
- Bien dormi ? demanda-t-il pour faire la conversation.
- Oh oui, très bien ! dit Sakura en reprenant le sourire, l’horrible moment quotidien du réveil étant passé.
- A la bonne heure !
Il sortit un instant pour regarder dehors. Le matin était encore un peu frais. Les domestiques qui étaient déjà à leur tâche saluèrent leur maître avec un sourire. Sakura remarqua des têtes qu’elle ne connaissait pas. Puis elle se souvint qu’il s’agissait des domestiques de M.Tokubei qui avaient réussi à s’enfuir avec eux.
Elle aperçut justement Tomoyo en compagnie de Takashi et Chiharu qui semblaient très heureux. Ils se tenaient amoureusement la main, et parlaient avec la jeune couturière. Celle-ci tourna la tête et aperçut son maître et Sakura. Elle prit congé du couple avec qui elle était en conversation, puis se précipita vers le leader.
- Grâce au ciel, vous n’avez rien. Nous avons eu tellement peur ! s’exclama-t-elle.
- Tout va bien, Tomoyo, la rassura Shaolan. Euh… Est-ce que les chevaux… ?
- Ils vont tous bien, fit Tomoyo en souriant, cachant un soupir. Ne vous inquiétez pas.
Sakura leva les yeux au ciel : ses chevaux, ses chevaux… il ne pensait à rien d’autre ?
- Bon, il est temps de prendre le petit déjeuner, dit Shaolan en s’étirant. Ensuite, je voudrais parler aux domestiques qui viennent de chez Tokubei.
- Bien, dit Tomoyo en s’inclinant.
Elle s’éloigna, tandis que Shaolan se laissa tomber assis sur l’espèce de couloir de bois qui donnait sur l’extérieur. De toute évidence, il préférait manger dehors. Sakura se dit qu’elle devait aller préparer le petit déjeuner, elle aussi. Elle allait s’en aller, lorsque Shaolan, d’un ton étonné, lui demanda si elle ne mangeait pas. Cela voulait-il dire qu’elle était son invitée ? Elle alla s’asseoir aux côtés du leader, les joues roses.
Tomoyo arriva avec un plateau bien garni, pour deux personnes. Mangeant avec appétit, Sakura regardait autour d’elle. L’air était encore frais, dû à la rosée matinale. On sentait qu’une nouvelle journée commençait. Un bien-être s’empara d’elle.
Le petit déjeuner fini, ils s’en allèrent chacun faire leur toilette, puis Shaolan partit d’abord voir ses chevaux. Après tout, maintenant qu’il en avait pris à Tokubei (dommages et intérêts, dommages et intérêts, se répétait-il), il allait les garder, les entraîner… donc passer encore plus de temps à l’écurie !
Se rendant à l’enclos où étaient les nouvelles bêtes, il les étudiait déjà. Ah, si Futie était là ! Elle au moins, faisait vite les choix et les groupements ! « Celui-ci boite un peu, à gauche ! Celui-là semble en forme, à droite ! » Oui, ça se passait comme ça avec la plus jeune fille des Li. Shaolan soupira et alla s’appuyer à la barrière. Immédiatement, l’un s’approcha de lui. Une jument, évidemment. Shaolan remarqua son ventre, plus arrondi que celui d’une jument normale. Elle était pleine (enceinte). Le regard du jeune homme s’adoucit : la vie continuait, c’était un signe. Le destin lui envoyait un message, c’était certain. Il ne devait pas se morfondre sur la mort de sa famille : il devait être fort, puis aller de l’avant. Oui, la vie continuait. Il entendit alors qu’on l’appelait :
- Shaolan ! Shaolan !
C’était Sakura. Elle arriva devant lui essoufflée.
- Shaolan ! Euh, Maître Shaolan, se reprit-elle.
Misère, boulette ! Ce n’était pas parce qu’elle avait fait un rêve un peu osé sur lui qu’elle pouvait se permettre des familiarités !
Shaolan, en la voyant la main plaquée contre la bouche et ses joues devenir rouges, eut un sourire :
- Ce n’est rien, après tout, nous avons sensiblement le même âge, tu peux bien m’appeler par mon prénom, tout comme Tomoyo.
- C’est vrai ? répéta Sakura, les joues encore rouges. Mais je… je suis… une domestique… et je dois… vous appeler Maître, bredouilla-t-elle, se tortillant les doigts. Enfin, je crois que c’est comme ça que ça se passe…
- Fais comme bon te semble, lui dit le leader. Sinon, qu’y a-t-il de si urgent ? Tu avais l’air bien pressée.
- Oui, maî… euh, Shaolan ! Tout à l’heure, vous disiez que vous vouliez voir les domestiques de M.Tokubei. Mais comme je vous ai perdu, je vous ai cherché partout !
Shaolan laissa échapper un petit rire.
- Ce n’est pas si urgent, voyons. Il faut au moins que j’en voie un, ne serait-ce que pour le point de vue administratif.
- Ah bon ? fit Sakura, le rouge revenant aux joues, se sentant bête d’avoir couru comme une dératée pour si peu.
- Mais c’était très gentil de ta part d’avoir accouru comme cela. Tu prends ton travail à cœur.
Sakura ne sut quoi répondre. Shaolan reporta son attention sur la jument pleine gris pommelé (blanc avec des petites tâches grises, comme des tâches de rousseur, mais de partout). Il la caressa distraitement, puis parla à Sakura sans la regarder.
- Alors ? demanda-t-il. Cela ne vaut-il pas mieux comme ça ? Je suis sûr que nos rapports seront mieux ainsi, nous pourrons nous parler en toute confiance, plutôt que de se demander à chaque fois qui a embobiné l’autre. Tu n’es pas d’accord ?
- Euh… si, bien sûr, dit Sakura, comprenant où il voulait en venir.
- Enfin, si tu veux continuer ta mission en cachette, je le comprendrais aisément, fit Shaolan en levant les yeux au ciel. La famille, c’est sacré, n’est-ce pas ?
Sakura le regarda, ses yeux reflétaient toujours cette tristesse qui semblait infinie. La famille, c’est sacré. Oui, si on veut. C’était vrai qu’en y repensant, sauver la vie de ses comparses lui semblait encore possible. Même s’ils avaient été horribles, Sakura trouvait qu’augmenter la liste des morts ne serait pas la meilleure solution. Alors même si elle avait tout de suite dit oui à Shaolan en ce qui concernait leur « accord de paix », maintenant elle ne savait plus quoi penser. Et puis comme il l’avait dit, peut-être essaierait-elle en cachette, ainsi, leur relation de confiance ne serait pas brisée… Mais pitié, qu’il arrête de prendre cet air si triste !
Il caressait toujours distraitement la jument. Elle était très douce (dans les deux sens du terme). Il fallait lui trouver un nom… Il se tourna vers la jeune fille :
- Tu veux l’appeler comment, cette maman ? demanda-t-il à Sakura.
- Hein ? Je… je peux lui choisir un nom ? Vraiment ? Mais… je ne suis pas vraiment originale, moi, bredouilla la jeune fille en rougissant.
- Je suis certain que son nom lui ira bien, affirma le jeune homme. Qu’est-ce que tu aimes qui pourrait concorder avec cette bête-là ? Un mot ou un truc du genre… A moins que tu n’aies déjà trouvé un nom ?
- Eh bieeen, dit la jeune fille en regardant ailleurs et en se tortillant les doigts, j’avais pensé… à… Fleur d’Eau… souffla-t-elle doucement en rougissant.
- Mmhh, fit Shaolan. Pas mal… Fleur d’Eau… Shuihua… Ça inspire la douceur, c’est très sympa… dit-il en caressant la jument. Adopté ! Dorénavant ma belle, tu oublies ton ancien nom ! Tu es à présent Shuihua, la Fleur d’Eau !
Sakura ne savait pas quoi dire, à part qu’elle était heureuse de le revoir sourire. Car tous les domestiques lui avaient dit : si elle le voyait parler à un cheval, c’était qu’il allait bien ! Elle s’était retenue de dire que pour elle, quelqu’un parlant à un équidé était tout sauf en bonne santé ! Mais maintenant elle comprenait.
Elle soupira : qu’est-ce qu’il était mignon ! Ah, si elle continuait sa drague, elle aurait encore le plaisir de sentir la chaleur de son corps, la douceur de ses lèvres, l’odeur de foin frais et de l’herbe fraîchement coupée… Un instant l’idée de le draguer pour l’avoir rien que pour elle lui traversa l’esprit, mais elle la refoula aussitôt : et puis quoi, encore ? Elle n’allait pas bien ? !
- Sakura-chan ! appela une voix.
- Tomoyo-chan ! dit Sakura tout sourire en voyant la jeune fille arriver avec un gros paquet dans les bras.
Tomoyo était suivie de Takashi Yamazaki. Tous deux arrivèrent, Takashi saluant respectueusement son nouveau maître. Tomoyo, toute excitée, déplia ce qu’elle avait dans les bras. Un nouveau kimono pour Sakura. Le motif était composé de petites fleurs bleues avec des grandes herbes et des feuilles sur un fond blanc, ainsi que des petites gouttes de pluie. Le mélange des trois couleurs était harmonieux et dégageait une pointe de douceur. Mais pour bien trancher, Tomoyo avait décidé que la ceinture serait vert pâle, pour aussi souligner la couleur des yeux de son amie.
- Il est beau ? demanda Tomoyo.
- Woé… fit Sakura, ébahie une nouvelle fois devant le talent de couturière de la jeune fille.
- Et toi Shaolan, qu’en penses-tu ? dit une Tomoyo aussi heureuse que si on venait de lui dire qu’elle aurait accès au trésor national.
- C’est toujours aussi impeccable, sourit ce dernier. Combien de talents me caches-tu encore ?
Tomoyo se contenta d’un large sourire de remerciement, tandis que Sakura se demandait ce qu’il entendait par là. Puis Shaolan se tourna vers Takashi.
- Pourrais-tu me donner le nom de tous les domestiques de Tokubei présents ici, s’il te plait ? J’en ai besoin, pour ne pas avoir de complications administratives.
- Oui, bien sûr ! fit Takashi en s’inclinant. J’y vais tout de suite.
Puis il partit. Tomoyo, avec un sourire mesquin, dit à Shaolan :
- Tiens, étrange que tu ne te sois pas mis à draguer la petite Chiharu… Elle est pourtant mignonne…
- Tomoyo, Tomoyo… tu me connais pourtant, dit Shaolan. Jamais je ne touche aux ménages ! Je ne suis pas un entremetteur ! Seules les femmes le sont !
Coup de ceinture de kimono de la part d’une Tomoyo riant aux éclats. Sakura ne put s’empêcher de sourire devant cette petite scène. Shaolan s’éloigna, mais soudain un autre domestique arriva :
- Maître, un visiteur pour vous ! C’est M. Kimihiro Kamiya.
Assombrissement soudain du visage de Shaolan. Un voile de tristesse était passé dans ses yeux. Et pas seulement dans les siens. Tomoyo aussi venait de perdre soudainement le sourire. Sakura se demanda qui était ce Kimihiro pour produire un tel effet. Lorsque Shaolan partit à la rencontre de ce dernier, elle osa le demander à Tomoyo.
- C’est… le fiancé de Mlle Shefa… répondit doucement Tomoyo, comme si prononcer à nouveau le nom de sa maîtresse lui faisait peur.
Sakura ne sut quoi dire, à part « désolée ».

