Sakura prenait le linge qu’elle venait de laver dans la rivière
et revenait au campement. Elle et toute la bande de son frère étaient
des vagabonds qui vivaient dans la forêt. Ils n’avaient que
des tentes pour abri, et cultivaient quelques légumes pour leurs
repas.
La jeune fille était vêtue d’une simple tunique (ou un
kimono s’arrêtant à mi-cuisse) sans manches, serré
à la taille par une ceinture de tissu. De ses genoux à ses
chevilles, une bande de tissu lui couvrait les tibias, de même que
de ses coudes à ses poignets. Elle était toujours pieds nus.
(un peu comme Nazuna dans le tome 5 de Inu-Yasha)
Le linge sur les bras, elle allait rentrer dans sa tente, mais détourna
un instant sa tête pour regarder Kazuhiko, de deux ans son aîné.
Celui-ci croisa son regard et lui sourit. Les joues devenues roses, Sakura
lui rendit un sourire timide avant de vraiment rentrer sous sa tente
- Eh, tout le monde ! cria Mitsuru, un de la bande qu’ils formaient.
Un carrosse ! Un putain de carrosse ! Des gens supers riches ! Ils vont
passer par notre forêt ! C’est le moment de saisir notre chance
! On va enfin se refaire !
Sakura sortit de sa tente comme tous les autres. Toya était immédiatement
accouru auprès de Mitsuru pour se renseigner.
Evidemment, ils allaient tendre une embuscade. Sakura n’avait rien
contre, car elle savait qu’ils ne s’emparaient que de l’argent
pour s’acheter à manger. Ils n’étaient que de
petits brigands, et ça, Sakura ne le condamnait pas. Les riches,
eux, pouvaient manger à leur faim. Mais les vagabonds ne pouvaient
se contenter de fruits. Ils avaient besoin de viande, de poisson et de vêtements.
- C’est comme je vous le dis ! s’exclamait Mitsuru. C’est
une famille très riche qui doit se rendre à la capitale. Des
diplomates ou quelque chose de ce genre ! Ça va être super
!
- Diplomates ? répéta Toya. Alors ce sont des étrangers
?
- J’en suis presque sûr, acquiesça Mitsuru. Des Chinois,
je crois.
- On va les accueillir comme il se doit, fit Toya avec un sourire sadique.
Dans le carrosse luxueux de la famille Li, le seul homme, Shaolan Li, suait
à grosses gouttes. Si cette satanée fièvre ne le lâchait
pas, il allait probablement mourir. Ses quatre sœurs et sa mère
l’entouraient.
- Courage mon fils, dit Yelan, la chef de clan, en lui épongeant
le front. Nous serons arrivés ce soir, tenez bon !
- Mère, bredouilla le jeune homme à peine conscient. Mère,
où êtes-vous ? Je ne vois rien.
- Je suis là, je suis avec vous, mon fils, dit Yelan en lui serrant
la main.
- Ne vous en faîtes pas mon frère, dit Falen en souriant. Dès
que nous aurons atteint la capitale, vous serez soigné et guéri
!
- Oui, tenez bon mon frère, renchérit Feimei. Vous êtes
fort, vous allez surmonter cette fièvre !
- Mes sœurs… Mère… dit le jeune homme en esquissant
un faible sourire.
Sa vue s’améliora un peu. Il arrivait à distinguer les
visages féminins qui lui souriaient.
Soudain, des cris. Le carrosse commença à bouger brutalement,
de gauche à droite, au milieu des hennissements des chevaux et du
conducteur (enfin, il hennit pas, il crie, lui ^^). Les lanières
retenant les chevaux au carrosse se coupèrent, et les animaux fuirent
au triple galop, leurs rênes toujours dans les mains du conducteur
qui ne voulait lâcher prise vu la grande valeur de ses chevaux, et
qui de toute façon, ne voulait pas exposer sa vie face aux assaillants.
Le carrosse, bougeant toujours plus brutalement, finit par se faire renverser
sur le côté.
La bande de brigands était cachée dans les arbres et buissons
et guettait le carrosse.
Enfin, celui-ci arriva. Rien qu’à le voir, on devinait le rang
social des personnes qu’il contenait.
- Prêts ? chuchota Toya à ses comparses en passant la langue
sur la lame de son poignard.
- A ton signal, répondit Yuhi sur le même ton.
Sakura était restée au campement, sur l’ordre de Toya.
Déjà habituellement, elle ne venait pas lorsqu’ils tendaient
des embuscades. Mais lorsque Toya lui avait clairement ordonné de
rester, ça lui avait mis la puce à l’oreille. Pourquoi,
cette fois-ci, avait-il tenu à ce qu’elle ne vînt pas
? Tout simplement parce que cette embuscade-là n’aurait peut-être
rien à voir avec toutes les autres. Mais rien n’était
encore sûr.
Seulement, Sakura s’était méfiée, et à
l’insu de la vingtaine d’hommes qui constituaient la bande de
son frère, elle était allée se cacher dans des fourrés
qui bordaient la route, à proximité des cachettes des hommes.
Le carrosse allait à une allure assez lente, comme s’il transportait
quelque chose de fragile (ce qui était le cas).
- Maintenant ! fit Toya.
Tous ensemble, les brigands se ruèrent sur le carrosse. Sakura resta
dans son buisson, à observer.
Ils se mirent des deux côtés du carrosse et le secouèrent
violemment, tandis que d’autres détachèrent les chevaux,
qui s’enfuirent, le conducteur agrippé à leurs rênes.
En poussant de grands cris, ils continuèrent de secouer le carrosse,
de plus en plus brutalement, jusqu’à le renverser. Etrangement,
aucun cri, aucune voix ne s’en éleva. Ce ne fut que lorsqu’il
fut renversé que les brigands purent voir les personnes à
l’intérieur. Des femmes. Et courageuses, à en voir l’expression
de leur visage. Elles sortirent, ainsi qu’un jeune homme.
Le silence s’installa alors. L’homme semblait avoir beaucoup
de fièvre, à en juger par ses joues rouges, son mal à
respirer et la sueur qui coulait sur son visage. Il ne pouvait pas bouger.
Il avait déjà eu suffisamment de mal à se hisser hors
du carrosse. A présent, il gisait contre ce dernier, essoufflé.
Les femmes, elles, regardaient les brigands avec un air de défi.
- Allez, votre argent, lança Shinosuké, et il ne vous sera
fait aucun mal.
