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Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

Comme chaque après-midi, nous sommes là, assis, côte à côte dans notre balcon, à contempler la ville qui s'étend jusqu'à la naissance, au loin, des montagnes.
Il fait un temps radieux. Le printemps est là, avec toute sa splendeur, ses fleurs, ses oiseaux... Cette horible nuit de veille de Noël est dejà loin derrière. Le ciel est bleu et il n'y a pas un seul nuage. Le soleil carressant réchauffe tes joues sur lesquelles j'ai senti un froid glacial lors des derniers baisers que nous avons échangés.
Tu as toujours aimé la nature et sa beauté. Les arbres et les plantes sont en fleurs et rivalisent par les couleurs et les parfums. Les oiseaux chantent sans arrët. Les abeilles vaquent à la quête du précieux pollen. La nature renaît et revit. Ces deux verbes ne s'appliquent malheureusement pas aux éphémères êtres humains.
Hormis cette extinction de la voix, tu te sens bien et tu ne ressens plus aucune douleur. Ton teint est encore rosatre et la peau de ton visage est toujours ferme. Tu ne peux pas parler, mais, à ta manière si spéciale, tu te fais comprendre. Nous évoquons nos souvenirs communs, nos connaissances. Nous nous rappelons tous les membres de la famille avec, pour chacun, les qualités et les défauts et nous en rions.
Tu aimes encore la poésie et tu me demandes de te lire tes poèmes préférés : Le lac de Lamartine et Demain de V. Hugo. Je ne sais pas si'il s'agit simplement d'une coicidence, mais ces 2 poemes

ont été écrits, tous les deux, pour des femmes mortes, la femme de Lamartine et la fille de V Hugo.
Tu demandes des nouvelles de tes enfants. Ils t'aiment beaucoup. Amina trouve le temps pour venir nous voir régulièrement tous les Mercredi et Dimanche. Il lui arrive souvent de venir aussi les autres jours.
Ce Dimanche, pendant que tu faisais ta siéste, elle est venue et a amené ses deux petits chérubins qui sont vraiment adorables. Maintenant, ils parlent tous les deux, très bien l'Anglais.
Jasmine, en parlant de toi, a dit que tu avais HAHA et que tu es au ciel.
Nadia aussi vient de temps en temps. Mayssa est toujours la même, douce, charmante et gentille. Elle parait distante et réservée, mais , au fait, elle est très affectueuse et attentionnée. Tu te rappeles lorsqu'elle t'aidait a monter les escaliers ou lorsqu'elle portait , a ton chevet, ton verre d'eau.  Tous les Jeudi, je l'accompagne a Disneyland, ou nous passons un agréable apres-midi.
Aziz t'a envoyée un bouquet de fleurs à l'occasion de ton nouvel anniversaire.
Siham, bien qu'elle soit la plus éloignée, est la plus proche et est toujours en contact avec nous. Elle nous appèle au téléphone tous les jours, voire plusieurs fois par jour. Elle aime beaucoup son travail . Dario s'est bien adapté à sa nouvelle vie et à son école.
Tes enfants t'aiment bien et tu dois en ëtre très fière. Prie le bon Dieu de les bénir.
Le soir est arrivé et il commence à faire froid. Il vaut mieux que nous rentrions à l'interieur où il fait plus chaud et où nous pouvons, comme d'habitude, regarder la télé.
Oh ! non, sois sans crainte. Je n'ai pas perdu la raison. Je sais très bien que tu es morte par cette horrible nuit du 23 Decembre 2005, mais j'ai besoin de rêver et d'imaginer pour entretenir le souvenir et éviter de tomber dans les bras de l'oubli.
LE LAC

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.
Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent,
Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

« Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive;
Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
Il est vrai que ta longue maladie m'a, d'une certaine manière, préparé à ton départ, mais j' étais loin de penser que ça allait être si rapide et si subit. Tu es partie sans me dire ni au revoir ni adieu; sans même me faire un petit signe de la main.
Tu me manques et tu me manqueras toujours.
A LA MEMOIRE DE ZOHRA