*~*~ §~*~*

Parler avec Kimihiro ne fut pas aisé pour Shaolan. Il l’aimait bien, mais maintenant que Shefa était morte, il avait pensé ne pas le revoir. Il se demandait s’il avait été dans un état aussi déplorable que cet homme, au début, après la mort de sa famille. En effet, Kimihiro n’était guère beau à voir : il avait de grands cernes sous les yeux, le visage devenu bien maigre, et un air absent qui signifiait clairement que si la Terre se fracassait, il serait le dernier à s’en préoccuper. Ils s’installèrent à l’intérieur, devant une petite table basse. Ils prirent du thé.
- J’ai l’impression de me voir dans un miroir, dit Shaolan en voyant son ex-futur beau-frère. Mais j’ai réussi à m’améliorer.
- Moi pas, dit lentement Kimihiro. Shefa me manque toujours autant. En fait, la solitude me pèse plus de jour en jour…
- Tu seras toujours le bienvenu ici, dit Shaolan. N’hésite pas à venir dès que tu le souhaites.
- Merci bien, fit Kimihiro qui semblait toujours dans son petit monde.
- Ça serait bien que toi aussi tu reviennes dans le monde des vivants. Si j’ai réussi, tu devrais y arriver aussi.
- Shefa n’était pas ta fiancée. Tu ne peux pas ressentir ce que j’ai sur le cœur, dit Kimihiro avec une pointe d’amertume.
- Ce n’était peut-être pas ma fiancée, mais c’était ma sœur, répliqua Shaolan d’un ton dur. Et ce n’est pas la seule que j’ai perdue.
- Je sais que ça a été dur, mais entre une sœur et son âme sœur, il y a une sacrée différence dans la peine. Je crois que ma peine d’avoir perdu Shefa est plus grande que celle que tu ressens pour la perte de toute ta famille. C’est sûr que tu ne peux pas comprendre, Shaolan, tu n’as jamais ressenti ça…
Des larmes apparurent sur le visage de Kimihiro.
- Elle était tout pour moi… Si j’avais pu mourir à sa place… dit-il d’une voix tremblante.
Shaolan gardait les yeux baissés. Kimihiro avait raison. Il n’avait jamais été amoureux. Il ne savait pas ce qu’on ressentait. Il pensa un instant à la jeune Japonaise arrivée il y a un mois, puis chassa cette pensée. On ne devait pas analyser ses sentiments quand un beau-frère, au bord du gouffre, venait se confier.
Kimihiro se leva en chancelant. Puis il s’écroula dans les bras du leader en pleurant. Shaolan savait que s’il ne savait pas quoi dire, mieux valait qu’il se tût. C’est ce qu’il fit. Kimihiro pleura un moment, sanglotant que Shaolan devait continuer à aller de l’avant, et que c’était injuste qu’il ressemblât tant à Shefa. Il la lui rappelait. Et ça faisait autant de mal que de bien. Comme si Kimihiro voulait dire « c’est toi qui aurait dû mourir et non elle », bien qu’il n’en pensait rien. Mais c’était ce que ressentait Shaolan. Si cet imbécile de beau-frère ne le lâchait pas très vite, lui aussi allait se mettre à pleurer.
Kimihiro prit finalement congés. Bien évidemment, Sakura et Tomoyo les premières – mais les autres domestiques s’étaient joints à elles – avaient espionné la conversation. Comme si le cafard de Kimihiro était contagieux, Sakura s’était mise à pleurer en culpabilisant. Tout était de la faute des siens ! Tout ! Si seulement elle avait empêché Toya de les tuer ! Toute une famille qui était tant aimée par tous était morte en quelques minutes. Maudit Toya ! Et maudite fût-elle, elle aussi ! Que faisait-elle là, à profiter de la bonté des gens, pour protéger un monstre pareil ? Elle se sentait si sale ! Si horrible ! Si nulle !