Sakura se sentit rassurée : elle avait eu peur qu’ils ne fissent
vraiment du mal quand elle les avait vus renverser le carrosse avec autant
de violence.
- De toute façon, ce sont des Chinois ; il n’y a pas de place
pour eux au japon, dit Toya.
- Ne nous approchez pas, bandit, où il vous en coûtera ! s’exclama
la plus âgée, Yelan Li.
- Mère ! Inutile d’essayer de discuter avec ces gens, dit Futie.
Toya eut un rire ironique et méprisant.
- Quelle ironie pour des diplomates de refuser de dialoguer. Allons, mesdames,
inutile de jouer les héroïnes ! Le seul homme qui vous viendrait
en aide se trouve à la limite de l’évanouissement (voire
de la mort) ; arrêtez donc votre petit jeu et donnez-nous votre richesse
sans sourciller.
- Puisque de toute façon vous avez l’intention de nous tuer
à cause de nos origines, je ne vois pas pourquoi nous vous donnerions
nos richesses ! dit Mme Li
- Quelle perspicacité, dit Toya. Cependant, vous ne serez pas toute
tuées…
Toya saisit une des quatre jeunes filles et la colla à lui. Il lui
lécha la joue en regardant la mère d’un air provocateur.
- Cette jeune fille si jolie pourrait bien rester avec nous… il y
a si peu de femmes parmi nous…
- Lâchez-moi, monstre ! hurla la jeune Chinoise en se débattant.
Sakura et la famille Li écarquillèrent les yeux lorsque Toya
enfonça son poignard dans le ventre de la jeune fille avec un sourire
sadique. Du sang sortit de la bouche de la plus jeune des Li, les yeux encore
grands ouverts de surprise.
- FUUUTIEEEEEEEEEEEE ! ! ! ! ! ! ! ! ! hurla Yelan en même temps que
ses enfants.
Toya laissa tomber le corps de la petite Futie par terre sans s’en
soucier davantage. Il s’avança vers les autres Chinoises avec
un sourire narquois.
- A qui le tour ? demanda-t-il.
Kazuhiko en saisit une par le bras.
- Pourquoi pas elle ?
- Adjugé, dit Toya.
Mais avant qu’il n’ait pu anticiper quoi que ce soit, l’aînée
Shefa avait dégainé le couteau de Kazuhiko. Mais ce dernier
lui attrapa les mains et Toya l’égorgea avec son poignard.
La bande continua de massacrer les membres féminins de la famille
Li.
Shaolan aurait fait n’importe quoi pour les sauver, si seulement son
corps avait été capable de bouger ! Sa mère était
morte dans ses bras ; Mitsuru, Kazuhiko et Toya l’avait tuée
sous son nez puis laissée tomber dans ses bras. C’était
dans ceux-ci qu’elle avait fait son dernier sourire à son fils
et qu’elle avait poussé son dernier soupir.
Enfin, Toya s’était approché de Shaolan et l’avait
agrippé par les cheveux pour lui faire lever la tête et pour
que celle-ci reste droite, il avait appuyé son poing sur le front.
- Oh, mais c’est qu’il est brûlant, le pauvre petit, dit-il
avec un sourire sadique. C’est bête, on aurait pu jouer un peu…
Shaolan essayait de distinguer le visage de son agresseur à travers
la brume que sa fièvre lui inspirait. Lorsqu’il y parvint,
il ne dit que trois mots :
- Je vous tuerai.
- Nous tuer ? Toi ? s’esclaffa Kazuhiko. Arrête un peu. Si on
ne te tue pas, c’est ta fièvre qui t’emportera !
Toya lâcha le jeune homme qui retomba à terre. Dans le sang
de sa mère et de ses sœurs, il releva la tête en regardant
ses agresseurs lui tourner le dos.
- J’en fais le serment, je vous tuerai tous ! Pas un n’en réchappera
! Je vous retrouverai et je vous tuerai un à un ! Tu auras droit
à une mort superbe, Toya !
Ce dernier s’arrêta et se retourna.
- Tu m’as l’air d’avoir un bon sens de l’observation,
mon gars, ainsi que du courage… mais ça ne te servira à
rien. Venez, les gars, allons-y.
Après avoir pris les bijoux et autres objets de valeur, ils s’en
allèrent en direction de la forêt.
Resté là, impuissant, débordant de rage et de haine,
Shaolan dit comme si la bande de malfrats se trouvait encore devant lui
:
- Vous allez regretter de ne pas m’avoir tué. Vous allez mourir,
j’en fais le serment, et je vous tuerai tous. Pas un n’en réchappera.
Vous allez regretter de vous en être pris à nous.
Sakura courait en direction du campement. Elle était encore sous
le choc de ce qu’elle venait de voir. Pourquoi ? Pourquoi Toya les
avait-elles tuées ?
Elle était restée pétrifiée, du début
à la fin. Pourquoi Toya s’était-il montré si
cruel ? il n’avait qu’à prendre quelques richesses, sans
les toucher !
Arrivée au campement, elle alla directement sous sa tente, tant que
les hommes ne seraient pas rentrés, du moins ! Elle était
déterminée à enguirlander son frère.
Elle repensa alors à celui pour qui elle avait un faible. Kazuhiko…
lui aussi avait tué ces femmes avec ce sourire sadique, cette expression
horrible…
Plus elle se disait que Toya n’échapperait pas à son
courroux, plus sa gorge se bloquait tandis qu’elle revoyait ces jeunes
filles recouvertes de sang, tuées sans en avoir vraiment connu la
raison.
Enfin, les hommes revenaient du campement.
Sakura sortit immédiatement de sa tente et alla à la rencontre
de son frère.
Ce dernier avait confié le butin à Yuhi qui était parti
le cacher. En voyant l’air pâle et la mine déconfite
de sa petite sœur, Toya comprit qu’elle avait tout vu, qu’elle
était au courant de tout.
- Alors tu as tout vu, hein ? dit-il à Sakura.
- Pourquoi ? Pourquoi as-tu fait ça ? dit-elle.
Elle constata que sa voix tremblait : ça l’avait vraiment choquée.
- T’occupe pas de ça, tu comprendrais rien.
- Comment oses-tu ? s’insurgea la jeune fille, frémissante
de colère. Tu… tu as tué des gens qui ne t’avaient
rien fait !
Kazuhiko arriva sur ces entrefaites.
- Ah, donc t’étais là aussi, Sakura… dit-il.
Le regard flamboyant de la jeune fille augmenta. Lui ! Ce… ce…
!