Shaolan fit glisser silencieusement le shôji. Trop silencieusement, car Sakura ne l’avait pas entendu. Elle était en pleurs, dans les bras d’une Tomoyo qui leva vers Shaolan un regard à la fois désolé et suppliant. D’un regard, Shaolan la questionna. Tomoyo, d’une main libre, montra l’endroit où était assis Kimihiro auparavant, puis montra Shaolan, et enfin Sakura. Ensuite, elle abaissa son pouce vers le bas, montrant que tout le monde avait le moral à zéro.
- Sakura-chan, dit-elle doucement, tu devrais aller te reposer. Ce que tu dis n’a aucun sens, enfin. Va dormir un peu, j’arrive.
Elle aida la jeune fille à se lever et marcher jusqu’au bâtiment des domestiques, puis revint voir Shaolan.
- Culpabilité, dit-elle sous le regard inquisiteur du jeune homme. Elle en veut à son frère, puis culpabilise en disant qu’elle aurait dû l’en empêcher.
- Qu’est-ce qu’elle aurait pu faire ? fit Shaolan. Une crevette contre un ours !
- Et toi, qu’est-ce que tu aurais pu faire ? demanda Tomoyo.
Shaolan baissa les yeux. Lui aussi culpabilisait. Il avait été là, il les avait vues se faire tuer. Il aurait dû faire quelque chose !
- Vous n’y êtes pour rien, autant l’un que l’autre, assura Tomoyo. Ça ne vous servira à rien de vous culpabiliser pour quelque chose que personne n’aurait pu prévoir. Shaolan, je sais que ce que t’a dit Kimihiro t’a peiné, mais tu sais autant que moi que c’est parce que Shefa lui manque.
- Je sais, dit simplement le jeune homme.
- Reste fort, conseilla la jeune fille. Ça passera. Tu retrouveras le sourire. Tu sais comme ça nous fait plaisir.
- Très bien, dit Shaolan, heureux de recevoir les conseils de sa « cinquième sœur ».
- Au fait… j’aimerais que tu ailles toi-même voir Sakura. Après tout, moi je n’ai rien vu de ce qui s’est passé lors de… l’embuscade… alors je pense que Sakura t’écoutera plus que moi si c’est toi qui lui parles. Fais-lui retrouver le sourire. Car toi aussi tu trouves que le sourire lui va bien, n’est-ce pas ?
- Comme à toutes les filles. Rien n’embellit plus que le sourire, dit-il en regardant au loin.
- Au lieu de me sortir les idioties que tu racontes à toutes ces dindes sans cervelles, va donc voir Sakura, dit Tomoyo derrière lui, les bras en avant contre le dos du jeune homme pour le diriger vers le bâtiment des domestiques.
- Tu n’as aucun talent poétique, ma chère Tomoyo, en es-tu consciente ?
- Pourtant tu m’as dit que j’avais d’autres talents !
- Si tu en fais profiter tout le monde, bien sûr !
- Moi ça ne me poserait pas de problème. Ça sera juste différent sans Feimei…
Ils s’arrêtèrent devant le bâtiment. Il était calme. Ou Sakura pleurait silencieusement, ou elle s’était endormie. Tomoyo enlaça soudain Shaolan, puis lui dit :
- Merci, mon frère. Merci de l’accepter parmi nous. Elle est vraiment gentille et adorable, et elle t’apprécie beaucoup.
- De rien ma sœur, dit Shaolan en souriant doucement et en lui rendant un instant son étreinte.
Ils se séparèrent. Shaolan allait entrer quand soudain, il se retourna et demanda à Tomoyo :
- Au fait, tu ne m’as pas dit comment il s’appelle !
- Et tu ne le sauras pas !
- Depuis quand fait-on des cachotteries à son frère ?
- Depuis qu’il se mêle de ce qu’il ne le regarde pas !
Tomoyo agrippa Shaolan par les épaules puis lui fit faire volte-face. Il se retrouva devant la porte.
Il entra, tandis que Tomoyo alla vaquer à d’autres occupations. La pièce était plus sombre qu’à l’intérieur de la maison. Il entendit un léger bruit lui indiquant que Sakura reniflait. Passant entre les rangées de lits, Shaolan s’approcha du seul qui était occupé. Il s’y assit, et passa son bras autour des épaules de la jeune fille. Celle-ci, surprise, s’arrêta net. Elle regarda le jeune homme de ses yeux embués, puis recommença à pleurer, se collant au torse du Chinois.
- Calme-toi, dit simplement Shaolan. Tu n’as pas à culpabiliser pour quelque chose que tu n’as pas fait…
- Justement… c’est… c’est… parce que… je n’ai rien fait que…
- Même si tu t’étais interposée, qu’est-ce qui se serait passé ? Ton frère t’aurait probablement balancée sur le côté, et aurait quand même accompli son crime. Et puis ça ne sert à rien de remuer le passé, dit-il plus comme s’il parlait pour lui-même que s’il s’adressait à la jeune fille. C’est fait… je ne dis pas ça parce que je me fiche de ce qu’il s’est passé, loin de là, mais si tout le monde a le bourdon, ça va pas m’aider à m’améliorer, tu sais… J’ai encore beaucoup de peine quant à ce qui s’est produit. J’essaie d’être fort, mais si je n’ai autour de moi que des personnes qui ont le cafard, ça ne vaut pas la peine. Autant avoir le bourdon avec eux.
Sakura comprit le message :
- Si j’arrête de pleurer, toi auss… euh vous aussi, vous resterez fort ?
- Pas seulement de pleurer. Si tu retrouves le sourire, peut-être. Tu sais, j’ai réussi à m’accrocher parce que j’avais tout le monde qui me soutenait… alors si je n’ai plus de soutien, je ne vois pas pourquoi je continuerais. Tu n’aimerais pas me voir triste, n’est-ce pas ?
C’était un mini chantage, en somme. Mais vu que Sakura était devenue très fière d’être domestique chez lui, autant jouer la bonne carte.
- Ça va, j’ai compris, fit Sakura en souriant malgré elle.
- Ah, l’ombre d’un sourire ! fit Shaolan à qui ça n’avait pas échappé. C’est beaucoup mieux. Et c’est Tomoyo qui va être contente !
- Je suis idiote, n’est-ce pas ? renfila-t-elle, ce sourire maintenant scotché à ses lèvres.
- A moitié seulement, dit Shaolan en haussant les épaules. Moi aussi j’ai eu mon moment de culpabilité.
- Mais vous n’y étiez pour rien ! s’exclama Sakura. Vous n’aviez rien pu faire !
- C’est exactement ce que je me tue à dire en ce qui concerne ton cas !
Sakura resta silencieuse. Un point pour Shaolan.
- Allez, essuie-toi les joues, puis enfile ça ! dit Shaolan en montrant le kimono fait par Tomoyo qui était plié sur le lit voisin. Promis, je ne regarderai pas !
Sakura cacha sa moue déçue. De la part d’un coureur de jupons, ne pas vouloir regarder le corps d’une femme, c’était vexant. Enfin… Sans doute se disait-il que s’il jouait les pervers, elle penserait qu’elle devrait à nouveau le draguer, et ils seraient repartis dans ce cercle infernal. Ou peut-être qu’elle n’avait tout simplement aucun charme. Oui, peut-être préférait-il les brunes pulpeuses et expertes dans l’art de l’amour ! Sakura devint blanche comme un cachet à cette pensée, mais le rouge vint vite lui monter aux joues : se demander sur quel genre de femme fantasmait (ou couchait) son maître n’était pas vraiment idéal dans les circonstances présentes.
Shaolan retourné, elle enleva son ancien kimono qui était assez poussiéreux, étant donné qu’il sortait d’une fuite de chez Tokubei. Elle mit son nouveau kimono qui lui plaisait déjà. Il sentait bon, et respirait la fraîcheur. Lorsqu’elle annonça à Shaolan qu’elle avait terminé et que celui-ci s’était retourné, il avait remercié les dieux qu’il fût si sombre dans la pièce pour qu’elle ne distinguât pas le rouge qui lui était monté aux joues.
Elle était très mignonne. Sa mine timide entourée de ses longs cheveux roux foncés était à croquer.
- Tu es mignonne comme tout, là-dedans. Tomoyo a vraiment un talent fou !
- Vous disiez qu’elle cachait d’autres talents, tout à l’heure. Que vouliez-vous dire par là ?
- Tu le sauras très bientôt, sourit Shaolan. En attendant, si nous sortions un peu ?
Sakura le suivit alors qu’ils sortaient du bâtiment. Elle se sentait bien en la compagnie de Shaolan. Mais à présent elle se sentait bête d’avoir réagi comme cela. On ne pouvait changer le passé. Cependant, Shaolan ne semblait pas lui en vouloir. Et ça la rendait rayonnante.
- Oh, Tomoyo a fini ton nouveau kimono ! Il te va à ravir, Sakura !
Sakura se tourna vers la personne qui venait de lui parler. C’était Kaede, une domestique de trente ans qui était marié à une autre domestique et qui avait de lui déjà deux enfants, son troisième étant en attente. Elle était à huit mois et demi de grossesse. C’était une femme aussi douce que Tomoyo. Sans doute l’instinct maternel.
- Oui, il est beau, hein ? fit Sakura avec un grand sourire.
- Tu as l’air d’une jolie petite poupée, sourit la future maman.
- Kaede, dit Shaolan, tu devrais arrêter ton travail pour le moment.
En effet, la pauvre femme, avec son gros ventre arrondi, avait bien du mal à porter son paquet de linge.
- Ça ira, merci. Je commence à prendre l’habitude.
- Que dalle ! dit Shaolan, avec toute l’expression qu’un jeune de dix-neuf ans pouvait avoir. Allez ouste, va te reposer !
- Oui, je vais m’occuper du linge, ne t’en fais pas… sourit Sakura en lui prenant le panier.
- Si je n’ai d’autre choix, se résigna avec le sourire Kaede. Enfin, je peux au moins t’accompagner, sinon je n’aurai rien à faire de la journée. Allons donc laver ça au point d’eau, que je m’y dandine lentement.
- Commence à te dandiner, j’arrive tout de suite, rit Sakura.
La jeune femme allait lentement au point d’eau utilisé pour la lessive, tandis que Sakura se tourna vers Shaolan avec un sourire lorsque celui-ci dit :
- Je devrais plutôt faire de l’élevage de domestiques, ils sont plus productifs que les chevaux !
- Merci encore Shaolan, souffla doucement la jeune Japonaise. Est-ce… est-ce que je peux me permettre quelque chose ?
- Bien sûr, fit Shaolan en la regardant avec des yeux ronds, ne sachant ce qu’elle voulait.
La jeune fille se mit sur la pointe des pieds et lui vola un petit baiser. Surpris, Shaolan ouvrit grand les yeux, tandis que très vite, Sakura courut rejoindre Kaede en riant. Le jeune homme la regarda partir, tandis qu’il effleurait ses lèvres. Elle l’avait embrassé… Pourquoi ? Pour le remercier ? Pour lui dire qu’elle continuerait sa mission ? Shaolan préféra opter pour la première solution.
- J’ai touuuuuut vuuuuuuuu, s’amusa une voix qui s’apparentait à celle de Tomoyo.
- Et est-ce que t’as compris ? demanda Shaolan.
- Ben à mon avis, tu lui plais, tout simplement.
- C’est ça, oui, dit le leader, peu convaincu.
Il y eut un moment de silence, puis Shaolan se tourna vers Tomoyo.
- Bon, pour être sûr que je vais mieux et que j’ai tourné la page, on va tenter le coup !
- Tu es sûr, Shaolan ? demanda Tomoyo. Je peux encore attendre, tu sais.
- Ça va aller, ne t’en fais pas. En revanche, vu que je suis en train de franchir un cap difficile, dit Shaolan en mettant son index sous le nez de la jeune fille, tu dois me dire son nom !
- Désolé, mais ça ne te concerne pas, dit Tomoyo, ses joues pâles se colorant de rose.
- Celui qui arrive à faire rougir ma petite sœur doit se faire connaître ! Dis-moi qui c’est, Tomoyo ! Promis, je ne lui ferai rien !
- Comme pour l’ami de Falen ? dit Tomoyo en levant un sourcil, sceptique.
- C’était pas pareil, il la collait de trop près et elle n’aimait pas ça. Je ne voulais pas lui faire aussi mal, c’est pas ma faute si cet abruti s’est cassé le bras ! Enfin, si, mais…
- Quoi qu’il en soit, je n’ai pas envie de te dire son nom pour le moment !
- Pour le moment ? Donc un jour tu me le diras ?
- Bien sûr, dit Tomoyo en redevenant douce.
- Je le connais ?
- Shaolan ! Baka ! (idiot) Tu sais que « un jour » ne veut pas dire « tout de suite » ?