- Toya, dit Kazuhiko. Je pense que tu as eu tort de ne pas tuer le Chinois.
Ça ne me dit rien qui vaille de l’avoir laissé en vie…
- Allons, qu’est-ce que tu dis ? Il était à moitié
conscient ! Qu’est-ce que tu veux qu’il nous fasse ?
- A moitié conscient, il a pu savoir ton nom ! Quelqu’un avec
un tel sens de l’observation est sûrement très dangereux.
En effet, le nom de Toya était écrit en tout petit sur la
peau de sa nuque. C’était cela qui avait marqué les
hommes de la bande lorsque le jeune Chinois avait directement appelé
le chef de bande par son prénom.
- Bah ! Tu es trop parano, mon vieux ! Il a un bon sens de l’observation,
mais il est presque mort. Il ne peut même pas bouger, il crèvera
sûrement pendant la nuit !
- Mmh, sans doute, fit Kazuhiko, sceptique.
Toya regarda Kazuhiko et fit un signe de tête sec sur le côté,
lui indiquant qu’il devait laisser le frère et la sœur.
Kazuhiko prit donc congés.
- De toute façon, tu l’aurais appris tôt ou tard, commença
Toya. Et puis t’es grande maintenant, tu vas pouvoir nous aider.
- Assassin !
- Allons Sakura, n’en fais pas tout un fromage ! C’étaient
des Chinois ! Des étrangers !
- Et c’est une raison pour les tuer ?
- Bordel, c’étaient des Chinois !
- Et alors ? Parce qu’elles étaient Chinoises, elles n’avaient
pas le droit de vivre ?
- Pas sur nos terres en tout cas !
- Est-ce que tu t’entends seulement ? Tu n’es qu’un monstre
assassin ! cria Sakura.
Furieuse contre tous, Sakura alla se réfugier sous tente. Elle se
laissa tomber sur les couvertures, et se mit à réfléchir,
à penser à eux tous.
Son frère, qui avait veillé sur elle depuis qu’elle
était toute petite, tuait pour des raisons racistes et faisait preuve
d’un sadisme hallucinant.
En parlant de sadisme, Toya n’était pas le dernier, mais il
avait de sérieux concurrents. Pour Kazuhiko, elle ne savait plus
quoi penser. Depuis un bon moment, elle se sentait attirée par ce
jeune homme. Pourtant, elle venait de le voir assassiner des femmes avec
une telle assurance, avec une telle barbarie ! Elle se demandait s’il
s’agissait de la même personne. Elle n’arrivait pas à
pardonner cette mort, à aucun des hommes, pourtant c’était
avec Kazuhiko que son cœur se montrait le plus indulgent. Elle ne savait
plus où elle en était. L’homme qu’elle aimait
commettait des meurtres abominables.
Elle ne cessait de réfléchir et ce ne fut qu’une bonne
heure plus tard qu’elle ressortit enfin de la tente. Là, elle
vit Toya assez énervé contre ses hommes. La nuit tombait doucement,
et le feu crépitait à la même allure.
- Arrêtez avec ce gosse ! A l’heure qu’il est, il doit
déjà être mort ! Vous n’êtes vraiment qu’une
bande de mauviettes, vous me faîtes honte et surtout pitié
! disait Toya.
- Peut-être, mais moi je reste persuadé que l’avoir laissé
en vie va nous attirer tôt ou tard des ennuis, dit bravement Mitsuru.
- Très bien, bande de femmelettes ! Venez avec moi, on va l’achever
s’il n’est pas déjà mort, proposa Toya, irrité
par ce comportement de trouillard.
Personne n’y vit d’objection. Ils furent au contraire rassurés
par la proposition de leur chef.
- Tu veux venir aussi, frangine ? demanda Toya avec un sourire ironique.
- Et comment, répondit la jeune fille avec un regard noir à
l’intention de son aîné.
Arrivés à l’endroit de l’embuscade, Sakura ne
put réprimer un frisson en voyant le carrosse renversé et
les cadavres qui commençaient à attirer les animaux carnivores
de la forêt. Kazuhiko s’approcha d’elle et entoura ses
épaules de ses bras, mais la jeune fille fit un mouvement brusque
pour qu’il ne s’approchât pas d’elle.
- Toya, viens voir par ici.
Yuhi, une torche à la main, se tenait à l’endroit où
la bande avait laissé le jeune homme et sa fièvre. Tous s’approchèrent
pour voir le corps du jeune Chinois. Mais il n’y avait rien. Pas de
corps. Juste celui de Yelan Li que les brigands avait laissée sur
Shaolan. Mais il n’y avait pas de jeune homme.
- Il est peut-être dans le carrosse, hasarda Sensuké.
Yuhi approcha sa torche pour éclairer l’intérieur du
véhicule.
- Il n’y a personne.
Revenant vers les autres, Yuhi s’arrêta net en regardant par
terre. Les autres suivirent son regard ; de là où était
le jeune Chinois auparavant jusque dans les fourrés, on pouvait voir
une grande traînée de sang et de terre, qui signifiait que
le jeune malade avait rampé jusqu’à l’extérieur
de la forêt.
Tous, sauf Toya qui se mit à sourire, eurent une pensée d’horreur.
- Tu te souviens de ce qu’ « il » a dit ? murmura Daisuké.
« Je vous tuerai » ! Bon sang, il va avoir notre peau !
- Très intéressant, dit Toya qui ne les avait pas écoutés.
En coupant par le bois, on arrive plus vite à la capitale. Il doit
déjà avoir trouvé un refuge… Vraiment très
intéressant. Il veut nous tuer ? Eh bien je le mets au défi
d’y arriver ! Allez, on rentre.
Il se retourna pour aller au campement mais s’arrêta.
- Daisuké ! Sensuké ! Vous, allez chercher des informations
sur ce Chinois.
Puis Toya reprit sa route pour le campement suivi du reste de ses hommes
et de sa sœur.
Aucun ne dormit tranquille cette nuit-là. Tous repensaient aux paroles
du jeune homme, baignant dans le sang de sa famille, répétant
cette phrase, les fixant de son regard empli de haine. « Je vous tuerai.
Pas un n’en réchappera. Je vous tuerai un à un. »
Plus d’un se réveilla pendant la nuit, apeuré à
l’idée d’être traqué puis tué. Le
réveil fut très dur pour la plupart de la troupe. Heureusement,
Daisuké et Sensuké revinrent tôt.
- Alors ? demanda Toya.
- Il s’appelle Shaolan Li.
- Li ? répéta Toya. Ce nom court beaucoup en ce moment. Les
diplomates Li…
- Il a dix-neuf ans, parle aussi bien Chinois que Japonais – on a
pu l’entendre – il maîtrise aussi l’Anglais. Ah
! Et de source sûre, c’est un coureur de jupons !
- Quoi ? fit Toya incrédule. Voilà une chose des plus intéressantes.
Précise un peu.
- Quand la famille Li va régler des affaires avec des grandes familles,
il va directement flirter avec la fille (quand il y a en une) sinon avec
des jeunes et jolies domestiques.
- Attends, ça colle pas ton truc, objecta Mitsuru. S’il drague
les filles, ça sert à quoi que sa mère se crève
le cul à aller faire la diplomate ? Il fout tout par terre !
- A mon avis, il doit les baratiner, remarqua Sensuké. De toute façon,
ajouta-t-il avec un petit sourire, elles avaient de quoi succomber…
Un petit silence s’installa. Tous se doutaient déjà
de l’homosexualité de Sensuké et ce dernier venait de
confirmer.
- Toya, tu ne dis rien ? dit Daisuké.
- Je crois que je viens d’avoir une bonne idée, dit lentement
le concerné.
Il tourna son regard vers Sakura.
- Quoi ? demanda-t-elle brutalement.
- Tu vas aller à Edo bien sûr, faire sa connaissance…
- Quoi ? Tu m’y envoies comme une prostituée ?
- Bien sûr. C’est pour notre salut à tous.
Dévisageant sa sœur, de haut en bas, voyant ses formes de jeune
femme, il ajouta :
- Il ne te résistera pas…
- Tu sembles oublier quelque chose, dit-elle frémissante de colère
et d’indignation.
- Ah oui ?
- S’il a un si bon sens de l’observation, il sait qui je suis.
S’il a pu savoir ton nom, il a pu me voir quand j’étais
cachée dans les buissons. Il sait que je vous connais. Moi aussi
il voudra me tuer.
- Non, pas avec ta frimousse… Tu vas y aller. Tu vas l’avoir.
Oui, il fera n’importe quoi pour t’avoir. En plus, tu vivras
dans la richesse. Pourquoi refuser ? C’est plutôt avantageux
pour toi, non ?
Sans voix, Sakura le regarda. Puis son regard se posa sur Kazuhiko. Lui,
il allait dire quelque chose ! Il allait sûrement s’y opposer
! Bien sûr qu’il allait s’y opposer !
Mais aucun signe de négation de la part du jeune homme. Sakura resta
bouche bée. Lui qui semblait toujours gentil, qui avait toujours
eu l’air de la protéger, même de loin, la laissait aller
vers un autre, telle une prostituée ! Non, il jouait sûrement
la comédie, ça devait être ça. Bien sûr
que ça devait être ça. Il faisait semblant d’être
d’accord avec Toya puis l’aiderait à s’enfuir.
L’imagination de la jeune fille s’arrêta lorsqu’elle
regarda dans les yeux de Kazuhiko. Pas un signe d’opposition à
la proposition de Toya. S’il avait voulu jouer la comédie il
aurait au moins fait un petit signe à la jeune fille, mais rien.
Il était parfaitement d’accord avec la proposition de son chef.
- Vous… vous… fit Sakura, estomaquée.
- Tu sais où il réside ? demanda Toya à Daisuké,
ignorant soudainement sa sœur.
- Une grande résidence leur a été offerte à
Edo, répondit celui qui était interrogé.
- Tu sais où c’est, je suppose.
- Evidemment. On ne peut pas la louper, elle est un peu en dehors de la
ville. A cause des écuries et du logement des domestiques, ça
prendrait trop de place dans la capitale.
- Parfait, dit Toya avec un grand sourire.
Shaolan ouvrait faiblement les yeux. Il distinguait une sorte de fond continu.
Il fallut attendre que sa vue se stabilisât pour qu’il se rendît
compte qu’il s’agissait d’un plafond.
Il avait mal à la gorge, au nez, à la tête. Une douleur
différente vint lui transpercer le cœur lorsqu’il se risqua
à repenser à ce qui s’était passé dans
cette forêt. Des brigands… sa famille… un massacre…
et lui qui n’avait rien fait… juste resté contre le carrosse…
Son visage laissa place à une grimace tandis que des larmes coulèrent
de ses yeux, roulant sur les côtés puis s’écrasant
sur le matelas. Serrant les poings, il maudissait tout et tout le monde
tandis qu’il tentait de faire le moins de bruit possible avec ses
sanglots. Il maudissait le Japon, ce pays qui lui arrachait sa famille.
Il maudissait ces brigands, il maudissait sa fièvre, et il se maudissait
lui, de n’avoir pu sauver ses sœurs et sa mère.
- Maître ? demanda-t-on derrière le shôji (l’espèce
de cloison coulissante). Vous êtes revenu à vous ? Puis-je
entrer ?
Shaolan renifla pour arrêter ses pleurs, ce qu’il eut beaucoup
de peine à faire. Heureusement, il reconnaissait cette voix. Le domestique
en qui il avait le plus confiance.
- Tu peux entrer Tomoyo, répondit-il le visage encore baigné
de larmes.
Ce ne furent que 4h plus tard que Shaolan put se lever. Il devait recevoir
la visite du commissaire de police. Ses domestiques lui avaient tous déconseillé
de se lever étant donné qu’il venait de traverser une
rude épreuve, et qu’il avait encore de la fièvre.
Shaolan attendait le commissaire en buvant une boisson spéciale que
lui avaient préparée ses domestiques (remède miracle,
avaient-ils dit). Il repensait à tout ce qui venait de se passer.
Il venait de dire à ce Toya qu’il le tuerait. Puis dans les
buissons il avait aperçu une jeune fille. Vu ses vêtements,
elle devait faire partie de la bande. De plus, elle avait un air de famille
avec cet assassin. Elle devait sans doute être sa sœur. Lorsqu’elle
avait vu les hommes commencer à partir, elle avait détalé
à toute vitesse.
Shaolan était seul au milieu des débris du carrosse et des
cadavres des membres de sa famille (il n’avait toujours pas bougé).
Le cadavre de Yelan Li était encore dans ses bras. « Mère
», avait-il appelé en sanglotant comme si elle eut été
capable de l’entendre. « Mère… Shefa… Futie…
Falen… Feimei… répondez, je vous en supplie… »
continuait-il en sanglotant. Naturellement, aucune réponse ne parvint.