*~*~ §~*~*

Sakura vit Tomoyo et décida d’aller la voir. Elle était tombée sur l’époux de Kaede qui avait tout de suite été aux petits soins pour cette dernière. Sakura avait donc décidé d’aller voir Tomoyo. Elle la trouva en discussion avec Shaolan Li. C’était la première fois qu’elle voyait Tomoyo gênée et rougissante. Que pouvait bien lui dire Shaolan ?
Elle s’approcha, et Tomoyo, heureuse de trouver une porte de sortie, l’appela. Les rejoignant, Sakura vit que Shaolan et Tomoyo étaient quelque peu impatients de faire quelque chose.
- Il faut que tu nous accompagnes, Sakura-chan, dit Tomoyo. J’aimerais que tu assistes à quelque chose !
- Quoi ? demanda Sakura, surprise quand Tomoyo lui avait pris les mains avec émotion.
- Surprise ! sourit la fille au teint de porcelaine.
- Tu vas découvrir le grand talent de Tomoyo, sourit Shaolan.
- On ne peut pas vraiment appeler ça du talent, dit-elle en rougissant.
- Ah, trop modeste, sœurette !
Sakura resta surprise au nom de sœurette. Ainsi donc ils étaient complices au point de s’appeler frère et sœur. C’était vraiment touchant. (et rassurant pour elle !)
Tomoyo prit Sakura par la main, et ils entrèrent tous trois dans la maison. Sakura regardait attentivement, et se rendit compte qu’ils se dirigeaient vers un endroit de la demeure où elle n’avait jamais osé s’aventurer, et pour cause, il y avait les chambres de Yelan et ses filles. Mais ils se dirigeaient vers une autre pièce. En prenant une grande inspiration, Shaolan ouvrit le shôji.
Sakura ouvrit grand les yeux en découvrant que la pièce était remplie… d’instruments de musique. C’était ça qui leur tenait tellement à cœur ? Elle ne comprenait pas.
- Je suis assez émue, dit Tomoyo. Ça me fait tout drôle…
- Tomoyo et ma sœur Feimei chantaient très souvent ensemble, expliqua Shaolan. C’était… l’air de bonheur de la maison…
- Je comprends, souffla Sakura. Ça doit être quelque chose de s’y remettre…
- Oui… vu que Kimihiro m’a bien plombé, je me suis dit que pour être fort, je devrais franchir un cap encore plus important pour me prouver que j’ai réussi… ça doit paraître idiot, dit-il en se grattant la nuque, légèrement gêné.
- Pas du tout ! s’exclama Sakura. Je comprends très bien ce que vous avez pu ressentir !
Tomoyo s’avança lentement vers les instruments, puis prit une flûte. Elle la tendit à Shaolan.
- Tu saurais t’y remettre ? demanda-t-elle tandis que le jeune homme prenait l’objet dans ses mains.
- Avec un peu de pratique, oui…
- Et toi Sakura-chan ? Tu jouerais ?
- Woé ? Je n’y connais rien, moi !
- Tu apprendras, dit Tomoyo avec un sourire. Il y a beaucoup d’instruments, n’oublie que Shaolan en a même des occidentaux !
- Alors d’accord, dit Sakura avec un sourire.
Aussi loin qu’elle pouvait se souvenir, elle avait toujours adoré la musique. Quand, petite, sa mère lui chantait une berceuse… Quand, vagabonde, elle chantonnait ou sifflotait alors qu’elle s’occupait du linge et de la cuisine…
Shaolan et Sakura s’assirent sur le tatami, après que Shaolan eut ouvert le shôji donnant sur l’extérieur, histoire d’aérer un peu la pièce.
Shaolan commença à jouer de la flûte. Puis Tomoyo se mit à chanter. Sakura en eut les larmes aux yeux. (Un peu comme dans Nana pour celles qui connaissent) La voix de la jeune fille était si claire, si pure ! C’était tout simplement un don de la nature de lui avoir fait une voix rivalisant avec le chant des plus beaux oiseaux. Tomoyo chantait une chanson douce, qui parlait de paix et d’amour. Sa voix si mélodieuse mêlée au son de la flûte était un pur ravissement pour les oreilles. Sakura, se laissant aller, laissa sa tête se poser sur l’épaule de Shaolan qui avait les larmes aux yeux. Sans s’en rendre compte, la jeune fille laissa couler ses larmes devant un son si enchanteur.
Regardant sur le côté, Sakura aperçut les autres domestiques qui s’étaient arrêtés pour écouter et rayonnaient, chuchotant entre eux des « ils s’y sont remis ! ».
Lorsque Tomoyo finit sa chanson, Shaolan avait arrêté la flûte depuis bien longtemps. Il essayait de contenir ses larmes, ce qui contrastait avec le sourire sur qu’il avait sur le visage.
- Tu vois que t’as du talent !
- Ça fait tellement bizarre sans Feimei ! dit Tomoyo.
- C’était tout bonnement magnifique Tomoyo, souffla Sakura. Je suis sincère, je te l’assure !
Tomoyo remarqua les larmes de Sakura qui elle ne s’en était pas aperçue, et dit avec un sourire, la voix tremblante :
- Je te crois, Sakura-chan.
Elle les voyait, tous deux assis, l’une pleurant, l’autre se retenant. Elle avait toujours chanté cette chanson avec Feimei, ça faisait tellement bizarre sans elle ! Chanter cette chanson sans être accompagnée de sa grande sœur…
Chacun essayait de contenir ses larmes, ne voyant pas que les autres faisaient de même. Ils n’étaient que des adolescents qui pleuraient sans savoir trop pourquoi, mais à qui ça faisait du bien. La beauté du chant de Tomoyo ainsi que l’absence de Feimei, et le regret qu’elle, ses sœurs et sa mère ne fussent plus là pour admirer ce chant et la vie en général leur donnait un prétexte. Leurs larmes ne désignaient ni culpabilité ni remords. Ils n’auraient jamais su l’expliquer. C’était un peu comme vider son sac lorsqu’il était trop plein. Ça semblait si bête de pleurer parce qu’on trouvait une chanson belle ! (perso, je pleure avec certaines musiques, et je ne pense pas être la seule ^_^ !)
- Maintenant, passons aux choses sérieuses, dit Shaolan en se reprenant. Comment il s’appelle ?
- Shaolan ça suffit, dit Tomoyo. Je t’ai déjà répété que je ne te le dirai pas !
- Ne pas vouloir me le dire ne fait que renforcer ma curiosité ! Je veux connaître l’identité de mon futur beau-frère !
Sakura ne put s’empêcher de rire. Elle se sentait à présent très bien, très sereine…