Retrouvant un peu de forces pour bouger, il serra contre lui le corps encore
chaud de sa défunte mère, ne pouvant cesser de pleurer.
Enfin, il dut se résigner à laisser les corps de ses sœurs
et de sa mère, ne pouvant les transporter jusqu’à Edo.
Il essaya de se lever, mais retomba brutalement sur une des roues du carrosse.
Il se mit alors à ramper en direction des fourrés, laissant
une traînée de sang sur son passage, sachant qu’il lui
suffisait de traverser plutôt que de prendre la route, s’il
voulait arriver plus rapidement à Edo.
Quelques uns des domestiques de la famille Li qui étaient venus faire
leur marché reconnurent leur maître qui rampait misérablement
dans une des rues.
- Maître ! Par tous les saints, que s’est-il passé ?
Où sont votre mère et vos sœurs ? Et le carrosse ? s’écria
l’un d’eux en se précipitant vers Shaolan.
- Brigands… attaqués… r… rien pu faire, balbutiait
le jeune homme tandis que se visage s’emplissait à nouveau
de sueur et de larmes. M… mortes… je… je les… venger…
ai…
Le jeune Chinois s’effondra dans les bras de son domestique, épuisé.
Shaolan entendit des bruits de pas. Le commissaire avait dû arriver.
C’était l’instant où il fallait relever la tête
et se montrer fort… et revivre ce cauchemar une fois de plus. Il avait
les paupières lourdes ; il savait qu’il avait une mine affreuse.
Comment pouvait-il en être autrement lorsqu’on venait de perdre
cinq personnes ? Lorsqu’on venait de perdre toute sa famille ? Lorsqu’on
venait de tout perdre…
Le commissaire entra, s’inclinant respectueusement devant le dernier
des Li. Celui-ci le salua à son tour. Toujours à genoux, le
commissaire de 40 ans alla se placer en face du jeune homme. Un rapide coup
d’œil lui inspira immédiatement de la pitié. Dans
sa chemise et son pantalon chinois, le nouveau leader du clan massacré
était aussi pâle que de la porcelaine. Sous ses yeux noisette
qui s’étaient ternis, se distinguaient de grands cernes. Ce
jeune homme de dix-neuf ans (le commissaire en savait un minimum sur les
Li) en paraissait dix de plus.
Le jeune Chinois mentit un peu dans son témoignage. Trouvant le prétexte
de la fièvre judicieux, il décida de l’utiliser. Il
dit que le carrosse avait été attaqué par des brigands
(ce qui jusque-là était juste) mais qu’en raison de
sa fièvre, il n’avait pu discerner leur visage. Un instant,
il avait hésité à inventer qu’il s’était
évanoui pour éviter de devoir décrire l’assassinat
de Yelan Li et ses filles ; il avait finalement opté pour cette solution.
Il dit que lorsqu’il s’était réveillé,
il avait trouvé sa famille morte. Il avait ensuite rampé jusqu’à
la capitale, où il était tombé sur un de ses domestiques
avant de s’évanouir de nouveau.
Le commissaire avait noté scrupuleusement le témoignage du
survivant. Il lui demanda s’il avait pu discerner un peu le visage
de ses agresseurs. Shaolan avait dit « non » par prudence. Puis
après avoir présenté une dernière fois ses condoléances,
le commissaire prit congés.
Shaolan soupira une fois que le commissaire fut sorti de la pièce.
Il avait réussi à mentir. S’il avait dit la vérité,
la police aurait retrouvé les coupables et ceux-ci auraient été
condamnés, ce que Shaolan voulait éviter à tout prix.
C’était sa vengeance. Ce serait lui qui tuerait Toya et toute
sa bande, et personne d’autre.
Il tourna alors son regard vers le shôji pour l’instant fermé.
Il put esquisser un faible sourire en devinant la présence de ses
domestiques, qui comme à leur habitude, n’avaient pu s’empêcher
d’écouter ce qui se disait. Il savait que maintenant, ils avaient
compris son intention, et qu’il irait jusqu’au bout pour venger
les siens.
Le cheval allait au pas. Assise devant Kazuhiko, Sakura ne disait pas un
mot. Toya avait maintenu sa décision d’envoyer sa petite sœur
gagner le cœur (ou au moins le corps –et la pitié) du
dernier des Li. Kazuhiko emmenait donc Sakura à Edo, sur les ordres
de son chef. Aucun ne parla durant tout le voyage. Leur monture allait lentement.
Le trajet semblait durer une éternité.
Sakura pensait s’échapper à la première occasion,
mais se doutait que son frère l’avait prévu.
En arrivant sur le haut d’une colline, ils purent voir l’immense
domaine de la famille Li. Ou plutôt du dernier des Li. Les écuries
étaient immenses, et devaient comporter une ou deux centaines de
chevaux. Il y avait aussi les bâtiments qui abritaient les domestiques,
qui étaient aussi très nombreux. Puis la demeure. Elle était
très grande, ce qui n’avait rien d’étonnant vu
la richesse qui était possédée.
Kazuhiko scruta scrupuleusement toute l’étendue du domaine.
Puis comme s’il avait aperçu ce qu’il voulait voir, il
commença à faire galoper son cheval en direction de la luxueuse
demeure. Intérieurement, Sakura se demandait comment il allait veiller
à ce qu’elle ne s’échappe et surtout, comment
il allait s’y prendre pour ne pas se faire tuer.
Shaolan sortait enfin de la demeure. Sa fièvre était tombée,
mais il était encore sujet à des maux de tête qui l’obligeaient
à se reposer.
Il allait voir Petit Cœur (Xiaoxin en Chinois, qu’on pourrait
dire Shaoshin en Japonais mais je ne suis pas sûre), le cheval de
sa défunte sœur Futie.
Futie et Shaolan étaient les plus grands cavaliers de la famille
Li. C’étaient eux qui avaient commencé à faire
de l’élevage. Ils arrivaient à dompter de grands étalons,
et allaient souvent faire des galopades en dehors de la ville.
Shaolan s’approcha de Petit Cœur. Le cheval blanc n’était
pas sorti depuis plusieurs jours, et cela le rendait malade (nerveux, quoi).
Il tapait contre la porte en bois et s’excitait dans son boxe. Shaolan
s’approcha et Petit Cœur, le reconnaissant, se calma et approcha
sa tête. Shaolan la prit et la caressa. Il regarda l’animal
de ses yeux tristes :
- Tu cherches Futie, n’est-ce pas ? chuchota-t-il.
Mettant sa joue contre l’avant de la tête de l’animal,
il soupira.
- Tu sais, Futie ne reviendra pas, continua-t-il. Elle ne reviendra plus
jamais. Elle n’est plus là…
Comme s’il s’était parlé à lui-même
et se sentant submergé par le chagrin, Shaolan laissait couler ses
larmes en répétant au cheval que Futie n’était
plus là, et qu’elle ne reviendrait plus.
Le jeune homme sentit une main se poser sur son épaule. Il n’eut
pas besoin de se retourner pour savoir qu’elle appartenait à
Tomoyo. Celle-ci vint alors se mettre dans les bras de son maître
pour lui montrer qu’il n’était pas seul. (Pour celles
qui commenceraient à se faire des idées, je les rassure en
disant qu’il n’y a rien entre Tomoyo et Shaolan. Vous comprendrez
leur complicité plus tard dans la fic)
Un bruit de galop se fit entendre. Tomoyo et Shaolan se séparèrent,
et tous les domestiques tournèrent la tête pour voir ce qui
se passait.
Un jeune homme et une adolescente étaient sur un cheval qui galopait
dans leur direction.
Sakura paniquait : Kazuhiko était-il suicidaire ou bien Toya l’envoyait-il
comme kamikaze ? Ils allaient droit vers celui qui avait juré leur
perte !
Kazuhiko arrêta sa monture devant Shaolan avec un sourire triomphant.
Ce dernier écarquilla les yeux en les reconnaissant.
- Toi ! hurla-t-il en regardant Kazuhiko de son regard le plus meurtrier.
Le concerné empoigna alors Sakura, et la jeta sur Shaolan («
- Wooooooooooooéééééééééééééééééééé
! ! ! ! ! ! » ) avant de repartir au triple galop.
Shaolan, par pur réflexe, rattrapa la jeune fille mais tomba en arrière,
Sakura dans ses bras. Cette dernière tremblait comme une feuille.
C’était ça, le plan de Toya pour être sûr
qu’elle ne s’échappât pas ? C’était
plutôt réussi.
Tous les domestiques se ruèrent sur leur maître pour l’aider
à se relever et se demandaient aussi pourquoi cet homme (qui était
un des brigands dont avait parlé Shaolan, ils l’avaient compris
au regard meurtrier du jeune homme) avait jeté cette jeune fille.
Elle n’avait pourtant pas l’air d’une criminelle.
Toujours sur le jeune et terrorisée comme ça n’était
pas permis, la tête baissé et rentrée dans les épaules,
Sakura était agrippée à la chemise de la personne sur
laquelle elle était. Mais cette dernière la prit par les épaules
et la força à s’écarter.
Elle se releva, chancelante, en même temps que le jeune homme sur
qui elle avait été jetée. Une jeune fille qui semblait
avoir leur âge la prit par les épaules d’un geste maternel.
Elle avait de longs cheveux noirs et ondulés, une peau pâle,
des yeux mauves, et un air de la plus grande douceur.
- Tu n’as rien ? demanda-t-elle avec un sourire.
- Euh… non, ça va… merci, balbutia Sakura, qui ne savait
où se mettre.
Tous les domestiques regardaient avec appréhension Shaolan. Il arborait
un regard vraiment noir.
En fait, tout tournait dans la tête du jeune Chinois : cette fille
n’avait pas tué Yelan Li et ses filles, mais elle faisait tout
de même partie de la bande d’assassins. Et cet homme ne l’aurait
jamais balancée ici sans raison. Ils avaient dû lui confier
une mission. Le tuer pendant son sommeil, peut-être ? Quelque part,
Shaolan était satisfait : ils avaient donc peur de lui. C’était
parfait. Qu’ils crèvent de trouille, c’est connards !
(je ne suis pas sûre que ce terme existait à l’époque
^^’) Ayant jeté un dernier coup d’œil à la
jeune fille qui se trouvait devant lui, il se demanda si ce Toya ne se foutait
pas de sa gueule. Cette gamine, qui tremblait de la tête aux pieds,
était sensée être un avertissement, ou quelqu’un
chargé de le tuer ? Il se moquait de lui ! Mais Shaolan savait qu’il
ne fallait pas se fier aux apparences. Le mieux était de se débarrasser
de cette fille. Fille mignonne, d’ailleurs. Bref ! Il allait s’en
débarrasser sans la tuer.
- Va-t-en, dit-il à la jeune fille. Ne remets pas les pieds dans
mon domaine.
Et le chef du clan Li tourna les talons, repartant vers les écuries.
Sakura et les domestiques restèrent bêtes un instant à
regarder le jeune homme s’éloigner. Se sentant comme une lépreuse,
Sakura baissa la tête. La jeune fille aux cheveux noirs la tenait
toujours par les épaules.
- Viens avec moi, lui dit-elle avec cette gentillesse qu’elle inspirait
tant.
Sakura sans savoir pourquoi, la suivit. La jeune femme la mena dans le bâtiment
des domestiques. Elle la fit s’asseoir sur un lit. Lui disant de l’attendre,
elle revint une minute après avec un bon repas.
- Tiens, mange, lui dit-elle.
Sakura leva des yeux interrogateurs.
- Tu as la tête de quelqu’un qui n’a ni dormi ni mangé
depuis plusieurs jours, sourit Tomoyo. Tout comme Shaolan.
Sakura resta muette et prit une boulette de riz. Elle était complètement
perdue. Elle n’avait aucun endroit où aller. Si elle retournait
dans la forêt, Toya se mettrait dans une colère noire ; et
de toute façon, vu la manière dont ils l’avaient envoyée
ici, ils ne la reverraient pas de sitôt.
Timidement, elle croqua dans sa boulette de riz. La fille aux cheveux noirs
la regardait avec un grand sourire.
- Je m’appelle Tomoyo, lui dit-elle. Enchantée.
Sakura inclina la tête pour la saluer.
- Et toi ? Quel est ton nom ?
- … Sakura… lâcha doucement la jeune fille.
- Et quel âge as-tu ?
- Seize ans.
- Moi j’en ai dix-sept.
Sakura ne put s’empêcher de sourire. Cette fille lui inspirait
confiance, elle ne savait pourquoi.
- Pourquoi te présentes-tu à moi ? lui demanda-t-elle. Vu
la réaction de ton maître, je ne suis pas quelqu’un de
fréquentable.
- Je sais que tu n’es en rien responsable de la mort de mes maîtresses,
dit Tomoyo. Je l’ai bien compris.