*~*~§~*~*

Lorsqu’ils sortirent, les autres domestiques leur souriaient. Ils avaient entendu la douce chanson de Tomoyo, et cela avait réchauffé le cœur de nombreuses personnes. De voir que la vie reprenait vraiment son cours était émouvant. Sakura avait connu les domestiques sympathiques pendant le mois où elle avait été recueillie. A présent, elle allait les découvrir tels qu’ils étaient vraiment, c’est-à-dire encore plus chaleureux et adorables qu’au début. Lorsqu’elle se retrouva seule avec Tomoyo, cette dernière lui dit :
- Si avant tu te réfugiais pour être seule pour pleurer, maintenant nous sommes là… Tu sais Sakura-chan, te voir pleurer lorsque je chantais m’a fait très plaisir. Je sais que c’est bête, mais de voir que ma chanson ne t’a pas laissée indifférente me réchauffe le cœur.
- Ta chanson était vraiment une merveille, Tomoyo-chan. Shaolan a raison, tu as un talent fou !
- Merci, fit la concernée en rougissant.
- Il n’y a pas de quoi. Dis, c’est vrai que tu aimes quelqu’un, alors ?
Tomoyo regardait au loin. Son maintien était celui de quelqu’un de mature, et sa douceur semblait renforcée.
- Oui… je l’aime de tout mon cœur… Je ne le vois pas souvent, ça m’attriste, mais je me dis que s’il est heureux, ça me va…
- Comment pourrait-il être heureux loin d’une fille comme toi ? demanda Sakura avec son habitude de poser des questions simples mais qui font réfléchir.
Tomoyo sourit en guise de réponse.
- Dis, Tomoyo, comment décrirais-tu l’amour ? demanda timidement Sakura, les joues rouges, regardant à terre.
- Je croyais que tu connaissais ce sentiment, puisque tu l’as (ou avais) envers ce Kazuhiko.
- Je ne suis plus vraiment sûre de ce que je ressens… quand j’ai entendu M. Kimihiro parler d’amour, j’avais l’impression que ce n’était pas la même chose que j’éprouvais avec Kazuhiko. Je… je pense de moins en moins à lui…
- Comment décrire l’amour ? demanda Tomoyo. Quand tu es avec cette personne, plus rien ne t’importe. Tu as l’impression d’avoir perdu toute ton intelligence et tout ton aplomb, mais le fait d’être à ses côtés te remplit de bonheur. Tu rougis souvent (du moins tu as très chaud, ce qui t’amène à rougir), ton cœur bat à tout rompre… l’amour peut nous rendre très joyeux ou au contraire très malheureux… il arrive parfois que ça fasse mal… on a l’impression que c’est désagréable, mais en fait, être amoureux, c’est quelque chose de magnifique… Est-ce que j’ai répondu à ta question, Sakura-chan ? demanda Tomoyo avec son sourire si doux.
- Oui… maintenant je sais… je n’aimais pas Kazuhiko. Je le croyais, mais sans doute parce que c’est le plus mignon de la bande !
Elle pensa alors à Shaolan : lui aussi était très mignon ! Etait-ce encore une simple attirance physique ?
- Tomoyo… Tu crois qu’un jour, moi aussi je connaîtrai l’amour ? demanda Sakura en regardant le ciel, son visage s’adoucissant.
- Oui Sakura-chan, j’en suis sûre… Et j’espère que Shaolan le trouvera aussi. Pour moi, il est mon frère, et je veux le voir heureux. Heureux et amoureux ! L’amour est un sentiment si beau, il faut que vous le connaissiez ! Qui sait, peut-être qu’il naîtra entre Shaolan et toi !
- Woééééééé ! Mais… mais qu… qu’est-ce que tu dis là ? bégaya la cadette en devenant aussi rouge qu’une pivoine.
- Eh bien, je constate juste qu’il te plaît, et que tu ne le laisses pas indifférent non plus…
- Tu oublies pourquoi je suis ici, dit Sakura d’un ton sombre. Mon frère m’a envoyé draguer Shaolan, et vous tous le savez, y compris Shaolan ! Il s’amuse avec moi !
- Je sais. Mais l’amour peut naître dans beaucoup de circonstances différentes !
Sakura resta muette, malgré le sourire qui n’arrivait pas à disparaître de ses lèvres. La dernière phrase de Tomoyo lui avait donné du baume au cœur.
- Au fait… merci pour le kimono… tu fais tellement pour moi !
- Il te plaît ? Super, j’ai plein d’autres idées de couleurs ! Je te ferai des vêtements qui t’iront très bien !
Et les deux jeunes filles continuèrent de discuter tout en reprenant leur tâche de domestique.

*~*~ §~*~*

Deux jours après la visite de Kimihiro, vers la fin de l’après-midi, Shaolan était dans les écuries (pour changer) accompagné de Sakura. Il s’occupait d’un nouveau cheval appartenant avant à Tokubei. Il l’avait baptisé Petit Aigle (Xiaoying en Chinois). Le cheval était encore jeune, et pas très obéissant. Sakura restait toujours émerveillée de la patience qu’il avait envers les chevaux, alors que c’était plutôt le contraire lorsqu’il avait affaire aux humains. Ils étaient à l’extérieur, dans un paddock (je ne sais pas si ça existait à l’époque, à mon avis oui). Sakura était assise sur une barrière et regardait le jeune homme dresser son cheval (regardez L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, vous comprendrez de quoi je parle). La bête semblait être traumatisée depuis l’incident de chez Tokubei. Shaolan était parvenu à la toucher quatre fois pour le moment.
Ils entendirent alors un domestique qui les appelait. Shaolan vint s’appuyer sur la clôture. Une lettre venait d’arriver pour Shaolan. Elle semblait très urgente et importante de la part de Kimihiro. Le domestique annonça une nouvelle : on avait retrouvé Kimihiro Kamiya mort chez lui. Il s’était suicidé. Sakura avait plaqué ses mains contre sa bouche, horrifiée. Shaolan déplia la lettre, tandis que la jeune fille lut par-dessus son épaule :

Mon cher ex-futur beau-frère
Si tu lis cette lettre, c’est que je suis passé dans l’autre monde rejoindre ma douce Shefa. La vie sans elle m’est devenue trop insupportable. Je sais que ma décision est lâche, j’en suis conscient. Mais je préfère encore la mort plutôt que passer le reste de ma vie à me lamenter. En revanche, je te demanderais de ne pas faire la même chose que moi. Tu as du soutien autour de toi, et tu as pu retrouver espoir en la vie ; moi je n’ai pas réussi, voila sans doute ce qui nous différencie. Si jamais tu retraverses une étape difficile comme celle-ci, pense à cette lettre et ne fais pas la même chose que moi. Tu es fort, pas comme moi…
En tout cas je te souhaite une vie très heureuse avec la personne que tu choisiras pour la partager. Protège-là toujours car rien ne peut soulager sa perte. Ne t’en fais pas, avec Shefa, belle-maman, et mes belles-sœurs, nous veillerons sur toi de là-haut. Je suis sûr de parler en leur nom : elle doivent appuyer mes paroles du paradis de bouddha.
Je suis sûr que pour m’appuyer, le ciel t’enverra un signe. Il viendra de notre part.
Vis ta vie comme tu l’entends, et protège toujours les personnes qui te sont chères.
Je te dis au revoir petit frère, toi qui m’avais enfin accepté comme fiancé officiel de ta sœur. Elle et moi veillerons sur toi comme sur l’enfant que n’avons pas eu.
Ton grand frère qui t’aime
Kimihiro Kamiya

Shaolan releva la tête, inspirant longuement. Imbécile de Kimihiro ! Il l’avait très bien dit dans sa lettre, il était un lâche ! Mais il fallait respecter son choix. Que pouvait-il faire, de toute façon ? Lui, c’était évident qu’il allait continuer à vivre ! Ne serait-ce que pour tuer Toya ! Oui, il tuerait cet assassin ! Il y avait tellement de morts autour de lui que ça ne devait pas rester impuni ! Ce Toya semblait semer la mort comme des graines de soja (désolée pour la comparaison !^_^’) ! Shaolan était encore plus déterminé à le tuer, à présent !
Et puis, il était entouré. Il n’était plus seul… il regarda Sakura du coin de l’oeil. Cette dernière s’était agrippée à son bras et baissait les yeux.
Soudain, un grand cri se fit entendre : Kaede. Elle venait de perdre les eaux. Shaolan eut un sourire en levant les yeux au ciel : ce signe des cieux n’avait pas tardé à se manifester. Merci Kimihiro. Et pas seulement Kimihiro. Merci à ses sœurs et à sa mère…
Les domestiques se précipitèrent tous pour aider Kaede à enfanter. Celle-ci dut souffrir pendant deux heures avant que l’enfant ne pointât le bout de son nez. Chiharu, Tomoyo et Sakura étaient présentes et soutenaient la mère. Les filles restèrent émerveillées devant le petit garçon, tandis que Takashi et Shaolan froncèrent le nez à la vue de tout ce sang et de cette « chose » ! (Les mecs, tous les mêmes ‘-_-) Takashi fuyait le regard de Chiharu qui signalait clairement qu’elle en voulait un plus tard. Tandis que le bambin se reposait sur sa mère sans savoir qu’il allait passer de main en main (et qu’il y avait près de deux cents domestiques à présents), Shaolan retourna au paddock où Petit Aigle le regardait d’un drôle d’air, comme s’il était vexé que Shaolan l’eût abandonné pendant le dressage.
- Très bien terreur, on recommence, dit le jeune homme en souriant.
Comme s’il avait compris, le poulain (car même s’ils ont l’air adulte, jusqu’à quatre-cinq ans, ce sont encore des poulains !) recommença à ruer dans tout le paddock et à faire tout et n’importe quoi, sauf ce que Shaolan essayait de lui faire faire !
Une bonne heure était passée. Shaolan s’était assis sur la barrière, regardant rêveusement ses chevaux gambader dans les grands champs. Il réfléchissait : il devait envoyer des émissaires contacter d’autres riches pour qu’ils lui reprissent des domestiques, car sans vouloir les mettre à la porte, il avait presque doublé le nombre qu’il possédait. Il en avait accepté quarante. Mais maintenant ils étaient soixante-dix à s’être ajoutés ! Trente de plus ! Cent vingt domestiques plus soixante-dix, ça fait cent quatre-vingt-dix ! C’est un peu beaucoup ! Il devait donc les éparpiller chez des connaissances. Il n’aurait qu’à prendre trois personnes dignes de confiance, et leur en donner dix à chacun. Elles leur devaient bien ça !
Shaolan restait rêveur à regarder l’horizon. La transition printemps - été était douce, il faisait bon. Shaolan pensait aux affaires qu’avait laissées sa mère. Il espérait les boucler le plus tôt possible pour en être débarrassé. Après, il serait libre de continuer son élevage. Il se souvenait que sa mère devait avoir une soirée très importante avec des Occidentaux qui voulaient venir visiter le Japon… Mais quand ? Il se souvenait que c’était bientôt, mais n’arrivait pas à fixer la date.
Une petite main se posa sur son épaule. C’était Sakura. La jeune fille lui souriait, elle semblait très heureuse. Lui, l’accouchement l’avait plutôt écœuré, et il s’estimait très heureux d’être un homme !
- Tout va bien ? demanda-t-elle avec un sourire.
- Oui, tout va très bien, ne t’en fais… la rassura-t-il, se souvenant qu’il venait d’apprendre la mort de Kimihiro.
- Tiens, vous avez un coup de soleil, dit-elle après un temps de silence en passant légèrement un doigt sur la nuque du jeune homme.
Elle souffla alors doucement sur la peau rougie, limite à poser ses lèvres dessus. Puis c’est ce qu’elle fit, demandant si ça ne le brûlait pas trop.
Sakura s’accouda à la barrière en respirant un grand coup dans la petite bourrasque de vent qui venait en face d’elle. Elle était si sereine !
- J’ai compris, maintenant, dit simplement la jeune fille en regardant elle aussi les chevaux.
- Quoi donc ?
- Je me demandais pourquoi vous étiez tous si tristes après l’épreuve que vous avez subie. Moi, quand j’ai perdu mes parents, j’ai été obligée de me sentir forte, et je me disais que vous, vous en faisiez un peu trop. Mais maintenant, je comprends. Ici, vous ne vivez que du bonheur, dit-elle doucement en regardant le paysage qui était synonyme de havre de paix, les jeunes poulains gambadant autour de leur mère, tous paisibles. Vous n’êtes entourés que de belles choses, alors dès qu’une mauvaise arrive, ça fait bien plus mal qu’à une autre personne ! Ici, j’ai l’impression d’être chez moi. Comme si mon vrai foyer avait toujours été ici…
Shaolan restait silencieux. C’était vrai, il avait toujours vécu heureux, loin de tout problème. Sa mère y avait toujours veillé. Tout pour que ses enfants ne fussent pas malheureux… Elle avait réussi. Jusqu’à l’incident qui causa sa perte, Shaolan n’avait jamais été malheureux. Pas autant du moins…
Sakura regardait toujours ce paysage, les chevaux broutant dans l’herbe tandis que les montagnes les surplombaient, donnant un sentiment de réconfort et de sécurité. Elle repassait en mémoire tout ce qu’elle avait vécu ici : la gentillesse et la douceur de ces gens, en particulier Tomoyo ; l’attention (même modérée) de Shaolan, son respect ; les juments pleines aussi douces avec les humains ; l’accouchement de Kaede, la venue au monde du petit Shunichi… Sakura avait compris, maintenant. Ce n’était pas seulement le domaine Li. C’était le domaine de la Vie.
Le poulain Petit Aigle s’approchait doucement de Shaolan, qui était toujours assis sur la barrière. Il tendait sa tête, avançant prudemment. Sakura restait étonnée : Shaolan avait pourtant eu du mal à le dresser ! Etait-il un génie avec les chevaux, ou une explication scientifique qu’elle ne connaissait pas s’imposait ?
Le jeune cheval posa le bout de son nez sur la main de Shaolan ; Sakura crut que celui-ci allait caresser l’animal, mais il n’en fit rien. Puis, tout doucement, il bougea ses mains. L’équidé posait ses naseaux dessus, découvrant ses drôles de choses. Puis Shaolan en mit une sur le bout du nez du cheval, et un instant après, mit l’autre sur son plat de la joue. L’animal avait dressé les oreilles, mais n’avait pas bougé. Les mains de Shaolan commencèrent à lui caresser doucement la tête, et le poulain se détendit.
- Tu vois, disait-il, t’es pas méchant… Faut pas avoir peur, y a rien à craindre ici, c’est Sakura qui l’a dit… soufflait-il doucement.
Toute personne passant par hasard l’aurait pris pour un fou. Shaolan tourna doucement la tête vers Sakura, et lui demanda de venir le caresser. Son regard et son sourire étaient si doux à cet instant ! Sakura rougit en le voyant si serein. Elle s’approcha en tremblant (elle avait toujours eu une certaine peur des chevaux), et protestait doucement pour ne pas effrayer le cheval qu’elle allait lui faire peur, et qu’il allait s’enfuir.
Elle posa finalement une main tremblante sur le chanfrein qu’elle s’apprêtait à retirer, mais celle du jeune homme se posa doucement sur la sienne.
- Il ne va rien te faire, dit-il doucement. Il est heureux, là.
- Heureux ?
- Bien sûr. Un cheval déteste la solitude, expliqua le Chinois. Mais c’est aussi très peureux… Il accepte la compagnie de n’importe quelle créature, un autre cheval, un chat, une chèvre, un humain, … du moment qu’il n’est pas seul… Un cheval qui a peur est très difficile d’approche. Il faut le cerner et attendre qu’il te fasse confiance. Si tu n’as pas de patience, ce n’est pas la peine d’essayer de l’approcher. Il faut lui montrer que tu peux attendre qu’il vienne vers toi. Il est curieux, il veut avoir une présence, et pourtant il a peur. Alors il faut attendre qu’il vienne de lui-même vers toi… Puis quand il aura confiance en toi, tu pourras aller plus loin, à condition de ne pas trahir cette confiance. Ça ne doit pas aller dans un seul sens. Tu dois lui faire confiance à lui aussi… Beaucoup de gens pensent que le cheval n’est qu’un moyen de locomotion. Ils semblent oublier que c’est un animal, et non une machine. Le cheval et le cavalier doivent se connaître et se faire confiance, sinon ce n’est pas possible.
Tout en parlant, il continuait de caresser le poulain, une de ses mains toujours sur celle de Sakura, faisant que celle-ci caressait toujours Petit Aigle. Ce dernier était complètement détendu à présent. Il fermait parfois les yeux lorsque Shaolan passait ses doigts sur les paupières (si c’est fait avec douceur, les chevaux adorent ça !). Sakura avait l’impression de voir Shaolan à travers l’image que celui-ci se faisait du cheval. Il n’accordait pas facilement sa confiance ; il semblait souvent triste quand il était seul ; et lorsqu’il était accompagné, il ne parlait pas beaucoup : ça lui ressemblait beaucoup. Voulait-il dire que si on gagnait sa confiance et qu’on lui accordait la nôtre, il était aussi docile que Petit Aigle ? Le fougueux destrier se transformerait en gentil animal de compagnie ?