- Woé ?
- Shaolan m’a raconté toute l’histoire. Il n’a
jamais mentionné de jeune fille, sauf à la fin de son récit,
disant qu’elle était dans les buissons, et que vu son visage,
elle n’avait pu concevoir les meurtres.
Sakura ouvrit grand les yeux : même en assistant au spectacle de la
mort de sa famille, il avait pu constater tout ça ? Eh bé,
ce Shaolan était vraiment quelqu’un (de bizarre !). Elle se
dit que Toya avait raison de le craindre, ne serait-ce qu’un peu.
- Il a aussi constaté un air de famille entre ce Toya et toi, reprit
Tomoyo. Vous êtes frère et sœur, n’est-ce pas ?
Pas possible, ce n’étaient pas des diplomates, c’étaient
des médiums, ces gens !
- Woé ! Mais… mais comment… ?
- Il est juste trop jeune pour être ton père ! dit Tomoyo avec
un grand sourire.
Sakura manqua de tomber à la renverse. Cette Tomoyo était
assez… originale !
- C’est assez étrange de confier quelque chose de cette ampleur
à ses domestiques, dit Sakura, méfiante.
Tomoyo sourit.
- C’est vrai. Mais il y a deux raisons à cela : nous sommes
tous dévoués à la famille Li, dit-elle en mettant une
main sur son cœur. Ce sont des gens d’une grande gentillesse,
ils sont adorables. Jamais nous ne les trahirions. Ils savent qu’ils
peuvent nous faire confiance, que nous ne les décevrons jamais. Et
la seconde raison, c’est que je suis une amie des enfants Li. Malgré
la différence de nos rangs sociaux, nous avons passé toute
notre jeunesse ensemble. Shaolan me répétait souvent que j’étais
sa cinquième sœur. Venant de lui, c’était un compliment
on ne peut plus chaleureux.
Tomoyo s’arrêta et regarda Sakura d’un air doux.
- Toi par contre, ta vie n’a pas l’air d’être rose.
Sakura resta silencieuse un instant puis se surprit à raconter sa
vie à cette Tomoyo.
Ses parents étaient morts lorsqu’elle avait trois ans, lors
d’un incendie. C’était son grand frère Toya qui
l’avait sauvée des flammes. Ils s’étaient réfugiés
dans la forêt, où ils avaient commencé à grandir,
et à monter une petite bande. Toya l’avait toujours protégée.
Il jouait au « méchant » grand frère qui enquiquinait
toujours sa sœur, mais Sakura avait compris que derrière ce
rôle, il ne faisait que la protéger.
Puis l’arrivée de Kazuhiko. Le faible qu’elle avait pour
lui. « - Celui qui t’as amenée ici ? » avait demandé
Tomoyo, qui ayant eu confirmation de Sakura, fit une moue sceptique, laissant
voir qu’elle ne trouvait pas très romantique de jeter sa dulcinée
sur celui qui avait juré leur perte. Sakura se remémorait
les nombreux petits coups d’œil échangés, et les
fois où Toya se montrait menaçant vis-à-vis de Kazuhiko
lorsque ce dernier approchait un peu trop la jeune fille.
Oui, elle devait beaucoup à Toya.
- Je vois, dit Tomoyo. En effet, c’est pas toujours rose. Mais maintenant
que j’y pense, tu ne peux plus rentrer parmi les tiens ? Tu n’as
donc nulle part où aller ! ? Grands dieux, tu vas rester ici !
Sakura, qui n’avait pu en placer une, la regardait avec des yeux ronds.
La décision de Tomoyo étant incontestable et celle-ci ayant
du travail, Sakura sortit. Elle voulait parler à ce Shaolan, qui,
elle l’espérait, comprendrait la situation. Lorsqu’elle
repensa à Toya. Son grand frère. Qui lui avait toujours rendu
service. Qui l’avait toujours protégée. Qui avait toujours
veillé sur elle… Ne pouvait-elle pas, à son tour, essayer
de l’aider ? Ne serait-ce que pour cette fois ? Il lui avait tant
donné…
Oui, elle allait faire honneur à son frère, en raison de tout
ce qu’il avait fait pour elle.
En marchant vers les écuries, elle l’aperçut. Shaolan
montait le cheval blanc de tout à l’heure. Il était
sur une des collines et galopait à toute allure, faisait des brusques
demi-tours, sautait parfois de hautes souches d’arbre. Apparemment,
ce cheval n’était pas sorti depuis longtemps.
Le jeune homme ramena son cheval une bonne demi-heure après. Il trouva
la jeune Japonaise dans les écuries.
- Que fais-tu encore ici ? gronda-t-il en fronçant les sourcils,
presque en hurlant.
D’abord déstabilisée par l’attitude du Chinois,
elle dit ensuite timidement :
- Je… je voulais vous remercier… de… de me laisser en
vie… je sais que… c’est dur pour vous… Et même
si ça ne changera rien, je tiens à m’excuser pour l’attitude
de mon frère.
Elle baissa les yeux, ne sachant quoi ajouter. Ce fut à ce moment
que Shaolan la dévisagea. Elle était plutôt mince, et
les formes de jeune femme commençaient à faire connaître
leur présence. Au niveau de la poitrine, le tissu était tendu
vers l’avant par deux petits seins ronds. Sa taille fine était
marquée par une ceinture de tissu. Sa tenue qui s’arrêtait
à mi-cuisse laissait entrevoir de jolies jambes. Jambes qui étaient
d’ailleurs pleines de poussières et de meurtrissures, étant
donné qu’elle avait passé ses journées dans la
forêt, nue des cuisses aux genoux, et des chevilles aux orteils. Shaolan
la regarda entièrement. Dans l’ensemble, on pouvait conclure
qu’elle était bien foutue. Très bien foutue, même.
Sakura releva craintivement la tête. Shaolan Li la regardait toujours
d’un œil dur. Sakura ne put s’empêcher de fixer ses
yeux d’ambres.
- Tu as raison, dit-il enfin. Le fait que tu t’excuses à la
place de ton frère ne changera rien. Je le tuerai. Lui et sa bande
paieront. Je ne sais si c’est lui qui t’envoie ou pas, mais
cela ne m’arrêtera pas. Un à un, je les tuerai.
Le ton calme et froid qu’il avait employé avait fait froid
dans le dos à Sakura. Il était bel et bien déterminé
à tous les tuer.