- Lorsqu’un cheval refuse d’obéir à son cavalier, tout le monde pense que c’est la faute du cheval, qu’il est fou, qu’il faut l’abattre, poursuivit Shaolan. Pour moi, c’est tout simplement qu’il n’a plus confiance en son maître, et qu’il le lui fait comprendre. Je trouve les humains parfois débiles. Ils font comme si ce n’était jamais leur faute, alors que ce sont toujours eux les responsables des pires ignominies !
Une pensée commune pour Toya et sa bande survint comme par hasard !
- Bref, tout ça pour te dire que tu n’as pas à en avoir peur, surtout que si tu vis parmi nous, tu devras t’y habituer. Tous mes domestiques montent à cheval !
- Woé ? fit Sakura tandis que tous deux relâchèrent le cheval qui resta près d’eux, se mettant à brouter. Mais… mais…
- Tu verras, les chevaux sont adorables. Accorde-leur ta confiance, et tu verras que tu ne seras pas déçue. Pluie d’Automne ne t’a pas mangée, n’est-ce pas ? sourit-il.
- Ce n’est pas ça, mais j’ai toujours peur qu’ils s’emballent, et que je tombe, dit Sakura. Je pourrais me faire piétiner…
- Tu sais, les chevaux ne font jamais de mal aux humains délibérément. Ils sont comme ça : la nature les a dotés de puissantes jambes pour fuir en cas de danger, c’est pour ça qu’ils sont toujours en alerte et qu’ils sont si peureux. S’il te piétine, c’est parce qu’il doit être attaché à quelque chose qui l’empêche de s’enfuir. Si tu veux, je peux t’apprendre à monter à cheval !
- Quoi ? Mais… je… je serai vraiment une mauvaise élève !
- Tu n’es pas très courageuse ! remarqua Shaolan avec un sourire ironique en croisant les bras sur sa poitrine. Ne t’ai-je dis que tous mes domestiques montent à cheval ? Je crois que si… Certains avaient autant peur que toi, et maintenant ce sont de grands cavaliers !
Sakura abdiqua. D’accord, elle allait faire un effort pour Shaolan. Il l’avait recueillie alors qu’il aurait pu tout simplement la tuer le premier jour, alors elle pouvait bien prendre des leçons d’équitation !
- Au fait, est-ce que tu pourrais aller dans la chambre de ma mère récupérer un coffret rouge avec des bordures dorées, s’il te plait ? lui demanda Shaolan. J’en ai besoin.
- B… Bien sûr, dit Sakura en tournant les talons, courant vers la demeure.
Cependant, arrivée devant la chambre de la doyenne Li, Sakura avala difficilement sa salive. Entrer dans la chambre d’une morte ne lui faisait pas spécialement plaisir. La mère de Shaolan. Cette femme qui avait montré tant de courage, livrée à ces bandits qu’étaient Toya et sa bande ! Et si son âme en voulait à Sakura ? Encore moins rassurée par cette pensée, la jeune ouvrit le shôji d’un coup et pénétra vite dans la chambre, cherchant frénétiquement ce coffret, comme si elle avait peur que le fantôme de Yelan Li ne débarquât d’un moment à l’autre. Sakura trouva le fameux coffret, le prit, et sortit à toute vitesse. Elle ramena l’objet à Shaolan, qui le prit et l’ouvrit. A l’intérieur, il y avait des papiers. Il fouillait dedans, et en trouva un qui semblait l’intéresser. Il le parcourut.
- Eh meeeeeeeeeeeeeeeeerde, souffla-t-il.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Sakura, soudain inquiète.
- Tiens, regarde, dit Shaolan en lui tendant le papier de riz.
Sakura baissa la tête, honteuse, le visage triste :
- Je… je ne sais pas lire… je n’ai jamais appris…
Shaolan s’excusa, (oh, boulette !) puis lui sourit, lui assurant qu’elle apprendrait. Puis il lui expliqua ce qui l’embêtait.
- Depuis un bon moment, ma mère avait prévu de passer une soirée avec des Occidentaux qui pensaient venir au Japon. Ils viennent de si loin, ils ne savent même pas que ma mère est morte (bah à l’époque, l’avion n’existait pas ^^), je ne peux pas les renvoyer chez eux comme ça. Je me souvenais de ça, par contre je ne me rappelais pas que c’est dans une semaine !
- Où est le mal ?
- Ça va être juste question temps, je vais devoir me presser un peu. Et puis j’ai besoin d’une cavalière. Ça te dirait de venir ?
Sakura resta silencieuse, les yeux grands ouverts : elle ? Elle, la vagabonde ? L’analphabète ? La peureuse ? Elle, aller à un… un bal en l’honneur d’Occidentaux ? Il la narguait complètement, là !
Shaolan regardait Sakura en l’attente d’une réponse. Elle paraissait scandalisée.
- Tu ne veux pas ? demanda Shaolan. Tant pis, ajouta-t-il déçu. Tu n’as certainement pas envie de les rencontrer. Eh bien soit, après tout ça n’était qu’une proposition.
Sakura se figea, abandonna son expression colérique : il était donc… sérieux… ?
- Je sais, je vais demander à Miyuki ! dit-il en frappant son poing dans la paume de son autre main.
- C’est qui, Miyuki ? demanda Sakura d’une petite voix.
- Une jeune fille trèèèèès sympathique, c’est une servante chez quelqu’un que je connais. Elle est aussi très mignonne, elle a l’âge de Tomo…
- Je vais vous accompagner ! le coupa Sakura.
- Hein ? fit Shaolan en sautant de la barrière pour se mettre face à elle. Allons, ne te force pas, j’ai bien vu que tu ne voulais pas venir, c’est pas la peine…
- Ce n’est pas ça, souffla Sakura en regardant à terre. Je… J’ai cru que vous vous moquiez de moi…
- Me moquer de toi ? Pourquoi je ferais ça ?
- Ça semblait plutôt évident, non ? Une nulle, qui ne sait pas lire, juste bonne aux taches ménagères, qui vous accompagnerait à un bal occidental ? ça en ferait rire plus d’un, non ?
- Je ne vois pas pourquoi. Si je t’ai blessée, ça n’était pas mon intention.
- Je sais, mais…
Elle soupira.
- C’est moi qui suis stupide…
- Donc tu m’accompagnes ? demanda Shaolan en souriant.
- Oui…
- A la bonne heure ! Tomoyo va être aux anges maintenant quand elle saura qu’elle va te coudre une robe !
- Elle va me coudre une robe ? s’étonna Sakura.
- Bien sûr ! Une robe typiquement occidentale, je suis sûr que tu seras adorable là-dedans !
Sakura rougit jusqu’à la racine des cheveux. Etait-ce son côté coureur de jupons qui lui faisait dire ça, ou bien le pensait-il vraiment ?
Sakura remarqua alors quelque chose : Shaolan était dos au soleil. Elle se hissa sur la pointe des pieds, et mit ses mains sur la nuque du jeune homme, veillant à ne pas appuyer sur le coup de soleil. Lui chuchotant qu’il ne devait pas trop s’exposer au soleil, Sakura resta un peu comme ça. Shaolan finit par se baissa un peu pour que Sakura ne restât pas sur la pointe des pieds. Celle-ci laissa quand même ses mains sur la nuque du leader, sentir sa peau la faisait se sentir bien. Elle soupira en laissant sa tête se poser sur le torse du jeune Chinois.
Ce dernier lui posa les mains sur la taille, lui demandant si ça allait. Elle répondit par un signe de tête affirmatif, puis se décolla un peu de lui. Elle se hissa. Le bout de ses doigts tenait toujours la nuque du jeune homme tandis que les paumes soutenaient ses joues. Il avait une peau à la fois douce et rugueuse. Douce comme l’adolescent qu’il était encore, et rugueuse comme l’homme qu’il était en train de devenir. Tous deux avaient fermé les yeux, et Sakura approcha ses lèvres de celles du jeune homme. Elle les pressa doucement, se sentant partir au paradis. Puis ils approfondirent leur baiser, mêlant leur langue. Doucement, sans brusquerie. Sakura était aux anges, c’était si chaud, si bon ! Elle ne réalisa même pas que c’était la deuxième fois qu’elle l’embrassait sans explication. Elle ne savait pourquoi d’ailleurs. Etait-ce simplement l’attirance physique ? Si c’était ça, elle aurait embrassé Kazuhiko depuis bien longtemps. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle voulait les lèvres de Shaolan. Elle les voulait pour elle seule, et non pour sauver Toya et ses trouillards d’hommes – si on pouvait les appeler hommes.
Ils arrêtèrent finalement le baiser, et Sakura redescendit sur terre (dans tous les sens du terme ^_^). Posant son front contre celui de la Japonaise, Shaolan soupira :
- Ça fait déjà deux fois en deux jours, petite Sakura. Pourrais-je avoir une explication ?
- Euh… je… bredouilla Sakura, ne sachant quoi répondre.
- Tu n’as pas encore pris ta décision, c’est ça ? dit-il doucement.
- Je… je ne sais plus où j’en suis… soupira-t-elle en reposant sa tête sur la poitrine de Shaolan. Je sais que je ne donnerai pas mon corps si je n’en ai pas envie, et que je ne peux entraver ta décision de vouloir tuer mon frère, mais je ne sais pas… quelque part, on dirait que ma conscience me pousse à le faire, me disant que je ne dois pas abandonner mon frère, alors que je ne cesse de me répéter que ce n’est qu’un monstre.
Shaolan essayait d’interpréter comme il le pouvait les explications confuses de la jeune fille. Il avait cerné l’essentiel.
- Les deux baisers récents signifiaient aussi cela ? demanda-t-il.
- Pas seulement. La première fois, je voulais te remercier de m’avoir consolée, et là… je ne sais pas si on peut appeler ça une impulsion, mais… j’en avais juste très envie… sans doute la solitude, il est temps que je me trouve quelqu’un !
Quelqu’un comme toi, pensa-t-elle en fermant les yeux pour sentir encore une fois les muscles puissants sur lesquels elle se reposait.


Fin de la troisième partie

Réponses aux reviews :

Hope : Merci beaucoup ! Voici la troisième partie !
Tenshi : Je te remercie, j’espère que la suite te plaira !
Jusdepomme : merci ^^ ! Je fais des chapitres longs, en effet, comme ça le lecteur a de quoi s’occuper en attendant la suite ! Nan, je rigole, c’est juste que j’arrive jamais à m’arrêter !
Lied : Ah, THE review ! Ben, je vais commencer par te dire merci ! Savoir que j’ai une fan comme ça, ça me fait plaisir ^_^ ! J’essaye de respecter le CCS, pour au moins le caractère des perso (ouais bon, sauf Toya, mais il fallait bien un méchant ! Et puis qui sait s’il ne va pas changer ?) Pour les fautes, je vais faire plus attention mais je promets rien. J’étais crevée quand j’ai publié la partie ! Merci encore pour ta review !
Shiaru : Eh bien merci ^^ ! J’espère que la suite sera à la hauteur !
Leila : Waw, merci, je suis flattée ! J’espère que la suite sera aussi passionnante !
Nakhèlla : Merchiiiiii ! C’est vrai que ça change de faire un truc dans l’air Edo ! Voilà la suite, j’espère que tu n’as pas trop attendu !
Vanessa : Au paradis… ben dis donc ! Je ne savais pas que ma fic pouvait provoquer de tels effets ! ^^ En tout cas, ça me fait très plaisir ! Merci !
Sakunissou : Merci beaucoup, au moins tu me fais confiance ! Je vais essayer de faire de mon mieux pour la suite !
YongYuanAiNi : En gros oui, mais en fait, c’est un peu « chacun drague l’autre » ! Faut dire que l’histoire est assez ambiguë, c’est bien mon style, ça ! En tout cas, merci pour la review !
Syaosyao : Merci beaucouuuuuuuup ! C’est vraiment super gentiiiiil ! J’espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances !
Cral-killeuse : Ben, Kazuhiko, j’en parle dans le premier chapitre, Sakura a un petit faible pour lui, il fait partie de la bande de Toya. Eh bien, voilà la suite !
Loua : waw, merci ! J’essaie que ma fic soit le plus réaliste possible, c’est vrai (comme j’apprends le chinois cette année, ça aide assez !). D’ailleurs, j’ai vu que Ye voulait aussi dire nuit. Mais je pense que Orchidée Sauvage colle mieux que Orchidée de Nuit. Pour le kimono, je suis vraiment pas une experte ! Je pensais que comme le yukata était fait en coton, ça se portait plus l’été (ce que je comptais leur faire porter), et comme dans des mangas je vois des femmes en kimono à longueur de temps (ex : Suzumi dans Ayashi no Ceres), je me disais que ça se portait bien. Pour la question d’argent, n’oublie pas qu’il s’agit de la famille Li, pleine des pépettes ! Lol, merci beaucoup pour la review !
Miss Glitter : Sakura, amoureuse de Shaolan ? Ça va finir par arriver, c’est sûr ! Pour Un amour toujours présent, oui je compte le continuer quand j’aurai retrouvé l’inspiration ! Je n’aime pas abandonner ! Et oui, je ferai d’autres one shot ! J’ai déjà des idées ! ^^ En tout cas, merci beaucoup !
Sakio : Merciiiiiiiiii ! Waw, ma fic passe avant tes révisions ! Je suis flattée, là ! Je rougis ! Merci encore !
Jaina : Merci beaucoup ! J’espère que tu n’as pas trop attendu ? C’est que c’est long à taper, des fois ! J’espère que ça sera à la hauteur de ta patience !
Ethanielle ou Lyla : Merci beaucoup ! Pour les autres fics, t’en fais pas, elles vont pas s’envoler ^^ ! Ah, je suis contente que le chapitre t’ait plus ! J’essaie de créer des moment kawaii pour les fleurs bleues, j’avoue que j’aime assez ^^ !
Ally : Ah, merci beaucoup ! Ben ils sont pas vraiment ensemble, je dois avouer que mon histoire est assez ambiguë, (c’est tout moi, ça !) mais on finit par s’y retrouver !
Dragonia : Merci bien, j’espère que la suite t’a plu !
Haruka : Eh bien merci, j’espère que la suite va te plaire !
Aidya : C’est vrai, Sakura a de quoi être furieuse ! Mais faire des morts alors qu’on sait qu’on peut la leur épargner, ça fait un sacré poids sur la conscience, non ? Les laisser sans ne plus les revoir, ça peut les lui faire oublier ! Oui, Shaolan aime bien Sakura, pour sa gentillesse pour l’instant, et puis en expert en femmes, aussi pour ses formes !
Tite Diablesse : Aaaaaaaah, noooooooooon, elle a deviné ! Oui, Sakura ne va pas rester l’éternelle petite qui a besoin d’être sauvée ! Un moment, elle sauvera Shaolan, mais ça sera plus tard ! Pour l’instant, elle est dans un monde qu’elle ne connaît pas trop, et elle se sent perdue. Mais plus tard dans la fic, elle viendra effectivement en aide à Shaolan. Merci pour la review !
Juju black : Eh oui, avec moi ça va toujours doucement ! La relation Sakura/Shaolan ne va pas vite, mais faut pas brusquer les choses ! J’espère que je ne fais pas trop attendre pour publier mes chapitres !
Prongsynette : Of course, il y a une troisième partie ! Je ne sais pas combien il y en aura au total, je n’ai pas planifié ! En tout cas, merci pour la review !
Ridelliz : Yeah, merci ! J’essaie de respecter les caractères des perso, c’est parfois pas si évident ! En tout cas, merci !
Ciçouille : Merci beaucoup ! ^^ J’espère que la suite va te plaire autant !
Irislorely : Contente que ma nouvelle fic te plaise, et j’espère que la suite sera à la hauteur ! Merci beaucoup pour la review !
Represente 78 : Merci beaucoup, c’est touchant ! Mais j’espère que tu ne te couches pas aussi tard à cause de toutes les fics que tu apprécies, sinon tu passerais des nuits blanches ! ^^ En tout cas, je te remercie beaucoup pour cette review très vivante, lol !
Cendiz : Merci beaucoup ! Et Shaolan et Sakura ne se décolleront pas si facilement, lol ! Si ton site est toujours ouvert, et que tu veux mettre ma fic, pas de problème ! J’en serais très flattée ! Faudrait juste que tu me redonnes l’adresse !^^
Louvegrise : Combien de parties ? J’avoue que je n’y ai pas pensé, et j’essaye de me modérer : Vais pas en faire cinquante, quand même ! Enfin, comme les parties sont assez longues… (La 3e fait dix-sept pages !) Hélas, je ne saurais te dire de chiffre… C’est vrai que l’époque Edo m’a bien plue. Après avoir lu Inu-Yasha qui se passe à l’époque Sengoku et Appare Jipangu qui se passe à Edo, ben ça m’a contaminée ! Merci encore pour ta review !
Daffy la ouf : Et voila la troisième partie ! En espérant qu’elle sera à la hauteur de tes espoirs !


 




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