Shaolan dessellait Petit Cœur. Il le nettoyait, le brossait, le nourrissait,
bien que ce fût là la tâche d’un domestique. Sakura
l’observa avec attention : elle regardait ses cheveux bruns en bataille,
ses yeux d’ambre si profonds, son visage fermé ainsi que le
froid qui s’en dégageait – pourtant, on avait l’impression
qu’il s’en dégageait malgré tout quelque chose
de chaleureux. Il était habillé à l’occidentale,
avec une chemise blanche dont le col était dégrafé
(ce qui donnait assez envie de regarder à l’intérieur),
un pantalon noir moulant, et des bottes qui montaient jusqu’aux genoux
(une tenue de cavalier, quoi). Il était vraiment beau, en fait. Sur
son visage, Sakura nota toutefois quelques cernes. Et c’était
eux (elle et la bande de Toya) qui en étaient la cause. Elle était
sûre qu’il ne devait pas beaucoup dormir la nuit sans faire
de cauchemars. A cause d’une troupe de vagabonds. Elle était
tellement désolée pour lui.
- Que veux-tu, à la fin ?
Sakura sursauta lorsque Shaolan la tira de ses pensées.
- Euh, je sais que vous allez me trouver ridicule, et sans doute me rire
au nez, ou peut-être encore me gifler après ce que je vais
vous dire, mais… commença Sakura, qui n’osant pas le
regarder, tripotait ses doigts nerveusement. Mais… je… j’aimerais
tellement que… enfin…
Elle prit une grande inspiration et se lança :
- Je vous en supplie, gardez-moi ici ! Comme domestique ! Qu’importe
si je ne reçois pas de revenus, mais je vous en conjure, permettez-moi
de rester !
Elle s’agenouilla devant Shaolan.
- Je vous en supplie… Acceptez que je reste… Vous ne me verrez
pas, si vous ne le souhaitez pas… je serai aussi transparente que
possible, je peux vous le promettre…
Shaolan resta silencieux. Après un bon moment, il dit en continuant
sa route :
- Fais donc comme tu veux.
Sakura releva la tête en ouvrant de grands yeux. Elle le suivit du
regard, encore soufflée par ce que venait de lui dire le leader.
Elle pouvait rester ? Vraiment ?
Elle regarda Shaolan qui était allé voir son propre cheval,
un étalon alezan brûlé (marron foncé, si vous
voulez). Il le brossait et le sellait. Sakura se demanda un instant s’il
comptait monter tous les chevaux des écuries. Mais elle tellement
heureuse. Elle pourrait rester. Elle avait désormais un toit !
Tomoyo lui sauta alors sur le dos avec un grand élan.
- Bienvenue dans notre grande famille, Sakura ! hurla-t-elle avec un immense
sourire. (un domestique a toujours une oreille qui traîne !)
Tous les autres domestiques qui entendirent ceci accoururent avec un grand
sourire. Sakura en aurait pleuré. Ils avaient tous l’air si
charmants, si avenants ! La plupart étaient âgés d’environ
quarante ans, il y avait des vieux avec une bouille très sympathique,
des couples avec des enfants… c’était vraiment une grande
famille !
Sakura regarda du coin de l’œil Shaolan monter sur son cheval.
Elle se demandait encore si elle allait exécuter le plan de Toya.
Après tout, ce jeune homme l’accueillait alors qu’il
aurait dû faire le contraire. Mais en même temps, Toya avait
tellement fait pour elle que c’était la moindre des choses
de faire cette mission. En plus, on pouvait dire que ce Shaolan n’était
pas moche. Ayant vécu au milieu d’hommes pendant toute son
enfance, elle savait de quoi elle parlait. Après tout… pourquoi
ne pas le séduire ? Ainsi, elle pourrait continuer à vivre
ici, et elle épargnerait la vie de ses comparses. Pour une fois,
elle n’eut aucune pensée pour Kazuhiko.
Shaolan lançait son cheval Yünniao qui signifiait Oiseau des
Nuages en Chinois (véridique !) au petit galop sur une des collines.
Il n’était pas con, quand même ! Il savait que ce Toya
manigançait quelque chose en amenant cette fille dans son domaine.
L’empoisonner ? Le poignarder pendant son sommeil ? Débile
! S’il s’était bien renseigné, il aurait envoyé
une fille le séduire ! Ça, c’était de l’argument
convaincant (même s’il ne s’y laisserait pas prendre !).
Shaolan ouvrit alors grand les yeux tandis que le vent provoqué par
le galop lui jetait les cheveux en arrière. Une fille… envoyée
comme une prostituée… pour le séduire… mais bon
sang, c’était ça ! Ce Toya était dégueulasse
d’envoyer sa propre sœur dans le lit d’un inconnu ! Une
véritable ordure. Mais… et si malgré son air de petit
ange cette fille était consentante ? Peut-être même s’était-elle
proposée ? Il n’en savait encore rien. Mais maintenant qu’il
avait compris le plan de Toya, il savait à quoi s’en tenir.
Restait à voir les performances de cette fille. Mais même si
elle s’avérait être douée, il se jura de ne pas
tomber dans le panneau. Ou peut-être s’amuserait-il un peu lui
aussi.
Il continua sa ballade sur les collines.
Fin de la première partie
Petites indications pour la prononciation en chinois :
X : son entre le « sh » et « s » üe : comme
dans tuer
U : « ou » E : « é »
Ü : « u » comme en français
H : comme le « J » en espagnol
Uo : comme dans « work » en anglais
Xüé = Neige Xiao = Petit Lin = Petite forêt (mais y a
Mù = Bois Xin = Cœur plusieurs traduc possibles)
Ma = Cheval Xing = Etoile
Lan = Orchidée Mei = Joli(e), Beau (belle)
Lang = Loup Niao = Oiseau
Ye = Sauvage Yün = Nuage
C’est tout ce que je sais pour l’instant, j’essaierai
de traduire les prénoms des filles Li ultérieurement.
Je vous fais de gros bisous, et je tiens au passage à m’excuser
auprès des gens qui auraient essayé de me contacter pendant
l’année 2004 et à qui je n’ai pas pu répondre.
Je vous fais mes sincères excuses, mon ancienne adresse n’est
plus valide. J’espère vous retrouver très bientôt,
je vous embrasse. Merci à Tina, Sylphie, Sakionelle, Tweety, et Nawa,
ainsi que Daffy la ouf, Miss Glitter, juju black et SyaoSyao que je remercie
pour leurs reviews. Merci de suivre mes fics, je vous embrasse encore !
Clairette